HÉMORRAGIES DE L'OREILLE DANS LES MALADIES GÉNÉRALES
S I. Fièvre typhoïde.
Les hémorragies dans le cours de la fièvre typhoïde sont assez fréquentes pour que cette affection revête parfois la forme purement hémorragique.
Au début de la maladie, on à des épistaxis; plus tard, on a souvent des hémorragies intestinales, des suffusions sanguines des muqueuses ou de la surface cutanée.
Quant aux otorragies, ce n’est que très rarement qu’on les observe dans cette affection et, pour notre part, nous n’en avons trouvé qu’un cas qui ait été publié dans la science.
Triquet, cependant, dans son Traité des maladies de l'oreille, parle d’un jeune homme de 23 ans, qui, vers le quinzième jour d’une fièvre typhoïde, eut un écoulement purulent des deux oreilles, écoulement qui, du côté droit, semblait mélangé avec du sang. Plus loin, il cite le cas d’une jeune fille de 16 ans qui mourpt de la fièvre typhoïde et qui, dans les six derniers jours, avait eu des écoulements purulents de l'oreille droite. Le pus, là également, semblait tenir en suspension quelques grumeaux de sang.
A côté de ces deux faits de Triquet, nsus allons reproduire l'observation beaucoup plus démonstrative de MM. Molinié et Daunic où il est question d’un cas d’otorragie double au cours de la fièvre typhoïde.
OBSERVATION I (résumée).
(Publiée par MM. Mouié et Daunic, Revue de laryng. et d'otologie de Bordeaux, 189,5).
Jeanne X..., âgée de 6 ans, constitution délicate, présente des symplômes très nets de fièvre typhoïde.
Au début, douleurs de tête, inappétence, fatigue extrême, saignements de nez à plusieurs reprises, puis douleurs abdominales, céphalalgie, fièvre vive, diarrhée abondante, ventre ballonné, gargouillement de la fosseiliaque droite, qui est douloureuse à la pression, stupeur, taches rosées, en un mot, tous les symptômes de la dothiénentérie.
Sept jours après Le début, 19 avril 1892, la petite malade tombe de son lit et se contusionne très légèrement : ecchymose à peine visible. Le lendemain, dans la soirée, survint une hémorragie de l'oreille gauche. On essaie d'établir une relation directe avec le traumatisme de la veille. Le sang qui s'écoule est peu abondant, il est pur et d’un rouge vif.
La petite malade se plaint vivement de la tête, abattement extrême, ne répond pas aux questions pour l'épreuve de la montre et paraît atteinte de surdité.
Le surlendemain de l'accident, nouvelle hémorragie par l'oreille droite. Le sang est également pur et rutilant.
Examen des oreilles : Elles présentent le même aspect des deux côtés. Le fond du conduit au voisinage du tympan est tapissé de sang coagulé.
Le tympan présente une teinte rouge violacé avec petites taches sombres à la partie postéro-inférieure, taches dues probablement à de petits caillots de sang adhérents et qui en imposent pour une perforation faisant penser
que le sang vient de la caisse et fait irruption à travers la membrane tym-
UT on
panique après l'avoir perforée. Il est cependant impossible de se prononcer, l'examen étant très douloureux et la fillette très abaltue, À ce moment, surdité complète des deux côtés.
L'écoulement sanguin continue les jours suivants et la surdité est toujours complète, Une goutte de sang est recueillie et l'examen au microscope et un ensemencement sur gélose ne montrent aucune espèce microbienne. L'idée d'olite suppurée est par là même repoussée,
Le 24 avril, c'est-à-dire quatre jours après la première hémorragie, l’écoulement cesse. La malade est prostrée, très abattue, pousse des cris de douleur, causés par la céphalalgie.
Le 26 avril, douleurs lancinantes dans l'oreille droite ; à ce moment survint une hémorragie nasale assez abondante.
Le 27, la malade vomit constamment, mais épistaxis et otorragies complètement disparues.
Le 28, meilleur élat général, la maladie évolue vers la guérison.
Le 4 mai, amélioration complète, l’enfant a recouvré l’ouiïe en grande partie. Nouvel examen des oreilles : tympan normal, lisse et brillant, pas la moindre trace de rupture ou de cicatrice d’aucun côté.
La restitution ad integrum n'eût pu se produire dans un délai aussi bref et sans laisser de {races s'il se fût agi d'une perforation du tympan. La provenance de l'hémorragie n’était done pas l'oreille moyenne, mais bien la
face externe du tympan...
Dans cette observation, il s’agit bien d’une fièvre typhoïde à forme hémorragique : épistaxis au vingt-deuxième jour; otorragie gauche le septième jour, et otorragie droite le huitième. Ces deux dernières ayant persisté huit jours.
Le traumatismeinsignifiant quis’est produit leseptième jour, ne saurait, du reste, expliquer ces otorragies persistantes ; d’ailleurs, il n’y avait n1 rupture du tympan, ni suppuration de la caisse. |
Quant à la pathogénie de ces otorragies dans la fièvre
typhoïde, elle est probablement la même que celle des autres hémorragies que l’on rencontre dans cette maladie (épistaxis, hémorragies intestinales, utérines, etc.), mais elle n’est pas connue.
S II. Variole.
Dans la variole comme dans la fièvre typhoïde,on peut avoir des hémorragies de l'oreille, mais elles sont également très rares et sans gravité.
Du reste, les complications de l'oreille dans la variole ne sont que passagères et tendent toujours vers la guérison.
Nous n’en avons trouvé qu’un seul cas, et encore le malade étant mort le neuvième jour de sa maladie, ce fut l’autopsie qui indiqua la nature de son otite.