‹ SemiramisChapitre 25 sur 50 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

Colombe de Simmas, ô colombe[amoureuse, nul ne voit ta faiblesse.

Te voilà frémissante et ce n'esf pas la gloirejiui t'agite Hier, j'étais ce divin personnage

qui manifeste aux hommes étonnés la majesté^du ciel. Incroyable métamorphose, inouï changement ! Un nouveau cœur habite ma poitrine I

— Je t'ai lassée, histoire, cesse tes soins, et scelle le rouleau des annales fameuses. Mon unique dessein s'accomplit désormais dans cette solitude avec mon Egyptien.

— Ton apparition, Derkéto, je la sais prophétique, et le feu de ton sang dans mes veines s'allume;

je commettrai ta faute, je subirai ton sort;

j'aurai fait jusqu'au bout toute ma volonté.

Avant que la vie me repousse

je presserai les heures comme des grappes mûres

et je m'enivrerai du vin des voluptés.

O Keth-Aour, ma suprême conquête,

ton amour me rend la jeunesse,

ce bien inestimable que j'avais dédaigné;

et ton baiser, vainqueur du temps,

défendra ma beauté.

Le destin affirme ses menaces ; je le devancerai I Dans la forêt des cèdres, je m'assieds, résolue.

ZAKIR, sombre et de très près.

C'est moi !

Je t'attendais ! Je sais quel feu couve en ton âme.

ZAKIR

Tu vois ma peine, et tu en as pitié!

Par tout ce qui t'est cher....

Rien ne m'est cher, Zakir, de tout ce qui le fut. Le passé disparaît, comme un lointain mirage, diffus, évaporé, incertain...

L'avenir semble un confus amas, sans couleur et sans forme... Je ne me souviens plus et ne désire pas encor.

ZAKIR

Par ta gloire immortelle...

Ma gloire m'embarrasse,

draperie lourde qui ralentit mes pas.

ZAKIR

Ainsi, en ton esprit s'efface toute une vie de périls partagés,

de travaux accomplis, d'exploits accumulés.

La nuit venue, tous deux seuls

sous la tente et les plans déroulés,

nous calculions le chemin parcouru et l'étape prochaine,

prévoyant les besoins des troupes, les accidents du sol,

les chances de surprise et les ruses d'assaut.

Tu as aimé la guerrière intrépide, vêtue de fer : regarde et pleure,

une autre femme t'apparaît sous mes traits,

et près de celle-là, tu n'as plus de crédit.

Sémiramis la conquérante reconquiert aujourd'hui sa liberté.

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