‹ Séméiologie des Hémorragies Spontanées de l'OreilleChapitre 56 sur 56 · OBSERVATION XLVI · texte numérisé non relu

OBSERVATION XLVI

(CarMarr, Trans. of the Amer. Otol. Soc., 1888).

Le malade, âgé de 47 ans, est atteint d'olorrhée consécutive à la rougeole à l'âge de 5 ans. En dehors de l'écoulement, son oreille ne lui avait jamais causé d'ennui Jusqu'à ces dernières semaines. En mai 1888, il commença à ressenlir des douleurs dans l'intérieur et Lout autour de l’oreille, l'écoulement devint absolument fétide, Le conduit était rempli par une excroissance el très sensible au loucher. Légêre sensibilité mais pas de gonflement de l’'apophyse mastoïde. La douleur s'irradiait à la moitié gauche de la tête, et

troublait le sommeil du malade, Dès la seconde visite, le côté droit de la

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face était complètement paralysé. Sur ces entrefaites, le malade vit un autre médecin qui crut qu’il s'agissait d’une carie de l’antre. On essaya de l’ouvrir, mais l’os environnant était tellement sclérosé, que, pratiquement, la cavilé de l’antre n'existait plus. Pas d’abcès mastoïdien, L'incision fut alors prolongée sur les parties molles vers le conduit auditif externe. La masse polypeuse qui Je remplissait fut extraile aussi complètement que possible, et un drain fut mis dans la plaie. L'examen microscopique démontre qu’il s'agit d’un carcinome. :

Quelques semaines plus tard, l'oreille était de nouveau bouchée et la peau commençait à se prendre. A l’aide de la gouge, on ouvrit alors à travers l'os à sa parlie postérieure un libre accès vers la caisse; l’os enlevé paraissait sain. La caisse ne contenait plus aucune trace des diverses parties de l'appareil auditif, mais était remplie par une masse de lissu carcinomateux. La cavité fut lavée avec une solution de résorciné, et pendant un certain temps la plaie parut aller bien, mais la maladie reparut de nouveau.

L'écoulement redevint fétide. Le malade perdit ses forces et finalement

mourut d'hémorragie foudroyante, probablement par érosion du sinus latéral.

Outre l’unique hémorragie dont mourut le malade, nous remarquons dans cette observation qu’il avait de la paralysie faciale. C’est là un symptôme habituel du cancer de l'oreille moyenne, dû à la compression du néoplasme sur le nerf ou à la destruction des fibres nerveuses elles-mêmes. La tendance qu'a le cancer à envahir les parties voisines, molles ou osseuses explique cette paralysie.

L'extension de la tumeur aux organes voisins peut donner lieu à de nouveaux symptômes, tels que la dysphagie, par suite de l'extension à la cavité naso-pharyngienne par la trompe; le malade alors est gêné dans ses mouvements de déglutition. On peut également avoir de la dyspnée, des vomissements, etc.

Nous reproduisons ci-dessous une observation de Cooper

Forster publiée par Toynbee, montrant l’action destructive et envahissante des tumeurs malignes de la caisse.

OBSERVATION XLVIT

(Cooper Forster, Mal. de l'oreille, ToyNBrr, p. 400). ,

Un garcon scrofuleux, âgé de 19 ans, avait été renversé par un cab dixneuf mois avant de mourir : le coup avait porté sur le côté droit de la tête. Peu après, il devint sourd de l'oreille droite et éprouva une douleur considérable dans cet organe; la région enfla légèrement et devint extrêmement sensible, spécialement sur l’apophyse mastoïde. La tuméfaction n’augmenta point, mais la douleur de tête prit une intensité extrême, et il apparût une paralysie du nerf facial, La situation ne se modifia guère jusqu'à ces six derniers mois, lorsqu’à la suite d’un autre coup au même endroit, la maladie sembla redoubler d'activité. Le côté de la tête, à partir du haut de la crêle temporale jusqu’à 0,05 cent. au-dessous du pavillon, se tuméfa énormément et devint très sensible; l'oreille externe paraissait comme repoussée en dehors.

Les aliments solides s’avalaient difficilement et le malade ne pouvait parler.

Deux mois environ avant la mort, la tumeur commenca à devenir fonguense et à s'ulcérer; de temps en temps apparaïssaient des hémorragies abondantes, l'ulcération marcha très rapidement et mit à nu le pharynx.

En dernier lieu l'action destructive s’étendit au point de former une large ouverture autour de l'oreille qui isolait complétement cet organe.

