‹ Seizième siècleChapitre 21 sur 43 · LES QUATRE MANIÈRES DE RONSARD · texte numérisé non relu

LES QUATRE MANIÈRES DE RONSARD

Ronsard a eu, à prendre les choses un peu sommairement, quatremanières successives.

1° De 1550 a 1554, tout frais émoulu de l'école de Daurat, il est l'humaniste exagéré et indiscret. C'est l'époque des trois premiers livres d1 odes, qui prétendent ressusciter Pindare; c'est l'époque des Amours de Cassandre où il veut faire revivre Pétrarque. Pindarisme et Pétrarquisme, c'est tout le Ronsard des débuts.

2° En 1554 il s'est produit un événement littéraire de grandesconséquences. V Anacréon a été publié parHenri Estienne. Cela a été pour les hommes de la Pléiade une grande joie et une sorte d'affranchissement : ils ont goûté vivement Anacréon, et croyant que le livre qu'on leur donnait sous ce nom remontait à la haute antiquité, à la vraie, à celle de Pindare et de Sophocle, ils se sont crus autorisés sous ce couvert à se détendre, à être légers, gracieux et aimables. Anacréon leur apparut comme un Marot antique, et donc il devenait permis de marotiserdans la mesure d'Anacréon. Ronsard salua ce nouveau a modèle» avec transport:

Je vais boire à Henri Estienne

Qui des enfers nous a rendu

Du vieil Anacréon perdu

La douce lyre téïenne.

A toi gentil Anacréon

Doit son plaisir le biberon

Et Bacchus te doit ses bouteilles;

Amour, son compagnon, te doit

Véaus et Silène qui boit

JL/éLé dessous l'ombre des treilles.

RONSARD

Et en 1556 Ronsard faisait encore une dédicace pour VAnacréon de Remi Belleau. Cette publication marque une date dans la vie littéraire de Ronsard. De 1554 a 1560 environ il abandonne Pindare,sans abandonner Pétrarque, et il fréquente Ànacréon et Horace. Il est moins guindé, moins forcé, moins ambitieux, souvent charmant. C'est l'époque des Amours de Marie, des quatrième et cinquième livres d'odes, lesquelles sont souvent des odelettes, des Hymnes, lesquelles sont le plus souvent des récits, et ne sont presque jamais lyriques. C'est la meilleure époque de Ronsard, avec la dernière.

3° De 1500 a 1574 Ronsard, poète de cour, devient très inégal et très mêlé. Il est poète courtisan proprement dit (Mascarades, Entrées, Bergeries à allusions, etc.). Il est poète de circonstances, et quelquefois très brillant dans cerôle(Discourssurlesmisèresdu temps, etc.). Il est poète épique et commence, pour ne jamais Tachever, Dieu merci, cette fameuse Franciade.

4° De 1574 a 1584, ses œuvres, plus rares, ont, le plus souvent, quelque chose de plus personnel, et sont d'un accent plus profond. Il se plaint de ses infortunes, il entretient ses amis de ses déboires, il écrit ses admirables sonnets à Hélène, et c'est l'époque où, sans avoir rien perdu de son génie, il est le plus lui-même.

J'étudierai successivement Ronsard imitateur des anciens, Ronsard imitateur des Italiens, et puis enfin Ronsard lui-même, c'est-à-dire, selon la théorie de la Préface de VOlive, le véritable humaniste, celui qui 1 est sans y songer ou au moins sans y faire effort.

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