SCÈNE V
SÉMIRAMIS. — KETH-AOUR. — ZAKIR-IDDIN
ZAKIR, farouche, va droit à la Reine.
A travers l'Asie et l'Afrique j'ai marché, les yeux fixés sur ton cimier; où ton char a passé, mon glaive a lui. Maintenant les annales sont closes, l'épée rentre au fourreau, Zakir rentre dans l'ombre. Homme de guerre, dépaysé dans ton palais, j'y subirais de trop lourdes contraintes. Adieu ! Si le jour des batailles revient, je surgirai.
Quoi ! tu me quitterais ? Pour quel destin ?
ZAKIR
Et pour quel destin resterais-je ?
SÉMIRAMIS A promener mes étendards je n'ai plus devant moi que les pays du Gange. Elle est là, fascinante, l'Inde sacrée.
Mais les Mages m'ont avertie que j'échouerais dissipant, en cette entreprise, tous les fruits du passé.
La paix te soit propice, ô Reine, c'est mon vœu !
SÉMIRAMIS Demeure, car je sais ta pensée !
ZAKIR
Si tu sais ma pensée, comment me retenir ?
En l'ordonnant!
ZAKIR
Je t'aurais obéi jadis, aveuglément,
tu étais la déesse, équitable et sereine...
SÉMIRAMIS Ne suis-je plus Sémiramis ?
ZAKIR
Ecoute le loyal avis du guerrier.
L'escalade de Bactres n'avait ébloui que le roi .
A ton premier commandement, les vétérans sourirent.
Mais lorsqu'on vit la femme délicieuse
se métamorphoser vraiment en capitaine,
surmonter les fatigues et braver le danger,
sacrifier et jeunesse et beauté à la conquêtejgrandiose,
oh I ce fut un délire et .l'amour enflamma les^courages .
Ce que l'on fit dès lors égala les légendes.