PREFACE. XXV
l'idéal qu'il poursuivait, don Juan se trouva enfin écrasé par les plaisirs de la vie réelle; et méprisant surtout les hommes, il dut s'irriter surtout contre ces fantômes de volupté qu'il avait long-temps regardés comme le bien suprême, et qui l'avaient si cruellement trompé. Chaque femme dont il abusait n'était plus pour lui une jÔÉ de S'ens, mais une insulte audacieuse à la nature humaine et à son créateur. Un profond mépris pour la manière vulgaire d'envisager la vie, au-dessus de laquelle il se sentait élevé; la gaîté ironique et intarissable qu'il éprouvait à la vue du bonheur, selon les idées bourgeoises; le dédain que lui inspiraient le calme et la paix de ceux en qui le besoin de remplir les hautes destinées de notre nature divine ne s'est pas fait sentir, le portaient à se faire un jeu cruel de ces créatures douces, humbles et plaintives, à les faire servir de but à son humeur blasée. Chaque fois qu'il enlevait une fiancée chérie , qu'il troublait le repos d'une famille unie, c'était un triomphe remporté sur la nature et sur son Dieu. L'enlèvement d'Anna, avec les circonstances qui l'accompagnent^ est la plus haute victoire de ce genre à laquelle il puisse prétendre.
« Dona Anna est placée en opposition à don Juan, par les hautes perfections qn'elle a également reçues.
»xvr PREFACE.
Comme à don Juan, la beauté du corps et de l'âme lui a été départie; mais elle a conservé la pureté idéale, et l'enfer ne peut la perdre que sur la terre. Dès que ce mal est accompli, la vengeance doit arriver.
« Dona Anna était faite pour être l'idéal de don Juan , pour l'arracher à Ce déftSpoir qui lui inspira des ardeurs si funestes ; mais il l'a vue trop tard , et il ne peut accomplir que la pensée diabolique de la perdre. — Elle n'est pas sauvée; elle succombe! Car, lorsque don Juan apparaît au début de l'action, l'attentat est consommé. Le feu de l'enfer qui brûle en son âme a rendu toute résistance inutile. Lui seul , lui don Juan, pouvait exciter en elle ce voluptueux égarement qui l'a mise dans ses bras. Après sa chute, toutes les suites funestes de sa faute s'accomplissent à la fois. La mort de son père, tué par la main de don Juan; ses fiançailles avec le froid, l'ordinaire, l'efféminé don Ottavio^ qu'elle croyait aimer autrefois; l'amour même qui la dévore^ qui a brûlé son sein dès le moment où elle s'est livrée, tout lui fait sentir que la perte de don Juan peut seule lui rendre le repos , mais que ce repos sera la mort pour elle ! Aussi elle excite sans cesse son fiancé glacial à la vengeance; elle poursuit elle-même le traître, et elle ne
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recouvre un peu de calme qu'après l'avoir vu en proie aux vengeances éternelles. Seulement elle ne veut pas céder à ce fiancé si avide de noces : lascia , 6 carOy un anno ancoray allô sfogo del cor mio ! Mais elle ne survivra pas à cette année ! Don Ottavio ne verra jamais dans ses bras celle qui a été marquée de l'empreinte brûlante de la passion de don Juan !
DOÎ^ JIIA]\.