AI CI STIX THIERRY
scs bras, de chambre en chambre, comme un faible enfant, son indomptable courage ne l'abandonna pas- et, tout aveugle et impotent qu'il était, il n'en donna pas moins pour conclusion à sa carrière littéraire ces nobles paroles : u Si , comme je me plais à le croire, l'intérêt de la science « est compté au nombre des grands intérêts nationaux, j'ai » donné à mon pays ce (pie lui donne le soldat mutilé sur • le champ de bataille. Quelle que soit la destinée de mes « Iravaux, cet exemple, je l'espère, ne sera pas perdu. Je » voudrais qu'il servit à combattre l'espèce d'affaissement « moral qui est la maladie de la génération nouvelle; qu'il «i put ramener dans le droit chemin de la vie quelqu'une de » ces âmes énervées qui se plaignent de manquer de foi, qui » ne savent où se prendre et vont cherchant partout, sans i le rencontrer nulle part, un objet de culte et de dévoue- » ment. Pourquoi se dire avec tant d'amertume que, dans le
monde constitué comme il est, il n'y a pas d'air pour > toutes les poitrines, pas d'emploi pour tontes les intelli- » gences? L'étude sérieuse et calme u'est-elle pas là? et n'y i) a-t-il pas en elle un refuge, mie espérance, une carrière à ' la portée de chacun de nous? Avec elle, on traverse les » mauvais jours sans en sentir le poids; on se fait à soi-même « sa destinée; on use noblement sa vie. Voilà ce que j'ai » fait et ce que je ferais encore si j'avais à recommencer ma >' route; je prendrais celle qui m'a conduit où je suis. Aveugle » et souffrant sans espoir et presque sans relâche, je puis » rendre ce témoignage, qui de ma part ne sera pas suspect: 1 il y a au monde quelque chose qui vaut mieux que les r jouissances matérielles, mieux que la fortune, mieux que h la santé elle-même, c'est le dévouement à la science. ' »
' Dix ans d'études historiques. (Préface), Pari» , 1856.
CHAP1TKE DEUXIEME.
KOXDATKl'RS I) ÎXDUSTRII'S.
° Le travail cl la science snnl désormais les maîlres du monde. »
(Dk S*!.VAVnY.)
Parmi les grandes nations de la ferre, il n'en est point qui n'ait établi les fondements de sa prospérité sur l'industrie des masses populaires; il n'en est point dont la croissance et la force nationales n'aient été le résultat de la libre énergie des individus et du nombre de télés et de bras qui, selon les époques, se sont trouvés activement employés à la culture du sol, à la production d'articles d'utilité, à la manufacture d'outils et de machines, à la publication de livres et de journaux, à la création d'oeuvres d'art. Bien plus, ce même esprit d'activité créatrice, principe vital de la grandeur des nations, en est aussi le principe réparateur; et c'est en lui qu'au besoin les nations trouvent un moyen efficace de réagir contre les erreurs et les imperfections qui sont inhérentes aux lois et aux institutions humaines.
Un reste la pratique de l'industrie n'est pas seulement une source féconde de prospérité nationale : c'est aussi un des plus puissants moyens d'éducation. La Providence en a fait une des conditions indispensables du bonheur. Les dieux, dit le poète, ont placé le travail et la peine sur la voie qui conduit aux Champs Elyséens. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il n'est pas pour l'homme de pain plus savoureux que celui qu'il doit à son propre travail, physique ou intellectuel. Kt ce qui n'est pas moins certain, c'esl qu'il n'est au-