S É>'É GAMBIE
chargé de porter à ce prince les présents d'usage avec le refus définitif du gouvernement, à la fin de Tannée 1787.
M. de Bouffi ers eut pour successeur Blanchot, major du bataillon d'Afrique, homme courageux, bienfaisant et désintéressé, qui acquit des indigènes, au mois de novembre 1799, les Iles Babagué , Sa/ar et Gueber, situées au sudest de Saint Louis, et les plus méridionales de celles qui sont à l'embouchure du Sénégal. Pendant le même temps s'étaient succédé dans la direction de la compagnie Durand, Peiletan (1) et Dufour : sous l'administration de ce der* nier expira le privilège de la compagnie.
Les dispositions successives prises en faveur de cette compagnie n'avaient cessé d'être l'objet des réclamations les plus vives de la part des chambres de commerce : le 15 avril 1789 les habitants eux-mêmes de Saint-Louis s'étaient réunis sous la présidence de leur maire, Charles Crosnier, mulâtre, et avaient résolu de rédiger une adresse à l'Assemblée constituante, demandant l'abolition de la compagnie du Sénégal : cette adresse fut apportée par le sieur Lamiral , dont j'ai déjà eu occasion de parler (2). D'un autre côté , les cham-
(i) Peiletan, après son retour en France , fut enfermé à Saint-Lazare pendant la terreur; durant sa captivité , il rédigea un mémoire sur la colonie française du Sénégal , et l'envoya au comité de salut public ic a5 juillet 1 794 ; il le publia plus tard ( an IX ) in-8*, chez Panckoucke. Ce mémoire conteuait un projet de colonisation.
(aï « Il fit imprimer cette adresse, pleine de phrases ampoulées et vides de sens , dont il fui peut-être le rédacteur, el y ajouta un appendice composé de notes sur chacune des phrases de l'adresse : comme cette adresse ne formait que 4o pages, il multiplia ses notes, et grossit sou appendice jusqu'à la consistance d'un volume de 400 pages; et il osa intituler ce ramas de noies détachées : L'AfJrique et le peuple affriquatn considérés sous tous leurs rapports avec notre commerce et nos colonies. Cet ouvrage contient : l'histoire politique et morale des Nègres , leur caractère , leur génie, leurs moeurs et leurs gouvernements ; beaucoup d' anecdotes qui n'ont été rapportées par aucun -voyageur; tétat de notre commerce dans cette contrée. Le tout présenté
bresde commerce poursuivaient aussi auprès de l'Assemblée nationale l'abrogation du privilège de la compagnie, et l'établissement du commerce libre, le triomphe du principe de la concurrence. Enfin, le 23 janvier 1791 un décret de l'Assemblée constituante prononça la dissolution de la compagnie du Sénégal , et déclara le commerce de cette colonie libre pour tous les Français.
Les maux d'une concurrence effrénée entre les commerçants du Sénégal , à laquelle vint se joindre encore la concurrence des Américains, autorisée par le gouvernement français, en récompense de leur neutralité dans les guerres de l'Empire ; une guerre soutenue en 1798 contre les Maures du désert, en même temps que les Anglais redoublaient d'efforts pour enlever nos établissements; la prise de Gorée en 1800; la défense désespérée de Saint- Louis dans la nuitdu 4 au 5 janvier 1801 (1), semblaient annoncer à la France la perte prochaine et décisive de cette belle colonie, lorsque la paix d'Amiens, en 1802, apporta quelque repos au Sénégal , qui vit renaître pour un temps sa prospérité.
sous un point de vue de politique et de morale. De f abus des privilèges exclusifs , et notamment de celui de la compagnie du Sénégal, etc., avec une carte géographique el 6 figures en taille douce, par M. Lamiral, ancien agent du commerce en Afrique ; Paris» 1789, 1 vol. in~8°. Quelque soil le défaut de jugement qui a présidé à la rédaction de cet ouvrage, il coutient, au milieu de beaucoup de verbiage et de déclamation, des observations utiles, particulièrement sur le commerce de la gomme et des esclaves. (Walckcuaer, Hist. gén. des Voy.y t. V, p. 204.)
(r) C'est le brave major Blanchot qui, à la tète de 100 hommes de couleur et secondé par les habitants, repoussa les Anglais. Les moyens de défense étaient tous concentrés à l'île Saint-Louis , et l'entrée du fleuve était protégée au sud, à l'ouest et au nord par 24 pièces de canon. On avait de plus établi une batterie au village de Guettendar, sur la pointe de Barbarie , un poste à l'île Babagué, un autre à la pointe de l'île de Sor, et des pièces sur les dunes, vis-à-vis des passages que les changements de la barre peuvent ouvrir. » (Ibid., p. 16.)
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L'île de Gorée, qui , d'après les termes du traité, devait nous être rendue, ne le fut pas ; et il fallut que des corsaires français, joints à un détachement de la garnison de Saint-Louis, l'enlevassent par une vive surprise le 18 janvier 1804; mais , comme on fit toujours , on n'y laissa qu'une vingtaine d'hommes pour la garder , et elle ne tarda pas à retomber entre les mains des Anglais. En 1809 ceux-ci revinrent attaquer aussi Saint-Louis, et cette fois s'en emparèrent (14 juillet).
L'article 8 du traité du 80 mai 1814 porte que « sa majesté britannique , sti- « pulant pour elle et ses alliés, s'engage « a restituer à sa majesté très-chrétienne, « dans les délais qui seront ci-après fixés, « les colonies, pêcheries, comptoirs et « établissements de tout genre, que la « France possédait au 1er janvier 1792 « dans les mers et sur les continents de « l'Amérique, de l'Afrique et de l'A- « sie, etc. » Mais ce fut seulement le 25 janvier 1817 que nous pûmes définitivement rentrer en possession du Sénégal et de ses dépendances (1).
(i)Le 17 juin 1816 était partie une première expédition , composée de 365 personnes , dont trente étaient spécialement chargées de reconnaître dans la presqu'île du cap Vert, ou dans le pays environnant, un heu propre à rétablissement d'une nouvelle co- . lonie. Quatre bâtiments avaient été frétés pour le transport , la Met/use de 44 cations , la corvette l'Écho, la flûte la Loire et le brick l'Argus; M. Hugues Duroys de Chaumayres , capitaine de la Méduse, avait le commandement général.
Je ne saurais rapporter ici les affreuses circonstances du naufrage de la Méduse : il me suffira de rappeler que le 1" juillet, après avoir reconnu le cap Bojador, la frégate se trouva naviguer sur des hauts fonds, et s'arrêta bientôt sur le banc d'Arguin ; que deux embarcations, celtes du gouverneur et du commandant de la frégate, purent gagner le Sénégal sans accident; qu'une autre débarqua une partie des hommes qui la montaient dans le nord du cap Mirik, a 90 lieues de l'île Saint-Louis, pour gagner de là le Sénégal à travers le désert, ce qu'ils ne purent faire qu'après des dangers et des souffrances infinis. Quand tous les malheureux échappés au naufrage se trouvèrent réunis, ils s'occupèrent de l'objet de l'expédition , la reprise de possession du Sénégal ; mais le gouverneur
« L'attention du gouvernement , en « recouvrant le Sénégal, se porta sur « les moyens de hâter le développement* « des ressources que cette colonie pou- « vait offrir à la France. Jusque-là « aucun essai de culture n'y avait été « entrepris. L'abolition de la traite des « noirs et la perte faite par la France « de plusieurs de ses colonies agricoles « conduisirent le gouvernement à diri- » ger ses vues vers l'introduction au Sé- « négal de la culture des denrées colo- « niales. Un double avantage semblait « en devoir résulter : d'un côté, de nou- « veaux débouchés s'ouvriraient à l'é- « coulement des produits de l'industrie « nationale; de l'autre, la civilisation « pénétrerait, avec le travail , parmi les « peuplades indigènes, dont on voulait « faire les principaux instruments d'une « colonisation fondée sur la culture par « des mains libres. — Au mois de mai « 1818 un plan fut présenté au gou- « vernernent pour la réalisation de ces « desseins; il fut adopté : et deux expé- « ditions partirent successivement de « France, le 8 juillet 1818 et le 15 février « 1819, pour transporter au Sénégal les « personnes et le matériel jugés néces- « saires à l'exécution de l'entreprise (1).» C'était dans le pays des Foulés ou Fouis qu'on s'était proposé d'abord d'effectuer la colonisation; mais la mauvaise volonté de ce peuple fit qu'on traita avec
anglais, M. Beurthonne , ayant refusé de se dessaisir de la colonie, les débris de l'expédition française se transportèrent dans la presqu'île du cap Vert , dont la possession au moins était assurée à la France. Un camp fut établi près de Dacar; mais la fatigue, la faim et le retour de la mauvaise saison le décimèrent encore cruellement; enfin, le ao novembre, M. Macarty, gouverneur des établissements anglais en Afrique, permit au gouverneur français, M. Schmaltz, de venir résider à Saint-Louis avec tous les Français qui avaient survécu, sans toutefois lui remettre encore celte colonie et ses dépendances. (Voy. le Naufrage de la frégate la Méduse, |>ar Henri Savigny et M. Alexandre Corréard , 5e édit., i8ai, in-8°; ou, à défaut du récit original, les chap. 28* et 290 du VU* livre de Y Histoire générale des Voyagesà» M.Walckenaer. )
(1) Notices statistiques sur les colonies françaises, part., p. i58-i6o.
le brack ou roi du Walo, Amar-Boye, et les principaux chefs de ce pays. Les dispositions de ce traité, conclu Te 8 mai 1819, ont été confirmées par un traité du 4 septembre 1835, et subsistent encore aujourd'hui. Le brack et les chefs s'obligeaient et promettaient de céder au roi de France, en toute propriété, les Mes et toutes autres possessions en terre ferme du royaume de IValo qui paraîtraient convenables au commandantet administrateur du Sénégal pour la formation des établissements de culture, et cela en retour de certaines redevances ou coutumes annuelles. Pour la sûreté générale , le gouvernement français devait construire un fort au village de Dagnna , situé sur la frontière du pays deToro, et d'autres moins considérables sur différents points du royaume; le roi et les chefs promettaient ae faire concourir les nègres soumis à leur autorité au défrichement, à la plantation des terres, enfin aux travaux de toute espèce de nos établissements ( on laissait les propriétaires et les engagés s'arranger entre eux pour la nature, la durée et le prix du travail ); et chaque année, si les engagements avaient été dûment remplis, les propriétaires devaient payer, à chaque chef de village qui aurait fourni des cultivateurs indigènes, quatre barres par téte ( 4 fr. en marchandises ). Le brak et les chefs déclaraient encore renoncer pour toujours à tout droit sur les embarcations et bâtiments français
Î|ui se perdraient, ou seraient forcés de aire leur déchargement sur les rives du fleuve qu'ils habitent. Ce traité d'ailleurs ne changeait rien aux lois et usages du Walo, aux rapports existant entre le brack , les chefs et leurs sujets , tant que ceux-ci ne seraient pas employés dans nos établissements de culture. La valeur des nouvelles coutumes était portée à 9,470 fr. 57 c. , et les anciennes, étant absolument indépendantes des nouvelles, devaient toujours être acquittées comme par le passé (1). — Mais ce traité mécontenta les Maures Trarzas, qui occupent le pays compris entre Portendick et la rive droite du Sénégal, et dont le
(i) Voy. la teneur même du traité dans les Not. stat. sur Us colon, franc., III* part., p. i6i-i65.
Walo s'était reconnu tributaire depuis plus de trente années; ils réussirent à formercontre la colonie une ligue redoutable avec les Peuls du Fouta-Toro, les Maures Braknas, alliés du Sénégal, et le Damel lui-même , et commencèrent les hostilités au mois d'août 1819, en dirigeant un feu de mousqueterie contre deux bâtiments franeaisqui remontaient le fleuve, et en incendiant plusieurs villages du Walo; ils ne tardèrent pas à être sévèrement châtiés; puis, en juin 1821, deux traités furent conclus avec les Trarzas et les Braknas. Ces traités sont encore en vigueur aujourd'hui ; et le premier a été confirmé postérieurement par deux traités du 15 avril 1829 et du 30 août 1835. Le commandant du Sénégal reconnaissait d'abord les droits du roi des Trarzas, Amar-Ouldou-Moctarf et des chefs des diverses tribus de cette nation sur le Walo, mais en retenant la faculté d'y faire des établissements moyennant une nouvelle coutume; et ces princes s'engageaient à les défendre et a contribuer de tous leurs efforts à leur prospérité, garantissant aux Français la propriété du Walo contre les prétentions injustes que pourraient élever les Peuls et les Braknas; en outre, ils invitaient les Français à s'établir dans leur propre pays, sur la rive droite du Sénégal, et leur concédaient, à cet effet, toutes les terres comprises entre Saint-Louis et Gayé. Le roi et les chefs trarzas continueraient à recevoir des rétributions des indigènes du Walo; mais, en cas de non-payement , le gouvernement français leur offrait sa médiation, et toute violence dans ce pays leur était interdite; des deux parts ou se promettait restitution gratuite d"S nègres captifs et tr butai res qui auraient déserté. Le gouvernement français défendrait avec la plus stricte sévérité de traiter de la gomme, en quelque petite quantité que ce fût, ailleurs que dans les escales et endroits convenus entre le . commandant et le roi des Trarzas. L'ancienne coutume était maintenue, et une nouvelle, montant à 10,545 fr. 81 c, était stipulée comme prix des concessions faites dans le fValo et sur la rive droite du Sénégal; et l'une et l'autre devaient être payées immédiatement après la traite , fors de la descente des bâtiments
L'UNIVERS
à Saint-Louis. L'infraction d'une seule de ces conditions entraînait, pour le roi ou celui des princes qui s'en rendrait coupable, la perte de ces coutumes , des anciennes et des nouvelles. Enfin, les Français désavouaient toute prétention de souveraineté dans le pays des Trarzas , hors de leurs établissements de cultures. — Hamet-Dou, roi de la tribu des Braknas, promettait de favoriser la traite de la gomme qui se fait à son escale, et tout autre commerce qui pourrait s'ouvrir par la suite entre les sujets du roi de France et les siens, dans toute tétendue de son pays , et d'empêcher toute espèce de fraude. En cas de mésintelligence entre le gouvernement français et le pays de Toro , il devait transporter son escale hSouleyméra ( entre Bockotte et Fanaye ) , pour éviter que les bâtiments en traite ne fussent insultés et attaqués par les habitants de ce même pays de Toro. — Dans un cas de discussion entre le roi des Braknas ou un de ses sujets avec un traitant la traite devait être suspendue par le traitant, et les intérêts des deux parties discutés tant par le roi des Braknas ou ses envoyés que jmr la majorité des traitants présents à t escale-, et, suivant l'avis de la majorité des traitants, ce particulier serait indemnisé ou tenu à un dédommagement. Le roi Hamet-Dou s'engageait à respecter les terres et habitants du pays de \Valo, comme faisant partie des Me et habitants de Saint-Louis ; il inv itait le commandant à faire dans son pays des établissements de culture, et lui concédait à cet effet tous les terrains où il jugerait convenable d 'élever des habitations et de faire des lougans ( champs), sous la protection de forts ou de ba tterïes. . Le commandant pour le roi et administrateur du Sénégal et dépendances acceptait, au nom de sa majesté le roi de France, les offres stipulées par le roi Hamet-Dou, mais seulement pour en profiter lorsque les circonstances le permet (raient ; et il s'engageait à accorder, en retour de ces concessions , une coutume qui devait être fixée par le traité qu'ils feraient ensemble avant le commencement de tout établissement quelconque sur les terres du roi Hamet-Dou.
c— Moyennant C exécution pleine et en-
tière des conditions stipulées ci-dessus; le commandant pour le roi s'obligeait à payer fidèlement les anciennes coutumes consenties entre le gouvernement français et les Braknas, et fixées dans le livre des Coutumes. Il entendait payer ces coutumes à Saint-Louis, tous les an*) à la fin de la traite. Dans le cas où la traite aurait été suspendue, ou n'aurait pas eu lieu par la faute des Braknas, les coutumes seraient supprimées pour chaque année où la traite aurait manqué. — La valeur des coutumes annuelles délivrées aux Braknas est de 2,835 fr. 12 c. (1).
