JOUR DE LA SORTE
26 Juin 1888.
Cette année, la joyeuse aurore de la vacance fut assombrie, comme toujours, par les tristesses inhérentes à toute séparation, surtout par le deuil des funérailles, le ressouvenir d’une perte irréparable.
La sall: des récompenses avait pris son air de fête accoutumé, mais la chapelle tendue de noir, faisait penser à la mort. Fleurs épanouies, cyprès funèbres, n'est-ce pas l’histoire de la vie ?
D'un goût sévère et pur, sans aucun niélange de faiblesse, la décoration funéraire fait honneur au talent artistique, à l'éducation distinguée ainsi qu’au dévoüment des Dames de ia Présentation.
Le catafalque se trouve au milieu du chœur. Audessus est figurée une tombe couverte de l’étole et de barrette, et surmontée d’un dais magnifique à quatre banderolles gracieuses. Le long des corniches qui contournent la nef et le chœur se déroule, triste et lugubre, une large bande noire Le soleil cependant, à travers les fenêtres à demi-voilées par des rideaux épais, lance de temps à autre, comme un sourire du
ciel, ses rayons lumineux. Mais cette décoration parlait aussi à l’âme, Sur les voiles qui cachaïent le fond du chœur, on pouvait lire et voir les désirs, les espérances et la récompense d’une vie sacerdotale, Au fond une-colombe altérée du sang de Jésus-Christ, en bas, sur le tombeau de l'autel : :
Jesu, quem velatum nunc aspicio,
Oro fiat illud quod tam sitio,
Ut te, revelata cernens facie,
Visu sim beatus tuæ gloriæ qui est l’emblême et l'expression des vœux du saint prêtre !
Sur les murs, à zauche: le Christ souffrant ; * Qui “manducat meam carnem et bibit meum sanguinem “habet vitam æternam, Ego sum resurrectio et vita ; “qui credit in me non morietur in æternum.”
Voilà l'espérance.
À droite: la couronne des élus ; “In civitate sanc- “tificata similiter ræquievi, et in plenitudine sancto- “rum detentio mea. Audivi vocem de cœlo dicentem “mihi, Beati mortui qui in Domino moriuntun.”
C'est la récompense sans borne et sans fin.
Le même tact judicieux avait présidé à la distribution des emblêmes cousus sur les oriflammes dont les piliers de la nef étaient voilés de haut en bas. A côté des épines qui meurtrissent, la couronne qui console ; du palmier des déserts, l'ancre de l'espérance, du roseau battu par la tempête, le lis qui croît dans la paisible vallée,
O religion suave, combien tu sais illuminer d’un #ayon d'espoir les sombres heures de l'exil !
Cependant, M. Godard, curé de St-Aimé, ancien élève et professeur du collîge, assisté de M. l'abbé
Proulx, diacre, de M. l'abbé Pratte, sous-diacre, commença la messe,tandis que Mgr L. Z.Moreau siégeait au trône avec Messieurs J.]. Prince et A.X. Bernard, chanoines, comme assistants. La foule des fidèles se plaça dans la nef, remplie dans toutes les parties jaissées libres au public. Les prêtres occupaient le pourtour du ch'eur, les personnes de la famille et les invités, de + lauteuils et des siéges,'les religieuses le haut de la nef, et les élèves les chapelles latérales ainsi que les d'ux jubés. Religieux respect vis-à-vis des goûts du defunt, la messe fut chantée en plein-chant avec acconipagnement d'orgue. Les prêtres mêlaient leur voix aux voix du chœur,et chantaient avec l'accent de la piétc filiale ces incomparables prières de la liturgie et les strophes si saisissantes, si pleines d’onction du “Dies ire.”
Le saint sacrifice achevé,le Révd. L.L. Dupré,curé de Sorel, ancien élève de St-Hyacinthe, s'avança pour se faire l'interprête de ce grand deuil, et dire à Mgr Joseph Sabin Raymond un suprème hommage dernier adieu.
ER
ee