Sénégambie et Guinée
GROGRAFHE DU MIXISTERE DBS AFFAIRES ETRANGERES , ARCHIVISTE PALÉOGRAPHE , LICENCIÉ ES-LETTRES, MEMBRE DE LA SOCIETE DE GEOGRAPHIE, ETC.
Limites. On prête actuellement au nom de Sénégambie une extension beaucoup plus grande qu'on ne faisait autrefois; M. d'Avezac, dans son Esquisse générale de l'Afrique, s'exprime ainsi à ce sujet (1) : « L extrémité occidentale de la « zone qui s'étend au sud du Ssahhrâ, de- « puis I océan Atlantique jusqu'au Dar- « Four, caractérisée par les deux grands « fleuves du Sénégal et de la Gambie, « en a tiré le nom de Sénégambie , qui , « borné d'abord dans son application « aux bassins de ces deux rivières , s'est « successivement étendu vers le sud , à
• mesure que des notions étaient acqui- « ses de proche en proche sur les con- « trées voisines le long du littoral , tan- « dis qu'une grande lacune subsistait « au delà. Pour nous, dépassant encore « les limites qui s'arrêtaient vis-à-vis « de l'île Scherbrou , nous les porterons
• jusqu'au cap des Palmes , ou l'Union « américaine établit une nouvelle co- « lonie, sœur de Liberia , qui prospère
• au cap Mesurado et que tant d'ana- « ïogies doivent faire comprendre dans « une même division avec la Free-Town « des Anglais de Sierra Leone , insépa- « rable elle-même de Saint-Mary sur la
(1) P. 129 : divisions géographiques.
fe Livraison. (Sénégambie.)
« Gambie, dont elle est le chef-lieu « hiérarchique. Nous effaçons ainsi de « cette côte le nom de Guinée. » M. d'Avezac, on le voit, applique le nom de Sénégambie à tout ce pays de montagnes d'où sortent les eaux du Mesurado, du Rio-Nunez, du Rio-Grande , de la Gambie , du Sénégal et du Niger, que Ritter (1) considère comme une saillie nord-ouest du plateau de la haute Afrique. Ainsi , le cours supérieur du Niger , à l'est , du côté du Takrour ou Soudan ; au nord, le pays des Arabes Maures; et au sud la Guinée, dénomination qui, suivant M. d'Avezac, reste uniquement applicable aux côtes du golfe depuis le cap des Palmes jusqu'au fond de la baie de Biafra : telles sont les limites qu'on peut marquer à la Sénégambie.
Aspect général au pays. Toute la partie orientale de cette contrée est montueuse, et est, à proprement parler, un prolongement, une pente du grand plateau de l'Afrique; elle forme des terrasses distinctes, des rangées de montagnes successives, et plus ou moins parallèles, qui se dégradent en avançant vers l'ouest et vers le nord. A l'ouest,
(1) Géographie générale comparée ( trad. franç. ), t. I*1, p. 47a.
2 L'UNIVERS
une dernière chaîne de montagnes sé- Palmes , qui comprennent la côte dite pare le haut pays des contrées basses et des Graines , les terres également basmarécageuses du littoral ; au nord, c'est ses , mais plus vertes et plus boisées , une contrée boisée et des steppes unis se dirigent au sud-est, sur une longueur
aui séparent ces montagnes des déserts de quarante milles environ , et une e sable. En général , ces terrasses sont ligne de sable blanc se détache s^ir une traversées par un grand nombre de ri- épaisse verdure : généralement toute la vières couvertes de forêts, bordées de côte est d'une élévation moyenne, prérochers ii pic, et accessibles seulement sentant quelquefois des falaises blanches par des défilés à peine praticables; et rouges , inclinées, et semblables à des elles sont séparées les unes des autres éboulements du sol. par des vallées qui courent aussi parai- On ne reconnaît (1) sur toute l'étenlèlementdu sud au nord; les montagnes, due de la côte (l'Afrique que deux saicomme les vallées, sont très-peuplées sons, la saison des pluies et la saison et bien cultivées; en beaucoup d'endroits de la sécheresse. Au nord de l'équale sol présente des couches de schiste, teuc, la saison des pluies commence du quartz, et des pierres ferrugineuses,, réellement pour chaque lieu de la côte , Ces diverses chaînes forment les lignes lorsque le soleil, étant dans notre de partage entre les grands fleuves de hémisphère, passe au zénith de ce lieu cette contrée , le Niger et le Sénégal , en s'avaucant au nord : c'est ordinaientre les principaux affluents du Séné- rement dans le mois qui suit ce phégal, le Ba-Fing et la Falémé, entre la nomène que le changement de temps Falémé et la Gambie, entre celle-ci et s'opère; on peut donc compter qu'aux le Rio-Grande. Les bassins de ces fleu- îlesdeLoss, par exemple, les premières ves formeront les divisions naturelles exposées à la mauvaise saison , les prede la description géographique que miers grains violents ne se déclarent j'entreprends ici. D'autre part, lelpng pas avant le 10 ou le 15 mai. La sajson de la côte de la Sénégambie propre, des pluies se passe en grains très-forts, entre Saint-Louis du Sénégal et |a qui se font sentir avec des intervalles Caznmance, l'aspect des terres varie : ce ae calme au moins deux fois dans vingtne sont d'abord que des sables arides, quatre heures, etordinairementau lever bientôt recouverts d'une rare verdure et au coucher du soleil ou de la lune, et de quelques palmiers; ensuite parais- Ces grains s'appellent tornados dans le sent des pointes abruptes et rougcâtres , pays , bien que tes tornados proprement mais boisées, qui s'abaissent par degrés, dits ne s'observent que dans le sud du jusqu'à ne plus montrer hors de l'eau cap de Verga. La mauvaise saison dure que des bouquets d'arbres et des brous- de quatre à six mois, selon qu'on est sailles; enfin les sables arides revien- plus au nord ou plus au sud; mais les nent comme aux environs de Saint- tornados vont généralement en décrois- Louis. C'est à la proximité 'du désert sant pendant les deux derniers îpois de qu'on attribue cette pauvreté de végë- cette saison. Dix ou quinze jours après ration du littoral du Sénégal ; mais Sur que le soleil a repassé au zénith du la cote des Bissagos, et sur celle de heu où l'on se trouve , ou s'y regarde Sierra Leone, l'aspect n'est plus le comme délivré du mauvais temps. Le même ; la végétation reprend de la force 15 novembre, on tire à Gorée un coup et de l'éclat, et ce qui caractérise sur» de canon qui annonce que l'hivernage tout cette partie du littoral de l'Afrique à cessé. — En résumé, on a observé occidentale, ce sont « les dépôts d'allu- qu'au nord de la ligne, entre les t° et « vions accumulés sur ces côtes basses 15° le temps de l'hivernage se fait sen- « et marécageuses, les archipels non tir, savoir : au Sénégal, situé par 15° 53 « moins plats, non moins marécageux de latitude, pendant les mois d'août, « qui les avoisinent , les îlots de lave
« ou de nature ferrugineuse et basalti- ^i) j'extrais textuellement ce qui va suivre
« que jetés comme par hasard au milieu du Dictionnaire des principaux ports a tnotùl-
« (le tous Ces terrains plats et boisés. » loges du monde connu, de MM. Cuvillier
Enfin, entre le eap de Monte et le cap des jeune et Ad. Bouhi, p. a5o-53.
septembre et octobre (alors les vents régnent de la partiedu sud) ; au cap Taurin, situé par 8e 30', en mai, juin et juillet; au cap des Palmes, par 4° 24' , pendant les mêmes mois de juin et de juillet; au cap des frois-Pointes, situé par r 43', pendant les mêmes mois; enfin à la. Côte d'Or, l'hivernage se fait sentir depuis le mois de mai jusqu'au mois d'août. La saison de la sécheresse commence aux derniers jours d'octobre au Sénégal, un peu plus tard a Gorée; et elle retarde d'autant plus pour chaque lieu que ce lieu est plus proche de l'équateur. Ce n'est donc guère que des premiers jours de décembre que date le retour de cette saison sur le parallèle des îles de Los s. — Des vents constants régnent pendant huit mois sur la plus grande partie de la côte d'Afrique, depuis le cap Bojador jusqu'aux Iles de Loss; durant ce temps , il ne tombe pas une goutte de pluie. Les vents généraux de ces parages viennent du nordest au nord-ouest ; on peut donc dire qu'ils suivent la direction de la côte du nord.au sud, et que, même dans leurs variations , ils s'écartent rarement des limites qu'on vient de désigner. Bien que ces derniers vents soient les vents dominants de la saison sèche, c'est-àdire de novembre en mai , ils éprouvent cependant quelques variations accidentelles. Depuis la fin de décembre jusqu'à la fin de février, on ressent passagèrement des vents de terre appelés harmattan, qui viennent de l'est-nordest , de l'est, de l'est-sud-est, et qui sont quelquefois très-violents. Ces vents s'élèvent à plusieurs reprises pendant l'intervalle de temps que nous venons d'indiquer, et ils soufflent pendant un, deux et quelquefois cinq ou six jours de suite. A' la fin de février, les vents généraux prévalent, et reprennent leur direction. L'harmattan, quoique d'une aridité extrême, n'est cependant pas considéré comme nuisible aux hommes ; on remarque même qu'il purifie l'air, et le dégage des principes malfaisants qui y sont répandus à la suite des pluies de la mauvaise saison. — Une des contrariétés qui se présentent le plus souvent dans la navigation à la côte d'Afrique est la brume épaisse qui y règne presque toute Tannée. Cette brume est produite
par les sables que les vents enlèvent du qésert. Tant que ces vents suivent une direction à peu [très parallèle à la côte, la brume ne s'étend qu'à peu de distance de celle-ci ; mais lorsqu'en janvier, février, mars, et le plus ordinairement jusqu'en avril , l'harmattan se fait sentir , alors les sables, amenés directement de l'intérieur par ce vent, qui souffle du nord -est à l'est-nord-est, se répandent dans l'atmosphère, où ils s'élèvent à une grande hauteur; ils y tourbillonnent comme la fumée opaque qui succède à une forte explosion, et l'on ne peut ni voir la terre à un mille de distance, ni observer dans le ciel aucun astre, s'il n'est au moins de 30° au-dessus de l'horizon. —Les courants généraux sont constants pendant les huit mois que dure la belle saison, et suivent rigoureusement la direction de la côte du nord au sud.
Division des peuples principaux de la Sénégambie. Parmi les nations nombreuses qui sont répandues dans cette vaste étendue de pays , deux surtout sont remarquables, les f oulahs et les Mandingues. « Du milieu des races nègres, « ditM.d'Avezac(l),se détacheunepo- « pulation métive, à couleur tannée ou « cuivreuse, au nez saillant, à la bouche « moyenne, au visage ovale, qui se « compte elle-même parmi les races « blanches, et se dit issue de pères ara- « bes unis à des femmes tauroudes. Sous « les noms de Foulahsy Fellânys, FeU « lâtahSy ou plutôt sous celui de PeuLs , « qu'ils se donnent eux-mêmes, ces « peuples occupent une zone large et « onduleuse depuis les rives du Sénégal « jusqu'aux montagnes du Mandharah, « et peut-être beaucoup plus loin. Leur « chevelure crépue et même laineuse, « quoique longue, justifie leur classe - « ment parmi les populations oulotri- « ques; mais ni les traits du visage, ni « la couleur de la peau, qui leur a valu « de la part des voyageurs la dénomma- « tion de Peuls rouges , ne permettent « de les confondre avec les Nègres., « quelque intime que soit d'ailleurs, sur « la lisière commune, la fusion des deux « types. » Cette nation est répandue depuis le 4e parallèle nord jusque sur
(i) Esquisse gêner, de l'Afrique ( édil. de 18 {7 ; Paris Arthus Bertrand ), p. S/».
LUMVKUS
les bords méridionaux du Sénégal ; sur la rive septentrionale du Mesurado, elle est connue sons le nom de Foulahs-Sousous ou Susos, ainsi que dans les mon» tagnes de Sierra Leone , sur les rives du Scherbrou , du Rio-Sestos, aux caps de Monte etdePalmas;aunord, un royaume de Foulahs, Foulés ou Peuls, borde le Sénégal sur une longueur de 130 lieues. Les mœurs et les usages des Foulahs varient dans les différents États, et donneront lieu nécessairement par la suite à autant de descriptions particulières : mais ce qu'on retrouve également chez tous, c'est une pratique sévère du mahoniétisme , et une haine profonde pour les Mandingues.
L'origine de ce peuple méritait d'être recherchée : cette place intermédiaire que, de l'avis de tous les voyageurs, les Foulahs occupent entre les Arabes Maures et les Nègres, les caractères physiques qui les distinguent, la langue douce et harmonieuse qui leur est propre, tout appelait l'attention des savants.
Il ne paraît pas possible qu'ils soient originaires du plateau de Timbou, ni du petit pays de montagnes appelé Fouladou, et situé sur le bord oriental du haut Sénégal. « Tout nous prouve, dit Ritter, « qu'ils n'habitent pas depuis bien long- « temps ces différentes contrées; » et, dans sa pensée, leur dispersion a dû être déterminée par la grande migration des peuples du centredu plateau africain. Je ne m'arrêterai pas à l'hypothèse de Rennell, qui fait descendre ce peuple des Leucxthiopes , Aeuxaiôîo^ de Ptolémée (1). Mais récemment M. Gustave d'Eichthal, dans un ouvrage spécial, publié en 1841 , a traité de Y Histoire et de F origine des Fellahs ou Fellans. L'étude de leur langue l'a amené à un résultatqui peut paraître étrange au premier abord : c'est que ce peuple doit appartenir à la famille malaisienne, dont on a reconnu d'ailleurs des traces dans la population de Madagascar. C'est particulièrement avec la langue de Java que celle des Foulahs offre des analogies; et cette comparaison a fourni à M. d'Eichthal l'explication du nom même de la nation : « Foulah dans « le dialecte de Rotti, Fouteh dans celui « de Madagascar, Poutah dans le malais
(i) Geograph., 1. IV, c. 6.
« et le javanais, veulent dire blanc. Le « nom de Poul, Foulah, Fout, fut donc « l'appellation que les Malaisiens, arrivés « en Afrique, se donnèrent eux-mêmes « pour se distinguer des peuples noirs. »
M. Raffenel , auteur d'excellents travaux sur la haute Sénégambie, a rendu justice au mémoire de M. d'Eichthal (1), et particulièrement à cette opinion de l'affinité des Peuls avec la famille malaisienne; « mais, ajoute-t-il, « quoiqu'il signaleavec une grande exac- « titude les différences physiques du « peuple peul , quoiqu'il n'oublie pas de « désigner sous les noms de Toucoulors « et de Torados une race mulâtre et « un peuple occupant primitivement le « pays avant la venue des Peuls, cet « ethnologue ne s'arrête pas assez sur « la condition politiquedeceux-ci,etsur « la différence existante entre les éle- « mentsqui forment aujourd'hui la po- « pulation des États, qu'il appelle aussi « Peuls ou Foulah, et qui doivent être « appelés par nous , comme ils le sont « par les naturels, États toucouleurs.
« Ce nom ne se trouve employé ni dans « les géographies , ni dans les relations « des voyageurs, pour désigner la po- « pulation d'un Etat; et cependant, en « Sénégambie, on distingue expressé- « ment les Peuls ou Poules des Toucou- « leurs. Les Toucouleurs sont bien « certainement le résultat du croise- « ment du peuple peul avec les Torados, « qui habitaient primitivement le Fouta- « Toro. et aussi avec des Yoloffs et des « Mandingues : leur couleur, plus fon- « cée que celle des Peuls , l'est moins « que celle des Nègres aborigènes ; leurs « caractères physiques , modifiés par Je « mélange du sang , ne sont pas exao « tement ceux du type éthiopique; enfin « leur constitution en corps de nation, « et la présence parmi eux ( à peu près « exclusivement à tout autre peuple) « des Peuls, dont ils parlent la langue, « viennent donner une nouvelle valeur « à la double hypothèse de l'existence « d'un peuple étranger ù la race éthiopi- « que, et de celle d'un peuple métis dont
« le premier serait le générateur Le
« peuple peul, qui ne se trouve que dans « des États toucouleurs, y est toujours
(i)Ann.marit.: Revue colon., 1844, p. 490.
* dans une condition inférieure. On dit « communément hsPctdsduroi, comme « on dirait les captifs ou les domesti- « quesdu roi. On donne aussi quelque* « iois, en Sénégambie, le nom de Peuls à « des Toucouleurs tributaires, pasteurs « ou cultivateurs ; mais c'est par une ex- « tension plutôt politique que physiolo- « gique , et ici Peuls veut dire unique- « ment tributaires. » Cette distinction établie, M. Raffenel avertit qu'il désigne toujours par le nom de Foulah le peuple qui se compose à la foisdePeuls,deTorados et de Toucouleurs , et qu'il emploie en particulier chacun de ces noms quand il a besoin de fractionner ce peuple.
Kn général, dans la Sénégambie, on peut dire que tous les États sont ou Foulalis ou Mandingues : les États mandingues sont répandus surtout sur les bords de la Gambie. Les Mandingues ont le front moins proéminent que celui des Koulahs, mais plus large et plus fuyant. La distance du nez a la lèvre supérieure est plus grande chez eux que chez ies autres Nègres; leur nez est plus large, leur visage moins ovale, leur teint d'un noir brun, bien différent du noir d'ébéne du Yoloff et du noir bronzé du Toticouleur. Maintenant la population de ces États foulahs ou mandingues se compose en grande partie de Nègres Yolofs , Feloupes , Bambarras, Sarracolets, Biafares, Papels, qui tous offrent des traits physiques particuliers, ou des détails de mœurs intéressants. D'après cela, il semble qu'on pourrait distinguerles langues de la Sénégambie en deux groupes, lemandingue et le foulah; mais un savant étranger, M. Latham, ajoute à ces deux groupes celui des langues ouoloff. Dans le groupe mandingue il comprend les langues bambarra, djallonka, sou sou, sokko, bullom et timmani (1).
Enfin nous aurons à parler des puissantes nations maures qui entourent la Sénégambie detous côtés, et sont intimement mêlées à la vie de ces populations.
« Les Arabes qui occupent l'extré- « mité méridionale du désert de Sahara, « et qu'on appelle Maures au Sénégal ,
(i) Voy. the Report of the XIV"' meeting of the Rr'iûsh Association for the advancement of science , i8i».
« sont divisés en plusieurs nations. Ces « nations, formant chacune un nombre « plus ou moins grand de tribus, se trou- « vent réparties ainsi : de l'ouest à l'est « depuis l'Océan jusqu'au Niger, en s'é- « cartant toutefois aes bords du Séné- « gai, à partir à peu près des catarac- « tes du Félou ; du sud au nord , depuis « la rive droite de ce fieuve, où ils ap- « paraissent chaque année pour com- « mercer, jusqu'à une distance vers le « nord qu'il est impossible de détermi- « ner avec précision. Voici le nom de a ces nations et la désignation du pays « qu'elles occupent : les Trarzas, de- « puis l'Océan jusqu'à la hauteur du « village de Gaê. — Les Darmankours :
« ce sont des Marabouts, et plutôt une. « tribu qu'une nation; ils n'occupent a qu'une faible étendue de pays, enclavé « dans celui des Trarzas. — Les iirak- <« nas, depuis la ville de /Aj/i'o/ jusqu'aux « environs de Medinallc — Les Do « triches, depuis les enviions de MeJi- « nalla jusqu'à l'embouchure de la i''a- « lénie. — I es Oualud-el-koissis , de- «« puis l'embouchure de la Falémc ju*- « qu'a Medina, dans le kasson. — Les « Oualad-M-Hareck; ils n'occupent pas « habituellement, comme tous les Mau- « res qui précèdent, de points détermines « sur le fleuve, mais vivent dans l'intc- « rieur, et ne paraissent sur les bords du « Sénégal que pour nous apporter la « gomme. — Les Tischitts, dans ledé- « sert à l'occident de Tombouctou (1). » Ces peuples ne présentent pas tous les mêmes traits physiques; et ce fait est remarquable en ce qu'il paraît attester une origine différente pour les Maures du littor.1l, et pour ceux qui s'en écartent vers l'est. Ainsi les Tischitts ont la face plus large et plus plate, le front moins bombe que les Trarzas et que les Braknas; le nez est aussi moins courbé, et un peu écrasé vers les ailes : mais cette différence ne se retrouve pas dans les mœurs de toutes ces nations; d'abord la pratique la plus rigoureuse, la plus intolérante du mahométisme, et tout ensemble la fourberie, l'adresse , les habitudes belliqueuses et nomades, sont générales.
(i) f'nyagc dans l'Afrique occidentale, etc., rédigé par M. Anne Raffenel, officier iln commissariat de la marine, p. i\ t .
L'UNIVERS
On pourrait enfin, à rimit.itiori de Quelques auteurs, prendre pour base d'une division des peuples de la Sénégambie, la religion ou la forme du gouvernement. La religion pratiquée dans cette partie dé l'Afrique occidentale est le mahométisme, et les peuples de la Sénégambie sont, ou fanatiques comme les Maures, et religieux comme les Foulahs du Fouta, du Bondou et du Fouta-Djallon, comme aussi les Sarracolets ; ou indifférents, comme les Mandingues du Bambouk , du Woulli , du Tenda, et les Foulahsdu Kasson ; ou irréligieux, comme les Bambarras et quelques peuples mandingues à Test de la Falémé.— Quant au gouvernement, il offre aussi plusieurs formes : généralement c'est une monarchie héréditaire , se transmettant par ligne collatérale, mais presque toujours d'après l'ordre de primogéniture, comme chez les Maures, les Sarracolets, les Foulahs du Bondou, les Bambaras, les Mandingues du Woulli et du Tenda; ailleurs, dans le Fouta, et le Fouta- Djallon, par exemple, c'est une souveraineté théocratique déposée entre les mains d'un almamy (ce chef religieux remplace, depuis un siècle à peu près, les chefs militaires désignés dans les anciennes relations sous le nom de siratiques). Enfin, chez les Mandingues du Bambouk seulement se rencontre la forme républicaine (1).
Division des bassins delà Sénégambie.
J'ai dit plus haut, d'après Ritter, que le pays de montagnes d'où sortent les ejux du Mesurado, du Rio-Grande, de la Gambie, du Sénégal et du Niger, pouvait être considéré comme une saillie nordouest du plateau de la haute Afrique; Ritter ajoute que ces montagnes, formant un demi-cercle de 8 à 10 degrés ou de 150 milles, sont situées surtout entre le 8e et le 10e degré de latitude nord. La grande courbe de ces montagnes, qui s'étend vers le nord-ouest et vers le nord, dessine exactement les contours du pays qu'on appelle aujourd'hui la Sénégambie. Le nœud de ce pays de montagnes est la haute terrasse de Timbo, nommée aussi par Ritter pays d Alpes des Nègres Foulahs ; cette terrasse marque l'extrémité occidentale du plateau d'Afrique,
(i) Iùid.f p. a4o.
ét ses différentes pentes donnent naissance aux grands fleuves que je viens de nommer. Mais il est impossible actuellement de marquer d'une manière précise le gisement de ces différentes sources , et de reproduire les indications en apparence si positives de M. Mollien (1). Tout
(i) M. Mollien partit de Saint-Louis le 28 janvier 18x8, après avoir reçu de M. de Fleuriau, gouverneur du Sénégal , des instructions rédigées en partie d'après le plan qu'il avait lui-même présenté. L'objet principal de sa mission était de découvrir les sources du Sénégal , de la Gambie et du Niger; de s'assurer s'il existait réellement un canal de communication entre les de;ix premières rivières, ou au moins de marinier la distance qui les sépare; une fois arrivé sur le Niger, il dc\ait prendre des informations sur la possibilité «le le descendre jusqu'à son embouchure, ou, eu cas de trop grauds obstacles, se contenter de ie remonter: mais il ne put exécuter que ta première partie de sa mission, celle qui concernait le Sénégal et la Gambie. Les résultats de son exploration sont consignés dans -un livre intitulé Voyage dans l'intérieur de t Afrique aux sources du Sénégal et de la Gambie, fait en 1818, par ordre du gouvernement français, par G. Mollien. On lit dans celte relation, remplied'ailleursd'observations intéressantes , que les sources du Sénégal ou lîaling, de la Falémé, de la Gambie et du Ilio Grande, se trouvent à quclqucsjournécsde marche les unes des autres, entre les x3° uo elles 1 3° 38'de longitude ouest du méridiende Pari», et les 1 o° 6' et 1 o° 37'de latitude nord. Mais tous lesgéograjihes dcpuislougtemps se sont refusés à croire à la précision de ces indications. Ritter, entre autres , s'exprime à ce sujet très-sévèrement , mais avec toute justice : « On trouve, « dit-il , dans les récits de ce voyageur beaii- « coup d'incertitude et de vague. 11 décrit, « il peint avec de vives et brillantes couleurs « ses propres aventures, les mœurs et les usa- « ges des peuples qu'il visita; mais les points « géographiques capitaux restent souvent « inexacts ; la nature pbysique du pays « n'est éclairée par aucun fait important, et « celle découverte des sources des fleuves, si « pompeusement annoncée, n'apporte aucune « lumière nouvelle à notre science de la terre. « Celui qui sait combien il est difficile de « fi\er les sources des grands fleuves dans ces « pays de montagnes sur le rapport des monte tagnards, sans remonter soi même le cours « du fleuve , sans étudier les ramifications « de tout le domaine supérieur des eaux « celui-là ne saurait comprendre pourque
ce qu'on peut-dire , c'est que les sources du Sénégal et du Niger (1) sont situées sur ie plateau des Foulahs, à peu près sous le 10e ou 11e degré dë latitude nord, et éloignées d'environ IG milles géographiques Tune de l'autre (80 milles anglais) ; mais la partie élevée de la terrasse qui les renferme est demeurée jusqu'à présent impénétrable. Oii saitque longtemps on a confondu en un seul et même cours le Sénégal et le Niger (2). fclutigo Park
« les sources delà Gambie et du Rio-Grande « se trouvent précisément dans ces bois mys- *. lérieux et dans ces cavernes en forme <f r/i« « tonnoir que l'imagination de Mollien prend « pour des volcans éteints , plutôt que sur le • sommet d'une montagne d'où jaillissent « ordinairement les derniers courants d'eau « qui donnent naissance au* fleuves. L'iudi- « cation des sources du Sénégal et de la Kalémé « ne présente pas plus de vraisemblance. Le « plus prudent est d'attendre de nouvelles « découvertes avant de rien déterminer lou- « chant les cours supérieurs de ces fleuves. » ( Géogr. générale et comparée , trad. franç., tome 1", p. 494).
(1) Le major Gordon Laing , en traversant le Kouranko (1822), apprit de deux natifs du Sangara que la source du Niger ou Joliba n'était qu'à trois petites journées de Falaba, capitale du Soliman; les habitants de cette ville lui déclarèrent au contraire qu'il fallait suivre pour y parvenir un chemin très-sinueux, et que ce voyage exigeait au moins douze jours. Le major Laing ne douqa pas suite à son projet d'aller explorer les sources de ce fleuve; il se contenta d'observer de loin, du haut de la moutagne d'où sort la Kukelle , la montagne Loma, située à environ a5 milles de là dans une direction sud-est { est, et où parait située la source du Niger. Ou lui ût apercevoir le point de départ présumé de ce fleuve; il luisembla être de niveau avec 1 endroit où il se trouvait , c'est-à-dire à 1 ,600 pieds environ au-dessus de la mer.
(2) J'emprunte au savant livre de M. Walrkenaer, intitulé Recherches géographiques sur l'intérieur de l' Afrique septentrionale , l'histoire de cette longue erreur : Léon l'Africain ne parle que d'un seul fleuve dans le Soudan ou le pays des Nègres ; c'est le Niger, qu'il fait sortir d'un grand lac situé dans la partie orientale de l'Afrique : assez bien instruit sur le cours moyen de ce fleuve, il ignorait complètement, comme aussi les géographes arabes, où était son embouchure. Les Portugais, en visitant le Sénégal et la- Gambie, ne doutèrent pas que les embouchures de
le premier a reconnu sur les lieux les directions opposées de ces deux lleuv
ces deux fleuves ne fussent celles du Niger de Léon; et l'intervalle qui les séparait représenta à leurs yeux le Delta du Niger, correspondant à celui du Nil d'Egypte. Ce Delta est figuré sur la carte d'Afrique qui accent ^ pagne, dans le rerueil de Kamusio, l'ouvrage de Léon l'Africain : la Gambra et le Rio- Grande en sont les bras principaux ; Timbouctou est situé à la jonction présumée du Sénégal, de la Gambie et du Niger, c'est-à-dire à la pointe du Delta. La carte d'Afrique de Forlani de Vérone (i56a) et celle d'Orteliua (1570) présentèrent une certaine combinaison des systèmes de Léon l'Africain et d'Kdrisi. Dans la mappemonde d Ortelius , toute différente de sa carte d'Afrique, le Niger prend sa source dans uu lac du pays de Ouangara, dans le voisinage delà Nubie, par 11' de latitude, et coule directement à l'ouest, et se décharge dans la mer par plusieurs bras, dont les deux principaux ont leurs embouchures près du cap Vert et près de Sierra Leone, c'est-à-dire que ces deux bras sont le Sénégal et le Rio-Grande. Mais la carte de Livio Sanuto, insérée dans ie premier volume de sa Géographie (i588), offre un système neuf, et tout différent de celui des géographes qui l'avaient précédé. Il reconnaît trois grands fleuves dans le Soudan : tous trois ont leurs sources à l'est, dans des lacs qui portent leurs noms; ils coulent directement à l'ouest presque parallèlement, et se déchargeut dans la mer Atlantique entre le 5e et le ao* degré de latitude nord. Le plus septentrional de ces fleuves est le Canaga ou Sanaga (Sénégal); ses sources sont les plus éloiguées vers l'est , et il est formé de trois rivières principales : la Gaoga, le Canaga proprement dit, et le Ghir; les deux premières seulement dérivent de lacs qui portent leurs noms ; la dernière sépare le Bornou à l'est des royaumes de Gouangara et de Zanfara, qui sont à l'ouest. Au nord du Sénégal sont les royaumes de Casena et de Cano, et au sud le royaume de Zegzcg; et loin ensuite vers l'ouest, le royaume de Tomboutou. A l'est de cette ville, le Sénégal
{>orte le nom d'/za, et en avançant vers l'ouest 1 prend successivement ceux de Zambala, de Gusitemba et de Ma je; ce n'est que près de la cèle et à son embouchure même qu'on le nomme Canaga : encore une partie de l'embouchure port e-t- elle le nom de Dengueh, tous noms tirés de la Description d* l'Afrique de Marmol; seulement, Marmol n'admet qu'un seul fleuve dans le Soudan, dont les deux bras , lorsqu'ils se jettent dans la mer, soul
L'UNIVERS
qui coulent, l'un à l'ouest et l'autre à l'est.
La Gambie descend de la pente occidentale de la terrasse de Timbo, le Rio- Grande de la pente sud-ouest, et le Mesurado sans doute du versant méridional. Il y a de plus un certain nombre de fleuves navigables entre le Rio-G rande et le Mesurado, qui tous coulent de l'est à
nommés Sénéga et Gambcr. — Les deux autres fleuves du Soudan dans le système de Sanuto, sout la Gambie, et plus au sud le Niger. Ainsi, ni le Sénégal ni la Gambie ne sont considérés par lui comme des branches du Niger; chacun de ces fleuves ne forme sur sa carte qu'un delta très- resserré, composé seulement de deux embouchures. M. Walckenaer fait ressortir le mérite de ce travail, si différent de tous les travaux antérieurs, et si conforme, sous certains rapports, aux connaissances positives des voyageurs modernes. Les cartes de Sanson ne renferment aucune notion nouvelle ; c'est un mélange de Plolémée, d'Édrisi, de Sanuto et de Mereator. Guillaume Delisle, comme on sait, jeta de grandes lumières surtout sur la géographie de l'Afrique : cependant, dans les cartes qu'il publia en 1700 et en 1707, il confondait encore, comme ses prédécesseurs , le Sénégal avec le Niger; mais sa carte d'Afrique, publiée en 172a, présente d'importants changements, et, entre autres, l'isolement et la distinction nette des sources et des bassins du Sénégal , de la Gambie, du Rio-Grande et du Niger; la situation de la ville et du royaume de Timbouctou , reportée vers l'est, et loin de la côte occidentale et du Sénégal. Il faut placer ici le mémoire de d'Anville, concernant les rivières de l'intérieur de l'Afrique , sur les notions Urées des anciens et des modernes ( Académie des inscriptions, t. XXVI, p. 73 et suiv. ) Les idées critiques que contient ce mémoire se trouvent appliquées dans la grande carte de l'Afrique, en trois feuilles, du même auteur : là, comme avait fait Delisle, mais avec plus de précision encore dans les détails, d'Anville traça séparément les cours du Sénégal , de la Gambie et du Kjo-G rande , qu'on avait confondus et réunis pendant plus de deux siècles, et le Niger coulant vers l'est, et entièrement isolé dans l'intérieur du Soudan. Enfin le major Rennell , grâce aux découvertes de Mungo Park, put fixer définitivement ce point si important pour la géographie de la Sénégambie; et toute difficulté disparut touchant cette prétendue communication du Niger avec le Sénégal , la Gambie et le Rio- Grande.
l'ouest, par exemple le Mo-Nunez, le Rio-Porvgo; mais le cours de ces fleuves a une bien moindre importance, parce qu'ils ne prennent pas leur source, comme les premiers, sur la terrasse de Timbo, mais sur la pente occidentale d'une chaîne qui borde cette terrasse et la sépare du littoral.
Description de la terrasse de Timbo.
Ce remarquable pays de montagnes a été visité pour la première fois par les voyageurs anglais Watt et Winterbottom eu 1794 (t). La partie septentrionale porte le nom de Fouta-Djallon; c'est un royaume de 350 milles d'étendue de l'est à I ouest, et de 200 milles du nord au sud. Le climat en est sain , quoique la température y varie beaucoup : en géuéral, depuis le lever du soleil jusqu'à sept heures du matin, l'air y est froid ; à midi, le vent d'estapporte une chaleur extrême ; enfin, à deux heures, la brise de l'ouest rafraîchit l'atmosphère. Suivant M. Mollien, presque toutes les vallées de ce pays ne sont que des réservoirs immenses qui alimentent les sources des grandes rivières , et elles résonnent sous les pieds. Une terre grasse, que les torrents font rouler du haut des montagnes, forme le sol des plaines; celui des montagnes est
(1) Walt et Winterbottom étaient deux employés de rétablissement anglais nouvellement formé de Sierra Leone; ils offrirent, en 1 794, de se rendre dans le Foutah-Djallon, pour ouvrir avec le roi de ce pays des relations commerciales. Ils arrivèrent heureusement à Laby et à Timbo; mais, suivant M. Mollien, s'étant déguisés en chérifs pour essayer de pénétrer plus avant dans l'intérieur, ils furent retenus prisonniers pendant quatorze jours, et forcés par les Foulahs de retourner à Sierra Leone. Tous deux mourureut avant d'avoir rien publié de leurs observations : leur relation ne fut jamais imprimée; il en parut un premier extrait , fort court , dans l'ouvrage intitulé An account of Sierra Leone y etc., 1795, in-8°; puis un autre dans l'ouvrage de Leyden : Historical account of discoveries in Africa; 1817, in*8°. Enfin Thomas Winterbottom, frère de l'un des voyageurs, médecin de l'établissement de Sierra Leone, transcrivit plusieurs passages de leur journal dans un ouvrage intitulé An account of the native Africans in the neiglibourhood of Sierra Leone, etc.; i8o3, a vol. in-8°, et traça leur itinéraire sur l'excellente carte qui est jointe à ce livre.
SÉNEGAMB1E.
eomposé seulement de cendres mêlées de pierres ferrugineuses et de débris de plantes! Ce sol est favorable au foigné, espèce de petit mil , et aux pistaches de terre (arachis hypogsea). Dans les forêts, le cavra, le tekeli, le sône, produisent des fruits que les Foulahs aiment beaucoup. Dans certains cantons, on trouve en abondance l'oranger, le papayer, le riz et le maïs; mais le mil y est très-rare. Les montagnes du Fouta- Djallon sont très-riches en mines de fer (1) , que les Foulahs (3) exploitent. Ce peuple, comme je Tai déjà dit, est très-industrieux : il travaille habilement le fer, l'argent, le bois et le cuir; les cases de bambou où il habite sont les mieux construites de toute cette partie de l'Afrique ; elles sont grandes et aérées.
Eu partant du Rio-Nuiiez inférieur, on trouve, à 70 milles anglais de Kacundy, un passage qui se dirige à Test et conduit à la terrasse de Timbo : ce passage est très-fréquenté par les Foulahs, qu'on rencontre portant sur leur dos de grosses charges de riz et d'ivoire du poids d'un quintal et demi ; ils font souvent ainsi jusqu'à 2 milles géographiques par
(i) M. Mollien rapporta de ce pays deux sortes de minerais de fer, i° de fer oxydé rouge compacte; a° de fer hydraté. foy.t p. 280-90 du 2e vol. de la relatiou de son voyage, l'examen du fer forgé par les Nègres du Fouta-Djallon et des minerais dont ils le retirent, par M. Berthier, professeur à l'École royale des mine*. Les Foulahs creusent la terre très-profondément pour en tirer ces minerais; ils pratiquent dans leurs mines plusieurs galeries fort longues, qui s'élargissent par intervalles en chambres vastes et élevées, où sont percées des ouvertures qui laissent entrer l'air et la lumière. Ce sont surtout les femmes qui travaillent aux mines.
(a) Suivant Mollien, les habitant* primitifs du Fouta-Djallon étaient les Djalonkes; et les derniers débris de ce peuple habitent encore les inoutagnes ; leurs traits sont grossiers , leur peau rougeâire, et leur langage très-difficile à prononcer. Tant qu'elle resta dans la possession des aborigènes, les Djalonkes , celte vaste contrée porta le nom de Djallonk, Djollo. Les Foulahs s'en emparèrent, et ajoutèrent à son ancien nom celui de Fouta (pays des Foules). Cette conquête, suivant leur rapport même, ne remonterait pas plus haut que 80 ou 90 an*.
jour. Ils rappellent les porteurs du Cachemire et du Boutan dans la haute Asie. Kacundy est en Afrique, suivant Ritter, comme Bembour, Jombo et Bourd en Asie, le principal marché où les habitants de la terrasse viennent prendre en échange de leurs produits des munitions de guerre et surtout du sel , la plus recherchée de toutes les denrées dans les pays les plus éloignés de la côte. — En venant de ce côté, la première ville du Fouta-Djallon qu'on rencontre est Aonsam i au delà , les villages se succèdent à des distances de 6, 8 ou 10 milles, et il faut passer de nombreuses rivières avant d'arriver à Labby : on compte entre Kacundy et Labby 40 milles géographiques ; toute cette étendue de pays est fertile et bien cultivée. Labbv , suivant Watt et Winterbottom, a 5,000 habitants eldeux lieues et demie de circonférence; à sept journées de cette ville, dans la direction du sud -est, on arrive à Timbo, la capitale du pays , qui pouvait compter alors 7,000 habitants; ces deux villes sont situées sur de hautes plaines unies (I). Le plateau de Timbo présente de beaux pâturages alpins, et de nombreux troupeaux de bêtes à cornes; les riches y élèvent quelques chevaux; les moutons et les cnèvres s'y trouvent aussi en grande quantité; mais les Foulahs manquent de bêtes de somme. — De Timbo à la côte, on connaît un autre passage ou déûléplus difticile que le premier,
(1) Sur la carte intitulée A map of tlte Windward coast of Africa from tlte Rio- Grande lo C. P aimas t insérée dans l'ouvrage de Th. Winterbottom, la position de Timbo, d'après Watt et Winterbottom, est fixée à io° de latitude et à 90 58' de longitude à l'ouest de Greenwich. Le major Gordon Laing, dont je vais reproduire bientôt les importantes observations sur la partie méridionale de la terrasse de Timbo , a assigné à celte même ville une position plus septentrionale de 3o milles environ. Voyez une note de M. Walckenaerà ce sujet ( Hist. gêner, des voyages, t. "VII, p. 298 ). Je ue peux qu'indiquer une publication trop récente malheureusement pour que j'aie pu en profiter : c'est la Relation du voyage de M. W. Cooper Thomson* de Sierra Leone à Timbo , capitale du Fouta-Djallo, insérée dans le XVIe vol. du Journal of the royal geogr, Society of Londun, p. io0-i38.
L'UNIVERS
mais qui offre une communication plus rapide avec l'intérieur de la haute Afrique; ce chemin descend du plateau de Timbo par Dyambiiiah, Tambacouria et Bareira, jusqu'à la terrasse littorale des Sousos , au nord de bierra Leone , traversant ainsi dans sa plus grande largeur le pays de montagnes, c est-à-dire un système de chaînes parallèles répandues sur un espace de 25 à 30 milles géographiques. Le village de Dyambiiiah paraît être le point extrême du Fouta- Djallon, vers le sud, du côté des Mandingues Sousous ou Sousis. Ce pays est entouré, d'autre part , d'un grand nombre de nations considérées comme trihutairesduroi de Timbo ; on prétend que la domination de celui-ci comprend une étendue de pays de 40 milles géographiques du sud au nord, et de 78 milles géographiques de l'ouest à l'est : nous nommerons, au premier rang de ces États tributaires, le Soliman et le Kouranko, qui composent la partie méridionale de la terrasse de Timbo (1). Le Soliman, ou Soulimana proprement dit, peut avoir 60 railles de largeur du
(») Voy. Trayels in Timannee, Kooru.tko and Soolima coun tries in Western jéjrica, by major Alexander Gordou Laing; Londou, iu-S° ; ouvrage* traJuit en h aurais par MM. feyrics et de Larenaudicre ; Paris, i8afi, iu-8°. Le major Gordon Laiug fut chargé en iàai, par sir Charles M'Carthy, gouverneur de l'Afrique occidentale, d'une mission conciliatrice entre deux chefs mandingues, dont les querelles avaient interrompu toute relation commerciale entre le Manding et la colonie de Sierra Leone; cette intervention nécessita deux voyages de tel ofiieier. Pendant le séjour qu'il fit auprès de Palraamy des Mandingues , et au milieu de l'armée auxiliaire des Soulimas, que ce chef avait appelée, il remarqua la grande quantité d'or el d'ivoire que ce dernier peu-
Flc possédait; il suggéra alors au gouverneur idée d'entrer en relation avec les Soulimas, et ne tarda pas à recevoir l'ordre de pénétrer dans leur pays : il partit avec un indigène du Fouia-bjallon, deux soldats du a* régiment des Indes occidentales , onze porteurs iolofs , et un jeune homme natif de Ségo. Les princ ipaux résultats dè ce voyage furent l'exploration du bassin de la Rokelle , la détermination géographique de quelques positions importantes, et un assez grand nombre d'observations météorologiques.
nord au sud ; mais le peuple des Soulimas, à l'époque du voyage du major Laing, était resserré dans un district du territoire de Kouranko , sur la rive droite de la Rokelle, par suite de ses guerres avec le Fouta-Djallon (I). La relation intéressante de ce voyageur prête au Soulimana l'aspect le plus varié et le plus attrayant; les vallées en sont fertiles, leur sol est un mélange de sable et de substances minérales et végétales entraînées du haut des montagnes par les torrentsdansiasaisondespluies;maisdu reste, comme dans les autres contrées de l'Afrique occidentale, il ne présente aucun caractère géologique digne d'attention. Les principales villes de ce pays sont Falaba, la capitale, située par 9° 49'de latitude nord, a 2Q0 milles environ à l'est j nord de Sierra Leone, dans une belle vallée, que bornent de toutes parvs des coteaux en pente douce; Sangquiq, vil le très-considérable située sur les frontières du Fouta-Djallou, à 10 m il les de Falaba, dans une vaste plaine, et qui soutint en 1820 un siège mémorable contre une armée de 10,000 Foulahs; Semba, dans une position très-élevée (4,490 pieds . nglais au-dessus du niveau de la mer ) . par 9° 30' de latitude nord et 10° 49' de longitude à l'ouest du méridien de Greenwich ;et Konkodougore, au milieu même des montagnes. Près de cette dernière ville, et nommé comme elle, se trouve le pic le plus élevé de tout le Soulimana. Ce pays contient plusieurs sources importantes, celle du Munùo, rivière plus connue yous le nom de Petite Scarcies, dans les hautes montagnes qui avoisinent la ville foulah de lui lia; et celle de la Rokelle ou Sali, située à une hauteur de 1,470 pieds : le bassin de cette rivière est assez considérable; le major Laing, comme je l'ai déjà dit, l'explora avec soin : la direction générale de la Rokelle est du nord-est au sud-ouest; son cours est très-sinueux; assez près de sa source, elle est grossie par de nombreux ruisseaux; ses principaux affluents sont la Matière, la Tongoletle, torrent rapide et bruyant, et le Ba-Jafana, dont le lit est rempli de pier-
(i) Voy. l'histoire des guerres des Soulimas et des Foulahs, dans Y Histoire général* des voyages, de M. Walckeuaer, t. VU, p. 33o-4 3.
SfiNÊGAMBtE.
res ferrugineuses. — Les Soulimas sont de petite taille, robustes et belliqueux, mais humains et hospitaliers ; ils entretiennent des relations commerciales surtout avec le Sangara et les Mandiogues : ceux-ci apportent de la cote des étoffes, de la poudre , des pierres à fusil, et prennent en retpur des captifs et de l'ivoire; et les Soulimas échangent une partie de ces objets contre l'or et les chevaux des Sangaras. La haine des Foulahs parait être le trait principal de leur caractère; ils cherchent à se séparer d'eux le plus qu'ils peuvent par leurs vêtements et leur religion.
Le Koùratiko est un pays très-vaste , qui s'etentl au sud du Soûlimana et se prolonge très-loin à l'est; les naturels dirent au major Laing qu'il n'en atteindrait pas ['extrémité orientale dans une lurje de marche ; il ne trouva même parmi ejix personne qui eût osé pénétrer dans ces contrées reculées. La partiesud-ouest du Kouranko a pour chef-lieu Simera\ misérable village situé dans une plaine immense au pied de hautes montagnes; la partie nord-ouest a pour capitale À'olakonka, où résidait alors le roi Ballansama, le plus puissantdesprmces nègres de ces pays, qui étendait son pouvoir jusqu'aux rivesdu Niger. La ville la plus considérable après Kolakonka est Kamato; SUivànt le major Laing, elle peutcontenir mille habitants; elle est située sur la crête d' u ne col I i ne , et n'est accessible que de d'eux côtés fermés par de fortes palissades; elle avait déjà soutenu heureusement unsiégedes Soulimas. — LesKourankos ressemblent beaucoup aux Mandingues, au moins par là langue et l'habillement ; mais ils sont moins intelligents, et, pour la plupart, ils vivent dans Tidolâtrie. L'objet principal de leur trafic est le bois de cam; c'est de Simcra qu'on en exporte le plus : de là ou le transporte à Ma-Boung, grande ville du Timannî , située à une assez petite distance de la Rokelle; puis il est flotté sur cette rivière jusqu'à liokon ( 8° 37' 40" rie latitude nord), où on prend en échange surtout du sel (l). Le Kouranko pro-
(x) Le bois de cam , que l'on exploite plus au sud, est envoyé par la rivière Kamaranka, ce qui a longtemps fait croire à Sierra Leone que ces deux rivières se réunissaient.
duit aussi en abondance dû riz, des ignames, des pistaches de terre, des ananas, des bananes ; enfin nulle part la cassave d'est cultivée avec plus de soin ; on y recueille aussi une filante appelée tankara, qu'on laisse sécher, èt qui tient Heu de tabac, te major Laing ne put rien apprendre sur l'histoire non Ulus <Jue sur la forme du gouvernement de ce pçu'ple.
Bassin supérieur du Niger. Les contrées inexplorées qui s'étendent à, , l'est du Kouranko, et dont on connaît à peine les noms, le Kissi, \eSQ?t^aray le re?ia, le Kankan^ et au delà le Manding et le Bambarra , forment le bassin supérieur du Niger (1). On peut partager le cours entier du Niger eti trois parties : l'une depuis sa source jusqu'à Ten-Boktoue; la seconde depuis Ten- Boktoue jusqu'à Taoury; la dernière depuis Yaoury jusqu'à la mer, ou en d'autres termes le haut Niger (Joliba(2) des Mahdings) , le Niger moyen {Nylel-Soudàn , "des Arabes ) et le îîiger inférieur ou Kouàrâ (3) des Haous-
(i) Je ne saurais mieux faire que de reproduire textuellement , dans les limites que je marque ici, Y Aperçu dis parties explorée s du Niger et de celles qui restent à explorer, inséré par M. d'Avezac dans le Bulletin de la Société de géographie ; août i«4x.
(a) « Ce nom est très-diversement écrit , « p raisou de la difficulté d'exprimer avec nos « alphabets l'articulation initiale , qui est une ic sorte de prononciation mignarde du gym « arabe: quant à la signification du mol, elle « â été expliquée par Mungo Park, d'après m l'indication des indigènes , eu traduisant « grande eau; le substantif^* (eau) et l'ad- « jeetîf baa ( grand ) sont en effet aisés à y « reconnaître; mais entre ces deux éléments « j'en trouve un troisième, oli ou ali , dont m l'iulerprétation demeure encore livrée aux « conjectures des linguistes. » Note empruntée à M. d Avezac.