Ces deux traités rendirent quelque activité au commerce interrompu ; et on établit même chez les Maures Dowiches, près de Bakel, une nouvelle escale, où il tut traité en 1821 plus de 500,000 livres de gomme. Mais ce ne fut qu'en 1822 qu'on commença à entreprendre sérieusement les cultures projetées.
« L'allocation de primes soit à la pro- ■ duction des denrées , soit à leur expor- « tation; la distribution d'instruments « aratoires, de vivres, de graines, aux « frais de la caisse coloniale; la partici- « pation du gouvernement à tous les « trais de premier établissement; et enfin « la fondation d'un jardin ou pépinière « pour la naturalisation et la propaça- « tion au Sénégal des végétaux etran- « gers (2), telles furent les principales « dispositions prises pour déterminer « et pour aider un certain nombre d'Eu- « ropéens et d'indigènes à concourir aux « essais de colonisation (3). » A l'aide de
(r) No t. s ta t. sur les colonies Jrançaises, IIIe part, p. 165-171.
(a) Voy. le Catalogue des plantes cultivées au Sénégal dans le jardin du gouvernement, à Ricliard-Tol (Annales marit., 1828, 11° part., t.I, p. 435-457), «t \e Supplément à ce Catalogue, ibid., 183S, 11* part ,11e vol., n. 6$. Richard-Tol veut dire le jardin de Richard (toi est un mot ouolof ; Richard était le nom du jardinier français qui fut envoyé par le gouvernement pour créer celte pépinière.)
(3) Not. stat. sur les colonies françaises , ibid., p. 26 r. Voy., sur la colonisation du Sénégal, l'extrait d'un ouvrage inédit écrit sur les lieux au cummencemeut de 182 r , qui fut inséré dans le XIIIe vol. des Nouvelles Annales des forages, p. ioS-i3a. — Voy.
eucore les Résultats de l'analyse cfùmique,
SÉSÉGAMBIE.
semblablfsencouragementSjOn vit se former dans le Walo, de 1821 à 1824, plusieurs établissements agricoles qu'on répartit en quatre cantons ou quartier s{\): 1° celui de Dagana, qui comprenait, outre le poste militaire de Dagana (2) , l'habitation royale de Koïlel, fondée aux frais de la liste civile, et divers établissements privés, et s'étendait jusqu'en face de l'île de Tod ; 2° celui de Hichard- Toi. point central de la colonisation, qui se développait sur une longueur de plus de quatrr lieues au bord du fleuve, et était traversé par la rivière deTawéi ; 3° celui de Faf, qui s'étendait sur une longueur de plus de sept lieues ( rivegauche du Sénégal) depuis la limite occidentale du précédent jusqu'au village nègre de Ghiawar, et qu'arrosait en partie le marigot de Gorom;4° lecanton de Lam'sar, qui commençait à sept lieues de Saint-Louis, et avait quatre iieues d'étendue sur les bords des marigots de Khazab, de Ghieuss, de Gémoié. EnOn, huit plantations formées dans les îles voisines de Saint- Louis composaient un canton r ural. Comme on avait reconnu que l'île de G orée était un rocher aride, incapable de recevoir aucune culture, on songea à en faire une sorte de port franc, qui pût ainsi alimenter le Sénégal de certains produits qu'on ne tire pas de France, et compléter même les cargaisons de retour pour la métropole; à partir du 1er avril 1822, les productions naturelles étrangères à l'Europe furent reçues en entrepôt dans l'île de Gorée, de navires de tous pavillons; un tarif spécial fixait les droits à payer au
faîte par M. Laugier, de plusieurs terres du pays de Walo adressées au ministre de la marine en 1822 par l'administration du Sénégal, dans les Annales mari t., 1824, Hc part., 1. 1, n. 1 1.
(1) Voy. la Carte-reconnaissance du pays de Walo , indiquant le nombre et f emplacement des états de culture qui y existaient au mois a? août 1824, due aux soins de M. le baron Roger, commandant et administrateur pour le roi de la colonie du Sénégal.
(2) Le poste militaire, construit surtout pour protéger les cultures, par sa position mal choisie à l'extrémité de tous les établissements agricoles, et à une très-grande distance de la plupart d'entre eux, ne pouvait, eu aucune façon, servir à sa destination.
débarquement de ces marchandises (1).
M. le colonel Schmalz, le premier gouverneur du Sénégal après l'époque de la restauration, avait fait aussi des propositions aux Foulahsdu Fou ta, pour qu'ils le laissassent établir de Grandes cultures dans l'île au Morûl , et relever notre ancien fort de Podor, qui en serait devenu le centre; mais l'opposition des Foulahs l'en empêcha. — La culture du cotonnier et de l'indigo fut le premier objet des primes et indemnités allouées par le conseil de gouvernement et d'administration.
Le nombre des cotonniers plantés et conservés en bon état s'élevait, à la tin de 1822, à plus d'un million ; et seize nouvellesconcessionsavaientété demandées en mai 1823 (2). En même temps M. Besuchet, l'un des agriculteurs les plus distingués de la colonie, faisait pour la culture du séné (3) des essais fort heureux, et préparait celle du palraa-christi, plante native du Sénégal ; on avait aussi réussi a naturaliser au Sénégal le mûrier et le nopal cactus, et ce succès devait déterminer naturellement la prompte importation de vers à soie et de cochenilles. En 1 824 les états de recensement constataient que plus de trois millions de cotonniers avaient été plantés, et subsistaient réellement; que vingt-huit établissements particuliers avaient été formés, dont dix-neuf depuis un an; que le nombre des concessionnaires ayant droit aux primes excédait celui des primes promises,
(i) Voy. les Annales maritimes, 1822, IIe part., n. 86.
(a) Voy. un premier règlement de M. le baron Roger, commandant et administrateur du Sénégal, sur les primes, les encouragements et les secours à accorder en 182a aux cultures dans la colonie du Sénégal, p. 666 de la lr'' jort. dus Annales maritimes de l'année 189.2 ; un second, ibid.. 1823, Impart., p. 58 3; un troisième, 1824, Ve part., n 91. — Voy. aussi , sur les résultats des encouragements donnés en 1822 à la culture du cotonnier, les Ann. marit., 1822, H« parue, t. Il, n. 169; et 1823, II* part., t. II, n. 24.
(3) Un rapport du conseil de santé de Brest, à la date du 3o août 182 3 , déclarait que le séné du Sénégal, quoique moins actif que le cassia lanceoùxta, dont on se sert dans les hôpitaux de la marine , était très-propre à déterminer la médication purgative, et pouvait être employé avec avantage.
L'UNIVERS
sans que cependant la colonie eût reçu d'Europe, en 1823, ni capitaux, ni planteurs, ni hommes à industrie : mais on s'aperçut bientôt que le produit des récoltes ne répondait pas à ce grand développement des plantations. On modifia alors le système déprimes suivi jusque-là, pensant qu'on devait désormais provoquer moins à des cultures étendues qu'à des cultures bien faites, et au perrecttonneme «t des travaux et des procédés agricoles, qui procure seul l'amélioration des produits (1) ; et on en vint à réserver les primesà l'exportation de la denrée: ainsi, en 1 827, toute prime directe à la culture du cotonnier fut supprimée; mais le résultat inattendu fut qu'en 1828 la culture du coton était presque partout abandonnée, et que les colons avaient tourné tous leurs soins vers les autres cultures, et particulièrement vers celle des iudigofèrcs. Jusqu'en 1826 les primes proposées à la culture des indigofères et à l'exportation de l'indigo n'avaient pas été méritées. Les expériences favorables de M. Plagne, professeur de pharmacie de la marine, précédemment attaché au service de nos possessions dans l'Inde, la construction d'une indigoterie modèle à Saint-Louis, sous sa direction , commencèrent à attirer l'attention des cultivateurs (2). On n'épargna rien enfin pour « assurer le succès de « ce genre d'exploitation, qui, s'il eût « réussi, devait élever, à l'égard de Tune « des marchandises les plus importantes « de l'Inde anglaise, une concurrence « tiès-profitableau commerce maritime « de la France. Mais si la quantité des « produits obtenus parut pouvoir éga- « 1er celle des indigos du Bengale, d^in « autre côté il sembla démontré, par cinq « années d'expérience, que fe prix de re- « vient serait toujours trop élevé pour « leur permettre de lutter sur les mar- « chés d'Europe contre les similaires de
(i) Voy. le règlement de M. le baron Roger sur les primes et encouragements à accorder aux cultures faites du i" avril x8a6 au 3i mars 18*7, dans les Ann.marit., 1826, 1" part., n° 7 5.
(*) V°y* dans les Ann. marit., 1 8*6, II* part., rr vol., n. 97, une instruction de M. Plagne turla culture, ta récolte, la dessiccation des indigo/ères et la fabrication de l'indigo.
« l'Inde (1). »Eten 1830 les indigoteries du Walo furent abandonnées : les autres genres de culture l'étaient aussi, pour divers motifs. La canne à sucre , à l'aide de nombreuses irrigations , atteignait, il est vrai, un assez grand développement; mais en même temps cette grande quantité d'eau faisait que le suc qu'elle contenait était à peine sucré, et peu propre par conséquent à donner un produit satisfaisant. Le produit du cafier, obtenu, comme celui de la canne à sucre, seulement par des moyens factices au milieu de cette atmosphère brûlante, n'était jamais que de mauvaise qualité (2). La eulture du tabac avait aussi été traitée en grand sur les rives du Sénégal, mais sans plus de succès (3). On avait aussi bientôt remarqué que l'extrême sécheresse de l'air empêchait complètement la reproduction des vers à soie et des cochenilles. Ainsi , c'est le climat du Sénégal, bien plutôt que la nature du sol , qui fut la cause principale du mauvais succès des cultures : les irrigations artificielles étaient insuffisantes à suppléer l'effet des pluies, qui manquent presque entièrement à ce pays; la plantation de forêts ou de groupes d'arbres plus ou moins étendus, destinés à modifier la sécheresse de tair et à saturer d'humidité le vent brûlant du dé-
(1) Tiot. statist. sur Us colonies françaises, IIIe part., p. 464.
(a) « Les plantations de cafier, plusieurs « fois renouvelées dans le jardin de Richard- « Toi, n'avaient en de succès, quant à la con- « servalion des iudividus, que lorsqu'elles « étaient, pour ainsi dire, couvertes de grands « végétaux, et placées sous un courant d'eau « continuel. »
(3) Voici, du reste, une uomenclature exacte des végétaux dont la culture fut essayée au Sénégal par les soins et avec l'aide du gouvernement : indépendamment du cotonnier ind igène , le cotonnier herbacé d'Amérique et de Géorgie; outre l'indigofère du Sénégal, Yindigofère aride du Bengale, Y indigo/ère mucrone des des du cap Fert, le cafier d'Arabie , le poivrier noir de Car en ne , le canne Hier de Ceylan, le giroflier el le rocouyer de Caycnne, le nopal sans épines et le "nopal épineux du Mexique, la canne à sucre d'Otaïti, le tabac commun d'Amérique, le mûrier à tiges nombreuses de Chine, sans compter les végétaux d'un moindre intérêt.
sert ou ctest, eût été un moyen tout à fait impuissant dans ces lieux dépourvus complètement de l'humidité nécessaire à la végétation, sans parler des frais énormes qu'il eût coûtés; enfin, les tracasseries et les vexations de tout genre que les naturels du pays faisaient éprouver aux colons; le voisinage de pasteurs nomades, dont les nombreux troupeaux traversaient sans cesse les plantations , sans qu'on pût s'y opposer; les incendies continuels des bois et des plaines couvertes d'herbes sèches, qui atteignaient souvent les habitations; et, s'il faut ajouter encore d'autres causes, l'extrême difficulté de se procurer des ouvriers en temps utile parmi une population non agricole et surtout paresseuse, l'impossibilité de compter au moins sur le concours des Saracolets des hauts pays et des Fouis du Fouta-Toro, toujours rappelés par l'almamy à l'époque de la semaille; et l'insalubrité du climat pour les Européens, tels furent les obstacles insurmontables qui durent arrêter notre colonisation (1). D'ailleurs, après 1830 les allocations faites au budget de la marine pour les services coloniaux ayant été considérablement réduites dès 1831, les dépenses de la colonisation du Sénégal furent supprimées, et toute culture cessa bientôt : à peine en reste-t-il aujourd'hui quelque vestige.
