ACTE SECOND
Tu menais au combat des amants au lieu de mercenaires. Tu ne l'ignorais pas, Sémiramis, et en toute rencontre tu t'adressais au cœur, aux sens de tes soldats. Hier encore tu te disais : « l'amante des légions ». Redoute, ô reine, la jalousie de ton armée.
Cette Sémiramis qui ne s'appartient pas, tu la convoites !
ZAKIR
Je voudrais conjurer d'horribles catastrophes !
SÉMIRAMIS Conjure la passion qui t'aveugle!
ZAKIR
Donne l'exemple : maîtrise ta passion naissante !
KETH-AOUR, intervenant.
Tu ne dois pas juger ta souveraine.
ZAKIR, sarcastique.
L'Egyptien, juste dans son désir, prie et attend et s'il n'est pas aimé, par sa présence même : c'est qu'Ammon l'abandonne.
KETH-AOUR Qu'espères-tu de ces violences ?
ZAKIR
Etranger, ôtage, vaincu, écoute bien.
Il n'est pas un de nous qui ne porte sous sa cuirasse
un cœur d'amant pour la colombe assyrienne.
Sur ce flot immense de désir, jamais ni vague, ni écume.
On la croit insensible et d'essence divine.
Mais si on connaissait pour toi sa partialité,
la colère rouvrant les cicatrices
chacun demanderait le prix du sang versé.
SÉMIRAMIS, passe entre eux.
Sujette de mon peuple et vassale des prêtres, esclave de l'armée, prisonnière en ma ville à quelle ignominie serai-je donc réduite ?
ZAKIR
L'ignominie, c'est ton amour pour l'Egyptien.
KETH-AOUR, va vers Zakir.
Un signe, Reine, je suis prêt à mourir ou à fermer enfin cette bouche insolente. Délivre-moi de mon serment.
Sémiramis les sépare.
ZAKIR
Viens donc et qu'un combat sans merci nous affronte!
SÉMIRAMIS Vous avez juré, tous les deux.
Elle les sépare encore.
ZAKIR
Quoi ! La reine parjure invoque les serments.
Elle avait dit : « Ninos n'aura jamais de successeur. »
KETH-AOUR
Que m'importe l'empire ? Je ne vois que la femme !
ZAKIR
Blasphème! Sémiramis n'est que déesse et réine.
KETH-AOUR Et d'autant plus maîtresse de son choix.
Toi qui vécus à mes côtés, tu penses me contraindre. Sors de ma vue, insensé!
ZAKIR
Tu l aimes?