(3) L'Écossais Mungo Park est, comme on sait, le premier et le seul voyageur européen qui, dans le dix-huitième siècle, ail pu pénétrer jusqu'au Niger ( voyez l'intéressante notice de M. Walckenaer sur Mungo Park , insérée dans le tome VI de YHistoirc gênéraie des voyages, p. 3 8 3- 3 98 ), Après un premier voy age à Beucoulen dans Pile de Sumatra, en 179a, Mungo Park repartit en 1 795 pour l'Afrique, sur un vaisseau marchand destiné à faire la traite dans la rivière de la Gambie. De Pisania, il se dirigea d'abord à
L'UNIVERS
sans. « Les noms de Laing, de Caillé, « de Park et de Dochard (I), rappellent,
l'est, avec l'intention de gagner les bords du Joliba ; mais, pour éviter quelques dangers, il fut obligé de s'avancer vers le nord, et fut fait prisonnier par les Maures ; il parvint à s'échapper, et arriva péniblement à Ségo, capitale du Bambarra : mais le but principal de son voyage était atteint, il avait vu le Niger, et s'était assuré de la direction de ce fleuve de l'ouest à l'est. Il le descendit jusqu'à Silla, et ne poussa pas plus loin en avant; il regagna la frontière du Bambarra , passa à Bammakou et à Kamalia, et était de retour à Pisania le 10 juin 1797. Les découvertes importantes de Mungo Park excitèrent bientôt l'intérêt général. M. Bryau Edwards, secrétaire de l'Association africaine, composa, pour répondre à cette première curiosité, un abrégé de ce voyage, qui parut accompagné d'éclaircissements géographiques du major Renuell. La relation complète de Mungo Park parut enfin à Londres en 1799, sous le litre de: Travels in the iuterior of Africa, performed under the direction and patronage of the african Association» in the years r 7«>;>, 96, and 97 ; il y eut un grand nombre d'éditions de cet ouvrage, resté populaire et classique en Angleterre. Quelques années après, au commencement de l'année i8o:>, Mungo Park entreprit un nouveau voyage plus périlleux que le premier : il voulait explorer presque complètement le cours du Niger, et le descendre depuis sa sortie du pays desMandingues, près de Bammakou, jusqu'à son embouchure : il supposait a priori que ce fleuve tournait au sud, et finissait par se confondre avec le Congo ou Zaïre4 ; et, malgré les objections nombreuses du savant Rennell , il persista dans cette première hypothèse. Sur l'invitation de lord Cambden, il avait déposé au bureau des colonies un mémoire touchant le plan et le but principal de son expédition; et cet écrit servit de base aux instructions officielles qui lui furent adressées parle gouvernement. Il quitta l'Angleterre accompagné d'Anderson, un de ses parents, et d'un dessinateur nommé Scott, et le 26 avril 1805 il arriva à Pisania , qu'il prit celte fois enrore pour point de départ ; le 19 août, il avait atteint les bords du Niger à Bammakou; mais il avait perdu une grande partie de sou escorte. Il construisit à Sansanding un ba leau à fond plat; et c'est au moment de commencer sa navigation sur le fleuve qu'il écrivait dans sou journal : « Une caravane « d'Européens a donc réussi à pénétrer dans "« l'intérieur de l'Afrique à travers une éteu-
« ditM.d'Avezac, non dans Tordre chro- « nologique mais dans l'ordre progressif
« due de pays de 5oo milles anglais, et cela « malgré les obstacles les plus insurmontables, « les circonstances les plus contraires , sans « verser une goutte de sang, et en demeurant « toujours eu bonne intelligence avec les « Nègres! Il est démontré ainsi pour l'avenir « qu'il est possible de transporter des mar- « chaud ises par terre, de la côte de la mer et « du fleuve de la Gambie, jusqu'à l'endroit « où le. Niger est navigable, pour être expé- '< diées de là par eau dans les grands mar- « ebés du Soudan. » Mais en 1806 on apprenait dans les établissements anglais par des marchands de l'intérieur, la mort de Mungo Park; et en 18 10 le voyage d'isaac, marabout mandingue de Kayi, qui lui avait servi de guidetdans une partie de son voyage, vint confirmer ce triste bruit; il apprit d'un Nègre, nommé Amadi Fatouma, qui avait assisté à la mort de Mungo Park, qu'il avait pu descendre le lleuve bien au-dessous do Timhouctou, et qu'il s'était noyé avec tous les Européens de son escorte au passage de la barre de Hou'sa. — Ou publia à Londres, en 18 iâ, le journal que Mungo Park avait envoyé avant de s'embarquer sur le fleuve, sous le titre de : Journal of a mission to the interior of -Africa in the y car i8o5, by Mungo Park, quoiqu'il ne contint aucune découverte importante. Ce qui recommandait cependant ce recueil de notes, c'est qu'il avait pu faire quelques observations astronomiques, et déterminer la latitude et la lougitude d'un assez grand nombre de lieux ; mais ces observations ont paru suspectes à quelques savants, qui ont proposé diverses corrections { f'oy. Walckenacr , Recherches gêogr. sur l'intérieur de l'Afrique septentrionale, p. 272, et Histoire générale des voyages, t. VII, p. 5«-54; mais surtout un écrit de Bowdicb, intitulé , The contradictions in Park' s leist journal explained and his astronomical observations in 1796, reestablished by the corrections necessitated by his having reckoned the 3i th. april, etc.; i8ai, in-foï. ; un travail très-important deM.d'Ave/ac : Rxamen et rectification des positions astronomie quement déterminées en Afrique par Mungo Park, in-8°; Paris i834; et le mémoire de M. Oltmanns lu à l'Académie des sciences de Berlin le 1 3 janvier r83i. et imprimé en i83a, sous le titre : De la nullité de (fuelque s corrections qui ont été proposées à l'égard des dernières observation: de latitude fuites en Afrique par Mungo Park.
(1) Travels in W-eslem Africa , in t/te
SÉNÉGÀMBlfc.
« des points déterminés, les notions ac- « quises sur Ja première partie du fleuve. « Déjà MungoPark avait, en 1798, dési- « gné sous le nom de Sankari le lieu où « ie Joliba prend naissance; et Mollien, « en 1826 , en avait indiqué la situation « à l'égard de Timbou. Le major Gor- « don Laing se trouvant, le 4 seDteni- « bre 1822 , au Salé-Kunao, c'est-a-dire « à la source de la rivière Salé, qu'à « Sierra Leone on appelle rivière de « Ilokelle, gravit au point du jour la « hauteur qui domine cette source, et, se « trouvant ainsi a une élévation de 1,600 « pieds anglais au-dessus de la mer, il « vit au sud-est ^4 est, à 25 milles de dis- « tance, la montagne de Loma et le « noint même de la source du Niger, qui « lui parut au niveau de sapropre station; « et il estima la position de ce point vers « 9° 25' nord et 9° 45' ouest de Green- « wich,(soitl2° 5' ouest deParis), par un « calcul déduit des positions observées « de sa route. — René Caillé arriva le 1 1 « juin 1827 à Couroussa, sur le Jolibn , « et en suivit le cours pendant une ving- « taine de milles jusqu'à Fessadougou.
« Bien que son itinéraire soit dépourvu « d'observations astronomiques, il peut « être rattaché d'une manière assez satisfaisante à des positions connues, « pour que nous puissions conclure d'une « construction raisonnée , Couroussa « par 10° 25' nord et 1 1° 7' ouest de Pa- « ris, et Fessadougou par 10° 24' nord « et 10° 52' ouest. Le fleuve alors tour- « nait au nord , tandis que le voyageur, « poursuivant sa route vers le sud-est, « ne devait le rejoindre qu'auprès de « Gény, après avoir traversé, dans ce long « intervalle, un assez grand nombre d'afc « fluents. — Entre la source près de « Loma , aperçue de loin par le major « Laing et le village de Couroussa, où « Caillé traversa le fleuve, se trouve une « lacune de 84 milles en ligne droite , « formant la corde de l'arc décrit par le « Joliba dans son cours du sud au nord
years 1818, 1819, i8ao and 1 8a 1 , front the river Gamlna through Wootfi, Jiondoo, Galam, Kassori , Kaarta, and Foolidoo to the river Niger, iy major W . Cray, and the late staff surgeon Dochard ; 1 vol. in-8 , London , i8»5; trad. en franç. par madame Charlotte Huguet, en 18:16.
« tournant à Test : dans cet intervalle, « Caillé nous indique un point de sa « route Saraya (par 10* 35' nord et 11* « 36' ouest de Paris, à notre estime) , où « il avait le fleuve à une journée ( envi- « ron 15 railles ) au sud. — Entre Fessa - « dougou, où il quittait le Joliba, jusqu'à « Bammakou, point où commencent « les relèvements de Park et de Dochard , « est un espace considérable encore « inexploré, offrant en ligne droite une « lacune de 145 milles géographiques, « dans une direction nord 15° est. Dans « cet intervalle se place un itinéraire « de cinq journées de Couroussa à Bouré, « en passant par Cabarala, Balatou, « Dhialtba et Boun-Bouriman,staliojis " successives toutes riveraines du grand
* fleuve, et qui s'échelonnent de 15 en
* 15 milles ( valeur moyenne en ligne « droite de la journée de marche d un " homme qui voyage à pied ) ; à un quart « de journée au delà de Boun-Bouriman « est le confluent du Tankuso, sur la rive « gauche duquel se trouve Bouré, à trois « quarts de journée en remontant. D'un « autre côté, arrivé à Kankan (par 10° « 4' nord et 10° 31' ouest de Paris, à 110- « tre estime ), Caillé y apprit que de cette ■ ville, située près du Milo, tributaire « du Joliba, on se rendait en deux ou « trois jours à la jonction de ces deux « rivières, et en quatre ou cinq journées « à celle du Tankisso. Ces indications « placent le premier confluent à 45 milles « de Kankan, entre Ralaton et Dhialiba, « probablement non loin de ce dernier « village ; et le second confluent à 30 mil- « les plus loin. Le village de Sansandoest « placé vers cet endroit sur la rive droite « du Joliba, vis-à-vis de Bouré. 11 y a en- « suite six à huit journées, c'est-à-dire « une centaine de milles, de Bouré n Ba- « makou le long du fleuve. Encombinant « toutes ces données, on obtient, pour ja- « lonner le cours du Joliba, deux points « entre Fessadougou et Bamakou , sa- « voir : le confluent du Milo vers 10" « 48' nord et 10° 44' ouest; puis le «confluent du Tankisso, en face de « Sansando, vers 11» 20' nord et 10° « 45' ouest. » A Bamakou, Mungo Park vit le Niger se précipiter de la terrasse de Manding comme un torrent impétueux ; des rochers escarpés, qui s'avancent au sud-est et le traversent, rétrécis-
L'UNIVERS
sent son lit, et forment là de bruyants rapides qu'on peut éviter eu suivant un bras latéral. Au delà (je ces eeueils, il se répand dans les vastes plaines o)e la Mgritieense dirigeant toujours à Test, et devient navigable (1).
Ritter, d'après le major Rennell, comprend sous, le nom de peut»' septentrionale du haut Soudan le pays de monta-
(r) « Mungo Park en 1796 et en i8o5, « et Dochard en 18 19, continue M. d'Ave- « zac, ouf relevé le cours du Niger au-dessous « de Hamakou , le dernier jusqu'au conflucut «de la rivière Frina seulement, l'autre « jusqu'à Silla, terme de son premier voyage. « Quelques observations astronomiques de « latitude servent de point d'appui à la ligne « parcourue, savoir : Marrabou ( 120 47' « î5" nord), Kouli-Korro (iâ° 5i' 55"), « ramifia (i3° i5'7''), Sami (i3° 17' 33"). ta « construction de l'itinéraire de Park, assu- « jet lie à la fois à ces latitudes et à une « longitude de n° 35' i5" ouest de Paris, « observée au passage du Bd-oli-ma (par 14* « 3 a 3" nord ), détermine la position de n ttamakou vers ia° 45' nord et ia° r ">' u ouest de Paris, à l'extrémité occidentale « de sa route sur le Niger, et celle de Silla, « à l'extrémité orientale vers i3° 3a' nord, « et 70 a6' ouest du Paris. De ce point à ce- « lui de Gény ou Jenne , où Caillé a repris « le relèvement du cours du fleuve, il y a « encore une lacune, mais elle est peu con- « sidérable; Mungo Park l'évalue à deux « petites journées, dans une direction est, « ce qui concorde très-bien avec les 5 jour- « nées ouest indiquées à Caillé entre Oériy « et Ségo; or la distance de Ségo à Silla « offrant 5o milles pour 3 journées, les deux « journées de Silla à Gény doivent être h comptées pour 34 milles, et Gény placé « vers i3° 3a' nord et 6° 5a' ouest de Pa- « ris. — Caillé, qui avait rallié le Niger le 10 « mars i8a8, étant reparti de Gény i3 « jours après, navigua sur le fleuve pendant << a8 jours, jusqu'au 19 avril, qu'il atteignit « K ;i!na , le port de Ten-Boktoue; et il a « donné de cette route un itinéraire détaillé « qui offre la portion la plus considérable, « la plus intéressante et la plus exacte que « l'on possède du cours du Joliha... La com- « lunaison des diverses routes qui, de l'ouest, « du nord et de l'est, conduisent à cette « grande ville,' concourt à lui assigner une « position approximative de 160 nord et 5° « 36' ouest de Paris. C'est en ce .point que « s'arrêtent les reconnaissances faites par des » Européens sur le haut Niger ou Joliba. »
gnes qui s'étend entre le cours moyen du.Xigeretles rapides de la Gambie à Barraconda, et oui, vers le nord, va toujours en se dégradant jusqu'au désert. La terrasse supérieure, le premier gradin de cette pente du grand plateau, est cette terrasse même de Munaingo: on y arrive vers le nord-ouest par le défilé escarpe de Kamalia; mais cette entrée est d fendue par des bandes de brigands que Ritter compare aux G al las de la terrasse de Tigré en Abyssinie , et aux Kurdes d'Arménie; au delà, on trouve un pays hospitalier, bien cultivé, habité par un peuple heureux : cette terrasse de M an dingo forme, à proprement parler, le partage entre le bassin du Sénégal et le Niger (1).
Bassin du Sénégal. Suivant Ritter, le domaine cjes sources du Sénégal comprend une étendue de 40 milles géographiques ( 200 milles anglais) en largeur. Il entend par là que le Sénégal est formé par la réunion de trois grandes rivières : le Kokoro, le Uâ-I-'i/nj et la Falémé. Le premier cours d'eau que Mungo Park rencontra au delà de Worumbang, village qui forme la frontière du pays mandingue du côté du haut pays de montagnes de Jallonkadou, en s'avançant vers l'ouest, fut cette rivière de Kokoro que l'on.appelle le bras oriental du Sénégal : les bords en sont très-hauts, et il reconnut, à l'aspect des herbes et des branches, que dans la saison pluvieuse l'eau y croît au moins d'une hauteur de vingt pieds; il est presque impossible de la traverser alors; et le sens de son nom ( fleuve du danger ) indique suffisamment toutes les difficultés d'une pareille entreprise. Mungo Park voyageait dans la saison sèche, et il put passer successivement, en se dirigeant toujours à l'ouest, deux petits bras q"u Kokoro, puis une rivière qui
(1) Je devrais placer ici la description du pays de Bambarra , qui appartient au bassin du Niger; mais comme les Bain barras actuellement ont étendu leur domination sur le Kaarta, le Kasson et tout le haut bassin du Sénégal, je n'ai pas voiHu, malgré les nécessités d'une division géographique, séparer ces pays, qui sont aujourd'hui politiquement unis; j'ai donné plus loin les détails que Mungo Park nous fournit sur les différents lieux de station du Bain barra.
SENÊGAMBIK.
loi parut plus large que celle-ci, et que les naturels nomment à sa source Baqui { rivière Blanche ) , dans sa partie moyenne Ouonda , et dans sa partie inférieure Ba-Ououlima (rivière Houge).
Le soirdu même jour, il atteignit un joli ruisseau, le Co-meisang; le lendemain, un autre ruisseau qui coule au pied d'une haute montagne appelée Gan- Karan-Kouro; plus loin, la rivière Fourkoùniah, presque aussi large que la Ouonda ; le Bohi, dont l'eau transparente coulait doucement sur un lit de cailloux; enfin, après avoir passé un dernier ruisseau, le Noun-Kolo, et visité les deux petits villages de Sousita et de Manna , il atteignit le Bâ-Fing ou rivière Noire, que les îMandingueseonsidèrent comme le bras principal du Sénégal. Toutes ces rivières qui dépendent du bassin supérieur du Sénégal descendent des hautes montagnes du îallonkadou, vaste plateau au sol rocailleux, coupé par des vallées qui courent
Sarallèlement du sud au nord, couvert e forêts, rempli de bétes féroces, et ne présentant pas une habitation dans une étendue de pays de 20 milles géographiques. Près de Manna, où MungoPark vit le Bâ-Fing, cette rivière coule lentement dans un lit très-profond, bordé de forêts de bambous; il la traversa sur un pont de construction singulière.
Plus loin à l'ouest, il entra dans les pays de Ouoradou et de Konkadou, pays montueux et rocailleux comme le Jallonkadou, et qui forment proprement le partage des eaux du Bâ-Fing et de la Falémé. D'abord il arriva sur les bords du Bâ-lie (rivière de miel), affluent de la rive gauche du Bâ-Fing, et, après neuf jours de marche forcée , atteignit ceux de la Falémé un peu au delà de la ville de Satadou, capitale d'un district de ce nom, et non loin de la source de cette rivière.
J'ai décrit le pays de Mandingo comme formant la terrasse supérieure, le premier gradin de la pente septentrionale du grand plateau; un second gradin, une terrasse moyenne entoure la première d'un demi-cercle de montagnes moins élevées qui couvrent les pays de Fouladou, de Kasson, de Bambouk, de Kaadschaga , de Konkadou , de Dentilia, de Satadou, de Bondou , de Neola et
de Tenda; ce second gradin constitue le bassin supérieur du Sénégal, rar il se prolonge au delà des rives, orientales de ce fleuve et du Kofcoro. Ses limites naturelles au nord et à l'ouest, suivant Ritter, sont les plaines unies du Kaarta et du Bambarra, qui marquent la séparation des montagnes et de*. a> serts de sable.
Le second voyage de Mungo Park fit connaître le pays de Fouladou, qui s'étend à Test du Bambouk, et qui auparavant était demeuré complètement inconnu; il y entra par le district de Gangaran, qui en forme la partie sudouest, et passa successivement par Kandy, ville autrefois très-florissante, qui avait été brûlée deux ans avant son voyage; par Koïna, village fortifié au milieu de rochers et de précipices; Fouilla, sur les bords de la Ouonda ; Boùlinkoumbou, lieu dont il détermina la latitude à 13" |1 : à 8 milles ait nord-ouest de ce village, il traversa celui de Serra Babou près du ruisseau de Kinyaco ; et en se dirigeant au nord-ouest il atteignit Keminum ou Maniakorro, la ville la mieux fortifiée au'il eût encore vue en Afrique , à une faible distance du Kokoro,qui forme en cet endroit plusieurs cascades; puis, tournant à l'est, il visita encore Seranmng, ville très-populeuse, entourée d'une vaste plaine, et au delà du Ba- Ououlima, principal affluent du Kokoro, BangassU située par 13° 16' 30", mieux fortifiée et quatre ou cinq fois plus considérable que Maniakorro ; mais, à partir de Bangassi jusqu'aux frontières du Bambarra , il ne rencoutra que des villages en ruines.
Bambouk. — Le Bambouk offre plus d'intérêt que toutes ces contrées, à peu près ignorées, sauvages et désertes, et de plus dévastées par des guerres continuelles; une certaine illustration même est attachée à ce pays, dont les mines d'or ont dès longtemps attiré l'attention des Européens; il occupe le milieu de cette terrasse moyenne que je viens de décrire, et est enfermé entre le Bâ-Fing et la Falémé. C'est un pays accidenté, mais peu élevé en général ; ses hauteurs présentent des aspects très-variés; elles sont formées presque toujours d'un sable rouge
ferrugineux et de roches quartzeuses , et, comme les plaines , elles sont couvertes d'arbres rabougris , toujours trop éloignés pour que le sol en soit couvert. Dans la partie sud-ouest seulement , s'élèvent des forêts presque impénétrables, et toutes dépourvues d'eau; mais le reste du pays est bien arrosé. Le Satadou et le Konhadou (i) , pays
(z) Pour donner une idée exacte de ces pays, je rapporterai une partie de l'itinéraire suivi par Mungo Park dans son second voyage ( The journal of a mission to t/te interior of Jfnca, in die year r8o5; in-4°, London, i8i5 ). Après avoir Iraversé le pays de Denlilia, et passé la rivière, de Samakou qui se jette dans la Falémé, il atteignit ce fleuve à Médina : on élail alors en juin, cl daus cette saison la Falémé est décolorée par les pluies, mais médiocrement gonflée à cet endroit; sa vitesse est de 4 nœuds par heure, De l'autre côlé du fleuve, et à i mille de dislance, Mungo Park s'arrêta dans Satadou , petite ville de 3oo cases, entourée de murs; à une journée de là il atteignit Shrondot et plus loin la base des monts Konkodou, qui, en cet endroit, présentent des rochers taillés à pic et hauts de 80 à 3oo pieds. Dans les environs de la ville de Dindikou, il observa des granits particuliers, mêlés de potits cailloux ronds et polis , gros à peu près comme des halles de fusil, et d'une couleur plus pâle que le reste de la rorhe : ces montagnes sont cultivées jusqu'à leur sommet, et de nombreux villages entourés de pâturages et de sources bruyantes s'aperçoivent entre les aiifracluositês des rochers; à leur pied s'étend, entre la Falémé et le Bà-Fing,unc plaine inculte, couverte de forêts remplies de lions, longue de 40 milles du sud au nord, et bornée au sud par une chaîne de montagnes qui se dirige de Test à l'ouest comme celle de Konkodou. Mungo Park ht halte ensuite à Fankia, village situé par i3° a5' 3o" de latitude (d'après la correction de Bowdich) et à un mille environ au nord-est. De ce village il atteignit le passage des monts Tambaoura ou Toumbindjina, dont la hauteur ne dépasse pas 3op pieds; à deux milles du passage, il entra dans le joli village de Toumbin , et le lendemain dans celui de Fadjemmia ( i3° 3<V de latitude nord) : le chef qui avait donné son nom à ce village résidait auparavant à Faramba, situé plus à l'est; c'était alors le plus puissant du Koncoudou, et il dominait sur tout le pays compris entre Toumbin et le Bâ-Fing. A un
aussi très-riches en mines, forment proprement la partie méridionale du Bambouk, et le séparent du TVouUi et du Dentilia, dépendances du bassin de la Gambie. Les autres limites du Bambouk sont à l'ouest le Bondou, qui en est séparé par la Falémé , le Kasson à l'est, au nord le Sénégal. L'étendue de pays comprise en ces limites est assez considérable, mais une mauvaise organisation politique fait du Bambouk un État faible. Il est occupé par des Mandingues, que les Sarracolets et les Foulahs , leurs voisins , désignent sous le nom particulière Malinkes .Toute la partie du Bambouk qui borde la Falémé est aujourd'hui rangée sous la domination de l'almamy du Bondou , et presque tous les villages échelonnés sur la rive droite de la Falémé sont peuplés d'un mélange de Foulahs et de Mandingues.
Samba-Yaya est la résidence d'un chef qui exerce, au nom de l'almamy, une pleine autorité sur tous les Foulahs du Bambouk établis depuis la Falémé jusqu'au village intérieur de Kéniéba , le plus proche des mines, et tout ensemble sur les mines elles-mêmes. En se dirigeant, au sortir de Samba-Yaya, à l'estnord-est, puis au nord-est */4 est, on atteint le marigot de Dianbalal, dont le lit, large et profond , est sablonneux et rocheux; au delà, à unedistance d'une heure et demie de marche dans des bois et des sentiers difficiles et montagneux, est ce village de Kéniéba , qui est pro prement le chef-lieu d'un canton de mines : on a calculé qu'il y avait de Sansandig, sur la Falémé, à ce village 49
mille à peu près au nord-est de Fadjemmia, Mungo Park traversa le Bd-Li , ou rivière de Miel, affluent du Bâ-Fing, daus un endroit où le cours de cette rivière forme plusieurs petites cascades. Depuis le départ de Fadjemmia, il n'avait cessé d'apercevoir le Koulallie, haute montagne , de forme carrée , inaccessible de tous côtés, et dont le sommet est uni et couvert de verdure. D'autres montagnes rocheuses et d'un aspect agréable suc cèdent à celle-là, et séparent le Bà-Li du Bâ-Fing : tout le pays qui s'étend entre ces deux rivières, et où Mungo Park indique les villages de Kimbia, de Soidlo, de Secoba ( i3° ati' i&" de latitude nord ) et de Konh-omo, est sauvage et produit un grand effet
kilom., de Samba- Yaya 28 kilom., et de ce village à la mine principale, nommée Dambagnagney , 3 à 4 kilom. seulement, li m'a paru intéressant de reproduire ici une exacte description de l'état actuel de cette mine et de l'exploitation des indigènes, que M. Raffenel a adressée au gouverneur du Sénégal dans un rapport du 17 mars 1844 (1), et qu'il a reproduite dans sa relation générale (2). En sortant de Réniéba , on traverse le même marigot de Dianbalal, dans le lit duquel on a creusé des puits pour approvisionner le village. La route est au nord-est jusqu'à une très-petite distance des mines ; mais au moment d'arriver il faut tourner brusquement au nordouest.
« La mine de Dambagnagney, dit « M. Raffenel, est située au milieu d'un « bois , très-près d'une ligne courbe de
• collines formant un demi-cercle de « l'ouest au sud-est. Les abords en sont « semés de pierres siliceuses blanches , « légèrement veinées de rouge ; les terres « sont fortement colorées par l'oxyde de « fer, et laissent voir une nouvelle espèce « de roche du genre schisteux. Pourdes- « cendre dans cette mine , on a pratiqué « un trou ayant la forme irréguliere « d'un cône dont la base, placée en m bas, présentede singulières conditions « de solidité; ce trou est d'une pro- « fondeur de 7 à 8 mètres au plus, et « ses parois, dépourvues d'étais, ont à c leurs parties supérieures plusieurs fls- « sures verticales qui menacent d'une « chute prochaine. Ces sortes d'accia dents, inévitables pour les hommes du
• pays, si inhabiles dans de semblables « travaux , sont , comme on doit le pen- « ser, très-communs. Au fond dece trou, « une ouverture latérale de 0m,60 à 1
• mètre de hauteur conduit dans une « galerie souterraine d'une étendue de « 40 à 50 mètres. Le terrain des mines " est un terrain d'alluvion formé de sa-
• ble, de cailloux quartzeux roulés et de « schiste ferrifère micacé, contenant « quelquefois des parties de terre grasse « et noirâtre. L'ensemble de cette roche « se brise aisément sous le doigt. Tout
(i) 4 finales maritimes; Bévue coton.,
1844» P- 46a-544- (1) Pag. 380-392.
2e Livraison. (Sbnbgambib.)
« autour de cette mine , qui est la seule « actuellement en exploitation, on ren- « contre des trous d'une effrayante pro- « fondeur, garnis , de distance en dis- « tance, de traverses de bois scellées aux « parois, et formant des croix horizonta- « les ; ces traverses servent à recevoir les « échelles des mineurs, dont les mon- « tants sont faits avec de jeunes arbres « tenus écartés par des échelons grossiè- ■ rement et irrégulièrement fixés au « moyen de liens d'écorce ; c'est par de « semblables échelles, si mal posées sur « des pièces de bois en croix , que ces « malheureux descendent dans ces mi- « nés, dont la profondeur est au moins de « 35 à 40 mètres. On doit dire, il est « vrai , qu'elles sont peu exploitées.
« L'une d'elles porte le nom de Gaèdy : « on y descend par deux trous différents, « communiquant l'un à l'autre par une « petite galerie. Dans le nord-esl->/4-est « de Dambagnagney , à une distance de « 2 kilom. au plus, au sommet d'un « mamelon du nom de Peltel, les hom- « mes qui nous ont servi de guides « nous ont dit qu'il y avait des mines « bien plus riches que celles-là ; mais « que ceux qui y allaient mouraient, « ou devenaient fous. C'est chez eux « une conviction si profondément ar- « rétée, qu'on est forcé de lui cher- « cher une origine rationnelle, qui se « trouverait peut-être dans l'hypothèse « fort admissible de la présence de « l'arsenic dans ces mines.... Nos insa tances ont été inutiles pour aller « aux mines de Pellel; et aucune desof- « fres que nous avons faites à nos guia des n'a pu les déterminer ni à nous « y conduire, ni à nous permettre d'y a aller seuls. — L'exploitation des mi- « nesdeKéniéba est ordinairement faite « par les habitants foulahs des villages « voisins et de celui de Kéniéba mémer « moyennant un droit payé au chef de « Samba-Yaya , qui est le" chef suprême a de toutes Jes colonies de sa nation éta- « blies sur la rive droite, et qui traite « seul avec l'almamy du Bondou pour le «tribut général (1). Les femmes du « village de Kéniéba ont le monopole de
(1) Les Foulahs émigrés du Fouta-Djallon sont placés sous la protection de l'almamy du Bondou, et lui payent tribut.
L'UNI V EUS
« la manipulation, et partagent l'or qui « provient des produits de la mine avec « l'individu qui les leur a donnés à trait vailler. L'exploitation n'est pas sans « danger; elle se fait dans la saison des « basses eaux , et les travailleurs ont à « redouter, outre les agressions perma- « nentesdes Mandingues-Bamboukains, « celles des Maures qui ont traversé à « gué le Sénégal ou la Falémé. Aussi « n'est-elle entreprise qu'avec un cer- « tain déploiement de forces ; les fem- « mes travaillent , aidées seulement de « quelques hommes : les antres veillent « armés. Les eaux pluviales qui sta- « tionnent dans les mines longtemps « après la mauvaise saison ne permettent n d'y travailler que pendant cinq mois « environ, de janvier à mai. — L'extrac- « tion de l'or est d'une imperfection « qui étonne. Voici comment s'y pren- « nent les femmes qui en sont chargées
• exclusivement : Les produits de la « mine , composés de schiste en frag- « ments assez gros, de cailloux et de « terre sablonneuse, sont placés dans « une calebasse pleine d'eau, et pétris « avec les mains pour être écrasés ; les a cailloux , une grande partie du sable « terreux et de très-gros fragments de « schiste sont rejetés à la suite de cette « première opération , qu'il a été im- « possible, on le conçoit, d'exécuter « parfaitement. La calebasse ne con- « tient plus alors qu'un sable boueux, « qui , soumis à différents lavages, finit « par donner un résidu de sable noir « très-fin , dans lequel se trouve l'or , « sous forme de molécules et de pail- « lettes quelquefois extrêmement té- « nues. La séparation des molécules « aurifères et du sable se fait aussi « très-grossièrement : le tout, placé « dans une valve de coquille, subit en- « core de nouveaux lavages , à la suite « de chacun desquels on jette des parties « de sable et bien souvent avec elles « des paillettes d'or, malgré l'adresse « des orpailleuses ; enfin un petit caillou « écrase et réduit en poussière le sable « restant. On soumet le contenu de la « valve à l'action du soleil pour faire « sécher, puis on souffle le plus légère- « ment possible; il ne reste plus alors
• que l'or, considérablement réduit, il « est vrai, car une grande partie a dû
« en être pordu par les lavages succes- « sifs que 1er divers produits de la mine « ont supportés. De petites cornes de « chèvre reçoivent provisoirement les « molécules et les paillettes aurifères, « jusqu'àcequecelles ci s'y trouvent réu- « nies assez abondamment pour être ag- « glomérées. Cette agglomération, qui « est obtenue par la fusion des molé- « culesdans un creuset, termine l'opé- « ration , dont le résultat est de présen- « ter l'or sous forme de torsades ou « d'anneaux à vives arêtes transversa- « les, ainsi qu'il est vendu à nos comp- « toirs. Les vices nombreux de cette « préparation sont remarquables. D'à- « bord , c'est le peu de cas qu'on fait des « morceaux de roches schisteuses, dont « les couches feuilletées et séparées par « des parties terreuses laissent voir , « entre chacune d'elles, les paillettes « d'or; il est impossible que le frottement « imprimé à ces roches par les mains des « orpailleuses suffise pour les détacher. « Ensuite, c'est le lavage qui laisse per- « dre un assez grand nombre de paillettes « aurifères obtenues à la suite de la pre- « ni i ère et imparfaite manipulation. Suc- « cessivement ces pertes augmentent; « et le grossier emploi du souffle hu- « main dans un travail si délicat enlève « encore indistinctement et inévitable- « ment l'or et le sable; car les molécu- « les, je le répète, sont d'une ténuité
« presque microscopique On ne peut
« avoir qu'une idée vague de la richesse « de cette mine, estimée par les habi- « tants d'après le nombre de captifs « achetés avec ses produits. Un homme « laborieux du village de Kéniéba peut « retirer, nous dit-on, dans une saison, « la valeur de quatre à cinq captifs ; cela « ferait supposer, que! que soit d'ailleurs « l'abaissement du nrix de ceux-ci , que « les mines de Kénieba donnent déjà au- « jourd'hui en des mains barbares des » produits d'un certain prix. » — Quant aux mines du Bambouk oriental , on ne les connaît pas; on sait seulement qu'elles sont plus riches que celles de la Falémé : mais exploitées par des Mandingues, peuple paresseux et moins industrieux que lesFoulahs, elles doivent se trouver dans un état bien inférieur à celui des mines de Dambagnagney.
M. Eaifenel cependant publie, à ce sujet,
SÉNÉGAMB1E.
quelques renseignements recueillis de la bouche d'un guide de Kéniéba, qui avait beaucoup voyagé, et disait avoir travaillé dans plusieurs mines du Bambouk; cet homme désigna, outre les mines de Kéniéba, onze autres mines, sous les noms de Sadiola , Farabacoûta, Diacontê, Ouralé, Dio-Kéba, Dlalafara, Gounfay Kourouba, Sitakité, Yatéra et Koundîa , toutes exploitées par des Mandingues : suivant la même autorité, quelques-unes d'entre elles ont de grandes galeries, où les orpailleurs préparent et prennent leurs repas; il en est trois qui présentent Por, non comme à Dambagnagney , dans du sable noir, mais empâté dans des cailloux très-durs, blancs ou rougeâtres, qu'on brise et qu'on réduit en poudre pour lav er ensuite , faire sécher au soleil, et enfin souffler la poussière fine qu'on a obtenue. Les Nègres ne reconnaissent une mine qu'après de longs tâtonnements: lespremiers coups de pioche découvrent ces cailloux, puis des couches successives de terre blanchâtre , rouge , noire , des roches encore et des cailloux, et enfin, à une profondeur de 8 à 10 mètres, l'or même.
Dans la partie orientale du Bambouk, les villages forment autant de petites républiques indépendantes, liées entre elles par une sorte de fédération, et alliées pour la plupart aux Bambarras, pouvant par conséquent repousser la domination de l'almamy du Bondou autrement aue les villages des bords de la Faléme.
« Les Mandingues, dit M. Raffenel, « dont la moralité et l'intelligence n'ont « pas été développées par l'étude du « Koran , doivent être et sont en réa- « lité bien inférieurs aux Foulahs.
« Leur industrie favorite est la chasse ,
• exercice qui ne contribue pas à adou- « cir les mœurs et à donner des ten- « dances pacifiques ; ils cultivent peu,
* par paresse et peut-être aussi par « mépris; ils exploitent cependant, « comme on Ta vu, les nombreuses « mines d'or de leur pays. Cet or « compose avec l'ivoire des éléphants, « qui abondent dans cette région, à peu « près exclusivement les matières de « leur commerce. Us le font au moyen « de caravanes qu'ils conduisent eux-
• mêmes aux comptoirs européens. Les « Mandingues du Bambouk ont des « usages grossiers qui tranchent avec « ceux des autres peuples, pour les- « quels ils sont devenus un type quasi « barbare, excitant leurs plaisanteries : « ils s'appellent entre eux Malinkés « pour s'injurier, et pour désigner parti- « culièrement les £ens qui ont des habî- « tudes, des manières et des goûts gros- « siers. Les Bamboukains tiennent en « grande estime la chair du chien; ils élè- « vent de ces animaux dans l'intention « de s'en nourrir, et dans les repas les « plus délicats on sert toujours un chien « entier et rôti. Ils mangent aussi les « singes et les éléphants, dont ils trou- « vent également la chair exquise et
* succulente. Leur costume se com- « pose de pagnes blanches ; ils ont les « cheveux nattés sur les côtés, sont « armés de fusils, d'arcs et de flèches « presque toujours empoisonnées, et « ue sabres à lame courte et droite, « qu'ils fabriquent eux-mêmes. Leur « coiffure est très-variée ; elle consiste « souvent dans un chapeau bambarra, « aux bords très-larges, et aux longues « tiges de paille coloriées et relevées « en pointe au sommet de la cuve du « chapeau ; elle se compose aussi du « bonnet en coton blanc ou bleu, quel- « quefois enfin d'une calotte entourée « d'une pagne en façon de turban. Dans « leur costume de guerre, ils portent au- « tour de la tête des cornes de chèvre « qui leur donnent un air d'une re- « marquable étrangeté (1). »
Pays de Kasson et Kaarta. Le Kasson, qui s'étend au nord du Bambouk jusqu'aux plaines du Kaarta, entre les Sarracolets du Galam et les États mandingues dépendants du Bambouk, c'està-dire sur les deux rives du Sénégal, était anciennement un État puissant, formé par des colonies de Foulahs du Fouta-Djallon ; mais ce peuple a été presque détruit par les Bambarras; une partie a trouvé un asile dans le Bondou; les populations de la rive droite sont restées, mais se mêlent chaque jour davantage avec leurs oppresseurs, habitants du Kaarta, dont ils ont déjà pris
(x) Voyage dans f Afrique occidental*, p. 393-394.
L'UNIVERS
la langue, comme aussi l'irréligion et la paresse (1). — Le Kaarta était d'abord une dépendance du pays de Kasson. Les Mandingues Bambarras, peuple guerrier des bords du Niger, en s'avançant vers l'ouest, conquirent le Kaarta, le Kasson,
(i) Dan» son premier voyage, Mungo Park, en quittant le Kajaaga ou pays de Galam, traversa le Kasson, bien difïércnt alors de ce qu'il est aujourd'hui : le 28 décembre 1795 il se trouvait à Kayi, grand village situé moitié sur la rive méridionale du Sénégal dans le Kajaaga, moitié sur la rive septentrionale dans le Kasson. Un peu au-dessus de Kayi, le fleuve tombe du haut des rochers dans un bassin dont l'eau est noire et profonde. Mungo Park traversa le Sénégal à Kayi , et après une longue journée de marche dans un pays où il observa plusieurs rochers de granit blanc, il arriva à Tiesie, grande ville sans murailles, protégée seulement par une espèce de citadelle où résidait le frère du roi ; le lendemain du jour où il quitta Tiesie , il traversa le Krieko , bras du Sénégal , dont le cours est très-rapide, et à 2 milles à l'est de cette rivière il passa dans une autre ville du nom de Medina , et s'arrêta à Jumbo , d'où il gagna la capitale du Kasson Kouniakary : là il fut reçu avec bienveillance par le roi Demba- Sego, qui lui apprit que la guerre était sur le point d'éclater entre le Bambara , le Kajaaga et le Kaarta. Il vint alors attendre à Soulo , petit village situé à 3 milles au sud de la capitale, un moment plus opportun pour continuer son voyage : l'aspect de la plaine de Soulo, toute couverte de villages, de champs cultivés, surpassait tout ce que Mungo Park avait vu jusque-là, et fournissait alors au roi de Kasson quarante mille combattants. Le 4 février 1796, il partit de Soulo et se dirigea vers les frontières du Kaarta en suivant les bords du Krieko, partout aussi peuplés et aussi bien cultivés. Il passa successivement par Kimo , grand village qu'occupait le gouverneur du Sorrana, partie montagneuse du - Kasson , par Kangie , ville très-considérable, Seimpo et Lackarago, petit village, situé sur le flanc de hautes montagnes qui séparent les royaumes de Kasson et de Kaarta : à Kangie , le Krieko est très-étroit ; il prend sa source un peu à l'est de celte ville, et coule rapidement et avec bruit jusqu'au bas de la montagne de Tappa, pour serpenter plus doucement à travers la belle plaine de Kouniakary et pour se réunir, grossi des eaux d'une autre rivière qui vient du nord, au Sénégal, près de la cascade de Felou. (Histoire générale des voyages, t. ^1, o. 412-4x8.)
et ils interviennent aujourd'hui dans toutes les affaires intérieures des États voisins : leur appui , dit M. Raffenel , est sollicité fréquemment, tantôt pour décider des querelles particulières de famille, comme dans le Galam et le Kasson, tantôt pour servir d'auxiliaires contre des peuples plus éloignés; leur alliance s'achète par des tributs , et ils sont ordinairement fidèles à ces engagements. Les Bambarras ne prati-
?|uent pas le mahométisme, mais le pur étichisme : dans les grandes solennités, ils adorent un énorme vase de terre appelé dans le pays canari , et rempli de gris-gris de toute sorte, et le consultent en général avant de rien entreprendre d'important. L'avantage de ce peuple sur les peuples voisins est d'être soumis à un gouvernement régulier, sorte de monarchie héréditaire qu'on retrouve chez les Sarracolets du Galam et chez les Foulahs du Bondou : ils entretiennent dans le Kaarta quatre armées , commandées chacune par trois chefs, et composées en grande partie de captifs. « On place toujours aux pre- • miers rangs, dans les combats , ceux « qui occupent la condition la plus « infime, et derrière eux des hommes « libres ou des captifs d'un ordre plus « élevé. Ces derniers ont pour fonction « d'exciter à coups de fouets le courage « des gens du premier rang, qu'on ap- « pelle tons. Lorsqu'on a un village à « attaquer, on lance les tons sur les a tatas ou enceintes fortifiées, pour en « briser les murs à coups de hache ou « de pieux. Quand ils ont pratiqué une « brèche, ce qui n'A jamais lieu sans « qu'un certain nombre de ces mal- « heureux demeure sur le champ de « bataille, le reste de l'armée s'é- « lance à l'assaut. » — D'autre part, les Bambarras sont très-industrieux, plus encore que ne le sont les Foulahs et les Sarracolets : ils fabriquent eux-mêmes leur poudre, et à cet effet achètent du soufre à nos comptoirs; ils cultivent le mil , l'arachides, le coton et l'indigo, et savent donner au fer une assez bonne trempe. — Ils aiment beaucoup la musique, et possèdent, outre le tamtam «t la guitare une espèce de fifre en bambou, dont ils se servent trèshabilement. On reconnaît aisément le
guerrier bambarra à trois incisions longitudinales et parallèles, faites sur chaque joue avec la pointe d'un poignard (1).
(r) Mungo Park, le 10 février 1796, entra dans les plaines unies et sabloaneuses du Kaarta, alors livrées aux ravages des Barabarras; il passa successivement à Ficsurah, à ~Karankalla , grande ville presque tout en ruines; à Kem/tou, capitale du Kaarla, située dans un pays découvert; à Marina, à Tourda, à Funingkedy, et près deSimbing , petite ville frontière du royaume maure de Ludamar, entourée d'une haute muraille, et située dans un étroit défilé entre deux montagnes roche u-
La première ville qu'il rencontra dans le fut Jarra , tonte bâtie en pierre et en argile, peuplée de Nègres qui sont venus chercher la protection des Maures : Mungo Park fut frappe de la ressemblance des Maures du Ludamar et des autres royaumes limitrophes de la Nigritie avec les mulâtres des Antilles. Ayant obtenu d'Ali , souverain du Ludamar, la permission de traverser ses États pour se rendre dans le Bambarra, il s'y dirigea par T rotin goumba , Qu'ira, Compe et Dina , grande ville bâtie comme Jarra. Plus loin, à Sampaka , il logea dans la maison d'un Nègre qui faisait de la poudre à canon : on lire une grande quantité de salpêtre des étangs qui avoisinent ce lieu; ce salpêtre est très- blanc, mais les cristaux en sont plus petits qu'on ne les trouve d'ordinaire. Mungo Park, au delà de Sampafca, atteignit Dalli et Samie; plus à l'est , il fut rejoint par une troupe de soldats qui le ramena , par ordre d'Ali , à sa résidence de Benowm : il fut retenu là captif pendant un mois, puis emmené à un autre camp, celui de Boubeker, situé plus au nord. Il parvint enfin à s'échapper, et arriva le 5 juillet 1796 daus la ville nègre de Waïora, qui appartient au Kaarta, mais qui était alors tributaire du roi de Bambarra. Mansotig-Waiora est une petite ville entourée de murs élevés, habitée par un mélange de Mandirigues et de Foulahs ; de là il gagna Dingyie, JVass'xbou, et, à travers un beau pays bien arrosé , la grande ville de Gallou, au milieu d'une riche vallée qu'entourent de hauts rochers: celle de Mouvdja, où les Maures viennent échanger le sel en grande quantité contre du grain et des toiles de coton. Avant û'arriver à Sego, il rencontra encore les villages de Datlibou , de Fanimbou , de Qeotono , de Doulin-Kibou. La capitale du Bambarra, Sego, d'après la description qu'il en donne, se compose de villes distinctes; deux de ces villes, nommées Sego Korro et
Cours de la Fàlémé, Bondou , Galant. La Falémé a son embouchure sur
Sego Bou, sont situées sur la rive septentrionale du fleuve, et les deux autres, Ségo-sou- Korro et Sego-si-Korro, lieu de résidence habituelle du roi de Bambarra, sur la rive méridionale. Le roi de Bambarra met ses esclaves au service des habitants pour les transporter d'une rive à l'autre, moyennant une rétribution de 10 cauris par personne, ce qui lui compose chaque année un revenu considérable. Ces quatre villes sont entourées de grands murs de terre; les maisons sont construites en argile, de forme carrée, et recouvertes de toits plats; quelques unes ont deux étages et sont btanchies ; dans chaque quartier on voit des mosquées bâties par les Maures. Mungo Park évalua la population de Ségo à 3o,ooo habitants environ. Il fut frappé de l'aspect de cette grande ville, de ces nombreux canots qui couvraient le fleuve, de l'activité de cette population, de la belle culture des champs d'alentour. Il apprit là, mais sans renoncer pour cela à son entreprise, que la ville de Jenné , sur laquelle il se dirigeait, ne faisait partie que de nom des États du roi de Bambarra , et que dans le fait c'était une ville toute maure, toute peuplée de Busclirins. Le 24 juillet 1796, il passait par Kabba , grande ville située au milieu d'un pays en pleine culture, et dont les habitants étaient partout occupés à recueillir les fruits de l'arbre shea, qui vient naturellement et en abondance dans toute cette partie du Bambarra, et d'où ils tirent le beurre végétal. ( Voyez sur différents produits de l'arbre à beurre de Galam , tllipe butireum , envoyés du Sénégal en 1S27, un rapport de M. "Vauquelln, dans les Annales maritime , 1828, Sciences et arts, 1. 1"", p. 590.) A la fin de cette journée, il atteignait Sansanding, très-grande ville renfermant 8 ou 10,000 habitants, et lieu d'échange très-fréquenté par les Maures. Il passa ensuite par Sibiti, Nyara à quelque distance du fleuve, Njamie, ville habitée surtout par des Foulahs du royaume de Massina, Afodibou, village agréablement situé sur les bords du Niger, qui en cet endroit est beaucoup plus large qu'à Ségo, et tout couvert de petites îles vertes qu'occupe une paisible population de Foulahs pâtres et pécheurs. De Kie, il put se faire conduire par eau à Mourzan, ville de pécheurs, située sur la rive septentrionale, et à Sitta, grande ville située sur l'autre rive : c'est là qu'il s'arrêta dans son premier voyage. La langue des habitants de Silta différait déjà beaucoup de celle des autres Bambarras, et on lui dit qu'à
L'UNIVERS
la rive gauche du Sénégal (1), à 400 Aroundou, et occupé par des Sarracomètres au-dessus d*ùh village appelé lets Bakiris. L'entrée de cette rivière
Jenné on parlait une tout autre langue, que les Nègres appellent Jenné kumno et les Maures Kalam Soudan. C'est à une petite distance de Silla , sur la rive septentrionale du Niger, que commence le royaume de Massina , encore habité par les Foulahs. Mungo Park regagna Ségo, et de là suivit, en remontant, les bords du Niger dans la direction |de l'ouest , ce qui lui fit connaître une autre partie du Ram barra : les villages qu'il rencontra sur cette nouvelle route sont Soubou, Kamalia, Samie, où se tenait alors un marché, Binni, Kaimou, Sbng ; à Jabbi, ville considérable , le pays s'élève, et du roté de l'est de hautes montagnes s'aperçoivent à l'horizon : il découvrit bientôt la ville de Yamina, dont l'aspect et l'étendue lui rappelèrent Sansanding, mais qui présentait encore les traces d'une cruelle dévaslaiion du roi de Kaarta; au delà de cette ville, il rencontra fréquemment de semblables ruiues. Le 18 août, il traversa la rivière Frina, affluent de la rive gauche du Niger, et arriva le soir à Taffara , ville murée, où il crut reconnaître le pur mandingue, au lieu du dialecte corrompu pu Bambarra : après avoir passé par Java, Somino et Sou/ta y il visita successivement Koulifioro, Marrabou el Bammakou , les trois grands marchés de sel de cette partie du Rambarra. Il eut ensuite à traverser une plaine rocailleuse de deux milles de long, à descendre le versant nord-ouest d'une chaîne de collines escarpées, et atteignit enfin, après mille dangers que je regrette de ne pouvoir retracer ici, Sibidoulou, ville frontière du Mandingue , située dans une fertile vallée, mais tout entourée de collines, de roches, et protégée ainsi contre les pillages des Rambarras , des Foulahs et des Mandingues , toujours en guerre dans ces pays ( Histoire générale des "voyages, t. VI, p. 4 1 8-45o). — Dans son second voyage , Mungo Park eutra dans le Rambarra par le village de Dababu, traversa Koumi Kounu ( ia°58'de latitude nord), Doumà 16 ou 18 milles plus au sud, Toniba , à 18 ou 20 milles au sud-sud-est. Au sud de Toniba , il atteignit le sommet de la chaîne qui sépare le Niger des bras du Sénégal , et vit , pour la seconde fois (19 août i8o5), le Niger couler au milieu de la plaine; il était alors gonflé par les pluies, sans être débordé. Ou descendit péniblement le côté de la montagne qui regarde Bambakou , et on alla s'embarquer sur le fleuve à Bossradou, village situé à 1 mille i/a plus à l'est : tous les canots du Rambarra (quelques-uns sont construits en
bois d'acajou) sont fabriqués à Kankari, situé vers le sud, sur un bras navigable du Niger. Dans cette navigation entre Marrabou et Sansanding, Mungo Park s'arrêta à Koulikoro, kDina, à Yamina, à Sami et à Segosie-Korro. Dans la relatiou de ce second voyage se trouvent de longs et intéressants détails sur la ville de Sansanding : « Ou n'y « remarque, y est-il dit, aucun édifice pu- « blic,à L'exception des mosquées, dout deux, « quoique construites en terre, ne sont pas « sans élégance. La place du marché forme « un grand carré; et les différents articles de « marchandises sont étalés sous des échoppes « couvertes de nattes , pour les mettre à l'a- « bri des rayons du soleil. La foule remplit « le marché depuis le matiu jusqu'au soir. « Quelques-unes des boutiques ne contieu- « nent que dos grains de collier ; d'autres, de « l'indigo en boules; d'autres, des cendres «de bois en paquets; d'autres enfin, des « étoffes de Moussa et de Djinnie, de l'an- « timoine en petits morceaux , et du soufre. « Dans les maisons qui bordaient le marché « on vendait du drap écarlate, de l'ambre, « des soies de Maroc, du tabac semblable à •( celui du Levant, et apporté par la voie de « Tombouctou. Le marché au sel occupe un « coin de celte place. Au centre de cette « même place est une vaste échoppe de bou- « cher, où l'on vend tous les jours de la viande « aussi bonne et aussi grasse que celle que « l'on mange en Angleterre. A quelque dis- « lance on a établi le marché à la bière, sous « deux grands arbres, où sont étalées ordi- « nai rement 80 ou 100 calebasses de bière, h contenant environ chacune a gallons. Tout « près de ce lieu on vend le cuivre jaune et « rouge. Outre ces marchés, Sansanding pos- « sède encore un espace très- vaste, où se « tient un grand bazar tous les mardis. Ce a jour-là une foule innombrable d'habitants « de la campagne se rendent à la ville pour « acheter en gros des marchandises, qu'ils re- » vendent en détail dans les différents villa- « ges. On tue .communément de 16 à ao bœufs « le matin de ces jours de marché. » ( Histoire générale des voyages, t. VII, p. 78-86). — Postérieurement à Mungo Park, le Kaarta fut encore visité par Groux de Beaufort (i8a5), ainsi que le Galam et le Rambouk ; il ne reste de ce voyageur que des lettres insérées dans le tome U du Rulletin de la Société de géographie. ( Voyez la notice que M. Joniard a publiée sur Beaufort, dans ce même recueil.) (1) Si l'on remonte le Sénégal à partir de
est large de 200 à 220 mètres, et se dirige vers le sud-«-sud-ouest. Du reste, les changements brusques de direction sont un des traits remarquables du
l'embouchure de la Falémé, on rencontre à a lieues plus haut le village et la montagne de Cottera, mamelon de 5o mètres de hauleur et de 3oo mètres de circonférence à sa base, et isolé sur le bord du fleuve, au milieu d'une vaste plaine. On passe ensuite devant plusieurs villages, Segala , Cabott , Dicaccré, Goussela, Gankel , et on atteint celui de Toubdboukané , à l'extrémité orientale duquel on voit encore les ruines du fort Saint Joseph ( i4° 38' de latitude; et i4°ia' de longitude ouest, suivant Beaufort). De Toubàboukané à Monssâla , on compte 6 lieues, et dans cet espace ou longe cinq villages, Makana, Slacadougou, Dramanet t Macagnecaré (rive droite ) , Gakoura ( même rive ). Le pays est toujours plat, très-boisé sur les deux rives; les petites montagnes de Caiguoit paraissent dans le sud. De Moussâla (i4° 34' de latitude, i4° 3' 3o" de longitude ouest), au rocher Felou, terme de la navigation, sur une longueur de 14 lieues, sout répandus quinze villages : Alinçanc, Guiamcané, Ganèguiamcatie, Ganii-Goré , Tamboucané , Gniakanda/té, Somanquidi, Samë, Samé- Coula, Bonngourou, GuiakàUl, Caï, Caignou , Colou.
