‹ Sénats et chambres hautesChapitre 13 sur 91 · EMPIRE COLONIAL BRITANNIQUE · texte numérisé non relu

EMPIRE COLONIAL BRITANNIQUE

ney dans le but d^ntroduire dans la cinquième des parties du monde le système américain. On juge de la terreur à Londres lorsque Tinitiative de sir Henri Pakes y fut connue. Du coup on entrevit tout un recommencement de la guerre d'Indépendance. La Convention s'est réunie et a pu se séparer le 9 avril 1891. Certaines tendances séparatistes y ont bien percé, on y a bien fait circuler une carte où chacune des huit provinces était marquée d'une des lettres qui forment le mot RipU'blic^ en somme, les premières alarmes de l'Angleterre ont été vaines et la grande majorité des partisans de la réforme a protesté de sa fidélité vis-à-vis de l'Impératrice. Ils se sont contentés de demander l'organisation d'un sénat dans lequel chacun des huit Etats australiens enverrait un représentant et à côté duquel se réunirait une chambre basse élue proportionnellement à leur population.

Dans ce double sentiment d'émancipation et d'attachement, des hommes politiques d'une autorité considérable les Brassay, les Dilk, les Rossebery ont deviné non seulement un moyen de donner satisfaction au hO' me rule australien^ mais, encore de dénouer la crise coloniale anglaise, peut-être même, de se reconcilier avec Paddy. La Convention de Sydney leur a remémoré ce qui se passa au Canada il y a cinquante ans. Cette colonie allait être perdue pour l'Angleterre. On venait d'avoir grand peine a y écraser une de ces redoutables insurrections qui en annoncent de plus triomphantes. La libérale politique de John Russel s'efforça d'entrer dans ses vues au lieu de prétendre l'intimider. Il prépara l'organisation fédérative de cette province et sut y maintenir l'autorité de son pays tout en y facilitant l'expansion de la liberté politique. Pour reprendre cette ligne de conduite, ils proposent le commonsveaUh. On encouragera les aspirations au lieu de les combattre.

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On fera en sorte de les posséder avec soi comme à Québec au lieu de les avoir contre comme à Boston. On acceptera une dose arrêtée d'autonomie en laissant partout s'organiser des sénats fédéraux. Puis on demandera l'amarre à un conseil suprême se réunissant dans la métropole^ où chaque colonie sera représentée, et qui tranchera les questions intéressant l'Angleterre : fixation des effectifs coloniaux, détermination des dépôts de charbons, moyens de transport. On formera un gouvernement fédéral autocratique, où la volonté du souverain remplacera celle du nombre auprès de la représentation des Etats comme dans la patente interprétative de Schmerling en 1860.

Il est a remarquer avec quelle réserve le projet anglais fixe les afiTaires dont la compétence appartiendra à ce qu'il appelle l'Etat major général de la Fédération Impériale, Pour rendre une confédération unie la question n'est pas d'augmenter le plus possible les questions dont l'examen sera confiée à l'autorité centrale. Il faut que ces questions non seulement soient communes aux Etats particuliers, mais, qu'il existe entre eux une parité presque complète dans la manière d;y répondre. De pareilles questions n'existent-elles point — et il est rare qu'au moins la défense n'offre un solide terrain d'entente — tout pacte fédéral est impossible, et l'on s'expose à des luttes comme celles d'où sortit le Sunderbund.

Le système fédéral tel que nous venons de l'étudier, reposant sur l'existence d'un sénat et la reconnaissance de deux souverainetés, peut bien conduire à l'oppression des Etats les moins nombreux par la majorité, mais, on peut la prévenir, ce qui est impossible là où règne seulement la majorité des individus, en restreignant au point voulu la compétence du pouvoir central. Peu à peu.

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par une influence que nous avons partout constatée, les Etats contractants, après les avoir seulement tolérées, regarderont avec bienveillance leurs institutions, se refléteront les uns chez les autres, se copieront tout en conservant leurs franchises. En cette mutualité on rendra communes dans la constitution les questions, à mesure que d'elles-mêmes elles le deviendront dans le pays, et un beau jour on s'apercevra que Ton se trouve en présence d'un Etat presque unitaire, jouissant de tous les bienfaits d'une large décentralisation administrative, où la vie politique, scientifique, économique, artistique, littéraire se développera sur tous les points de la périphérie au lieu d'en congestionner le centre, où toute initiative sera au large, comme les Etats-Unis de 1892.

Ainsi entendu le système fédéral est appelé à jouer un grand rôle dans l'avenir. Par une transformation constante, à mesure que le monde nous semble plus petit, que nous en poursuivons la prise de possession, que la vapeur, l'électricité, mêlent les hommes, rapprochent les hémisphères, que la sympathie entre peuples remplace l'ancien état permanent de guerre, l'aune des nations change, les groupements minuscules de jadis disparaissent devant des ententes plus vastes. L'idée de Philadelphie est merveilleusement propre à suivre et à seconder un pareil mouvement. Elle permettra de jeter une sorte de premier crochet entre des puissances aujourd'hui ennemies, de les réunir, puis de recommencer de nouveau. Elle sera, pour emprunter une comparaison à son pays natal, comme ces constructions remplies d'audace sur lesquelles la ligne du Pacifique traverse les Montagnes-Rocheuses. Sous leur charpente on compte plusieurs vallées, on distingue à peine la ruine des ponts primitifs. Un jour elles seront surplombées à leur tour par d'autres travaux plus audacieux encore. Ainsi on verra peut-être se réaliser dans

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un avenir lointain cet espoir de Chateaubriand : « La République fédérative sera le gouvernement du monde, mais son temps n'est pas encore arrivé. »

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