Les premiers essais de culture avaient été favorisés par les sages et opportuns traités de 1821. Le 19 août 1824, un nouveau traité passé a\ ec l'un des cheiks des Trarzas avait stipulé « l'apportexclu- « sif aux escales du fleuve de l'intégra- « lité des gommes recueillies par la tri- « bu, * et définitivement assuré ainsi la
(i) J'emprunte ces considérations ainsi que les deux notes précédentes à un remarquable mémoire de M. Perrottet, ex-directeur de l'habiialioii dite Sénégalaise, naturaliste voyageur de la marine et des colonies, etc., insère dans les Annales maritimes ( i83i , II« pari., t. Ier n. 75) sous le titre suivant : Observafions sur les essais de culture tentés au Sénégal, et sur l'influence du climat par rapport à la végétation , précédées d'un examen général sur le pays, et destiué surtout à réfuter un litre récemment publié : Plan de colonisation des possessions françaises dans F Afrique occidentale, par L. B. Hautefeuillc; mars x83o.
paix entre les Trarzas et les habitants du Walo. — tiv décembre 1826, à la suite d'un engagement accidentel et sans gravité, on avait, par traité, obtenu des Nègres de Gandiole, comme des chefs de la presqu'île du cap Vert le 26 octobre de cette même année, la renonciation formelle au prétendu droit de bris et naufrage qu'ils avaient exercé de tout temps sur la côte du Sénégal. — En 1827 cette tranquillité fut troublée : les Nègres yolofs et deux tribus de Maures Trarzas recommencèrent leurs brigandages sur les terres du Walo, attaquèrent les embarcations françaises sur le fleuve, et les habitations des planteurs. Une petite expédition de laptots (noirs employés comme marins ) rejeta énergiquement les Maures sur la rive droite du fleuve, et intercepta toute communication entre les deux rives : les hostilités furent suspendues en septembre 1828, et un traité ratifié solennellement à Saint-Louis par Mohammed-êl-Habib, roi des Trarzas , le 16 avril 1829, régla de nouveau les relations entre le Sénégal, le Wallo et les Maures Trarzas. — Des troubles d'un autre genre agitaient depuis le commencement de l'année 1828 le pays de Podor, voisin du Wallo : Mohammed Amar, fils de Hamati, natif de Suïma, près Podor, dans son enfance l'un des plus studieux taliebas ou disciples de I iman Boubakar, chef du puissant canton de Dtmar, après avoir longtemps voyagé chez les Maures du désert, était rentré dans son pays , s'était annoncé comme prophète, et avait vu se réunir en peu de temps autour de lui une foule de fanatiques. 11 voulut d'abord renverser l'almami du Fouta Toro , Youssouf; mais, battu à quelques lieues de Saldé, sa résidence, il disparut pour un temps. Deux mois après il reparaissait; et, pour frapper les esprits et reprendre son ascendant, il égorgeait son enfant nouveau-né, comme une victime expiatoire, en pleine assemblée , et ranimait ainsi l'enthousiasme de ses partisans.
Au commencement de janvier 1829 il se jeta à l'improviste sur le grand village de Podor, qui, habité en grande partie par les descendants des Nègres de confiance anciennement employés dans le fort de la compagnie, avait manifesté
L'UNIVERS
une opposition incrédule aux prédications du prophète; ses cruautés, ses pillages mirent de nouveau les armes aux mains de l'almami Youssouf , qui, aidé de l'iman de Toro et de Piman de Dimar, parvint à le chasser de Podor; il s'enfuit alors dans le Wallo, et en peu de temps enflamma tout le piys, et se fit une armée pour marcher sur les établissements français. M. le capitaine de vaisseau Brou , gouverneur du Sénégal, avec cinquante carabiniers du 16e régiment d'infanterie légère et soixante laptots, se transporta en toute hâte, sur le bateau à vapeur le Serpent , devant Dagana, brûla trois villages riverains qu'occupait l'armée ennemie, la dispersa aisément, s'empara de la personne de Mohiimmed-Atnar, et le remit aux chefs du Wallo : ceux-ci, qui l'avaient jugé dans l'intervalle, lui firent connaître sa sentence , et le pendirent aux branches d'un grand tamarinier devant Richard-Tol, puis déchargèrent sur lui tous leurs fusils ( 1 ). — De 1834 à 1835 il y eut encore une guerre à soutenir contre les gens du Wallo et les Maures Trarzas : le brack avait voulu marier sa fille à Mohammed-ël- Habib, roi des Maures Trarzas malgré les représentations du gouverneur du Sénégal, qui ne pouvait souffrir un tel accroissement de la domination des Maures : après qu'on les eut expulses du Wallo on porta la guerre sur la rive droite du Sénégal ; enfin, le 17 janvier 1835, la côte de Portendick fut déclarée en état de blocus ; et les Maures, attaques à la fois par terre et par mer, ne tardèrent pas a demander la paix. Par le traité du 30 août, « le roi desTrar- « zas renonce formellement, pour lui « personnellement, pour ses descendants « et ses successeurs, à toutes prétentions « directes ou indirectes sur la couronne « du pays de Wallo, et notamment pour « les enfants qui pourraient naître de « son mariage avec la princesse Guim- « botte, fille du brack du Wallo (2) ».
( i ) Voy. une Notice sur le prophète du pays de Foula, dans les Ann.marit.^ 1 829, II' pari., IIe vol., n. 6 ; et le Récit de sa fin tragique en mars i83o, iàid., i83o, II* part., lw vol., n. 126.
! (2) La princesse Guimbotte est une jolie négresse de trente ans à peu près, d'une iutel-
Mais dans cette guerre les dernières cultures et le jardin de Richard-Tol avaient été entièrement ruines et détruits.
Ainsi , le Sénégal n'avait pu devenir une colonie agricole. On avait reconnu que le commerce y est l'unique intérêt ; que « les avantages généraux et par- « ticuliers de cette colonie reposent « tous sur l'échange qui se fait , avec « les peuplades voisines des rives du « fleuve jusqu'à 200 lieues au-dessus de « son embouchure, de marchandises « provenant de notre commerce et de « notre industrie, contre des produits « du pays. » De ce fait principal on dut tirer deux conséquences : c'est que d'abord' « l'avenir du Sénégal et l'aug- « mentation de richesse et de puissance « que la France doit retirer de cette « possession est tout entier dans l'ac- « croissement simultané de son coin- « merce avec l'intérieur de l'Afrique et « de ses rapports avec la métropole ; et « ensuite, que les principes qui dirigent
licence peu ordinaire, qui, brouillée aujourd'hui avec son mari, le roi des Trarzas, a su se mettre à la tète de toute la population du Wallo. En avril 1843, le gouverneur, M. le comte Éd. Bouët , eut une conférence avec elle à N'Der, capitale du Wallo , et avec les principaux chefs, qui vinrent mettre leurs têtes dans ses mains. Guimbotte le pria de la reconnaître publiquement comme sa soeur; ce qu'il fit, à condition qu'elle activerait le plus possible le mouvement commercial du Wallo et de notre nouveau comptoir de Merinaghen.
Au sujet de Merinaghen, elle voulut mettre en avant la question des nouvelles coutumes; mais le gouverneur, après lui avoir rappelé les clauses des traités qui nous donnent en toute propriété le Wallo tant que nous voudrons nous y livrer à la culture, moyennant une rente ou coutume de 9,470 francs promise à sou père Amar-Boye, lui signifia que les cou lûmes n'augmenteraient pas d'une pièce de guinée tant qu'il serait gouverneur. A cette époque il n'y avait encore à Merinaghen aucun mouvement de traite ; mais M. Bouët, en accélérant la construction du fortin, présumait que des populations noires ne tarderaient pas à venir se grouper tout autour, et que les caravanes, sauf les dangers que présente le passage à travers le désert de Bounoune , sa rendraient bientôt à ce comptoir, pour éviter une route plus longue et des droits plus considérables.
« le régime économique, politique et « administratif de nos autres colonies « n'ont aucune application à celle du « Sénégal; car dans celles-là des inté- « rets agricoles et industriels se mêlent « et se croisent avec les intérêts com- « merciaux ; dans celle-ci, au contraire, « l'intérêt commercial règne sans par- « tage; toutes les existences reposent « sur un commerce en quelque sorte « primitif, qui se fait avec des peuples
• nou civilisés par l'intermédiaire indis- « pensable d'une population indigène, « à la prospérité et au maintien de la-
• quelle est attachée notre puissance « » — L'ensemble des importations et des exportations, demeuré stationnoire de 1818 à 1823 à une moyenne de 2,300,000 fr., commença à s'élever en 1824 ; et de 3,600,000 fr. arriva en 1832 à plus de 5,000.000, toujours sous le régime de la libre concurrence. Plus tard, il est vrai, et à la suite des restrictions
(i) J'ai cru ne pouvoir mieux faire comprendre cette importante question de la traite des gommes, qu en analysant fidèlement le rapport fait au ministre de la marine et des colonies par M. Gautier, pair de France, au nom de la commission chargée d'étudier les questions qu'avait fait naître l'association formée eu avril 184a au Sénégal pour la traite de la gomme. Cette commission se composait de MM. Gautier président; Gréterin, conseiller d'État , directeur de l'administration des douanes; Magnier de Maisonneuve, député, directeur du commerce extérieur; Galos, député, directeur des colonies; Mérillou, de la chambre de commerce de Bordeaux; L. Fournier, de celle de Marseille; Retting de Lanças tel , de celle de Nantes; de Coniuck,de celle du Havre, et Mestro, chef de bureau à la direction des colonies, secrétaire. Les procès-verbaux de cette commission ont été imprimés avec des annexes à l'imprimerie royale, et publiés en un volume in-40 de 27a pages. Le rapport de M. Gautier a été inséré dans les Annales maritimes de novembre 184% , u0 xoi. On peut encore étudier avec profit un article de M. Dézert, secrétaire archiviste du conseil d'administration du Sénégal, intitulé Du commerce de la gomme au Sénégal, en 1841, et inséré dans les Annales marit. de juin 1841 , u° 8a ; et la seconde partie de l'article de M. Ch. Collu, lieutenant de vaisseau sur le Sénégal {Revue des Deux- Mondes, 1 5 janvier 1845), où le rapport de la commission est de tout poiut combattu.
7e Livraison, (Sénégambie.)
établies en 1833, 34 et 37, les progrès du commerce furent bien plus rapides puisqu'il atteignit en 1838 le chiffre de 17,000,000; maison ne saurait attribuer aux restrictions mêmes un accroissement aussi considérable : on se plaignit, au contraire, de cet entre-croisement d'années de libre concurrence et d'années de restrictions , comme ayant fait succéder pour beaucoup de négociants des pertes aux profits qu ils recueillaient auparavant. On considère ordinairement l'augmentation de la population comme une échelle infaillible pour mesurer le progrès du commerce; mais cela parait surtout vrai dans un pays où, comme au Sénégal, les bénéfices commerciaux sont l'uniuue motif de cette augmentation.
Or, de 1818 à 1837, en dix-neuf ans, le mouvement commercial s'était accru dans la proportion de 23 à 120, et la population dans la proportion de 6 à 1 2 : c'est-à-dire que l'un s'était « plus que «quintuplé, et que l'autre s'était au « moinsdoublé. C'est donc un fait hors de « doute que dans le court espace de dix- « neuf ans il y a eu , dans le commerce « que la France fait avec sa colonie du « Sénégal, un progrès si rapide, qu'on « n'en peut trouver d'analogues qu'aux « colonies anglaises de l'Australie ou « aux colonies néerlandaises de l'Inde, « et que ce progrès a eu lieu malgré le « temps perdu a des essais infructueux « de culture, à la suite de quatorze an- « nées d'une concurrence pleinement li- « bre. » J'ai déjà eu occasion de dire que le principal article d'importation est la toile de coton bleue, appelée guinée, et te principal article d exportation, la gomme; que la pièce de guinée et le kilogramme ou plutôt la livre de gomme tiennent lieu d'unités monétaires dans les échanges en nature qui ont lieu aux escales et à Saint- Louis. Les guinées proviennent toujours en presque totalité de l'Inde, où elles sont fabriquées ou teintes dans l'établissement français de Pondichéry. Nos lois de douane réservent, par une surtaxe de 5 francs par pièce, le transport de ces toiies à la navigation française, et s'opposent à ce que , même par bâtiments français, elles puissent être apportées en droiture du lieu de production au Sénégal. Cet approvisionnement de
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guinées, rendu nécessaire dans les entrepôts de nos ports par le débouché assuré qu'elles trouvent au Sénégal, a une importance réelle, puisque de 1832 à 1842 les 13,681 balles de pièces de guinées importées de nos entrepôts au Sénégal représentaient une valeur de 14,416,630 fr. Nos manufactures de Rouen fournissent aussi au commercedu Sénégal une petite quantité de guinées, qui, plus parfaites, mais aussi d'un prix plus élevé que celles de l'Inde , ne sont employées qu'aux présents donnés aux Maures et à l'échange de quelques gommes à l'escale de Galam. Les gommes du Sénégal sont employées en Europe à une foule d'usages industriels , mais plus particulièrement à l'apprêt des tissus de coton, et n'y peuvent être remplacées qu'Imparfaitement par des produits similaires. L'Angleterre offre a notre commerce un débouché assez considérable pour ce produit, que ses rapports avec l'Afrique ne lui amènent pas en quantité suffisante pour sa consommation; cette circonstance décida ]e gouvernement français à autoriser, à partir de 1812 . l'exportation directe par navires français des gommes du Sénégal à l'étranger; et de 1832 à 1842 ces exportations donnèrent le chiffre considérable de 32,536,000 francs. — Quoique Ja rive gauche du fleuve produise aussi de la gomme et qu'on ait trouvé des forêts de gommiers dans le pays des Yolofs, les Maures de la rive droite ont su se conserver le droit exclusif de fournir cette denrée, et ont toujours entravé par mille moyens l'exploitation de ces richesses : on ne recueille qu'une quantité insignifiante de gomme par le commerce secondaire dit traite des marigots, qui se fait sur la rive gauche, à l'aide de petites embarcations, dans les aflluents et les bras du fleuve, et qui est demeuré borné à l'échange des cuirs, de la cire, d'une faible quantité d'or, et surtout du mil, nécessaire à la consommation de Saint-Louis et à la grande traite : c'est, on le sait , le pain des peuplades maures de la rive droite comme des nègres de la rive gauche. Enfin le commerce de Galam fournit aussi de la £omme d'une qualité un peu différente : j'en parlerai plus loin avec quelques détails. — La traite des escales se fs*i ut
ne peut se faire que par l'intermédiaire d'habitants indigènes de Saint-Louis, qui parlent seuls la langue des Maures , peuvent seuls supporter les inconvénients du climat et de la vie exceptionnelle qu'on mène aux escales, et possèdent seuls la confiance des Maures.
Dans ces dernières années, quelques Européens essayèrent de faire eux-mêmes la traite; mais c'est une exception qui ne peut s'étendre. Les traitants sont en général des entrepreneurs agissant pour leur propre compte, qui, avant l'ouverture de la traite, achètent, des négociants de Saint-Louis, au prix d'une quantité de gomme delivrable à leur retour, le nombre de pièces de guinées dont ils espèrent trouver le débouché aux escales; ce nombre est proportionné à la clientèle du traitant parmi les Maures et à la quantité supposée des gommes qui seront apportées aux escales Quelquefois aussi, mais rarement, le traitant n'est employé que comme mandataire, et c'est pour le compte du négociant et au prix d'une commission convenue entre eux qu'il se charge d'aller vendre aux escales les guinées qui lui sont confiées. Dans les deux cas, le traitant est muni d'un bâtiment, dont le plus souvent il est propriétaire, mais dont il n'est quelquefois eue l'affréteur; il y embarque ses marchandises, et y a son domicile aux escales pendant toute la durée de la traite. Ces bâtiments, en général du port de 15 à 20 tonneaux, sont munis d'un équipage proportionné à leur tonnage et composé soit de captifs ap-
f>artenant au traitant, soit d'indigènes ibres ou captifs loués à cet effet pour la durée de la traite. On a reproché aux traitants l'imprudence et la légèreté de quelques-un es d e 1 eu rs o pérati ons co m merciales, et surtout cette vanité, ce sentiment de rivalité, qui les fait se soumettre à des pertes et contracter des dettes envers les négociants, plutôt que de revenii de la traite sans avoir échangé leurs guinées, mais jamais le manque de probité et de délicatesse; cependant leurs représailles contre la déloyauté et la fourberie des Maures sont parfois excessives.
