‹ SemiramisChapitre 18 sur 50 · ACTE SECOND · texte numérisé non relu

ACTE SECOND

j Elle pèse déjà, sur ma tête sacrée, la main du temps. iDemain, je ne serai plus belle.

KETH-AOUR

Blasphème! Sémiramis, tu ne te connais pas !

Ton charme est surhumain; il échappe aux paroles.

Il est fait de pensée, de force, de génie,

d'aventures, d'exploits, de trophées!

jTu es l'être irréel qu'un poète conçoit

sn combinant l'effort héroïque et la race divine. jVeuve, tu semblés vierge; femme, tu parais mâle, |Car ton cœur jusqu'ici n'a chéri que la gloire. |Oh! l'éveiller ce cœur, tabernacle d'impavides desseins (l'éveiller aux émotions suaves

ce cœur superbe, épris de pompes triomphales!

L'initier aux doux secrets de la tendresse. [Quelle conquête, ô Reine, quelle victoire! [Pour moi, qui n'ai rien fait, que de grands rêves, ft1 aimer est une action qui m'associe là la fois aux prouesses passées et aux palmes futures!

La louange d'un seul est plus douce que l'acclamation d'une armée.

i1 Avant ma conquête, Prince d'Egypte, quelle fut ta vie?

KETH-AOUR

L'histoire de ma race commence avec le monde : le premier qui fut roi était enfant du Nil. Je voulus rouvrir les annales, imiter les aïeux! En m'enseignant leur science impassible les prêtres éteignirent en moi

l'enthousiasme aveugle du héros.

Qui tentera l'effort ingénu et magnifiquement stérile,

quand il n'espère rien, ni du temps, ni des dieux?

La destinée des peuples suit un cours inflexible.

Je t'ai vu, sans colère, soumettre mon pays.

Connais-tu la lugubre vieillesse de l'athlète?

Il terrassait jadis dix hommes de sa main,

maintenant les enfants se rient de sa béquille.

Ainsi, l'antique Egypte est en proie aux nouvelles nations.

Tu dois ta splendide carrière à la jeunesse de ton peuple.

Ton successeur, même s'il t'égalait, verra la décadence.

Reine du Nil, reine d'une race épuisée,

ton génie n'aurait rien sauvé.

Je suis un pharaon, plus noble qu'aucun homme;

mon sang compte par siècles les années.

Cependant, je porte ma couronne, en résigné.

L'épée n'est qu'un hochet d'enfant rageur

contre les implacables lois qui gouvernent ce monde.

As-tu aimé?

J'ai cueilli des fruits vermeils; j'ai respiré des roses.

As-tu aimé?

KETH-AOUR

J'aime !

SEMIRAMIS Tu n'es pas aimé, Keth-Aour.

KETH-AOUR

Si je peux t'approcher constamment, si je deviens ton ombre; si librement, ma bouche verse dans ton oreille

Page 1