ACTE TROISIÈME
Que le sort s'accomplisse! Accomplissons nos vœux. Keth-Aour, m'aimes-tu ?
KETH-AOUR, tous deux sur le banc de verdure. Si je ne t'aimais pas, aurais-je donc quitté mes palais, mes provinces, pour subir, en otage, l'affront brutal d'une cour ennemie?
Si je ne t'aimais pas, resterais-je quand le poignard, dans l'ombre, luit déjà? Ce soir peut-être, Zakir ou quelque fanatique me frappera et cependant, Sémiramis, je ne pars pas.
Tu attends le péril, impassible devant le sort.
Mais on ne lutte pas contre un peuple : il faut fuir !
KETH-AOUR
Tu veux que je te quitte?
SÉMIRAMIS Non! nous fuirons ensemble.
KETH-AOUR, se levant.
Les reines ne fuient pas.
Tu me reprocherais bientôt de t'avoir fait descendre] du faîte où je t'ai rencontrée.
SÉMIRAMIS] Sémiramis ne se repent jamais !
Quoi! Je projetterais mon ombre sur ton illustre vie? SÉMIRAMIS
Tu te dévoiles, Keth-Aour, et te voilà sincère : ton dessein déjà te fait peur.
Menonès et Ninos aimèrent ma jeunesse, mon caractère fabuleux seul t'a séduit.
KETH-AOUR
Pourquoi calomnier le plus vrai sentiment, si fort qu'il abolit le soin de la sécurité, de la dignité même ?
SÉMIRAMIS .J'inspire le respect, j'inspire la terreur, je suis sublime, je le sais; je ne suis pas aimée de celui que mon cœur entre tous a élu.
KETH-AOUR
Sur le corps des aïeux, par TAmenti inéluctable, Sémiramis, je t'appartiens !
Sans regret, vers Memphis et la tombe ancestrale, sans peur aux dangers que tu cours. ..
KETH-AOUR
Je te consacre ma jeunesse, ô Reine; je te dédie ma mort, ô Bien-Aimée!
Lauriers de la conquête et trophées de l'empire, mémorables desseins, magnanimes exploits, -vie héroïque et mâle, fastes éblouissants, sceptre doublé du glaive, bandeau exhaussé par le casque, stèles pompeuses, arcs triomphaux, énorme mouvement qui éblouit l'espèce humaine, fracas du fer, éclats du cuivre, cris de guerre : silence 1 Mon âme devenue la lyre langoureuse soupire un chant d'amour suave et monotone» Coupe de l'ambition, coupe d'or écumante de sang, je t'ai vidée, je te repousse : tu ne m'as pas désaltérée. Voici mes lèvres, ô coupe de l'amour, coupe mystérieuse.