L'INDIVIDU ET LE P KO G K K S. S
vices de Ions. Si l'on y regarde de près, on verra que ce que nous sommes accoutumés à dénoncer comme de grandes plaies sociales n'est la plupart du temps qu'un développement monstrueux des vices dont nous-mêmes sommes atteints , et que vainement nous nous efforcerions d'enlever ces excroissances et de les extirper au moyen de la loi , toujours, sous une forme ou sous une autre, et avec une nouvelle exubérance, elles reparaîtront, tant que les conditions de noire développement personnel ne seront pas radicalement améliorées. Si cette vue est correcte, il s'ensuit que le plus haut patriotisme et la plus généreuse philanthropie ne consistent pas tant à réformer les lois et à modifier Jes institutions, qu'à aider aux autres à s'élever et à se perfectionner eux-mêmes par la libre et indépendante action de leur propre volonté.
Le gouvernement d'une nation n'est ordinairement que l'image et le reflet des individus qui la composent. Tout gouvernement qui est en. avant du peuple sera inévitablement ramené en arrière, de même que tout gouvernement qui est en arrière sera inévitablement entraîné en avant. Aussi sur que l'eau trouve son niveau , une nation trouvera dans ses lois et dans son gouvernement les dispositions qui conviennent à son caractère. Cela est dans l'ordre de la nature. Toujours le peuple noble sera noblement gouverné, et toujours le peuple ignorant et corrompu le sera ignoblement. La liberté n'est pas seulement l'effet d'une croissance politique ; elle est surtout l'effet d'une croissance morale, le résultat de l'énergie, de l'indépendance, de la liberté d'action individuelles.
La manière dont un homme est gouverné peut ne pas avoir une immense importance, tandis que tout dépend de la manière dont il se gouverne lui-même. Le plus misérable esclave, en effet, n'est pas celui qui est soumis aux caprices d'un despote, quelque grand que ce mal puisse»
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être, niais celui qui est l'esclave de ses propres vices, de son égoïsme , de son ignorance. L'affranchissement des nations dans le cœur desquelles règne ainsi l'esclavage ne saurait être le résultat d'un simple changement de maîtres ou d'institutions; et tant que cette illusion fatale prévaudra que la liberté dépend de la forme du gouvernement, ces révolutions , à quelque prix qu'elles se puissent effectuer , n'auront pas plus de valeur et ne produiront pas de résultats plus durables qu'un simple changement de tableau dans une fantasmagorie. La liberté ne peut avoir de fondements solides que dans la force des caractères individuels; et c'est aussi dans cette force des caractères que se trouve la plus sure garantie de la sécurité publique et du progrès national. John Sluart Mil! fait observer, avec beaucoup de raison, que « le despotisme même ne saurait produire si-s plus » mauvais effets tant qu'il n'a pas réussi à détruire la force » des caractères individuels ; et que tout ce qui tend à l'écra- » sèment de l'individualité est despotisme, quel que soit le » nom sous lequel la chose se déguise et quelle que soit i l'autorité qu'elle prétend faire prévaloir, celle de Dieu » ou celle des hommes. »
C'est aux labeurs physiques et intellectuels des généralions successives que les nations delà terre doivent d'être ce qu'elles sont aujourd'hui. Travailleurs patients et persévérants de toute classe et de toute condition, cultivateurs du sol et excavateurs des mines, inventeurs et explorateurs, ouvriers et manufacturiers, artisans et poêles, politiques et philosophes, tous ont contribué au grand résultat, et, en venant avec leurs contemporains bâtir sur les travaux de la génération précédente, ont porté la construction générale au point de grandeur où nous la voyons aujourd'hui. Grâce à cette succession constante de nobles travailleurs, — artisans de la civilisation, — l'ordre, à la longue, est sorti du chaos dans l'industrie, dans la science et dans l'art. La génération