‹ Sénats et chambres hautesChapitre 58 sur 91 · CONSEILS LOCAUX · texte numérisé non relu

CONSEILS LOCAUX

ront un rapport avec aisance, et ne reculeront plus en face de la rogue apparence d'un épais dossier.

C'est lorsque Ton aura vu ce dont chacun est capable, lorsqu'aura été dégonflée l'outre des réputations usurpées, que l'on choisira le sénateur. Son élection sera comme un diplôme de maîtrise. Jusqu'au moment du vote une parfaite cordialité, un puissant esprit de corps seront la conséquence du système. Chacun pouvant à un moment donné avoir besoin du bulletin de ses collègues -évitera à leur égard les mots acerbes et les propos blessants. Ainsi naîtra dans les assemblées locales une politesse supérieure à celle que les sonnettes présidentielles s'efforcent d'obtenir.

On demande à la chambre haute d'être à l'abri des engouements passagers. L'élection par les assemblées locales parait faite pour cela. Ces engouements auront bien pu être la raison dominante de leur élection propre, mais, s'ils étaient vraiment fugitifs ils auront disparus de l'esprit de leurs membres, lorsque viendra le moment de nommer les sénateurs. On ne songera pas plus à s'en souvenir qu'à les rappeler aux candidats.

Partout même pour les élections à la seconde chambre, la nécessité d'une filière tend à s'établir. On choisit de préférence les conseillers départementaux ou provinciaux parmi les conseillers municipaux, les membres du parlement parmi les conseillers départementaux ou provinciaux. Pourquoi hésiter à faire élire le sénat par les assemblées locales, puisque l'instinct populaire lui-même semble vouloir consacrer cette méthode ?

D'abord, s'il est vrai que certaines assemblées locales, investies de pouvoirs plus ou moins politiques, pourront veiller sur les agissements de leurs élus, beaucoup de parlements ont aussi le droit d'agir sur les asseimblées locales. Le sénateur aura donc un moyen

d'intimidation vis à vis de ses électeurs, créant, lorsqu'il se représentera, des inégalités entre ses concurrents et lui.

On prend les intérêts locaux et la politique. On les met en présence, convaincu que les premiers agiront sur la seconde. Est-ce sûr? Ce n'est pas tout que d'opposer deux forces l'une à l'autre. Il faut encore se demander si celle qu'on veut faire l'emporter n'est pas la plus faible. N'y aura-t-il pas à craindre , qu'au lieu de voir les intérêts locaux influer sur la* politique, ce ne soit, par une sorte de choc en retour, la politique qui étouffe ces intérêts ?

Plus le peuple auquel on aura à faire sera idéaliste, plus il y aura à craindre que les électeurs chargés de nommer les conseils administratifs, songeant au recrutement du sénat, au lieu de rechercher des personnes capables d'une bonne gestion, se préoccupent de leurs opinions, quand ils ne devraient penser qu'à leur compétence. On verra aussitôt surgir un inexprimable malaise, des divisions profondes, une inégalité choquante dans la répartition des services de première nécessité, entre des citoyens qui y ont un droit égal, payant également l'impôt. Ce sera , dans toute son horreur, le doctrinarisme de clocher, tracassier, mesquin, perdant la notion du réel et le sens du ridicule, introduisant la politique dans le balayage des rues, l'engravement des routes et la distribution des eaux.

Les assemblées locales se tenant en communication avec le milieu dans lequel elles vivent, on espère que leurs élus, n'auront qu'avoir ce qu'elles font, pour régler leur propre conduite, échapperont à l'insupportable tyrannie des comités sans mandats. Le tout est de savoir si ces comités cesseront d'exister par le fait seul que le choix des sénateurs leur aura été enlevé. Croit-on qu'ils se priveront de harceler les conseils administratifs sur

Page 1