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MANIFESTES

Nous pensons utile de noter ici les deux manifestes rédigés pour les manifestations socialistes de Charleroi des mai i8ç8 et içi2. Un grand nombre des ouvriers de cette région les conservent précieusement encadrées aux murs de leurs demeures.

Prolétaires de tous pays, unissez-vous ! (Karl Marx.)

Aimez-vous les uns les autres !

(Jésus.)

Ce jour-là, PREMIER MAI 1908, ceux que le Peuple avait élus pour le défendre par la parole, lui parlèrent ainsi, au milieu d’une foule immense ;

En cette heure de fête et de printemps, l’Evolution perpétuelle de la Nature apparaît plus éclatante; comme elle, gonfle-toi d’espoirs et prépare-toi pour la Vie Nouvelle.

O Peuple, prends conscience de tes droits et prends conscience de tes devoirs. Sois fraternel et bon; des joies et des douleurs d’autrui, déclare-toi solidaire. Ne cherche pas ton bonheur ailleurs que dans le bonheur général. Partout respecte la faiblesse et la souffrance, chez la Femme, chez l’Enfant, même chez l’Animal, et que la force de tous protège la détresse des petits !

C’est tous les jours qu’il faut être Socialiste : la Foi nouvelle sera plus propagée par des actes quotidiens que par des discours. Sois soucieux de ta Dignité : Redoute les boissons qui enivrent et les passions qui avilissent. Méprise la résignation morne des épuisés et des lâches. Que le fécond esprit de Révolte te possède, et que la haine vigoureuse des choses mauvaises (mais non des hommes qui les conservent) enflamme ton fier courage.

Gloire aux laborieux : le Travail honore et réconforte. Il est saint! mais l’Excès de travail est maudit : il abrutit et déprime. Nous voulons la Journée de

Huit Heures, pour que après huit heures de repos, huit heures encore chaque jour, tu puisses vivre avec les tiens, te distraire et t’instruire...

Instruis-toi : les cours et les écoles, les journaux et les livres, sont des instruments de liberté. Bois aux fontaines de la Science et de l’Art; tu deviendras alors assez puissant pour réaliser la Justice. Fais l’inventaire des idées et des religions : tu les trouveras multiples et contradictoires et tu seras Tolérant pour toute conviction sincère.

Tes frères sont, non seulement les hommes de ton pays, mais ceux de l’univers entier. Bientôt s’évanouiront les frontières ; bientôt viendra la fin des guerres et des armées. Chaque fois que tu pratiqueras les Vertus Socialistes de Solidarité et d’Amour, tu avanceras cet avenir prochain; et, dans la paix et la joie, surgira le monde où, le devoir social de tous mieux compris pour le développement total de chacun, triomphera le Socialisme! »

Et lorsqu’ils eurent ainsi parlé, ils distribuèrent des milliers de feuilles pareilles à celle-ci, afin que s’en gardât le Souvenir.

Ont signé : La FONTAINE, Edmond PICARD, sénateurs; Jean CAELUWAERT, Ferdinand Gavrot, Jules DESTRÉE, Léopold Fagnart, Léon FURNÉMONT, Joseph LAMBILLOTTE, Henri LÉONARD, Emile VANDERVELDE, députés; et pour le Comité Organisateur de la Manifestation ; Paul PASTUR, président, Emilio, secrétaire.

Le travail est la grande loi de l’humanité.

Ce n’est pas pour la punition d’une faute ancienne que l’homme doit gagner son pain à la sueur de son front, c’est parce que ce pain ne peut s’obtenir qu’avec du froment qu’il faut semer et récolter, avec de la pâte qu’il faut pétrir et faire cuire. Ainsi, dès qu’il est sorti de l’existence incertaine des bêtes, l’homme s’est créé des besoins, toujours plus nombreux, qu’il ne peut satisfaire que par le travail.

Le travail est la grande loi de l’humanité.

