‹ SemiramisChapitre 30 sur 50 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

SÉMIRAMIS, sur le banc de verdure.

Si je n'étais Sémiramis, serais-je belle encore, et pourrait-on m'aimer?

CG

A la fontaine, Menonès boirait-il dans mes mains,

et Ninos à ma vue serait-il subjugué?

Depuis ce temps, j'ai pensé, j'ai voulu.

J'avais l'intelligence, la faculté splendide et froide.

Un cœur m'est né, un cœur ardent.

Je le sens battre, étonnée et ravie,

et voici que le temps se dérobe à mon vœu?

Les passions figurent les saisons de l'âme.

J'ai renversé leur ordre naturel :

j'ai cueilli les fruits de l'ambition d'abord,

et les fleurs de l'amour s'écartent de ma main.

Ma jeunesse a donné ses roses éclatantes

pour un rameau de noir laurier.

Contre les ans qui blessent ma beauté,

je dresserai la même volonté qui a soumis le monde.

SÉMIRAMIS, allant au-devant du prince.

Enfin! Gomme tu as tardé? Et quel front soucieux?

KETH-AOUR Naram-Sin m'a jeté au passage un regard de haine implacable ; des corneilles ont crié, à ma gauche ; et mon pied a buté trois fois.

Oui, la fatalité ouvre sur nous ses ailes sombres. Mon manteau, par instants, prend des plis de linceul.

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