(Voy. dans les Annales maritimes, 182a, a' partie, p. i33-i5q, la relation d'un voyagea Galam, de M. Leblanc, capitaine de frégate.) Medi/ta, point principal du Kasson, est le dernier village du fleuve avant les cataractes du Felou, qui n'en sont guère distantes que d'une lieue. Plus on approche des cataractes, et plus on sent le courant acquérir de vitesse: il est de 3 à 4 nœuds dans ces parages. « La « chute d'eau de ces cataractes, dit M. le comte « E. Bouët , n'est pas aussi considérable qu'on « l'avait faite : de l'extrémité de la roche la . plus élevée, extrémité qui affecte la forme - d'un cheval avec son cavalier, jusqu'au niveau « des eaux inférieures, il n'y a guère que i5 « à ao mètres d'élévation ; les eaux supencu- « res , contenues par le barrage de roches qui « fait la cataracte, forment une espèce de • lac, où une embarcation transportée par « la voie de terre permettrait sans doute de « remonter longtemps encore le cours du Sé- « uégal pendant l'hivernage. » ( Voyez les dessins de ces cataractes, que M. le comte E. Bouët, qui a remonté le Sénégal jusque-là en i836, a insérés dans sa Description nautique des côtes de l'Afrique occidentale, comprises entre le Sénégal et l'équateur, p. x6.)
cours de la Falémé : ses bords tartt4t s'élèvent taillés à pic dans une masse de sable rouge, tantôt s'abaissent, et laissent les eaux de la rivière se répan-' dre au dehors. Aux endroits où les bords de la rive sont le plus déprimés, on voit des haies d'épines mortes entourer les champs de mil, comme une défense solide contre les attaques des hippopotames. En septembre, le courant de la Falémé est trop fort pour qu'on puisse la remonter, si Ton n'est aidé par une brise un peu constante de nord-ouest. Au moins, à cette époque où les eaux sont hantes, onn'est pas gené à tout instant par les bancs de sable, les îlots, les roches, qui se découvrent un peu plus tard , en même temps que les courants deviennent encore plus rapides. Du mois de septembre au mois d'octobre, cette rivière, surtout à l'embouchure, change absolument d'aspect:
ses eaux diminuent quelquefois de plus de 4 mètres; l'entrée, principalement vers la rive gauche, s'embarrasse d'îlots, dont quelques-uns ont une étendue de 30 mètres sur une hauteur de 3 à 4, et qu'un petit canal d'une demi-brasse de profondeur sépare de la terre. Au lieu des cultures riches et nombreuses, des bois touffus, que présente en septembre surtout la rive gauche, celle du Dondou, la seule habitée actuellement, en octobre on ne voit plus qu'une végétation desséchée. La disposition symétrique des rives de la Falémé, l'opposition constante d'une côte plate à une côte escarpée, en indiquant sûrement la plus grande profondeur de l'eau, facilite beaucoup la navigation de cette rivière, mais ne l'accélère pas autant qu'on pourrait croire, parce que le halage est continuellement interrompu, et que les brises, d'autre part, sont très- f3 i bles et très-incertai: nés: « La Falémé, dit M. Raffenel , a qui « j'emprunte ces renseignements entie- « rement neufs, reçoit un assez grand « nombre de cours d'eau , qui viennent, « au début des orages, lui apporter les « eaux pluviales qui la grossissent.
« Après les orages, ces cours d eau chan- « cent la direction de leur courant, et , « d'affluents qu'ils étaient originaire- « ment, ils deviennent tffluents, c'est- « à-dire qu'ils reçoivent le trop plein des « eaux de la rive, et qu'ils le transpor-
L'UNIVERS
« tent au milieu des terres : c'est là « leur destination normale; car leur af- « fluence n'est qu'accidentelle et d'une « très-courte durée. Ils portent au « reste au Sénégal , où le même fait se « présente, le nom particulier de ma- « rigots, très-connu , mais dont le sens « n'avait pas encore été déterminé avec « précision. Il arrive souvent en effet , « surtout aux Nègres, d'appeler ainsi « toute espèce de cours d'eau, quelle que « soit la cause de son alimentation. Ce « mot, évidemment introduit par nous « au Sénégal, et qui semble être un di- « minutif du mot marais, renferme en « quelque sorte sa définition en lui- « même ; car ce qui caractérise de la « manière la plus positive un marigot, « c'est qu'il est formé par un cours « d'eau, et que l'existence qu'il reçoit « ainsi n'est que momentanée. Le màri- « got diffère donc essentiellement du « ruisseau, par exemple, dont la des- « tination normale est de fournir le « tribut d'une source à une rivière ou « à un fleuve; en d'autres termes, le ma- <• rigot n'est qu'un canal naturel, une « sorte de réservoir ou plutôt de dégor- « geoir , qui se remplit et se vide cha- « que année, comme la plupart des « marais. Il en est qui ont une très- « grande étendue, et qui conservent « longtemps après l'écoulement, dans « les parties profondes de leur lit, des « flaques d'eau qui ne disparaissent « que lentement, et par l'évaporation. Il « en est d'autres, aux rives peu relevées, « par-dessus lesquelles l'eau déborde fa- « cilement, pour se répandre dans les plai- « nés qu'elle inonde. La rive orientale de « la Fal émé (la rive droite) appartient à « un terrain accidenté et montueux, dans « lequel il ne serait point étonnant qu'il « existâtdes sources : ainsi je pencherais « volontiers à croire que le Sénou-Kolé « est- une rivière, et que vers le haut « de la Falémé une partie des cours » d'eau qu'elle reçoit par cette rive sont « également de petits ou de grands « ruisseaux qui lui apportent les pro- « duits de diverses sources. Mais il ne « peut en être ainsi pour la rive gau- « cjie, qui, bien qu'accidentée quelque- « fois , et relevée en berge asse^ escar- « pée, n'en appartient pas moins à un « terrain généralement plat, qui ne pos-
« sède que çà et là de petits monticules « sans importance (1). »
Le premier village qu'on trouve sur la rive gauche, en remontant la rivière, est celui de Bâlou (Bas-Galam ), réunion d'une centaine de cases de Sarracolets. Au pied de ce village commence un banc de roches très-élevées , qui, se prolongeant presque en ligne droite par une suite d'îlots et un grand banc de sable appuyé à l'autre rive, barre à peu près le cours du fleuve, mais seulement à l'époque des basses eaux ; encore reste-t-il dans ce temps-là, entre les rochers et les îlots de sable, un canal étroit, profond de 2 mètres, où le courant est très-rapide , mais cependant praticable (2).
Au delà de Bâlou, les bords de la rivière sont cou verts de ces arbustes aquatiques, les quélélê et les diarkett, qui fournissent aux Nègres et aux Maures ce bois gras dont ils aiment à se frotter les dents. On dépasse sur la rive droite le petit marigot de Diafi et les ruines du village de Sangalott, détruit et abandonné, comme presque tous ceux de la rive droite, dans les dernières guerres entre les habitants du haut et du bas Galam. En face du village de Sangalou, sur la rive gauche, est un marigot du même nom ; le village de Gangata, sur cette même rive, habité par des Sarra olets, ne contient qu'un petit nombre de cases : il est un peu au-dessous du marigot de Diégui et de celui de Diabel , qui s'ouvre à la hauteur de l'extrémité la plus haute de Vile de (iangala. — Le premier village du Bondou est Sébou. dont la population peu nombreuse, se compose de Foulahs et de Sarracolets : sur la rive droite s'étend encore leGalam-Kamera ou haut Galam. Plus haut que Sébou, sur la même rive, on dépasse les marigots de Doldolé etd'-r/rmaoual; et, en remontant encore, on aperçoit sur la rive droite le village de Gowidiam, l'un des rares villages du haut Galam qui soient encore occupés ; son heureuse situation y ramène et y maintient quelques familles pendant
(i) Voyage dans f Afrique occidentale,
p. aiQ-22 1.
(a) lbid.% p. 193, voy. une agréable légende sur les rochers de Bâlou.
SÉN F.GAMBIE.
la saison des cultures ; mais , après les récoltes, elles l'évacuent par crainte des incursions des Maures et des Bambaras. Entre Goundiam et Tata- Guiemby, situés au-dessus sur la rive gauche, la navigation de la Faléiné est encore gênée par une suite de bancs de sable et d'Ilots assis sur des roches quartzeuses : ce groupe d'Ilots est appelé Paubi {loup, en langue foulai) ).
Mais il faut dire qu'en septembre ce dangereux passage est entièrement caché par les eaux. Tata-Guiemby est un grand village habité surtout par des diavandous , caste particulière de la nation des Foulahs, analogue à celle des griots, moins estimée que celle-ci dans le Bondou , mais plus redoutée.
On snit que les griots sont des espèces de bouffons, en môme temps poètes, chanteurs et musiciens, qui ont le droit de tout dire, et dont on achète les louanges. Les diavandous, en donnant à leurs louanges ou à leurs injures une foi me plus grave, produisent plus d'effet, et leurs paroles s'oublient moins vite. Comme les griots , ils ne s'unissent qu'à des femmes de leur caste; dans le Bondou, une femme griote rou-
§ irait d'être recherchée par un diavanou. A Tata-Guiemby, les diavandous sont agriculteurs et pécheurs. Entre Goundiam et Tata-Guiemby, sur la rive droite, s'ouvrent plusieurs marigots : le premier est fort encaissé, et embarrassé de rochers à l'entrée; le second, celui de Manga, se trouve par le travers des îles Paubi; viennent ensuite le marigot de Guénewi, dont l'entrée est presque masquée par une ligne d'ilots , et celui de Paté, à une faible distance au-dessous de Tata-Guiemby.
Pendant le temps des grandes eaux, les oiseaux, les poissons, les crocodiles, les hippopotames, abandonnent la Falémé pour les marigots : les oiseaux de la Falémé sont les Damants, les aigrettes grises et blanches, et le griot (1).
(t) « Le griot est unéchassier à peu près « de la taille d'un geai d'Europe ; il a les ai- « les ornées de petits éperons, et présente de « l'analogie avec le vanneau par sou plumage, « et surtout par son cri sec et bref, qu'il « pousse, comme lui, d'une manière aigre et « incessante. Le mot dix-huit prononce vite,
Au delà du marigot de Kodical, qui s'ouvre sur la rive droite par une entrée large et garnie de roches, cette rive présente une ligne régulière de collines, élevées au plus de 40 mètres, qui s'abaissent par une pente uniforme vers la rivière, et dont les masses quartzeuses sont recouvertes degans, de gonatiers et de kadds. — Presque en face de ces collines, sur la rive gauche, le marigot de Péténâié au de Fabali présente une entrée étroite et très-encaissée. A ce point de son cours , la Falémé fait un coude très-brusque au sud-ouest , pour reprendre sa première direction, quelques kilom. plus loin , auprès de Diaùguély, village assez grand, qui possède un tata, et qu'habitent des Foulahs cultivateurs. En face est un marigot de même nom,et un peu au dt-ssus, à l'angle saillant de ce coude de la rivière , le marigot de Boumiré. — En remontant on voit sur le bord de nouvelles collines, de même hauteur que les autres, former une ligne à peu près horizontale, et les terres se colorer fortement en rouge. — Sur la rive gauche, à 5 ou 6 kilom. au-dessus de Dialiguély , est le marigot de Dialingk, et plus haut une île aux bords très-relevés et rocheux. A 300 mètres de là, est le village de Bélidioudéf qu'occupent quelques familles de Foulahs et de diavandous, et qui regarde sur l'autre rive l'entrée large du marigot de Koka : aux abords de ce marigot , la rive droite se couvre d'arbres
« exprime assez exactement ce cri que l'ap- * proche de l'homme rend plus aigre et plus « fréquent encore. Ces échassiers se trou- « veut par couples et non par bandes dans « les champs voisins des cours d'eau , où ils « se nourrissent des graines qu'ils y rencon- « trent, préférablement aux vers et aux in- « sectes. Ils passent dans le pays pour vivre « dans l'intimité des caïmans, et pour leur « rendre de grands services. Il est vrai que « ces oiseaux se tiennent souvent autour des» « caïmans , mais je ne les ai pas vus se li- « vrer à leur égard aux tendres soins dont « les Nègres nous ont rendu compte. — Ja- « mais on ne tue les griots et dans certai- « nés parties du Fouta les Nègres seraient « peu favorables à ceux qui blesseraient ou « détruiraient ces oiseaux. » Note tirée du Voyage dans tJfrique occidtntale de M. Raffenel, p. 28.
L'UNIVERS
forts et serrés, et prend un aspect sauvage. A quelques hectom. au-dessous du village aOuroimadou, et tout près de la rive gauche, est un banc de sable considérable : ce village est agréablement situé à une certaine distance de la rive , au pied de collines qu'on nomme Gonfa, et que les naturels Torodos croient habitées par des démons. A 1 kilom. au-dessus du village, on passe devant un marigot appelé de même) et qui paraît assez considérable. — Audessus se présente Sélénayèly , village moins grand que les deux précédents , situé comme eux sur la rive gauche, et occupé aussi par des Torodos, mêlés de familles toucouleurs el peuls. — A une certaine distance au-dessus de ce village , et après avoir dépassé sur la rive droite le marigot de Sélinkolé, les guides indigènes montrent sur la rive gauche, dans un endroit fort élevé, comme étant les ruines d'un ancien établissement français, quelques fragments de pierre, enduits d'une matière grisâtre qui pourrait être de la chaux , mais insuffisants pour qu'on puisse reconnaître là l'emplacement de l'ancien fort Saint-Pierre. — Au-dessus , et sur la même rive, est le village de Kidira- TioubaloUy et plus loin, sur le bord même de l'eau, celui de Kidira-Tata.
En 1843, quand M. Raffenel et ses compagnons visitèrent ce village, ils y reçurent l'hospitalité dans les cases de Séga, fils d'Arradetnba , ancien roi du Kasson, et de sa sœur ^Sadiaba (1),
(t) « Sadiaba, dit M. Raffenel, est un a exemple frappant de la supériorité physi- « que et morale des classes privilégiées ; elle « a des traits réguliers et distingués , des « pieds et des mains d'une finesse remarqua- « nie; elle est mince et bien faite, extréme- « ment gracieuse, et elle joint à ces avauta- « ges une physionomie d'une expression « floucc et bienveillante, 4qui séduit. Elle est « de la nation des Foulahs du Kasson ; elle a « donc le teint cuivré, et dans ses traits quel- « que chose du type caucasique. Ses vêle- « ments, comme ceux des autres femmes, « sont d'une grande simplicité ; mais ils se « distinguent par une propreté recherchée qui « s'étend même jusqu'à sa demeure , où l'on « trouve ce qu'on pourrait appeler le con- « fortable nègre le plus -complet. » Voyage dans l'Afrique occidentale , p. n3.
veuve d'un voyageur français nommé Duranton , qui s'était fixé oans le Kasson, et le défendit pendant quelque temps contre les attaques des Bambafras. Les cases de Kidira-Tata , isolées les unes des autres, sont jetées au hasard au milieu des cultures de mil, et entourées de petits jardins où ne se voient guère quedeseucurbitacées. Dans ce village encore s'est conservée la tradition que dans les environs il y avait eu un comptoir français très-florissant; ils en montrent même le prétendu emplacement. — En avançant , on atteint Dfayé sur la rive gauche, village de Sarraco* lets, qui sert aussi de refuge aux Kassonkés; en face de ce village est l'ancienne route qui conduisait à Dramané, ou fort Saint- Josèph. Un peu au-dessus de Nayé , débouche sur la rive droite le marigot de Sénou-Kolé , que les Portugais appelaient Rio-del-Ouro , et qui arrose une partie du Bambouk : à vingt lieues à peu près de l'embouchure de ce marigot, et sur ses bords, s'élève le village de Farabana, où les Français eurent anciennement un fort et un comptoir.
Au village de Sénou-Kolé, commence le Bambouk: il est situé presque en face du petit village de Guiita-Néguénabé, simple groupe de cases de pêcheurs kassonkes et foulahs. Jusqu'en cet endroit la Falémé conserve la même largeur qu'à son embouchure. — C'est dans le village de Gidita , placé sur la même rive que le précédent, et un peu au-dessus, que résidait, en 1843, le roi du Kasson , Sambala (1), dans un palais ou château fort construit aux frais de l'ai ma my de Bondou, tout exprès pour le recevoir. La végétation est très-rorte et très-compacte dans cette partie de la rivière ; des bois épais descendent sur la rive droite jusqu'au bord de l'eau. — Entre Guiita et le village de Kalnoura-Djikoul, la rivière est embarrassée par plusieurs bancs de roches,
(i) Sambala , d'après le portrait que noua en fait M. Raffenel (p. lai), est un homme d'une belle figure, d'un teint moins clair que les autres Kassonkes , légèrement marqué de variole, et estropié d'un pied et d'une main, par suite de blessures graves. Son costume, d'une grande propreté, se compose d'un long coussabe blanc et d'un bounet de même couleur.
qui se présentent à découvert, dans le temps des basses eaux, en gros quartiers de quartz à apparence schisteuse, et qui, en un endroit, partent de la rive droite, et s'étendent en droite ligne jusqu'à la moitié à peu près de la largeur de la Falémé. Dans cet intervalle, s'ouvre sur la rive gauche le marigot de Guiala ou Diala , large à son entrée de 30 mètres environ , du même côté que Kainoura-Djikoul , très-petit village , entouré et caché par des plantations de mil. Presque en face, sur la rive droite , est rentrée du marigot de Tiali-Ganké , qui pénètre assez profondément dans le Bambouk. — Un banc de roches schisteuses , qui longe la rive gauche, marque les approches du grand village de Sénou-Débou. « Sénou-Débou « ressemble aux autres villages du bon- « dou. Ses cases éparpillées au milieu « des lougans sont ou groupées en « cercle, comme à Kidira-Tata, ou iso- « lées sans arrangement symétrique, « comme à Kidira-Tioubalou. La rive « est très-escarpée ; sa base est consti- « tuée par des roches qui forment un « banc très-étendu ; son point culmi- « nant de terre rougeâtre et caillouteuse « est occupé par un magnifique tata , « remarquable par le fini de l'exécution « et la hauteur des murs : le mur exté- « rieur, qui renferme une superficie « d'environ 150 mètres carrés , présente « une succession de courtes lignes on- « duleuses, interrompues çà et là par « des espèces de bastions* carrés ou « cylindriques, à terrasses, ou dentelés « au sommet. La figure de cette mu- « raille n'est point régulière : elle est à « peu près de forme elliptique; elle est « fermée par de véritables portes en « fortes planches, ce qui est un grand « luxe ; car les tatas en général n'ont « point de portes. Celles de Sénou- « Débou sont eu outre ( autre luxe « non moins remarquable) garnies de « serrures qui rappellent celles des « portes des maisons arabes en Algérie ; « comme celles-ci, elles sont en bois, et « ont pour clef une bande de fer percée « de trous. Une fois les portes de cette « prerhière enceinte franchies, on se • trouve dans un véritable labyrinthe « composé d'une multitude de groupes « de cases de construction bigarre, en-
« tourés eux-mêmes d'une muraille « particulière, ayant aussi portes et « bastions. De hautes tiges de mil, alignées avec une certaine symétrie, « forment des allées au milieu desquel- « les est tracée la voie qui communique « de l'un à l'autre de ces groupes (1). » La population de Sénou-Débou se compose presque exclusivement deTorodos, aborigènes à la peau noire , laids et malpropres.
Devaut Sénou-Débou, la Falémé coule vers le nord-nord-est ; plus haut elle fait un coude assez brusque, et coule vers le nord. Un peu au-dessus est le barrage delà Falémé : les abords de ce barrage sont marqués par de nombreux flots déplantes aquatiques, rangés presque parallèlement à la rive gauche , et par une masse rocheuse placée au milieu même de la rivière, découvrant de 1 mètre 30 c. à 1 mètre 50 c. sur une base de 3 à 4 mètres, et point culminant d'un banc de roches, sur lequel l'eau coule avec grand bruit. Plus naut la rivière forme un coude, où, dans le temps des basses eaux, tous les efforts pour remonter le courant deviennent inutiles. Un peu en avant de ce coude, on aperçoit la pointe méridionale d'une île longue, étroite, et couverte de verdure. Cette Ile serre de très-près la rive droite, dont la séparent seulement quelques têtes de rochers ; et l'espace qui s étend entre elle et la rive gauche, espace occupé en partie par une autre île rocheuse aussi longue ét étroite, est semé d'un nombre infini de roches plus ou moins découvertes ou à fleur d'eau, qui barrent entièrement la rivière. Mais dans le temps des grandes eaux il semble qu'on pourrait franchir hardiment le barrage avec un bâtiment à voiles, calant même de 4à5 pieds, et surtout avec un petit hateau a vapeur évoluant facilement, et tirant assez peu d'eau pour s'engager dans le petit passage de la rive droite (2). A
(i) Rajjfenel, Voyage dans F Afrique occidentale, p. ia3etsuiv. Il paraît, ajoute M. Rnffenel , que cette forteresse de terre et de sable fut élevée par l'almamy à la suite d'une conférence avec le commandant français du fort de Bakel et l'agent de la com|»guie, et qu'elle fut destinée a recevoir les traitants blancs ou indigènes.
(a) M. Raffeuel nous appreud que M. le
L'UNIVERS
l'endroit où le cours de la Falémé se trouve ainsi barré, la ri vegauche est taillée à pic ; et le terrain rougeâtre, chargé d'oxyde de fer, qui la constitue, s'ouvre par intervalles assez profondément en véritables tranchées, ou présente des fissures verticales embarrassées déplantes rampantes et épineuses. La partie supérieure de cette rive, argileuse et semée de cailloux quartzeux, n'est couverte que d'une végétation maigre et chétive; mais insensiblement, en s'él oignant de la rive, le sol s'incline et forme ùne plaine étendue, où reparaît une végétation vigoureuse. Sur le prolongement de cette espèce de falaise, à un coude de la rivière, au-dessus du barrage, est le village de Débou , dont le tata occupe le point le plus élevé de la rive : les habitants « ont établi, à l'entrée « des nombreuses criques qui décou- « peut les rives , des pêcheries con- « sistant en clôtures de roseaux assez « rapprochés pour empêcher le poisson « de sortir; on installe ces clôtures à la « gorge des criques, au moment de l'é- « roulement des eaux. Les pêcheurs pla- « cent ensuite, à l'intérieur de ces bar- « rages, des casiers mobiles , à peu près « semblables à ceux qu'on rencontre « dans tous les pays. » Sur plusieurs points de la Falémé on rencontre encore de semblables pêcheries. — Le
ftremier village au-dessus de Débou, sur a rive gauche de la Falémé, est Denguy, séparé en deux parties par le marier E. Bouët, alors gouverneur, pressentant les avantages qu'on pourrait retirer de la Falémé, avait demande l'envoi de France de deux petits bateaux à vapeur, pour les affecter à la navigation de cette rivière (p. 169). — D'un autre côte, voici , d'après M. Ral'fenel, les époques auxquelles la navigation peut avoir lieu ; i° du i5 juin au 20 octobre, par des bâtiments dont le tirant d'eau n'excéderait pas 1 m. 5o c, depuis l'embouchure jusqu'à Sénou-Déhou; a° du i,r juillet au i5 septembre, par des bâtiments de 3 m. 25 à 3 m. 90 de tirant d'eau, pour le parcours de la même partie; 3° du i'r juillet au i" septembre, par des bâtiments de 1 m. 3o, depuis l'embouchure jusqu'à 3o lieues environ audessus du barrage qui existe entre Débou et Sénou-Débou, cesl-à-dire jusqu'au village de Bambouko , où se trouve un autre obstacle du même genre.
got de Denguy-Ouel, qui est large et profond. Le village de Deyuy, situe plus naut, occupe un très-grand espace dans une plaine plantée d'arbres espacés, mais a une assez grande distance de la rivière. Le village suivant, Guédêkou, en est à 400 mètres : en cet endroit, elle coule du sud-ouest au nord, en décrivant un coude dans l'ouest-nordouest; devant le village, elle est embarrassée par des îlots élevés et couverts de plantes aquatiques , et par un basfona qtii part de la rive gauche, et qui, se joignant à un banc de roches, forme un gué praticable dès le mois de décembre. Guédékou est habité par un mélange de. Foulahs du Bondou et du Djallon, et situé en face d'un village du Bambouk, nommé Kakoulou, et habité par des pasteurs foulahs. Avant d'arriver au village de Pettau, il faut dépasser les marigots de Koundival et de Diami, dont le lit est rocailleux, profond et large. La rive gauche de la Falémé à Pettau est très-escarpée : ce village, malgré sa faible population, couvre de ses cases dispersées une grande étendue de terrain, et possède un tata très- vaste et très- bien entretenu. — Daguély, presque au bord de la rivière et toujours du même côté, ne renferme qu'un très-petit nombre de cases. Au delà des marigots peu
ftrofonds de Bouge et de Gouloumel, est e village de Bayega, à une distance de 1 50 mètres de la rivière, qui coule en cet endroit de l'ouest ; sud-ouest au nordnord-ouest, en faisant uncoude à l'ouest : des roches qui avancent de la rive gauche jusqu'au tiers à peu près de la largeur de la rivière, et une Ile de sable è peine écartée de la rive droite, doivent former dans les basses eaux un gué facile. En face de Bayéga, sur la rive droite, le village de Sambanoura, situé sur une colline élevée, est peuplé d'un mélange de Mandingueset de Foulahs.
Plus haut sur la rive gauche, on rencontre successivement le marigot de 7Y/mbimobaly, au lit étroit, profond et trèsrocailleux ; le village de Sittabanta , le marigot de Bonguié, presque en face d'un village du Bambouk, nommé Tétémianga, qu'occupent des Foulahs du Djallon ; le marigot de Sitakédia, et le grand village de Tamboula, situé 2 kil. *'i de la Falémé, qui, en cet endroit,
vient du nord \ nord-est, tourne brusquement à l'ouest, puis à Test, ensuite au nord, et encore à Test. Un banc de roches forme dans les basses eaux un barrage sans issue. — Après avoir traversées marigots de Dougal- Moussaero et de Diakoul, on atteint le village de Mermeriko y occupé par des Foulahs et des Sarracolets, qui ont leurs quartiers séparés. Devant ce village, la Falémé coule dans le nord-nord-est, venant du sud-ouest; elle fait un coude 4 kil. audessous, et se dirige au nord-nord-ouest. Mermeriko est distant de la rivière de 500 mètres environ. Le lit du marigot de Mermeriko est étroit et profond. Malgré l'élévation de la rive gauche, les inondations de la Falémé sont effrayantes par l'étendue de pays qu'elles couvrent, et par les bouleversements du sol qu'elles produisent : tous ces terrains du Bondou sur la rive gauche de la Falémé sont sillonnésde ravins, et les limites de ses invasions sont marquées en général par des tranchées taillées à pic, formant digue, et atteignant jusqu à 15 mètres de profondeur. Après avoir dépassé le village de Tomboura, habité par des Sarracolets, celui de Sénou- Diammala, tous deux à une grande distance de la Falémé, et le marigot de Kqf/i, étroit et peu profond, on atteint Sansandig : ce village, occupé par des Sarracolets, est situé dans un petit bois tout près de la rivière. De l'autre côté de la Falémé est un village du même nom, qui communique avec le premier à l'aide d'un gué facile. Sansandig de la rive droite n'est pas plus éloigné de la rivière que l'autre; il est occupé par des Foulahs émigrés du Fouta- Djallon, comme le sont en général tous les villages de la rive droite dépendants de l'almamy du Bondou. Sansandig de la rive gauche est plus grand, mieux entretenu et mieux approvisionné.
Le lit de la Falémé contient des sables aurifères, depuis Tomboura à 20 ki loin. au-dessous de Sansandig, jusqu'à Lahaudy à 72 kilom. au-dessus. Ces sables sont déposés presque toujours au pied des plus grands escarpements de la rive gauche. M. Raffenel put étudier à Sansandig l'extraction et le traitement du sable aurifère. « On creuse à peine,
« dit-il , pour obtenir cette terre sablon- < neuse , de même nature que celle des « mines de l'intérieur, et qui, pendant la « saison des pluies, se trouve évidem-
• ment arrachée aux mêmes terrains, et « transportée avec les eaux des torrents « jusqu'àla Falémé: ce sont exactement, « roulés et déformés seulement par le « transport, les mêmes éléments que « ceux qui composent les terrains, auri- « fères de Dambngnagney. Le traite-
* ment est aussi le même. Les pail- •> lettes sont moins nombreuses, et « cela doit être ; car l'action de l'eau et « le frottement supporté par les pro- « duits pendant le trajet ont dû néces- « sairement en enlever un certain nom- « bre (1). »
Comme on le voit , la Falémé forme la limite orientale du Bondou; les autres limites de ce pays sont : au nord le Galam; à l'ouest le Fouta-Damga; au sud le Tenda et le Woulli, à une trèspetite distance de la Gambie. L'intérieur du pays est généralement plat, et ne renferme que peu de parties incultes ; dans la belle saison , de magnifiques cultures de coton , de pistaches {arachis hypogea), de mils, de maïs, d'indigo, mêlés à de grands baobabs et à ces acacias-verechs qui donnent la gomme du commerce, couvrent la campagne. Mais, par suite de cette uniformité de cultures, le Bondou n'est pas un pays pittoresque. Toutefois, à une petite distance au sud-ouest de Boulé- Bané, capitale du Bondou, s'élève un immense plateau qui change brusquement le niveau du sol , et qui appartient à une chaîne de collines nommées dans le pays montagnes du Ferlou, se dirigeant à peu près nord-nord-ouest et sudsud-est, et ne dépassant pas une hauteur de 30 mètres. Ces collines séparent la partie septentrionale du Bondou de la partie méridionale, désignée vulgairement sous le nom du Ferlou. A partir de cette chaîne de collines , le terrain va toujours en s'abaissant, mais offre encore beaucoup d'accidents et d'ondulations. Les nombreux bois du Ferlou sont piautés presque exclusivement de
(i) Voyage dans l'Afrique occidentale, p. 4oo.
faillars (1). La capitale Boulébané, résidence de l'almamy, éloignée de Sénou-Débou, c'est-à-dire de la Falémé, de 24 kilom. seulement, est située dans une vaste plaine d'une merveilleuse fertilité, et entourée de bois de tous côtés, excepté à Test; dans cette direction, elleest bornée, à une distance de 2 kilom. à peu près, par une ligne de collines pierreuses d'une médiocre hauteur. Boulébané est ceinte d'une grande muraille haute de 3 à 4 mètres et assez épaisse, interrompue, comme à Sénou-Débou, à des distances assez rapprochées, par des tours ou bastions carrés et cylindriques, et fermés de portes solides. Les cases sont disposées comme par îlots , et chaque îlot est entouré de murs en terre, et sillonné de rues étroites et sales, que dessinent quelquefois des tiges de mil ou de bambou plantées droit en terre, et reliées par d'autres tiges horizontales. Au milieu d'une place presque régulière, est le tata particulier de l'almamy, sur un des bastions duquel sont deux mauvaises pièces d'artillerie, fort peu redoutables. Une porte étroite et basse en est l'unique entrée ; au delà est une espèce de corps de garde qu'occupent habi-
(i) M. Raffenel remarqua dans un bois du Ferlou, voisin du village ÙAmêcett, uu arbre particulier qu'il n'avait pas encore vu dans le Itondou : « c'est un arbre grêle, appelé dans « le pays kouti, et dout le tronc et les ra- « meaux sont très- tortueux. Son fruit offre « au premier aspect une grande ressemblance « avec l'orange. Il en a à peu près la grosseur, « est sphéri(|ue comme elle et coloré de « même , mais avec cette différence qu'autour « du point d'attache règne une zone de court leur noirâtre, occupant environ le quart de « la périphérie. Ces deux nuances sont pai fai- « tement tranchées : elles appartiennent à « une enveloppe extérieure assez mince « el consistante, sous laquelle on en trouve « une seconde peu épaisse, blanche et li- « gueuse, qu'il faut enlever comme la pre- « mière, pour arriver à la partie comestible a du fruit: celle-ci consiste en une pulpe aua- « logue , pour la couleur et la consistance , à « celle d'une nèfle bien mure, enveloppant a un certain nombre de noyaux , de la forme « du haricot , rangés symétriquement autour « d'un axe fictif. Cette pulpe est d'un goût « amer, mais qui n'est pas désagréable. » Hj p. 466.
tuellement des captifs tout déguenillés; puis un vrai labyrinthe, aboutissant à un chemin couvert et sinueux, qui mène à une autre porte d'un bois épais, et garnie de fer : on pénètre par là au milieu de cases de toutes formes, carrées, cylindriques, recouvertes de paille ou surmontées de terrasses; et parmi toutes ces cases est celle de l'almamy, qui ne se distingue en rien des autres. Sur la même place s'élève la mosquée , sorte d'édilice enterre, massif et grossier.
Mais l'ornement principal de ce lieu est un magnifique gan, à l'ombre duquel les habitants de Boulébané viennent jouer à une espèce de jeu d'échecs ou de dames, et les marabouts s'asseoir sur leurs peaux de mouton pour faire la prière ( salam, comme on dit à Saint- Louis et dans le reste du fleuve ). La population de Boulébané, qui peut s'élever au plus à 2,300 individus, se compose presque exclusivement des captifs de l'almamy, de ses griots et de quelques marabouts; si bien que ce village peut être regardé comme le domaine propre de l'almamy. — Du reste, la souveraineté dans le Bondou est absolue; c'est une monarchie héréditaire , qui , le plus souvent, se transmet de frère à frère, par un usage sans doute emprunté aux Maures.
Toutefois l'almamy actuel est le fils du dernier almamy, et non son frère.
Une pratique fidèle et sincère d e la religion mahométane a donné aux Foulans du Bondou des mœurs douces et pacifiques : c'est un peuple surtout cultivateur; mais, à l'imitation desSarracolets, il se livre aussi beaucoup au colportage. D'ailleurs cet État populeux et fortement gouverné sait , en dépit de ses habitudes tranquilles , repousser ou prévenir énergiquement les attaques des peuples voisins : il peut disposer d'une armée de 10,000 fantassins et de mille cavaliers (1). L'almamy rend la justice dans les grandes circonstances, déclare la guerre, fixe les impôts, sans qu'il ait à en délibérer dans un conseil , comme l'almamy du Fouta, par exemple. Les revenus de ce prince
(i) Voy. dans l'ouvrage tant de fois cité de M. Raffenel, p. 1*69, une tradition ou légeude glorieuse sur l'origine de l'État du Bondou.
consistent en dîmes sur les récoltes, en droits de passage acquittés par les caravanes étrangères, en cadeaux des gouverneurs des établissements français et anglais de la Sénégambie.
Lorsqu'un almamy meurt, une députation de chaque village du Bondou assiste à ses funérailles : la fosse est creusée dans la cour même du palais , et au-dessus on élève une case qui ne doit jamais être habitée. A la suite du banquet des funérailles, ces députés se réunissent dans la plaine de Boulébaué, près du village de Yalami; et un membre de la famille des Sissibés, qui n'est pas apte à succéder, proclame le nouveau prince, et le lendemain lercouronne du bonnet rouge et du turban de coton blanc : pendant la cérémonie du couronnement, le nouvel almamy a le visage tourné vers le nord, et jette de l'or dans un trou qu'il a creusé en terre. Le ministre porte la parole dans les assemblées au nom de l'almamy, perçoit les tributs, et donne l'hospitalité aux étrangers de distinction ; il a droit à la moitié des droits de passage des caravanes. Les chefs des villages, qui se succèdent aussi frère à frère, sont investis du bonnet rouge par l'almamy en assem • blée publique, et, comme droit d'investiture , ils lui doivent un cheval et cinq bœufs, et un bœuf au ministre. Au-dessus de la juridiction des chefs des villages, est celle du tamsir, qui inflige toutes peines, sauf la peine capitale, que l'almamy seul peut prononcer. L'office de maître d'école, rempli par un marabout, est aussi fort important dans le Bondou : les écoles y sont assez nombreuses. La récitation des versets du Koran est la base de l'enseignement; on y apprend aussi à lire et à écrire l'arabe, la seule langue qu'on écrive en Sénégambie ; les classes durent de quatre heures du matin à six heures, et de sept heures du soir à dix. On se sert pour écrire de planches de bois , de plumes de roseaux, et d'encre faite de gomme et de suie délayées, ou composée d'oxyde de fer. Les élèves payent les leçons du maître, qui de plus "les loge et les nourrit, en cultivant ses champs, et en lui donnant, à la fin de l'éducation, un captif ou sa valeur. Il y a trois classes de marabouts ; 1° celle des
imans, qui président au partage des successions , même de celles des almamys (I) : dans l'exercice de leurs fonctions ils sont tout-puissants, et portent le sabre de l'almamy en signe de cette omnipotence; ils prélèvent aussi un certain droit sur le produit de toute succession; 2° celle des tamsirs, qui sont, comme on l'a déjà vu, les chefs de la justice. Les tamsirs, comme les imans, sont très-peu nombreux.
L'almamy a près de sa personne un tamsir éïevé en dignité au-dessus des autres; 3° les taliban, qui enseignent et récitent les prières publiques. Dans les cérémonies religieuses, ce sont les imans et les tamsirs qui dirigent la prière.
La population du Bondou, comme celle des pays voisins, se divise en un certain nombre de familles ou tribus :
1° les Sissibés composent la famille royale; 2* les Dianicoundas , tribu assez belliqueuse, habitent les villages compris entre Goudioro et les limites du Tenda; 3° les Koulets, venus du Yoloff et du Soloum, à la suite des guerres qui ont désolé ces pays , occupent les villages, du Ferlou ou Bondou méridional, et comptent beaucoup de marabouts parmi eux ; 4° les Sandarabés, qui habitent aussi le Ferlou et viennent du JSiany, des bords de la Gambie, sont des Peuls qui ont accepté la vie sédentaire; 5° les Toronkés-Many, émigrés du même pays, sont Mandingues ; 6° les Balbabes , les Ananns ou Toronkés sont répandus en grand nombre dans tout le Bondou. 11 y a en outre des Sarracolets, des Foulahs du Fouta- Djallon, etmêmedesYoloffs,quisesont mêlés à toutes ces familles d'origine étrangère. Il n'y a que fort peu de Peuls dans Te Bondou ; cependant , outre les Sandarabés , il faut mentionner encore
(i) « Le partage des biens de l'almamy « décédé a heu fort inégalement entre les « enfauts légitimes ou naturels, sans dis- « tinction. L'aîné des fils absorbe à lui seul f « près des (rois quarts de l'héritage; il a tous « les gris-gris , la maison paternelle, et un a grand nombre de captifs. Le reste des « biens du défunt est divisé entre ses filles « et ses fils puînés, qui ont la plus forte part, » Iùidn p. 97a,
L'UNIVERS
les KamanasSy originaires du Fouta- Djallon , chargés particulièrement de la
§ardedes troupeaux de l'ai ma my, et ûxés ans les villages du Ferlou (1)1 Pays de Galam. Le pays de Galam est divisé par la Falémé en deux parties : le Goye ou bas Galam à l'ouest; le Kaméra ou haut Galam à l'est ; il s'étend sur la rive gauche du Sénégal, qui forme avec leFouta-Damga sa limite septentrionale ; le marigot de N* Guérére sépare leFouta-Damga du bas Galam; au sud, comme on sait, it touche au Bondou et au Bambouk; et en décrivant la partie inférieure du cours de la Falémé, j'ai indiqué, d'après M. llaffenel , les derniers villages du Galam de ce côté; à l'est, il confine encore au Bambouk et au Kasson.
En remontant le Sénégal, on entre dans le bas Galam au village de Gaudé; et, après avoir passé successivement devant ceux de Galladé, de Monlok, de A"' Guiaoura, de Guildé, de Tuabo, qui était autrefois la capitale du bas Galam et la résidence du tounka, mais qui aujourd'hui est presque entièrement détruit, on s'engage, au delà de Maramtùuréy dans un passage étroit qui sépare la rive droite d'un archipel de petites îles vertes, et en une heure de temps on atteint le fort de Bakel. Bakei, dont j'aurai occasion plus loin de faire l'histoire, est un comptoir français, entretenu par une compagnie qui , de janvier en août, pendant nue la navigation est suspendue dans le haut Sénégai, jouit d'un privilège exclusif, et qui, le reste du temps, subit la concurrence des traitants de Saint-Louis. Un fort dominant le comptoir, le village et le cours du fleuve , mais malheureusement dominé lui-même par une colline distante d'une portée de fusil , protège l'établissement; ce fort, suffisamment pourvu d'artillerie, et entouré de murailles assez hautes pour ne pas être escaladées aisément, est confié actuellement à la garde d'un gouverneur, de vingt-six soldats noirs, et de trente laptots. Le comptoir, situé dans le nord-est-î-est, à une distance de 200 mètres à peu près, est
(i) Voy. dans le Voyage de ÎJfrique occidentale , p. 467-71, la description de trois villages Peuls, du nom de Kouar.
lui-même entouré d'une faible enceinte avec embrasures et meurtrières, ei occupé par un agent de la compagnie et vingt-cinq laptots. Quant au village, il est grand, et situé au pied de collines qui l'entourent du côté de l'ouest en formant un fer à cheval dont les extrémités viennent s'appuyer au fleuve. Les cases sont construites sur de petits piquets élevés de 50 à 60 centim. au-dessus du sol, pour que les inondations du fleuve ne les atteignent pas. Le groupe de cases le plus considérable s'étend le long de la rivière, les autres sont échelonnés sur les versants des collines. La partie basse du village est très-sale et remplie de mares d'eau croupissante, dont les émanations jointes à la reflexion des rayons solaires sur les versants de ses collines, font de Bakel un séjour très-insalubre; mais on n'a jamais pu obtenir des chefs de ce village qu'ils lissent faire les travaux d'irrigation et de terrassement propres à corriger ces causes d'insalubrité (1). Ce village est ceint d'une muraille de terre glaise, munie de ces fortifications grossières qu'on appelle dans le pays tata (2).
« La population de Bakel, dit M. Raf- « fenel, présente dans son ensemble le « coup d'œil animé de celle de Saint- « Louis : à Bakel , aussi bien que dans « cette ville, les traces de l'occupation « française sont évidentes, et on les re- « trouve surtout dans le costume , mé- « lange bizarre de vêtements indigènes « et de vêtements européens. Ici, comme « à Saint-Louis, domine le pantalon « garance, dont la couleur éclatante ne « contribue pas peu à produire cette « burlesque bigarrure d'accoutrement.
« La capote grise de l'infanterie, et le « vieux chapeau rond en tissu de soie
(i) Voy. à ce sujel les Remarques de M. H uard-Bessinières , pharmacien de la marine de i" classe, sur les maladies du haut pays, insérées dans le Voyage dans l'Afrique occidentale, rédigé par M. Raffenel, p. 3n-3a5.
(a) En différents endroits du village , presque toujours à l'ombre d'ungan, sont placées des espèces d'estrades sur lesquelles les habitauts,pendantlejour, viennent causer d'aff.iires et se reposer pendant la uuit hors de l'atteinte des moustiques, qu'on retient au-dessous de ces estrades par de grands fewx.
« rougi par un long service, occupent « aussi un rang distingué dans la toi- « lette des élégants du pays. Le 'cos- « tume des femmes n'offre point de dif- « férence sensible avec celui des autres « femmes du bas Sénégal. Leurs pa-
• gnes, tissées par les indigènes, sont « teintes également par eux avec l'in- « digo de leurs récoltes ; et cette teinture « est si estimée, que les signares de « Saint-Louis envoient teindre des pa- « gnes à Bakel. Une des particularités « de la parure des femmes de ce vil- « lage consiste dans des chapelets de « verroterie qui couvrent avec profu- « sion leur cou et leur chevelure; l'ara- « bre est également pour elles un objet « de grand luxe : un gros morceau de « cette matière orne le sommet de la tête, « chaque tempe et les oreilles ; celles- « ci sont en outre garnies de lourds an- « neaux d'or en torsades brutes. Les « sandales de cuir sont plus portées à « Bakel qu'au bas du fleuve. » (1)
Devant Bakel , le cours du Sénégal est très-sinueux ; en le remontant jusqu'à Kounguel, résidence actuelle du tounka du Galam, on suit une direction d'abord sud-sud-ouest, et bientôt après sud-sud-est; la rive gauche entre ces deux points rapprochés est plate, et couverte de cultures de mils et de maïs; les collines de Bakel s'éloignent de plus en plus du fleuve. La rive droite, au contraire, est bordée par des blocs quartzeux d'un volume considérable, et détachés des collines voisines. Après avoir dépassé le marigot de Badiara, dési-
Î;né sur plusieurs cartes françaises sous e nom de Nériko, et qui, au rapport des Nègres, s'avance assez loin dans le pays pour communiquer avec la Gambie, on arrive à Kounguel. « Kounguel « est remarquable par une malpropreté « extrême, et l'endroit qui parait le plus « sale est précisément la résidence « royale, composée de plusieurs cases
• entourées d'une tapa de en paille. Ce « village a trois parties distinctes: la par- « tie centrale, qui semble la plus con- « sidérable, est élevée sur une colline « quartzecse, dont la base est plongée « dans le fleuve ; les deux autres parties
(i) Voyage dans V Afrique occidentale, p. 8a.
3e Livraison. (Sénégambie.)
« sont placées sur une surface plane.
« De très-beaux champs de mil, de co- « tonniers et d'arachides entourent la < partie sud-est, en se développant au « loin sur la rive, dans une direction per- « pendiculaire. La partie centrale est « seule entourée d'une muraille irrégu- « Hère en terre, garnie de trous servant « de meurtrières, et pratiqués, non à hau- « teur d'homme, mais a 15 centim.
« seulement de distance de la base.
« Cette disposition particulière est né- « cessitée par les habitudes des Nègres, « qui tirent presque toujours leurs * coups de fusil à genoux ou couchés.
« Les deux parties latérales du village, « qui n'ont pas de murailles , sont aban- « données par les habitants lorsqu'ils « redoutent une invasion, et ils se reti- « rent alors avec leur mobilier et leurs « effets dans la partie centrale, qui sert « de citadelle. * (1)
Les Sarracolets, que nous avons déjà trouvés répandus dans le Bondou, habitent particulièrement le Galam:
comme on sait, c'est un peuple industrieux, cultivateur et marchand, s'adonnant surtout au colportage. On distingue parmi les Sarracolets du Galam lés Guidiagass, les Guihimahass , les Aérantes, et les MHayébés. Les Guidiagass sont originaires d'un pays situé entre le Kaarta et le Ségou ; ils se divisent en Bakiris ou guerriers , et Saybobés ou marabouts. Les Bakiris sont les maîtresdu Galam. Les Guihimahass, peu nombreux , se sont mêlés aux Maures de la rive droite du Sénégal ; les Àérankés, également peu nombreux, habitent surtout la partie voisine du Fouta- Damga, et le Fouta même; enfin les iV" DiagébéS) anciens émigrés des Yoloffs, sont concentrés dans le village de Bakel et celui de Mondori , et de tout temps furent les fidèles alliés des Français (2).
L'organisation politique, religieuse et judiciaire des Sarracolets du Galam,
(i) lhid.t p. 95.