En 1830 et en 1831 la traite avait déjà
f)ris un assez grand accroissement ; e mouvement commercial ét.iit de 6 à ? CSO 000 de francs ; il se ralentit un
SÉNÉG
peu en 1832; et peut-être cette circonstance contribua-t-elle à faire naître en 1833 la pensée d'un compromis, convention reproduite plusieurs fois depuis et devenue un système intermédiaire entre le privilège et la libre concurrence. Par cette convention, qui fut volontaire dans l'origine, les traitants s'engageaient à ne pas vendre la guiuée aux escales au-dessous d'un prix arrêté d'avance entre eux pour toute la durée de la traite. Le gouvernement local intervenait dans la fixation de ce prix ou le sanctionnait, et créait une juridiction exceptionnelle pour le jugement des contraventions, ainsi qu une pénalité emportant confiscation et amende 11 paraît que le compromis de 1833 produisit de bons résultats. En 1834, par suite d'une guerre de la colonie avec les Maures Trarzas, la traite se trouva réduite à une seule escale, celle des Maures Bracknas : alors une association avec privilège fut proposée et accueillie par le gouvernement local : les commerçants qui ne se livraient pas habituellement à la traite ou qui avaient commencé à la faire depuis moins de trois ans furent exclus , et le prix de la vente aux escales fut fixé à 50 kil. de gomme ; on dit que les profits de l'association s'élevèrent à environ 300,000 kil. de gomme. Plusieurs commerçants exclus protestèrent contre l'association. Elle fut volontairement prorogée en 1835; mais cette fois sans intervention de l'autorité, et par conséquent sans privilège. Il faut donc compter cette année au nombre de celles où la concurrence est demeurée libre , car tout traitant fut le maître de venir vendre à côté de l'association et à un prix inférieur à celui qu'elle avait fixé. (L escale des Bracknas était toujours seule ouverte au commerce.) L'exportation de kilog. de gomme fut presque double de celle de l'année précédente.
En 1836 il ne fut plus question d'association ; la concurrence tut entièrement libre : les guerres avec les Maures Trarzas avaient cessé. Alors, à cause des bénéfices cousiderablesqu'on avait retirésdes traites précédentes , les guinées commencèrent à arriver en quantité surabondante; les traitants et les négociants firent de mauvaises affaires, et l'administration crut devoir proroger la durée
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de la traite. En 1837, un compromis, motivé par les désastres qu'avait causés la concurrence outrée de l'année précédente, fut passé entre les traitants aux escales. Les affaires furent généralement favorables. En 1838, libre concurrence : une grande partie des guinées introduites l'année précédente restait encore entre les mains des négociants; l'importation fut énorme et naturellement ne put concourir que pour une faible partie aux marchés de l'année présente ; mais l'abondance des guinées et l'empressement à les échanger tinrent tels, qu'un donna pour 15 ou 17 kil. des guinées qui avaient coûté à Saint-Louis 21 kil. De là des pertes considérables et des dettes contractées par les traitants envers les négociants. En 1839 on revint au compromis; mais le moyen n'était plus assez fort pour contenir l'empressement à se défaire de ces marchandises, et les conditions ne furent pas observées; jamais même les effets désastreux de l'encombrement des guinées ne furent plus sensibles. Les traitants reprochèrent plus tard aux négociants d'être venus en personne aux escales vendre leurs guinées à plus bas prix u'ils ne les leur avaient vendues à aint-Louis. En 1840 la concurrence fut libre ; mais l'encombrement à Saint- Louis et dans les dépôts français était toujours extrême; cette marchandise avait baissé de près de 50 pour 100 de sa valeur. Le gouverneur demanda alors qu'un acte du gouvernement vînt fixer le régime à adopter pour le commerce des escales. En 1841 le régime de la traite libre, mais soumise à des règles nouvelles et à une police plus rigoureuse que celle qui avait existé jusqu'alors, fut d abord établi; sous ce régime, pendant la durée de la petite traite, il ne fut traité aux trois escales que 200,000 kil dégomme; la guinée, qui s'était maintenue jusqu'à la fin de mars au prix de 27 à 30 kd., tomba à 18 et même à 15. A lors, sur la demande presque unanime des traitants et des négociants, le gouvernement se décida à établir un compromis pour la grande traite; mais il fut violé encore plus ouvertement qu'en 1840, et à la nn delà traite la libre concurrence avait réellement repris le dessus ; on traitait avec le Maure ,
LVUINIVÊRS.
en apparence au prix fixé par le compromis, et on lui assurait verbalement ou par écrit un supplément de prix
au'on lui payait à Saint-Louis au retour ? la traite "; il y avait encore raille autres genres de contraventions, à côté de h commission judiciaire siégeant aux escales; et quand il y avait poursuite, les témoignages et les peines ne manquaient pas contre le petit nombre de traitants européens, mais aucun témoignage ne se produisait contre les traitants indigènes, et de cette manière la répression était nulle et le règlement inefficace. Ainsi l'affluence des guinées importées , qui avait commencé en 1836 et redoublé en 1838 , avait fini par changer radicalement le rapport de la valeur de la guinée avec celle de la gomme, rapport qui était et est encore la base de tons les intérêts au Sénégal et avait produit par là une perturbation très-grave dans le commerce de cette r >!onie. Les traitants, sans prévoir la baisse inévitable des gui Bées devenues au?si abondantes, s'en étaient chargés à des prix trop élevés; sans prévoir non plus les moyens qu'em-
Eloieraient les négociants pour se déarrasser du résidu de leurs guinées. ils n'avaient imputé leurs pertes qu'à l'excès de la concurrence aux escales , et avaient vu dans le compromis proposé par eux à l'administration locale une sauvegarde assurée contre ce danger; mais, comme on l'a vu, ce n'était qu'une protection illusoire et d'autant plus dangereuse qu'on comptait sur elle davantage. Par suite de ces mauvaises affaires, les traitants se trouvèrent débiteurs envers les négociants, d'une somme considérable, de 2,250,000 fr.
et plus. Or, ne possédant que leur habitation à Saint-Louis et leurs embarcations, ils n'avaient pas les moyens de se libérer ; les négociants, craignant de se trop découvrir envers eux, se montraient peu disposés à leur faire de nouveaux crédits; quelques-uns même firent faire des saisies, des expropriations, exigèrent des emprisonnements; les rapports des traitants et des négociants, c'est-à-dire toutle commerce, se trouvèrent paralysés, et le gouvernement local put trembler un moment pour la sécurité de la colonie; déjà
quelques débiteurs se préparaient à transporter leur domicile à MyBeraye% village situé sur la rive droite , à quelques lieues en amont de Saint-Louis.
On s'accorda alors généralement à croire
S[u'une association avec privilège sur es bases de celle qui avait déjà été établie en 1834 et combinée de manière à favoriser l'extinction de la dette , était la seule issue possible à cette situation. Le chef du service administratif, M. Pageot Desnoutières rédigea le plan d'une association nouvelle gui fut pris en considération par le ministre de la marine : et par une ordonnance royale en date du 9 janvier 1842, le gouverneur du Sénégal fut investi du pouvoir de « prendre des mesures pour « encourager les opérations du com- « merce et favoriser ses progrès , et « de régler le mode, les conditions et « la durée des opérations commerciales « avec les peuples de l'intérieur de « l'Afrique. » Le projet d'association, renvoyé au conseil général de la colonie avec l'approbation du gouvernement, y fut discuté article par article, et y reçut plusieurs modifications, sans toutefois que le principe en fût restreint; tout au contraire. Il fut de nouveau examiné par le conseil d'administration, et enfin devint la base de l'arrête rendu le 16 avril 1842 par le gouverneur du Sénégal , lequel provoqua la formation de la commission. Cet acte instituait à Saint-Louis une société en possession du privilège exclusif de la traite de la gomme aux escales , et interdisait en même temps aux membres de cette société toute participation à la traite des autres productions du Sénégal et de la gomme même ailleurs qu'aux escales. Le commerce de Galam demeurait seul libre pour tous. La confiscation de la marchandise traitée en contravention et une amende triple de la valeur de la saisie composaient la pénalité; et l'application en était remise à une commission siégeant en rivière et jugeant en dernier ressort. La société était établie pour cinq ans; tout négociant, tout traitant résidant au Sénégal était admis à en faire partie en prenant uneseule action. L'action était déclarée inaliénable et insaisissable pour toute la durée de l'association , hors le cas de faillite ou de
SÉNÉGAWB1E.
décès. Tout créancier avait le droit de souscrire pour une action au nom et au compte de chacun de ses débiteurs ayant qualité pour faire partie de l'association ; il en faisait les fonds, et le capital demeurait sa propriété; mais le produit appartenait a celui au nom duânel l'action avait été souscrite, à condition toutefois qu'il en serait appliqué jusqu'à la concurrence des trois quarts au payement des dettes de l'actionnaire. Les porteurs de titres de créances sur les Maures ne pouvaient, pendant la campagne de 1842 , contraindre leurs débiteurs à s'acquitter envers eux que du tiers de leurs créances en gomme ; mais le payement intégral pouvait être exigé , en 1843 , par l'intermédiaire de la société toutefois. Un conseil d'administration nommé par l'assemblée générale (cinq traitants indigènes, cinq négociants européens et un marchand) était chargé de la gestion. Le directeur était nommé par le gouverneur sur une liste triple présentée par l'assemblée générale. Un commissaire du roi , nommé aussi par le gouverneur, assistait avec voix consultative aux séances des conseils d'administration. La pensée de cet acte était donc d'appliquer pendant cinq ans les bénéfices de la traite de la gomme aux escales , à l'extinction de la dette des traitants. L'arrêté du 16 avril, at-on dit, n'est que la liquidation commerciale de la colonie opérée sous U autorité du gouvernement.
La commission fit d'abord une distinction essentielle sur la légitimité de la double intention de libérer les traitants et de rembourser les négociants , jugeant unanimement qu'il fallait venir en aide surtout aux traitants, parce qu'il y avait là une nécessité d'intérêt public , m:iis que le remboursement des négociants n'était gne d'intérêt privé. Les objections principales faites dans son sein contre l'assoi iation furent tiréesd'abord de ce privilège exclusif et excessif, dont l'action pouvait s'étendre, par la fixation arbitraire des prix d'échange , jusque sur les intérêts du commerce métropolitain, sur ses rapports avec l'Inde et sur l'industrie manufacturière d'une autre colonie ( Pondichéry), puis de l'abus dont la société actuelle a* ait déjà donné l'exemple dans la fixation du prix d'é-
change : car l'intérêt des négoc;ants créanciers , comme des traitants débiteurs, était d'arriver le plus promptement possible, par l'élévation des bénéfices recueillis, à la liquidation de la dette. D'autre part, on avait prétendu que l'arrêté du 16 avril avait pour but principal de protéger les intérêts des Français contre les intérêts des Maures, eu aonnant aux premiers cette unité de pensée et de volonté qui fait la force des seconds; mais la commission reconnut aussi parmi les Maures des oppositions d'intérêts assez sensibles , par exemple entre les rois, les chefs et les marabouts ; en même temps il lui parut que la concurrence excessive que se faisaient les traitants était due bien moins a leur caractère et a un amour propre mal entendu qu'à la cause ordinaire de toute concurrence, Pabondaneede la marchandise apportée sur le marché ; que le commerce a des alternatives de succès et de revers ; que c'est la loi de son existence, et que les gouvernements ne sauraient prétendre a en contrarier les effets, surtout en créant un privilège dont il est toujours fait abus : ainsi cette association destinée, suivant les expressions mêmes du gouverneur, à guérir la crise commerciale qui mine depuis si longtemps la colonie, à satisfaire aux intérêts de tous, à prévenir la désaffection de la populatiou indigène et son émigration a HfBeraye, avait eu pour premier résultat de laisser sans emploi cent vingt-huit traitants, autantdenavires et mille marins, et de réduire le mouvement au commerce au tiers de ce qu'il était auparavant; et, d'autre part, de
{produire un bénéfice de 150 pour 100 sur a valeur de la marchandise donnée en échange, et de 50 pour 100 sur la s< mine que l'actionnaire est supposé avoir versée dans ( association, tant on avait usé du privilège av» c jreu de modération. On avait encore dit que le monopole aurait pour effet d'éloigner les Maures des escales, et de If s décider à aller trait»- r à Portendiek ou eu Gambie avec les Anglais, qui leur offraient d-s conditions plus favorables ; en un mot, qu'il amènerait tôt ou tard pour la France la perte de ce commerce et la ruine totale de la colonie du Sénégal ; et , en effet, quoique ce danger soit éloigné, il
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a déjà été traité des gommes entre les Trarzas et les Anglais à Portendick ; et ce fait pourrait se reproduire, car il n'y a là pour les Maures qu'une question de frais que le bon marché (les g u tuées anglaises peut simplifier beaucoup (l).
Au contraire^ le danger n'existe point avec la libre concurrence. Les chambres de commerce du Havre, de Bordeaux , de Marseille et de Nantes rendirent hommage à ce principe de la libre concurrence; mais celles de Bordeaux et de Marseille furent d'avis qu'il faillit recourir actuellement au régime du compromis, la dernière seule se prononça en fiveur du maintien provisoire de l'association. En définitive, personne dans la commission ne crut pouvoir donner son adhésion aux dispositions exorbitantes de l'arrêté du 16 avril 1842. Il fallait cependant évidemment déroger pour un temps au principe de la libre concurrence , et d'assez graves dissidences s'élevaient entre ses membres pour savoir dans quelles proportions et dans quelles . formes cette dérogation aurait lieu. Enfin , puisant dans les trois systèmes qui lui furent proposés, la commission proposa de soumettre la traite des
Sommes du Sénégal à un règlement ont le principe fût la liberté des échanges, mais avec plusieurs restrictions importantes, destinées a réparer et à prévenir désormais les désordres commerciaux des dernières années : 1° diverses dispositions de police relatives à l'exercice de la profession de traitant ; 2° la formation d'un fonds commun pour les traitants, au moyen d'un prélèvement de 5 pour 100 sur les gommes rapportées des escales; 3* la faculté pour le gouverneur de recourir à la mesure désignée sous le nom de compromis, ayant pour objet de fixer, pour chaque année de traite, un minimum des taux d'échange de la gui née de l'Inde contre la gomme, et de prendre à l'égard des traitants toutes les mesures nécessaires à l'exécution de ce règlement et au maintien de la police des escales (2).
