LE TRAVAIL ET LE BOXHET'K
cun bien, petit ou grand, que le travail ne puisse acheter, aucune jouissance que le travail ne puisse donner. L'homme ne lui doit pas seulement d'avoir pu se racheler des horreurs de la vie sauvage: il lui doit tous les progrès, tous les bienfaits de la civilisation.
Xapoléon, — ce trait est caractéristique, — ne manquait jamais, lorsqu'il inspectait quelque chef-dœuvre de l'art mécanique, de s'approcher, avant de partir, du mécanicien ou ingénieur, et de lui faire, chapeau bas, un respectueux salut. Un jour, à Sainte-Hélène, comme il se promenait avecmadame Balcomhe, des domestiques qui passaient chargés de lourds paquets crurent pouvoir se dispenser de s'arrêter à sa rencontre; sur quoi leur maîtresse, d'un ton fâché, leur enjoignit de se tenir à distance. Mais Napoléon s'interposa, disant: « respectez leur fardeau, madame. »
Il est certain que, quelque grossier qu'il soit, le travail du plus humble manœuvre contribue de façon ou d'autre a l'accroissement général du bien-être. Et l'on ne peut que louer la sagesse de cet empereur chinois qui disait que « pour chaque homme qui ne travaillait pas, et pour toute » femme qui s'abandonnait à la paresse, il y avait quelqu'un » dans l'empire qui souffrait du froid ou de la faim. »
C'est un point sur lequel on ne saurait trop fortement insister, que le travail est une des conditions indispensables du bonheur. Le paresseux peut n'y voir qu'un châtiment ; mais l'homme sensé y verra toujours une bénédiction. La loi du travail se trouve écrite, en vérité, dans tous les détails de la constitution de l'homme, dans la chair et les muscles de ses membres, dans le mécanisme de sa main, dans les libres de ses nerfs, dans les lobes de son cerveau ; et c'est à l'harmonieuse activité de toutes ces parties qu'il doit les plus grandes jouissances qu'il soit capable d'éprouver. Le travail est en outre une excellente école, éminemment favorable à l'acquisiton de la sagesse pratique, et qui,
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même dans une vie de labesr manuel assidu, n'offre rien d'incompatible avec une haute culture intellectuelle.
Hagh Miller, qui fut dans sa jeunesse tailleur de pierres, et qui, entre autres ouvrages de géologie, a écrit sur le vieux jn*ès rouge i The Ohl Red Sandstone | un livre qui l'ait autorité, llugh Miller a donné comme résultat positif de son expérience que le travail, même le plus ingrat, est une lource féeonde de plaisir ni d'instruction. Un labeur honnête est selon lui le meilleur des instituteurs, et l'école du travail la plus noble des écoles (celle du Christ exceptée ; car ('est a cette école surtout que, tout en apprenant à se rendre utile, on acquiert l'esprit d'indépendance et I habitude des persévérants efforts. Il est même d'avis (pie la discipline du travail, par l'exercice qu'elle donne aux lacultés d'observation de l'ouvrier, par la nécessité où elle le met de l'occuper chaque jour de choses actuelles et pratiques, et par l'expérience intime de la vie qu'elle le force a acquérir, le rend vraiment plus capable de Faire son chemin dans le monde, et semble par conséquent plus propre a faire de lui un homme, dans le >eus le plus el. ve de i , mot, (pie n'importe quel système d'éducation que les au; conditions sociales puissent offrir.
La phalange de grands noms que nous avons déjà cités en courant, noms d'hommes sortis du sein des classes laborieuses et devenus célèbres dans la science, le commerce, la littérature, les beaux-arts, en un mot dans les carrières les plus diverses, montre qu'après tout les diflicultés qui se remontrent dans la voie de la pauvreté et du travail ne sont pas insurmontables. Quant a 1 établissement même de la plupart des industries qui sont pour les nations de l'Europe la source de tant de puissance et de richesse, il est incontestable que c'est à i\a hommes de la classe la plus humble (pie nous en sommes redevables. Otez ce qu'ils ont fait dans cette branche de l'activité générale,
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et vous trouverez que ec que l'on doit aux autres classes est bien peu de chose. Prenons, par exemple, l'histoire de la fabrication de la poterie en Europe, et nous verrons quelles illustrations frappantes elle nous offre de la puissance du génie et de l'industrie de l'homme.
Bien que l'art de fabriquer de grossiers vases de terre fut connu de la plupart des anciennes nations, celui de manufacturer des poteries éniaillées fut toujours infiniment moins commun. Cependant les Etrusques, parmi les anciens, cultivèrent cet art, et l'on trouve encore dans les cabinets de curiosités des spécimens remarquables de leur industrie. Mais cet art se perdit, et n'a été retrouvé qu'à une époque comparativement récente.
Les poteries étrusques eurent une grande valeur chez les anciens : un vase, du temps d'Auguste, se vendait au poids de l'or ou de l'argent. Les Arabes, à ce qu'il parait, conservèrent parmi eux la connaissance de cet art; car les Pisans le trouvèrent en pleine vigueur dans l'île de Majorque, lorsqu'ils s'emparèrent de cette île en 1135; et parmi les dépouilles qu'ils emportèrent se trouvaient un grand nombre de spécimens de l'art mauresque, qui furent incrustés, en signe de triomphe, dans les murs de plusieurs des anciennes églises de Pise, où on peut les voir encore aujourd'hui. Environ deux siècles plus tard, les Italiens eux-mêmes se mirent à fabriquer une espèce d'imitation de cette poterie émaillée, à laquelle ils donnèrent le nom de Majolica, évidemment dérivé de celui de l'île où les Maures avaient précédemment établi leur manufacture.
Le restaurateur ou réinventeur de l'art démailler, en Italie, fut Luca délia Kobbia, sculpteur llorentin. Vasari le représente comme un homme d'une persévérance infatigable, maniant le ciseau tout le jour, le crayon la plus grande partie de la nuit, et s'appliquant au dessin avec une telle persévérance, que, pour garantir ses pieds de l'engour-