‹ SemiramisChapitre 9 sur 50 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

ZAKIR-IDDIN. — OURKAM regardant KETH-AOUR descendre de la 2e terrasse.

OURKAM

A cette allure héroïque et rêveuse, à cet air de dédain et de mélancolie, je reconnais celui qu'elle aimera.

PREMIER ACTE 23

ZAKIR-IDDIN va au-devant de Keth, agressif.

Que viens-tu faire ici, vaincu!

KETH-AOUR, très haut ai a et calme.

J'obéis, comme toi, à la reine admirable.

Tu oublies, dans ta brutalité, notre serment.

N'avons-nous pas juré (ce fut un dur effort)

d'enchaîner notre haine, de rentrer nos colères?

Pourquoi me provoquer par de basses injures,

lorsque le fer, seul éloquent, ne peut parler?

Le rut des fauves ainsi se manifeste et non l'amour des hommes :

ils veulent plaire au lieu de violenter.

Si tu es préféré, je ne puis que me taire et mourir;

si je l'emporte, voudras-tu opprimer celle que tu adores?

Honore-la dans son vouloir, même s'il t'est contraire.

Nous levons-nous contre les dieux,

quand ils repoussent nos prières?

Suivons donc en amour l'obéissance religieuse,

pieux et implorants, empressés et mystiques,

mais sans murmure aux coups de la Divinité.

ZAKIR-IDDIN Ta parole est d'un scribe ou d'un prêtre. Même au combat, tu rêves !

Je t'ai vu lancer ton char dans la mêlée, comme à la chasse et le glaive au fourreau.

KETH-AOUR

J 'étais au premier rang-, j'étais au premier choc, et j'affrontais la mort, sans daigner la donner. Le Pharaon paraît et s'il n'est pas vainqueur par sa présence même, c'est qu'Ammon l'abandonne ! Tu t'es battu, Zakir, comme un soldat.

OURKAM, à Keth-Aour. Dans la passion, suis la même maxime : c'est le conseil d'un Mage !

Retourne vers le Nil ou tu mourras de ton amour !

KETH-AOUR Vivre selon son vœu et mourir de son rêve, n'est-ce pas la vraie devise du bonheur ? Demain soit mon trépas, si aujourd'hui, une heure, je suis aimé de la Colombe.

ZAKIR-IDDIN

Il ose...

KETH-AOUR

Sémiramis règne sur mon désir et non sur mon esprit ;

c'est l'Isis adorée, mais c'est l'Isis terrestre.

Le sceptre t'éblouit, Zakir; moi, je suis prince de Memphis :

je ne vois que la femme au charme incomparable.

Oh ! attendrir ces yeux où passe le mirage

des villes saccagées, des entrées triomphales,

ces yeux, où se sont reflétés les nuages de tant de cieux !

Adoucir cette voix qui commande à l'Asie,

ouvrir à ses baisers cette orgueilleuse bouche,

sentir l'étreinte de ces bras de héros,

posséder cette chair où la nature seule a posé sa caresse,

et dans sa chevelure retrouver les brises fauves du désert !...

Voilà l'ivresse et la suprême joie qu'on payerait de sa vie !

Sémiramis, c'est l'univers entier sous les traits d'une femme.

Trompettes.

PREMIER ACTE

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