(x) Voy. à ce sujet les réflexions de M.RafTeiiel, dans le rapport adressé le 1 7 mars 1844 au gouverneur du Sénégal (Annales marit. , Bévue colon., 1844, p. 464-67). k (a) Voy, V Ordonnance du roi concernant la
La base du svstème consacré par l'ordonnance royale du 15 novembre 1842 est l'organisation des traitants du Sénégal en une corporation où ils ne sont admis qu'à certaines conditions; et le privilège exclusif réservé aux traitants inscrits sur la liste de servir d'intermédiaires dans les échanges avec les Maures , soit que les embarcations armées et chargées sur lesquelles ils montent aux " " < escales leur appartiennent en propre oy * qu'elles soient expédiées par des eoyju merçuuts européens. Trois campagnes*' se sont déjà faites sous rem pire de ce règlement. De 1843 à 1844 le nombre des traitants employés a augmenté de cinquante-trois a quatre vingt-huit: mais en 1843 il y avait eu plus de traitants expéditeurs que de traitants commissionnaires; en 1844, au contraire, ces derniers sont plus nombreux; et en 1 845 leur nombre s'est encore beaucoup accru (de quarante-six il s'est élevé à soixante-douze ). On a reconnu là une salutaire tendance de l'esprit des indigènes à abandonner le rôle de spéculateurs, pour s'en tenir à celui de courtiers, beaucoup plus en rapport avec leur position et leurs faibles ressources, et la meilleure garantie que la dette si lourde des traitants sénégalais ne se renouvellera plus à l'avenir : enfin les deux conditions indispensables qu'il leur faut réaliser , à ce qu'il semble, pour qu'ils puissent lutter dans ce commerce avec les négociants européens.sont : Pacha t de première main des guinées, la vente sur place, ou l'expé-
traitt des gommes au Sénégal, du i5 novembre 1 84a , et le Rapport au rot de M l'amiral Duperré, miuislresecrétaire d'État au département de la marine et des colonies. — Voy. encore, comme se rapportant a la traite des gommes, l'ordonnance du mi du 18 mai (843, relative aux toiles de l'Inde; celle du icr septembre 184}, qui niodiûe la précédente, et une lettre du directeur de radmini'tratiou des douanes , concernant les gainées , du 19 septembre 1844. Pour assurer le développenifiit et la régularité des transactions commerciales au Sénégal , ces ordonnances déterminaient le poids et les dimensions des guiuées de l'Inde susceptibles d'y èlre expédiées, et prescrivaient l'application, sur chaque pièce de guinée, d'une marque ou esta ni pille reconnue et contre-véritiee par les employés du service des douanes en France.
dit ion en France et en Angleterre des gommes; de telle sorte qu'ils ne règlent avec leurs bailleurs de guinées qu'en argent ou en billets, et bénéficient directement du placement des produits sur les marches. — Les années 1838, 39 et 40 avaient été au Sénégal trois années de récol tes vrai men t ex traordinai res ; et, comme on pouvait s'y attendre, les récoltes des années suivantes devaient être affaiblies d'autant. On a calculé que la moyenn<*des gommes annuellement traitées aux trois escales et à Galam depuis 1825 sous tous les régimes, concurrence, compromis, association libre, association et monopole, est de 1,872.000 kil. ( pour les trois escales seulement, de 12 à 1,300,000 kilogrammes). Or, le total des gommes traitées en 1843 n'avait été que de 510,000 kil.; celui de 1844 était remonté à 1,028,000 kil., plus du double, et d'un quart à peine audessous de la moyenne. Kn 1845, quoique l'ouverture dé la tr.ute aux trois escales eût été différée par une inondation d'un mois à peu près, le total des gommes traitées a ces escales, à Gdam et dans le nouveau comptoir établi sur la Falemé, fut de 3,457,209 kil., chiffre, comme on le voit, bien au-dessus de la moyenne, et inférieur seulement de 400,000 kil. au total de l'année 1839. la plus riche de toutes : l'abondance de la récolte accéléra la liquidation des créances sur 'es Maures, et le bénétice de cette campagne, évalué à peu près à la somme de 2,387,967 fr. , avança également d une manière très-sensible l'extinction de la dette des traitants (1). D'ailleurs, d'après l'avis unanime des autorités locales, toutes les dispositions réglementaires de l'ordonnance de 1842, particulièrement l'obligation imposée aux traitants d'avoir leurs écritures en règle, et l'établissement d'un pesage public à chaque escale, s'exécutèrent aisément et avec succès; la conduite des traitants
(i) Voy. la leltre du ministre de la marine aux membres des chambres de commerce, pour leur donner avis des résultats de la traite des gommes au Sénégal, du 6 oc tobre i843 (Ann. maritimes , octobre 1843, partje officielle, n° sao). For. encore les Annales maritimes , Revue colon., 1844, n° »6, et 8i45, n° 9.
futgénéralementsatisfaisante; en même temps la tranquillité des populations, et veraines, indispensable à la sûreté du commerce et des expéditions des traitants sur le fleuve , fut assurée par les mesures de vigueur que prit le gouvernement local (1).
Cependant la situation de la colonie, à la suite de la longue crise commerciale dont je viens de retracer l'histoire d'après les documents les plus authentiques , était demeurée précaire et affligeante- C'est alors que le gouverneur du Sénégal, M. le Cte E. Bouët, par la plus heureuse et la plus opportune inspiration , conçut et arrêta le projet d'une grande exploration de la Haute-Sénégambie (2).
{i)Voy. dans les Annales maritimes. Revue coloniale, 1843, u" 16, le Journal de marche d'une colonne mobile à travers le Ghiambour-Cayor, leWallo et le désert, en avril 184 3.
(a) Une commission nommée par M. le gouverneur du Sénégal, et composée de M. Huarl, pharmacien de la marine , président , de MM. Raffenet, commis de la marine, et Potlin-Paterson, habitant indigène, fit, à la fin de 1843 et au commencement de 1844, une exploration de la rivière Kaléiné et des mines dur qui se trouvent dans les pays de Boudouetde ftamhouk ; puis gagna, a travers le pays, le cours supérieur de la Gambie, pour descendre la rivière jusqu'aux établissements anglais. M. Huarl uut mourir à Saint-Louis d'une maladie inflammatoire qu'il avait rapportée de celte pénible mais fructueuse exploration. La |>ensée de M. le gouverneur était nettement marquée dans les questions suivantes, posées à la commission : Les richesses métallurgiques du Bambouk sont-elles voisines des bords de la Falémé? — Doiventelles être exploitées par les naturels seulement, ou par des noirs, sous la direction de blancs ou d'halutanls du Sénégal? — Un établissement fortifié est-il nécessaire pour couvrir et défendre cette exploitation? — Où doit être posé cet établissement ? — Quelle doit être sa nature, sa force en garnison , en artillerie? — Les caravanes des Dyolas et toutes celles qui se dirigent vers le Bondou peuvent-elles être attirées dans ce même comptoir; ou bien la concentration des caravanes sur uu nouvel établissement commercial daj lémé ne néces>ite-t-elle pas , au point différent de celui qu'indi îhlé minéralogique du sol ? -
L'UNIVERS
« C'est, en effet, vers le haut pays, « comme l'a fortement exprimé M. ftaf- « fenel, membre delà commission d'ex- « ploration, qu'il faul porter ses regards; « c'est là seulement qu'on trouvera des « remèdes efficaces pour guérir les plaies a de notre possession africaine. Le « mal actuel n'est pas dans l'imperfec- « tion des règlements qui fixent le mode « de trafic des gommes , il est dans la « nature même du produit, dans l'éven- « tualité de ses récoltes, dans le peu de « garantie que nous offrent ses déten- « teurs. — Quelle que soit donc la pa- « ternelle bienveillance qui préside à la « rédaction des règlements sur cette ma- « tière , il n'en résultera pour le pays « qu'un soulagement passager qui ne « changera rien à la situation générale. « II n'y a plus aujourd'hui place pour « tous aux marchés des escales; il faut « créer de nouveaux produits pour cet « accroissement de trafiquants euro- « péens et indigènes qui vient chaque « jour augmenter le malaise commer- « cial du pays (1). »
Jamais, il faut le dire , depuis la reprise de possession du Sénégal, et même au plus lort des essais de culture tentés dans le Wallo, l'attention du gouvernement, non plus que celle des négociants de Saint-Louis, ne s'était entièrement détournée du haut pays : le fort de Bakel avait été construit dans le pays de Galam sur un territoire cédé en 1818 à la France par un traité passé avec le Tonka ou prince de Tuabo. En 1825 on avait remplacé par le fort Saint- Charles, bâti au village de Makana, non loin de Toubàbukané , l'ancien fort Saint-Joseph. On avait aussi créé un nouveau comptoir à Médina près des cata-
moyens à tenter pour nous allier intimement et le Bondou, et le Bamboul, et les Hambaras, pour rendre la tranquillité aux peuplades turbulentes du haut du fleuve, soit Dowicbes, soit Bambaras, soit Sarraculels, qui , par leur élat de guerre continuelle , compromettent nos relation» commerciales, et nuisent à leur développement? — Quelle sera l'influence des petits bateaux à vapeur en fer daus le haut pays de Galam ? — Jusqu'à quelle époque pourront-ils s'y montrer et y naviguer?
(i) Annales maritimes , Revue coloniale 9 1844, p. W
ractes de Felou. En 1824 et en 1828 le gouvernement avait chargé successivement MM. de Beaufort et Duranton de l'exploration des mines d'or du Bambouk; mais le premier mourut en 1825 dans le cours de ses travaux ; et le second, « en se mêlant aux querelles po- « litiques du pays de Galam, manqua « complètement l'objet de sa mission, « qui consistait à conduire dans le « pays un mineur expérimenté, à lui « procurer les moyens de rendre facile « et fructueuse, une exploitation dont, « par ses moyens d'échange , le com- « merce du Sénégal eût retiré tous les « fruits (I). » De 1817 à 1824 les négociants et habitants de Saint- Louis s'étaient réunis, chaque année, en société pour l'exploitation du commerce de la Haute-Sénégambie. En 1824 le gouvernement les autorisa à former dans ce but une société anonyme et privilégiée, devant être dissoute et reconstituée tous les quatre ans. Cette compagnie jouit d'un privilège exclusif pendant sept mois de l'année (du 1er janvier au 1" août) ; le reste du temps son privilège est suspendu, et le commerce du haut du fleuve redevient libre pour tous les traitants (2), et se trouve ainsi mis à la portée de ceux qui, malgré le faible taux des actions abaissées en dernier lieu à 200 fr., n'ont pas pu prendre un intérêt dans les opérations de la compagnie. En juin 1838 la société réunit a son privilège de Galam celui d'un nouveau comptoir fonde
f>ar le gouvernement et par elle dans a rivière de Casamanza, mais aussi avec certaines restrictions : l'exploitation de la chaux est réservée, et le commerce général reste libre depuis Dhiuibéring, situé à l'embouchure de cette rivière, jusqu'à l'établissement portugais de Zinquinchor, quinze lieues plus haut; et un commissaire du gouvernement placé près de la compagnie surveille
(1) Not. stat. sur Us colonies françaises, IIIe part., p. 1Ô4.
(a) Voy. les réflexions de M. Raffenel sur les résultats de cette liberté du commerce appliquée au Haut-Sénégal, et sur la lutte qui y est engagée entre le commerce anglais ei le commerce français. (Jnn. mari t., Rev. cohn.t 1844, p. 474-486.)
SENÉGÀMB1E. 105
l'exécution des statuts. De toutes les viendrait d'organiser une association possessions que les Français ont eues assez vaste pour qu'il n'y eût plus d'exdans le haut du fleuve, il ne nous reste clusion possible, d exiger d'elle un capital aujourd'hui que Bikel : le comptoir ^st social assez élevé pour qu elle pût se li- (iingé par un agent de la compagnie vrer à de grandes entreprises, et de la établie à Saint-Louis sous le nom de surveiller dans ses opérations, pour évicompagnie de Galam et Casamanza. On ter que les marchands du pays , trompés, v traite de la gomme, de Por, de Fi- ne s éloignassent à jamais (1). En outre, voire, des peaux de bœufs, du mil et pour attirer les caravanes à Bakel et de la cire; mais la gomme y est, corn- pour les y rappeler toujours , il faudrait me dans le bas du fleuve, la principale faire aux Dioulasautantou plusd'avanbranche du commerce. Les Dowiches tages que les Anglais, et une association apportent leurs gommes à Bakel même ; aussi régulièrement organisée le pourlesOualad-êl-Koissis, qui avaient autre- rait aisément; de Bakel il faudrait enfois choisi Makana pour marché et les core expédier des courtiers indteèies Oualad-M'Bareck , qui avaient choisi dans les lieux de passage des caravanes, Medina (1), portent les leurs à un comp- ou leur fermer pour ainsi dire le chemin toir flottant expédié chaque année par de la Gambie par de nouveaux. établisse' le gérant de Bakel dans les environs de ments (2), « à Makana et à Medina dans Makana ; les autres produits sont appor- « le Kasson, admirablement placés sur tés le plus souvent a Bakel, quelquefois « le fleuve pour servir d'escales aux naaussi au comptoir flottant , par des ca- « tions maures et pour servir de points ravanes de marchands colporteurs ou « d'arrêt à descanvanesde Dioulas;»à revendeurs, connus sous le nom géné- Sansandig (3), déjà désigné par M. Beaural de Dioulas, et appartenant aux nations des Saracolets, des Mandingues , (i) roy. la comparaison que fait M. Rafdes Bambaras et des Foulahs du Bon- fend du commerce français et du commerce dou et du Kasson, et aussi par des Man- anglais dans la Sénégambie, Aimâtes Maritidinguesdu Bambouk et du Ségou, qui mes ibid., p. 535. viennent vendre de première main ce , W l* P"ro«f d« établissement a fonqu'ils recueillent dans leurs pays (2). df. «avant M. Raffenel devrai, être le t »» «ninnnnnia niininiia ^ffai KIi- \L plus rapproche possible de Boiile!>ane, capi- La compagnie, quoique affaiblie ! par P ^\,onAon\ à Senou-Dèbou par exemla concurrence, réalise ^ encore d im- ,a Fa|éraé . n |jei| fu| d >5i . dv portants bénéfices a Bakel ; mais elle £ord M ^ érant de ,n conipagIlie de fait souvent des pertes en Casamance GalaI^ élabli k Bake, . el |'aimamy Bouet à Mérina G'hen, et M. Batteuel, dou , sur ses avis , y fit construire un tata dont je reproduis avec confiance les ( mur d'e„Ceinle et espèce de fort eu terre importantes observations , présente g|;,ise), et des cases pour recevoir des trainotre commerce du haut du fleuve tauts:ce village, situé à 80 kilom. par terre et comme n'étant pas dans de favorables à 100 kilom. environ par eau de Bakel, n'est conditions de développement. Suivant qu'à ai kilom. de Boulébané, cl 1res- près de lui , au lieu de ce double régime de li- l'emplacement de l'ancien fort Saint-Pierre berté et de privilège, qui affaiblit le et de l'embouchure du Sénou-Colé, qui arcommerce français au profit de la COU- rose une partie du BamlKNik et est navigable CUrrence anglaise de la Gambie, il COn- Pédant Jeux mois pour de» bâtiments légers B de 4 à 5 pieds de tirant deau. («el etablisse-
(0 Le fort Saint-Charles fut abandonné à ment tout politique serait surtout destiné à
la suite des guerres des Bakiris du Haut et du entretenir et à resserrer notre alliance avec
Bas-Galam ; et l'établissement de Mediua, qui, l'alma.ny du Bondou, qui peut nous ouvrir ou
du reste, ne consista jamais qu'en quelques nous fermer à son gré I entrée du Bambouk,
cases de paille servant de magasins et d'ha- et surtoui à combattre et a repousser les ef-
bitatioiu aux agents de l'association, cessa dé- forts continuels que font les commerçants
fimlivement d'exister en 1841 , après avoir anglais de la Gambie pour substituer leur in-
clé même plusieurs fois abandonne et repris fluence à la nôtre sur les Foulahs du Bondou
dans un court espace de vingt ans. (Annales maritimes, Rev. colon., 1844»
(a) Annale: marit., Rev. colon. 1844, p. 5ia).
