Juges, S
ï. Juges, 17, 4 et 12; 18, i7 cl 30.
î. Cahen, Traduction de la Bible, Vil, p. 210,
Le Pentateuque ne peut donc avoir l'ancienneté qui lui est attribuée par les églises chrétiennes; l'écriture était d'ailleurs complètement inconnue en Palestine du temps de Moïse; et nous devons, avec les Juifs, attribuer à l'époque d'Esdras la rédaction définitive de la Bible. Quelques prêtres judéens recueillirent pendant la captivité la plupart des anciennes chroniques de leur nation ', lès écrits de plusieurs prophètes, ainsi que les ordonnances de Josias, auxquelles ils joignirent de nombreuses prescriptions. Mais comme ces prêtres appartenaient au parti de la réforme dont je parlerai plus loin, ils firent un choix parmi tant de documents 2 , et intercalèrent dans les récits et les légendes de leurs ancêtres, un grand nombre d'additions des-
d. Ces chroniques contenaient quelques traditions étrangères qui furent ainsi incorporées au judaïsme.
2. Plusieurs des anciens documents furent ainsi perdus, notamment le livre des Justes et celui des Guerriers de Jéhovah. D'autres n'ont été conservés qu'en partie, tels sont les écrits des prophètes Nathan, Gad et Ahias, ainsi que les prédications d'Addo.
tinées à atténuer ce que ces récits et ces légendes pouvaient contenir de contraire aux nouvelles doctrines. Puis, pour donner de l'autorité à leur œuvre et assurer sa durée, ils attribuèrent la rédaction du Pentateuque à Moïse, le héros de l'Exode.
Toutefois, par inadvertance, ou pour ne pas heurter des souvenirs encore récents, les prêtres d'Esdras laissèrent subsister dans cette compilation plusieurs passages qui rappellent les anciennes croyances de la race. Les ancêtres des Sémites admettaient l'existence de deux principes dans la divinité : la lumière ou le feu, principe actif et fécondant; l'eau, fflBM|l)riDcipe passif et fécondé. Or le premier Jfsii j/f i jtfhapitre de la Genèse nous montre d'abord iilvvi <JS eaux ténébreuses, puis le principe actif ,, apparaît, planant sur les eaux, et la création •m'jrûmraença . D'après Cahen, le mot hébreu iMT^Uraduit ici par planer, veut dire également " ™" ;ouver.
Ce récit rythmé de la création parait
être un hymne très ancien conservé par Esdras l .
Les Hébreux adorèrent principalement le principe actif, et dans les temps anciens, ils le représentaient sous son emblème phallique. La Bible parle des pierres qui étaient placées debout en l'honneur d'El . On lit dans la Genèse : « Jacob prit une pierre et l'érigea comme un monument, répandant de l'huile dessus s . » « Alors Jacob prit une pierre et dressa un monument 3 . » « Et Jacob dressa un monument de pierre, et y répandit de Thuile \ » Chez les Phéniciens, Baal était
1. Les premiers Hébreux donnaient à leur Moloch le nom d'El et le plus souvent celui d'Elohim. La plupart des auteurs ont soutenu que ce second terme, pluriel du premier, était un amplificatif servant à caractériser la toute-puissance du dieu. Ne peut-on croire aussi que ce pluriel désignait la dualité couschitique, le couple primordial? Je n'avance cette hypothèse qu'avec toute réserve. Ce qui est hors de doute, c'est que le premier verset de la Genèse signifie littéralement, si nous nous en rapportons à Cahen : Les forces ou les causes formèrent le ciel et la terre (Cahen, Traduction de la Bible, IV,