‹ SemiramisChapitre 8 sur 50 · SCÈNE IV OURKAM. — ZAKIR-IDDIN · texte numérisé non relu

SCÈNE IV OURKAM. — ZAKIR-IDDIN

OURKAM

En toi, Zakir-Iddin, beau manieur de glaive,

je salue la déesse d'Assour.

Malgré ma mitre, ébloui de ton sort, je t'envie

de combattre et de vaincre, dans le rayonnement de son regard.

ZAKIR-IDDIN

Oui, tu peux m'envier !

Tes Dieux sont de bois et de pierre,

immobiles, muets, indifférents.

Elle est vivante; elle est aimante et cependant déesse! La lance au fer brillant, voilà la torche cj^son culte, elle a pour rite la bataille et son mystère s'appelle la victoire !

0 noble enthousiasme!

ZAKIR-IDDIN

Il faudrait la louer en paroles sacrées,

et mettre dans les hymnes son nom, parmi les noms divins!

PREMIER ACTE

Seul la connaît qui a vécu dans son sillage,

et parcouru l'Asie, en fixant son cimier.

Quand l'armée, harassée, criant la soif, refusait de marcher,

elle lançait son char au flanc des troupes ;

son aspect ranimait les plus las ;

son regard éteignait les murmures.

Lorsque le camp dormait, je l'ai vue

d'un pas surnaturel glisser parmi les tentes,

illuminant la nuit du feu de ses prunelles :

sa sublime paupière ne se baisse jamais.

Au combat, impassible,

criant, d'une voix brève, des ordres sûrs,

prévoyant, inventant, comme au siège de Bactres ;

et le soir des batailles,

confortant les blessés par son grave sourire !

Vainqueur, le soldat jouit et se repose : il a fait son effort.

Sémiramis métamorphose l'homme de guerre

en homme de métier.

Quand nous avions vaincu, il nous fallait construire ;

le lendemain d'une conquête, elle ordonnait un monument.

OURKAM

Tu l'aimes !

ZAKIR-IDDIN

Qui t'a dit mon secret? Tu me l'as arraché? Qu'importent les ardeurs qui consument mon âme, si je les tiens cachées?

Astre aux rayons égaux, Sémiramis, équitable et sereine, échauffe tous les cœurs d'une même lumière : sa face auguste est le soleil d'Assour.

SÉM1RAMIS

OURKAM

Ce visage sublime, l'as-tu vu s'attendrir?

ZAKIR-IDDIN Je l'ai vu s'adoucir pour le prince d'Egypte, Keth-Aour, le joueur de cithare, ce Pharaon semblable à une femme.

Il s'offrit comme otage quand la reine exigea garantie du tribut. Cette humiliation d'orner le triomphe, en vaincu, il l'implora, comme une grâce!

Sémiramis est libre de son cœur.

ZAKIR-IDDIN Non, non, par tous les Dieux!

Elle est l'amante des légions, l'épouse de l'armée. Et se donnant à un, elle en trahirait mille qui tous ont même droit, par un égal mérite. Ah ! si elle oubliait à quel prix, nous épuisons nos veines pour empourprer sa gloire ; si elle osait choisir, parmi tant de passions rivales; si elle osait aimer ! Malheur sur Ninive et sur elle !

Trompettes.

Page 1