Saint Marc
A côté de cette fraternité mal entendue, et qui se confond avec la spoliation, Jésus rappelle dans ses exhortations les plus grands prophètes. Il veut réformer le culte des Juifs, le rendre moins formaliste et plus moral. Il fait résider la religion dans» la pureté de cœur et les bonnes œuvres, qu'il préfère à l'observation de la loi ; il lutte contre certaines prescriptions. S'il ne dit pas comme Jérémie : « Qu'ai-je à faire de vos sacrifices? » il prêche d'exemple et n'observe que médiocrement le
Sabbat. Mais le temps où les prophètes parlaient librement était passé; depuis Esdras, le judaïsme était constitué; quiconque touchait à la loi devait périr, et Jésus fut crucifié.
Toutefois le Christ avait prononcé des paroles qui durent retentir profondément dans les masses populaires. Tous ceux qui souffraient de l'ordre social, tous les malheureux qui espéraient un avenir meilleur, gardèrent le souvenir du jeune prophète. On le considéra comme ayant été tué parce qu'il voulait
supprimer les misères de ce monde; une légende s'établit sur son nom; les récits les plus merveilleux circulèrent; et bientôt on ne vit plus en lui que le juste, sacrifié pour le bonheur général. Quelques années suffirent pour que Jésus devint un envoyé de Dieu, Dieu lui-même, qui avait donné sa vie pour le salut des hommes. La croyance en la possibilité d'une incarnation divine n'était pas nouvelle en Orient; et les idées mazdéennes et messianiques qui circulaient alors en Palestine, complétèrent le dogme chrétien.
Un certain nombre d'entre les Juifs qui n'admettaient pas que le sang des animaux *ùt suffisant pour apaiser la colère céleste et ui secrètement immolaient encore d'autres ictimes, furent des premiers à considérer ésus supplicié comme un holocauste excepionnel. Le sacrifice humain reparut ainsi à la rande joie des dissidents; et pour que ce icrifice fut absolument selon les rîtes, les vangélistes nous disent qu'il eut lieu pendant
la semaine du pessa'h. Rien ne manqua à ce réveil des anciens mystères de rédemption, jusqu'à l'instrument du supplice, l'antique symbole de la croix *.
Il n'entre pas dans mon sujet de rappeler l'origine du christianisme; je ne veux que fixer Inattention du lecteur sur sa base fondamentale : l'immolation d'un homme-Dieu, nécessaire pour donner satisfaction au Moloch juif. D'après la théologie romaine, le sacrifice fut volontaire, et Jésus s'est offert en holocauste pour le salut de tous. Elle enseigne que dans le Christ il y eut union hypostatique entre un homme et le fils de Dieu, mais sans confusion entre les deux natures» et que les volontés de chacun d'eux furent absolument indépendantes. L'homme en Jésus a donc
1. Il parait bizarre que les chrétiens aient fait un objet d'adoration de l'instrument du supplice de Jésus; mais le Lingam et la Croix avaient été dans l'antiquité des emblèmes sacrés. Les femmes portaient au cou de petits Lingams, comme parure; et le bijou le plus ordinaire des femmes chrétiennes est toujours le môme, sous une forme plus décente.
offert à Jéhovah un sacrifice aussi complet que le fils de Dieu ; et c'est le sang d'un homme njpii a été répandu aussi bien que celui d'un Dieu; pour les chrétiens, il y eut donc sacrifice humain.
Ce réveil de la foi en l'efficacité du sang humain pour la rémission des péchés, paraît avoir entraîné les premiers chrétiens dans un délire d'immolation. D'après Origène, la mort des martyrs est capable d'assurer le salut de l'humanité, comme celle soufferte par le Christ \ Aussi un grand nombre recherchèrent-ils, par esprit de charité, l'occasion de mourir; et le sacrifice humain volontaire règne alors plus que jamais. Le vieil instinct des races couschitique et sémitique reparaît comme une ivresse ; beaucoup voulurent donner leur vie, imiter Jésus, joindre son propre sacrifice à celui de l'homme-Dieu.
Saint Cyrille se donne comme une victime pour ses frères; Cantianus déclare qu'il livre