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SUFFRAGE A DEUX DEGRES

électeurs du premier degré, perdront la conscience du sérieux de leur acte. Leur état intérieur se manifestera par l'abstention ou la plaisanterie. Surveiller les électeurs du second collège ? Ils n'en ont cure. Aucune sanction ne leur appartient visà-vis de leurs délégués, aucun moyen de leur montrer leur satisfaction ou leur mécontentement. Ces délégués se réunissent ailleurs qu'à l'endroit où ont eu lieu les élections du premier degré. Comment les citoyens qui y ont pris part, n'assistant pas au résultat immédiat, ne seraient-ils pas tentés de se désintéresser de la lutte ?

Et parmi les délégués, quels dégoûts ! Quelles aigreurs ! Le plus souvent, il y aura un candidat rentré en la personne de tout élu de premier degré. Il ne voudra pas comprendre pourquoi après avoir été jugé digne de monter au second, on lui refuse maintenant de siéger au sénat. Et voilà comment il en viendra à traduire son désappointement, sous le couvert de l'anonymat, en inscrivant sur son bulletin quelque nom ridicule, ou en s'y livrant à l'égard de ses concitoyens plus favorisés à des facéties de goût douteux.

On ne saurait le nier, par le rétrécissement qu'elle produit dans le second collège, l'élection à deux degrés permet de mieux connaître les candidats, lorsqu'ils ne peuvent émaner que de son sein. Mais, ce rétrécissement met le corps électoral tout entier dans la main d'un gouverneur ou d'un préfet. Le pouvoir trouve en lui un avantageux moyen de faire prévaloir ses préférences. Une personnalité lui déplaît-elle ? Il aura deux facilités au lieu d'une, pour la poursuivre et la rattraper en travaillant les collèges superposés.

vernement démocratique même ils donnent une apparence révolutionnaire. Il est dégradant pour Tautorité de se voir trop souvent rappeler son origine.

Nonobstant, il n^ aurait rien à dire si ces comités représentaient sincèrement, le peuple dont ils se réclament. Mais, une fois l'élection passée, ils ne demeurent plus que Tombre de ce qu'ils étaient. Les gens sérieux les ont délaissés pour retourner à leurs travaux. Il n'y reste plus que quelques meneurs, se débattant au milieu du vide, faisant grand tapage, afin de laisser croire qu'ils sont le nombre. On peut leur appliquer le mot de Macaulay : « Quiconque complote sans le peuple, complote contre lui. » Les majorités changent entre ses diverses consultations. Beaucoup de ceux qui sont encore réputés ici, iraient maintenant ailleurs s'il leur fallait se prononcer. Une fois nommé l'élu doit être considéré comme le représentant de tous, sinon il deviendra la chose d'une coterie, la négation même de la souveraineté populaire.

Les assemblées locales, elles, peuvent donner à leurs élus un programme net. Il conviendra qu'elles soient obligées de les choisir dans leur sein. Sinon elles pourraient être tentées de dire : « donnant, donnant » à leurs électeurs, et de leur promettre les sièges sénatoriaux en échange des munipaux et des provinciaux. Dans le vertige de la lutte, elles renonceraient à envoyer à la chambre haute les personnalités les plus utiles.

Le mandat local constitue pour de futurs législateurs une excellente préparation. Devant des assemblées peu intimidantes ils se rompront aux diiTicultés de la discussion en public, prendront l'habitude de n'employer vis-à-vis de leurs adversaires que des arguments et des objections s'emboitant, se neutralisant, de retourner une question sous toutes ses faces. Ils rédige-

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