‹ Self-help; ou, Caractère, conduite et perseverance, illustrès à l'aide de biographies;Chapitre 15 sur 133 · BERNARD PALISSY · texte numérisé non relu

BERNARD PALISSY

également grossières. Et cet état de choses, que quelques améliorations insignifiantes ne parvinrent pas à modifier, dura jusqu'à la venue d'un homme qui, avec un héroïsme dont la grandeur jette un éclat romanesque sur les événements d'une existence d'ailleurs malheureuse, lutta contre des difficultés vraiment prodigieuses, et parvint à ouvrir en France une nouvelle carrière à Part du potier : cet homme, c'était Bernard Palissy.

Il naquit, dit-on, vers 1510, à la Chapelle-Biron , petit village situé entre le Lot et la Dordogne. Son père était sans doute ouvrier verrier, car ce fut dans ce métier que Bernard fui élevé. Ses parents étaient fort pauvres, trop pauvres même pour lui faire donner la moindre éducation scolastique : «Je n'ai point eu, » dit-il, .d'autre livre que y le ciel et la terre, qu'il est donné à tous de connaître et » de lire. >•

Il apprit cependant à peindre sur verre, à dessiner, et, plus tard, à lire et à écrire. A dix-huit ans, voyant que la verrerie n'allait pas, Palissy, le sac sur le dos, quitta la maison paternelle, et se mit à courir le monde, en quête d'une petite place au soleil. Il se dirigea d'abord vers la Gascogne, travaillant de son métier quand il trouvait de l'ouvrage , et employant à l'occasion une partie de son temps à des travaux d'arpentage. 11 tira ensuite vers le nord et séjourna plus ou moins longtemps en divers lieux, tantôt en France, tantôt en Flandre ou dans la basse Allemagne.

Dix années s'écoulèrent ainsi, au bout desquelles il se maria. Abandonnant alors la vie errante, il s'établit, comme peintre sur verre et arpenteur, dans la petite ville de Saintes, aujourd'hui chef-lieu d'arrondissement dans le département de la Charente-Inférieure. Lcà, il devint père de plusieurs enfants, et vit tout à la fois sa responsabilité et ses dépenses s'accroître, tandis que, quoi qu'il put faire, ses revenus per- ■

Biglaient à ne pas augmenter dons la même proportion.

Aussi avait-il grand besoin de travail. D'un autre côté, il se sentait probablement capable «le quelque chose de mieux que de végéter dans un état aussi misérable que celui de peintre sur verre l'était alors, et ce fui sans doute ce qui l'engagea à tourner son attention vers un ail de la même famille que le sien, l'art de peindre et (remailler la poterie. Cependant, il faut le dire, son ignorance sur ce point était grande. Jamais, avant de commencer ses expériences, il n'avait vu cuire de vaisselle de terre. Il avait donc tout à apprendre, et cela sans maître, sans aide, seul. Il est vrai qu'il était doué d'un grand Tonds d'espérance, avide de savoir, et d'une persévérance sans bornes.

La vue d'une élégante coupe de faïence italienne, de la façon de Luca délia Kobbia très-probablement, l'ut ce qui lui donna la première idée du nouvel ail qu'il se proposait de cultiver. I He circonstance si insignifiante en apparence n'eût sans doute produit aucun effet sur un esprit ordinaire, ni même, en temps ordinaire, sur l'esprit de Palissi ; mais dans la disposition OÙ se trouvait alors Palissj , qui justement méditai! un changement de profession, la v ne de celle coupe lui comme un Irait de lumière qui illumina son intelligence cl l'enflamma d'un désir irrésistible d'imiter cel ohiel de sou enthousiaste admiration. Sa vie tout entière fut bouleversée par (file circonstance, et (\c (.jour la résolution de découvrir l'émail dont celle coupe était recouverte le posséda comme une passion. Garçon, Palissy fui parti pour l'Italie, à la recherche du secret désiré : engagé dans tes liens de la famille, liens doux el forts, il resta près de sa femme et de ses enfants, cl se résigna à chercher en tâtonnant, dans le milieu obscur ou il se mouvait, le procédé qu'il brûlait de découvrir.