Il ne se montra aucun symplôme cérébral. Les hémorragies abondantes et l'écoulement continuel du pus finirent par emporter le malade.

Autopsie : L'examen de la pièce joint aux signes ci-dessus (surtout les hémorragies abondantes et le caractère fongueux et envahissant de la lumeur) ne permit pas de douter de la nature maligne du néoplasme qui était très

probablement une tumeur encéphaloïde.

Cette observation üe carcinome confirme bien ce que nous avons dif au sujet de l'observation précédente, relativement à la paralysie faciale consécutive à cette affection. Nous voyons, en outre, que dans ce cas le malade avait de la difficulté à déglutir surtout les aliments solides, preuve évidente de la propagation de la tumeur au pharynx.

Pour ce qui est des hémorragies, elles furent multiples et leur abondance fut telle qu’elle finit par entraîner la mort du malade.

Enfin l'âge du sujet nous montre que les tumeurs malignes de l'oreille peuvent se développer à tout âge. Hartmann a même observé un sarcome mou à cellules rondes chez un enfant de 3 ans 1/2 et qui amena la mort en 7 mois.

Un malade de Orne Green(1}) avait 23 ans et était atteint d’un sarcome à cellules rondes.

Toynbee a observé 3 cas de sarcome également chez des sujets qui avaient respectivement 3 ans, 18 ans et 25 ans.

L'épithélioma et le carcinome seraient cependant plus fréquents dans la seconde moitié de la vie.

Si l’épithélioma est la forme la plus commune des tumeurs malignes de l'oreille, le carcinome est la forme la plus rare.

Néanmoins Burkner en a réuni 14 cas et Delstanche, Kipp, Moos, Billroth, Bergmann, etc., en ont publié également des cas.

L'examen direct de ces tumeurs malignes, qu’il s'agisse d’épithélioma, de sarcome ou-de carcinome, permet de constater une tumeur plus ou moins molle, grisätre et saignant au moindre contact.

Quand la tumeur vient faire saillie dans le conduit, on peut la prendre pour un polype. L’examen histologique du néo-

(4) Charazac, Tumeurs malignes de l'oreille, Soc. de méd. de Toulouse, déc. 1891, 14 Ysambert.

plasme est alors nécessaire pour affirmer le diagnostic. D'autre part, la marche rapide et envahissante, l’engorgement ganglionnaire, l’altération de la santé générale lèvent tous les doutes.

Les hémorragies qui se produisent au cours de ces tumeurs tiennent évidemment à leur nature, mais un gros vaisseau peut se trouver intéressé par les progrès du mal et être une nouvelle source d'hémorragies graves. C’est du reste ce quise produisit dans le cas de Carmalt (obs. XLVI) qui pensa que l'hémorragie foudroyante de son malade était due à une érosion du sinus latéral. Le même fait se produirait si l'artère carotide interne, l'artère méningée moyenne, la veine jugulaire ou un sinus venaient à être ulcérés.

Les hémorragies auriculaires qui se produiraient alors se manifesteraient par des caractères que nous avons étudié avec les suppurations chroniques de l'oreille moyenne et qui sont différents suivant qu'il s’agit d’une lésion artérielle ou d’une lésion veineuse.

GONCLUSIONS

I. Les hémorragies spontanées de l'oreille se rencontrent dans un certain nombre de maladies générales où elles revêtent parfois un caractère très grave et peuvent même déterminer la mort.

II. Les neurasthéniques et les hystériques des deux sexes peuvent présenter des otorragies spontanées.

III. On observe encore chez des femmes nerveuses des hémorragies auriculaires à la place des règles (hémorragies substitutives) ou survenant aussitôt après (hémorragies supplémentaires).

IV. Les affections aiguës et chroniques du pavillon et du conduit auditif peuvent déterminer des héimorragies de l'oreille ainsi que certaines tumeurs qu’on peut ÿ observer.

V. Les hémorragies symptomatiques d’affections auriculaires occupant le tympan ou la caisse se rencontrent surtout dans les cas de saillies polypeuses (granulations, fongosités, etc.), et de tumeurs malignes.

VI. Elles peuvent être assez abondantes pour mettre l’existence des malades en danger (ulcération de gros vaisseaux : carotide interne, veine jugulaire, sinus latéral, sinus transverse, etc...).

Vu : Le Doyen, VU BON A IMPRIMER : A. PITRES.

Bordeaux, le 11 mars 1896.

Le Président de la thèse, Vu et permis d'imprimer : D' ARNOZAN. Bordeaux, le 11 mars 1896, Le Recteur,

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