DON JUAN, ZERLINE
DON JUAN
Nous voilà donc débarrassés De ce grand nigaud !
ZERLINE
Ah! pensez r
Qu'il est mon mari.
DON JUAN
Pas encore, Zerline de mon cœur. Lui^ ton mari! crois-tu Qu'un homme tel que moi , que don Juan qui t'adore , Puisse souffrir que tant de grâce et de vertu Tombe aux grossières mains d'un rustre ridicule ?
ZERLINE
Mais , monseigneur, il a ma parole.
DON JUAN
Elle est nulle.
Non, vous ne serez pas femme d'un paysan ; Non , non, je ne veux pas que le soleil vous brûle.
24 DON JUAN
Eh ! que dirait le roi , s'il savait que don Juan Vous a vue , et permet qu'un manant vous épouse ! Qu'en d'ignobles travaux vous noircissiez vos mains , Vos mains blanches à rendre une Infante jalouse ! Et que vous déchiriez, aux cailloux des chemins , Vos pieds, vos petits pieds de comtesse andalouse! Non, à ces mains des gants, à ce cou des colliers; Pour ces pieds des tapis ou la molle pelouse
De mes grands bois de citronniers; Et sur ce front charmant, des gazes diaphanes,
Qui, vous entourant de leurs plis ,
Défendront la rose et les lis Des insectes du soir et des regards profanes. Qu'en dis-tu, mon amour .^^ Laisses-tu volontiers Pour nos palais brillans l'ennui de leurs cabanes, Et tes lourds paysans pour mes beaux cavaliers ?
ZERLINE
Ah! je ne voudrais pas...
DON JUAN
Quoi donc?
ZERLINE
Etre trompée.
Les seigneurs sont bien faux sous leurs airs obligeans.
Par saint Jacque et par mon épée , Mensonge de petites gens !
La noblesse du cœur suit la noble naissance. Ne perdons point de temps, car mon vœu le plus doux Est de vous épouser aujourd'hui même.