D'abord il ne put que se livrer à des conjectures au sujet des matières qui entraient dans la composition de l'émail.

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et il dut faire toutes sortes d'expériences pour s'assurer de ec qu'elles étaient réellement. S'étant procuré toutes les substances qu'il jugeait pouvoir entrer dans cetle composition, il acheta des pois de terre commune, les mil en pièces, et après avoir recouvert tous ces fragments des divers enduits qu'il avait préparés, il les soumit à la chaleur d'uu fourneau qu'il avait construit à cet effet. Il ne réussit point dans ses tentatives; et tout le résultat qu'il oi)lint fut une grande quantité de pots cassés, et une perle considérable de bois de chauffage, de substances chimiques, de temps et de travail.

Les femmes n'éprouvent pas en général un très-vif intérêt pour les expériences qui dissipent on fumée l'argent dont elles auraient besoin pour la nourriture et l'habillement de leurs enfants; et celle de Palissy, quelque soumise qu'elle pût être d'ailleurs, ne pouvait que difficilement se faire à lidée de voir dépenser de l'argent en pots qui ne semblaient achetés que pour être mis en morceaux. 11 fallut bien pourtant que la pauvre femme se soumit ; car Palissy était sous l'empire d'une résolution que pour rien au monde il n'eût abandonnée, celle de se rendre maître du secret de l'émaii. Pendant des mois, pendant des années, il continua ses expériences. Mécontent du premier fourneau , il eu construisit un autre, hors de la maison. Là, il brûla d'autre bois, gâta d'autres drogues et d'autres pois , et perdit tant de temps et d'argent, qu'il finit par se trouver, avec toute sa famille, aux prises avec la misère.

Dans les intervalles qui séparaient ses diverses expériences, il travaillait bien, quand il le pouvait, à son premier état, peignait sur verre, dessinait des portraits, arpentait; mais ce que lui rapportaient ces divers travaux était bien peu de chose. A la fin il se trouva réduit, tant le prix du bois de chauffage était pour lui une lourde charge, à ne pouvoir plus poursuivre ses expériences dans son propre fourneau.

il, FONDATEURS D'INDUSTRIES.

Mais il n'en continua pas moins à acheter des poteries de rebut, à les briser, comme devant, en trois ou quatre cents pièces , et à les recouvrir de diverses compositions chimiques. Seulement, ne pouvant les faire cuire chez lui , il les porta à une fabrique qui se trouvait à une lieue et demie de Saintes, pour les y faire cuire dans un four ordinaire. 11 ne manqua pas d'aller surveiller le résultat de l'opération , dans Laquelle, à son grand chagrin, il échoua encore une fois. Désappointé, mais invincible, il résolut sur-le-champ de « tout recommencer . Voilà bien l'indomptable persévérance à laquelle on reconnaît les héros.

Sur ces entrefaites , des travaux d'arpentage vinrent l'arracher pendant une courte saison à la poursuite de ses expériences. Un édil de réforme de la gabelle avait ordonné qu'on levât le plan des marais salants des environs de Saintes-, et Palissy fut employé à la levée de ce plan. Ce travail, qui lui donna pendant quelque temps assez d'occupation, lui fut sans doute assez bien payé; mais Palissy ne l'eut pas plutôt terminé , qu'il se remit , avec plus d'ardeur que jamais , à la chasse à l'émail. 11 commença par briser trois douzaines de pots de terre neufs, recouvrit ces fragments de poterie de diverses solutions chimiques et les poil a cuire à une verrerie du voisinage. Le résultat Lui donna une lueur d'espérance : la chaleur plus forte du four à verre avait fondu et incorporé à la terre quelques-uns de ses enduits. Mais Palissy eut beau chercher une trace d'émail blanc; il ne trouva rien.

Deux années encore il continua ses essais et ses recherches sans résultat visible; et, ayant au bout de ce temps dépensé tout ce que lui avait rapporté la levée du plan des marais salants, il se trouva de nouveau réduit à la pauvreté. Alors il se décida à faire un dernier et suprême effort, et commença naturellement par briser plus de pots que jamais. Ayant recouvert de ses diverses préparations environ trois

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