(a) Foy. dans la relation de M. Raffene), p. 383-91, l'histoire de cette famille, reproduite exactement d'après les souvenirs et les récits du vieux chef de Bakel , et celle des guerres récentes entre les Bakiris du haut et du bas Galam.
L'UNIVERS
leur industrie, leurs habitudes de guerre, leurs vêtements, sont les mêmes que ceux des Foulabs du Bondou. On cultive dans ce pays surtout le coton et l'indigo. « Les femmes vont ramasser « le coton, et se réunissent au nombre « d'une vingtaine pour séparer le grain « du duvet, opération qu'elles pratiquent « avec une grande rapidité, au moyen « de petits bâtons qu'elles roulent sur le « fruit placé sur une natte ; ce travail se « foit toujours pendant la nuit. Pour ren- « dre la veillée plus agréable, et en même « temps pour exciter l'ardeur des tra- « va i lieuses, les chants de l'assemblée « et la musique des griots se font en- « tendre (1). »
Pays de Fouta. Le Fouta s'étend sur la rive g »uche du Sénégal, depuis le marigot de iV Guérère jusqu'au comptoir de Dagana , dans le Wallo, et se divise dans cette longueur en trois parties , le Fouta- Damga a l'est, le Fouta propre au milieu et le Fouta-Toro à l'ouest, réunies toutes sous l'autorité d'un almarny, qu'élit l'assemblée des familles ou tribus qui composent la nation : entre les dif fé ren tes t ri bus, dont il faut 1 ire du reste les noms avec quelque délia nce (2), les MabêSy les Bosseyabés, les Diophanns , les Eleybobés, \e&Laûs,\es DélianhéseX les Peuls, les deux premières ont le plus de puissance dans les élections. Le pouvoir de l'almamy est soumis au contrôle Je plus sévère d*un conseil de cinq personnes, qui surveille tous ses actes, le réprimande , le dépose et même le peut mettre à mort, suivant les circonstances. Du reste , la rivalité des tribus , qui souvent nomment et maintiennent plusieurs almamys contre la décision du conseil, a jeté de tout temps ce pays dans une anarchie telle , que les voyageurs n'y trouvent aucune sécurité, et qu'encote aujourd'hui l'intérieur en est presque inconnu. « La rivalité des tribus « domine, dit M. Raffenel , l'influence « moralisante de la religion sur ce peu- « pie éminemment religieux ; autrement « <;ette influence serait certaine , car le « mahométisme n'ent raîne pas les Fou- « lahs comme les Arabes aux excès « d'un fanatisme aveugle et cruel; pour
(t) Id., ib'id.y p. ag6.
(a) Voy. iùid.tp. a6o.
« les Foulabs, l'islamisme n'est qu'an « code de morale, et une pratique mno- « centedurit musulman. » Mais le grand nombre de Peuls répandus dans le Fouta en hordes indomptables , leurs habitudes de pillage et de déplacement continuel, contribuent surtout aux désordres et aux misères de ce pays. Les Peuls , comme les Maures, conduisent avec eux de grands troupeaux et campent sous des huttes de paille, de même forme à peu près que les tentes en poil de chameau des Maures. En partant, ils laissent debout ces huttes, qu'ils savent élever avec une grande rapidité, dans l'intention de revenir plus tard camper dans les mêmes lieux. Il y a beaucoup de ces camps abandonnés dans le Fouta méridional. Les Peuls sont presque tous armés d'un arc très-long et de flèches empoisonnées; les Torodos et les Toucouleurs sont armés de fusils et de poignards.
L'industrie principale des habitants du Fouta est la pèche; les pécheurs, réunis en corporations sous des lois et des chefs particuliers, occupent à eux seuls un grand nombre de villages ; le chef de ces villages de pécheurs se nomme guieultabé, et perçoit un droit sur les pêches, qu'il autorise ou qu'il défend arbitrairement; de plus, à titre de sorcier, de magicien, pour défendre les habitants contre les caïmans et par le trafic des gris-gris ou talismans , il reçoit de fortes rétributions. Il y a aussi des guieultabés au Galam et dans le Bondou , mais beaucoup moins puissants et beaucoup moins vénérés, en raison du peu d'honneur attaché dans ces pays à ta profession de pécheur (1).
J'ai dit plus haut que la limite occidentale du Fouta était marquée par le village de Dagaua : ce village, l'un des plus importants du Sénégal inférieur, appartient, par moitié, au Wallo et au Fouta : la partie dépendante du Fouta est gouvernée par un marabout que nomme l'almamy. Dagana paye un tribut aux Akènibby delà nation des Maures Trarzas. Près du village est un marigot très-poissonneux, qui porte le même nom. Quant au poste français ,
(1) Voyage dans ? Afrique occidentale, p. 83.
il est commandé par un officier d'infanterie , gui a sous ses ordres trente soldats noirs; c'est une maison régulière, dont la façade, donnant sur le fleuve, est occupée par la garnison et le commandant , et dont les angles sont garnis de guelques pièces de canon en fonte de 1er. Si l'ou suit la côte du Fou ta de l'ouest à Pest, c'est-à-dire en remontant le fleuve, on passe d'abord à Gaé, confié aussi à un marabout, et situé en face du marigot de même nom, qui communique avec celui de Coudé, et contient beaucoup de poissons. Aussi les habitants de Gaé sont-ils d'habiles pécheurs; ce sont leurs femmes
3ui se chargent de vendre a nos navires e traite la pèche de leurs maris. Jusqu'en 183S c'était une escale, où les Maradian et les yéladaêdd, tribus des Trarzas, venaient faire, comme aussi à Bokol , village voisin, mais distant du fleuve de plusieurs kilom., la contrebande de gomme, pour le compte des traitants de Saint-Louis. Gaé paye encore des tributs aux princes des Trarzas. Au delà du marigot de /V' Dot est Fanaye, village tres-peuplé, trèscommerçant, très-riche en mil , en poissons secs et en nattes , tributaire d'un prince des Trarzas et commandé par un marabout du Fouta. Plus haut, et distant de deux heures de navigation de Fanaye, est un lieu « nommé Cachot ou « Risga par les indigènes, et très-dan- « gereux pour nos bâtiments, quand « nous sommes en guerre avec le Fouta ; « caries habitants, profitant de l'élé- « vation des rives, creusent, selon leur « habitude, des trous dans la terre et s'y « placent dans le dessein de tirer, sans « être exposés, sur les hommes des na- « vires, dont ils dominent alors le pont. « lis se cachent en outre dans les épais « buissons, qui sont très-abondants « dans cette partie du pays. » (1) En cet endroit le fleuve se rel récit, et est bordé d'un rideau non interrompu de saules ayant au moins 15 pieds de haut et une tige de 4 pouces 1/2 à 5 pouces de diamètre. Apres avoir doublé file de Lamnayo, peuplée de caïmans et d'hippopotames , on atteint le gué de Lounghely l'un des endroits par où les iVIau-
(x) Jùit/.y p. a 8.
res pénètrent daus le Fouta. A quelque distance de là, et un peu au-dessous du village de Doué, s'ouvre le marigot d/ même nom, qui contourne la grande lie au Morphil ou de l'Ivoire; et presque en face, sur la rive droite, est V escale du Coq (1), où se fait la traite de la gomme avec les Maures Braknas. Un peu avant le village de Mousia-Bahari, qui porte le nom d'un fameux pécheur, est le marigot de Kotala, dont les caïmans dévastent chaque année les troupeaux des Maures. Plus haut est le grand village de Podor, peuplé de cultivateurs , dont le chef est l'un des fils de Mockar-Boubou, ancien ministre des Braknas.
Toujours en remontant, on voit se succéder, sur la rive gauche, le village de Diatal, dont les habitants, pendant la saison des pluies, se retirent dans l'intérieur pour fuir l'inondation; Maô, Moktar- Salam, le marigot et le passage u'OuroardO) banc de sable qui barre presque entièrement la rivière, sans être dangereux; le village qui donne son nom au marigot et au barrage , et qui est une des escales de mil les plus importantes du fleuve; Banam% Diaô, tous villages abandonnés pendant l'hivernage. « Diad, « dit M. Raifenel (2), est occupé le « reste du temps par des gens qui jouis « sent d'une bonne réputation parmi « nos traitants : aussi les patrons des • gros navires, qui sont forcés par la « baisse des eaux de descendre du Ga- ■ lam, choisissent-ils ce lieu pour atteu- « dre les bateaux d'un moindre tonnage, « avec lesquels ils veulent faire route « pour Saint-Louis. A Diaô, ils sont « hors des barres, et n'ont plus àcraiu- « dre les échouements (il y a assez d'eau « au passage d'Ouroardo pour permet- « tre aux navires d'un petit tonnage de « le franchir toute l'année). Toutefois, « ils ne perdent pas leur temps, et pro-
(i) Le terrain qui avoisine l'escale du » Coq eat complètement dépourvu d'arbres, et la rive même sur laquelle se tient le marché ne présente, dans un vaste espace, que quelques herbes trè*-basses el très-desséchées, auxquelles les Maures mettent le feu dès qu'ils arrivent. Ce terrain si découvert est naturellement très-insalubre; mats il l'est surtout à l'époque de la retraite des eau* qui chaque année le submergent.
(•a) Ibid., p. 33.
L'UNIVERS
« fitent de leur séjour à ce village pour « acheter en contrebande de la gomme « aux Maures Braknas, et du mil ou * d'autres objets aux Foulahs des en- « virons. » Au-dessus tfAlôar est le marigot de Mafou, qui se répand trèsloin dans l'intérieur, et dont les bords sont couverts de villages de pécheurs. A Sarpoly, un banc de roches qui occupe presque toute la largeur de la rivière force les embarcations, lors des basses eaux , à décharger leurs marchandises pour letraverser. Alybiram est aussi un passage difficile; c'est un banc de sable qui tient à la rive droite. Un peu plus haut, sur la même rive, est le marigot de Souksa, qui, très-étroit d'entrée, s'élargit en avançant vers l'intérieur et arrose plusieurs vfllages. Le banc de roches de M1 Barobé tient aussi à la rive droite, mais laisse une passe large et facile vers l'autre rive. Les villages foulahs de Dara, de iV" Dormboss et tiÀleybé sont situés sur la rive droite. « Ce der- « nier village , éloigné du bord de deux « kilom. environ, est considérable « en étendue et en population. Ses ha* « bitants sont courageux et se battent « souvent contre les Toitabirr, tribu «des Braknas, qui viennent ravager « leurs lougans delà rive droite, ou qui « traversent les gués pour faire des « pillages sur la rive gauche. » Près du marigot de Boki (rive droite), est encore un banc de sable, sur lequel nos navires échouent quelquefois. A l'entrée du marigot de Ouaialdé ( rive gauche), qui se jette dans celui de l'île au Morphil, après un assez long parcours, existaitautrefoisun village'queles Touabirr ont détruit. — Ourogandé est un banc de sable très-étendu qui embarrasse la rive droite. En août 1843, quand la commission dont M. Raffenel était membre atteignit , en se rendant à Bakel , le village de Casga , sur la rive gauche , il n'offrait plus que des ruines. Un mois auparavant, le gouverneur M. le C,e E. Bouët l'avait complètement détruit, pour punir la lenteur que les habitants de ce village mettaient à indemniser des traitants qu'ils avaientdépouillés. Ce village, occupé parles Toucouleurs de la tribu des Laos, hardis et opiniâtres voleurs, et situé en face d'un banc desablequi, restant à sec dans les basses eaux,
contraignait les embarcations à descendre à terre leurs marchandises , était doublement dangereux pour notre commerce. Les habitants de Dounguel, village voisin, sur la même rive, aidaient souvent les habitants de Casga dans leurs vols. A Guel-de-diabé, un banc de roches s'étend depuis la rive droite jusqu'à 10 mètres à peu près de la rive gauche : l'étroit canal qui sert de passe pendant la mauvaise saison est presque à sec dans la bonne. Viennent ensuite GabobéetFondé-el-Iman. Entre Dara et ce dernier point , l'aspect des rives est assez varie ; tantôt elles sont bordées par des bois touffus qui arrêtent la vue , . tantôt par des arbustes aquatiques trèsserrés ; tantôt des plaines couvertes de hautes herbes se déploient depuis le fleuve jusqu'à plusieurs kilom. dans l'intérieur ; quelquefois aussi la rive gauche présente des coupées verticales d'une hauteur remarquable, au pied desquelles l'eau est extrêmement profonde. Tioubalou-Détiêfall , Soureill, Abdala-Moktar occupé par des hommes de la tribu des Laos et situé en face d'un banc de subie, Ouaiia, Diara-N' Guel, Fasotoké , Tébékoutt, se succèdent sur la rive gauche. Le passage de Balu-N' Goye, formé par un banc de sable très-étendu et adhérent aux rives du fleuve, qui fait beaucoup de détours en cet endroit , est infranchissable en décembre , même pour les navires qui ne calent que 2 pieds d'eau. Saldé , gros village situé sur le bord même du fleuve (rive gauche) et occupé par des Torodoset des pêcheurs, est le lieu où les navires qui vont dans le
f>ays de Gala m s'arrêtent pour acquitter es coutumes dues à Palmamy du Fouta en vertu des traités.Un pavillon tricolore flotte sur la case de son ministre ou représentant. Les Nègres prétendent que Saldé est à égale distance de Saint-Louis et de Bakel . Il y a aussi en cet endroit du fleuve un banc de sable que les navires, dans la saison sèche , ne peuvent franchir qu'après avoir déchargé ; mais les marchandises déposées à Saldé sont toujours fidèlement rendues. Un peu audessus de Saldé est un marigot de même nom, large et étendu, qui forme la limite orientale de l'île au Morphil. — Le village de M* Bagni, sur la rive
SÉN'ÉGAMBIE.
droite , dépend aussi du Fouta, et ses habitants re poussent vigoureusement les attaques des Maures ; sur la rive opposée est un autre village appelé de même, mais entouré déterres moins fertiles, où ilsse retirent pendant l'hivernage,quand le premier est inondé. — Après avoir dépassé le banc de sable de Dooualell, qui est tout à découvert dans la saison sèche, on voit sur la rive gauche Tiaski et Dabia : ce dernier était autrefois sur l'autre rive, mais les habitants furent obligés en 1837 de quitter leur première demeure, à la suite d'une querelle particulière dans laquelle, comme toujours, les Maures étaient intervenus.
En général , beaucoup d'anciens villages de la rive droite ont, à différentes époques, été transportés sur/la rive gauche; ainsi, Neyrêy N' Diqfann, auxquels succèdent Rigviann et Gabobé. Vu de cette partie du fleuve, le pays a un triste aspect : la végétation est pauvre, les arbres manquent; on découvre en quantité de petites buttes de terre à la cime rougeâtre, très-communes en Sénégambie, construites avec les formes les plus variées par les termites ou fourmis ailées , et ressemblant tout à fait de loin aux cases des indigènes, qui n'oseraient y porter la main. — Entre Tioubalou Détiêfall et le grand village de Kaédi , le cours du Sénégal change souvent et brusquement de direction.
Kaédi est occupé par des Foulahs et des Sarracolets, dont les mœurs contrastent étrangement. Sur la rive droite , presque en face de ce village , s étend une plaine où campe habituellement dans la bonne saison le prince des Lt/bas, tribu indépendante et alliée des Hraknas. — Guial, Guionkta, Sent hia- Far ba, N' Gaoualy se succèdent sur la rive gauche, et précèdent Orenata, banc de sable que la force des courants pousse incessammentd'une rive à l'autre. — Goureil ( rive gauche) est occupé par des cultivateurs qui viennent offrir à bord des navires les produits de leurs champs, et de petits objets en paille travaillés par eux en échange de verroteries, de poudre et de lainerouge (l),et Guiaoul, village de la
(i) Ils se servent de la laine ronge pour border leurs boubous et leurs conssabes, sorte
même rive, est habité par des guerriers. « Dans chaque village, » dit M. Raffenel , que je suis rigoureusement dans la description géographique de cette partie du Fouta, « la population, bien « qu'appartenant à une nation commu- « ne, diffère essentiellement d'habilu- « des et d'aptitude spéciale. Les Nègres « reconnaissent quatre professions qui « s'exercent par des réunions de familles « formant des villages. Il s'ensuit que « communément on désigne un village « par la profession de ses habitants ; « ainsi l'on dit village de guerriers, de « cultivateurs, de pêcheurs, de inara- « bouts enfin, car c'est là aussi une « profession parmi les Nègres (1). »
Au-dessous de Guiaoul on aperçoit, sur la rive droite , deux monticules boisés, « constitués d'une espèce de « quartz lydien, opaque, à structure stra- « ti forme et coloré en noir, » qui dominent une grande plaine, et dans cette plaine les ruines d'un fort bâti autrefois par les Anglais sans doute, pour défendre le passage du fleuve aux Maures.
C'est là que campent dans la bonne saison les Oualad-Elys. En cet endroit le Sénégal s'élargit, et une brise du sudouest dans cette partie du fleuve paraît être régulière chaque matin, et accélère un peu la navigation; la végétation des deux rives est belle et variée, et de petits ruisseaux débordés se répandent dans l'intérieur. Les villages de la rive gauche sont Sinthia-sÉliourou, A' Guiguohgne, au-dessus duquel, et adhérent à la rive droite, est un banc derochers très-dangereux, qu'on nomme Ifrtpp; Sadel occupé par des Torôdos cultivateurs, et Oudourou dont les habitants ont presque toujours entravé notre commerce : en prolongeant Jusqu'à la rive opposée, a l'aide de forts madriers, le barrage étendu que forme un banc de la rive gauche, un peu au-
de longues chemise* sans coulure latérale , et pour tisser la bordure des pagnes de leurs femmes. Celte marchandise est ce qu'ils prisent le plus ; mais le tabac, qui est proprement la menue monnaie du fleuve, est pour eux sans \aleur; ils usent eu place du tamaka , platiltî aromatique qu'ils cultivent. /</. , ibij. , p. 40.
(i) Voyage dans FÀfrUjuu occidentale, P- 4ô.
L'UNIVERS
dessus du village, ils ont souvent réossi a faire échouer et à piller des embarcations revenant du Galamsans escorte. Le village de Modinalla, sur la rive droite, est particulièrement intéressant : des marabouts Dowiches, très-renommés dans le Fouta pour leur science et leurs prédications, l'occupent, et y ont ouvert des écoles très- fréquentées. Aussi ce village est-il l'un des plus riches du pays. Les mœurs des Maures de Modinaîln, qui appartiennent à la tribu des lïlayébass, diffèrent beaucoup de celles des Maures Trarzas et Braknas : cela tient surtout à leurs alliances avec des femmes toucou leurs et torodos, et aux habitudes sédentaires de renseignement. Il se tait aussi dans ce village un trafic important de peaux de bœufs, de c;ilebasses très-artistement travaillées, et couvertes de dessins tracés avec la pointe d'un poignard, de disques de paille où Ton prépare le couscous, de pagnes blanches et bleues. Les marabouts de Modinalla , malgré leur réputation de sainteté, ne se font pas scrupule de vendre aussi à leur profit des gommes qui leur ont été laissées en dépot parles Oualad-Elys (1). Au village
(i) M. Raffenel, pendant son séjour à Bakcl , a recueilli sur l'histoire des Maures Dowiches cl sur leurs mœurs des renseignements et des observations qui composent une îles parties les plus neuves et les plus intéressantes de sa relation : cette nation, qui s'étend, ainsi que je l'ai dit plus haut, depuis Modinalla jusqu'à l'embouchure de la Falémé, a pour lieu principal de réunion, ou plutôt pour principale résidence, uu endroit du désert nommé Tagantt, et situé à 7 jours de marche environ de Bakelet à 9 journées de distance des camps des Braknas : c'est sans doute une des oasis du Sahara. Le lieu est accidenté, et offre, avec des monticules recouverts de palmiers et d'autres arbres, des pâturages, des terrains propres à la culture du mil et du froment , des étangs, des marigots ou ruisseaux poissonneux provenant ou du Sénégal ou du Niger, ou peut-être de sources renfermées dans ces monticules , et ajoutant à la fertilité du pays par leurs débordements périodiques. On y a creusé aussi des puits qui donnent une eau abondante et bonne. Dans le Tagantt, s'il faut en croire la description des Maures, s'élève une vraie ville, avec maisons en pierre et en bois , où résident le rot et les chefs, et qu'ils nomment Tigigiga,
de Konudel, sur la rive gauche, on rencontre aussi des barrages artificiels
et autour d'elle d'autres villages encore, mais moins grands et moins beaux, habités par des marabouts , comme GcssrelAaié, Rachitt et K* lîoubar. Ils parlent aussi d'un autre lieu semblable au Tagantt , mais ne contenant pas de villes; ils le désignent sous le nom de Gangara. A 5 jours de marche du Tagantt sont les forets de Laxor et de Xamré, où les Dowiches trouvent la gomme en telle abondance, qu'en très-peu de temps ils ont chargé les bœufs et les ânes de leurs caravanes ( ils se servent moins du chameau que les Trarzas et que les Braknas). Au sud de ces deux forêts il y en a encore plusieurs autres que visitent également les Maures Dowiches, mais où la gomme est beaucoup plus rare. Ce sont exclusivement les marabouts qui font les récoltes dégomme, et presque tous appartiennent à la nation des Dowiches ; cependant, lorsque les deux nations sont en paix , des marabouts braknas viennent aussi s'approvisionner dans ces forêts. On récolte la gomme depuis le mois de novembre jusqu'au mois d'avril ; les dattes des palmiers du Tagantt et du Gangara , qu'on cueille en avril et en mai, servent à La nourriture des tribus; le reste de la récolte est porté aux escales daus des sacs de cuir. Le froment se sème en octobre et se récolte en mars; les Dowich«*s mettent d'abord le feu aux herbes et à la paille du terrain qu'ils veulent ensemencer, et se servent ensuite d'une espèce de charrue traînée par des chevaux ou des ânes. Pour écraser le grain, ils ont un appareil composé de deux pierres superposées, et traversées au milieu par une tige en fer. Le blé placé entre les deux pierres est écrasé par le mouvement rotaloire d'une manivelle fixée à la pierre supérieure, et la farine passe au travers de petits trous semés sur la pierre inférieure, et est reçue sur une natte. Enfin, pour séparer le son de la farine, ils se servent d'un tamis en plaques de fer minces et percées de très-petits trous, et de celte farine ils font du couscous et de la galette. — Il y a dans le Tagantt, comme dans plusieurs autres endroits du Sahara, des mines de sel gemme coloré que les Dowiches, dans leurs exploitations, obtiennent en plaques d'une forte épaisseur, et qu'ils vendent au Kaarta, à Ségôu et même aux escales. M. Raffenel, en rappelant, à cette occasion, que le sel est une monnaie dans l'Afrique centrale, nous fait remarquer que si jamais le sel s'y est échangé contre l'or à poids égal, ainsi qu'on le lit dans les anciennes relations de voyages, il a aujourd'hui bien diminué de valeur,
* ■ • SÉJNLG
faits de bois et de pierres , comme à Oudourou. — Le fleuve dans ces parages est bordé, à droite, d'une ligne de petites collines garnies de verdure, et à gauche, de vastes plaines semées d'arbres. — Benkéf N* Gaouédou^ Kêdel, peuplés de familles de cultivateurs qui vivent du produit du tnmaka et du mil qu'ils vendent à nos navires, mais souvent pillés par les Oualad-Elys, se succèdent sur la rive gauche. — Le village de Civé sur la rive opposée, situé au pied d'une colline , sur une pelouse de gazon en pente, et entouré d une forêt de sumps et de sidomms, est
i kilog. de sel ne représentant plus guère, en marchandises, qu'une valeur de i fr. 5o c. — Le Tagantt est peuplé de lions, qui attaquent fréquemment les camps pour s'emparer des bestiaux, de girafes et d'autruches, dont les Maures aiment (a chair. — a L'organisation politique des Maures, « ajoute M. Raffcnel, est extrêmement sim- « pie. Les princes commandent les armées et « rendent la justice dam les causes impor- « tantes; les marabouts jugent les différends « ordinaires. A la guerre , ils sont armés d'un « fusil à deux coups et d'un poignard ; ils « poussent des cris pendant le combat, et « exécutent toutes sortes de sauts extranrdi- « naires , pour échapper aux balles de leurs « ennemis ; ils se baissent et se relèvent in- « cessamment, s'agenouHlent, se couchent et « s'assoient, profilant, pour se cacher, tantôt « d'un buisson , tantôt d'un nuage de pous- « sière, qu'ils forment autour d'eux en re- « muant le sable avec les mains. Les Nègres « ont imité leurs gestes et leurs mouvements. « — Le costume des Maures se compose « d'un coussabe en guinée bleue , qui les en- « veloppe jusqu'aux chevilles, et d une culotte a à grands plis de même étoffe, qu'ils ne lait vent jamais, et qu'ils portent l'un et l'au- <( tre jusqu'à leur complet dépérissement : < aussi les Maures exhalent-ils ordinairement •i une odeur nauséabonde, plus insupportable c( encore que celle des Nègirs. Les Maures « ont la tête nue; elle est, du reste, ornée '< d'une si épaisse fourrure de cheveux durs « et ondé.% qu'ils peuvent facilement se pas- « ser de coiffure; leurs jambes et leurs pieds « sont également nus. A la guerre et dans les ti chasses ou les marches , comme les Nègres, « ils relèvent leur coussabe, et le fixent par « une ceinture autour des reins, en le dis- « posant en plis gracieux. » ( Foyage dans t Afrique occidentale , p. 248-360.)
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habité, comme Modinalla , par des marabouts maures, qui enseignent le Koran et vont prêcher dans les villages voisins. — Un peu au-dessus de Diamel- Diabé{ rive gauche), débouche le marigot de JSabadié, qui pénètre fort avant dans l'intérieur, et où s'engagent souvent, pour y traiter du mil , les petits •.navires calant peu d'eau. Le village de Matam, sur la même rive, est une escale où Ton traite aussi du mil, des peaux et du beurre ; comme aussi , mais avec un moindre degré d'importance, Belguiala , Guianguioly , Garly , Tiempègne, Dolol un peu éloigne de la rive, Audôbéré, Kiali^ N' Diagann, Kamel, N' Gano et Tinaly , Ordolli , Barmathié, Garrêguel, N'Guinthia,Bêdinki, Bêlé, Padétal, BarkédU, Goumal, Oua-f'endê et Guetté. Aussi la rive gauche, dans cette partie du Sénégal, présente-t elle let plus belles cultures. En général ces villages Font occupés par des Foulah* Déliankés, guerriers et cultivateurs , mêlés a des Peulsetà des Sarracolets. Les plus considérables de ces villages se composent de deux parties : dans Tune, se tiennent les gens quisurveillent les cultures ; mais l'autre, qui est proprement le village, est habitée par les guerriers et le chef. On voit les Sarracolets devenir plus nombreux à mesure qu'on approche du Galam ; ils peuplent presque à eux seuls les derniers villages du Fouta-Damga, Lobait, Odobéré, f erma, prés duquel se trouve un des passages les plus dangereux du cours du Sénégal, entre Saint- Louis et Bakel ; Yarma , et Dambakanér tout proche du marigot de N' Guérere.
L'intérieur du Fouta est très-mal connu: à une distance de quelques lieues du fleuve , se trouvent en assez grand nombre des marais, produits surtout par l'accumulation des pluies tombées pendant la mauvaise saison, et retenues aisément dans des plaines inclinées et basses; lesprincipauxse nomment: Diouna, N9 Do, Diacré, Audy, Jlydaponik, Tack et Kélao. Tous ces marais contiennent une grande quantité de sangsues, et on commença en lfc36 à les exploiter avantageusement. Mais sur tout le pays qui sépare cette région marécageuse de la ligne suivie par M. Molliendans son
L'UNIVERS
.second voyage en Sénégambie (1818), je ne saurais donner aucune notion :
M. Mollien (1) entra dans le Fouta-Toro par de vastes solitudes qui le séparent du lolofy à l'ouest.* Il avait observé que le terrain depuis les bords de la mer s'élève insensiblement jusqu'aux limites du Fouta-Toro, et que la montée s'arrête à l'entrée de ces solitudes; aussi nous montre-t-il le Fouta-Toro comme formant !e premier plateau de cette partie de i'Âfiique, dans la direction de 1 ouest à l'est. Jusque-là aussi il avait marché sur un sol de sable extrêmement Gn ; à l'entrée du Fouta-Toro, il vit succéder à ce sol sablonneux un terrain tout composé de pierres ferrugineuses : ces solitudes étaient semées de sangrès desséchés, d'immenses baobabs, et de huttes en branchages et en paille, servant de retraite aux Peuls nomades. Au delà , le premier village qu'il rencontra se nommait Bala, et, en se dirigeant toujours à Test, il passa successivement par Boqué, Longangui, près duquel il rencontra une caravane de Maures sur des bœufs porteurs , qui venaient échanger du sel contre des pagnes du Fouta, par Galoé, entouré dun côté de champs bien cultivés et plantés de cotonniers , et d'un autre de plaines incultes et sablonneuses; par Diaba, au nord duquel , à un quart de lieue à peu près , passe le marigot de Saldé : suivant M. Mollien, cette rivière prend sa source près de Tionko, à une journée de marche au nord de ce village ; dans l'endroit où il la vit, elle avait environ 20 pas de large; ses rives étaient peu élevées, son fond glaiseux, et de chaque côté, jusqu'à une distance d'une demi- lieue, s'étendaient des terres d'alluvion d'uue grande fertilité. Il arriva ensuite à Agnam, puis à Padé ; et ayant gravi une colline nue, brûlée, et percée de roches ferrugineuses, il redescendit dans la belle plaine
(0 Walckcnaer, Histoire générale des voyages, t. TI% p. 147-166. Je croîs devoir citer aussi un itinéraire de Dounguel à liakel , à travers le Fouta, avec la distance estiniée d'un village à un autre , adressé, le a4 février 1829, au gouverneur du Sénégal par M. Marres , officier de santé de la marine, attaché au poste de Bakel {Voy. le tome XII du Bulletin de la Société de géographie, p. 137 ).
de Sedo , capitale de cette partie du Fouta, dont il évalua la copulation à 6,000 âmes à peu près. La plaine de Sedo et les campagnes qui la continuent étaient alors couvertes de villages trèsrapprochés les uns des autres. M. Mollien marque sur sa route Amadi-Chaumaret, Ogo, Senopaléy Setia-Babandi, et Banaï^ d'où il dut se rendre à Dandiolli, résidence de l'ai ma my. Il accompagna ce chef dans la grande ville de Canel, où se rassemblaient dans le même temps les troupes du Fouta et celles de l'a I ma my du Bondou, alors alliées pour aller combattre les Bambarras (1). Canel lui parut un lieu très-propre à recevoir un établissement important : au nord s'élèvent de hautes montagnes pelées, couronnées desangrès; à l'ouest, au delà de belles cultures de mil , coule une rivière tout ombragée, d'un accès facile, et nommée Guiloulou : cette petite rivière, dont la source est au nord, à une journée de marche, dans un village de même nom, se jette, a une journée et demie de Canel, dans le Guiloum, affluent du Sénégal. De ce même côté, il alla visiter une mine de fer : après avoir traversé un terrain bien cultivé, il parvint dans un endroit inculte et semé de pierres ferrugineuses; il monta la colline la plus haute, qui n'offrait qu'une masse de ces pierres non adhérentes les unes aux autres , et du milieu desquelles sortaient çà et là des rochers blanchâtres à sommets arrondis. Au-dessous de ce pic s'étendait vers le sud-est une chaîne en forme de fer à cheval très-ovale. Un seul baobab s'élevait dans cette plaine désolée. Le marabout qui guidait M. Mollien fit avec son poignard un trou dans la terre grisâtre qui recouvrait la première couche des pierres, et semblait mêlée de cendre; et il en tira de petites pierres jaunâtres, qu'il lui montra comme étant celles que les Maures vien-
(1) Voy. dans les Annales maritimes, 1823 {Sciences et arts, t. I, p. a43-a65), quelques fragments historiques concernant les guerres du Fouta contre les Kaartains et l'alraamy de Bondou, pendant la fin du dixhuitième siècle, et dans les premières années de ce siècle-ci, recueillis sur le théâtre même des événements par le major Gray, et publiés par M. teblanc, alors capitaine de frégate.
SÉSÉGAMBIE.
nent chercher pour les fondre. Les derniers villages que M. Molli en traversa pour atteindre les limites du Bondou sont nommés, dans sa relation, Santiobambi, Ouarenicour, Aoret et Dendoudé-Tiali* dans le voisinage duquel se trouve un étang, comme l'indique le mot foulali liali (1) : il semble que
(i) Le guide de M. Mollien lui dit que les eaux de cet étang, lorsqu'elles sont grossies par les pluies, se versent d'un côté dans la Gambie à Kambia (Woulli) , et dans le Sénégal à Kougnem (Bondou), et qu'alors les pirogues de la Gambie peuvent le remonter jusqu'à Dendouilé , mais pas au delà ; il montra même à M. Mollien l'arbre où les Nègres les attachaient. M. Mollien reconnut dans ce renseignement une preuve concluante de l'ancienne opinion qui soupçonnait l'existence d'une communication du Sénégal et delà Gambie, dans la haute Sénégambie, et que je me contenterai de rappeler, en disant qu'on lit sur la carte posthume de G. Delisle , de X Afrique française (1716), une note ainsi conque : « Il y a un gouffre au rocher de « Goina ; ce qui a fait croire cy-devant que « la rivière de Gambie étoit un bras du Sé- « né gai , au moins par-dessous terre ; » et cette autre note sur la carte de la partie occidentale de F Afrique comprise entre Arguin et Serre Lionne par d'Anville (1727) : « L'origine de la rivière Falémé n'est pas « connue. On prétend qu'il y a un bras de « communication entre cette rivière et celle « de Gambie. » C'est ce bras de communication que M. Mollien crut avoir retrouvé sur les limites du Fouta et du Bondou , à Dendoudé: « On supposait depuis longtemps, « dit-il , qu'il existait dans le haut du pays « une communication entre la Gambie et le « Sénégal, et on la nommait Nerico sur les ■ cartes ; elle a réellement lieu , mais elle ne « peut être d'aucune utilité pour le com- « merce , puisque aucun bâtiment ne peut « naviguer dans ses eaux, d'un fleuve à l'au- « tre. Ce ne serait que par des travaux qui « exigeraient des dépenses considérables, que « l'on pourrait creuser un canal pour faire « communiquer constamment les deux fleu- « ves par le moyen de l'étang qui fourni- « rait Veau nécessaire. » Mais l'opinion de M. Mollien, un peu trop absolue, si l'on n'a égard qu'aux vagues renseignements qui avaient suffi à la déterminer, ne fut pas généralement adoptée, et M. Walckenaer l'a combattue dans le t. VI de Y Histoire générale des voyages ( p. 167 ) , lui objectant d'abord que ni Mungo Park , ni Gray, qui
cet étang puisse être marqué comme un point de la limite du Fouta et du Bondou.
ont traversé le Woulli , n'ont connu de lieu nommé Kambia à l'embouchure de la rivière Nérico, dans la Gambie, et qu'on ne connaît pas davantage de lieu nommé Kougnem au Sénégal , dans le Bondou ; qu'ensuite toutes les caries indiquent de ce côté, au sud du Sénégal, une chaîne de montagnes assez élevées, et nommées montagnes d*£nghiaouar sur la carte particulière de la côte occidentale de l'Afrique depuis le cap Blane jusqu'au cap de Vcrga, etc., dressée pour la compagnie des Indes par d'Anville (1751), et que ces hauteurs doivent empêcher les eaux qui viennent du sud de se jeter dans le Sénégal ; que d'ailleurs il y a encore loin de Dendoudé, où le Nérico cesse d'être navigable pour les pirogues, jusqu'au Sénégal; et que « ce renseignement, le plus certain « de tous ceux que donne M. Mollien, sem- « ble plutôt prouver que la communication « entre les deux fleuves n'existe pas. » Enfin cette question, soulevée depuis si longtemps, si importante et si confuse, a été complètement résolue, à mon sens, par M. Rauenel, et ce n'est pas un des moindres services que ce voyageur éclairé aura rendus à la géographie de l'Afrique occidentale; les savants éditeurs des Annales maritimes l'ont jugé comme nous, en s'em pressant de recueillir, avant la publication officielle que préparait le département de la marine , une note spéciale de M. Rafienel sur les communications entre le Sénégal ou ses affluents et la Gambie (Annales maritimes, 1844: Revue coloniale,
!). 336-347). M. RafTenel met hors de doute 'existence d'une communication positive du Sénégal à la Gambie , s'effectuant parla jonction de deux affluents qui partent, l'un , sous le nom de Badiara, du Sénégal, et l'autre sous celui de Walyka , de la Gambie, et se rencontrent à un point commun, lac ou étang ; de plus, dans sa pensée, la communication dont a parlé M. Mollien est celle-là même que je vais décrire d'après lui : Le Badiara part du Sénégal à 8 kilom. environ de Bakel et à a kilom. de Kounghel (sans doute Kougnem de M. Mollien), c'est-à-dire entre Bakel et l'embouchure de la Falémé. M. Raffenel, en allant dans la Falémé, eut occasion de passer devant le Badiara; et son guide, qui avait déjà accompagné le voyageur Heudelot, lui dit que le Badiara prenait son nom d'un village situé sur la limite du Bondou et du Woulli, et qu'à une petite distance, près d'un autre village appelé Walyha , un cours d'eau partant de la Gambie et s'appe-
L'UNIVERS
D'après les observations et les renseignements que M. Mollien put recueillir
lant Walrha, comme ce dernier village, venait, en formant un lac, recevoir, seulement dans la saison des grandes pluies, les eaux du Badiara; il ajoutait que le Wa'yha et le lac recevaient l'influence de la marée , circonstances exactes, car la Gambie est soumise aux marées jusqu'au barrage de Konkonco ou de Baraconda, à 60 myriam. environ de son embouchure. M. Raffenel put heureusement v* riOer une partie de res renseignements, dont il devait naturellement se délier : le Badiara, en partant du Sénégal, se dirige vers le sud-ouest- -ouest, et M. Raffenel pense qu'en s'approchant de la Gambie il doit encore incliner à l'ouest; car en se rendant de Bakel à Boulébané, dont la route moyenne est sud, on traverse le Badiara, d'abord tout près de Bakel ; et en se dirigeant de Boulébané sur la Gambie par une route moyenne sud-ouest jusqu'à Fatta-Tenda ,00 n'a point à le traverser de nouveau, ce qui montre clairement qu'on doit, da- s cette roule, l'avoir constamment à l'ouest ; d'ailleurs M. Raffenel, par une observation exacte du terrain , est autorisé à expliquer d'une manière très-probable ce grand détour du Badiara, qui contourne sans doute, par une déviation au nord, la ligne de collines du Bondou, nommée montagnes du Feriou, dont le gisement est à peu près nord-nord-ouest, sud-sud est — Peu de temps avant de quitter le Bondou pour entrer dans le Woulli , M. Raffenel passa à une petite distance à l'est d'un village nomme Badiara, dont il put interroger quelques habitants : tous s'accordèrent sur l'éteudue du cours du Badiara, et sur la jonction qu'il opère du Sénégal et de la Gambie. Malheureusement son étal de santé l'empêcha de se porter sur les lieux mêmes; mais on peut avec lui, par induction, sans complaisance ni crédulité, reconnaître que le lac dont lui avait parlé son guide existe réellement, « formé d'abord par les eaux pluviales « versées rapidement et abondamment des « collines ferrugineuses qui bordent le fleuve, « et maintenu et continué pendant la saison « sèche par le mouvement de la marée. Les « eaux qui descendent plus lentement de la « penle légère des terres du Bondou servent « a alimeuter et à grossir le Badiara, porté « par celte inclinaison du sol à la rencontre « du lac, qui doit avoir , dans la saison des « orages, une étendue considérable. C'est « alors sans doute que la communication s'ac- « complit. »
Arrivé en Gambie, M. Raffenel vérifia, à
sur sa route, il nous dépeint le Fouta comme un des plus grands États de la
sa grande satisfaction , la dernière indication de son guide : il rencontra en effet un creek du nom de Walyha, dont l'entrée sur le fleuve est un peu au-dessous du village de Foulah-Tenda, dans le pays mandingue de Nyani; il a assez d'eau et de largeur pour qu'on le remonte à plusieurs milles anglais ; il se dirige vers le nord-est, passant auprès ou au milieu des villages de Walyha, Samey , Sandomaney et Paqnèba ; et celte direction absolue au nord-est le mène exactement à la rencontre du Badiara, allant dans le sudouest et l'ouest-sud-ouest. Le nom de Paqueba est le seul qui paraisse se rapprocher de celui du village de Kambia, indiqué par M. Mollien comme situé sur la Gambie à l'embouchure de ce marigot, qu'il appelle à tort ltérico , ne connaissant pas le nom de Walvlia (sans doute le Woulli de Mungo Park). Mais je préfère la seconde supposition de M. Raffenel, que M. Mollien a peut-être pris pour un nom particulier le nom anglais du fleuve lui même, Gambia, facile à confondre avec Kambia.
M. Raffenel croit qu'il pent exister encore d'autres communications du Sénégal à la Gambie , et même qu'elles doivent être fréquentes dans le bassin supérieur de la Gambie, par d'autres marigots de celte rivière; mais, comme M. Mollien , il ne voit dans cette question qu'un intérêt géographique, sans application possible, politique ni commerciale, la navigation du Badiara même étant inexécutable en pirogues. — Il est une de ces antres communications qu'il a encore presque démontrée, et que, pour compléter cette note, je dois indiquer avec quelques détails. Il y a dans le Bondou, sur la rive gauche de la Falémé et à une petite distance au nord de Sansandig, un petit village nommé Mermeriko% que j'ai mentionné dans la description de ce pays; au sud de ce village est un marigot-de même nom, peu large à son embouchure, mais qui, s'élargissant bientôt et décrivant un vaste demi-cercle, se dirige à peu près vers l'ouest. M. Raffenel recueillit sur les lieux des renseignements contradictoires au sujet de ce marigot : suivant les uns, il se jetait au pays de Tenda , dans un marigot partant de la Gambie; suivant les autres, il s'arrêtait dans le Bondou , au village de Sombonlou , après un cours de ao à 24 kilom. seulement. M. Raffenel fut d'abord frappé de la ressemblance du nom de ce marigot avec le fameux et obscur Nérico , qui,*«r les cartes françaises , part du Sénégal, au point où il faut placer
Sénégambie, riche par ses cultures de nombreuses variétés de mil, de coton, de riz , d'indigo et de tabac , par une végétation forte et variée : il mentionne parmi les arbres qu'on y rencontre le plus le grède, dont le bois sert à faire des écuelles ; le krède, dont le bois blanc est employé à fabriquer les lits; le déraboki, petit arbre semblable, pour la forme et pour la couleur, au baobab, et dont le fruit jeté dans l'eau peut empoisonner les lions et les hyènes ; le guiandam , dont le fruit, semblable à la fève du cafier, se mange en temps de disette; \eden~ teculaï, qui donne un fruit de la forme de l'orange etdu goût de la vanille, mais malsain; enfin, Yeugenia, \esophora, et en grande quantité l'amaryllis et les euphorbes. — La température du Fouta est brûlante, et le thermomètre à midi y marque souvent 32 degrés; la chaleur des sables est ordinairement du double.
Les lions, les panthères, les hyènes, les chacals, y sont très-communs, "l'éléphant beaucoup moins; on voit quelques autruches, des vautours en grand nombre, des pintades, des rolliers, des corbeaux à collier blanc, des tourterel-
maintenant, d'après M. Raffenel , l'embouchure du Baaiara (le nom de Nériko n'étant pas connu au Sénégal), et qui, sur te* cartes anglaises , part de la Gambie au-dessous de Jalacotta, dans le Tenda, pour s'arrêter à une très-petite distance d'un lac où Tient 6nir un bras du Sénégal, sans nom. En comparant les cartes, eu s'appuyant sur le texte des relations de Mungo Park et de Durand, sur sa propre exploration, et aussi, comme il l'avoue, sur des conjectures, il décrit ainsi d'une manière probable cette seconde communication : Mermeriko est le nom véritable d'un cours d'eau inconnu jusqu'ici, prenant naissance dans la Palémé, et se dirigeant à peu près versl'ouest-sud-ouest, dans le l'enda , à la rencontre d'un creck de la Gambie, qui peut-être porte le même nom, on peu altéré dans la forme de Neriko, que lui donnent les cartes anglaises. De toute manière, il n'est pas probable que la communication du Sénégal à la Gambie s'effectue directement par un seul' et même cours d'eau. — (foy. pour l'intelligence de cette note critique la Carte d'une partie du cours du Sénégal, de la Palémé et de la Gambie, pour servira la relation d'un -voyage d exploration dans le Galant, le Bondou et le Bambouk, par Anne RaXfenel;P*ris, 1846.)
les, des perdrix, et des perruches à collier noir. — A l'époque de ce voyage, le Fouta formait une sorte d'oligarchie théocratique; un almaroy, choisi parmi les marabouts, administrait sous la direction et la surveillance des sept chefs de village les plus puissants.
fVallo. Le pays de Wallo , comme je l'ai déjà indique plus haut, commence au village de Dagana, qui marque sa limite orientale du côté du Fouta-Toro, et s'étend sur la rive gauche du Sénégal ; on peut dire jusqu'à la barre du fleuve. Rigoureusement parlant, le fleuve dans sa partie tout inférieure, c'est-à-dire depuis la barre jusqu'à Dakar-Bango, village situé sur la rive gauche du marigot des Fours à Chaux, est bordé par le territoire du Cayor, et le Wallo ne commence qu'à ce marigot.
Mais comme les îles que forment les nombreux marigotsdu bas Sénégal, telles que Sor, Babaguié, etc., ne relèvent plu: !u damel ou souverain de Cayor, mais du gouverneur de Saint-Louis, ijui les a acquises de lui; et comme la première ligne de villages qui borde le Cayor à l'ouest tend incessamment à échappera la domination injuste et malveillante du damel, nous avons pu, sans inexactitude, étendre autant les limitegdu Wallo, véritable dépendance du chef "lieu des établissements français (1).
On calcule une distance de 40 lieues environ entre Saint Louis et Dagana.
Vers ce village, le Wallo est resserré entre le fleuve au nord et des coteaux sablonneux au sud; mais, à partir du marigot de Tawéi, il s'élargit peu à peu, et est coupé par les marigots du Sénégal , qui se multiplient à mesure que le fleuve avance vers son embouchure. « Ladis- « position physique de la grande vallée « du Sénégal est très-remarquable en ce « que le sol , au lieu d'aller eu pente de- « puis les coteaux sablonneux qui bor- « dent le fleuve à des distances plus ou
(1) Les clauses de nos derniers traités avec le Wallo, comme on le verra plus bas, portent en résumé que tout le Wallo nous appartient , tant que nous voudrons nous y livrera la culture, moyennant une rente de 9,470 fr. qui, sous le nom de coutume , a été promise à Amar-Bvye , père de la reine actuelle de ce pays, Guimbotte.
L'UNIVERS
« moins éloignées jusqu'aux rives du « fleuve lui-même, va au contraire en » s'abaissantà partir du fleuve jusqu'à « ces coteaux sablonneux. 11 résulte « d'une telle disposition que dans le « Wallo et les environs de Saint-Louis « toutes les grandes plaines basses doi- « vent leur formation aux alluvions « produites par les débordements pé- « riodiques du Sénégal (1). »
Pour suivre l'ordre que j'ai adopté dans la description des pays de la rive gauche du Sénégal, je commencerai celle du 'Wallo par rénumération exacte des villages qui bordent le fleuve (2). Si l'on remonte le Sénégal à partir de Saint- Louis, on laisse d'abord à sa droite, comme je l'ai dit, leCayor,et l'onaperçoitde ce côté les îles de Sor (3) et de Baoaguiéy et à gauche les îles de Popinchïor ou Bop'n Kior, et de Thionck, Le premier village du Wallo, devant lequel on mouille, est Makka, situé sur la rive gauche à 500 ou 600 mètres du bord , tout près d'un petit marigot sans importance , nommé comme le village, et retournant au fleuve après auelques circuits. Makka est peu considérable, et, pour plus de sécurité, s'est mis,
(i) Notices statistiques 'sur les colonies françaises, imprimées par ordre de M. l'amiral baron Duperré, ministre secrétaire d'État de la marine et des colonies, 1839; Paris, Imprimerie roy. ( 3* partie, p. 196).
(a) Voy. la Nomenclature -des lieux situés sur les Bords du Sénégal, communiquée par M. le Baron Roger, dans le X* vol. du Bulletin de la Société de géographie, p. a3.
(3) Le 24 avril 1837, M. l'amiral Rosamel , ministre secrétaire d'État au département de la marine et des colonies, dans un rapport au roi, marqua que le gouvernement local de la colonie du Sénégal, en vue de favoriser la prospérité commerciale par tous les moyens, avait conçu la pensée de former à l'île de Sor un établissement qui avait été Jugé éminemment propre à ouvrir un débouche direct et de fructueuses relations avec plusieurs tribus noires de t intérieur ; et que le gouverneur, d'accord avec le conseil privé, proposait de fonder à t'aie de Sor, au lieu du v'ulag-: d'abord projeté, une ville du nom de Saint-Plùlippe . L'ordonnance royale pour l'établissement de cette nouvelle ville est datée Huai avril 1837.
moyennant un tribut, sous ia protection d'un frère du roi des Maures Trarzas, qui occupent une partie du Wallo. Après avoir dépassé la grande île aux Biches ( Vghiank ) et le village de Sahr sur la rive droite, on arrive à la hauteur de Débiy situé de l'autre côté du fleuve à 1 S kilom. dans l'intérieur, sur un montioule de sable : ce village fait un commerce assez actif de poisson frais , de poisson sec, et en huile; les habitants pèchent dans le marigot voisin de flfDonk beaucoup de ces poissons qu'on appelle ess et ridiamés. Débi appartient a un chef du Wallo, mais, comme Makka, il paye tribut à plusieurs prinepsdes Trarzas.—Après cinq heures environ de navigation , on atteint le marigot de Ouatalam qui s'ouvre sur la rive droite, et qui, pendant l'hivernage , forme, à de très-grandes distances dans les terres, d'immenses étangs. — A un quart d'heure de là , on double le marigot de Dl'Ghiagheyr ou des Maringouins, qui s'ouvre du même côté du fleuve, et qui, à peine indiqué dans la saison sèche, acquiert une grande largeur dans la saison des pluies , et forme dans les plaines voisines de grandes mares ou flaques d'eau. « Le marigot des Marin- « gouins, qui communique avec i'O- « céan (1) , est un lieu consacré par les « Nègres pour une cérémonie sembla- « ble à celle du baptême du tropique ou « de l'équateur. Ils nomment cette céré- « monie bagnass, et étendent ce nom au « lieu où elle se fait (2) : elle consiste « en parodies de prières, en un serment
(1) L'embouchure du marigot des Maringouins est sur le parallèle de 160 35' 24 , à environ douze lieues de l'île de Saint-Louis: ce marigot ne communique avec l'Océan que lorsque les pluies ont grossi le Sénégal ; alors il franchit le banc de sable placé devant son embouchure, et des bateaux peuvent y naviguer, sauf les difficultés de la barre considérable qui y règne toujours, et qui lui sont communes avec l'embouchure du Sénégal. {Note tirée du mémoire de M. Garnirai Roussin sur la navigation aux côtes occidentales d? Afrique, etc.; Paris, 1827. )
(a) On compte un assez grand nombre de bagnass eutre Saiul- Louis et BakeU la dernière et la plus vénérée est le marigot de NGuérère, qui sert de limite au Foula Damga et au Cal.ira.
