‹ Selmours de FlorianChapitre 59 sur 120 · DON JUAN, ZERLINE · texte numérisé non relu

DON JUAN, ZERLINE

DON JUAN

Nous voilà donc débarrassés De ce grand nigaud !

ZERLINE

Ah! pensez r

Qu'il est mon mari.

DON JUAN

Pas encore, Zerline de mon cœur. Lui^ ton mari! crois-tu Qu'un homme tel que moi , que don Juan qui t'adore , Puisse souffrir que tant de grâce et de vertu Tombe aux grossières mains d'un rustre ridicule ?

ZERLINE

Mais , monseigneur, il a ma parole.

DON JUAN

Elle est nulle.

Non, vous ne serez pas femme d'un paysan ; Non , non, je ne veux pas que le soleil vous brûle.

24 DON JUAN

Eh ! que dirait le roi , s'il savait que don Juan Vous a vue , et permet qu'un manant vous épouse ! Qu'en d'ignobles travaux vous noircissiez vos mains , Vos mains blanches à rendre une Infante jalouse ! Et que vous déchiriez, aux cailloux des chemins , Vos pieds, vos petits pieds de comtesse andalouse! Non, à ces mains des gants, à ce cou des colliers; Pour ces pieds des tapis ou la molle pelouse

De mes grands bois de citronniers; Et sur ce front charmant, des gazes diaphanes,

Qui, vous entourant de leurs plis ,

Défendront la rose et les lis Des insectes du soir et des regards profanes. Qu'en dis-tu, mon amour .^^ Laisses-tu volontiers Pour nos palais brillans l'ennui de leurs cabanes, Et tes lourds paysans pour mes beaux cavaliers ?

ZERLINE

Ah! je ne voudrais pas...

DON JUAN

Quoi donc?

ZERLINE

Etre trompée.

Les seigneurs sont bien faux sous leurs airs obligeans.

Par saint Jacque et par mon épée , Mensonge de petites gens !

La noblesse du cœur suit la noble naissance. Ne perdons point de temps, car mon vœu le plus doux Est de vous épouser aujourd'hui même.

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