p 4^3# (3) Sansandiç, je le redis pour mémoire f
L'UNIVERS
fort, et placé sur la route des comptoirs de Fattatenda, de Paddy et de Kaniéby en Gambie; à Parabana (1), où passent presque toutes les caravanes venant de la Sénégambie orientale et du Soudan occidental, et la plupart des J Moulas, Saracolets et Foulahs qui s'en retour tient dans leur pays avec les marchandisesdestméesauxcomntoirs européens; enfin à Gowina , établissement
3ui, en procurant au commerce d'imméiates relations d'échange avec de riches
f>euplades du Soudan, nous ouvrirait 'accès de l'Afrique centrale (2). Du reste, l'objet principal de tous ces comp-
est le nom donné a deux villages situés en face riiu de l'antre, à a kilom. au plus de la Falémé; les débordements annuels sur la rive droile forceraient à choisir remplacement du comptoir ou fort sur l'autre rive : du reste, il y a un gué facile qui réunit les deux Sansandig, une communication commode par terre de Sénou-Dt bou au village de la rive gauche, qui n'en est éloigné que de 57 kilom., et parla rivière, pendantdeux mois environ , lorsqu'à la crue des eaux les navires calant 4 à 5 pieds peuvent franchir le barrage qui arrête la navigation au-dessus de Sénou- Débou. DeSansandigon pourrait assez promptement, suivant M. Raffenel, obtenir, sinon l'exploitatiou des mines de Kénieba, au moins la manipulation de ses produits. Sansandig est à 49 kilom. de ce village du Bambouk, et les mines de Kénieba sont toutes à la discrétion de lalmamy.
(1 ) Nous avons eu autrefois un fort à Farabana, sur une petite rivière qui se jette dans la Falémé, en face de Nayé, le Sénou-Colé ou Hiod'Oroûes Portugais. M. Raflenel rapporte
3ue des envoyés du chef de la république iuépeiidanle de Farabana sont veuus leur demander instammeut le rétablissement de ce fort.
(a) Gowina, dans la partie méridionale du Kasson et du Kaarta, non loin des mines du Bourré, du Konkoudou et du Satédougou, fut déjà occupé parla compagnie de i&i-j à iSÎa. Ou y avait même conduit unchalan, en lui faisant franchir pendant les hautes eaux les cataractes du Félon. Quelques cases à terre formaient, sous la direction d'un agent indigène de la compagnie , un comptoir où l'on traitait beaucoup d'or avec les Djalonkés du Bourré, et quelquefois avec les Maudingues du Konkondon, contre des verroteries et du sel. {Ann. marit. , Rev. colon. , 1844, p. 5a5 ).
toirs fortifiés ne serait pas tant de détourner vers nous les caravanes de la Gambie, que de préparer et d'assurer l'exploitation des mines du Bambouk; c'est la pensée de Bruë, pensée énergiquement poursuivie par lui , reprise par tous ses successeurs, embrassée par tous les bons esprits qui se sont préoccupés de l'agrandissement et de l'avenir de notre colonie du Sénégal, que M. Raflenel présente aujourd'hui avec une nouvelle force et propose à une souveraine décision.
Il me reste à parler du gouvernement et de l'administration , du régime législatif, de l'organisation judiciaire, des forces militaires , et des dépenses publiques de notre colonie du Sénégal et de ses dépendances. — Le commandement et la haute administration sont confiés à un gouverneur résidant à Saint-Louis. Un commissaire de ta marine et le chef du service judiciaire dirigent , sous les ordres du gouverneur, les différentes parties du service. Un inspecteur colonial veille à la régularité du service administratif, et requiert à cet effet l'exécution des lois, ordonnances et règlements. Un conseil dî administration placé près du gouverneur éclaire ses décisions et statue, en certains cas, comme conseil de contentieux administratif. Un conseil général séant à Saint-Louis et un conseil d'arrondissement séant à Gorée donnent annuellement leur avis sur les affaires qui leur sont communiquées , et font connaître les besoins et les vœux de la colonie. Le gouverneur a le commandement supérieur et l'inspection générale des troupes de toutes armes, lève, organise, licencie les milices de la colonie ^ forme et convoque les tribunaux militaires.
Il a la direction supérieure de l'administration de la marine, de la guerre et des finances, et des différentes branches de l'administration inférieure : il arrête chaque année en conseil, pour les soumettre à l'approbation du ministre de la marine, l'état des dépenses à faire dans la colonie pour les services militaires qui sont à la charge de la métropole, le projet du budget des recettes et des dépenses du service intérieur, les projets des travaux de toute nature, l'état des approvisionnements que doit envoyer la
SÉINÉGÀMBIE.
métropole. Il suit les mouvements du commerce et prend les mesures propres à en encourager les opérations , à en favoriser les progrès. Il règle le mode, les conditions et la durée des opérations commerciales avec les peuples de l'intérieur de l'Afrique , et dé. termine les localités où les échanges sont permis; il surveille tout ce qui a rapporta la religion, à l'instruction publique, ordonne les mesures générales relatives à la police sanitaire tant à l'intérieur qu'à l'extérieur de la colonie, et a dans ses attributions les mesures de haute police (1); il convoque le conseil général et le conseil d'arrondissement, et Gxe la durée de leurs sessions, pouvant les proroger et les dissoudre, a la charge d'en rendre compte au ministre de la marine. Il est interdit au gouverneur de s'immiscer dans les affaires qui sont de la compétence des tribunaux, et de s'opposer à aucune procédure civile ou criminelle. En matière criminelle, il ordonne en conseil l'exécution de l'arrêt de condamnation ou prononce le sursis lorsqu'il y a lieu de recourir à la clémenre royale. Il peut faire surseoir aux poursuites ayant pour objet le payement des amendes, lorsque l'insolvabilité des contrevenants est reconnue , à la chargé d'en rendre compte au ministre de la marine. Il légalise les actes à transmettre hors de la colonie et ceux qui viennent de l'étranger. — Le gouverneur communique, en ce qui concerne le Sénégal et dépendances, avec les gouverneurs des possessions étrangères en Afrique et avec les chefs des différentes tribus ou peuplades de l'intérieur. Il fait avec ces dernières tous traités de paix ou de commerce , mais à la charge de les soumettre à l'approbation du roi , et règle en conseil les coutumes et présents a accorder aux chefs des tribus ou peuplades avec lesquelles le Sénégal est en relation. — Lorsque le gouverneur juge utile d'introduire dans la législation colonialedes modifications ou
(i) Voy. X Ordonnance du roi du a6 avril 1845, qui autorise le gouverneur du Sénégal à donner pour sanction à srs règlements d'administration et de police des pénalités portées jusqu'au maximum de quinze jours d'emprisonnement et de xoo fr. d'amende.
des dispositions nouvelles, il prépare en conseil les projets d'ordonnances royales. — Dans les circonstances graves, le gouverneur, en conseil, peut prononcer contre les individus de condition libre qui compromettent ou troublent la tranquillité publique l'exclusion pure et simple de Suint-Louis et de Gorée, la mise en surveillance dans une de ces localités, l'exclusion de la colonie à temps ou illimitée ; les captifs reconnus dangereux pour la tranquillité de la colonie peuvent en être exclus, sauf indemnité au maître. — Chaque année, le gouverneur adresse au ministre de la marine un mémoire sur la situation générale de la colonie, dans lequel il rend compte de toutes les parties de l'administration qui lui est confiée, signale les abus à réformer, les améliorations qui se sont opérées dans l'année et propose ses vues sur tout ce qui peut intéresser le bien du service du roi ou la prospérité des habitants.
Le conseil d'administration est composé du gouverneur , des chefs du service administratif et du service jud iciaire, de l'inspecteur colonial, et de deux habitants notables nommés par le gouverneur pour deux ans. Un secrétaire archiviste tient la plume, et lorsque le conseil a à prononcer sur des matières de contentieux administratif, il appelle dans son sein deux magistrats qui y ont voix délibérative : les fonctions du ministère public y sont exercées par l'inspecteur colonial, l'officier commandant les troupes, les officiers chargés de la direction de l'artillerie et du génie ; le capitaine de port du chef lieu et le trésorier sont appelés de droit avec voix délibérative lorsqu'il y est traité des matières de leurs attributions, ainsiquedeux membres du conseil général quand il s'agit de discuter des projets d ordonnances royales, d'arrêtés et de règlements relatifs aux intérêts généraux de la colonie, des affaires de traite et de commerce, des traites à passer avec les ind gènes, et la modification du budget arrêté par le ministre de la marine. Les attributions du conseil général établi à Saint-Louis consistent a donner annuellement son avis sur les budgets et les comptes de recettes et dépenses coloniales, et à faire connaître les
108 L'UNIVERS
besoins et les voeux de la colonie, 1781 sur les successions vacantes (5
relativement aux diverses parties du mai et 5 juillet 1838 ); l'ordonnance
service. Il se compose de dix mem- royale du 30 septembre 1827 fixant les
bres, huit choisis parmi les négociants règles à suivre dans les colonies pour Tac-
ou propriétaires européens et indigènes ceptation des dons et legs en faveur des
par portions égaies, et deux parmi les églises, des pauvres et des établissements
marchands détaillants. Ces membres publics ; la conservation des hypothè-
sont élus à la majorité des suffrages ques (26 décembre 1832) ; le code de
dans une assemblée de notables, choisis commerce (4 juin 1819); la loi du 17 avril
parmi les habitants de Saint- Louis et 1832 relative à la contrainte par corps
parmi les fonctionnaires et employés de (12 juillet 1832, par ordonnance royale).
Tordre administratif et de Tordre judi- Le tarif général des frais et dépens en
ciaire dans cette lie. Le conseil d'ar- matières ci vile, commerciale, correction-
rondissement établi à Gorée, et com- nelle et criminelle fut déterminé par un
posé de cinq membres, donne son avis arrêté local du 17 décembre 1832. Di-
sur les besoins de l'établissement. Le vers arrêtés locaux constituèrent aussi
conseil général nomme dans sa pre- le régime des douanes ; les principaux
mière session un délégué et un sup- sont celui du 16 mai 1822, qui crée une
Sléant, qui sont tenus d'à voir ou de nren- brigade de préposés des douanes; celui re leur résidence à Paris. Le délégué du 18 décembre 1832 relatif aux formes est chargé de donner au gouvernement à observer pour l'instruction, et le jugede la métropole les renseignements re- ment des contraventions aux lois et relatifs aux intérêts généraux de la colo- éléments sur le commerce étranger; cenie et de suivre auprès de lui Teffet des lui du 15 octobre 1823 sur la répartition délibérations et des vœux du conseil gé- du produit des amendes et confiscations néral(l). en matière de douanes; celui du 5 fé- D'après l'article 25 de la loi du vrier 1824, établissant un tarif de répar- 24 avril 1833 concernant le régime tition du produit des saisies et coufisca- %w/a^/descolonies françaises, les éta- tions en matière de douanes; enfin ceblissements français de la côte occi- lui du 29 septembre 1828, qui règle d'une dentale d'Afrique continuent d'être ré- manièreconiplète le service des douanes, gis par des ordonnances du roi. Par Les dispositions de l'ordonnance une suite d'arrêtés locaux furent pro- royale du 7 janvier 1822, qui réglait l'ormulgués ou appliqués au Sénégal, avec ganisation judiciaire du Sénégal , étant diverses modifications, le Cod* civil devenues, sous beaucoup de rapports, in- (5 novembre 1830); la loi du 24 avril suffisantes à raison de l'importance 1833, portant que toute personne libre flu'a depuis lors acquise la colonie par jouit dans les colonies françaises des 1 extension de ses intérêts commerdroits doits et des droits politiques (5 ciaux, M. le vice-amiral Rosamel, sejuillet 1833); l'ordonnance royale du crétaire d'État de la marine et di s co- 12 juillet 1832 concernant les affran- lonies, pour mettre cette organisât ion en chissements dans les colonies françaises harmonie avec les besoins actuels et les ( 2 février 1833 ) ; le code de procédure vœux du pays, en ayant égard aussi à la civile, dans quelques-unes de ses parties faiblesse numérique de la population seulement (24 avril et 22 juin 1823); libre et au peu de ressources financières la loi du 8 mars 1810 sur fexpropria- de la colonie, fit préparer un projet tion pour cause d'utilité publique ( 17 d'ordonnance dont les principales bases novembre 1823) ; Tédit du 24 novembre étaient, que la justice civile et la justice
commerciale seraient administrées dorë-
(0 Voy. X Ordonnance royale concernant navaï* au Sénégal par deux tribunaux de
le gouvernement du Sénégal et de ses dé- première instance institués a Saint-Louis
pendnnces, du 7 septembre 1840. — foy. et à Gorée, dont les appels seraient poraussi TOrdonnanoe du roi du 9 janvier 184a, tes à une Cour d'appel séant à Saint-
de Saint-Louis, qui statuerait aussi sur les appels des jugements de simple police, jugements rendus par le président de chacun des deux tribunaux de première instance jugeant seul ; que les affaires criminelles seraient déférées à deux cours d'assises établies Tune à Saint-Louis, l'autre à Gorée, et au moyen desquelles, en cas de cassation , une cour de renvoi existerait dans la colonie même ( le droit de recours en cassation en matière criminelle n'avait pas été accordé au Sénégal par l'ordonnance de 1822). Le projet de nouvelle organisation exigeait renvoi au Sénégal de trois magistrats destinés, l'un, à remplir à Saint-Louis les fonctions de président du tribunal de première instance ( le tribunal de Gorée devait être présidé par le commandant particulier de l'établissement); l'autre, sous le titre de second juae, à remplir près la cour d'appel, et près le tribunal de Saint- Louis, quand il n'y siégerait pas comme juge, les fonctions du ministère public; et le troisième, sous le titre de conseil' 1er vice-président, à présider la cour <Tappel ( le gouverneur , président honoraire, étant explicitement dispensé de siéger). Ce vice-président fut investi de diverses attributions secondaires qui en faisaient en quelaue sorte le chef du service judiciaire du Sénégal. Les tribunaux civils devaient être complétés par l'adjonction d'habitants notables , et la cour d'appel par l'adjonction de fonctionnaires administratifs et de notables; et les notables, sous le titre d'assesseurs, devaient participer au jugement des affaires criminelles, d'après le système déjà en vigueur dans nos principales colonies (1). — Une ordonnance royale du 14 février 1838, portant application du code d'instruction criminelle au Sénégal et dépendances, ajouta à la précédente organisation un urgent et indispensable complément ; mais certaines circonstances forcèrent à modifier le code de la métropole : ainsi , le nombre restreint d'agents pouvant exercer les fonctions d'officiers de police judiciaire dans une colonie où il n'y a ni
commissaires de police, ni juges de paix , ni officiers de gendarmerie, ni gardes champêtres ou forestiers ; l'attribution des fonctions déjuge de police au président des tribunaux de première instance ; l'absence du procureur général et la concentration des fonctions du ministère public dans les mains d'un magistrat qui réunit à ces fonctions celle de second juge au tribunal de Saint- Louis ; l'absence de chambre d'accusation et le droit attribué à la chambre du conseil du tribunal de Saint-Louis de prononcer directement les mises en accusatiou pour toute la colonie; le droit d'annulation dans l'intérêt de la loi attribué à la cour d'appel, à l'égard des jugements en dernier ressort des tribunaux de police; enfin la substitution au jury d'un collège d'assesseurs appelés à prononcer avec les juges sur les questions de fait et sur l'application delà peine. Malgré les restrictions nécessitées par la faiblesse du personnel judiciaire, on sut encore assurer la bonne administration de la justicecriminelle : les récusations des accusés renvoyés devant les assises purent désormais s'exercer dans chaque affaire, et non plus collectivement par tous les accusés de la session, système encore régnant dans nos principales colonies ; outre la faculté de pourvoi en cassation en matière criminelle et correctionnelle accordée sans restriction à la classe libre, les personnes non libres purent se pourvoir contre tous arrêts emportant condamnation à la peine de mort et aux travaux forcés à perpétuité ; les dispositions de l'acte des constitutions du 22 frimaire an VIII , qui règlent les formalités destinées à mettre les citoyens à l'abri des arrestations et détentions illégales, furent rendues exécutoires au Sénégal ; enfin le gouverneur dut, comme dans les autres colonies, en cas de condamnation prononcée par une cour d'assises, statuer en conseil privé sur la question de savoir s'il y a lieu de surseoir à l'exécution de l'arrêt et de recourir à la clémence royale (1).
