SCÈNE X
SELMOURS, ROBERT,
ROBERT, à lui-même.
Pour protéger Jenny , je reviens auprès d'elle. Que vois-je ? un étranger ?... Si c'était mon rivaL
sF.LMoiJRs , à part.
Je sortirai vainqueur d'un embarras làlal : O fortune! une l'ois tu vas donc me sourire, r.t je puis délier les jaloux; de nie ruiire. Vers celle qui devra partager mon bonheur, Courons ; et demandons à notre raisonneur , Si dans l'état présent où je connais son ame, Il persiste à vouloir que Jeniiy soit ma femme. Allons, de notre hymen , hâtons l'instant si doux.
ROBERT
(h pnrt^ (haut)
Que dit-d de Jenny ? Monsieur
Désirez- vous Quelque chose de moi?
ROBERT
Par un bonheur extrême , Seriez- vous , je voits prie , Edouard Selniours ?
Lui-même.
ROBERT
Parbleu! je suis, Monsieur, charme de le savoir-, A Londres , tout exprès , j'arrive pour vous voir , Et de vous rencontrer j'avais impatience.
Je ne vous connais point.
Robert:
Nous ferons connaissance.
Quelle affaire auriez vous à me communiquer?
ROBERT
Elle ne sera pas longue à vous expliquer.
Si nous passions chez moi , nous serions plus à l'aise.
ROBERT
Ce n'est qu'un mot , vous dis-je , et tout retard me pèse :
J'aime ; il est près d'Oxford , nous le savons tous deux,
Une jeune beauté , digne de tous les vœux.
Sa tanie veut l'unir à je ne sais quel homme
De vos amis , dit-on , qui vient , on ne sait comme ,
D'hériter de grands biens....
Monsieur est dans ce cas L'amant de miss Jenny ?
ROBERT
Certe ! et je n'aime pas Les héritiers, Monsieur; c'est une antipathie Que je n'ai jamais pu surmonter de ma vie. Ne pourrais-je un moment, à l'homme en question. De ce défaut que j'ai déduire la raison ? Faites-nous , s'il vous plaît, rencontrer tête-à-têle.
âELMCURS.
(h part) (h mit)
Mon bonheur me l'adresse ; oh ! Tinstant qui s'apprête ISfe sera pas , Monsieur , si st-rieiiY ma foi ; Et quand vous entendrez quelques paroles...
Robert.
Moi?
Je ne suis point venu , Monsieur , pour des parolcii.
Vous avez très-grand tort.
Robert*.
-'■ Sublerfuges frivoleâ î
Ecoutez seulement , et vous yen ez.
ROBERT
Je vois ; Avant ceux de l'honneur , vous mettez d'autre» droits , Kt les successions avant les têle-à lêtes.
Mais vous m'insultez?
Je veux vous obliger.
Soit.
SEI^MOURS.
Aveugle que vous éles-ï
ROBERT
Partez donc.
Imprudent.' Savez-vous , pour Jenny , quel est mon zèle ai dent ? Je puis vous expliquer.... Pourquoi lant se débattre ?
RnBJ Rï.
Quand on veut s'expliquer , on ne veut pas se battre,
C'est moi qui maintenant vous demande raison :
Je pourrais d'un seul mot vous tout apprendre... Non,
Je le refuserais à la plus vive instance.
ROBERT
Fort bien : vous remplissez , ma foi , mon espérance.
Jeune homme, vous pouviez prévoir que j'aime assez L'espèce d'entretien dont vous me menacez ; C'est un goût naturel : quittons cette demeure , Votre vœu , juste ou non , sera rempli sur l'heure.
Touchez-là ; nous allons nous entendre une fois. Des armes en marchant nous réglerons le choix.
( 5i ) SCÈNE XL ^
SELMOURS, ROBERT, PHRASIUS.
PHRASIUS.
Vous voila , beau sujcl de courses et d'alarmes ! Alle-là ! qu est ce encor que votre ciioix des armes ?
ROBERT
Vous ici , Phrasius ? qui vous eut attendu ?
]?HRAS1US
Et j'arrive à propos, si j'ai biin entendu; Monsieur le déserteur, à la tin on vous trouve: Mais sous mon aile ici je vous ^arde et vous couve.
ROBERT
(à Selmours)
Importun ! — Pardonnez
Pour vous en délivrer Une heure suffira ; je vais tout préparer , Monsieur; dans Hide-Park nous nous joindrons ensuite.
( // sort ).
ROBERT
J'y serai le premier.
PHRASIUS.
Nous verrons ; pas si vite !
Je ne souffrirai point qu'on aille ferrailler.
Ça , monsieur Phrasius , voulez vous donc railler ?
Vous savez à quel point nous avons l'un pour l'autre
D'égards , de complaisance, et quel pacte est le Rotre.
A mon père jamais vous n'avez répété
Que j'ai fort peu de goût pour l'université;
Nous lui taisons toui deux le tort qui nous condamne,
Et je ne lui dis pas que vous êtes un âne ,
Que de m'endoctriner vous n'avez nul moyen ,
Car j'en sais plus que vous, moi seul qui ne sais rien ;
Je lui tais que par fois relui qui me gouverne,
Le soir obliquement revient de la t iverne.
D'une heure de silence accordez la faveur ;
Cette condescendance importe à mon honneur :
J'y compte , Phrasius.
PHRASIUS.
Il en faudra rabattre!
Et pour quelle raison voulez-vous donc vous battre ? Vous ai-je donc appris à vous battre, moi ? Non. El reconnaît- on la cette éducation Où j'avais mis des soins particuliers ; car j*aime A grclier les vertus que j'exerce moi-même.
ROBERT
Save2;-vous, Phrasius, ce qu'ejt le point d'honneur?
( 52 ) riIEASîTJS.
Qui Yous Fa donc appris à Yous-meme , Monsieur ?