SÉNÉGAMB1E.
« qu'ils font prêter aux nouveaux baptia sés (le même que celui du passage de « la ligne ) , enfin en une aspersion plus a ou moins abondante d'eau et de cen- « dres, selon le degré de générosité « gu'iJs supposent au néophyte, ou selon « rautorité qu'il exerce sur eux ; c'est « encore là un nouvel emprunt fait au « baptême de l'équateur. Le passage « d'une bagnass s'annonce par le bruit « des tam-tams , par de grands cris et « des coups de fusil (1). » Au-dessus du marigot des Maringouins et de l'île DiakalX WGhiakal), on atteint le village de Kamm ou de Khann , placé sur la rive droite, mais appartenant au Wallo : les femmes de ce village vendent à nos traitants des nattes recherchées parmi les Nègres, et du poisson séché.
11 y a dans les environs de belles rizières et de belles cultures de mil. Les habitants de Kamm payent aussi des tributs en grains à un prince trarzas de la puissante famille des Cherké-Oualad' ldi (2) : ce tribut consiste en 20 moules 13) par homme marié. Le village de Diaouarr ou Ghiawdr, situé sur la rive gauche et tout au bord de l'eau, paye tribut à ce même prince. — Après deux heures de navigation, on double ftonk ou Aronq, plus haut que le marigot de Yalakar, qui se réunit à celui de Gorum : le marigot de Gorum ou de Ronk est assez considérable, et va se joindre à celui du Four à Chaux après avoir traversé dans un cours sinueux
(i)Raffenel, foy. dans? Afrique occidentale, p. 6.
(a) La puissance de cette famille a considérablement diminué depuis quelques années, par suite de meurtres très-fréquents parmi les grandes familles des Maures : l'un des membres de celte famille était encore, dans ces derniers temps, en possession du privilège de nommer et de déposer les rois trarzas.
(3) « Le moule est une mesure de capa- « cité en usage chez les Nègres ; c'est une ■ calebasse de la contenance d'environ i li- » Ire 5o. On conçoit que cette unité de me- « sure n'est pas toujours parfaitement égale , « non-seulement de village à village, mais « môme parmi les habitants du même village; « car chacun a son moule, et c'est le coup « d'œil seul qui apprécie la capacité de la « mesure. » Note de M, Raffenel.
une partie de l'île Bettio , et baigné le village de Lammsar, où un petit fort français protège quelques établissements de culture. ( Dans cette dernière partie de son cours le marigot de Gorum prend le nom de marigot de Lammsar). Le village de Ronk sert aussi d'asile aux restes de la famille des Gueuses , autrefois prépondérante dans le Wallo, mais inférieure en forces actuellement aux familles des Tédieks et des Logorsy qui se disputent la souveraineté du Wallo (1). — A quelques minutes de Ronk, mais sur la rive opposée, est Brenn, village assez peuplé, partagé par un marigot qui contient peu d'eau , même dans la saison des pluies. Presque en face de Brenn est le village de Korr ou N'Khor, à quelques kilom.
du bord. Entre Brenn et Diek ou Ghiek est l'escale des darmankours, vaste plai ne entièrement submergée dans les grandes eaux , à 25 lieues à peu près au-dessus de Saint-Louis : le chef du village de Diek, qui prend le titre de Bey- Diek9 et qui paye tribut au même prince trarzas que Kamm et Diaouar, reçoit de nous des coutumes annuelles pour favoriser la traite des gommes à cette escale. Tout près de la, dans un lieu nommé Laouakh, est l'escale des Trarzas, sur la même rive (2): le chef
(i) Les Gueuses ont été presque détruits dans une bataille livrée en 1795, sous le brak Maderbi , dans la partie du désert située vis-à-vis du village de N' Tionk. ( Raffenel, ouvr. cité, p. 5.)
(a) Le 24 avril 1843, M. le Cte Rouët, gouverneur du Sénégal, dans une course militaire , se rendit de l'escale des Trarzas à Saint-Louis par les déserts de la rive droite, avec artillerie et bagage*. Après dix heures de marche non interrompue, il atteignit le marigot de Bopen-der, ayant traversé un pays tantôt marécageux, tantôt sablonneux, couvert de distance en distance de camps de Maures ; au delà du marigot des Maringouius, on mit le cap droit à l'ouest pour arriver au bord de la mer, en coupant la côte de Barbarie. Ils marcheront ainsi pendant cpiatre heures dans une « plaine « entièrement nue, dont le sol marécageux in- « dique des inondations annuelles, pas un arbre, « pas une inégalité de terrain, vrai désert, mais « sans sable. » On bivouaqua près de quatre arbustes rabougris (sans douté des convolvulus soldanella ) , les seuls qu'on eût rencontrés dans cette vaste solitude; et à a lieues de là à
L'UJNÏVERS.
du village de Diekten ou WGhiekteyn, qui est placé sur l'autre rive , dans une position élevée, reçoit aussi de nous, comme le Bey-Diek, des coutumes annuelles pour faciliter l'apport des gommes à l'escale des Trarzas, et dénoncer la 'contrebande (1). — .En continuant à remonter , on longe sur la rive droite le camp des Maures Azounas, tribu des Trarzas, très-redoutée dans le Wallo, et dont le chef Eli-Moctar-Pall se soumit en 1848 à M. le Cte E. Bouèt, gouverneur du Sénégal. On aperçoit ensuite, sur la rive gauche, N'Tiagar, grand village, assez peu peuplé, agréablement situé sur un petit monticule, et faisant avec nos traitants un échange régulier et important de nattes , de mil et de poisson sec, contre du tabac et de
peu près , en courant toujours à l'ouest , on atteignit les premières dunes et le sable, puis un petit village établi à 4 milles du bord de la mer, composé d'une quinzaine de misérables cases, connu sous le nom de Gayanguer, et où se trouve, pour toute richesse, un puits d'eau potable. En s'avançant le long de la mer, on bivouaqua successivement près d'un puils nommé Boureb , dont le village n'existe plus, et que les camps des Maures Boidat entourent de tous côtés , à un point nommé Dula,oh se trouvent, avec un puits, de bons pâturages verts pour les chevaux ; et, longeant toujours le bord de la mer, on arriva au gué de HT Boyot sans avoir aperçu le bois de Griel marqué sur les cartes, tout au plus à 5 lieues i/a en ligne droite de Saint-Louis. Enfin , Uaver&ant le gué de M' Boyo, ou gagna Thionk et Saint- Louis, au delà du petit gué du nord de Bop'n-Klùor. En résumé, voici quel est l'aspect du terrain de la rive droite entre l'escale des Trarzas et Saint-Louis : d'abord de vastes steppes défrieiiés prés des hameaux qui bordeut le uvefle, et incultes sur les autres points; des herbages recouverts par les eaux du fleuve pendant six mois de l'année; le sable proprement dit ne commence qu'à un ou deux milles de la mer, suivant les sinuosités des dunes qui la bordent, et qui, vers la hauteur du marigot de Kiariac, forment une gorge facile à détendre. Le gué de Sf Boyo est également commandé par un monticule d'une défense facile. — ( Foy. la carte de Citinéraire suivi par la colonne mobile partie de Saint-Lattis le la avril 1843, dans les Annales maritimes : Revue coloniale, s&43. ) (i) Raffeuel, ouvr. cité, p. 9.
la guinée. Le chef de N'Tiagar reçoit des coutumes annuelles, pour la même raison que celui de Diekten. — Après avoir dépassé le marigot de Fqff, à rentrée duquel nous avons eu autrefois un fort aujourd'hui abandonné et presque détruit, quoique bien nécessaire pour défendre aux Maures le gué par où ils pénètrent chaque année dans le Wallo , on atteint l'ancienne escale de Kamm (rive droite), que limitait un marigot, où a lieu la cérémonie du sacre des rois de Wallo, que je décrirai plus loin , et les ruines du village de N'Dianque ou Anghianghé( rive gauche ). Eu face du village de Bagamm ( même rive ), s'ouvre le marigot de Garak, qui communique, au travers du désert, avec le marigot de Gaé, après avoir baigné un village fondé depuis peu, et nommé également Garak. — On passe ensuite devant l'habitation Calvé et devant la Sénégalaise, puis devant Ar' Diao ou Anghiao, village récemment rétabli sur la rive gauche, mais encore peu peuplé, et appartenant à un prince du Wallo , ue ML Baffenel nomme Diogomail, evant le village de N'Diangui, ancienne capitale du Wallo, qui aujourd'hui reprend beaucoup d'importauce, comme lieu de relâche pour les navires qui remontent le fleuve. — On mouille eusuite devant Mchard-Toll, fort français, qui est le point d'appui militaire aes escales, et qui , commandant en même temps l'entrée du marigot de Tahoué ou Tawey , et par là le grand lac Pauié-Foul lui-même, communique aisément avec le nouveau po£te-coniptoir de Mérina G'hen établi sur le lac, et assure ainsi notre domination dans le Wallo (I). — Au-dessus de l'île Couma, on aperçoit, à 1 kilom. 7 delà rive gauche,' le village de Guidakar ou Ghidaqâr, habité presque exclusivement par des Gantenns, famille du Wallo, qui par ses mœurs se rapproche beaucoup des Griots (2),
(x) Raffeuel, ouvrage cité, p. 11 (a) « L'originale population connue sous - le nom de Griots, dit M. Raffeuel {Toyage * dans r JJrique occidentale, p. i5 et sui\.), « forme uue classe particulière, différant eu- « tièrement des autres habitants de la Sc- « négambie par les mœurs et la religion. Les
SÉJNEGAMBIE.
comme les Diavandous du Fouta et du Bondou : Guida kar est inondé pendant la mauvaise saison, et entouré de cultures de mil , de patates douces et de melons. — Llle de lodd, située à 1 beure de navigation au-dessus, est peuplée comme Guidakar de Gantenns, qui payent tribut aux mêmes chefs maures, les Aboies, princes des Trarzas, mais sont souvent obligés de venir chercher à Ri< hard-Toll un abri contre les pillages de leurs prétendus protecteurs.
M'Bilor est le dernier village du Walio avant Dagana.
Entre lés limites que j'ai marquées au Wallo, la végétation des rives du Sénégal présente des aspects très- variés:
depuis son embouchure jusqu'au village de Makka , situé à 8 lieues environ au-dessus de l'île Saint-Louis, le fleuve
« Griots vivent entre eux , ne contractent « d'alliances qu'entre eux, et, sans être posi- « tivement idolâtres, ils ont repoussé pour « la plupart les enseignements de l'islamisme. « La vérité est qu'ils ne se livrent à aucune « pratique extérieure, et qu'ils n'ont avec « leurs compatriotes qu'un seul point de n contact à l'endroit des croyances : c'est « celle qui admet la vertu des gris-gris , comn muue à tous les peuples de la zone trans- « atlantique de l'Afrique, inahometans ou «fétiches, de race caucasique ou de race « éthiopique. Les gris-gris jouent en effet un « très-grand rôle dans la vie du Nègre. Ce « sont des talismans ou des amulettes dont « la forme varie depuis la coquille roulée juste qu'à la corne de chèvre, depuis le riche ma- « roquin ouvragé qui renferme un verset du « Coran écrit par un marabout puissant, jus- ■ qu'au plus sale chiffon qui enveloppe une « molaire paternelle. Les Maures oui une foi « moins aveugle dans l'efficacité de ces « préservatifs ; mais ils sont loin cej>endant • de les dédaigner absolument » Les Griots, hommes et femmes , sont les fous et les ménestrels des principaux chefs; ils improvisent avec emphase, et ens'accompagnaut d'un* guitareà trois cordes, les louanges de tous ceux qui les payent : dans leurs improvisations en général, ils peuvent tout dire impunément. Les Griots passent aussi poar avoir des relations mystérieuses avec les esprits, et à ce titre ils sont quelquefois l'objet de la terreur publique : cette crainte fait qu'on leur refuse rarement ce qu'ils demandent. Toutefois il y a des Nègres qui regardent comme une insulte grave d'être appelés griot*.
est bordé de palétuviers (rhizophora), arbres toujours verts, dont les mille ra eînes hors de terre et entrelacées servent de digue, pour ainsi dire, contre les empiétements du fleuve, et de repaire à une multitude d'oiseaux aquatiques et de crocodiles. (Les Wolofs nomment cet arbre Khekh). Un peu au-dessus de Makka, les palétuviers cessent complètement, et sont remplacés par des groupes de typha iati/olia , txarundoaUis Hlina et de cyperus articula tus; les plaines argileuses et annuellement submergées sont couvertes de graminées vivaces, et ça et là de buissons rabougris de tamarix; à 8 ou 10 lieues au-dessus de Makka, les roseaux diminuent sensiblement , et font place aux acacia arabica et îuix adansonii; les buissons de tamarix deviennent très-communs; et le sol, tout en s'élevant peu à peu, demeure revêtu d'herbes à racines vivaces (1).
D'immenses espaces salés sans végétation sont jetés au milieu de ces plaines verdoyantes, et peuplés de sandiers d'Éthiopie ( bam-halûes Nègres), de chacals, de hyènes rayées , de lions et desrrpents. On voit la végétation augmentera mesure qu'on remonte lefleuve, et le sab-sab ( sesbania punctata ), d'abord assez rare, succède aux acacia et aux tamarix : c'est un joli arbrisseau, qui s'élève dans ces parages à huit ou dix pieds; sa cime est touffue, et ses fleurs, jaunes ponctuées de noir, tombent en grappes. Une espèce particulière de polygonum, remarquable par ses longues tiges fistuleuses , articulées et cylindriques, et par les nombreuses touffes de fibrilles blanchâtres qui se développent à chaque entre-nœud , borde aussi, sur plusieurs points, avec le sesbania. le lit du Sénégal. Au delà du marigot des Maringouins, les bords du Sénégal sont plus boisés : des groupes peu élevés , mats toufftis, servent de refuge assuré à de nombreux crocodiles (le ghessig des indigènes ou crocodile du Niger, et le
(i) Sur les racines ligneuses des tamarix, des nitraria, qui tapissent ces tertres sablonneux r M. Perroltet , auteur de la Flore de Sénégamèie , recueillit en abondance le plùuepta af ricana, remarquable par ses hampes chargées de fleurs du plus beau jaune orange.
L'UNIVERS
maij-medo ). La rive gauche du Sénégal, au-dessus de Vile aux Caïmans ou île Kouma, est un peu plus élevée que la rive droite, et présente, de loin en loin, de vraies falaises. En dedans de ces bords escarpés croissent çà et là de gros mertensia, des touffes de sapindus senegalensis, de diospyros dioica, de cratxva adansonii.Les tertres coniques et caverneux élevés par les termites se multiplient,et sont couronnés degrewia betulœfolia, de cxdabas farinosa, de celastrtis, de capparis tomentosa , et de capparis corymbosa, qui abritent sous leurs larges touffes d'innombra-' bles légions de pintades et de perdrix. On trouve aussi en abondance, dans tous ces terrains secs et sablonneux, le niotouttdes Woloffs (heudelotia af ricana de la Flore de Sénépambie ), arbrisseau de la famille des terébinthacées, et voisin du genre rkus, qui forme des buissons droits, élevés de huit à dix pieds au plus (1 ). Sur la rive en face de Da-
(i) « Les tiges de cet arbrisseau, dit « M. Perrottet r dont les plus grosses ont « rarement deux pouces de diamètre , sont « presque toujours munies d'épines prove- « naut de rameaux avortés, et revêtues d'une « écorce brunâtre, unie ou fendillée. C'est « de ces tiges, le plus souvent dépourvues « de feuilles, mais fournies de petites fleurs « rouges tout à fait sessiles, que découle la « gomme résine connue en Europe sous le « nom de bdellium. La plante en produit « une quantité d'autant plus grande que le « vent d'est est plus sec et plus chaud. Cette « résine s'épanche à l'extérieur, sous forme « de larme de la grosseur d'une noisette or- « dinaire, et reste longtemps attachée ou « comme suspendue à l'écorce des tiges , « d'où elle tombe ensuite à terre par l'effet « de son poids et de l'action des vents pres- « que continus. » On ignora pendant trèslouglemps de quelle plante découlait le bdellium des droguistes; c'est M. Perrottet qui le fit connaître vers r8a5 : a Le bdellium de « Y/teudelotia a/ricana, ajoute-t-il , se re- « connaît aux larmes obïongues, presque « globuleuses , quelquefois un peu ridées ou « déprimées , terminées d'un côté et vers le « point d'attache par une petite pointe ou « cicatrice qui annonce qu'elles tenaient à « l'arbre par ce point II est rougeâtre , demi- « transparent, quelquefois uu peu opaque, h se ramollissant facilement sous les doigts. « Sa cassure est presque vitreuse , sa saveur
gana, crott en abondance le rondier ( lontarus Jlabelliformis ), espèce de palmier dont les feuilles sont disposées en éventail sur de longs pétioles dentelés latéralement. iJesalix segyptiaca ( le kélélé des indigènes ) forme aussi, dans les environs de Dagana, des groupes plus ou moins rapprochés. Les femmes du Wallo se servent des jeunes rameaux du kélélé comme de brosses à dents , et les nomment à cet effet sottio ou sokio. A 2 lieues au-dessus de Dagana, le rondier disparaît entièrement, et est remplacé presque exclusivement par des groupes nombreux d'acacia d'espèces diverses (1).
Tout auprès deRichard-Toll , comme je l'ai indiqué plus haut , est l'entrée ou l'ouverture du marigot de Tatvey, qui conduit au lac Panié-Foul : en cet endroit la largeur du marigot est de 100 à 150 pieds au plus, et sa profondeur de 8 à 10 pieds au moins; ses bords diminuent de hauteur à l'approche du lac, et sont couverts tantôt d'arbres rabougris , épineux, de plantes grimpantes ou de champs de mil souvent fort étendus, auxquels succèdent plus loin de vastes prairies naturelles, annuellement inondées, où paissent toujours de nombreux troupeaux de bœufs, de vaches et de chèvres. Lors du voyage de M. Perrottet au lac de N1 Gher," par le marigot de Tawey, en avril 1828 (2), six barrages formés par les indigènes, pour faciliter la pêche, entravaient la navigation de ce marigot : c'étaient
« extrêmement Apre , amère , laissant sur le « palais le goût le plus désagréable; son « odeur, à la cassure, est un peu celle de la n térébenthine ou de la myrrhe, laissant « après la brûlure un parfum assez agréable « et un résidu abondant, » (JVouv. A/m. des Voyages, t. LVIII, p. 83-86.)
(i) Voy. la relation du Voyage de Saint- Louis, chef-lieu de la colonie du Sénégal, à Podor, en remontant le fleuve, fait en i8a5 par M. Perrottet, naturaliste voyageur de la marine et des colonies ( JVouv. Ann. des voyages, t. LVIII, p. 170-416).
(a) Voy. la relation d'un voyage au lac de N*Gher en Sénégambie, et excursions botaniques dans les environs par M. Perrottet, naturaliste voyageur de la marine et des colonies, dans les Nouvelles Annales des voyages, t. LVII, p. 26-89.
des rangées de pieux de gonatier fichés solidement dans le fonu de l'eau, à l'abri desquels se plaçaient les pécheurs nègres avec leurs filets. Le Nègre chargé d'entretenir ces barrages exigeait du voyageur qui demandait le passage une rétribution ou indemnité proportionnée au tirant d'eau , à la grandeur du bateau et au nombre de piquets qu'il lui fallait enlever. Sur la rive gauche du marigot, on distingue deux villages, PTDombo et plus haut N'Tiago, près duquel ce cours d'eau fait un détour considérable. A l'entrée du lac de N'Gher, vulgairement appelé Panié-Foul , l'eau et le sol sont presque de niveau : des îlots, très-rapprochés les uns des autres, bas et ombragés par de charmants arbrisseaux à fleurs jaunes de la famille des légumineuses , nommés bilor par les Nègres (1), embarrassent l'entrée du lac, qui peut avoir tout d'abord une lieue de largeur : une baie touffue, et comme continue, de typha latifolia et de cyperus articulât us borde ses rives , et de longues tiges foliacées â'aponogeton, qui s'étendent à la surface de l'eau, gênent la navigation. 11 est très-difficile de débarquer, surtout sur la côte orientale : une large savane marécageuse, de 300 toises environ , toute défoncée par les élé-
Ïmants, sépare la rive du terrain solde et de la chaîne de coteaux sablonneux qui suit ses sinuosités. Après une navigation de trois heures et demie par une bonne brise, en laissant à droite les deux marigots de Lemon et de bemon- Ghiarè, qui traversent les plaines de Ghicideuss, et à gauche le village de Témey, ou arrive à la hauteur de N'Der, capitale du Wallo, située à deux milles
(i) « Les feuilles pennées de cet arbris- « seau aquatique, d'après la description de « M. Pen ottet, sont glabres et d'un beau vert « foncé ; son bois est d'une légèreté extïème, « plus tendre et plus mou que le liège; il sert « aux habitants de ces contrées à garnir les « instruments de pèche. Le bilor ne s'élève « guère au-dessus de 8 à io pieds; ses bran- « ches, ses rameaux et la nervure de ses feuil- « les sont couverts d'aiguillons crochus, le « plus souvent caducs; il n'existe peut-èlre « sur aucun autre point du littoral africain. » Cette plante fut publiée dans la 6* livraison de la Flore de Sénégambie , sous le nom de Hcrminicra eUplwoxyloix.
4e Livraison. (Sénégambie.)
environ du lac, sur uue petite éminence, et médiocrement peuplée, quoique assez étendue. De là, en gouvernant au sud-sud-est, et après avoir laissé SanenU ou Saniute à gauche , on double l'île de G hé la n : cette île, longue de deux lieues et large au plus d'une lieue, est très-peu boisée, quoique de loin elle paraisse couverte de forêts; le sol est compose d'un sable grossier d'une extrême blancheur, qui fatigue la vue, et si stérile que les végétaux n'y sont que clairsemés en buissons rabougris : les animaux y sont plus rares encore. Le village de Ghélan, chef-lieu de l'île, domine tout le lac; de là on aperçoit le village de Foss sur la rive orientale, et ceux de Nié et de Mal sur la rive opposée , et dans le sud les deux petites îles de Taak et de Jonk, qui sont inhabitées. Les habitants du village de Ghétan cultivent presque tous le riz , le mil , le maïs, le coton, et diverses espèces de légumes; quel<|ues-uns se livrent à la chasse et à la pêche; ils sont excessivement nombreux, et chaque case contient de douze à quinze individus, vivant tous pêle-mêle.
Les cases , comme toutes celles de ces contrées, ressemblent à nos colombiers; les parois extérieures sont construites en roseaux serrés et fixés à des poteaux qui s'élèvent à cinq ou six pieds audessus du sol, et supportent une couverture en paille de même hauteur et de forme conique. Chaque case ne consiste qu'eu un rez-de-chaussée de six à quinze pieds de diamètre, où l'on entre par un trou carré fort bas, unique ouverture de la case : l'intérieur est rarement divisé en deux ou trois compartiments, et meublé d'un ou de plusieurs toijs, espèces de lits formés d'une claie large de quatre pieds, qui repose sur des traverses de bois longues de six pieds à peu près , et soutenues à une hauteur d'un pied et demi par des pieux fourchus, et d'une seule natte faite des tiges du cyperus articulatiis, qu'on étend sur ce fond de lit. La cuisine se fait dans l'intérieur des cases , toujours noirci de fumée; la nourriture favorite des indigènes est le couscous et le sanglé , espèce de pâte de farine de millet. Les femmes dégagent cette farine du son à l'aide d'un petit van arrondi, nommé /ayof, fait avec les tiges flexibles d'une espèce
L'UNIVERS
de cala m us (rotang) qui ne se trouve que dans l'intérieur du pays et sur les bords de la Gambie. Ce van sert à retirer du mil pilé deux sortes de farine très-différentes : l'une, nommée couscous, qui comprend la partie la plus grossière et ia moins blanche, est cuite a la vapeur dans un canari ou vase en terre; le couscous est alors sec et .granuleux, et très-agréable au gout avec un assaisonnement de bouillon de viande et de poisson et tialao (feuilles émollientes de baobab réduites en poudre). \ je sanglé est la partie la plus fine et la plus blanche de la farine du sorghum vulgare et du penicellaria spicata ; on raccommode avec du lait doux ou aigre, de la viande et du poisson, et il compose le repas du matin, comme le couscous celui du soir- Les habitants de ce villuge sont doux, affables et tranquilles, bien faits et d'un tempérament robuste, d'une taille moyenne et bien
fnrise; ils ont les cheveux noirs, crépus, aineux et souvent très- lins , les yeux noirs et bien fendus, les traits agréables et la barbe rare. Les femmes sont mieux faites encore que les hommes ; leur peau est d'une douceur et d'une délicatesse extrêmes, et quelquesunes sont vraiment belles; mais, comme toutes les femmes eu Sénégainbie, elles ont l'habitude dégoûtante de se graisser les eheveux avec du beurre souvent ru née, pour les tresser plus aisément. Sous ce climat les entants vont nus jusqu'à l'âge de douze ou quinze ans; mais dans l'hivernage on les couvre d'un cous s ave, espèce de blouse sans col ni manches.
Les hommes comme les femmes portent pour vêtement deux pagnes de coton bleu, dont Tune, attachée au-dessus delà ceinture, enveloppe le bas du corps, et' la seconde est portée en éeharpe. Les femmes se couvrent la tête d'un mouchoir de couleur ou d'un coupon de guinee bleue, et ont aux pieds, comme les hommes, des sandales de cuir bien travaillées. Ce tableau descriptif de la population du village de Ghélau, que j'emprunte à M. Perrottet, conviendrait également à toute la population du Walio. — Il y a dans l'île de Ghelan deux autres villages très-étendus aussi et très- peuplés, Gemmé ou Gué met et IV' Gio/cor ou Yokor. L'île est très-rap-
f trochée delà rive occidentale du lac, sur aquelle on voit , en face de sa pointe septentrionale, le village deiYalré, en face de sa pointe méridionale , celui de Niey, et, au milieu des deux, celui de Bareyam; un petit marigot conduit à JNaëré. i\iey ou JNiégé se compose de plusieurs groupes de cases disséminées sur le sommet ou sur le penchant de petits monticules; ce terrainaccideutés'abaisse insensiblement vers le sud, dans la direction de Moli ou Mal, et forme une plaine vaste et unie, parsemée de baobabs de moyenne grandeur (adansonia digital a), de tamar indus et de spondias (le birr des indigènes), dont on mange les fruits. — Presque à la hauteur de Moll , sur la rive orientale, est le grand village de Foss , à quatre heures de chemin à peu près de celui de Saniute , sur la même rive, mais plus au nord La rive du lac entre ces deux villages est sinueuse ; elle se dirige d'abord au sudouest, puis droit au sud. Au fond d'une baie, presque à mi-chemin de l'un à l'autre, est un mamelon conique, couvert de quelques buissons rabougris, et le point le plus élevé des rives au lac. Dans les environs de Foss, comme dans le reste du contour du lac de N'Gher, le terrain est léger, sablonneux même et très-propre à la culture du petit mil. Non loin du village et vers le sud s'étend une vaste savane, inondée chaque année, et où différentes tribus nomades amènent de nombreux troupeaux.
M. Perrottet a observé que les espèces de graminées et de cypéracées qui composent ces pâturages n'étaient pas de nature à donner aux vaches un lait abondant ni de bonne qualité; que leur lait ne produisait que peu de beurre et avait un goût d'amertume très-désagréable; et c'est sans doute pour cela que les indigènes attendent, pour se nourrir du lait de leurs vaches , qu'il soit passé à l'aigre. A l'est de Foss , et vers l'extrémité du plateau qui touche à ce village, le néou (parinarium senegalense)y végétal de grande taille et de forme pyramidale, croît en abondance; plus loin, dans la direction du nord-ouest, au milieu même dessables brûlauts, la végétation est assez vigoureuse, et il y a de ce côté de beaux tamariniers, des parinarium,
des mertentia , des mœrua et des combretum. Aux deux extrémités du village, les habitants les plus riches ont leurs greniers à mil, « espèces de bâches « arrondies de huit à dix pieds dediamè-
■ tre, sur guatre pieds et demi à cinq pieds a de profondeur, construites avec des « branchages entrelacés sur des piquets, « disposés circulaire ment à un pied et
• demi de distance les uns des autres. « Ces paniers sont revêtus extérieure- « ment d'une couche d'argile bien pé- « trie, qui en séchant prend une « grande solidité. La bâche est fixée « sur des pieux élevés de trois pieds envi- « ron au-dessus du sol , et couverte
■ d'une sorte de toit en paille bien € travaillée, semblable, pour la forme, « à celle des cases ordinaires , mais « montée sur une charpente isolée,
■ de manière qu'on puisse la déplacer « et la remettre à volonté. Ces maga- « sins sont destinés à recevoir le mil en c épi ou en grappe , selon l'espèce. On t le ran^e par lits superposés, que l'on « dispose de façon que le grenier en « contienne la plus grande quantité « possible. On place ensuite la couver- « ture conique sur la bâche, et on l'y « fixe sur les bords avec quelques la- « nières de bauhinia rufescens, dont « on se sert dans toutes les construc-
• tions de ce genre. Ces greniers par- « ticuliers sont assez élevés et assez « nombreux pour qu'à une certaine « distance un village paraisse beaucoup « plus grand qu'il ne Test réellement.
« Quand on ignore cette particularité « on est sujet à se méprendre souvent « sur l'étendue des villages de ces conc trées; d'autant plus aisément que tous, « dans la saison de la récolte du mil « surtout, sont entourés de greniers « provisoires de ce genre. Pour aller de Foss à Serr, village situé à trois lieues plus au sud , on côtoie un plateau aride, qui s'élève en pente douce et que recouvre un banc considérable de masses de fer en roches ou de pyrites ferrugineuses, du milieu duquel sortent quelques chétifs acacias à tige roui liée. Plusieurs voyageurs ont observé des bancs de même nature sur différents points de la terre d'Afrique, et nommément M. Caillé sur la rive droite du Sénégal / chez les Maures Braknas,
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et M. Perrottet dans d'autres cantons encore du Wallo.
Près de Serr le lac se rétrécit brusquement , et là commence ce que les indigènes appellent Ghen-N'Gher ou queue du A Gher. Si on le traverse en cet endroit et qu'on aille débarquer devant Berar, village situé à un mille et demi du village, sur un monticule assez élevé, et que de là on se dirige vers le sud, on voit le lac devenir de plus en plus étroit ; on passe devant Morée, placé sur le revers d'une montagne, à un mille et demi environ, à IHokouL, trois quarts d'heure après; on double, à dix minutes de la , Lambaye , dont un tamarinier'indique le débarcadère, et devant lequel s'étend l'Ile de Musoul, et on atteint bientôt notre établissement ou comptoir de Mérinaghen à un quart de lieue environ de Lambaye, et à une lieue de l'ancien village de ce nom, qui n'existe plus aujourd'hui. L'établissement de Mérinaghen est situé sur un monticule a cent mètres des bords du lac; c'est, de l'avis de M. Ed. Bouët- Willaumez, ancien gouverneur du Sénégal, une excellente position militaire qui nous assied au cœur du Wallo, presque à la limiteduCayor, du Fouta et du Yoloff , et sur les bords d'un lac que nos petits bateaux à vapeur peuvent sillonner toute l'année ou à peu près (1). — Devant Mérinaghen le lac s'élargit de nouveau considérablement, et sa direction, qui. jusque-là depuis l'entrée n'avait cessé d'être nord et sud, devient est et ouest. En avançant de ce côté on voit successivement sur la rive orientale Bata , et, en face, le village de Genguette, plus loin Couphy vis-à-vis du pays des Éléphants, d.ms le Fouta, et après avoir doublé Makatoubé, sur la même rive que Serr, à la hauteur du village de Dungaël, et la petite Ile de Nioul; après avoir reconnu Maka sur la rive orientale et dépassé l'île de Dialey, on atteint N Bonne, où le lac se rétrécit extrêmement et où s'arrête
(i) Le 16 avril 1843 M. Bouët observa à Mérinaghen, sur le lac, la hauteur méridienne du soleil, qui donna une lalilude de 160 1', précisément celle de Saint-Louis : ces deux points sont donc e*l et ouest et éloignés l'un de l'autre de quinze lieues environ.
LTOIVERS.
ù peu près la navigation. Au-dessus de Mérinaslien les sinuosités du lac se multiplient à l'infini , ainsi que les bancs de sable ; la plupart des îles dans ces parages sont très-petites, et ne sont vraiment séparées de la rive que pendant l'hivernage. Une yole peut avancer au plus loin jusqu'à Serinegué : de là le lac se prolonge jusqu'à Yaenne, dans le Yoloff , et s'y termine quand l'inondation a été faible ; toutefois, une suite.de mares en marque encore vaguement la continuation jusqu'à une vingtaine de milles dans l'est ; et quand les inondations sont très-fortes il communique sur les terres de Berguel avec un autre lac, nommé Namani-Bou, qui se prolonge à travers le Bondou et le Fouta-Djallon. — L'étendue du lac Paniéfoul, depuis l'entrée jusqu'à Yaenne, a été estimée à 33 lieues à peu près. — Ce lac est beaucoup moins poissonneux que le Sénégal et ses affluents , et que le marigotdeTawé particulièrement.
M. Perrottet l'attribue à l'absence complète d'arbres et de plantes arborescentes sur les bords du lac, garnis uniquement de typha, d'arundo , de cypetoutes plantes grêles, hautes au plus de dix pieds , sans aucune ramification , incapables par conséquent de proté- .ger de leur ombre les poissons contre les rayons perpendiculaires du soleil.
A Mérinaghen l'eau du lac est douce et potable, excepté dans les mois de mars, avril, mai et juin; à N'Boune l'eau est toute salée,, à cause de la proximité de quelques salines (1).
Le W a! io ren ferme un grand nombre de marais, pour la plupart très-étendus, formés, comme je l'ai déjà dit pour le Fouta, les uns par les inondations du fleuve et des marigots , dans la saison de l'hivernage, les autres seulement par l'accumulation des pluies dans des plaines inclinées ou basses. L'inondation a lieu aux mois de juillet, août, septembre; en octobre les eaux commencent à se
(t) Voy. V Analyse géographique d'un voyage de. MM. Caille, Huard-Bessinière , Potin-Patterson et Paul Holle au lac Panié~ foui et au pays de Yolof, en octobre , novembre et décembre 1839, par M. d'Avezac, dans le Huile tin de la Société de Géographie, IIe série, t. XIV, p. 193-316.
retirer, et il ne reste plus aucune communication entre le fleuve et ces marais, qui, en général, en sont assez éloignés. Tous ces marais, comme ceux du Fou ta, contiennent des sangsues, et peuvent être exploités. M. Huard-Bessinière, dans la reconnaissance qu'il fit en 1836, entre le marigot de D' Nayer et le marais de Kelao ( dans l'île au Morphil ), explora dans le Wallo les marais D1 Nayer , iV' Darv , sur la rive des Maures, N' Kassak près du village de Ronk, Naitsk et N' Goly près de l'ancienne habitation de Faff, N' Garak visà-vis de Richard-Toll , sur la rive des Maures, iV Bagan à trois lieues de ce poste, N* Tiago près du lac Paniéfoul, Satfou ou Sajtou près du village de Guidakar, Dy Ndyrice, Falcore, Denatouque, Kahy Salor, Bady, Bomdiame, Connovy,Debidon, Y or e, N' Banak dans les environs du village de Gaé, Diawer, Goumbé, l'île de Todd, Euder, NPau, D' Yeyen, Mayufalermé près du village de iV' Tyagar. Dans les mois de décembre, janvier et même février, ces marais contiennent en général une trop grande quantité d'eau pour que la pêche soit avantageuse; les sangsues sont alors trop dispersées. Les vents d'est qui régnent pendant les mois de mars, avril, mai et juin finissent par les dessécher complètement, et il est rare qu'à la fin de juin il y ait encore de l'eau; les mois de mars, avril et mai sont donc les plus favorables à l'exploitation. Les sangsues des marais où l'on a mené paître des bestiaux sont sensiblement plus grasses et plus nombreuses que les autres, ce que M . Huard attribue à l'effet de la bouse de vache. Dans la pêche d'essai qu'il entreprit alors il se borna à l'exploitation des marais de N' Tiago et de Kelao (Fouta), à cause de leur proximité de Richard-Toll. Les herbes étant trop hautes pour qu'on pût se servir des filets en usage dans le département des Deux-Sèvres, il faisait marcher les hommes dans l'herbe, et les sangsues venaient se coller contre leurs jambes, surtout au fort de la chaleur : la pêche est beaucoup plus abondante quand l'eau est déjà échauffée par le soleil. Celle de IS' Tiago fournit la première fois 150,000 sangsues; et cette pre-
mière exploitation, tout imparfaite qu'elle fut, procura à peu de frais un approvisionnement complet pour la colonie, et permit même d'expédier une grande quantité de sangsues à Cayenne, a la Martinique, à la Guadeloupe et dans la métropole (1).
Le Wallo est un des pays de la Ségambie les plus pauvres en terres cultivables. Les quatre cinquièmes de celles qui bordent le fleuve sont salées ou ne sont pas couvertes par le débordement ; cette double cause suffit à expliquer la rareté des loughans de ce pays et la pauvreté des récoltes, qui ne suffisent jamais aux besoins des habitants. Néanmoins, il m'a paru intéressant d'emprunter à M. Perrottet une description
(t) Voyez dans les j4 finales maritimes i", 1837, août, n° 3r, les Recherches de sang* sues dans le Walh et le Fottta par Joseph Huard- Bessinière, pharmacien de a" classe de la marine; a°, 1 83 7 , septembre, n°44, le Rapport d'une commission nommée à Brest par le prèîel marilime sur les sangsues provenant du Sénégal; 3*, 184b, janvier, nw 18, le Rapport de M. Huard sur les circonstances d'une nouvelle pèche de sangsues au Sénégal (6 septembre 1839). — Voy. aussi un Rapport sur les sangsues du Sénégal de MM. Henry, SéruNas et Virey, membres de l'Académie de Médecine, sur les sangsues du Sénégal, ibid., 1839; Sciences et arts, t. I, n° 79. C'est en 18 19 que M. Catel, médecin à Saint-Louis, apprit d'un indigène nommé Biram-Counou, auprès de qui il avait été appelé en consultation, qu'il existait des sangsues au Sénégal, dans leCayor. M. Sclnnaltz, alors gouverneur de la colonie, passa immédiatement un marché avec le marabout Hècataty, à raison de i5 francs le cent; mais un an après le fournisseur voulut élever le prix de 10 francs. En i8a3 une autre espèce de sangsues fut découverte dans les marigots du Wallo, surtout dans celui de Fatte, et quelques années plus tard dans le lac de N'Gher. On distingue en effet deux espèces de sangsues au Sénégal, la noire et la verte; la première, plus petite, mais pins avide, provenant surtout du petit lac de M'Boroo dans le Cayor, à douze ou quinze lieues de l'embouchure du fleuve, et la seconde , en tout semblable à la sangsue de France. ( Voy, le Rapport de M. Catel à M. Gerhidon, commandant et administrateur du Sénégal, sur la sangsue officinale indigène du Sénégal, dans les J finales maritimes , l8»7 , Sciences et arts, t. II, p. 636.)
circonstanciée des cultures indigènes dans le wallo. C'est toujours après la retraite des eaux du fleuve que commencent leurs grandes opérations agricoles , celles qui ont pour objet la culture du gros mil ou guiarnult.
Cependant l'un des travaux préliminaires a déjà eu lieu lors de la présence des eaux sur les terres et au moment où elles annoncent leur rentrée dans le fleuve; ce travail consiste à déraciner, à l'aide d'une hilaire ( espèce d'instrument en fer dont le tranchant, d'environ dix pouces de longueur, présente exactement une hirondelle ou le dos d'un croissant fixé par le milieu à l'extrémité d'un long manche de bois ) , les plus grosses touffes d'herbe dont le sol est couvert ; de manière que les eaux, en se retirant, les entraînent dans le lit du fleuve.
Les hommes qui se livrent à ce travail pénible sont obligés de se mettre dans l'eau jusqu'à la ceinture , et de faire des efforts réitérés pour déraciner complètement et rendre flottantes ces souches de graminées vivaces.
Lorsque les eaux se sont retirées , et que le sol est légèrement essuyé , chaque propriétaire s'occupe à débarrasser et à enlever celles des herbes que le courant n'a pu entraîner avec lui. Après cela , un léger binage s'opère à la surface avec un autre instrument, également en fer, ayant la forme grossière d'une houe dont les deux angles seraient arrondis, et terminé à l'opposé du tranchant, sur le dos de l'instrument, par une douille droite, à laquelle est adaptée l'extrémité en crochet d'un long manche flexible; ce qui forme ainsi une houe à angles plus ou moins ouverts. Cet instrument est le seul dont les habitants de ces contrées fassent usage pour la culture des terrains inondés. Immédiatement après ce premier binage ils se servent d'un pieu assez gros, et terminé à l'une des extrémités par une pointe arrondie que précède de six à nuit pouces un bourrelet. A l'aide de cet instrument ils pratiquent des trous de la profondeur indiquée par le bourrelet , et à une petite distance les uns des autres. Un enfant place ordinairement de trois à quatre grains de mil
L'UNIVERS
dans chacun de ces trous ; puis il les recouvre au même instant d'une pincée de sable blanc très-fin, dans le but d'envelopper la semence de l'humidité nécessaire à sa germination ; au bout de quatre ou cinq jours au plus, les jeunes feuilles, roulées en cornet, apparaissent à la surface de la terre, et continuent ainsi à végéter jusqu'à ce que la nouvelle plante ait atteint le terme de son développement et mûri ses graines. Ces trous ne sont ordinairement comblés qu'après que la tigette est parvenue à la hauteur de quatre ou cinq pouces, ce qui donne lieu à un second binage. C'est dans ce moment que le champ est entouré d'épines qui servent à en défendre l'entrée aux animaux sauvages ou domestiques. Jusqu'à ce que le mil soit arrivé à sa parfaite maturité, il exige des soins nombreux, minutieux même et sans cesse réitérés.
C'est ainsi que non-seulement le binage doit être renouvelé à plusieurs reprises, mais qu'il faut encore avoir le soin d'entourer chaque épi avec de la
Saille, afin de le préserver de la voracité es nombreux vols d'oiseaux dont les rives du fleuve sont couvertes, surtout à cette époque. Indépendamment de ces minutieuses précautions, les malheureux Nègres sont encore obligés de construire dans le milieu de leur longhan des espèces de huttes en paille, dans lesquelles ils se tiennent jour et nuit, à l'effet de détourner de leurs champs ces innombrables nuées d'animaux aériens. C'est encore dans le même but qu'ils lancent avec des bandoulières des mottes de terre dans Pintérieur des plantations, et qu'ils suspendent sur plusieurs points des mannequins, qu'ils font mouvoir depuis leurs cabanes à l'aide d'une ficelle. On voit, d'après ce qui vient d'être dit, combien la culture du mil, que l'on croit n'exiger aucun soin, est, au contraire, difficile et coûteuse, et combien surtout elle demande de précautions et de travaux réitérés. — Parmi les semis de sorghum, et entre les intervalles qui séparent chaque plante, les Nègres ont l'habitude de cultiver encore le maïs , deux espèces de dolic/ios, nommé dans le pays niebé, des patates douces, des melons d'eau et d'autres cu-
curbitacées dont les graines sont mangeables et sont un onjet de commerce assez lucratif. Us cultivent également , enfin, celles avec lesquelles les naturels font leurs ustensiles de ménage, tels que calebasses, etc. Il est assez rare, néanmoins, malgré l'humidité du sol, que ces plantes réussissent également bien. Il arrive parfois des années où la terre est remplie d'insectes nuisibles , qui détruisent en très- peu de temps la totalité de leurs germes : nous avons vu fréquemment renouveler jusqu'à trois fois, dans l'espace d'un mois au plus , les semis de gros mil , sans aucun succès ultérieur. — Le petit mil ou Dougoul Nioul des Nègres {penicillaria ' spicata ) , se cultive dans un sol tout différent et à une époque de l'année particulière. Le pays de Wallo est encore très-pauvre en terrains de ce genre , car les hauteurs sablonneuses paraissent seules convenir à cette plante. On n'a jamais vu qu'on la cultivât dans les terrains bas et argileux des bords du fleuve. Sa culture est d'autant plus prompte et plus facile , que le sol est plus léger. L'extirpation des herbes nuisibles, à l'aide de Yhilaire , s'effectue longtemps avant la saison des pluies; il est même nécessaire que dès les premiers grains de pluie toutes les semences soient confiées à la terre , si déjà elles n'y ont été mises avant. On ne se sert point à cet effet d'un pieu semblable à celui qui est employé dans les terrains humides ; la houe ou même l'extrémité du pied sert à former les trous peu profonds dans lesquels sont placées les semences. Ces espèces de fossettes n'offrent aucune régularité, chacune d'elles est formée au hasard ; aussi remarque-t-on un désordre complet parmi ces plantations.
La récolte de ce penicillaria ou peniatum peut déjà s'opérer dès les mois de septembre et d'octobre, surtout si les pluies ont été un peu continues.
Dans le cas contraire elle a lieu vers les premiers jours de novembre. Il suit de là que la saison pluvieuse, indispensable à la prospérité de cette plante, suffit pour mûrir complètement les graines, tandis qu'il faut souvent six mois au sorghum pour atteindre le même but. La culture du
cotonnier et de l'indigo est très-bornée chez les Walofs, de même que celle du tabac, qui est cependant chez eux d'un usage général. La paresse ou la difficulté de le faire prospérer leur fait préférer pour l'obtenir la voie d'échange. Ce trafic a lieu , soit avec les commerçants de Saint-Louis, soit avec les habitants du Fouta-Toro, leurs voisins; ils donnent aux premiers en retour des volailles, des œufs des peaux de bœuf, et portent aux seconds du poisson sec, de la guinée et quelquefois des pagnes (1).
Le Wallo est gouverné par un roi qui porte le titre de brak ; à sa mort , ses frères lui succèdent par rang d'âge (2), et cette première série épuisée le pouvoir retourne au fils aîné du premier, puis à celui du second, et ainsi de suite. Les princes issus des femmes du sang royal sont seuls appelés au trône. Les principaux chefs ont le droit de vérifier si l'héritier légitime est apte à gouverner, s'il n'a pas d'infirmités , s'il n'est pas trop jeune, s'il peut monter à cheval, tirer un coup de fusil , etc. , et de faire passer le droit de succession à un autre plus digne. Le couronnement du brak est accompagné de cérémonies singulières :
il faut qu'il passe , pour ainsi dire , par tous les rangs et par tous les états de la société , qu'il doit connaître et protéger. Par exemple , il faut qu'il se mette dans l'eau , avec les pécheurs ( sorte de caste méprisée dans le Wallo ) , au milieu d'une petite rivière désignée , et en présence d'un grand concours de peuple, et qu'il en sorte un poisson à la main. Tous peuvent l'approcher librement; mais auparavant ils ôtent leurs sandales, et devant lui mettent un genou en terre et portent la main à la tête , en s'inclinant profondément. Le brak et sa
famille sont invisibles seulement au moment de leurs repas. Sa suite se com-
(i) Annales maritimes , i83i, Sciences et arts, t. I, p- 358-6i. Voy. encore sur l'agriculture des Walofs les extraits d'un ouvrage inédit sur le Sénégal , écrit sur les lieux au commencement de iSai, dans le* Nouvelles Annales des Voyages, t. XIII, p. 8;-i3i.
(a) L'exemple de la princesse Guimbotte, qui règne actuellement sur le Wallo, montre que cet usage n'est pas absolu.
pose habituellement d'une vingtaine de Nègres guerriers, nourris comme lui aux frais des villages par où il passe. Le boukanèk est le chef de sa maison et son principal ministre. Au-dessous du brak viennent les chefs de village, et les marabouts ou serign, qui composent la partie éclairée , sérieuse , morale de tous les peuples nègres. Les Walofs sont naturellement gais et grands parleurs. •< Ils aiment a rappeler les tradi- « tions de leurs pays, et à faire des ré- « cits de voyages et de combats, à débiter « des contes souvent intéressants, et com- « posent surtout des fables vraiment re- « marquables. Ils s'exercent aussi , dans « leurs réunions de clair de lune , à des « jeux d'esprit qui tiennent un peu de nos « énigmes , mais plus encore du genre « de récréations intellectuelles que pa- « raissent affectionner les Chinois. » La vertu qui distingue ce peuple est l'hospitalité , et cette disposition naturelle est encore fortifiée par les pratiques de la relieion musulmane. Ceux des Walofs qui les observent rigoureusement prient cinq fois par jour et même plus souvent , mais sans comprendre leurs prières arabes et à plus forte raison la partie élevée de cette religion. Entre autres superstitions, ils ont celle d'attacher une grande vertu aux feuilles d'une espèce de gui, qu'ils nomment/o&,etqu'ils portent sur eux, comme préservatifs. Les Walots entre eux échangent certaines formules de politesse : en s'abordant, ou en se rencontrant simplement, outre le salamaiei'koum, qu'ils ont emprunté des Maures , ils se demandent toujours trois fois s'ils sont dans un étal de paix, de bien-être (1).