Les forces militaires du Sénégal et de ses dépendances se composent de trou-
(O y°J' Ie Rapport au roi concernant l'organisation judiciaire du Sénégal, et V Ordonnance du roi du 24 mai 1837,
(1) For» le Rapport au roi de M. le viceamiral Rosamel , en soumettant à la signature de sa majesté le projet d'une ordonnance
iio
L'UNIVERS
pes européennes et de soldats noirs.
Trois compagnies du troisième régiment d'infanterie de marine et une compagnie de soldats d*infanterie indigènes, tonnent , avec une demi-compagnie de canontiiers et un détachement d'ouvriers d'artillerie de la marine , le cadre de la garnison de la colonie (1). Le commandement de la place de Saint- Louis est confié au chef de bataillon commandant les troupes d'infanterie; les fonctions de directeur de l'artillerie sont remplies à Saint- l ouis par un capitaine de l'arme. Un officier de la même arme est chargé du service de l'artillerie à Gorée. La direction des travaux du génie militaire estconfiée au capitaine du génie qui est placé à la tête du service des ponts et chaussées. Un arrêté local du 3i janvier 1833, dont les dispositions sont en partie empruntées à la loi du 22 mars 1831 concernant les gardes nationales du royaume , règle provisoirement au Sénégal l'organisation et la composition de la milice locale : tous les habitants de condition libre âges de seize à cinquante-cinq ans en font partie, sauf certaines exceptions.
Le gouverneur est le commandant en chef des milices du Sénégal et de ses dépendances ; le commandant en second est un chef de bataillon; la milice de Gorée est placée sous le commandement immédiat du commandant particulier de l'île. A Saint- Louis, elle se compose d'une compagnie d'artillerie, de deux compagnies de fusiliers et de deux compagnies de tirailleurs. Les officiers sont nommés par le gouverneur; les sous-ofliciers et caporaux sont élus par leurs compagnies respectives. La classe des laptots est aussi organisée en une espèce de milice qui a souvent rendu d'importants services contre les Maures (2).
Les dépenses publiques du Sénégal et
royale portant application du code d'instruction criminelle au Sénégal et dépendance*.
(i) Une ordonnance royale du ao nov.
184a ouvrit au ministre secrétaire d'Etat de la marine et des colonies, sur l'exercice x843, un crédit de 93,000 fr. destiné à pourvoir aux dépenses de formation et d'entretien d'un corps de cavalerie africaine à employer au Sénégal.
(a) Foy. les Nul. statist. sur Us colon, franc, IIIe part., p. a5o.
de ses dépendances sont divisées en deux catégories principales : les dépenses de souveraineté etde protection (servi • ces militaires et marine locale), auxquelles il est pourvu au moyen de fonds alloués par le budget de l'État ; et les dépenses d administration intérieure (traitements du gouverneur, des divers fonctionnaires et agents de service, travaux publics, approvisionnements, etc. ), auxquelles il est pourvu au moyen 1° du produit des contributions publiques de la colonie et autres revenus locaux ; 2° d'une allocation sur le fonds d'un million , accordée par le budget de PÉtat à titre de subvention au service intérieur des colonies.
Il existe au Sénégal et dans ses dépendances quatre écoles primaires, dont deux à Saint- Louis et deux à Gorée; dans chacune des deux villes il y a école de garçons et école de tilles. Les écoles des garçons sont dirigées par un instituteur entretenu aux frais du gouvernement ;.elles sont gratuites et se composent chacune d'internes et d'externes.
Parmi les internes on a souvent compté des enfants de chefs indigènes de l'intérieur, gardés en otage à Saint- Louis.
On y enseigne, d'après la méthode de l'enseignement mutuel, la lecture, l'écriture, la grammaire, l'arithmétique, le dessin linéaire et la géographie élémentaire. Les écoles de filles sont tenues par des sœurs de la congrégation de Saint-Joseph de Cluny.
Deux conseils de santé ont été créés, l'un à Saint- Louis, l'autre à Gorée. Celui de Saint-Louis se compose de l'ordonnateur président; de deux officiers de santé, du directeur des ponts et chaussées, du capitaine de port, du commandant de la place, du pharmacien de l'hôpital, du maire et de trois notables; celui de Gorée, du commandant particulier, président; de l'officier commandant le détachement d'infanterie, de deux officiers d'administration, de deux officiers de santé, du pharmacien de l'hôpital, du maire et d'un notable. Les attributions de ces conseils sont déterminées par les arrêtés locaux des 13 mars 1822, 28 janvier et 5 mars 1831, et 1er juin 1832 (1).
(1) Le3o mars 1845, un cours d'hygiène,
SÉNKGAMBIE.
Un arrêté local du 7 septembre 1825 a créé à Saint-Louis un comité de commerce, pour donner son avis sur les questions commerciales qui lui sont soumises par le gouverneur ; présenter ses vues sur les moyens d'améliorer la situation du commerce; déterminer le cours du change et celui des marchandises et denrées de toute espèce ; délivrer des parères, sans pourtant que ce droit lui soit exclusivement attribué; donner son avis sur les cas d'urgence ou il deviendrait indispensable d'accorder des permis de débarquement pour des objetsdeconsommationdontl'introduction n'est pas ordinairement permise ; survei lier l'exécution des travaux publics dont le commerce aurait fait les irais en totalité ou en partie , et celle des lois , ordonnances et arrêtés concernant la contrebande; enfin, tenirenregtstrement de tous les négociants ou marchands établis à Saint-Louis. Ce comité se compose de douze membres élus dans certaines classes à la majorité des suffrages : quatre négociants pris parmi ceux de la colonie qui font directement, depuis cinq ans au moins, le commerce avec la France; trois habitants notables faisant le commerce de la rivière et des escales ; trois marchands patentés; un capitaine de navire naviguant au long cours pour le compte de négociants domiciliés en France, et enfin l'ordonnateur de la colonie, qui préside le comité. Il y a à Gorée une commission commerciale , instituée dans le même but, mais avec des attributions restreintes aux questions d'intérêt local.
Bassin de la Gambie. Les terres de la grande baie où débouche la Gambie sont extrêmement basses au nord; mais au sud , se présentent les terres assez hautes et rocailleuses du cap Pelé , et celles du cap Sainte-Marie , plus basses mais boisées. Le cap Sainte-Marie a ceci de particulier, dit M. le comte Bouët, que la cdte, après avoir couru au nord-est, depuis le cap Pelé jusqu'à son pied, y change de gisement et court
mis à la portée des habitants et des militaires de la garnison, fui ouvert à Saint- Louis du Si'iirgal , avec l'approbation de M. le gouverneur, par MM. Salva el Gneit. {Voy. les Annales marit., Revue colon.» 1845. n° 36.)
à l'est-sud-est pour aller former la
E)inte gauche de l'entrée de la Gambie, 'entrée de la Gambie est accessible à de grands navires quoique obstruée par des bancs nombreux; mais l'absence d'une barre fait que les bancs sont moins mobiles. On signale deux bancs et deux plateaux ou petits bancs : le premier qu'on aperçoit en venant du nord est le banc Rouge; Vile aux Oiseaux, qui s'en détache, mais avec une forme basse et aplatie, en est proprement le sommet. M. le comte Bouët pense que ce banc tire son nom de la teinte des eaux remuées par les brisants dont il se compose, bien que cetto teinte ne soit pas très-tranchée. Ce banc est fort étendu : il est séparé de la téte du banc de Sainte- Marie parle plateau à? Y African-Knowl et le plateau dit Middle-Ground ou banc du Milieu, tous deux recouverts par 3 à 5 mètres d'eau. Le chenal des grands bâtiments, celui que M. Bouët propusc d'appeler passe du banc Rouge, est entre le bnc rou^e et Y African-Knowt. Entre ce plateau et le Middle-Ground , qui,
{)lus considérable, peut avoir deux miles de l'est à l'ouest et un mille du nord au sud, et entre le Middle-Ground et le banc de Sainte-Marie, sont deux autres passages d'une profondeur de 6 a 8 mètres. Ce banc de Sainte-Marie a une étenduedeô milles du nord au sudetdemoins d'un mille dans toute sa largeur; son extrémité méridionale vient mourir près de la pointe de Baihurst, et laisse encore entre elle et cette pointe un passage pour les caboteurs. — Après qu'on a doublé Y A/rican-Knowl , on suit assez facilement la passe du banc Houge , le long des terres du royaume de Bar, et on atteint bientôt l'entrée proprement dite de la rivière, qui compte deux milles de largeur entre la pointe de Bathurst, prolongement du capSainie- Marie, et la pointe de Bar (t).
La ville anglaise de Saint- Mary's Bathurst est située à l'extrémité de cette pointe, qui termine la rive gauche de la Gambie à son entrée. Kn 1831 elle ne présentait sur une surface assez étendue que quarante ou cinquante maisons bâties en pierre , et deux cent cinquante
(1) Description nautique des côtes de V Afrique ocad.) p. 3 1-30.
cases à peu près, construites de roseaux et de bambous et habitées par des noirs et des mulâtres. M. Vène, chef de bataillon du génie, qui visita à cette époque la Gambie, a publié une description minutieusement exacte de cette colonie anglaise (1). Les maisons de pierre sont écartées les unes des autres et toutes renferment cours, magasins et jardin; il y a aussi, dans chaque habitation, ce qu'on ne trouve ni à Gorée ni à Saint- Louis, des puits d'une eau douce et limpide. Les rues n'ont pas moins de 23 mètres de largeur; la grande rue qui longe la rivière est bordée d'un trottoir pavé en pierres; les autres ne sont pas pavées, et on y enfonce dans le sable jusqu'à la cheville. On emploie d;ms les constructions des pierres tirées de la rive droite de la Gambie, de couleur rougeâtre et d'une nature analogue à celle des pierres ferrugineuses de Gorée , mais plus compactes et plus solides, et aussi des briques venant de l'Angleterre, moins coûteuses et d'un meilleur usage que celles de France. La chaux se fait dans les environs , surtout avec des coquilles d'huîlres, et se vend à plus bas prix qu'à Saint- Louis : 2 francs la barrique ou 80c. l'hectolitre. Les bâtiments qui appartiennent à l'État sont : la caserne, I hôpital, l'hôtel du gouverneur et le marché. La caserne est composée de deux corps de bâtiment à un étage , placés d'équerre, de même longueur l'un que l'autre, isolés des maisons particulières par une esplanade assez large et un mur d'enceinte, et pouvant contenir cent cinquante hommes : quoique les Anglais n'y logent que des soldats noirs, le rezde-chaussée de la caserne n'est pas habité : on a reconnu, à Sainte-Marie comme à Saint-Louis, le danger des logements placés au niveau du sol. Tout autour des casernes règne une enceinte crénelée longue de 200 mètres environ, large de 70. Sur la grande face du côté de l'ouest, s'élève une tour carrée
Sui dépasse de 5 à 6 mètres la hauteur e la caserne : au sommet de cette tour
(i) Rapport sur les établissements anglais de la Gambie et les comptoirs français a Albreda et de Casamance, dans les Annales marttimes, 1837, novembre, part, non officielle, n° 82.
sont quatre coupures , qui semblent destinées chacune à servir d'embrasure à une petite pièce de canon. L'hôpital contient cinquante lits; il est isolé sur le bord du fleuve au nord des casernes.
L'hôtel du gouverneur est aussi au nord de la caserne. Le marché public, placé à l'extrémité septentrionale 4e la ville, est un grand hangar où l'on vend, pour l'usage seul des noirs et des mulâtres, de la viande, du poisson, du mil, du riz, des patates douces, des oranges et des bananes, mais toutes denrées de mauvaise qualité : aussi les Européens s'approvisionnent-ils par d'autres voies.
— La ville de Bathurst, basse, entourée d'un côté par le fleuve, et de l'autre par des terrains vaseux , coupés de criques, de mares d'eau salée croupissantes, et couverts de palétuviers, avait grand besoin d'être assainie. En 1831 on entreprit à cet effet la construction d'une digue en terre grasse, contournant toute la partie occidentale de la ville et ayant une largeur de trois mètres sur une hauteur d'un mètre : cette digue était destinée à mettre la ville à l'abri des inondations de la Gambie. Les rues de Bathurst sont bordées d'un fossé de deux pieds et demi à trois pieds de profondeur, pour faciliter l'écoulement des eaux de pluies très-abondantes pendant l'hivernage, et comme cet écoulement s'effectuait encore avec peine, on dut ménager de distance en distance de petites écluses dans cette digue. — Bathurst est un établissement beaucoup moins considérable et moins important que Saint-Louis : dans le principe, cette ville ne comptait que trois batteries, l'une devant l'hôtel du gouverneur, une autre à côté du mât de pavillon, au nord de la ville, et la troisième à peu près en face de la caserne; ces batteries ont toutes un parapet en maçonnerie, ne sont pas fermées à la gorge, et pouvaient être prises à revers par des bâtiments remontant à l'ouest de la ville. On jugea à propos d'en élever une autre, à coté de celles-là, qui croise ses feux avec une batterie établie à la rive opposée sur la pointe de Bar ; mais l'effet de ces batteries croisées ne paraît guère redoutable.
