PREFACE
et son expérience générale de la vie, lui paraissait se rapporter plus particulièrement à son sujet. Ce travail eut pour résultat la publication, en 1859, du volume dont ce livre-ci est en grande partie la traduction.
Maintes fois on s'est adressé à l'auteur pour le prier d'autoriser la publication d'une traduction française de l'ouvrage tel qu'il a paru en anglais ; mais il n'a jamais voulu y consentir, à moins qu'on ne voulût bien entreprendre de remanier le livre, de façon à y faire entrer un eboix d'exemples remarquables de développement individuel empruntés à la biographie française , si riebe en grands caractères. Son idée n'ayant pas élé adoptée, l'auteur s'est à la fin aventuré à la mettre luimême à exécution. L'édition présente a été revue avec soin et en grande partie refaite ; et les esquisses de Palissy, de Bœltgher, de Papin, de Jacquard, de Philippe de Girard , de Heilmann , d'Ambroise Paré , de Callot, de Cellini, de Aicolas Poussin, d'Ary Scheffer, de saint François Xavier, de saint Vincent de Paul, de l'abbé de Saint-Pierre, de Riquet de Bonrepos (génie presque entièrement oublié), de Richard Lenoir, et de plusieurs autres, paraissent pour la première fois dans cette édition-ci.
Tel qu'il est, l'auteur livre maintenant son ouvrage au lecteur, et il espère que celui-ci trouvera les leçons d'industrie, de persévérance et de perfectionnement individuel qu'il contient, tout à la fois utiles, instructives et intéressantes
or
C H A P I T H E S E R V A N T I) ' I X T H 0 D l C T ION.
Le int'i'ii)' d'un Élal se trouve, à la longue, n'être que le mérite des individus <[iii le composent.
(John Stu.irt Mill.)
La vie n'est pas un plaisir, ni une douleur, mus une a (Ta ire grave dont nous sommes chargés et qu'il faut conduire et terminer à notre honneur.
(&LBXIS de ToCQl KVILl.K.
^ Aide-toi, le Ciel t'aidera n est une maxime dune valeur éprouvée, et qui renferme dans un cadre des plus étroits les résultats de la plus vaste expérience. L'esprit de spontanéité individuelle est la source de tout développement normal dans l'individu, et lorsqu'il se manifeste chez un grand nombre d'hommes, il constitue le vrai fondement de la force et de la vigueur nationale. Autant l'aide qui vient du dehors est d'ordinaire affaiblissante dans ses effets, autant celle qui vient du dedans est invariablement fortifiante. Tout ce qui est fait pour nous nous ôte dans une certaine mesure le besoin et par conséquent le désir de le faire nousmêmes; et partout où l'individu est soumis à un excès de protection et de gouvernement, la tendance inévitable de ce
4 CHAPITRE SERVANT D'IKTHODUCTIOK.
système est de le réduire à un état d'impuissance relative. Les meilleures institutions ne sauraient être à l'homme d'aucun secours effectif. Le plus qu'elles puissent faire pour lui, c'est de le laisser libre de se développer et d'améliorer à sa guise sa condition individuelle. Mais de tout temps les hommes se sont montrés enclins à penser que leur bien-être et leur bonheur pouvaient être assurés par des institutions plutôt que par leur propre conduite , et c'est ainsi qu'ils sont arrivés à attacher une importance exagérée à l'œuvre de la législation et à y voir l'agent le plus puissant du progrès humain. Cependant le fait de prendre part pour un millionième à la constitution de la législature, en votant tous les trois ou cinq ans pour un ou deux députés , ne peut exercer, quelque consciencieusement que ce devoir soit rempli , qu'une influence minime sur la vie et le caractère d'un homme. En outre, il devient tous les jours plus clair que la fonction du gouvernement est négative et restrictive plutôt que positive et active, et qu'elle se réduit en grande partie à un simple système de protection, protection de la vie, de la liberté , de la propriété. Il n'y a pas de pouvoir légal qui puisse donner au paresseux l'activité, au prodigue la prévoyance, à l'ivrogne la sobriété : c'est à l'individu seul qu'il appartient de se donner à lui-même l'une quelconque de ces vertus ou toutes, et cela, par l'exercice des facultés actives et de la force d'abnégation dont il a en propre le libre usage. En vérité, toute l'expérience du monde tend à prouver que le mérite et la force d'un Etat dépendent beaucoup moins de la forme de ses institutions (pie du caractère des individus qui le composent. Une nation n'est en effet que l'agrégat des conditions particulières, et la civilisation ellemême n'est qu'une question d'amélioration individuelle.
Le progrès national est la somme des activités , des énergies, des vertus de tous, de même que la décadence nationale est la somme des Lâchetés , des égoïsmes et des