Le yolof ou wolof, l'une des languesdela famille mandingue,est répandu dans toute la Sénégambie , et même au delà de la rive droite du Sénégal. La prononciation du wolof n'offre ni difficulté particulière ni particularité remarquable ; mais les règles grammati-
(i) Voy' une notice sur le gouvernement, les mœurs et les superstitions des Tîègres du pays de Wallo, par M. le baron Roger, dans le t. VIII du Bulletin de la Société de Géographie, p. 349-59; et Kelidore, Histoire africaine, recueillie et publiée par M. le baron Roger; Paris 1828, 1 vol. m-8°.
L'UNIVERS
cales présentent un grand intérêt :
a Cette langue possède un système d'ar- « ticles qui paraît, au premier coup « d'oeil, assez complique, mais qui, a « l'examen, se réduit à quelques règles « simples , quoique ingénieuses. L'arti- « cle indéfini se place avant le subs- « tantif, en changeant d'initiale sept « fois, selon la consonne qui commence « ce dernier. Il se déplace exactement « comme en danois, pour former l'arti- « cle défini, et constitue, par le même « changement d'initiales, sept séries, « chacune de trois articles distingués « parla voyelle finale, et qui expriment « que la chose ou la personne indiquées « sont ou prochaines ou éloignées , ou « placées hors de la vue de celui qui « parle. L'article pluriel est également « postposé; mais sans variation dans « les initiales. En wolof , il est proba- « ble que les divers articles jouent plu- « tôt le rôle de démonstratifs que de « simples déterminatifs. Cependant une « forme particulière de l'article sert en- « core à remplir les fonctions du dé- « monstratif proprement dit, et sous « ce rapport la langue wolofe jouit d'un « avantage que n'ont pas un grand nom- « bre d'idiomes infiniment plus cultivés « et plus savants. Une égale richesse « s'observe à l'égard des verbes : on y « compte cinq conjugaisons, mais distin- « guées seulement parla voyelle qui ter- « mine le radical ou l'infinitif. Ce qu'il € y a de plus remarquable , c'est la for- « mation des verbes dérivés, tout à fait « analogues à ceux qui se trouvent dans « les principaux idiomes tartares. Les « modifications qui constituent ces ver- « bes dérivés ont pour objet d'énoncer « que l'action marquée par le verbe « principal ne se fait pas, qu'elle est ou « réciproque ou réfléchie ; que le sujet « la fait avec ardeur, qu'il excite à la « faire , qu'il va la faire ou qu'il la ré- « pète; que cette action est peu consi- « dérable, qu'elle est interrompue, « qu'elle est constante et habituelle. Les « formes assignées à ces différentes idées « consistent le plus souvent dans un sim- « pie changement de terminaison. Il ne « paraît pas qu'il y ait en wolof de forme « bien arrêtée pour la voix passive, puis- « qu'on emploie en ce sens le transitif du « réfléchi, se faire aimer, pour être
« aimé. En revanche, on tire des radi- « eaux du verbe, outre les dérivés pré- « cédemment indiqués , plusieurs noms « verbaux, qui désignent l'agent, son « coopérateur, l'état, l'action. Je lieu « où elle s'exécute, cequi en résulte ; de « sorte qu'en s'arrétant au premier de- « gré de composition, et en laissant de « côté les combinaisons doubles et tri- « pies qui se font toujours à volonté , « on a seize formes différentes dérivées « d'un même radical, ainsi sopa, ai- « mer; «ope, aimer avec tendresse; « sopante, s'aimer mutuellement; sopou, « s'aimer soi-même; soplo, faire aimer; « sopi, aller aimer; sopati, aimer de « nouveau ;sopeti, ne pouvoir aimer; « sopadi, aimer peu ; sopou , ne pas ai- « mer; sopatou, ne plus aimer; sope- « sopa, aimer continuellement; ao- « pekat, celui qui aime; sopoukaye, le * lieu où l'on aime; sopalei, compa- « gnon d'amour; sopema, l'action d'a- « mour ; sopaye, l'objet aimé; sopite, le « reste de l'amour; nthwpe ma, ce qu'on « peut aimer. — De plus , tout verbe « terminé en a peut, en changeant « cette voyelle en i, prendre un sens o inverse de celui qu'il a naturellement; u sagna, boucher; sagni, déboucher; « ouba, fermer; oubi, ouvrir. Enfin il « n'est point de substantif ou d'adjectif « qui ne puisse être converti en verbe « par la simple addition des pronoms « personnels na, moi ; nga, toi ; nâ9 il ; « nanoUi nous; ngaine, vous; nagou, « ils. On évalue à 5,000 le nombre des « radicaux de la langue wolofe et à 22 « celui des variations dont chaque ra- « dical est susceptible, ce qui fait plus « de 100,000 mots possibles que la lan- « gue possède, sans parler des nombreux « emprunts qu'elle a faits à la langue ara- « be (1). Ainsi, la langue des Wolofs
(r) Une question intéressante pour les orientalistes est l'étude des variations qu'a subies la langue arabe au contact des dialectes mandi ngues; quelques documents envoyés recemmeni à MM. le baron Roger et Jomard par M. l'abbé Boilat, vicaire à Saint-Louis, et offerts à la Société de Géographie, peuvent servir de premiers matériaux à cette étude : c'est un recueil considérable d'histoires, d'anecdotes et de fables écrites dans le dialecte vulgaire des Maures du pays,
« n'est ni aussi pauvre ni aussi informe « qu'on l'avait supposé. Mais la pratique « de certaines règles abstraites n'en sup- « pose nullement la théorie, et ne prouve « même pas un certain degré de dévelop- « pement intellectuel. On sait à présent « que des idiomes d'une structure très-sa- « vante se trouvent fréquemment chez « des nations tout à fait barbares. L'i-
• diome wolof a des règles ingénieu- « ses et compliquées ; mais, tout en les
• observant, les Africains n'avaient « jamais songé à les poser, et il a fallu que ■ ce fût un Européen qui allât les relever « chez eux et les leur enseigner (1). »
Ile Saint-Louis. L'île Saint-Louis, sur laquelle est bâtie la ville de Saint- Louis, chef-lieu des établissements français de la côte occidentale d'Afrique, estformée par le Sénégal et distante de son embouchure de quatre lieues à peu près. Cette île, ou plutôt ce banc de sable est situé par 16° 0' 48" de latitude nord et 18° 53' 6" de longitude ouest, à 730 lieues marines du port de Brest.
Sa longueur du nord au sud est de 2,300 mètres, sa largeur moyenne de tso mètres , sa circonférence de 5,000
de leurs prières publiques, de plusieurs grisgris ou talismans originaux, de lettres d'affaires, de lettres familières écrites par des indigènes. (Poy. le Bulletin de la Société de Géographie» II* série, t. XX, p. 3o6-3 ro. )
(i) J. P. Abel Rémusat {jnnales maritimes, Sciences et arte, 1828, 1. 1, p. 889 ) : Notice analytique et critique sur le Dictionnaire Français-Wolof et Français-Bambara, suivi du Dictionnaire Wolof- Français , par M. Dard. Paris, Imp. R., i8a5, in-8*; et sur la Grammaire Wolofe, ou méthode pour étudier la langue des noirs qui habitent les royaumes de Bourba-Yoloj \ de Wa/lo, de Damel , de Boursine, de Saloume, de Raoul, en Scnégarabie, etc., par le même; Paris, Imp. R., 1826, io-8°. En 18 19, le gouvernement eut la pensée de fonder à Saint-Louis du Sénégal une école pour les noirs et les hommes de couleur ; et sur la demande de M. Portai , alors ministre de la marine, un instituteur choisi parmi les élèves de l'école normale élémentaire de Paris, M. Dard, fut désigné pour cette mission. V oy. encore les Recherches philosophiques sur la langue wolofe , suivies d'un vocabulaire abrégé français-wolof par le baron Roger; Paris, Dondey-Dupré , 1829, gr. in-8°.
mètres à peu près, et sa superficie de 34 hectares. Sa plus grande élévation au-dessus des hautes eaux ne dépasse pas 1 mètre ; des quais en maçonnerie , construits sur pilotis , l'entourent avec un développement de près de 1,900 mètres. L'île est aujourd'hui complètement débarrassée des palétuviers qui la couvraient autrefois ; mais elle est absolument stérile , et le sol , même au moyen d'engrais , ne s'y prête qu'à des travaux d'horticulture. La position commerciale de Saint-Louis est des plus heureuses : ses abords du côté de l'est , sur le bras le plus large et le plus profond du fleuve, offrent un excellent mouillage aux bâtiments ; l'autre bras est obstrué ; il a 2 à 300 mètres de largeur et coule parallèlement à la mer : il n'en est séparé que par une langue de sable de 4 à 500 mètres de largeur, nommée Pointe de Barbarie, sur laquelle est bâti , en face même de Saint- Louis, le petit village de Guett-N' Dar. La ville de Saint- Louis a 1,500 mètres de longueur du nord au sud, 180 mètres de largeur moyenne. Depuis la paix elle s'est beaucoup agrandie, et sa population a presque triplé: en 1779 elle comptait 3,018 habitants , et 3,398 en 1784; en 1818. 6,000; en 1832 le nombre des habitants avait monté à 9,030 ; en 1837, à 12,01 1 ; et en 1844 ildépassait 15,000. En 1818 il y avait à peine 50 habitations régulièrement bâties, et cinq ou six maisons de commerce ; actuellement il y a plus de 1,568 habitations et plus de 36 maisons de commerce. Les rues sont bien percées et coupées à angles droits, les maisons bien alignées. La ville est défendue par quelques batteries suffisantes pour contenir les tribus indigènes, mais qui ne pourraient arrêter l'attaque de troupes européennes : or, il semble, d'après les avis de marins éclairés, qu'il serait facile et peu coûteux de rendre ce poste même inattaquable; par exemple , l'établissement d'une batterie à Guett-N' Dar empêcherait les débarquements, si difficiles déjà sur une côte où le ressac est continuel. Il n'y a dans l'île ni ruisseaux ni fontaines ; mais
{>endant les cinq ou six mois de sa crue , e fleuve peut fournir l'eau nécessaire aux usages domestiques; car alors le flux de la mer n'arrive plus jusqu'à
I/UNIVERS
Saint-Louis, et l'eau du fleuve redevient tout à fait douce, et se conserve ainsi durant le reste de l'année dans les citernes qu'on remplit à cette époque.
Ces citernes ont remplacé depuis quelques années les puits que les indigènes étaient obligés d'aller creuser, lorsaue l'eau du Sénégal cessait d'être potable, dans les sables de Guett-N' Dar. — La population de Saint-Louis et des établissements français du Sénégal se compose de blancs y d habitants indigènes libres, noirs ou de sang mêlé; de noirs engagés à temps , et de noirs esclaves , que Ton désigne dans le pays sous les noms de captifs ou captifs de cases.
Les habitants indigènes libres sont, ou des gens de couleur provenant du mélange des deux races blanche et noire, ou des nègres purs, professant généralement la religion musulmane, et conservant les mœurs et les usages de l'Afrique. Ils se livrent presque tous à la navigation sur le fleuve , et au petit cabotage sur la côte. On appelle laptots les noirs , y compris les captifs , employés à bord des embarcations; ce sont de bons et lidèles marins. A la fin de 1837 on comptait à Saint-Louis 3,950 indigènes libres, 975 à Guett-N' Dar et 987 a Gorée. La population flottante à Saint-Louis, amenée de l'intérieur par les relations commerciales ou chassée par les guerres continuelles des peuples riverains du Sénégal, varie de 12 à 1,500 individus. Il n'y a dans la colonie aucun préjugé de caste; les fonctionnaires civils de Saint-Louis et de Gorée sont tous des gens de couleur; le clergé même compte dans son sein des noirs et des mulAtres. Saint-Louis par ses communications perpétuelles avec les peuples indépendants de l'intérieur, qui font tous le commerce des esclaves, se trouvait placé dans une condition particulière et toute différente de celle de nos colonies d'Amérique, dans la
Ï[uestion de la traite. D'un autre côté, es cultures tentées dans le Wallo, sous la protection directe du gouvernement, d<; 1822 à 1830, nécessitèrent un recrutement de travailleurs parmi les noirs du haut pays, d'autant plus que les captifs de Saint-Louis se trouvèrent peu propres aux travaux agricoles. Les noirs libres montraient de la répu-
gnance à se louer aux propriétaires des nouveaux établissements. C'est alors u'on emprunta à l'Angleterre le régime es engagés à temps, établi par elle dans ses colonies d'Afrique , et qui autorise l'introduction des noirs de l'intérieur, sous condition d'un affranchissement immédiat et d'un engagement de quatorze années au service de celui qui a acquitté le prix de leur liberté. Depuis l'abandon des cultures, le nombre des engagements au Sénégal a considérablement diminué; 59 seulement avaient été contractés en 1837. Le rachat d'un engagé à temps , âgé de dix-huit à vingt ans , fort et propre au travail , coûte 300 à 400 fr.; d'ailleurs, l'esclavage au Sénécal est moins odieux que partout ailleurs : les captifs ne sont soumis à aucun travail pénible; ceux qui ont un métier (1) l'exercent librement, soit à la ville, soit à bord des navires, et partagent avec leur maître le gain de la journée. Leurs familles habitent soit près de la maison du maître, soit dans uelque endroit écarté sur le bord du euve, où la femme cultive un petit jardin. La valeur vénale d'un captif, au Sénégal , est de 500 fr. environ ; sa nourriture et son entretien reviennent à peu près à 100 fr. par an. Tous les captifs ont un attachement extrême pour leurs maîtres, et les 6,000 esclaves de Saint-Louis, loin d'être, comme aux Antilles, un sujet d'inquiétude, sont la plus sûre garantie de la sécurité publique.
La vie que mènent les blancs au Sénéga 1 est assez triste et toute séden ta i re ; sauf le temps de la traite des gommes , ils sont retenus dans leurs boutiques
(r) La profession manuelle à laquelle se livrent surtout les captifs est celle de tisserand. Les tisserands nègres de Saiut-Louis et de Gorée fabriquent, comme ceux du haut pays, des pagnes ou pièces d'étoffe t issues eu colon du pays, mêlées quelquefois de fils de laine de couleur et de soie, qui forment des dessins très-réçuliers et même assez compliqués. Les dessins et la multiplicité des cou- • leurs déterminent le prix des pagnes, qui monte de 6 fr. la paire à 3 et 4oo fr. C'est le seul genre d'étoffes qu'on fabrique dans la colonie ; mais il est l'objet d'un grand commerce d'écliauge, tant sur le fleuve que sur la côte au sud de Corée. (No t. statistiques sur les colonies françaises , 3" part., p. a;4.)
par leur commerce de détail ; ils débitent eux-mêmes aux esclaves le lait, le poisson , les fruits qu'ils ont achetés des noirs de la grande terre , aussi bien que les divers produits européens. Us mettent en général a la tête de leur maison une signare : on appelle ainsi des femmes d'origine française ou anglaise, descendant des premiers colons, libres et maîtresses d'elles-mêmes. Aucune cérémonie légale ne régularise ces unions ou plutôt ces enlèvements; la signare, après avoir reçu les promesses d'un blanc, quitte furtivement un soir sa mère et ses sœurs pour rejoindre son fiancé; les serviteurs, les négresses Fy aident, et elle profite habituellement du moment où C inspirée ( chaque troupe d'esclaves a une prophétesse ou sorcière de ce genre ) psalmodie un épithalame que repètent toutes les négresses en sautant autour d'elle. La signare prend le nom de l'homme avec qui elle vit et le lègue à ses enfants ; il n'est pas rare actuellement que le blanc finisse par l'épouser légitimement.
Barre du Sénégal. A l'embouchure du marigot des Marineouins dans l'Océan commence une langue de sable extrêmement étroite , formée de petites dunes très-blanches, presque nues et qui se succèdent en s'al)aissant de plus en plus; cette langue de sable , nommée Pointe de Barbarie, sépare de l'Océan le cours du Sénégal et les petites îles
Îju'il présente disposées dans le sens de a côte, Vile aux Gazelles, Vile de Th\onhf courettes de broussailles épaisses, qui vues de la mer font illusion sur la végétation du pays. En continuant à longer la côte à une distance de deux milles, on aperçoit bientôt les maisons blanches de Saint-Louis. Sur la rive droite du Sénégal, c'est-à-dire entre l'îlot de Saint-Louis et la mer, et devant la ville, s'élève , sur un mamelon de sable, le village de pécheurs de Guett-N^ Dar. « Quelques huttes construites « d'abord sur cette grève, dit M. l'a- « mirai Roussin, vis-à-vis de la ville, « par les noirs chargés d'établir en pi- « rogues les premières communications « avec les bâtiments arrivants, fixèrent « les sables toujours en mouvement • dans ce parage ; il en résulta bientôt « un amoncellement, que le même
« moyen perpétué a rendu de plus en « plus considérable (1). » C'est toujours de ce village que part la pirogue sur laquelle trois ou quntre INèures vont porterai! navire en vue les dépêches du gouverneur ou lui demander Celles qu'il peut avoir à remettre. On peut mouiller devant Guett-N' Dar à peu près partout entre 18 et 18 mètres de fond de sable et vase, mais on y roule beaucoup , surtout dans la saison des ras demarée, qui commence en décembre et finit en mai : ces ras de marée, en mars et en avril, sont quelquefois terribles (2 ). — Les bâtiments qui veulent se mettre en communication plus directe avec la colonie, par la voie du fleuve , en prolongeant la côte depuis Guett-N' Dar, à un mille de distance, passent successivement par le travers de Vilot aux Anglais , petit poste au milieu de la rivière, et de l'île de Babagué. Cette île, au mois de mai 1817, à l'époque des travaux hydrographiques de M. l'amiral baron Roussin , se trouvait à une petite distance dans l'est de la barre du Sénégal ; mais depuis lors la barre est descendue de 6 à 7 milles dans le sud, et est 3ituée actuellement à 12 milles plus au sud que Saint- Louis. Cette barre est une des plus mauvaises de la côte d'Afrique ; sa profondeur varie suivant les saisons, et son gisement change après chaque violent ras de marée. Les pilotes noirs ne se ris-
(i) Mémoire sur la navigation aux côtes occidentales d'Afrique, p. 53.
(a) « Pendant la plus grande partie de « l'année, et surtout de novembre à mai, « une forle barre de brisants, commune à « presque tout le littoral africain , ne permet « aux navires ainsi mouillés de communiquer « avec Saint Louis qu'à l'aide des frêles pi- « rogues de Guetl-N' Dar. Ces dernières tra- « versent presque toujours avec succès trois li- « gnes de bri sauts, où des canots ordinaires « seraient le plus souvent remplis, chavirés « et brisés contre la plage. Cependant, à « l'époque de l'hivernage, de juin en octobre, « j'ai vu, dit M. E. Bouèt (Description nanti tique des côtes de F Afrique occidentale « comprises entre le Sénégal et Téqualeur, « p. 9), j'ai vu la barre de Guett-N' Dar telle- « tuent tranquille, que des canots eussent « pu sans crainte aborder à terre et y dé- « barquer du monde ; mais ces circonstances « sont rares. >» Voy. la carte des atterrages
co
L'UNIVERS
quent même à entrer ou sortir un bâtiment qu'après avoir chaque jour rectifié la position du chenal à l'aide de bouées; il est rare qu'ils consentent à piloter un navire calant plus de 2™ ,80 à 3 mètres d'eau , bien que de décembre en mai la sonde moyenne des passes ait rapporté 4 mètres ; mais cette saison étant précisément celle des ras de marée, ils se réservent la différence pour la levée de la mer et les variations de fond imprévues. De juin jusqu'en octobre, c'est-à-dire pendant l'hivernage, l'entrée du fleuve serait donc bien plus facilement praticable pour les navires à cause de la cessation des ras de marée , si la grande crue des eaux fluviales, qui a lieu vers le milieu de cette époque , ne venait, par un phénomène assez singulier, diminuer la profondeur de la barre, de telle manière que les pilotes n'osent parfois y aventurer un bâtiment mis au tirant d'eau de 2m,30 à 2m,6C. Quant aux chaloupes et canots , c'est naturellement pendant cette saison qu'ils peuvent franchir le plus sûrement la barre du fleuve à l'aide de pratiques. La sonde accuse un fond moyen de 10 mètres une fois en dedans du fleuve, dont les eaux tranquilles contrastent avec les lames bruyantes et blanches d'écume au milieu desquelles on vient de passer.
t Cette crue des eaux du Sénégal , ajoute M. le comte Bouet, commence vers la mi-juin avec la saison des pluies, et atteint, dans le haut du fleuve, une élévation de 12 mètres environ en septembre; pendant cet intervalle, il y a deux ou trois époques auxquelles les eaux ne font pas de progrès, et semblent même baisser momentanément pour s'élever ensuite; mais la baisse réelle des eaux devient sensible en fin de septembre : en octobre elle est très-rapide, et en novembre il n'y a plus qu'un
de Saint-Louis du Sénégal {Mouillages de Gnett-W Daretde la Barre du fleuve ), levée en 184a par M. Ch. Phil. de Kerhallet , lieutenant de vaisseau commandant^/oue/te, assisté de MM. Lefebvre et Trémentin, élèves volontaires, d'après les ordres de M. Ed. Bouet, capitaine de corvette, commandant la station navale des cotes occidentales d'Afrique. ( Dépôt général de la marine, en 1845.)
ruisseau là où coulait naguère un fleuve impétueux. Au bas du fleuve l'élévation des eaux est bien moindre ; aussi l'îlot plat et sablonneux de Saint- Louis se voit-il bien rarement inondé. De mijuillet en mi-novembre, le fleuve est donc navigable pour des bâtiments calant 2 mètres; mais en janvier son lit reste à sec en beaucoup d'endroits, et les bâtiments ne peuvent plus remonter alors que jusqu'à Podor, situé à environ 60 lieues au-dessus de Saint- Louis. Pendant la saison sèche la marée se fait sentir jusqu'à ce point : aussi, les eaux du fleuve sont-elles salées pendant cette saison ; mais elles deviennent douces et potables en juillet, et restent telles jusqu'en novembre.
La navigation du Sénégal , à cause des bancs qui rétrécissent les passes, ne se fait guère qu'à l'aide de pratiques du pays, surtout dans la saison sèche : ces pratiques , classés en capitaines et gourmets de rivière, diffèrent essentiellement des pilotes de la barre du fleuve, comme ceux-ci des pratiques de la barre de Guett-N' Dar. Les moyens de navigation qu'on emploie sont la voile, la cordelle et la touée (1). Mais la navigation est extrêmement lente pour les bâtiments à voile : l'irrégularité des brises et les nombreuses sinuosités du fleuve qui contrarient même l'effet d'une brise constante , nécessitent presque toujours l'emploi de la cordelle et surtout de la touée. « Le halage « à la touée consiste, au Sénégal, à « faire mouiller un grappin ou une pe- « tite ancre à la distance que permet « la longueur du cordage qui y est « amarre, puis à se haler sur ce cor- « dage jusqu'à ce que le bâtiment ar- « rive a l'endroit où le grappin est « mouillé; on le lève alors et on le « mouille plus loin, continuant tou- « jours ainsi. La cordelle est le mode de « halage en usage sur tous les fleuves; « il s'opère au Sénégal , comme sur les « autres cours d'eau, au moyen d'une « corde dont un bout est fixé à l'avant
(1) De petits bateaux à vapeur font aujourd'hui le voyage annuel de Bakel, pour transporter au fort les approvisionnements nécessaires et pour escorter les navires des traitants de Saint-Louis.
SÉNÉGA.MBIE.
* du navire, et dont l'autre est tenu « par les hommes gui baient (1). »
Du reste, les chemins de halaçe, qui existent jusqu'à une grande distance sont très-commodes, mais souvent interrompus. Entre Saldé et Bilbas (2), le courant du fleuve augmente un peu de vitesse; cette augmentation devient très-sensible au marigot de IS' Guérère. A Bakel on trouve 4 nœuds de courant, et devant Toubâ-bou-Kâné, 5 nœuds ; enGn le courant acquiert 5 nœuds entre Toubâ-bou-Kâné et Moussâla. Il est alors très~difticile à refouler et de légères embarcations pourraient seules remonter en rangeant de très-près Tune ou l'autre rive, afin de se placer dans le remoux (3).
(i) Raffeneï, ouvrage cité, p. 3.
(a) Le Blanc, Voyage au Galant en i8ao (Ann. mar., 182a , 11* partie, p. i53 ).
(3) M. lecomle Ed. Bouët -Willaumex, daus sa Description nautique des côtes occidentales de l' Afrique entre le Sénégal et féquateur, regrette que l'hydrographie de ce fleuve, depuis Saint-Louis jusqu'aux cataractes de FéJou , limite de la navigation à l'époque de la crue des eaux , soit encore à faire. A défaut de cet important travail, la carte du cours du Sénégal au-dessous de Moussala, et les Remarques géographiques sur celte carre publiées par M. Jomard dans le Bulletin de la Société de Géographie (n° 63, juillet i8a8, p. i6-a3 ), peuvent être regardées comme un résumé exact et critique de toutes les reconnaissances et observations recueillies jusqu'à cette époque. La carte du cours du Sénégal, depuis son embouchure jusqu'à la cataracte de Féloo du citoyen Manchot, ingénieur et commandant géuéral de l'île Saint- Louis, dont la réduction par J.-R. Poirson fait partie de l'Atlas du Voyage au Sénégal de Durand , a servi de base à toutes les autres. M. Courtois et M. Chatellux, capilaiue au corps royal des iugénieurs-géographes, l'ont d'abord corrigée; ensuite MM. Dussault et Dupont, officiers de la marine royale, assujettirent leur reconnaissance du cours du Sénégal aux trois points de Dagana, de Bakel et de l'ancien fort Saint- Joseph , dans une carte dressée à l'échelle de iSo'„9 à peu près : ils avaient fait de* observations de latitude et de longitude à Bakel et au fort Saint-Joseph; quant à Dagana , sa position était suffisamment déterminée , sans qu'on connût cependant d'observation céleste faite en ce lieu.
M. Jomard , en remarquant que cette carte aurait besoin d'une latitude vers le coude
Aspect de la côte entre F embouchure du Sénégal et celle de la Gambie ( 1 ) .
La côte qu'on prolonge au sud du Sénégal est d abord aussi basse que celle
nord et d'une autre à celui du nord-est, c'esl-àdire à Souekar et à Gàoual, reconnaît que, jusqu'au moment où le gouvernement ordonnera la construction d'une carte topographique, ce tracé du cours du Sénégal peut suffire aux besoins de la colonie. Les voyages annuels de Saint-Louis à Bakel ont permis incessamment de perfectionner les détails de la partie intermédiaire, et M. Jomard a joinl comme complément à sa carte, dressée à — ^ttt» '«journal de route de M. Resta ut de Podor à Dem. bakani, limite du Foula, qui reu ferme le double ou le triple des positions contenues dans la carte de MM. Dussault et Dupout.
C'est à l'occasion de la position géographique de l'ancien fort Saiut- Joseph que M. Jomard fut ameué à s'occuper du cours du Sénégal. Sur toutes les caries, le fort Saint- Joseph était placé vers le ia* degré de longitude à l'occident de Paris; et M. Jomard, averti par les lettres de M. Beaufort , vérifia que, les observations célestes s 'accordant avec les distances itinéraires , la position de l'ancien fort Saint-Joseph devait être ramenée vers i4° i a' de longitude ouest de Paris , c'est-à-dire beaucoup plus à I ouest que ne le pensaient d'A.n ville et Mungo-Park , que la longueur du cours du Sénégal devait être diminuée, que les villes et les positions les plus orientales devaient être considérablement rapprochées de l'Océan , et que la distance à parcourir pour aller dans les parties centrales et en revenir serait peut-être plus courte décent lieues qu'il n'était marqué sur les cartes publiées jusqu'alors, surtout pour un voyageur partant des possessions françaises. — Pour tracer le Sénégal inférieur, c'est-à-dire le Wallo, M. Jomard se servit z° d'une carte reconnaissance du p.iys de Wallo indiquant le nombre et l'emplacement des établissements de culture qui y existaient au mois d'août x8a4, dressée par M. Pichon à l'échelle de ; a0 d'une carte topographi-
que du pays de Wallo et du cours du Sénégal par M. Leprieur, à 77^-7; environ, datée de 1827, et plus détaillée ; 3° d'une carte du littoral, à très-grand point, depuis la barre du fleuve jusqu'au marigot des Maringoins , avec une partie des îles Bifèche et Bouxar, où le delta du fleuve se trouve dessiné plus exactement qu'il ne l'avait encore été.
(1) J'extrais textuellement les détails qui suivent de la Description nautique de la cote occidentale d'Afrique de M. le comte Boiict- Willaumez, p. ao-3r.
L'UNIVERS
du nord ; à une distance de deux ou trois lieues, elle commence à s'élever, mais ne présente toujours , sur le premier plan , qu'une suite de dunes de sable blanc , garnies de quelque verdure; et sur le second plan , à deux milles dans Tintérieur, des dunes plus hautes, grises et couvertes de broussailles. Jusqu'aux Petites-Mamelles, il n'existe aucun point remarquable : on appelle ainsi deux monticules peu différents des dunes de sable, places un peu au nord du cap Vert, à une assez grande distance l'un de l'autre , et élevés de 450 à 500 pieds au dessus du niveau de l'Océan. Leur forme est celle d'un cône élargi à la base. Le sol qui les entoure est couvert de scories volcaniques qui semblent fort anciennes; eux-mêmes sont hérissés de roches énormes et très-saillantes. Les Grandes-Mamelles dominent, comme sommet principal , le massif de terre de la presqu'île du cap Vert, et c'est par elles que se découvre l'atterrage du cap Vert. Le côté nord de la presqu'île forme une baie peu prononcée, connue sous le nom de baie a? lof, dans le fond de laquelle est un petit îlot de roches éloigné de la côte d'un tiers de mille, mais relié à elle par une chaîne de récifs cachés sous I eau en partie. Le côté ouest est découpé par plusieurs pointes qui forment de petites baies , d'abord la pointe des Almadies, la plus nord et la
Slus ouest, puis le cap Vert proprement it, massif de terre coupé a pic , qui semble être la base des Mamelles, et au delà de deux ou trois autres, une pointe plus avancée appelée cap Manuel , terre basaltique de moyenne hauteur. A la hauteur de ce cap sont trois îlots de roches désertes et blanchies par la n'ente des oiseaux, presque entièrement inaccessibles. Après avoir dépassé les Madeleines d'abord, puis le cap Manuel, on aperçoit Vile de Gorée , dont les abords offrent une ceinture de rochers élevés et abruptes, et de gros cailloux noircis et roulés par les lames. Ces abords sont d'ailleurs fort sains. Quoiqu'il y ait mouillage partout dans la baie de Gorée, on distingue deux mouillages, l'un dans l'est, l'autre dans le nord ou le nord-nord-est de l'anse du débarcadère. Les courants y sont soumis , près de terre, à l'influence des marées; mais à quelques milles au large ils portent
énéralement au sud avec une rapidité e sept à huit dixièmes par heure; il arrive, cependant, après des tornades et des vents de la partie du sud , mais rarement, que les courants remontent au nord, alors avec une vitesse moindre.
Dausle nord du cap Manuel, et à l'ouest de la pointe nord de Gorée, se voit un autre cap, coupé presque à pic et présentant des taches jaunâtres, comme en est parsemée toute cette côte à partir du cap Vert : c'est la pointe Dakar, qui tire son nom des trois villages nègres bâtis près d'elle et au fond de Pause qu'elle enferme avec la pointe Belair, et qu'on appelle l'anse de Hann : cette anse, qui se creuse dans le nord de la pointe Belair, forme avec le fond de la baie d'Yof la gorge de la presqu'île du eap Vert. C'est un abri pour les carénages; de plus, en contournant le fond de l'anse , on rencontre bientôt une petite rivière qui alimente une aiguade close de murs. Depuis le village de Hann jusqu'au cap des Biches, les terres sont uniformément basses et sablonneuses, et couronnées d'une ligne debroussaillesquecoupentdedistanceen distance quelques bouquets de palmiers.
Entre le cap des Biches et le village de Rufisque , un plateau de roches borde la côte à la distance d'une encâblure, et on voit souvent les petits caboteurs passer en dedans de ce plateau ; un autre plateau du même genre, jeté à moins d'un quart d'encâblure de la plage, abrite de la mer du large la petite anse de Rufisque. Les embarcations, après avoir chenalé au milieu des roches qui forment l'anse, communiquent facilement avec le village de Rufisque. Kntre Rufisque et le cap Rouge viennent les villages de Bargney, à partir desquels les terres se développent sur deux plans et sont beaucoup plus boisées. Les abords des villages de ffyenne sont également peu faciles ; là le littoral change d'aspect , et présente des pointes élevées et rocailleuses jusqu'au cap de Naze. Le cap Rouge est un de ces caps coupés à pic, et au sommet des falaises rougeûtres qui le constituent s'élève le village de iV Yanyol. Entre les villages de Toubab-Guialo et de N1 Dayan, quelques gros rochers noirs se détachent des terres et sont disséminés le long et près de la plage; le débarquement est facile
dans l'anse de Toubab-Guialo; mais plus lieues de la côte. A deux lieues environ encoredans la baie de Popaauim, formée au sud d'Amboroo s'aperçoivent les par une jetée naturelle die roches. Le villages de JVarang. Entre ces deux cap de Naze succède à cette anse : il points un amas de rochers noirs , cjui paraît plat et coupé à pic dans certaines se détache de la plage sablonneuse, inpositions , et principalement quand on dique la position delà petite rivière Baie voit du sud ; dans d'autres, au con- leine, après laquelle vient le marigot de traire, son extrémité anguleuse affecte Venel^ a un mille et demi plus au sud. une forme particulière, dont il tire Après Warang , la côte, constamment sans doute son nom et qu'on remarque basse et couronnée de broussailles , en venant du nord ; mais en s'appro- prend une direction plus rapprochée du chant de lui on voit cette découpure sud jusqu'à la pointe Serène, qui en est s'effacer totalement. Des falaises jauuâ- distante de cinq milles environ. Une très achèvent de lui donner un aspect re- lieue après la pointe Serène , les terres , niarquable: il est complètement dénudé; plus élevées, se creusent en haies plus onpeutjeter l'ancre à son pied par 8 mè- profondes jusqu'aux falaises blanchâtres très de sable fin. Depuis le cap de Naze de la pointe de Gucque , qui précède les terres s'abaissent insensiblement jus- celle de Joal. Une petite rivière appeau à la pointe Saumoné. Elles sout fort lée rivière de Joal, mais portée sur boisées en arrière-plan, et présentent sur quelques cartes sous le nom de rivière le bord de la mer une plage sablonneuse Fayous , sépare les villages de Joal du surmontée d'une ligne assez régulière de village de l 'aduque. De Joal à Palmavégétation et d'arbustes, mais inter- rin la côte est coupée par de petites rompue par quelques roches noires de- rivières ou marigots , qui viennent dé* vant les villages de Guerreiro, avant la boucher à la mer, surtout pendaut la pointe Saumoné. Après Guerreiro on saison des pluies; à deux milles de la aperçoit, en descendantla côte, la pointe rivière appelée Goussau-Gué s'avance basse en dedans de laquelle coule la la pointe de talmariny couverte de petite rivière 5a wmo/œ, dont les huîtres touffes d'arbres, qui ombragent les sont excellentes; et au delà de cette villages de ce nom. Après avoir dépassé pointe , la pointe encore plus avancée Palmarin on longe des dunes sablonde Gamboroo f terminée piirune ligne de neuses recouvertes de broussailles jusroches hors de l'eau et sous l'eau, qui qu'au mamelon qui forme la pointe de se lient elles-mêmes à un grand banc Diacoulia : là toute végétation cesse, de sable et de coquilles. Le littoral, à La longue et sablonneuse pointe de partir de Saumoné, est encore plus boi- Sangomar , oui forme à la lois la rive sé; sur la pointe même de Gamboroo droite de la rivière Salum et la pointe est le village de ce nom , auquel suc- nord-ouest de la grande baie où deboucèdent les dix ou douze villages de Por- che la Gambie , rappelle, par sa nature tudal , groupés sur un carré de deux à et son gisement , la pointe de Barbarie trois milles. Depuis la pointe Gamboroo ( rive droite du Sénégal ). jusqu'à la pointe Serène, un plateau Près de l'embouchure du Sénégal de récifs qui longe toute la cote, au s'étendent, sur 4 à 600 mètres de Ionplus à quelques encûblures au large, gueuret 100 à 200 mètres de largeur, laisse des intervalles de passage pour les étangs salins de Gandiole, qui îourles petits caboteurs et les embarcations, nissent une quantité considérable de La côte continue toujours aussi basse et sel; l'eau de ces étangs a une âcreté aussi boisée, en se dirigeant au sud, vers extrême , et est tellement saturée de sel Amboroo, éloigné de cinq à six milles de qu'elle en rend le tiers de son volume ; Portudal. Les villages tiJmboroo sont elle couvre le sol d'une croûte épaisse établis au milieu d'une petite anse dont quelquefois de plus d'un pied, et renais- Jes pointes se terminent par des roches sant chaque année après qu'on l'a en-
2ui couvrent et découvrent au large. Le levée. Ce sel. ordinairement blanc, éga-
anc d' Amboroo a environ une lieue d'é- lerait, dans le commerce, les meilleurs
tendue de Testa l'ouest, etdeux lieues du produits en ce genre sïl était épure,
uord au sud; ses accqres sont à trois L'existence de ces étangs est un pué*
L'UNIVERS
nomèae encore inexpliqué : séparés de la mer et du fleuve par un banc de sable élevé, d'une largeur de 1,000 mètres, ils ne sont cependant jamais complètetement à sec. La hauteur de leurs eaux ne varie pas avec les marées , et n'augmente qu'à l'époque des pluies. Il y a encore en différents endroits de la Sénégambie des salines naturelles (1) , particulièrement dans le IVaUo.
Les stations le long de la côte comprise entre le village de Gandiole sur le Sénégal et la presqu'île du cap Vert sont marquées par des puits en général peu profonds, creusés dans lesable mouvant , en dedansde la chaîne de du nés qui borde le rivage; ces puits, souvent comblés, sont soigneusement entretenus par les voyageurs. L'eau n'en est ni douce ni claire; elle est toujours saumâtre et mêlée d'un sable très-fin, qui lui donne la couleur blanchâtre du petitlait. Cette chaîne de dunes, dont la hauteur est toujours de 8 pieds au moins, et dont la distance moyenne de la "mer est de 100 pieds à peu près, suffit à arrêter les eaux des pluies dans leur cours vers la mer, et de là ces vastes bassins, ces mares plus ou moins étendues, ces belles oasis répandues sur toute la côte, où croissent I Elaïs guineensis ( le tirr des indigènes) et le Phœnix spinosa, particulièrement aux abords de la presqu'île du cap Vert et autour des villages de Khann, de N'Batal, de Kounoun et de Ru fis k.
« Ce fut au milieu des riantes oasis « de Khann, dit M. Perrottet (2), que
(i) Not. statistiques sur les colonies françaises, III* part., p. ao8 et aog.
(a) J'emprunte cetjte description de la presqu'île du cap Vert au Voyage de M. S. Perroltet , naturaliste voyageur de la marine et des colonies, de Saint-Louis dit Sénégal à la presqu'île du cap Vert, à Albreda sur la Gambie et à la rivière de Casamanca dans le pays des Fctoups-Yola ( 1829), inséré dans le tome LIX des Nouvelles Annales des Voyages, p. 1 37-186. — Voy. sur le projet souvent présenté de fonder une colonie dans la presqu'île même du cap Vert l'extrait d'une lettre écrite de Saint-Louis du Sénégal , le 12 avril i8a3f contenant la relation d'un voyage oar teire de Joal à Saint- Louis, dans les Annales maritimes de i8a3, Sciences et arts , tome II, n° 7a.
« je vis pour la première fois les Nègres « grimper sur les élaïs , dont la plupart « ont de 70 à 80 pieds d'élévation. » Le tronc de cet arbre est nu, de couleur noirâtre, annelé ou marqué de cicatrices annulaires, résultat de la chute annuelle de chaque faisceau de feuilles ; il conserve
Ïiresque un pied de diamètre dans toute sa ongueur. Sa cime, comme celle de tous les palmiers , est couronnée de feuilles pennées ou divisées très- irrégulièrement. Les fruits qui succèdent aux fleurs sont portés sur une panicule longue d'environ un pied et demi, grosse et trèsserrée: ils sont ronds, de la grosseur d'une forte prune mirabelle et d'un goût très-agréable. Pour obtenir le vin de palme on fait un trou carré ou en biseau à la base du régime ou du pédoncule floral, et l'on y introduit quelques feuilles ou l'extrémité de quelques feuilles pliées ou roulées en une sorte de tube irrégulier qui conduit la liqueur dans un vase attaché à ce régime. Les Nègres montent au sommet de l'arbre, à l'aide d'une sangle faite avec le pétiole des feuilles du tirr même, et qui fermée peutembrasser le corps de (nomme et celui de l'arbre; quand la partie de la sangle fixée contre l'arbre est audessous de celle qui leur soutient les reins et les cuisses et leur sert desiége, ils se rapprochent de l'arbre, et, par un élan très- rapide, relèvent aussi haut que possible la partie de la sangle qui y est appuyée , et atteignent le sommet par cette manœuvre répétée. Là, assis sur leur sangle et libres de leurs bras, ils coupent les régimes de fruits mûrs, les joignent aux calebasses pleines de liqueur qu'ils ont détachées de l'arbre et les accrochent à un cordon particulier qui ceiut leur corps; ils rafraîchissent les incisions par lesquelles s'écoule la liqueur, y replacent de nouveaux vases, de nouvelles feuilles roulées en tube, et descendent par une manœuvre contraire. Il parait a ailleurs certain que le vin ne coule de l'arbre, du moins en quantité notable, que pendant la nuit ; car les Nègres ne placent jamais les cucurbites creuses d'une certaine capacité au sommet du palmier que le soir, au coucher du soleil, pour les retirer le matin de bonne heure, surtout si les élaU sont exposés au soleil
levant Le vin de palme n'est bon et agréable à boire pour les Européens qu'au moment même où il sort de l'arbre; mais les Nègres attendent vingtquatre heures après qu'il est tiré, et quelquefois trois jours; alors il est encore potable pour eux, mais cause une ivresse dangereuse ; passé ce temps, ce n'est plus qu'un mauvais et infect vinaigre. Cette liqueur est pour les habitants de Khann et de N'Batal un objet de commerce lucratif ; ilsen apportent tous les matins à Gorée, où les médecins l'ordonnent dans certaines maladies , comme une boisson douce et salutaire (I).
Les oasis de N'Batal offrent en abondance le tetracera senegalensis , dont les tiges flexibles, chargées de branches que terminent des paniculesde fleurs rosâtres, s'élèvent souvent à une hauteur de cinquante pieds, des morinda, des passiflorées , des anonacées , des crotalaria , des ficus, des caillea. des nymphxa, des ménianthes. Le village de Khounoun, situé aussi dans la vallée, à une lieue environ des bords de la mer, est environné de hautes forêts et de la plus vigoureuse végétation : ce sont des groupes de detarium senegalensis (datakh des Nègres ), de dialium nitidum {datakh niey), d'ttvaria œthiopica, de calypso senegalensis, d'euphorbiacées ligneuses , de cunthium9 de spondias, de dupuisia , de lannea, de tristemma, de gardénia triacantha ( gardénia ternifolia de Schumacher) , de sarcoceplialus esculentus, de rhus tomentosa , de strophanthus lauri/olius , de coulteria a/ricana, de combretum grimpants, de xanthoxylon, de ximenia americana.
Le sol de Khounoun et des environs est très-fertile; les habitants y cultivent en grande quantité, dans la saison des pluies seulement, le dougoub nioul (penicellaria spicata\ le niébé (doli-
(i) Nouvelles Annales des Voyages, t. LTX, p. i47-i5o et 169-17 t. Les fontaines de Khaun,qui fournissent l'eau aux habitants de Gorée , sont situées à trois quarts de iieue à peu prés de l'île : ce sont des trous profonds du quatre à cinq nieds et d'un diamètre presque égal, garnis en dedans et jusqu'au fond d'un mur en briques , où l'eau conserve toujours le même niveau, quelque quantité qu'on en retire.
6« livraison. (Sbnégàmbie.)
chos unguiculata ), la patate douce, l'igname, le melon d'eau, le potiron, le concombre. Le village est médiocrement grand, mais très-peuplé. Les cases , construites de la même manière à peu près que dans le Wallo, sont plus propres et mieux distribuées : les habitants sont doux et hospitaliers, surtout les femmes. Ce sont elles qui extrayent du fruit de Vêlais guineensis l'huile qui y est contenue, et qu'on appelle huile de palme. En pilant ces fruits dans des mortiers en bois longs de deux pieds et demi, sur une profondeur dedixhuit pouces , et environ un pied de diamètre, elles détachent du noy au osseux la pulpe oléagineuse qui y adhère fortement, et font bouillir à grand feu cette espèce de pâte après l'avoir délayée dans une certaine quantité d'eau. La partie oléagineuse forme, à la surface de l'eau, une pellicule plus ou moins épaisse, qui, en se refroidissant, se fige et prend la consistance du beurre. Cette huile ou ce beurre de palmier a une couleur jaune opaque, une saveur douce comme l'huile de coco; mais au bout de huit jours elle est rance. On croit que le nom du village de Rufisk vient des mots portugais rio Fresco, qui désignent une petite rivière tarie pendant une partie de l'année. C'était autrefois un des comptoirs les plus fréquentés pour la traite des noirs. C'est surtout derrière ce grand village qu'on trouve l'arbre gigantesque connu , sur la côte occidentale d'Afrique, sous le nom de cail ou cailcédra ( le khaya senegalensis des botanistes) : la plus grande hauteur de cet arbre, suivant la description qu'en donne M. Perrottet, est de centdix à cent-vingt pieds, et son plus fort diamètre de six à huit pieds. Les premières branches naissent à la hauteur de
âuinzeou vingt pieds etse ramifientà l'inni. Les feuilles sont alternes, pennées avec paire, assez grandes et de couleur vert pâle, et le pétiole commun qui les supporte à trois pieds de loug à peu près. Les fleurs sont petites, d'un blanc quelque peu rosé, et les fruits généralement sphériques, de la grosseur d'une pomme de reinette ordinaire, ont le péricarpe épais, ligneux et coriace, et contiennent beaucoup de graines aplaties, minces et se prolongeant en une aile
L'UNIVERS
membraneuse. Le bois rougeâtre de cet arbre, assez semblable à celui de l'acajou mahogoni et pouvant servir aux mêmes usages, fut dans un temps importé en France en grande quantité; les indigènes en font des embarcations très-solides. Enûn l'écorce , de couleur brune ou grisâtre et de goût très-amer, est employée comme fébrifuge par les Nègres, qui la prennent en infusion et en décoction. L'eau douce abonde dans la forêt des cailcédras ; on la trouve presque partout à cinq ou six pouces de profondeur et dans quelques endroits au niveau du sol.
Un plateau sec et sablonneux domine ces vallées bumides où sont les villages, et présente à sa surface des roches entières ou en fragments, la plupart d'un fort volume, assez semblables à des laves ou scories de volcans , et souvent couvertes de lichens, et quelques végétaux particuliers, tels que le lonchocarpus formosissima , le terminalia tnacroplera , le strychnos innocua, \elanneaacida, leL.velitina, le spondias birrea , et enun le matt des Nègres, de la famille desapocynées, dont la tige s'élève à une hauteur de cinquante pieds, et qui produit, comme le vahé de Madagascar, plante analogue, un suc laiteuxbrunissant insensiblement à Pair, et prenant la consistance de la gomme élastique.
Le terrain compris entre Khann et les Mamelles est très-inégal et hérissé çà et là de roches saillantes ou de fragments de basalte : la végétation y est brûlée et desséchée par le vent d'est avant que les fruits aient pu atteindre leur maturité. Sur le coté septentrional du mamelon le plus rapproché de la mer, M. Perrottet trouva le luiaria spartioîdes de Broussonnet, petit arbuste touffu et ligneux à la base , avec de longs et grêles rameaux et de petites fleurs d'un
iaune safran, armées dans leur partie inérieure d'un éperon effilé , le polygala oblusifolia, le P. erioptera. Du reste, ce rev ers du monticule est beaucoup moins boisé que le revers intérieur et que l'autre mamelon ; mais dans la saison pluvieuse il se couvre de plantes herbacées : sa pente est beaucoup moins rapide que celle du côté opposé. Autour des cases du grand village situé au pied de
l'autre mamelon , se groupent quelques
Eapayers chétifs, dont les fruits plaisent eaucoup aux Nègres par leur parfum et leur goût, quelques soump ( balnnites œgyptiaca) ae vingt à vingt-cinq pieds d'élévation, des buissons de sedoum ( zyziphus orthacantha ), que les Nègres taillent pour s'en faire un abri contre les rayons du soleil. Il y a d'autres villages sur la presqu'île entre les Mamelles et Dakar, tous assez grands et propres,<et entourés d'une tapade en roseaux de neuf à dix pieds de hauteur, où sont ménagées plusieurs ouvertures.
Les rues étroites de l'intérieur des villages sont également bordées de tapades moins hautes, comme aussi chaque groupe de cases appartenant à une même famille : devant chaque case, une petite cour est réservée pour les travaux de ménage , la préparation du mil et autres. Comme les cases sont très-basses et
Sue leur toit est peu solide , ce sont 'immenses tas u'ordures placés au centre de tous ces villages, qui servent de lieux d'observation. Dans chacun d'eux il y a aussi un ou deux puits peu profonds*, près desquels sont placées des auges en bois où les bestiaux viennent boire; mais l'eau de ces puits, mal creusés , est bourbeuse et saumâtre. Le village de Dakar est situé sur une pointe de terre de la presqu'île en face de l'île Gorée.
Les dunes sablonneuses qui bordent la côte entre Dakar et Khann sont égayées par d'épais buissons de diodea maritima, plante dont la tige, semi-ligneuseet longue dedeux njeds à peu près, est munie de rameaux distiques dès la base ; de scœvola lobelia ( Vahl ) ou /obelia Plumierii (Linn.), arbuste ligneux de deux à trois pieds de hauteur, à la tige droite, cylindrique, charnue et d'un vert luisant , aux feuilles ovales , charnues, vertes comme la tige, aux fleurs sessiles, jaunâtres, odoriférantes, et remplacées par des fruits charnus et d'un uoir brillant à la maturité; de chrysobalanus icaco, de conocarpus erecta et tfecastaphyllum Brownei. Il y a aussi entre ces deux villages des langues de terre basses et assez étendues, fortement imprégnées de sel marin , où croît surtout le phœnix spinosa, que les Nègres de ces parages appellent
kiom-komm , et ceux du Sénégal inférieur sot -s or. Dans ces terrains 6alés ce palmier ne forme pas de tige, mais se développe en larges touffes de feuilles , longues et étroites , terminées par une pointe dure très-acérée, qui les rend inabordables ( 1 ).
