ACTE IV, SCÈNE V
LEPORELLO
Ah , c'est peut-être 1 ame D'un mort qui vous connaît.
DON JUAN
Tais-toi , sot. — Qui va-là ?
LA STATUE
Sacrilège, des morts ne trouble la cendre..
LEPORELLO
Eh bien! vous venez de l'entendre !
DON JUAN, parcourant le théâtre.
Quelque passant qui raille. — Oh, oh! qu'est-ce ? — Voilà Notre vieux commandeur. — Ah , la bonne fortune ! Avec son grand manteau, casque au front, sceptre en main, Parbleu, le voilà bien en empereur romain. — Lis-moi cette épitaphe.
LEPORELLO, effrayé.
Aux rayons de la lune On ne m'a point appris à lire, pardonnez.
DON JUAN
Veux-tu lire ?
LEPORELLO , lisant.
« J'attends ici que l'on me venge « De mon lâche assassin. » — Seigneur , vous comprenez. Je tremble !
DON JUAN
Oh! le vieillard étrange!
Dis-lui que je l'invite à souper, pour ce soir.
98 DON JUAN
LEPORELLO
Il n'a pas d'appétit.
DOIV JUAJV , le menaçant.
Demande4ui, te dis-je.^*
LEPORELLO, s'approchant du tombeau^ puis reculant avec
horreur.
Quel convive! un défunt de marbre!.... Oh! venez voir! Par saint Jean de Burgos , cela tient du prodige. Quels terribles éclairs s'allument dans son œil ! Voyez-îe remuer ses mâchoires de pierre, Comme pour nous parler ! — Ah , si le froid cercueil Allait le rejeter, vivant, à la lumière, Avec sa plaie ouverte et son pâle suaire ! Et , de votre palais , s'il franchissait le seuil î
DON JUAJ\ , tirant son épée.
Obéis-moi. Spectre ou statue.
Va l'inviter ou je te tue.
LEPORELLO
Doucement, monseigneur, j'y vais. — Tournons l'écueil.
( Il va vers la statue en louvoyant , en se courbant , et dit d'un air humble et doucereux.)
O statue admirable !
Commandeur adorable!....
( revenant )
Oh ciel ! l'effroi m'accable , Et je vais étouffer.