ACTE TROISIÈME
Renvoie l'homme d'Egypte...
Tu commandes l'armée; j'ai payé tes services. Veux-tu une province ? Je te donne le choix.
ZAKIR
Je veux vivre et mourir dans ton ombre!
Ton humeur m'importune. Choisis ta route et pars.
ZAKIR
Je l'emporterais avec moi l'idée suppliciante : tu aimes !
Je ne demande pas ton cœur, je veux que tu le gardes.
Par quelle aberration méconnais-tu l'assistance des Dieux?
Veux-tu transformer en huées l'acclamation de l'univers?
Ces peuples, ces pays, cette moitié du monde
qui plia sous le sabot de ton cheval,
vont célébrer ta honte et se croire vengés !
L'obstacle, homme ou montag-ne, qui a surgi, je l'ai brisé! Tu ne veux pas t'éloigner? Tu mourras!
ZAKIR
Quelle main, sur moi, oserait se lever?
La tienne !
Moi, je m'immolerais au bonheur d'un rival?
Tu vas le faire !
ZAKIR
Ah ! ma raison s'égare !
Je jure, sur ma gloire ancienne, de te bannir.
ZAKIR
Entendre ce défi des lèvres de l'idole !
Les femmes de harem dissimulent : je ne sais pas leur artifice,
et je vais à l'amour, hautement et l'œil fier,
comme autrefois j'allais à l'immortalité.
Serais-tu ce cœur prodigieux que j'ai rêvé?
Un seul m'aima, un seul du moins sut me toucher.
C'était au soir d'un terrible carnage,
en me voyant baiser un moribond
cet héroïque amant se frappa en plein cœur ;
il estima que ma caresse valait toute sa vie.
Mais il ne savait pas qu'un autre était aimé !
Ma patience s'épuise.
ZAKIR
Et ma fureur augmente. Tremble pour Keth-Aour !
Je saurais le défendre ; je saurais le venger ! Tremble pour toi, Zakir.
ZAKIR
Que ne suis-je couché, inerte et glorieux, sur un champ de bataille?