« L'île de Gorée est située par 14° 39' 55' de latitude nord et 19° 46' 40" de longitude ouest, à 2 milles en* vironde la côte, au sud du cap Vert, à 38 lieues marines au sud-sud-ouest de rtle Saint-Louis du Sénégal , et à 35 lieues au nord-nord-ouest à peu près de l'embouchure de la Gambie. Cette île n'est qu'un rocher d'environ 880 mètres dans sa plus grande longueur du nord-nord-ouest au sud-sud-est et de 515 mètres de largeur moyenne: On évalue sa circonférence à 2,250 mètres, et sa superficie à 17 hectares.
La partie sud de l'Ile est la plus haute; c'est une masse de rochers à pic, élevée de 250 mètres environ audessus de la mer, et dont la base occupe une circonférence d'environ 600 mè-
(i) « Le kiom-komm des Nègres du Cayor • (ptuenix humilie Nob, ou Ph. spinosa de « Schumacher ) atteint au plus une hauteur « de quinze pieds ; son tronc est assez droit, de « couleur brune et de quatre pouces au plus « de diamètre. De son sommet naît une touffe > de sept à neuf feuilles roides, longues de sept « àhuit pieds environ, qui s'étendent horizon- » talement en rosette. La racine de ce palmier « produit un grand nombre de liges assez « semblables à celle du milieu, mais qui s'e- « lèvent, rarement au-dessus de quatre à cinq « pieds. Ces tiges secondaires, souvent garnies « de feuilles jusqu'à la base , forment des touf- « fes tellement épaisses, que partout où cet « arbre se multiplie naturellement en forêts - ou plutôt en halliers, il serait inqiossible
■ de s'ouvrir un passage. Le» fruits du
■ kiom-komm sont plus petits que ceux du « dattier cultivé ; mais leur pulpe, assez bonne « à manger, est plus épaisse et adhère forte- « ment au noyau. • Le vin de palme que les Nègres en tirent n'est pas à beaucoup près si agréable que celui de Vêlais fuineensis; le goût en est amer, et les Européens n'en peuvent boire; mais comme la récolte est toujours abondante et beaucoup moins dangereuse, les Nègres recherchent assez celte li-
rar. — S. Perrottet, Nouvelles Annales Voyages, X. LIX, p. 171.
très; elle est couronnée à son sommet par un fort. Au centre de cette montagne basaltique, il y a une sorte de bassin de huit à dix pieds de profondeur, sur vingt pieds à peu près de diamètre, tout à lait semblable à l'ouverture d'un cratère éteint. Autour de cette excavation, et sur toute la surface du rocher de Gorée, il y a des fragments de roches à base d'oxyde de fer; dans les fentes de ces rochers, de petites plantes rabougries, de la famille des légumineuses (crotalaria aoreensis , alir sy car pus vagiualis, rhqncosia tninima). Ce rocher, qui s'élève verticalement du côté de la mer, s'abaisse brusquement du côté de la ville; on a pratiqué un chemin de communication de la vi Ile au fort, large de douzeà quinze pieds, presque droit et partant trèsrapide , et bordé de murs de trois pieds de hauteur. La pointe nord de l'Ile est toute basse; entre cette pointe et le revers de la montagne du sud, dans la partie nord-est de Pile se trouve le débarcadère, au fond d'une petite anse de sable. Llle de Gorée manque de tout, même d'eau potable ; néanmoins c'est un séjour agréable et recherché; l'air y est frais et tempéré, et c'est là que viennent se rétablir les malades de Saint- Louis. La ville de Gorée occupe plus des deux tiers de la superficie de l'Ile; les maisons sont construites avec les pierres qu'on tire de la partie haute ou du cap de Naze : elles n'ont en général qu un étage, mais sont vastes, bien aérées, solides et élégantes (I). »
Toute la partie de cette côte comprise entre l'embouchure du Sénégal et la presqu'île du cap Vert appartient au Cayor. Mais ia presqu'île même est indépendante du Damet ou souverain du Cayor, et gouvernée par un chef indigène sous le protectorat de la France.
En 1816, on évaluait la population de la presqu'île du cap Vert à dix mille âmes environ, et on comptait treize villages réunis en une espèce de république fédérative, sous la présidence du chef de Dakar; c'est encore aujourd'hui
(i) Voy. les Nouvel/es Annales des Voyages, t. LIX, p. i37-i44; et les Notices statistiques sur les colonies //io/MTa««,IIIepart., p. 187-
68 L'TTN
à Dakar que réside le chef indigène du cap Vert, et on voit sur la gorge ou sur l'isthme de la presqu'île une petite muraille eu pierres sèches qui servit à cette population iolofe à repousser les attaques du Dnmel et à assurer son indépendance. En général, dans toutes les parties du Cayor, les indigènes souffrent de l'oppression du Damel et cherchent à s'y soustraire : ainsi , M. le comte E. Bouët, dans la marche de la colonne mobile qu'il conduisit en avril 1843 à travers le Ghiambour-Cayor, le Wallo et le désert, put observer que tous les malheureux habitants du Cayor étaient en butte aux dévastations régulières de l'autorité même qui leur devait aide et protection; et on implora plus souvent ses secours contre le Damel que contre les Maures : le chef de N'Ghy-Ghélack vint lui demander de le faire connaître à tous comme Séné* galais; le chef de M' Pal, village qui, avec ses cinq cents combattants, avait su se rendre indépendant, mit également sa téte dans les mains du gouverneur français ; à 2V* Ghich, village de marabouts peu considérable; il vit les traces récentes des ravages des gens du Damel; et le marabout principal lui demanda que, quand le fort de Mèrirui'ghen serait élevé, il lui promît protection sous ses murs.
Le journal de marche de cette colonne mobile peut faire connaître cette ligne de villages qui borde au nord le Cayor, du côté du Wallo, et la nature et l'aspect du terrain au moins de la partie septentrionale de ce pays : de Sor à Gandon, sur une étendue de 8,600 mètres, le sol est plat, sablonneux , et couvert de broussailles épineuses et de taillis; de Gandon à N Ghy- Ghélack, la distance est évaluée à 1 myriamètre , et de IV Ghy-Gélack à 3f Pâl ( 16° 57' de latitude) à 12 kilomètres. A partir de Gandon , le terrain est plus solide , quoique encore un peu marécageux sur quelques points ; des fourrés de bois présentent quelques kilomètres d'étendue, et on y distingue plusieurs groupes de gommiers; de M' Pâl à N' Ghick, sur un espace de 16,200 mètres, se succèdent des montées sablonneuses, assez roides de pente. N' Ghick est situé sur un plateau élevé et en-
ERS
touré de collines, qui sont de vraies montagnes comparativement au reste du pays. A N' Ghick, comme partout, M. Bouët engagea les indigènes à planter de la pistache, « la vraie richesse « du Cayor, comme la gomme est celle « du désert. » De W Ghick à Mérinaghen, la distance est évaluée à 3ô kil., 600. L'emplacement de l'ancien village de Baï-kan est à mi-distance de ces deux points : dans cet intervalle , il y a des parties boisées , de la terre végétale, des accidents de terrain, et , dans la seconde partie de la route, d'épaisses forêts de gommiers. Cette ligne de villages, praticable de février en juillet, inunie d'eau , de fourrages , assurée par le dévouement des populations , sert aux communications par terre de Saint-Louis avec notre comptoir de Mérina-ghen.
Entre le Cayor, le Fouta et le Yolof s'étend , comme un terrain va^ue , une grande solitude qu'on appelle le Jiounoune. M.Mollien, en 1818, le traversa, en venant de Coqué, grand village de la frontière du Cayor; et en se dirigeant vers l'est j sud-est, il entra dans le Yolof par le village de Bahen. En 1839, MM. Caille, Huard-Bessinière , Potin- Paterson et Paul Holie le traversèrent aussi , venant de JV' Dind, sur le lac Paniéfoul, c'est-à-dire dans une direction constante droit au sud jusqu'au même village de Bahen. Le terrain y est trèsaccidenté : ils eurent à traverser alternativement des monticules et des vallées assez profondes, virent peu d'arbres (ce qui montre l'inexactitude de la désignation Forest donnée au Bouncune sur quelques cartes anglaises), mais de ces graminées hautes et vigoureuses , nommées jat, qui donnent au pays l'aspect le plus sauvage. Le chemin, déjà très-difûcile dans le jour, est presque impraticable la nuit, à cause de ces herbes épaisses , des bas-fonds, et surtout des énormes trous creusés par les pieds des éléphants. Le trajet de N' Dind à Bahen fut de quatorze heures ; mais ces voyageurs, mai guides, avaient fait beaucoup de détours, et les indigènes leur apprirent plus tard qu'en partant de grand matin ils pouvaient aller sur les bords du lac et revenir coucher chez eux le soir.
SÉNÉGAMB1E.
On ne possède sur l'intérieur du Yolof que des notions très-imparfaites , fournies par de rares itinéraires; pour donner au moins une idée de la nature et de l'état présent de. ce pays , je reproduirai le plus récent de ces itinéraires, celui de MM. Caille et Huard.
M. le capitaine Caille, du 3* régiment d'infantet ie> et feu M Huard-Bessiniere, pharmacien de ln classe delà marine, avaient été chargés vers la On de Tannée 1839, de chercher à procurer à nos postes du Sénégal des bœufs d'abattage, qu'on ne pouvait alors y acheter qu'à des prix exorbitants , en établissant avec les Peuls nomades du royaume de Yolof des relations régulières pour l'approvisionnement de nos marchés.
Comme je l'ai dit, ils entrèrent dans le Yolof par Bahen, village situé dans une plaine étendue, entouré d'arbres élevés et touffus , et composé de cinq ou six groupes très-irréguliers de cinquante à soixante cases chacun. De là, se dirigeant à l'est, ils arrivèrent, au bout d'une heure et dix minutes de inarche et après avoir traversé une plaine sablonneuse, mais boisée, qui longeait à gauche le Bounoune, au vi liage de Moui, anciennement appelé /VDip, composé d'une trentaine de cases et dépourvu d'eau. Merina est à 5 milles à peu près au sud de Moui, Pkir à 4 milles , et Gassama à 5 milles plus loin, dans la même direction. Gassama est établi dans une plaine découverte, entouré de champs de mil considérables et bien cultivés; le village est petit, mais propre et bien entretenu.
De là ils se dirigèrent au sud-est, et , après avoir traversé des camps de Peuls nomades nommés Rotas et laissé à droite et à gauche beaucoup de villages insignifiants, ils atteignirent Giarno et bientôt fVarkor (15° 40' ou 15° 42' de latitude, suivant M. d'Avezac), capitale du pays de Yolof, où ils eurent une audience du roi. « Warkor est ad- « mirablement située au milieu de « plaines immenses qu'elle domine, « ayant pour horizon une ceinture de « collines parées d'une riche végéta- « tion. Les cases sont disposées sans « goût. Le palais est à gauche de l'en- « trée du village : c'est une case très- « élevée, supportée par des piquets « énormes et tapissée de gris-gris de
« toute espèce et de cornes de bœufs, « decobas et de moutons. Des fumiers « monstrueux en bouchaient presque « l'entrée : c'est une marque de dignité « attestant que les chevaux de bataillé « ne manquent pas dans les écuries du * prince. Le Boury-Yolof se nomme « Ali-Boury; il est neveu de l'ancien roi « Baba Boury; c'est un homme de cin- « quante ans environ ( 1 839), d'une taille « presque gigantesque, mais d'une mai- « greur remarquable; sa figure respire « la bonté et la franchise. » De Warkor, MM. Caille et Huard se dirigèrent vers l'est, traversèrent d'abord une petite plaine sablonneuse , plantée de mil, et laissant à gauche le village de Tiolo ou A" //en, ils arrivèrent à N' Dovrcn, aorès avoir fait trois milles environ , et a un quart d'heure de chemin plus loin ils entrèrent dans un second N* Douren (dans le Yolof quatre ou cinq villages portent quelquefois le même nom); puis, laissant à droite, sur un monticule, Boule et N'Gen et descendant une colline très-rapide, ils atteignirent Diokoul, résidence du prince Berguel : c'est un village d'une centaine de cases, irrégulièrement distribuées sur le revers d'une colline, avec quelques arbres de haute futaie pour rideau , et pour horizon des monticules et les vallons correspondants.
Ils restèrent deux jours à Diokoul, pour complaire à Berguel, et passèrent une soirée au milieu de sa nombreuse et belle famille. Ils reprirent ensuite leur marche vers l'est, dépassèrent bientôt Païen et Balen, laissant à droite bon nombre de villages ; à deux heuresdc Diokoul ils trouvèrent Ganguiol, et à une heure vingt minutes de là le village de Tanguy , qui est très-habité et qu'entoure un double tata crénelé , en terre glaise, ainsi que des fossés assez prolonds : « c'est une place presque inex- « pugnable pour le pays. » Korkol, village mi-partie de Yolots et de P. uls, assis sur le plateau d'un monticule peu élevé mais très-etendu , est éloigné de Tanguy de deux heures dix minutes. De là, ils se portèrent dans le sud-snd-est, vers Maugrais , à 25 milles seulement de Korkol. Le pays entre Warkor et Maugrais est très-accidenté, bien cultivé dans les environs des villages Mé~
L'UNIVERS
dtna9 Caié, Tàbe, Mérina, Guél, Boule , N* Douren , et riche en pâturages. — De retour à Warkor, ils reçurent des mains des Peuls cinquante-six bœufs, qu'ils dirigèrent sur Moui, et firent une nouvelle excursion au sudsud-ouest pour visiter les Peuls de GuengueL Le premier village qu'ils aperçurent fut Geten- Warkor ; à deux heures vingt-cinq minutes de là, ils arrivèrent à Tieken, après avoir longé plusieurs camps de Peuls isolés. Le terrain s'abaissait sensiblement , les monticules étaient plus éloignés, et Ton apercevait un grand nombre d'étangs ; enfin, après avoir fait 18 milles à peu près dans le sud-sud-ouest, ils atteignirent Pardy et à 3 milles de là , toujours dans la même direction, rencontrèrent un camp de Laobés (1), et entrèrent dans une plaine boisée, qu'ils suivirent pendant trois heures et demie : au bout de cette plaine, et après avoir fait 13 milles dans le sud-sud-ouest depuis Pardy, ils trouvèrent Pakour. village habité par des Yolofs , mais entoure de tous côtés par des camps de Peuls. Le roi a placé à Pakour un percepteur appelé Tarba-Guinguel, pour recevoir les redevances considérables que les tribus de Peuls payent régulièrement chaque année au Boury-Yolof. Les environs sont très- riches en herbages et couverts de troupeaux. Ils visitèrent aussi Fanal , résidence d'Ardo-Bakel , chef des Peuls, et dans l'espace de 9 milles, qu'ils parcoururent entre Pakour et Panai, ils ne cessèrent d'apercevoir ou, de traverser des camps : Panai est le plus considérable. MM. Caille et Huard y furent reçus avec une extrême cordialité, et le chef leur promit qu'on ne manquerait plus de bœufs désormais , si l'on établissait pour les recevoir un
(i) Suivant M. Mollien, les Laobés sont des Nègres répandus parmi la nation des Yolofs, sans habitations fixes, et ayant pour unique industrie de fabriquer des vases , des mortiers et des lits en bois; ils payent un droit aux princes yolofs, qui les laissent vivre dans leurs forêts, mais sont exemptés du service militaire. Cette nation des Laobés a un chef particulier. Ils sont , en général , d'une laideur repoussante; les Yolofs, par superstition , recherchent cependant en mariage les jeunes filles laobés.
comptoir qui ne fût pas trou éloigné de Panai. De là ils remontèrent au nord-nord-ouest, vers M' Pass, en passant par Sin, Dora, Gomme et Kam.
M Pass est situé sur un monticule qui domine une plaine immense; c'est le chef-lieu d'un canton où ils comptèrent onze villages assez considérables et dix camps de Peuls groupés autour du cheflieu. De M' Pass , ils rejoignirent leurs laptots à Moui, par Kol> Borguelet Mérina (1).
Au sud du Cayor et à l'ouest du Yolof, sur une étendue de douze lieues de côtes, depuis le cap Rouge jusqu'à la pointe Serène , se prolonge le pays de Daoly démembrement du Cayor, dont le souverain est appelé Teyn. Au sud du royaume de Baol est celui de Syn , dont le chef porte le titre de Bour. Ce petit État , démembrement du Salem ou Salutn , principauté démembrée elle-même de l'ancien empire des Ouolofs^ n'a qu'une étendue de onze lieues décotes ; il est comme enclavé dans le pays deSalum. Le Salum , comme tous les États que je viens de nommer, est un État yolof; mais toute la partie qui est au s'ud de la rivière Salum a été envahie par les Mandingues, qui y ont formé le petit État de Barr, ou Burra, sur la rive droite de la Gambie. D'anciens traités confèrent à la France le droit de souveraineté sur la portion du littoral comprise entre le cap Vert et la rivière Salum, jusqu'à une distance de six lieues dans l'intérieur. Sur toute cette portion de côtes dont .['ai déjà donné , d'après M. le comte Bouét, une description exclusivement nautique» sout répandus des bas-fonds destinés en apparence à recevoir les eaux pluviales des plateaux :
ces bassins , /narais ou mares d'eau douce, plus ou moins étendus, au milieu desquels croissent beaucoup de palmiers et de grands arbres , ou que recouvre un gazon touffu , une herbe très- fine et excellente pour les bestiaux , forment proprement autant d'oasis parmi d'immenses plaines arides.
Les végétaux particuliers à ces basfonds diffèrent singulièrement de ceux des plateaux élevés et des terrains ad-
(i) Bulletin de la Soc.de géogr., II* série, t. XIV, p. 199-307.
jacents , et sont analogues pour la plupart à des espèces abondantes à Madagascar, à la Guyane, au Brésil, aux Antilles, auxlndes orientales, et aux environs de Bénin. Le petit nombre de mares d'eau douce qu on trouve aussi çà et là sur les rives du Sénégal sont beaucoup moins fertiles et le plus souvent desséchées ; et les arbres qui y végètent n'ont aucune ressemblance avec ceux des bas-fonds de cette autre partie du littoral. Quant à cette chaîne de monticules qui règne depuis la presqu'île du cap Vert jusqu'au cap de Naze, les roches qui la constituent présentent presque toutes un aspect volcanique, mais m croûte seule l'est réellement : « cette « croûte , dont l'épaisseur varie depuis « quelques pieds jusqu'à plusieurs mè- « très, a suivi en partie les ondulations « du terrain, qui sont horizontales, « obliques ou perpendiculaires. Au cap « Rouge , la matière fondue naraît avoir « coule sur une roche de gres grossier, « friable, et l'avoir pénétrée à quelques « pouces. Le point de contact, presque « vitrifié, forme une séparation bien « distincte entre le grès et la roche « ferrugineuse volcanique, qui paraît « avoir été fondue. Cette roche présente « assez souvent des cavités cylindri- « ques, comme tortillées et repliées « sur elles-mêmes, beaucoup plus al- « longées qu'elles ne le sont ordinaire- « ment dans les roches au milieu des- « quelles elles existent. Des calcaires « coquilliers et à grains fins se trou- « vent inférieurs aux roches ferrugi- « neuses, ou à la superficie du sol, là où ■ les dernièresorft disparu. Ces calcaires, « très-communs entre Barny et Yenne, « sont par couches de deux à six et huit « pouces d'épaisseur ( le calcaire com- « pacte à grains fins), et présentent « entre Ieurscouches des quartz cristalli- « sés ou compactes à grains fins et casci sure vitreuse, colorés en gris ou en « noir, mais sans odeur désagréable. ' « Les calcaires coquilliers sont en ro- « ches énormes, présentent entre leurs « fragments de nombreuses cavités et « s'avancent dans la mer à une plus « grande distance que ceux qui sont par « couches. Il existe parmi les calcaires « coquilliers, près de Barny, quelques « roches entièrement formées de frag-
« meuts de calcaire et de quarts em- « pâté dans un ciment siliceux. Ces ro- « ches font indifféremment partie des « calcaires compactes et coquilliers, « quoique plus abondantes parmi ces der- , « niers. La végétation qui couvre ces eol- « Unes indique et le peu de profondeur « du sol et le peu d'humidité qu'il peut « leur fournir : tous les arbres à feuil- « les larges, qui par conséquent ont « une transpiration abondante, ou sont « à bois spongieux, ou perdent ce « feuillage a l'époque de la sécheresse. « Les plantes qui offrent à cette épo- « que quelque verdure à l'œil fatigué « n'ont qu un feuillage extrêmement « déchiqueté ou très-sec, peu garni « de pores et incapable d'une transpi- « Tation à laquelle l'arbre ne pourrait « fournir sans périr (1). »
Les trois points militaires qui assurent la domination française sur toute cette étendue de côtes sont Rufisque, à 3 1. de Gorée, Portudal dans le Baol, à 10 1. de Gorée, etJoal dans le Sin, à 20 1. de la même île. Le plus important, Joal, est un grand village bien peuplé, situé à 200 toises à peu près de la mer. Il est environné, du coté du sud-ouest, de terrains bourbeux coupés de criques que bordent des palétuviers touffus et trèshauts, et au sud-est il est dominé par un vaste plateau sablonneux, dont le sol, généralement sec etléger, est merveilleusement propre à la culture du petit mil. La végétation, du reste, y est belle; M. Perrottet y rencontra le parkia africana (neti et nédé de Beaufort et de Caillé), bel arbre haut de plus de quarante pieds, qui étale ses branches horizontalementa une grande distance(2); le bombax buonoporense , aux grandes fleurs rouges, le randialongistyla,éevx espèces de clerodendron , le rhyncosia glo-
(i) Voy. la copie d'un rapport adressé le a6 septembre 1827 à M. Gerbidon, commandant et administrateur de la colonie du Sénégal, par M. Le prieur, pharmacien de la marine, dans les Annales marit,t Sciences et arts, i8a8, t. I, p. 465-469.
(a) « Les feuilles de cet arbre, bipenne» « avec paire, sont fines, très-serrées sur le - pétiole et d'un vert pâle; ses fleurs réunies « sur un axe globuleux, semblables pour la « forme et en quelque sorte pour la grosseur
L'UNIVERS
mer a ta. Les palétuviers des environs de Joal sont chargés d'une prodigieuse quantité d'huîtres dont les Nègres font grande consommation : ils les mangent plus souvent boucanées que crues. Aussitôt qu'à la marée basse les racines des palétuviers se montrent à découvert, ils vont avec une petite hache en séparer quelques-unes de haut en bas et les emportent : une seule racine de trois
f >ieds de long tout au plus fait souvent a charge de deux hommes, tant est considérable la masse d'huîtres qui les entourent. Ces huîtres ne sont pas trèsgrosses; leur forme est assez allongée et presque spatulée. Comme leur surface est très-inégale , au lieu de les ouvrir à notre manière, on les expose sur des charbons ardents, et elles s'entr'ouvrent bientôt. Les amas de coquilles d'huîtres déposés derrière le village ont une destination religieuse; c'est au centre de ces immenses tertres de substance calcaire que les habitants de Joal ensevelissent les morts. — Les cases du village sont très-irrégulièrement disposées, mais en général élégantes et soigneusement entretenues. Les Nègres de ce canton ont l'aspect repoussant. Comme ils sont riches, leur couscous est ordinairement assaisonné de bouillon de viande de bœuf, de mouton et de volaille. Sauf les environs mêmes du village, qui sont vaseux et embarrassés de mangliers, le pays de Joal est beau et fertile : toutefois on n'y peut cultiver le riz (1).
« à un pompon militaire, sont individuelle- « ment assez petites, d'un rouge brillant et « placées à l'extrémité d'un long pédoncule, « pendant, qui a plus de. deux pieds et demi de « longueur. Chaque pédoncule commun se « divise, vers sou sommet , eu plusieurs pédi- « celles également très-longs, et qui se terni i- « nent par une boule de fleurs plus ou moins «t grosse. Les fruits naissent en paquets; ils * sont longs de dix pouces à un pied, larges « d'un demi-pouce au plus , présentant ainsi « un légume linéaire tres-peu arqué; les « gousses contiennent une rangée de graines « presque lenticulaires, roussâlres, envelop- « pées d'une pulpe jaunâtre très-sucrée, que « les Nègres mangent avec plaisir. » (Nouilles Annales des Voyages, L LIX, p. 177.) • (1) Nouvelles Annales des Voyages, t. LIX, p. 176-1 8a.
La rivière Salum, qui sépare, comme je l'ai dit, le Sin du Barra, c'est-à-dire les Iolofs des Mandingues, est une rivière assez forte, dont une barre mobile et de nombreux îlots de sable rendent l'entrée difficile. La barre une fois franchie, elle n'offre plus d'autres difficultés à la navigation que des sinuosités nombreuses. Ses rives sont coupées de marigots qui forment desjles basses et couvertes de mangliers; au delà de ces remparts de mangliers s'étendent des champs incultes, dont les indigènes brûlent l'herbe haute et touffue pour rendre plus facile l'accès de la rivière, où le poisson abonde. Très-peu de villages la bordent : le plus considérable est celui de Sum ou FeUamy remarquable par l'élégance des cases et des magasins à riz; car ici la culture du riz a remplacé celle du mil : ce village est situé sur une petiteîle,à l'entrée d'un marigot qui aboutit d'autre part à la Gambie. A 3 ou 4 milles au-dessus est le village de Kiaré, qu'avoisine un groupe de grands arbres : à cette hauteur, le lit de la rivière est embarrassé de plusieurs bancs de sable qui ne laissent entre eux qu'un canal peu profond. On ne rencontre d'autre obstacle de ce genre que 40 milles plus haut, le long de la rive gauche; enfin un peu au-dessus, une petite crique, suivie d'une côte élevée et très-boisée, présente un excellent mouillage, d'où il est aisé de communiquer avec deux forts villages de l'intérieur, les mieux approvisionnés de tout le pays en poisson et en gibier. Au delà de ce mouillage la rivière conserve assez de profondeur, mais se rétrécit extrêmement, et les plus petits navires peuvent seuls pousser plus avant. Ils mouillent ordinairement à Kaulak, petite baie qui tire son nom d'un village éloigné dans l'intérieur de 2 à 3 milles sur la rive droite. Dece mouillage on peut se rendre en peu de temps par terre à Cahône, capitale du Salum; mais on n'y peut arriver pareau qu'en pirogue et après beaucoup de détours. Le chemin estimé, en tenant compte des nombreux détours, donne 96 milles, depuis l'entrée de la rivière jusqu'à la capitale : dans toute cette étendue ses eaux out un goût salin très-prononcé (1 ).
(i) Voy., dans les Annales maritimes,
Âu delà de cette rivière, en Gambie, la nature et l'aspect du pays changent : les terrains sont beaucoup plus fertiles que ceux des bords du Sénégal, et généralement mieux cultivés : les mils y sont cultivés par sillons, procédé qui a l'avantage de ne pas laisser sTécouler les eaux et tout ensemble de ne pas noyer les jeunes plants de mil semés sur le sommet des sillons. Les hauteurs seules, dont le sol, quoiqu'il offre beaucoup d'analogie avec celui des bords du Sénégal , est moins ferrugineux et plus riche en humus, sont cultivées de cette manière : les bas-fonds, divisés, par des digues d'un à deux pieds de hauteur et d'épaisseur, en compartiments de 20 à 30 mètres carrés , ne laissent pas ainsi écouler les eaux pluviales, et se prêtent à l'ensemencement des riz, qui demandent à avoir toujours les racines dans l'eau. Les rizières de la Gambie sont humides même pendant la saison sèche.
L'eau douce s' y trouve partout à une très-petite profondeur et en beaucoup d'endroits on rencontre à un pied, un pied et demi, une glaise dont les indigènes se servent pour revêtir les parties de leurs habitations qu'ils veulent garantir de l'humidité, ou qu'ils détrempent et battent pour construire l'enceinte de leurs villages. Les terrains bas de la Gambie sont aussi couverts de figuiers , de nauclia, desterculia, de spondias et autres plantés à larges feuilles.
Histoire des établissements français au Sénégal. Suivant uue ancienne tradition, dès l'année 1364, les Dieppois envoyèrent leurs vaisseaux sur la côte occidentale d'Afrique pour y fonder des comptoirs et explorer l'intérieur du pays; ils auraient, d'abord au delà de Sierra-Leone, à l'embouchure du riodos Cestos, établi le comptoir ou loge de Petit-Dieppe, et, s'a vançant jusqu'à la Côte d'Or, ils auraient bâti a la Mine, en 1 383, une église qui existait encore en 1669. L'ancienneté bien constatée des noms de Baie de France , de Petit- Dieppe, de Petit-Paris, de Bastion de France, de Château des Français, qui se sont con-
i83o, sciences et arts, t. II, p. ia7-x3a, une notice sur la rivière de Salum, par M. Duvaure, lieutenant de vaisseau, commandant le brick la Bordelaise,
serves à la Mine et à Axim , confirme et accrédite cette tradition ; malheureusement les Dieppois et leurs associés de Rouen n'ont rien écrit de ce qu'ils ont fait et vu les premiers , ou , comme la France n'a eu ni son Hamusio, ni son Haklmjt, leurs relations se sont perdues; et quand le P. Laoat, pour composer sa Nouvelle relation de l'Afrique occidentale , eut pris connaissance de tous les mémoires contenus dans les archives de la compagnie des Indes et du Sénégal, il trouva u,ue les plus anciens titres ne remontaient pas au delà de 1626. Néanmoins, il n'abandonna pas cette glorieuse tradition, et la plaça avec confiance au début de son livre. Plus loin, après avoir décrit la Cote d'Or, la côte principale de la Guinée, comme on l'appelait autrefois, je rapporterai aussi tout au long cette tradition, d'après les voyageurs et les géographes du dixseptième siècle qui l'ont recueillie, publiée et acceptée; j'y joindrai les détails ou les principaux traits d'une savante et vive polémique dont elle est encore aujourd'hui l'objet , et qui compose sans contredit une des questions les plus intéressantes de l'histoire de la géographie. Mais ici, circonscrit par les divisions géographiques que j'ai adoptées , j'ai dû me borner à cette courte réserve des droits de priorité des marins dieppois. Maintenant il convient de parler des explorations successives faites au Sénégal par les différents peuples jusqu'à la date de 1 626, où commence l'histoire authentique des établissements français.
En 1446, Denis Fernandez, navigateur portugais, dépassa l'embouchure de la rivière de Sanaga ou Sénégal , qui séparait alors les Assénages du pays de Jalofs, et atteignit au delà le cap Vert (l). L'année suivante, un autre Portugais , nommé Lancelot, aborda aux mêmes lieux ; et l'on croit que c'est lui qui donna au fleuve, appelé auparavant rlv. tfOvi-
^i) M. le vicomte de Santarem a vu indiquée sur une carte vénitienne du seizième siècle l'année où les Portugais Grent celte double découverte : on y lit auprèi du nom du Sénégal les mots : Scop. da Denis Fernando, i446; et auprès du cabo Vu de : Scop. fan 1446 de Portug,
L'UNIVERS
dech, le nom de Sanaga, qui était celui d'un Maure, son compagnon; les découvertes ne cessèrent dès lors de s'avancer vers le sud; et sur la mappemonde de Fra- Mauro, qui date, suivant les uns, de 1460, et qui, suivant les autres, est postérieure à 1470, la côte se prolonge au delà de la Gambie, et présente les noms portugais de Cabo Verde, Cabo lioxo et autres. En 1455 le Vénitien Cà-da-Mosto (1), après certaines conventions passées avec le grand prince don Henri , partit pour une nouvelle exploration, sur une caravelle portugaise, que commandait Vincent Diaz , et qui, après avoir doublé le cap Blanc, atteignit l'embouchure du Sénégal. La relation de Cà-da Mosto contient les plus anciens renseignements que l'on connaisse sur le cours inférieur de ce fleuve. « Nous parvînmes, dit-il, au fleuve qu'on nomme le ruisseau de Sénéga, qui est le premier et plus grand de toute la terre des Noirs, et entrâmes par cette côte, là où ce fleuve sépare les Noirs d'avec les Basanés qu'on nomme Azanaghes, divisant semblablement la terre sèche et aride ( qui est le désert susnommé) d'avec le pays fertile, qui est celui des Noirs. Et cinq ans avant que je me misse à la route de ce voyage, ce fleuve fut découvert par trois caravelles du seigneur Infant, qui entrèrent dans icelui et traitèrent paix avec ces Noirs , parmi lesquels ils commencèrent à démener le train de marchandise : en quoi faisant d'année à autre, plusieurs navires s'y sont transportés de mon temps. Ce fleuve est grand et large en bouche de plus d'un mille, étant assez profond, et fait encore une autre bouche un peu plus avant, avec une île au milieu. Par ainsi il s'embouche dans la mer en deux endroits, à chacun desquels il fait plusieurs bancs d'arène et levées qui se jet-
(i) M. Walckenaer a donne une longue el exacte analyse des deux voyages de Cà-da- Moslo, dans son i,r vol. de Y Histoire général* des Voyages. Les deux relations de ce voyageur furent écrites en italien en i5o7, nuis traduites l'année suivante en latin et en français. Katnusio publia de nouveau la rédaction italienne , et Grynaeus reproduisit la version latiue, infidèle en plusieurs endroits.
tent au large dans la mer par l'espace d'un mille; et en ce lieu monte la marée et cale de six en six heures, dont le montant se jette avant dans le fleuve par plus de soixante milles, selon que j'en ai été informé par les Portugais , qui ont navigué dans icelui longuement.
Et qui y veut entrer, faut qu il voyse selon Tordre des eaux , pour cause de ces levées qui sont à la bouche d'icelui fleuve , depuis lequel jusqu'à cap Blanc on compte trois cent oc tan te milles, étant la côte tout aréneuse jusqu'auprès de cette bouche environ vingt milles , et s'appelle la côte (EAnterote, laquelle est du domaine des Azanaghes basanés. Et me semble fort étrange et admirable que delà le fleuve tous les peuples sont très-noirs, grands, gros, de nelle taille , bien formés , le pays verdoyant, peuplé d'arbreS et fertile; et deçà les habitants se voient maigres, essuis, de petite stature , et le pays sec et stérile. Ce fleuve, comme plusieurs sont d'opinion, est une branche de G ion, qui prend son origine au paradis terrestre et fut nommé Niger par les anciens, lequel Gion, arrosant toute l'Éthiopie et s'approchant près de la mer Océane, devers ponant, là où il s'embouche, jette plusieurs autres branches et fleuves , outre celui-ci de Sénéga.
L'autre bras qu'il jette encore est le Nil, qui passe par l'Égvpte et se ioin* avec notre mer Méditerranée. Telle est l'opinion de ceux qui se sont avec travail délectés à chercher le monde et s'enquérir des merveilles d'icelui. — Le pays de ces Noirs sur le fleuve de Sénéga est le premier royaume des Noirs delà Basse-Éthiopie, et les peuples qui habitent aux rivages d'icelui s'appellent Gilofes. Toute la côte et cette région dont nous avons ci-dessus fait mention consistent tout en plat pays jusqu'à ce fleuve et par delà encore; tant qu'on parvient à cap Vert, qui est pays relevé et le plus haut qui soit en toute la côte ; c'est à savoir quatre cents milles plus outre qu'icelui cap. Et selon ce que j'ai pu entendre, ce rovaume de Sénéga confine, du côté du levant, avec un pays nommé Tuchusor; devers midi , avec le royaume de Gambra ; de la partie de ponant , avec la mer Océane ; et du côté de tramontane, se joint avec le fleuve
susnommé qui sépare les Basanés d'avec ces premiers Noirs. Il est de petite étendue; car selon la côte, il ne s'avance pas plus haut de deux cents milles et peut contenir en largeur autant d'espace , comme j'en ai été informé. — Je
Sassai, continue Ca-da-Mosto, le fleuve e Sénéga avec ma caravelle , sur laquelle naviguant, je parvins au pays de Budomel, qui est distant d'icelui fleuve par l'espace de huit cents milles (il faut substituer cinquante milles environ ) selon la côte , qui est toute basse et sans montagne depuis ce fleuve jusqu'a Budomel f lequel nom est titre de seigneur et non pas celui du pays même; car on l'appelle terre de Budomel, comme pays d'un tel seigneur ou comte, pour auquel parler je pris terre là (1). » Il séjourna quelque temps dans ce pays, comme il dit , en partie pour voir, acheter, trafiquer et avoir la connaissance de plusieurs choses ; puis il délibéra d'aller plus outre, et, en passant cap Vert, découvrir nouvelles régions et chercher sa fortune. « Ce cap / ert, ajoute-t-il, est ainsi appelé pour autant que ceux qui vinrent à le découvrir premièrement ( qui furent les Portugais, • environ un an avant que je me trouvasse en ces parties ) , le trouvant tout
(1) Navigations de Messer Atours de Cademoste , gentil/iomme 'vénitien; trad. de Jean ^Temporal; dans l'ouvrage intitulé : de l'Afrique , et imprimé en août i83o aux frai* du gouvernement, t. II, p. 375-377. Vov. aussi les chapitres iulitulés : f En quel/0 manière ton procède à la création des rois Je Sénéga , et comment ils se maintiennent en leur Etat; a° de la foi de ces premiers Noirs ; 3" de la manière des habits et coutumes des Noirs; 4° des guerres qui surviennent entre eux, et de leurs armes; 5° du pars de Budomel cl du seigneur d'icelui; 6° de ce que produit le royaume de Sénéga ; comme ton procède à cultiver la terre, et par quel moyen s 'y fait le vin; y0 des animaux qui se trouvent en ce royainne ; 8° du marché que font les Noirs et des marchandises qui ont cours en icelui, etc. — A l'occasion de ce pays de Budomel, M. Walckenaer fait la remarque que ces ôo milles de navigation à partir de l'embouchure du Sénégal nous conduisent à la petite rivière où est la position de Condamcl, dans le royaume de Cayor ou de DameL
verdoyant de grands arbres, qui demeurent en verdeur tout le long de l'année, qui fut la cause pour laquelle il fut appelé cap Vert ; comme cap Blanc, duquel nous avons parlé auparavant, pour avoir été trouve blanc et aréneux. Ce cap Vert est fort beau et haut, ayant à la cime deux petites montagnes, et se jette bien avant dans la mer, avec ce que, sur le dos et au contour d'icelui , y a plusieurs bourgades de paysans noirs et maisons de paille tout au plus près de la marine, à vue de ceux qui les côtoient etdépendent eneore ceux Noirs de ce royaume de Sénéga susnommé. Audessus du cap , il y a aucunes grèves d'arènes qui fendant la mer environ un demi-mille et par delà icelui vînmes à découvrir trois tics inhabitées, bien peu distantes de terre et couvertes d'arbres grands et verdoyants... Le jour ensuivant, reprenant nos terres, nous naviguâmes toujours à vue déterre, notant qu'outre ce cap se jette un golfe dans icelui, étant la côte basse, trèspeuplée de fort beaux et grands arbres verdoyants, qui ne perdent jamais une feuille le long de Tannée; et, selon mon avis, je ne vis de ma vie la plus belle côte que celle-ci me sembla è*irc, laquelle est toute arrosée de plusieurs fleuves et petites rivières de peu de compte, à cause que les navires n'y sauraient emboucher. Au delà de ce petit golfe, toute la côte est habitée de deux générations, Tune nommée Barbacins, et l'autre Sérères , toutes deux noires, mais hors de la puissance et domaine du roi de Sénéga et de tout autre seigneur. »
Après la relation deCà-da-Mosto vient se placer, dans l'ordre chronologique, le Traité succinct sur les rivières de Guinée, du cap t 'ert, depuis le Sénégal jusgu'au fleuve Sainte- Anne , par le capitaine André Alvarez d'Almada (1594), ouvrage rempli - de détails ethnographiques et de précieux renseignements sur les relations de commerce que les Portugais, les Français et les Anglais entretenaient à la lin du seizième siècle avec cette partie de l'Afrique (I). On y
(i) Almada naquit dans l'île de Santiago, J'une des îles du cap Vert, au milieu du seizième siècle, et y passa une grande partie de
LUN1VERS
voit que le pays des Iolofs confinait alors, du côté des montagnes, avec celui des Foulos Galalhos ou Gagos; que ce royaume des Iolofs, autrefois si considérable, était bien déchu ; que le grand Iolof ou Hurba- folof était devenu vassal du roi de Galalho, appelé le grand Foulo; que ses États se terminaient alors auprès û'Encalhor, qui en était autrefois le centre; et que le reste était passé entre les mains des descendants du Boudoumel, avec le titre même de grand lolof. Le principal port du royaume de Boudoumel était Biziquiche, « belle baie continuellement fréquentée par les Français et les Anglais; un grand nombre dé vaisseaux, dit Al m ad a , peuvent y mouiller à la fois sans avoir rien à craindre des vents , contre lesquels ils sont protégés par une île, de sorte qu'on y peut hiverner en toute sûreté : le canal qui sépare cette Ile de la terre ferme a souvent servi de refuge aux vaisseaux
sa vie. Son ouvrage nous prouve qu'il connaissait toute la partie de l'Afrique qui s'éteud depuis la Senégambie jusqu'au Henin, d'autant mieux qu'il y avait fait de nombreux et fréqueuts voyages, soit pour s'instruire, soit pour traiter avec les naturels d'objets relatifs au commerce. Il fut choisi en 1 58o , par les habitants des îles du cap Vert, pour aller en Portugal se concerter avec le gouvernement sur les moyens d'établir une colonie à Sierra-Leone. Selon le célèbre bibliographe Karbose, Almada fut aussi employé à Angola. Sa relation est dédiée à l'évèque des îles du cap Vert, que le gouvernement avait charge de traiter avec lui comme étant le juge le plus compétent. L'évèque l'approuva , et en ordonna la publication; néanmoins elle n'avait pas encore vu le jour lorsqu'en 1733 on en publia une édition aujourd'hui fort rare, dont le texte est d'ailleurs mutilé, et où l'on a même altéré le nom de l'auteur. Heureusement M. de Varnhagen en découvrit, il y a quelques années , une copie manuscrite dans la biblothèque publique de Lisbonne, pendant que M. Kôpke en trouvait une autre dans celle de Porto. Ce dernier manuscrit, écrit en caractères de l'époque, provenait de la collection des bénédictins de Tibaens. C'est d'après ce dernier, qu'il regarde comme le meilleur, que M. Diega Kôpke a publié cette relation, in-8*, Porto, i84r, avec des notes et une introduction. — (Note empruntée à M, le vicomte de Santarem. )
français quand ils étaient poursuivis par les nôtres. Dans l'état actuel des choses, cette île sert d'entrepôt aux Français et aux Anglais; tous ceux qui vont à Sierra- Leone , à la côte de la Malaguette , au Brésil et aux Indes espagnoles , s'y arrêtent pour y prendre langue, car ils s'y croient chez eux tout comme s'ils étaient dans un des ports de leur patrie. Aussi trouve-t-on sur cette côte beaucoup de Nègres qui parlent très-bien le français et qui ont été même en France ; et maintenant qu'ils se sont alliés avec les Anglais, beaucoup ont appris leur langue et se sont même rendus dans leur pays par ordre du gouverneur du port dAle^ qui est en même temps inspecteur des revenus royaux. Ce port est situé presque à la pointe du cap Vert, entre ce cap et celui dos Mastros Quand le roi Noghor, grand ami des Portugais, régnait dans le Boudoumel, c'était avecses sujets que les habitants de l'île de Santiago ( cap Vert ) faisaient leur principal commerce. Tous les ans, un grand nombre de vaisseaux chargés de chevaux et de marchandises diverses quittaient l'île pour aller trafiquer sur cette côte; mais lé? successeur de Noghor, Boudoumel Bixirim, ayant établi 6on séjour à Cambaya, commença à se quereller avec les Portugais; il reçut les Français dans ses ports , et fit le commercé avec eux; cest pourquoi les ha* bitants de Santiago renoncèrent à ce trafic , qui est aujourd'hui plutôt dans les mains des Anglais que dans celles des Français, qu'ils sont parvenus à évincer. Ces deux nations emploient pour agents un grand nombre de Portugais et quelques étrangers qui sont établis parmi les Barbacins, au port de Joala, dans le royaume $Ale Embiçane. Ils vont de rivière en. rivière pour faire le commerce, et pénètrent même trèsavant dans l'intérieur. Les Français et les Anglais exportent annuellement une grande quantité de cuirs de bœuf, de buffle, de gazelle, ainsi que d'un autre animal qu'on appelle sur la Gambie dancoy, lequel est, dit-on, le véritable anta ; ils exportent aussi de l'ivoire, de la cire, de la gomme, de l'ambre , du musc et de l'or, et donnent en échange diverses marchandises de leur pays. Nos ennemis traitent très-bien les Portugais qui
SÉJSÉGAMBIE.
leur servent ainsi d'auxiliaires : le jour où ils livrent les marchandises et en reçoivent le prix , les Anglais leur donnent à terre un magnifique banquet, au son du violon et d'autres instruments de musique. C'est comme cela que nous avons perdu tout le commerce depuis le cap Vert jusqu'à l'embouchure de la Gambie (1). »
Gomme on le voit, depuis longtemps les Français fréquentaient la côte occidentale d'Afrique (on sait à n'en pas douter qu'ils v avaient précédé les Anglais )f lorsqu en 1626 ils paraissent authentiquement, si je peux dire, établis à l'embouchure du Sénégal. La Compagnie de Rouen, qui était alors en possession de ce commerce, en jouit jusqu'en 1664 , époque à laquelle elle dut vendre ses établissements à la Compagnie des Indes-Occidentales t créée par un édit du mois de mai de la même année avec le privilège exclusif du commerce pendant 40 ans sur toute la côte d Afrique, depuis le cap Vert jusqu'au cap de Bonne-Espérance. Malgré les grandes ressources que cette corn pagnie dut trouver dans l'exportation des noirs destinés aux travaux agricoles des colonies françaises d'Amérique, elle ne réussit pas dans ses opérations , et fut contrainte aussi, par arrêt du conseil du roi du 9 avril 1672, de vendre ses établissements d'Afrique. « Cette vente fut faite, par « contrat du 8 novembre 1673, au prix « de 75,000 livres tournois, et d'un marc « d'or de redevance annuelle (ou la va- « leur en ambre gris) pendant 30 années « à une compagnie spéciale, qui entra « immédiatement en possession des do- « maines cédés , mais n'obtint de lettres « patentes du roi qu'au mois de juin • 1679 (2). Ces lettres patentes lui eon- « feraient le titre de Compagnie du Sé- « négal, et le privilège de négocier ex- « clusivement au Sénégal, dans la ri- « vière de Gambie et autres lieux de la « cote d'Afrique, depuis le cap Vert jus-
(i) Voy. l'exlrait que M. Ternaux-Corapaiis a donné du traité d'Almada dans les Nouvel/es A nnalcs des Voyages, t. XC1V, p. 8o-ua.
(a) Lettres patentes pour confirmer la compagnie du Sénégal et ses privilèges. Paris, in-4% 1679.
« qu'au cap de Bonne-Espérance, pen- « dant 30 années. Dès le mois dedécem* « bre 1677 la compagnie avait fait re- « connaître et consacrer par les chefs du « pays ses droits à la propriété de nie « de Gorée et des trois comptoirs de Ru- « fisque, Portudal et Joal. qui en dépen- « daient (1); et en 1679 elle conclut « avec les chefs souverains de Rutisque, « de Portudal et de Joal , des traités par « lesquels ceux-ci lui cédaient la pro- « priété de toute la côte, depuis le cap « Vert jusqu'à la rivière de Gambie, « c'est-à-dire une étendue de trente lieues « de longueur sur six lieues de profon- « deur dans les terres, pour en jouir « seule, à I exclusion de tous les autres « étrangers, sans payer aucuns droits ni « coutumes (2). » Mais celte société fut ruinée par la guerre contre les Hollandais; et en juillet 1681 elle cédait ses droits et possessionsà une nouvelle compagnie, dite du Sénégal, côte de Guinée et d'Afrique, moyennant 1,010.015 livres tournois : cette nouvelle société obtint à son tour, par lettres patentes du mois de juillet de cette année, le privilège pour la côte du Sénégal, ile d'Arguin et ses dépendances, jusqu'audit Sénégal, côte de terre Jerme d'Afrique, avec six lieues de profondeur dans les terres, depuis le cap Vert jusqu'à la rivière de Gambie et ile de Gorée. Un démembrement considérable de ce privilège (3), le bannissement de quelques associés pour cause de religion , la ruine
(1) En 1667, l(*s Français avaient enlevé aux Hollandais l'île de Gorée et les comptoirs de Rufisque, de Portudal, de Joal et d'Arguin, et la possession de res établissements fut confirmée à la compagnie du Sénégal par le traité de Niinègue. f
(a) Notices statistiques sur les colonies françaises , imprimées par ordre de M. l'amiral baron Duperré , ministre secrétaire d'État de la marine et des colonies, Paris, Impr. Roy., 1839, IIIe part., p. 145.
(3) « L'étendue de sa concession, quant « au commerce des Nègres, ayant été réduite « aux côtes comprises entre le cap Blanc et « Sierra- Leone, le surplus de celUt concession, « qui se composait des côtes situées entre « Sierra* Leone et le cap de Bonne-Espérance, « fut accordé à une autre société de coin- « uierce, formée en janvier i685 sous le titre a de Compagnie de Guinée. » Ibid., p. H7t
L'UNIVERS
dé quelques autres et les charges de la
guerre ne permirent pas à la Compagnie du Sénégal, côte de Guinée et <f Afirique, de profiter des trente années de son privilège; au bout de douze années, en 1694, elle vendit au sieur d'Apougny, l'un de ses directeurs, pour une somme de 300,000 livres tournois, ses établissements et les dix-huit dernières années d'exploitation qui lui restaient. Il se forma alors une autre compagnie qui prit le titre de Compagnie royale du Sénégal, cap Nord et côte d'Afrique, et obtint, en 1696, que la durée de son privilège serait portée à trente ans : « Comme « le commerce qui se fait au Sénégal et « sur les cotes d'Afrique , est-il dit dans « le préambule des lettres patentes dé- « livrées à cette occasion, est un des « plus considérables, tant par le trafic « des cuirs, gomme, cire, morfil, pouci dre et matière d'or, et autres marchan- « dises fines , que par les Nègres qu'on « porte aux fies de l'Amérique, si né- « cessaires pour la culture des sucres, « tabacs , cotons , indigos et autres den- « rées qui sont apportées de ce pays en « France , et dont nos sujets tirent de « si grands avantages, nous avons résolu « de maintenir ce commerce important « et si avantageux au bien de notre « État. » — Ces lettres patentes donnaient à la nouvelle société la jouissance, en toute propriété , des forts , habitations, terres et pays appartenant cidevant à V ancienne compagnie, soit en vertu des traités faits avec les rois noirs, ou a titre de conquête, tant dans Vile et château d'Arguin, rivière et fort du Sénégal et leurs dépendances , rivières de Gambie , Bissaux et autres rivières et pays qui sont le long de la côte d'Afrique, depuis le cap Blanc jusqu'à la rivière de Serre-Lionne; dans tous les pays de la concession même du fort de Gambie, ci-devant occupé par les Anglais et sur eux récemment pris, ainsi que de Me de Gorée et dépendances.