Loi nécessaire et bienfaisante, car le travail, travail des bras ou travail de l’esprit, loin d’être un châtiment, porte en lui-même sa récompense. Il marque la dignité de l’homme et lui confère sa situation souveraine dans le monde des êtres vivants. Il assure la santé et la bonne humeur Au milieu des chagrins et des déceptions inévitables, il est, par excellence, le grand consolateur.

Le travail est la grande loi de l’humanité.

Qui prétend s’y soustraire ne mérite pas de vivre. Que celui qui ne travaille pas, n’ait pas à manger! Seuls, dans une société bien organisée sont dispensés de la loi commune, ceux qui ne peuvent pas encore s’y soumettre : les enfants, ceux qui ne le peuvent plus : les vieillards, ceux que le malheur en empêche ; les infirmes et malades. Ceux-là sont à la charge des autres, mais ceux-là seuls. Or, il advint que certains, qui n’étaient ni des enfants, ni des vieillards, ni des malades, voulurent s’affranchir de la grande loi humaine et imposèrent aux autres leur vie parasitaire au moyen de privilèges sociaux de caractère varié. Les vaincus par la violence et l’astuce connurent alors l’excès de travail.

L’excès de travail est le fléau de l’humanité laborieuse.

L’excès de travail produit la fatigue et l’usure anticipée de l’organisme ; l’excès de travail compromet la santé, et constitue dans certains cas, un lent assassinat ; l’excès de travail diminue la force d’un peuple et la vitalité d’une race. Le travail est normal et bienfaisant; son excès est injuste et épuisant. Il abrutit le travailleur transformé en bête de somme ; il le pousse à rechercher les excitations malsaines de l’alcool ; il lui fait accepter servilement les pires oppressions. Longues journées ont pour enfants les bas salaires. Et l’ouvrier exténué, mal nourri, mal payé, est écarté des plus précieuses jouissances de cette civilisation créée par son travail.

L’excès de travail est le fléau de l’humanité laborieuse.

Au devoir travail correspond le droit loisir. Affirmons-le. Il faut au travailleur le repos quotidien. Il faut au travailleur le repos hebdomadaire. Il faut au travailleur le repos périodique des fêtes ou des vacances. La fête du Premier Mai est un

hommage à la grandeur et à la nécessité du Travail, mais c’est aussi l’affirmation, par le peuple ouvrier, de sa volonté de conquérir, par l’action directe de ses syndicats ou l’intervention législative, son droit au Loisir, par la limitation des heures de travail. Il n’est point de liberté véritable pour l’esclave des longues journées.

L’excès de travail est le fléau de l’humanité laborieuse.

Aussi, camarades, célébrons les Trois Huit. Délivrons-nous, délivrons nos frères du fléau. Acceptons vaillamment notre devoir : le Travail, mais réclamons en même temps, avec énergie et opiniâtreté, notre droit au Loisir.

Et vive l’an nouveau qui s’avance, paré de bourgeons verts et d’espérances! Vive le Premier Mai! Vive et triomphe le Socialisme!

Ainsi, à Charleroi, le Premier Mai 1912, il fut parlé, au Peuple innombrable par ceux quTl avait choisi pour sa défense. Et ils distribuèrent par milliers des feuilles pareilles à celle-ci, afin que s’en gardât le souvenir.

Ont signé : Jules DestrÉE, Ferdinand Cavrot, Joseph LambillOTTE, Jean Caeluwaert, Henri LÉONARD, Armand LibioullE, Jules DES ESSARTS, Gustave DES ESSARTS, Edouard FalONY, François RECONNU, Alfred LOMBARD, Martin WiTTAMER, Fernand LiBOTTE, Joseph DEBOTTE, Emile DemOULIN, Henri MICHEL, François MIGNON, Augustin Kaisin, Victor RICARD, Emile MoUSTY, Emile ROUSSEAU, François Dewiest et pour le Comité Organisateur de la Manifestation : Le Secrétaire, Nicolas SOUPLIT; Le Président, Paul Pastur.

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