G. saine
23 décembre 1889 : Extirpation à l’aide du polypotôme de Wilde; le sang vint en grande abondance, la tumeur s’affaissa.
L'état de la malade est resté très satisfaisant jusqu'au mois de juillet 1894, époque à laquelle il fut constaté que la tumeur s'était reformée.
En janvier 1895, la malade eut une nouvelle hémorragie spontanée et le 19 février elle me fut adressée.
Lors de mon premier examen, je constale en effet à l'entrée du méat auditif l'existence d'une tumeur rouge foncé, ayant la forme d'un grain de blé, placée au-dessus d’une autre tumeur lisse et unie à sa surface, d'aspect gris-rosé, globuleuse, s'enfonçant dans le conduit auditif et paraissant s’insérer vers la paroi supérieure ou postéro-supérieure de la caisse du tympan. Autour de la tumeur s'écoule un peu de pus jaunâtre, assez liquide, d’odeur fade, mais pas vérilablement fétide. Je propose l’extirpation du polype, qui est acceptée et pratiquée le lendemain matin.
Après avoir neltoyé l'oreille, comme de coutume, je passe le serre-nœud jusque vers le pédicule présumé du néoplasme que j'arrache de son point d'insertion par le procédé ordinaire. À peine ai-je retiré mon instrument et la tumeur sectionnée qu'une grande quantité de sang noir s'écoule par le conduit et très rapidement inonde la malade et le plancher.
Je place alors la pulpe de mon pouce gauche à l'entrée du méat pendant que de la main droite je prépare quelques tampons d’ouate boriquée que j'introduis avec assez de difficulté jusqu’au fond du conduit, tellement
l'hémorragie est abondante. Une fois le tamponnement fait, je le maintiens
comprimé avec le pouce et j'attends quelques minutes, espérant que cet écoulement sanguin allait, sinon s'arrêler, du moins diminuer et me permettre de voir le point d'implantation du néoplasme. Dans le cas où l'hémorragie récidiverail, je prépare un tamponnement à la gaze iodoformée avec l'intention arrêtée de le laisser plusieurs jours en place. Ceci fait, j'enlève doucement mes lampons d’ouate; mais à peine arrivé aux deux derniers, l'écoulement sanguin repart aussi intense et aussi rapide que la première fois, coulant à plein conduit, au point que j'eus d’abord la sensation d’avoir ouvert un gros vaisseau, peut élre un anévrysme de la jugulaire. Je fais de suite un nouveau tamponnement iodoformé, que je maintiens dans le conduit à l’aide du collodion liquide, formant ainsi une obturation bien complèle el bien sûre du méat audilif. Je revois la malade le soir; elle va bien et n’a pas de fièvre. Le lendemain, l'oreille est un peu douloureuse; 1l exisle un peu d’empâtement au niveau de la fosse temporale.
Le deuxième jour, le gonflement a encore augmenté, il gagne un peu la joue et l'oreille est toujours douloureuse au toucher,
Le troisième jour, la joue et surtout la fosse temporale prennent une teinte légèrement violacée, comme s'il s’élait fait un peu d'infiltration sanguine à travers les tissus. L’oreille n'a pas coulé, le Llamponnement a bien gardé sa place, ayant quelque tendance à sorlir un peu du conduit.
Le quatrième jour, les douleurs étant plus violentes, je me décide à enlever une partie du tampon, prêt à le replacer, du reste, si l'hémorragie recommence. Je puis en supprimer à peu près la moilié sans produire autre chose qu'un léger suintement sanguin de minime importance.
La nuit est meilleure, le gonflement de la joue n'augmente pas et le cinquième jour Je puis enlever le reste du lamponnement sans avoir d’écoulement de sang.
À l'examen de l'oreille, je vois que la tumeur élait insérée vers la partie postéro-supérieure de la caisse; la région inférieure semble libre et saine, ce qui me fait douter quelque peu d’une lésion possible de la jugulaire.
Néanmoins, la tumeur enlevée n'élail constituée au dedans que par une
coque ayant l'épaisseur d’un gros vaisseau. Je remis la pièce au laboratoire
d'anatomie pathologique de notre Faculté où fut pratiqué l'examen histologique, lequel montra qu'il s'agissait d'un polype angiomateux avec parties
fibreuses.
Il semble, d’après ces deux observations, que les angiomes caverneux du rocher donnent lieu à des hémorragies spontanées abondantes, ce qui n’a rien d’extraordinaire; de plus, ces tumeurs peuvent être précédées de sensation de tension, et de battement dans l'oreille intéressée ainsi que dans tout le côté de la face correspondant; enfin elles peuvent être multiples et elles récidivent très vite; nous sommes d'autant plus autorisé à faire cette dernière supposition, que M. Moure, qui a revu son opérée ces jours-ci, nous dit avoir constaté dans le segment antéro-inférieur du tympan un point ecchymotique rouge qui semble être une récidive de la tumeur enlevée par lui il y a un an.
S IL. Tumeurs malignes de la caisse du tympan.
Nous avons vu déjà, au sujet du pavillon et du conduit auditif externe, que les tumeurs malignes de l'oreille sont rares et que l’épithélioma est la forme la plus commune.
Ces tumeurs débutent par l’apophyse mastoïde ou bien dans la caisse même, où elles prennent naissance sur la muqueuse. Dans ce dernier cas elles peuvent occasionner des otorragies très abondantes pouvant aller jusqu'à entrainer la mort du malade. Quand elles débutent par l’apophyse mastoïde, souvent il ne se produit pas d’hémorragies.
Ces tumeurs, assez souvent, détruisent la membrane du tympan et viennent faire irruption dans le conduit auditif externe où elles peuvent être prises pour des polypes et où leur extraction a quelquefois produit des hémorragies considérables. Elles
détruisent en même temps les parties environnantes osseuses. Le rocher se trouve confondu entièrement ou en partie avec la masse néoplasique et la partie squameuse du temporal étant détruite, les tumeurs peuvent pénétrer dans la cavité crânienne et déterminer la mort par compression du cerveau.
Le premier symptôme qui attire l’attention du malade est la douleur qui est continue et qui est constante dans cette affection. À ce symptôme initial se joignent bientôt des bourdonnements d'oreille et des vertiges. L'insomnie est complète et résulte de la douleur. La surdité résulte de la tumeur même qui occupe la caisse du tympan.
Il s'établit par le conduit un écoulement otorrhéïque très fétide qui bientôt est mélangé de sang.
Parfois en dehors de ces écoulements purulents surviennent des hémorragies spontanées plus ou moins considérables.
Nous donnons ci-dessous une observation de Carmalt publiée par Charazac(in Revue d'otologie de Bordeaux,15 janvier 1892), dans laquelle il s’agit d’un cancer de la caisse, et où le malade
succomba à la suite d’une hémorragie foudroyante.