‹ Sémites et AryensChapitre 20 sur 61 · Deutéronome · texte numérisé non relu

Deutéronome

abrités dans le désert, on a prouvé depuis longtemps que cette explication est inadmissible.

Je dois enfin parler d'un culte qui fut certainement pratiqué en Palestine : Ton ne peut douter que les Hébreux n'aient adoré le serpent au temps de Moïse, des Juges, et même plus tard. Ezéchias brisa le serpent d'airain du temple de Jérusalem, parce que le peuple le tenait en trop grande vénération. Les rédacteurs du Pentateuque durent maudire cet animal qui était un des fétiches des Égyptiens. Toutefois il y a dans le récit des relations d'Eve avec le serpent quelque chose qui nous échappe, et doit résulter d'une vieille tradition dont nous ne pouvons que soupçonner l'existence.

Quant au dieu sémitique, au Moloch sanguinaire qui résumait toutes les forces inconnues et nuisibles de ce monde, nous avons vu que chaque peuplade lui donnait un nom particulier. El et Elohim paraissent avoir été les dénominations les plus usitées dans la Syrie

méridionale, comme Bel et Baal le furent dans la Syrie occidentale; et ces différents termes avaient le sens de puissant. L'on y adjoignait souvent le mot Schadaï qui en accentuait la signification; et cet adjectif était pris quelquefois substantivement. Àdonaï en fut un autre renfermant l'idée de supériorité. Eljou était enfin un qualificatif employé par la Bible soit seul, soit comme adjectif; on le retrouve en Phénicie et jusqu'à Carthage. Tous ces termes étaient connus des Hébreux, qui acceptaient les dénominations usitées par les peuplades voisines d'autant plus facilement qu'il s'agissait toujours du même dieu implacable et terrible.

Le culte qui paraît avoir été le plus anciennement organisé en Palestine, et qui acquit sous les juges Jaer, Abdon et Gédéon une assez grande importance, fut celui du Baal- Péor des Cananéens \ Les emblèmes de ce

1. Samiar paraît au contraire avoir été un adorateur cl'Elohim.

dieu étaient la pomme de pin ou le fruit du grenadier, parmi les végétaux, et l'âne parmi les quadrupèdes; aussi cet animal fut-il longtemps considéré comme sacré. Jaer a trente (ils adorateurs de Baal et montés sur trente ânes ' ; Abdon a quarante fils et trente petitsfils, tous montés sur soixante-dix ânes *; Samson tue mille Philistins avec une mâchoire d'âne, ce qui ferait croire à un signe religieux et militaire porté devant les Hébreux. Balaam, le possesseur de l'âne qui parle, fut un prêtre de Baal; et j'ajouterai que le Dionyse des Hellènes était également monté sur un âne qui, selon quelques auteurs, avait une voix imaine *. La Bible d'Esdras conserve des »ces de ce vieux culte; et l'Exode déclare le le premier-né de l'âne peut être racheté de mmolation comme le premier-né de l'homme.

Les cultes de Baal et d'E) prévalurent jus -

- Juges, 10, 4.

L Jugea, 12, 14.

i. Pausanias, Corinth., 38. — Karme, Panthéon de la te philosophie.

qu'au règne de Salomon, qui donna la préférence à Jahveh, appellation du dieu sémitique dont il me reste à parler. Beaucoup d'auteurs ont soutenu qu'elle fut généralement employée par les Hébreux dès le quinzième siècle avant notre ère. Les uns la font venir d'Egypte; les autres croient que c'était un terme usité près du mont Sinaï et adopté par Moïse; plusieurs enfin supposent que celui-ci ne fit que populariser une dénomination depuis longtemps employée par sa famille ; mais ces trois hypothèses ne reposent sur aucune preuve et ne résistent pas à la critique.

