III. - TROUBLES DE LA COORDINATION ET DE L ÉQUILIBRE
A. — Incoordinations motrices. — Ataxies.
A l’état normal, la régularité et l’harmonie de nos mouvements sont assurées par une coordination musculaire spéciale à chacun d’eux. Certains actes, tels que la marche ou la station debout, peuvent être envisagés comme la combinaison de plusieurs mouvements ou de plusieurs coordinations musculaires; dans l'un et l’autre cas, les coordinations musculaires se manifestent par une répartition proportionnelle et régulière de l’énergie dans certains groupes musculaires et dans un temps défini.
Toutes les parties du système nerveux central sont en rapport direct ou indirect avec la périphérie et réagissent suivant les impressions qu’elles en reçoivent. Lorsque la transmission des impressions est normale, les réactions sont bien adaptées au but et sont exécutées dans le temps nécessaire : si la transmission est ralentie, incomplète ou nulle, les réactions le sont aussi, d’où les troubles profonds de la coordination : l’ataxie.
Ailleurs, la transmission des impressions périphériques est normale, mais les centres qui les emmagasinent sont atteints dans leur fonctionnement et les réactions auxquelles ils président font défaut ou sont incomplètes, il y a encore ataxie.
En réalité, l’ataxie reconnaît soit une origine périphérique, soit une origine centrale. Périphérique, elle présente des degrés et des formes différentes, suivant que l’interruption des excitations périphériques a lieu au niveau du premier neurone ou des neurones de deuxième et de troisième ordre. Lorsque le premier neurone (ganglion rachidien avec ses deux prolongements — la racine postérieure et le nerf périphérique — est atteint dans son fonctionnement, l’activité de tous les centres coordinateurs est suspendue ou modifiée, l’ataxie s’associe en outre à des troubles plus ou moins intenses des divers modes de la sensibilité, Ceci s'applique non seulement aux neurones périphériques médullaires, mais aussi aux neurones périphériques bulbaires (racine labyrinthique, trijumeau, etc.). Si la lésion est localisée sur un neurone de deuxième ordre, qui transmet à un centre coordinateur les impressions recueillies à la périphérie, les fonctions de ce centre seront forcément suspendues ou altérées, mais l’activité des autres centres continuant à s’exercer normalement, la sensibilité sous tous ses modes sera intacte, à moins que le neurone interrompu ne soit affecté aux voies de perception des impressions périphériques.
394 SÉMIOLOGIE Di SYSTÈME NERVEUX.
Cette division des ataxies en ataxies périphériques et en ataxies centrales s’appuie également sur la physiologie expérimentale : bien qu'il n’y ait pas lieu de discuter et d’interpréter ici les expériences poursuivies par les physiologistes dans le but de connaître le rôle joué par la sensibilité ou par certains centres dans les phénomènes de coordination, je ne crois pas cependant devoir passer sous silence les résultats les plus importants acquis dans ce domaine.
Van Deen, Cl. Bernard, Longet, Brown-Séquard ont sectionné les racines postérieures correspondant aux membres inférieurs chez la grenouille; après la section les mouvements étaient irréguliers et incoordonnés; si la section portait sur toutes les racines on assistait à un véritable état ataxique du membre. La même expérience répétée sur le singe par Mott et par Sherrington a donné des résultats identiques; après la section de toutes les racines postérieures d’un membre, le singe devient incapable de le mouvoir et pourtant l’excitation électrique du centre cortical correspondant provoque encore les réactions normales. Si les racines ont été incomplètement sectionnées, les désordres du mouvement sont encore très intenses, à la condition (pie la section ait porté sur les racines qui conduisent les impressions qui viennent de l'extrémité du membre. La prédominance des impressions cutanées sur les impressions musculaires dans les phénomènes de coordination serait démontrée par ce fait que la section des racines qui transmettent à la moelle les impressions cutanées plantaires a pour résultat un désordre considérable de la motilité, tandis que la section des racines qui conduisent les impressions recueillies au niveau des muscles plantaires n’est pas suivie de troubles appréciables de la motilité. Cette prédominance de la sensibilité cutanée sur la sensibilité musculaire n’a pas été reconnue par tous les physiologistes, elle est même contredite par plusieurs expériences (CL Bernard) sur les détails des<|iiel les je n’ai pasà insister, n’ayant pour but ici que de rappeler l’action manifeste de la sensibilité générale sur le mouvement, action dont la démonstration expérimentale sur le singe (Mott et Sherrington) et sur le chien (Tissot, Chauveau, Contejean) trouve sa confirmation dans la pathologie humaine.
La physiologie expérimentale nous a encore éclairés sur les conditions et le mode d’intervention de certaines parties des centres nerveux dans la coordination des mouvements; l’étude de la structure anatomique du névraxe soit par la méthode de Golgi, soit à l’aide des dégénérescences expérimentales, en nous révélant les rapports qu’affectent entre eux les groupes cellulaires, nous a permis de pénétrer plus avant dans le mécanisme intime de certaines coordinations. La pathologie humaine réalise rarement des lésions strictement localisées à un organe ou à un centre; c’est alors que les données de la physiologie expérimentale nous deviennent utiles et même nécessaires, pour débrouiller les complexes symptomatiques et préciser le diagnostic du siège exact delà lésion : dans les cas rares où la lésion est aussi nettement localisée qu une section expérimentale bien réussie, elle acquiert la valeur <1 une véritable expe-
rietice exccuice sur l’homme et nous permet de vérifier les lois établies par la physiologie expérimentale. Nous en trouvons une confirmation éclatante dans les symptômes observés chez l’homme au cours de l’atrophie du cervelet, comparés à ceux que présente l’animal après la destruction partielle ou totale de cet organe : les désordres du mouvement observés dans les deux cas revêtent la même forme d’incoordination ou d’ataxie, et justifient l’expression d’ataxie cérébelleuse qui leur est appliquée. A côté des ataxies périphériques, il y a donc des alaxies centrales dont la symptomatologie varie avec chaque centre lésé et suivant la fonction à laquelle il préside — et cela chez l’homme aussi bien que chez l’animal. L’ataxie ici n’est plus alors la conséquence d’un isolement partiel ou total du névraxe d’avec le monde extérieur, mais bien d’une élaboration nulle ou incomplète du stimulus qu’il en reçoit à l’état normal. Pans le premier cas, il y a forcément anesthésie, dans le second cas les troubles de la sensibilité ne sont que l’accessoire.
On peut donc diviser les ataxies, en ataxies périphériques et en ataxies centrales.
I. — Ataxies d'oiugine périphérique ou par lésion du premier neurone,
a. Lésion portant à la fois sur le prolongement central et sur le prolongement
périphérique du neurone.
Tabes.
Névrite interstitielle hypertrophique et progressive de l’enfance (Dejerine et Sottas).
Ataxie ou tabes labyrinthique. (A cause de sa ressemblance avec l'ataxie cérébelleuse, elle sera décrite après cette dernière.)
b. Lésion de son prolongement périphérique ou rameau sensitif périphérique.
Tabes périphérique ou nervo tabes (Dejerine) ou encore pseudo tabes périphérique.