C'est en 1697 que M • Bruè'fat nommé directeur et gouverneur général de la compagnie, en remplacement du sieur Jean Bourouianon; la nouveauté et la haute portée de ses opérations demandent que j'entre ici dans quelques détails. La première preuve qu'il donna de
son énergie fut de contraindre le damel, Latir-Faï-Soucabé , roi de Cayor et de Baol , à exécuter les traités (1), et de s'emparer de plusieurs vaisseaux anglais et hollandais qui voulaient faire le commerce d'interlope dans l'étendue des limites de la compagnie. Pendant qu'il fermait ainsi au damel toute voie de trafic avec les étrangers, il s'ouvrit d'avantageuses relations avec le bur Sin et le bur Salum par les rivières de Palmerin et de Salum, qui conduisaient ses barques jusqu'à Cahone, et commença avec les Mandingues de Galam et du Bambous, le commerce de l'or, de l'ivoire et des esclaves (2). Mais les directeurs de Bruë, alarmés des hostilités qui menaçaient d'éclater entre la France et l'Angleterre, désapprouvèrent les mesures énergiques qu n avait prises contre le damel, et lui ordonnèrent d'acheter à tout prix son amitié,
(i) Le commerce du royautne de Cayor produisait alors annuellement denxou trois eents esclaves, vingt mille cuirs et deux cent ciuquaute quintaux de morfil ou d'ivoire, La compagnie française avait , pour le département de Gorée , trois tarifs qui réglaient le commerce avec le roi , les grands et le peuple. Le commerce le plus délicat et qui demandait le plus d'habileté , de la part des facteurs, était celui des esclaves. Les principaux objets d'échange étaient : x° le grand macaton, boite d'argent carrée avec couvercle et chaîne du poids de quatorze onces, ornement que les Nègres portaient en bandoulière, et où ils mettaient leurs parfums, leurs bagues et leur or; a° le cornet, d'argent , qui servait à peu près au même objet ; 3« les mortaudis , grains d'argent, creux et de forme ovale, que les femmes mêlaient dans leurs colliers aux grains de corail et d'ambre; 4° les bouges ou les cauris, petites coquilles qui viennent des îles Maldives et qui servent de petite monnaie depuis le Sénégal jusqu'à Sierra-Leone ; 5° des barres de fer, plates, longues de neuf pieds, larges de deux pouces et épaisses de quatre lignes que les Nègres débitaient et subdivisaient en différentes longueurs appelées pâtes et dialots; 6° des émaux et des verroteries de toute sorte. {Labat, tom. IV, p. a 3a et suiv. )
(a) On voit, d'après le témoignage de Labat , qu'indépendamment des avantages commerciaux , ce qui avait décidé la compagnie à établir un comptoir à Joal , daus le royaume de Sin, étail la nécessité de tenir le damel en
SÉNÉGAMB1E.
si utile à la conservation de l'important comptoir de Gorée , de laisser peu de marchandises dans les forts et a'en déposer la plus grande partie chez les rois voisins. Bruë obéit en se rendant à Rufisque auprès du damel ; mais il fut détenu prisonnier, dépouillé et durement rançonné ; on proposa même dans un conseil de Nègres de lui couper la tête : une guerre de huit mois suivit cette perfidie; elle fut interrompue surtout par le départ de Bruë, mande en France pour donner des éclaircissements à la compagnie sur le dépérissement de ses affaires. II partit le 1er mai 1702, et fut remplacé par le sieur Louis le Maître, qui souffrit que Lalir- Fal interdît à ses sujets tout commerce avec Gorée, et lui imposât même un tribut de cent barres pour ses approvisionnements d'eau et de bois. — Bruë, durant cette première administration, avait fait deux voyages, en 1697 et en 1698, sur la rivière du Sénégal, pour connaître par lui-même des fraudes et des malversations des agents de la compagnie, et pour étendre son commerce et multiplier ses comptoirs : dans son premier voyage , il fit annoncer au siratik des Foulés, ancien allié de la compagnie, actuellement un peu refroidi
respect el de s'assurer conlre ses caprices; que le bottr ou roi de Siu étant sans cesse en guerre avec le tin el le damel, ses deux voisins, la compagnie pouvait tirer un grand avantage de ces luttes perpétuelles et acheter tous les prisonniers qu'on faisait de part et d'autre. D'ailleurs , Joal pouvait approvisionner à bon marché l'île de Gorée et tous les \aisseanx qui venaient sur la côte de bœufs, de volailles, de maïs, de riz. Et comme i Faquior, second port du royaume de Sin ( r3 ou 14 lieues au sud de Joal), on ne payait le sel transporté à bord que trois livres le baril , la compagnie trouvait là encore un hon moyen de mortifier le damel» qui tirait se* principaux revenus des salines de Bieurt. Bruë avait voulu un moment établir un comptoir au village de Cahone, dans le royaume de Salum t pensant bien que les marchands mandingues seraient satisfaits de se voir épargnés cinq ou six jours de route jusqu'aux comptoirs d'Albréda et de Jilfray, sur la Gambie,; ainsi que les droits considérables qu'ils étaient obligés de payer au roi de
pour elle, qu'il venait lui payer le* droits, devoir que les directeurs avaient longtemps mis de côté, et il réussit ainsi à obtenir du siratik la liberté d'établir des comptoirs fortifiés dans toute l'étendue de ses États; il en profita tout aussitôt, et en établit un premier à Guiorel , port du siratik sur le Sénégal et centre de son commerce (1). Il aurait voulu s'avancer lui-même jusqu'au pays de Galam pour y fonder un établissement semblable; mais il fut rappelé par l'arrivée d'un vaisseau de France à la barre du Sénégal. Les directeurs qui avaient précédé Bruë n'avaient pas poussé leurs voyages, ni étendu leurs relations commerciales au delà de Laydé et de Bitel ou de Guildé, sur les frontières de ce pays (2); et encore n'avaient-ils formé aucun comptoir dans ces villages. Bruë, dans son second voyage, voulut faire ce qu'ils n'avaient point osé : le 1er septembre 1698 il ouvrit le commerce à Dramanet, et en six jours il avait reçu 280 esclaves et une grande quantité d'or; il se mit alors à chercher un lieu d'établissement, choisit sur la rive méridionale un emplacement à égale distance de Drainant t et deMaukanet, à l'abri de l'inondation et facile à fortifier; d'autre part, il avait envoyé un officier avec deux marabouts pour reconnaître la rivière de Falémé, et il allait lui-même visiter les villages des bords du Sénégal jusqu'aux cataractes de Felou, nuis Vile de Caignou, qui prit plus tard les noms d e Pon le h artra in et d ' Orléans . I ,a p rox i mité de Ganguiourou , grande ville traversée alors par les caravanes des marchands bnmbarras , et habitée par 5 ou 6,000 Maures, l'invitait à bâtir un fort dans Pile de Caignou; mais l'éloignément où elle est de la Falémé l'y fit re-
(i) Le village deSadel dans le Fouta, sur le Sénégal, à 5o lieues environ au-dessous de Bakel, fut donné, en 1701, aux Frauçais par le. siratik.
(a) Eu 1689, Sendigué , chef de ce village, avait trompé le directeur Chamboneau, en se faisant passer pour le roi même de Galam, et avait tiré de lui à ce titre les droits et présents qui assurent la liberté du commerce ; cette fraude dura jusqu'à l'arrivée de Bruë, qui la reconnut et y mit bon ordre.
L'UMVERS.
noncer pour revenir au projet du fort de Dramanet. Eu attendant que l'autorisation et les renforts qu'il avait fait demander à la compagnie lui fussent arrivés, il dut se borner à entretenir de loin le commerce de Galam , en y envoyant des barques dans la saison et en s'assurant par des présents l'amitié des chefs du pays : de plus, il faisait explorer le royaume de Galam et une petite partie du Casson , et recueillir toute espèce de renseignements sur la situation politique et le commerce de ces pays par un ?»gent plein d'intelligence et d'activité, le frère Apollinaire , augustin. EnGn , en 1700 , il reçut par les vaisseaux de la compagnie tout ce qu'il attendait, et envoya aussitôt un facteur à .Dramanet pour commencer le fort Saint Joseph.
Celui-ci, au lieu de bâtir sur l'emplacement marqué par Bruë, bâtit tout auprès de la rivière, et à la première inondation le fort fut emporté, et il fallut recommencer plus loin, sur un lieu plus élevé : Bruë songeait à s'y rendre pour y mettre la dernière main, lorsqu'il lut rappelé en France, comme je 1 ai dit plus haut (1). — Aussitôt après son départ, les marabouts mandingues se repentirent de leurs concessions, et firent assiéger le fort Saint- Joseph, comme le commandant venait d'abattre une partie de son enclos pour l'élargir et de faire démonter le canon du fort : les facteurs et quelques soldats au service de la compagnie se défendirent cependant pendant plusieurs jours , et firent beaucoup de mal à l'ennemi ; mais, voyant toutes leurs propositions d'accommodement repoussées, ils s'échappèrent sur une. barque, après a^oir mis le feu au fort (23 décembre 1702). — La compagnie était déjà dans la plus mauvaise situation d'affaires, elle tint cependant encore quelques années; enfin, accablée de dettes et de procès , elle fut contrainte par ordre du roi d'entrer en liquidation, et le 20 février 1709 elle vendit son privilège et sa concession à une autre compagnie, au prix de 240,000 fr. — La nouvelle
(r) Il avait encore, dans Tannée 1700, fait par terre le voyage de la Gambra à Caclieo , et de là celui de fiissao : j'aurai occasion d'en reparler ailleurs avec plus de détails.
compagnie du Sénégal , « dont le prîvi- « lége commercial fut prolongé de « treize années au delà des dix-sept ans « qui restaient à courir, obtint des let~ « très patentes pour son établissement « et ses privilèges, le 30 juillet 1709. » Le sieur Mus tell ier, premier directeur de la cinquième compagnie, et le dixneuvième en date depuis la concession - du Sénégal , arriva au fort Saint-Louis en mai 1710; dès l'année suivante il en partit pour relever le fort Dramanet, mais mourut eu chemin. Son successeur, Richebourg, durant sa courte administration, put établir un comptoir fortifié dans le Galam , une lieue audessous de Brankanet, dans un lieu nommé Makanet, qui présentait un ancrage sûr ? t commode pour les barques , au pied d'une éminence, sous l'artillerie du fort. Richebourg se noya en 1713, en voulant passer la barre du Sénégal.
Bruë consentit alors à se charger de nouveau de la direction et du commandement général de la concession d'Afrique. Il flxa d'abord son attention sur le commerce des gommes (1), qui donnait
(1) Labat nous a conservé (t. I, p. 341 et suiv.) d'intéressantes observations de Bruë sur la gomme du Sénégal et sur ce commerce ; il expliquait d'abord le nom de gomme arabique donné à la gomme du Sénégal : avant que les Français eussent le Sénégal , la gomme ne veuait que de l'Arabie ; et maintenant que cette ancienne voie élait presque complètement fermée, le nom originaire avait survécu; il décrivait exactement les propriétés médicinales et nutritives de la gomme et l'arbre qui la porte, sorte d'acacia assez petit et toujours vert, chargé de branches et de pointes, avec de longues feuilles, mais étroites et rudes , avec une petite fleur blanche en forme de vase, «à étamines blauches, au pistil vert, mais prenant à l'époque de maturité une couleur de feuille morte. Suivant Brùe, on trouvait entre le Sénégal et le fort d'Arguin trois forêts remplies de ces arbres, distantes entre elles de dix lieues et nommées Sa/tel , Lebiar et Afatak; mais il est bien probable que ces forêts n'ont jamais existé. C'est uneerreur encore aujourd'hui' généralement répandue, dit M. Ch. Cottu , Revue des Deux-Mondes, i5 janvier 1845, que de croire que chaque tribu mauresque récolte ses gommes dans des forêts dépendantes de son territoire. Aiusi, selon les Statistiques de la marine, les Trarzas posséderaient les forêts du
lieu à beaucoup de fraudes de la part des officiers, de la compagnie. Cette branche de commerce était déjà à cette époque fort importante : la gomme s'achetait à très-bas prix au Sénégal, et se vendait fort cher en Europe, où l'on en faisait, comme aujourd'hui, un grand usage dans les manufactures. Comme les Français étaient seuls en possession des ports du Sénégal, on avait vu les Hollandais faire d'énormes sacriGces
rmr s'établir dans l'île d'Arguin, puis Portendick, seuls endroits de la côte avec le Sénégal où parvinssent les gommes, et partager ainsi ce commerce avec les Français : afin d'attirer les Maures surtout à leur comptoir, ils consentaient à faire des échanges à perte, ou bien ils taisaient piller parles princes nègres les gommes qu'on portait au Sénégal. Bruë alla présider le marché du désert , régla avec le brac ou chef des marabouts maures les mesures, la nature des échanges, les frais de l'entretien des Maures, chassa les voleurs et les oisifs , et maintint l'ordre et la
Sahel et $El-Hcbiar et les Braknas', celle tfEl-Satak, d'où seraient tirées les gommes portées aux escales. Ces forêts n'existent pas, et ces noms désignent des puits de l'intérieur, aux environs desquels se récolte la gomme. Un puits sert ordinairement à désigner le pays qu'il alimente ; c'est là que s'établissent les princes, les guerriers et les marabouts, pendant que leurs tributaires et les esclaves errent dans les plaines où croit isolément l'acacia qui fournit la gomme. Cet arbre, trèsrare , selon Caillié , sur les bords du Sénégal, n'est pas le mimosa gummifera des botanistes, et se rapproche davantage de l'acacia de France. Il n'existe que vers les parties élevées, et ne se rencontre jamais dans les terrains argileux ou alluvionnaires, mais sur un sol sablonneux et sec. Ces arbres n'ont pas de
{propriétaires particuliers, et tous les Maures ibres peuvent envoyer leurs captifs à la récolte. Des que le maître possède une certaine quantité de gomme, les esclaves l'enfouissent profondément, et la recouvrent de paille, de peaux de bœuf et de terre, et foulent les sables autour des caches , afin de tromper les pillards qui cherchent les silos abandonnés. Les travailleurs laissent une marque à un arbre, aux rochers d'alentour, et s'éloignent jusqu'à l'époque de la traite; alors la récolte est transportée aux escales dans de grands sacs de cuir, sur des chameaux ou des bœufs.
6e Livraison. (Sbnégambie.)
tranquillité pendant toute la durée du g
marché. — L'année suivante il reprit ses projets sur le Galain , fit achever le fort de Makanet, sous l'ancien uom de Saint-Joseph, et en éleva un autre à Caynoura, le fort Saint- Pierre ; enfin il vit s'exécuter, par le facteur français Compagnon, l'exploration qu'il avait tant méditée des mines du Bambouk ( 1 ).
(1) Il parait que les Bamboukains ont conservé la tradition d'une invasion portugaise remontant au neuvième siècle de l'hégire : les Portugais se seraient alors rendus maîtres de tout le Bambouk et de ses mines d'or, puis se seraieut entre-détruits , et le reste aurait été décimé par les excès, ou les maladies, et exterminé par les indigènes; les Mandingues du Bambouk auraient retenu de là rontre cette nation , et contre tous les Européens en général , une forte haine et beaucoup de terreur. Comme preuves à l'appui de cette tradition, Golbery, qui nous l'a rapportée, signale l'existence de ruines d'anciens forts et de maisons de construction portugaise ,el surtout la quantité de mots portugais mêlés à la langue des Bamboukains. — Quoi qu'il en soit, Compagnon est le premier Européen à qui l'on doive des renseignements certains sur le Bambouk. En.
un un et demi, il Gt trois voyages dans ce pays : d'abord du fort Saint-Joseph en droite ligne jusqu'à celui de Saint-Pierre % sur la rivière de Falemé ; puis le long de la rive orientale de celte rivière depuis Onneka jusqu'à Naye, et enfin depuis Babaiocolam, sur le Sénégal , jusqu' à Netteko et Tambaoura , lieux situés au centre du Bambouk, dans le canton même des mines d'or. Grâce à d'opportunes largesses et à une assurance imperturbable, il s'était concilié les farims ou chefs de villages, et put découvrir ainsi une première mine d'or près d'un lieu nommé Fourkaranne , nou loin du village de Naye, à a lieues de la Falémé; une secoude à a5 lieues du confluent de cette rivière et du Sénégal, entre les villages de Sambanoura et de Dallemoulet ; et toujours en remontant le cours de la Falémé, les mines de Se'gallatde Guingui-Faranna, celles qui sont situées entre Tambaoura et Nettoko, dans le cauton le plus riebe encore aujourd'hui, et celles du village même de Naye; en même temps il soupçonna que le pays devait renfermer encore des mines de cuivre, d'argent, de plomb, de fer et d'élain ; mais l'exagération et le merveilleux déprécièrent sa relation. (Walckenaer, Hist.gcn. des Voy.t t. III, p. a4i-a65.) — Il existe au Dépôt géographique du ministère des affaires
t/UTSiVERS.
En 1716 il envoya à la compagnie des essais de toutes les mines que Compagnon avait vues, avee un plan complet d'établissement dans le Bambous :
il voulait d'abord qu'on n'épargnât rien pour se concilier l'affection des farims ou chefs de villages, et pour obtenir d eux la permission de bâtir des forts dans leur pays. Il proposait d'en construire deux sur la rivière de Falemé, et d'en faire un troisième qui fût mobile, c'est-à-dire de bois, pour le transporter de mine en mine, suivant les raisons qu'on aurait de préférer l'une à l'autre. Le directeur, les officiers, les mineurs, les soldats, et tous les gens nécessaires à l'entreprise, auraient eu dans le fort mobile une retraite toujours sûre, dont la crainte des armes à feu aurait éloigné les nègres de Bambouk.
Quelques années plus tard, en 1723, Bruë modifia ce plan : il demandait à la compagnie une armée de 1200 hommes pour conquérir tout le Bambouk, et deux millions de livres pour l'entretien de cette armée pendant quatre ans, comptant que quatre mille marcs d'or à 500 livres le marc rembourseraient toute la dépense, et que les mines fourniraient annuellement plus de mille inarcs. Mais ces projets n'aboutirent pas, non plus que celui de bâtir un fort dans l'iie de Caignou (1).
Cependant, a la lin de 1718, « la « compagnie des Indes (2), qui venait
étrangères une copie , de la main de d'Ànville, d'une carte du cours de la rivière de Falémé depuis les environs du Dambanna jusqu'à son embouchure dans le Sénégal, levée sur les lieux en 1716 par P. Compagnon.
(1) Bruë n'avait cessé de demander à la compagnie les moyens d'élever ce fort; il exposa une dernière fois lous les motifs de .son insistance dans un mémoire daté du fort Saint-Louis le 27 février 1720.
(2) « Depuis 1664, la compagnie des In- « des était, en comptant celle des Indes occi- « dentales, la sixièmerompagnie à laquelle eût - été accordé le privilège exrlusif du com- <« mei'ce de la rôte d'Afrique entre le cap «« Blanc et Sierra-Leone. Le roi déclara en sa « faveur ce privilège perpétuel, et y comprit les « côtes si tuées entre Sierra-Leone et le cap de «« Bonne-Espérance, dont la concession avait « été faite en ib8ô à la compagnie de Guinée
« d'être définitivement constituée, ayant « offert à la compagnie du Sénégal de « lui acheter tous ses droits, con- « cessions, privilèges, établissements, « forts et comptoirs, pour la somme « de 1,600.000 livres tournois, celle-ci « ne crut pas devoir refuser une offre « aussi avantageuse. Le simple rap- « prochement de ce prix et de celui « qu'elle avait elle-même payé, neuf ans « auparavant, à la cinquième compn- « gniedu Sénégal, suffit pour faire juger « de l'état prospère où se trouvaient « alors ses affaires, et pour donner une « idée de l'accroissement qu'avait pris « son commerce sous la direction de « M . Bruë. La compagnie des Indes n'a- « vait pas eu de peine à décider M. Bruë, « qui n'avait pas quitté le Sénégal, à « conserver les fonctions de directeur « et de commandant général de toute la « concession; et lorsqu'il revint en « France en 1720 il resta attaché à l'ad- « ministrationde Paris,dont il fut l'âme « et le conseil. Son intégrité, ses lumic- « res et son activité rendirent à la com- « pagnie les plus grands services (1). »
Il eut pour successeur M. de Saint- Robert , qui se retira, pour cause de santé, le 25 avril 1723, et fut remplacé par M. Julien Dubelay, qui mécontenta tout le monde, et fut révoqué : on n'a aucun détail sur l'administration de M. Robert qui vint ensuite, quoiqu'elleaiteuunelonguedurée(2).Acette époque se rapportent de nouveaux essais d exploitation des mines du Bambouk.
M. le Veuzt gouverneur et adminis-
« (dissoute à la fin de 1719). Ce privilège « perpétuel fut accordé par deux edils des « mois de juillet i72oetjuin 1725, qui con- « Armèrent la cession faite par la compagnie m du Sénégal à la compagnie des Indes de « toutes concessions, droits, privilèges, établis- « sements à elle concédés par les lettres part tentes du mois de mars 1696. » (Not. Stat. sur les colonies fr., IIIe part., p. i5o.) (1) Ibid., p. 149.
(*) Cette même année la France acheta du damel ou roi de Cayor les villages de Dakar et de Bin , soit pour y déposer le bétail nécessaire à la subsistance de la colonie de Gorée, soit pour s'assurer des fontaines de Bin qui fournissent l'eau douce & cette île et aux navires en rade, et des bois de chauffage et de construction qui y abondent.
trateur général du Sénégal, vint, en 1730, à Paris pour soumettre au conseil d'administration ses projets de con-
Suéte sur ce pays : il avait déjà précéemment établi un comptoir au village de Nayhé-Mow, situé au confluent du Colez-d'Oro et de la Falémé, et pensait obtenir aisément, sur la brillante description qu'il faisait des richesses du Bambouk, les moyens de le conquérir; mais on se délia de lui , et avant de s'engager dans cette voie de conquête on voulut envoyer à Galam et dans le Bambouk un homme sûr, pour explorer avec soin les mines d'or et en taire des essais : on choisit Pelays, minéralogiste et métallurgiste distingué, qui s'adjoignit le sieur Legrand , et le 19 avril 1780 traita à ce sujet avec les administrateurs de la compagnie des Indes. Le Veuz connut bientôt les motifs de cette mission ; il sut que Pelays devait en outre rendre compte de sa conduite : aussi , une fois de retour au Sénégal, fit-il tout ce qu'il put pour gêner et contrarier son exploration. Cependant, à force d'opiniâtreté, Pelays pénétra dans le Bambouk ; mais il n'y put rester que deux mois (I). Les sucpesseurs de le Veuz, et particulièrement David, s'occupèrent des établissements de Galam. Celui-ci a été jugé diversement: les uns lui prêtent des vertus, des connaissances , une activité supérieures même à celles de Brue ; les autres lui reprochent de graves désordres de conduite, qui le poussèrent souvent à d'impures spéculations (2). Il avait ,
(i) Pelays sut encore mettre à profit ce court séjour par d'exacts essais faits sur les mines de Natacun et de Sêmayla. Il en était résulté que 8o livres de terre brute tirée de la première avaient produit 144 grains i/a d'or; et, d'autre part, des essais en petit faits sur le marbre rouge aurifère qu'on tire des puits du monticule de Sêmayla il avait conclu que 10 livres de matière brute de cette mine rendaient autant d'or que 40 livres de matière brute des puits de Natacon. De plus, Pelays et Legraud laissèrent des mémoires où Golbery a puisé une partie des curieuses notions sur le Bambouk qui se trouvent dans le tome Ier de son Voyage en Afrique, comme aussi dans les mémoires de le Veuz et de David.
(a) Voy. Durand, Voyage au Sénégal,
lui aussi, médité la conquête des mines du Bambouk, et conûe l'exécution de ses plans à M. Delabrue, directeur de Galam (1), lorsque survint la guerre de 1744; il fut alors envoyé à rite de France, et M. Delabrue passa à la direction du chef-lieu de la colonie. M. Aus~ senac, qui le remplaça à Galam, donna des preuves d'une grande activité; il se transporta, par exemple, en 1756, dans le Bambouk , à Kelimani et a Natacon, où l'on venait de découvrir de nouvelles mines fort riches, comme on en put juger à Paris par les minerais qu'il y envoya. La compagnie, entraînée par les rapports, les mémoires, les projets de conquête ou d'exploitation que depuis si longtemps tous ses directeurs, les uns après les autres, ne cessaient de lui adresser, faisait enûn de sérieux préparatifs, qui semblaient promettre un brillant résultat; mais les désastres de la guerre empêchèrent qu'on ne les continuât.
En 1758, les Anglais s'emparèrent du Sénégal et de (iorée; et ce dernier établissement nous fut seul restitué par le traité de 1763, qui portait (art. 10) : « Sa majesté britannique « restituera à la France l'île de Gorée, « dans l'état où elle s'est trouvée quand « elle a été conquise; et sa majesté « très-chrétienne cède en toute pro- « priété, et garantit au roi de la « Grande-Bretagne, la rivière du Sénc- « gai, ave<: les forts et comptoifs de « Saint-Louis, de Podor et de Galam, « et avec tous les droits et dépendance ces de ladite rivière du Sénégal. »
Mais le 30 janvier 1779 les Français reprirent de vive force le Sénégal, et le traité de paix conclu entre la France et l'Angleterre le 3 septembre 1783 reconnut nos droits à sa possession (2).
1. 1, p. 35 du discours préliminaire, et Golbery, Fragments d'un Voyage en Afrique, tom. I , p. 465.
(1) C'est aussi durant son administration que fut construit le fort de Podor, sur la pointe occidentale de l'ile au Moi lil, entre deux bras du Sénégal, à 60 beues au-dessus de Saint- Louis.
(a) Not. statistiques sur les colonies francai" ses, IIIe part , p. i5i. — L'article 9 du traité de 1783 portait t « Le roi de la Grande-llre- « tague cède en toute propriété et garanUt
LTOïlVERS.
Cest à partir de cette époque "que la colonie commença à être administrée par des gouverneurs nommés directement parle roi : du reste, de 1703 à 1778, déjà Gorée avait été administrée ainsi (t).
« Aussitôt après la paix de 1783 « on songea en France a reconstituer « une compagnie pour le commerce « du Sénégal. Le privilège exclusif « de la traite de la gomme pour neuf
« à sa majesté très-chrétienne la rivière de « Sénégal et ses dépendances, avec les forts « de Saint-Louis, Podor, Galam, Arguin et « Portendick; et sa majesté l>ritanni(|tie res- « titue à la France l'île de Gorée ( perdue de « nouveau en 1778), laquelle sera rendue « dans l'état où elle se trouvait lorsque la « conquête en a été faite. » — Article 1 o. « Le roi très-chrétien garantit de son côté au roi de la Grande-Bretagne la possession de Saint- James et de la riv ière de Gambie. » — Art. 11. « Quant à la traite de la gomme , les Anglais auront la liberté de la faire , depuis l'embouchure de la rivière Saint-Jean jusqu'à la baie de Portendick inclusivement. Rien entendu
3u'ils ne pourront faire dans ladite rivière e Saint-Jean, sur la côte, ainsi que dans la Laie de Portendick, aucun établissement permanent, de quelque nature qu'il puisse être. »
( t ) Le gouverneur avait le commandement militaire; il devait défendre la colonie contre les ennemis du dehors et maintenir au dedans la tranquillité, et en même temps diriger les relations commerciales avec les chefs maures. Avant 1783 un corps de Goo hommes, dits volontaires d' AJ tique , composait les forces militaires de la France au Sénégal; ce corps se divisait en six compagnies, dont une d'artillerie. Plus tard on réduisit chaque compagnie au nombre de 66 hommes, ce qui portait le bataillon d'Afrique à 39$ hommes, y compris l'adjudant et l'armurier : telle était la force militaire de la colonie en 1786. — Dans les affaires de simple police le gouverneur jugeait seul ; dans les causes civiles il s'adjoignait le commandant des troupes et l'ordonnateur ou chef de la comptabilité; les jugements étaient rendus à la pluralité des voix, et motivés par écrit. Dans les affaires capitales on envoyait en France les prévenus avec les pièces de procédure; toutefois si le prévenu était mulâtre ou nègre, il était jugé par le gouverneur, assisté du maire, du commissaire ordonnateur et du greffier; le jugement était sansappelel l'exécution publique. (Hist. gén. des Voyn t. V, p. 15-19.}
« années ( du 1er juillet 1784 au « 1er juillet 1793) fut accordé par le « roi a la compagnie delà Guyane (I), « en indemnité des dommages qu'elle « avait éprouvés. Mais à la tin de « 1786 ce privilège fut cédé à une « association de négociants, qui prit « le titre de compagnie de la gomme , « et qui changea ce titre en 1786 pour « celui de compagnie du Sénégal. Les « dépenses que les établissements du « Sénégal et de ses dépendances occa- « sionnaient alors au gouvernement « s'élevaient à plus de 500,000 livres « tournois par an. Elles turent réduites « à la somme de 302,000 livres, et mises « à la charge de la compagnie de la « gomme , laquelle obtint en dédom- « magement,à la Gn de 1786, la traite « exclusive des noirs et la prolongation « du privilège de la gomme pour trois « années, et en janvier 1789 l'extension « de son privilège de commerce à la côte
(1) La compagnie de la Guyane française s'était formée eu 1776, pour établir *daus cette colonie diverses plantations, et en même temps elle avait obtenu l'autorisation de fonder des établissements sur les côtes et dans l'intérieur de. l'Afrique; l'année suivante même le roi, par arrêt du conseil du 14 août, lui avait accordé le privilège exclusif de la traite des noirs et du commerce de Gorée, depuis le cap Vert jusqu'à la Casamensa, mais à la charge de ne pouvoir diriger que sur la Guyane française les noirs qu'elle traiterait dans les limites de son privilège: la guerre de 1778 avait suspendu ses opérations. — L'indemnité accordée à la compagnie de la Guyane en 1784 est présentée nar Golbery (t. I, p. 276 et suiv.) comme l'effet d'une iutrigue : suivant lui , le commerce du Sénégal commençait à prendre un bel essor sous l'influence de la liberté; plusieurs maisons de Bordeaux , de Nantes , de la Rochelle et du Havre avaient formé à l'ile Saint- Louis des «établissements qui étaient en voie de prospé- •rilé; mais tous les commerçants de ces graudes villes, et même de Lyon et de Paris, furent écartés soigneusement du conseil d'administration de cette compagnie ; aussi le défaut de lumières, l'excès d'économie, de fausses mesures, en précipitèrent-ils la ruine. Néanmoins, cette administration privilégiée ne fut pas infructueuse pour les intérêts généraux du commerce français, et fut même mar-
3uée par de sages vues, et d'utiles entreprises 'explorations, de relevés de côtes, etc.
« comprise entre le cap Vert et le cap « Tagrin (1). »
Durand (2) fut le premier directeur delà dernière compagnie, M. le comte de Repenlignu étant gouverneur du Sénégal. Il se Ut a cette époque , par le concert du gouvernement et de la compagnie, diverses entreprises qui méritent d'être rappelées ici : En 1784 la corvette la liayonnaise, commandée par un officier-distingué, M. Lajaille, fit une nouvelle reconnaissance de la côte d'Afrique, avec la mission particulière de protéger le commerce français , de fixer les points où I on pourrait rétablir des comptoirs, soit dans l'archipel des Bissagots, soit dans l'étendue des côtes comprises entre la rivière de Sierra- Leone et celle de Volta (3). D'un autre
(i) Not. stat. des colonies françaises, HT part., p. 1 53-t 55.
(a) Jeau-Baptiste-Léonard Durand , natif de Limoges, après avoir étécousul à Cagliari, fut al lâché an ministère de la marine, ei chargé en 1786 par la compagnie de la gomme d'aller gérer ses affaires en Afrique; il fut rappelé en 1786, sous prétexte qu'il n'apportait pas dans sa gestion assez d'économie. Eu 1803 , voulant y être employé de nouveau, il publia son Foynge au Sénégal, ou mémoires historiques , philosophiques et politiques sur les découvertes, les établissements et le corn' mer ce des Européens dans les mers de l'océan Atlantique, depuis le cap Blanc jusqu'à la rivière de Serre-Lionne inclusivement, suivis de la relation d'un voyage par terre de l'ile Saint-Lcuis à Galam, et du teste arabe de trois traités de commerce faits par l'auteur avec les princes du pays , avec ligures et allas; Paris, Agasse, 1 vol. in-40. Mais la guerre avec l'Angleterre empêcha qu'on ne fit droit à sa demande; et, après avoir rempli divers autres emplois, il alla mourir en Espagne ( 181a ). On ne regarde son ouvrage que comme une compilation faite avec ordre et méthode : la seule partie neuve est le voyage par terre à Galam de Kuhault, l'un de ses agents, qu'il y a inséré; mais l'atlas dressé particulièrement d'après les ntatériaux mss. du Dépôt de la marine est ce qui lui donne Je plus de prix. ( Walckenaer, Uist. gén. des Voy., t. V, p. a 3 1.)
(3) Depuis celte époque le gouvernement français envoya chaque année une expédition sur ces côtes ; chaque année un ou plusieurs bâtiments pariaient pour la station d'Afrique. De à 1790 les officiers qui se suc-
côté, dans les premiers jours d'avril 1785 Durand faisait le voyage de Podor, pour connaître exactement l'état de cet important comptoir, pour s'assurer la possession du cours et des rives du fleuve, et aussi pour assister à la traite de la gomme. Un peu plus tard, voulant détourner tout à fait les Maures de la route de Portendick. il faisait avec les Trarzas, les marabouts d'Armaucour et les Bracknas, des traités de commerce, qu'il a publiés dans l'atlas de son / oyaye(l); il songeait aussi à ouvrir une communication entre le Sénégal et le Maroc, sur le rapport
cédèrent dans le commandement de cette station sont MM. Girardin , de Floltc, Denis Ronavcnlurc, Villeneuve Cillarl et Grimnuart. A l'aide des mémoires , journaux et observations nautiques déposés à leur retour au minislère de la marine , le Dépôt de la marine publia en 1814 une Description de la côte d'Afrique , mats tout à fait insuffisante et très-inexacte, de l'aveu même des rédacteurs, qui déclaraient qu'à partir du cap Bojador, où s'arrête le journal de Borda, ils ne sauraient construire une carte satisfaisante des côtes d'Afrique : il était réservé à M. Roussin d'apporter à la science ces précieux documents, complétés par la description toute récente de M. le comte E.
Bouét-Wdhaiimez.
(1) De 1780 à 1784 les Maures avaient toujours donné le qtiantar de gomme, pesant deux milliers, au prix de i5 pièces de guinées; lorsqu'en 1784 MM. de Rcpcutigny et Durand voulurent étendre ce commerce les Maures Braknas et ceux d'Armancour ou Darmanko offrirent de porter chaque année aoo quantars dégomme dans l'île de Bilhas et autant à Galam, en tout 800,000 livres, au prix de 10 pièces de guinées le quaular. Cette année-là même M. de Repentigny avait fait explorer une forêt de gommiers blancs située à quelques lieues au ÎV. du Sénégal et du lac deGoumel , à peu près entre le 5e et le 7e degré de long, orientale de l'ile de Fer, dans la dépendance de ces deux tribus, et déjà c«»nuue de l'ancienne comgagnie des Indes, (/était aussi cette compagnie qui avait formé le premier établissement de rite de Bilbas en face du village nègre de Guérouf, après un double traité avec les Maures et les Foulahs : ce comptoir avait été une fois attaqué et forcé par les Foulahs, et on voulait en 1 7 8 ', le rétablir. ( Uist. gén. des f 'oy., t. V, p. 3S5.)
L'UNIVERS
de quelques Maures qu'il avait connus à Saint-Louis. En 1786, pour échapper aux exigences, aux brigandages des populations riveraines du Sénégal, il eut l'idée d'envoyer un de ses agents, le sieur Rubault, à Galam, p;>r la route de terre. Rubault reçut le meilleur accueil du roi des Yolofs, de celui de Barre et de l'almamy du Bondou, qui tous l'assurèrent de leur bonne volonté à recevoir dans leurs États des établissements français, et l'entretinrent de la traite de la nomme, et du souvenir qu'ils avaient gardé de leurs anciennes relations avec nos comptoirs de Galam.
Durand eut soin d'adresser un extrait de cette intéressante relation au ministère des affaires étrangères et à celui de la marine (1). — Enfin, dans les derniers temps de son gouvernement M. de Repentigny eut une conférence solennelle à Canota (à une lieue de Cahone) avec le roi de Salum, pour discuter et conclure un traité d'alliance : ce traité,
(i) L'itinéraire de Rubault, qu'on trouve dans le Voyage au Sénégal de L;i!)arl!ie, la relation que Durand a insérée dans le sien, et enGti celle qui fuit parlie de l'ouvrage de Cuny, employé à la Marine, Tableau historique des découvertes et des établissements des Européens dans le nord et dans l'ouest de C Afrique jusqu'au commencement du 19»
siècle, a vol. in-8°, 1809 (t. Il, p. 28), ne sont que des extraits ou des copies de et- que Durand avait fait parvenir au gouvernement : le manuscrit original a été perdu. — Cette même année le sieur Lamiral, qui faisait pour le compte de compagnies particulières le commerce d'esclaves au Sent gai et sur la côte d'Afrique, fut chargé par ses commettants d'aller à Galam pour y établir sans doute une concurrence aux affaires que la compagnie paraissait vouloir reprendre ; il y laissa un commis, mais on l'en blâma, et le commis resta pendant deux ans sans secours : de là pour Lamiral l'occasion de se plaindre amèrement delà tyrannie et de l'é-oïsiue des compagnies, et particulièrement de l'aveuglement et du mauvais vouloir des administrateurs de la compagnie du Sénégal. — Dans les premier» s années du 19' siècle ( 1804 peutêtre), un employé de l'administration du Sénégal, nommé Picart, instruit et courageux, voulut refaire, en l'étendant, le même voyage que Rubault; mais il ne put dépasser Fou ta Torra, ville des Foululis.
écrit sur deux colonnes, en arabe par le grand marabout, et en français par le secrétaire du général , fait en double et signé par le Bur-Salutn et M. de Repentignv, portait que Vile de Casthiambèe, située dans la rivière de Salum, serait cédée en toute propriété à la France; que les Français seraient seuls reçus dans les États de Salum, et qu'ils pourraient établir un comptoir fortifié à Kiawer, l'un des plus grands marchés de captifs , du temps de l'ancienne compagnie des Indes. En outre, le gouverneur réglait les droits que le prince aurait sur la succession des marchands français morts d >ns ses États : il exigeait que les captifs déserteurs fussent remis à leurs maîtres moyennant dix b ines ou cinquante livres, et fixait les coutumes à 120 barres par an (à peu près 600 livres). Il avait encore conclu avec le bour-sin, roi de Joal et des Sërères, avec Palmamy des Foulés, le roi de Barra, le tin ou roi de Portudal et de Baol, d'autres traités qui furent tous approuvés par le gouvernement le 25 août 1785. M. de Repentigny avait succédé à Dumontd) homme corrompu et malversateur, qu'on avait ignominieusement révoqué et mis en jugement , et il avait montré les plus nobles vertus , parmi d'éminentes qualités d'administrateur; après lui cette place importante fut aussi dignement remplie par le chevalier de Boujflers : celui-ci avait emmené de France avec lui, comme premier aide de camp, M. Golbery, qui devait en outre, dans toute l'étendue de son gouvernement, faire les fonctions d'ingénieur en chef, et reconnaître les contrées occidentales et tout le littoral. On voit dans le P'oyaqe de Golbery
auelle était à cette époque la situation es établissements français du Sénégal : la population totale 'de l'île Saint- Louis était de plus de six mille individus, mais tous les bâtiments militaires et civils étaient en mauvais état; le fort Saint-Louis n'était guère imposant; c'était un carré dont les côtés du couchant et du levant avaient trente toises, et ceux du nord et du sud trente-cinq toises de longueur, avec des espèces de bastions mal tracés, et si resserrés qu'on y pouvait à peine manœuvrer quelques pièces de campagne. A Gorée, ie /ort
couronne le rocher; celui de Saint- spécial de pièces de gui née; la valeur François, à l'extrémité nord de la par- de cet objet d'échange avait déjà beautie basse de l'île, étaient délabrés et coup varié. En 1787 leur valeur comme abandonnés (1) : le comptoir de moyenne étaitde 25 francs; et Golbery, Joal avait été supprimé, et était à la d'après cette donnée, fixe le prix vérité assez inutile, puisque les sujets moyen du quantar de gomme, traité du Bur-sin faisaient eux-mêmes le petit dans le fleuve du Sénégal , à 375 francs; cabotage qu'exigeait la vente de leurs ce qui met la livre de gomme à 3 sous bestiaux et de leurs volailles. — Gol- 6 deniers à peu prés. En Europe, dans bery nous a aussi conservé les détails les vingt dernières années du dix-huiles plus exacts sur l'état actuel du corn- tième siècle, elle se vendait 30 sous, merce de la gomme : Pendant les an- 40 sous et 3 francs ( prix moyen, 44 née 1785, 86 et 87, la quantité de sous).
gomme portée annuellement aux escales On a pu voir que depuis l'adminis-
du Désert et du Coq s'était élevée à tration si intelligente et si féconde de
huit cents milliers; et en outre les Mau- Bruê un double intérêt avait toujours
res-Trarzas en vendaient chaque an- préoccupé les directeurs des établis-
née à peu près quatre cents milliers à sements français du Sénégal, le com-
Fortendik aux Anglais. Grâce à cer- merce de la gomme et Ja conquête ou du
taines fraudes des marchands euro- moins l'exploitation des mines du Bam-
péens (2) , les bénéfices de ce commerce bouk (1). Golbery , qui, sans avoir jaavaient alors presque quadruplé. On
sait que la gomme se payait aux Mau- (x) n y avait cependant encore d'autres
branches de commerce : avec la traite de la
(1) M. de Boufflers transféra toutefois le gomme et de l'or, la traite de» esclaves , et celle
du gouvernement de l'île Saint-Louis du morfil, de la cire jaune et des cuirs, con-
daiii celle de Gorée. couraient à la prospérité et à l'importance
(a) « Chaque bâtiment qui traite de la desétablissements de Saint-Louis et de Gorée.
« gomme a son quantar établi sur le pont. (Voy.dans VHht.gén. desVoy., t. III, p. 171,
« Celle mesure, qui a la forme d une grande le tarif des échanges pour les cuirs et leses-
« cuve, est percée dans le fond par une ou- claves à Rufisque, Portudal et Joal , avec le
« verture carrée, de 18 pouces de longueur Daniel, leBour-Sin et leurs sujets, en 17 14.)
« sur un pied de largeur. A cette ouverture L'abbé Demanet, curé et aumônier pour le roi
« répond ce que les marins appellent une en Afrique , dam le voyage qu'il lit en 1763
« manche; c'est un conduit de grosse toile à et 1764 à Pile de Gorée, au Sénégal et à la
« voile qui descend à fond de cale. Quand on Gambie , observa particulièrement (voy. la
« mesure la gomme l'ouverture du fond du Nouvelle histoire de C Afrique française, i\o\.
« quantar est fermée par une planchette en in-ia, 1767) la manière dont se faisait alors
« coulisse; quand le quantar est plein on re- la traite des nègres. Suivant lui, l'Afrique
« tire la planchette, et la gomme coule parla française pouvait fournir annuellement, dés
« manche dans le fond du bâtiment, où des qu'oit saurait s'approvisionner de marchan-
« gens préposés pour cette opération s'occu- dises convenables et suffisantes pour la traite
« pent de son arrimage : des augmentations (fer et eau-de-vie, armes garnies en cuivre,
«dans les dimensions du quantar ont pu pataquès de Hollande , pièce t de monnaie qui
•» s'exécuter insensiblement sans être aper- donnaient alors chacune 2 livres 4 sous de
« çues par les Maures, qui, quoique astucieux vrofit, corail simple ou rassade, ambre jaune,
« et fins, sont cependant trop ignorants pour verroteries de toute espèce, mouchoirs à-fond
« se douter de l'effet de quelques pouces de rouge brillant, tels que les masulipatans et
« plus sur les diamètres et sur la hauteur de ceux de Rouen , satins, pièces légères de soie
« cette mesure. Et c'est ainsi que le quantar, toutes à fond blanc et raies rouges, toiles de
€ qui du temps de la compagnie des Indes Bretagne, chemises garnies et chemises com-
■ neconlenaitguèreque5oolivrcsde gomme, munes, papier servant aux marabouts à
« en contenait deux milliers eu 1787, c'est- écrire les gris-gris, clous de girofle , pondre
« à dire avait quadruplé de capacité. » (liist. à tirer et plomb en balles , Briquets, cade-
génér. des foy., t. V, p. 388.) nas, grelots, aiguilles, rubans desoieàfona\
L'UNIVERS
mais pénétré dansée pays» nous l'a fait connaître en recueillant de tous côtés les plus exacts renseignements, résume en trois projets principaux tous les efforts , toutes les tentatives , tous les plans qui s'étaient succédé depuis un siècle environ : 1° Il faut, disait-il, conquérir les trois parties du Bambouk, le Bambouk propre, le Satadou et le Concoudou , en exploiter les mines connues suivant les procédés de l'art, et en découvrir de nouvelles : pour cela une armée de cinq cents hommes, bien dirigée, avec quatre pièces de campagne et des espingolcs, est plus que suffisante; et la seule difficulté est de la transporter dans le pays , la navigation du Sénégal étant fort dangereuse, et de l'y entretenir; 2° On peut obtenir par voie de négociations la liberté d'exploiter et de découvrir les mines d or au bénéfice des Français. 3° EnOn on pourrait, en organisant un commerce actif et régulier avec ces pays, en lirer, par échange, tout l'or des mines et des rivières qui passe chaque année entre les mains des Maures, des nègres du Bondou , des nègres Sterrawalles, etdes Mandingues. Ce commerce se ferait par caravanes , après qu'on au-
rougeet brillant d* or et d? argent entrant dans les échanges à quatre cent pour cent de bénéfice , fusils fins ou pistolets garnis en cuivre et légèrement damasquinés , valant un captif la paire, fusils à deux coups -valant seuls un esclave, etc. ), cinq mille esclaves par an, qui, en prenant un terme moyen, ne coûteraient pas plus de i io livres argent de France par tête. — Un captif pièce d'Inde, c'est-à-dire jeune et sans défaut , comme les Portugais les achètent pour leurs colonies des Indes , coulait alors 3i barres; pour compléter cette somme on donntit d'une sorte de marchandises, puis d'une autre : il était d'usage de donner, vn outre du prix convenu, une barre qu'on appelait le coupe-corde ; c'était la ce qui concluait le traite. Il y avait un tarif de diminution dans le prix proportionné aux défauts physiques de |'e*cliivc , comme symptômes de scoibui, laie sur l'œil, etc. Le prix d'un nègre en 1784 était monté à i3o barres, ou 65o livres, et la traite J u Sénégal et de Gorée ne s'était élevée en tout cette année-là qu'à 107 1 noirs, qui, payés 65o livres par tète, étaient évalués à Saint-Domingue 1,285,000 livres en argent des îles, 1,71 3, 33o francs. (Vt>y. damVHist. gén.des Voy.y t. V, les détails extraits de Labarthe et de Lamiral, p, ai8-a3i).
rait eu soin de se concerter avec le Daniel et le Bur-ba-Yolof pour une partie du transport des vivres et de l'eau; le succès du voyage de Rubault démontrait hautement , suivant Golbery , les avantages de la voie de terre dans les communications avec la haute Sénégambie, et devait la rendre bien préférable désormais à la navigation du Sénégal (1). — M. de Boufflers fit lui-même en Afrique deux voyages , dont les circonstances nous ont été rapportées par M.Geoffroy de Villeneuve (2 ), naturaliste, qui l'accompagnait : dans son premier voyage il conclut à Gorée un traité avantageux avec le Damel , qui renonçait au droit qu'il avait eu jusqu'alors de s'emparer de tout bâtiment échoué sur les côtes de ses États ; il donna ensuite à M. Geoffroy la mission d'explorer l'intérieur du pays compris entre le Sénégal et la Gambie, d'en observer les ressources, les produits; de faire des traités avec différents princes, et particulièrement de terminer avec le Dumel l'affaire poursuivie déjà depuis longtemps de la cession de la presqu'île du cap Vert au gouvernement français. Cette cession fut faite (3), et l'exploration de M. Geoffroy devait procurer au gouverneur tous les moyens d'en tirer le meilleur profit (4). — M. de Boufflers avait songé aussi a reprendre les projets de M. de Repentigny sur le Salum, et à y établir des comptoirs fortifiés, d'autant plus que le Bur-Salum, dans l'espérance de droits annuels assez considérables qui lui en seraient revenus , l'en pressait vivement : M. Geoffroy fut encore
(1) Hitt. gén. des Voyages, t. V, p. 473.
(2) L'Afrique, ou Histoire , mœurs, usages et coutumes des Africains: le Sénégal, par R. G. V. Paris, 18 14, 4 vol. in- 12.
(3) L'original du traité fut déposé au greffe du Sénégal.
(4) Plusieurs mémoires concernant les produits du Gayor, la cire, le mie), les cuirs verts, le rnorfil. des forêts de gommiers négligées par les nègres faute de débouchés; d'autres mémoires aussi relatifs au commerce du ftaol et du Siu, furent consignés par M. Geoffroy à Gorée. Ce voyage politique fut en même temps très-fructueux sous le rapport scientifique : M. Geoffroy en rapporta une riche collection d'histoire naturelle, qui fut déposée à son retour au Muséum de Paris.