Le mot Jahveh ou Iahvé, dont on fit plus tard Jéhovah, n'est qu'une modification du nom du dieu chaldéen Jao 1 . Bien que, pendant

1. Les Grecs donnaient le nom de Jao au dieu des Juifs, et quelquefois ceux de Jaon ou de Jeon, expressions également employées en Syrie. Le Jao des Hébreux s'appelait souvent Zabaoth, ainsi que le Jao-Jeon des Chaldéens; et plus d'une fois le Dionyse des Hellènes s'appela Jao. Aussi Tacite nomme-t-il le dieu des Juifs : Père Dionyse (Tacite, Hist., 5, 5). D'après Macrobe, Dionyse serait le même que Jao- Jéhovah, et aurait un culte analogue (Macrobe, Saturn., i, 18).

la période des Juges, les dieux généralement adorés en Palestine fussent communs avec les tribus voisines, il est probable que ce nom circulait déjà parmi les quelques Hébreux qui avaient des relations avec les Chaldéens. Mais Salomon, après avoir établi l'unité des fils d'Israël, voulut créer un centre religieux qui affirmât l'indépendance de son royaume. Il avait besoin d'une dénomination du dieu sémitique qui fut particulière à son peuple, et choisit Jahveh, déjà connue de plusieurs, et qui ne provenait pas de contrées ennemies.

Salomon organisa donc un culte national et nouveau, à l'imitation de celui des Phéniciens. Ce qui prouve d'ailleurs que le jéhovisme n'avait aucune racine dans le pays, c'est que ce roi législateur ne tint aucun compte des habitudes traditionnelles des Hébreux. Jérusalem n'avait jamais été un lieu de prières, avant de devenir la capitale du royaume. La tradition aurait demandé que le temple fût élevé à Sichem, à Silo ou à Béthel;

c'étaient là des endroits sacrés pour la famille de Jacob.

On ne peut tenir compte des interpolations introduites dans la Bible par les réformateurs, car il est impossible que Moïse ait institué un culte propre aux Hébreux, et que ceux-ci vécussent ensuite pendant cinq cents ans sans avoir d'autres dieux que ceux des peuplades voisines. Si les Israélites avaient eu un dieu particulier, ils se seraient gardé de prendre ceux de ces peuplades avec lesquelles ils étaient perpétuellement en guerre» Us eussent été trop heureux d'avoir tout au moins une autonomie religieuse comme lien national. L'idée de faire remonter à Moïse l'institution du jéhovisme ne date que de Josias; et Salomon ne se doutait guère que le héros de l'Exode serait un jour le fondateur de son culte. Dans les paroles qu'il prononça lors de l'inauguration du temple, il n'y a pas un mot pour Moïse, pas une allusion à ses prétendues ordonnances.

Pendant les premiers temps de la royauté, le nom nouveau était encore si peu familier à la grande majorité des Hébreux, que, des la mort de Salomon, la plupart retournèrent à leurs anciennes adorations. Les Israélites revinrent aux cultes d'El et de Baal; etTobie paraît avoir été le seul qui abandonna la foi des ancêtres : « Tandis que tous allaient adorer les veaux d'or que Jéroboham avait faits, it fuyait seul la compagnie de tous les autres *. »

Le culte institué par Salomon ne fut donc aliqué que par un petit nombre, et jusqu'à captivité, les Hébreux continuèrent à apper leur dieu El ou Elohim '. De là vinrent iix traditions, deux séries de chroniques

l. Tobie T 1,5.

i. Baal-Péor Tut moins heureux; c'était d'ailleurs te mi préféré d'un peuple étranger. Toutefois, Jéroboham éleva, encore à Dam et à Uélhel, deux idoles, deux es dorés; et Apion rapporte qu'Anliocbus trouva dans sanctuaire du temple de Jérusalem, une tête d'âne en que les Jodéens vénéraient comme un symbole sacré, jouterai que, d'après Tacite, la statue d'un ane êtail icée dans le temple (Tacite, Hisl., 5, 3).

différentes et parallèles. Les compilateurs de la Bible ayant puisé dans tous les anciens écrits nationaux, il est facile de reconnaître ces deux courants parfaitement distincts. Dans les derniers temps de la monarchie, l'élohisme et le jéhovisme étaient encore en lutte constante; mais le second l'emporta pendant l'exil, et domina sous Esdras.

Depuis cette époque, les appellations anciennes disparurent sans retour, et toutes les descriptions de la divinité qui se trouvaient dans les annales des fils de Jacob, sont rapportées à Jéhovah. C'est donc ce dieu, tel que la Bible a cru devoir le présenter, qu'il me reste à décrire. Nous le verrons tour à tour furieux et vindicatif, perpétuellement avide de sacrifices et de chair brûlée. C'est toujours le Moloch primitif, en qui se concentrent toutes les idées traditionnelles que les Juifs reçurent de leurs ancêtres.

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