LES FLEURS SUR L'AUTEL
ISCHIA, 1846
Quand sous la majesté du Maître qu'elle adore L'âme humaine a besoin de se fondre1 d'amour, Comme une mer dont l'eau s'échauffe et s'évapore, Pour monter en nuage à la source du jour,
Elle cherche partout dans l'art, dans la nature, Le vase le plus saint pour y brûler l'encens. Mais pour l'Etre innommé quelle coupe assez pure? Et quelle âme ici-bas n'a2 profané ses sens?
Les vieillards ont éteint le feu3 des sacrifices ; Les enfants laisseront vaciller son flambeau4; Les vierges ont pleuré le froid de leurs cilices5 : Comment parer l'autel de ces fleurs du tombeau ?
Voilà pourquoi les fleurs, ces prières6 écloses Dont Dieu lui-même emplit les corolles de miel, Pures comme ces lis, chastes comme ces roses, Semblent prier pour nous dans ces maisons du ciel.