Le petit comptoir français il\4lbreda, enclavé dans les possessions anglaises,
se trouve à cinq lieues plus haut que Bathurst, sur la rive- droite du fleuve.
M. le comte Bouët avertit que, pour s'y rendre vent sous vergue, le chenal est facile, mais que, si on louvoie, il faut un pratique , pour virer à temps sur les bancs de la pointe aux Chiens et sur les bancs de la pointe qui précède immédiatement Albreda. Le gouvernement français possède à Albreda une petite maison en pierre, appelée la Résidence, située à deux cents pas du fleuve. Un terrain d'une superficie de 600 mètres earrés environ et un chemin de 12 mètres de largeur conduisant du comptoir à la rivière, ont été achetés en 1817 du roi de Bar. En 1827 on avait eu le projet de l'entourer d'un mur de clôture erénelé : mais ce projet n'a pas été exécuté, et si jamais il l'était, il faudrait, suivant M. Vène , que l'enceinte n'eût pas au delà de 80 mètres decontour pour faire la fusillade. Au pied de la Résidence commence le village d' Albreda, qui contient de cent à cent vingt cases ce Noirs mandingues. En dehors du village , M. Vène signale encore, outre la Résidence, trois autres maisons en pierre et spécialement celle de M. Hé- Lérard , qui avait fait construire au milieu d'un verger de bananiers une usine pour la clarification de la cire brute , objet principal du faible commerce d'Albreda. On cultive le riz à Albreda sur quelques terrains choisis le long du fleuve : il se sème dès les premières pluies, c'est-à-dire dès le commencement de juin et quelquefois à la fin de mai ; et lorsqu'il a atteint une hauteur de 25 à 30 centimètres, on l'arrache et on le pique en terre comme un plant de salade , et cela au moment des fortes
{)luies : comme la pente de ces terrains aisserait écouler les eaux pluviales , on y élève ça et là de petites digues de 40 centimètres de hauteur. Lorsque la récolte est faite, on pile légèrement les épis dans les mortiers à mil pour séparer les grains de leur enveloppe ; mais on obtient un riz qui n'est pas entier comme celui qui se consomme en Europe : beaucoup de grains sont brisés en deux ou trois morceaux, quelques-uns écrasés en poudre, et l'ensemble présente une apparence farineuse : c'est par là et aussi parce que les grains en sont plus
8* Livraison. (Sénégambie.)
petits, moins ronds et moins blancs, que ce riz se distingue de celui de la Caroline. Il se vendait, en 1831 , 24 à 28 fr. les 100 kilogr. Le mil , que les habitants d'Albreda cultivent aussi, et dont ils font leur nourriture favorite, se vendait à la même époque 19 à 20 fr. la barrique, ou 7 fr. 60 c. l'hectolitre. C'est Albreda qui fournit de riz Bathurst, Corée et Saint-Louis.
Le sol des environs d'Albreda, peu élevé au-dessus du fleuve, est inondé chaque année à une certaine distance; on aperçoit de grandes oasis, dont le terrain de couleur noirâtre et comme tourbeux, toujours imprégné d'eau douce, est couvert de la plus belle végétation : on v distingue Vanthoclesta aux feuilles énormes et presque spatulées, le nauclea stipulosa, remarquable par sa cime élevée et diffuse, ses feuilles larges et arrondies dans le haut, et la grosseur des capitules de ses fleurs odoriférantes, deux belles espèces de calamus ou de rotang, dont Tune a des fruits charnus à l'intérieur, Vêlais guineensis , des spondias , des rnertensia d'une espèce particulière, des aroïdes à grandes et larges feuilles , dont le pétiole allongé est bordé d'une rangée de dents acérées, des poivriers sauvages , etc. Un peu au delà de ce terrain d'alluvion s'étend, parallèlement au fleuve, un vaste plateau dont l'inondation annuelle atteint quelquefois les parties inférieures, etquecouvrent, entre autres végétaux intéressants , le faphira alata; arbre singulier par la membrane ailée que forment en se prolongeant les divisions de son calice et par ses grandes et belles fleurs jaunes en panicules , le pterocarpus erinaceus ( le wégne des Nègres ), dont le bois rougeâtre, d'un grain fin et dur qui se prête à un beau poli, est très- recherché dans IVbénisterie , et sert dans le pays à la construction des petits bateaux de cabotage (1), le khaya senegalensis, qui ac-
(i) ce Les fleurs de cet arbre naissent sur « un pédoncule commun qui se divise et se u subdivise eu petits rameaux formant une « panicule assez serrée; les fruits sontor- « )>iculaires, membraneux sur les bords, et « revêtus dans le milieu de soies roides. C'est
L'UNIVERS
quiert dans ce lieu une hauteur et une grosseur prodigieuse (t), le cordyla calycandra^ bel arbre de la famille des légumineuses , le stcrculia cordifolia , espèce rare, remarquable par ses larges feuilles cordiformes, subtrilobées et très-coriaces; un genre de la famille des bignoniacées, voisin du spathodea de Beauvois, et bien caractérisé par son fruit de la forme et de la grosseur d'un concombre, divisé intérieurement en quatre loges distinctes et remplies d'une substance charnue, où sont immergées les semences , et le terminalia macroptera, toujours chargé d'une excroissance ovoïde qu'engendre la piqûre d'un certain insecte (2).
On rencontre aussi çà et là le mam- , pata(parinarium excelsum ), bel arbre d'une hauteur de quatre-vingts à cent pieds , dont les petites fleurs blanches attirent par leur délicieuse odeur un nombre prodigieux d'abeilles. Pour retenir les abeilles à demeure sur cet ar-
« de cette belle légumineuse que découle la « gomme Kino des droguistes. «
(i) C'est là aussi que les navires français Viennent prendre leur chargement de ce bois.
(a) «* L'uvaria atthiopica , l'un des arbres « les plus communs de ces contrées , est très- « estimé des Nègres, à cause de son fruit aro- « manque , qui fait parmi eux l'objet d'un « commerce ' très-étendu : c'est le fameux » poivre de Guinée des droguistes. Ces fruits, « réunis plusieurs ensemble sur un récepta- « cle globuleux, portés à l'extrémité d'un long «pédoncule commun, sont longs de deux « pouces au plus, cylindriques, étranglés ou « comme monili formes, offrant un léger ré- • trécissement à la naissance de chaque « graine : les graines sont renfermées, au « nombre de douze environ, dans uue pulpe « sèche et très-aromatique; cette pulpe, desséh chée, constitue pour les Nègres le poivre « appelé parmi nous poivre de Guinée; « mais elle a plutôt la saveur du Raven- «« tsara de Madagascar, connu sous le nom « cle quatre-épices. — Le bentanier (Eriom dendron anfractuosum ), le plus gros et le « plus haut des arbres de cette partie de l'A- « frique, après le baobab, prête aux peun pies riverains de la Gambie son tronc si « droit , son bois mou et tendre , pour creu- « ser leurs pirogues de 60 à 70 pieds de « longueur sur 4 ou 6 de largeur et de pro-
bre, les Nègres suspendent eux branches des ruches en paille très-bien faites, enduites extérieurement de bouse de vache : les abeille s'y précipitent avec empressement et les ont bientôt garnies de rayons. Pour recueillir le miel , les Nègres emploient un moyen simple : le soir, après que les abeilles sont rentrées, munis de chiffons et d'une longue corde attachée autour de leur corps, ils montent sur l'arbre; arrivés auprès des ruches , ils en bouchent les ouvertures, au moyen des chiffons , détachent la corde de leur ceinture, la passent autour de la ruche en la liant fortement à l'une des extrémités et la descendent avec précaution ; un de leurs compagnons placé au bas de l'arbre la reçoit. On fait la même opération pour toutes les ruches, puis on les porte à l'écart; on fait brûler à l'entour de la bouse de vache encore humide, ce qui produit une épaisse fumée; on arrache le bouchon qui ferme l'ouverture, on enlève l'enduit de la ruche, et aussitôt les abeilles en sortent précipitamment. Le Nègre le plus adroit, placé près d'un grand feu et muni d'un couteau , détache proprement les rayons de miel , et les passe à son voisin, qui les nettoie et les dépose dans une large gamelle. Un troisième entretient le feu et la fumée, de façon que tout se termine avec une parfaite sécurité. Le miel est emporté à l'instant, et chaque ruche est relacée sur l'arbre, après avoir été enuite de nouveau. Les abeilles, qui ne sont qu'engourdies, rentrent dans leurs ruches au lever du soleil.
Les Nègres des villages qui avoisinent notre comptoir sont des Mandingues- Sosès, assez semblables de couleur et de traits aux Wolofs des bords du Sénégal, un peu moins forts et moins barbus cependant. Leur langue est un mélange de mauvais bambara et de saracolet.
M. Vène attribue la répugnance générale à venir habiter Albreda, non pas tant à l'insalubrité du lieu qu'aux exigences continuelles des gens du roi de Bar, espèce de mendiants armés qui, quatre ou cinq fois par mois, renouvellent leurs onéreuses visites. — Les petites digues qui partout coupent ce sol mou et argileux, retiennent les eaux des pluies et une partie des eaux du fleuve débordé ,
et le nombre infini de ces petits bassins d'eau stagnante engendre beaucoup de maladies dans la mauvaise saison, que les blancs et les hommes de couleur vont généralement passer à Gorée. Ces Nègres sont très-riches en bestiaux de toute espèce, bœufs, vaches, chèvres, moutons et cochons, mais différents en général des bestiaux du Sénégal. Les bœufs et les vaches sont très petits, trapus, leurs cornes fort courtes et recourbées en avant; on les engraisse aisément. Les vaches donnent beaucoup de lait, surtout lorsqu'elles ont récemment vélé ; comme les habitants des rives du Sénégal , ils ne prennent le lait que passé à l'aigre ou fortement caillé. Les chèvres, également très-petites, ont les cornes très-courtes, très-pointues et droites, le poil épais, court, lisse et de couleur variée ; presque toutes donnent aussi une grande quantité d'un lait très-délicat.
Les chevaux sont fort rares sur les bords de la Gambie.
La construction des cases des Sosès est particulière; les murailles ne sont pas, comme au Sénégal, desimpies tapades de roseaux , mais se composent de couches d'une terre glaise , liante , bien pétrie et très-solide , épaisses et hautes de 2 pieds au plus. Le toit en paille ou en feuilles de palmier s'abaisse jusque sur un second mur à hauteur d'appui
3ui forme autour de la case une sorte e petite galerie abritée. De pareils murs, moins épais, divisent la case à l'intérieur.
Derrière le comptoir d'Albreda et à partir du village de Cil/ré commence ce vaste plateau de terre sèche et sablonneuse qui s'étend en divers sens et se prolonge jusqu'au Sénégal, ne présentant que des arbres rares et rabougris, et une végétation assez semblable à celle de l'Egypte, de la Nubie et de l'Arabie. Le' village de Gilfré, situé sur le coteau même, est grand et bien bâti, et les cases sont entourées élégamment de jardins de papayers, d'oraugers et de bananiers (1).
Deux milles plus haut qu'Albreda,
(i) Voy. la relation d'un Voyage de M. T. Perrottet àAtbreda (1829), daus le tome LX des Nouvelles Annales des Voyages, p. 5.
on voit, presque au milieu de la rivière, sur un îlot portant le même nom, les ruines du fort Saint- James, qui fut longtemps le centre des établissements anglais en Gambie. Aujourd'hui le siège du gouvernement de la Gambie est à Bathurst même ; ce gouvernement, qui comprend, outre le fleuve, le comptoir de Portendick , est confié à un lieutenant gouverneur qui peut ne pas appartenir à l'armée, mais qui, dans ce caj, porte les épaulettes de colonel. Les forces qu'il commande sont détachées du batnillon colonial de Sierra-Leone,et forment une compagnie sous les ordres d'un capitaine, de deux officiers et d'un volontaire, grade qui correspond à celui de cadet dans l'armée prussienne. Les soldats et les sous-officiers sont tous des noirs engagés pour dix ans; soixante restent a Bathurst, et les autres sont répartis dans les postes du haut du fleuve.
Le personnel du gouvernement à Bathurst, au-dessous du lieutenant gouverneur, se compose d'un secrétaire colonial, d'un collecteur ou commissaire, d'un médecin colonial, d'un aumônier, d'un maître d'école, de trois commis, d'un geôlier, d'un maître de quai et de douane, d'un interprète et d'un pilote. M. Vene évalue les dépenses de ce personnel , y compris la solde et l'entretien des troupes, à une somme totale de 13,000 livres st. réduite à 10,000 (250,000 francs), si l'on en déduit une somme de 3,000 livres st. perçue sur les droits d'entrée et de sortie. — Le juge qui réside à Sierra- Leone étend aussi sa juridiction sur le gouvernement de Bathurst; il ne se transporte jamais à Bathurst que pour présideriez assises. Les affaires civiles et commerciales sont jugées par un tribunal composé de négociants. Pour les affaires d'une certaine importance, il peut y avoir appel, et alors cet appel est porté devant le conseil de Sierra- Leone. Le gouverneur préside le conseil d'appel, et le juge y expose et développe les moyens cïe uef en se produits par les deux parties. Les affaires criminelles sont jugées par le jury , mais là il y a deux espèces de jury : celui de première classe est formé de douze négociants européens ; l'autre comprend!
L'UNIVEKS.
avec les hommes de couleur libres, propriétaires ou industriels , les Européens moins influents. Ce jury de deuxième classe décide s'il y a lieu ou non à poursuivre l'inculpe. Dans le cas d'affirmative , celui-ci est traduit devant les assises, où le premier jury décide s'il est coupable ou non du crime ou délit dont il est accusé. S'il y a culpabilité, c'est le juge et non le gouverneur qui applique la peine que la loi prononce.
En 1842 le comité de la chambre des communes, chargé de faire une enquête sur la situation des possessions britanniques de la côte occidentale d'Afrique, proposa l'entière séparation du gouvernement de Bathurst de celui de Sierra- Leone. Les membres de ce comité avaient reconnu de graves inconvénients dans cette dépendance : la législation de l'établissement se trouvait confiée à des fonctionnaires n'ayant aucune connaissance des localités. Les prisons attendaient pour se viderl'arrivée incertaine d'un magistrat résidant à 500 milles de là, c'est-à-dire à une distance de vingt jours au moins. En cas de décès du magistrat, deux années se passaient avant que les prévenus pussent être jugés ; et quand aubout dece long délai ils étaient traduits devant les juges, les témoins étaient retournés en Europe , et on ne pouvait plus poursuivre l'affaire. Le comité proposait donc de placer dans chaque établissement un magistrat spécial qui fût apte, en cas de besoin, à exercer ses fonctions dans l'établissement voisin (1).
La société épiscopale de Londres et la société méthodiste wesleyenne ont, dès 1821, établi chacune une mission à Sainte-Marie Bathurst. La mission wesleyenne y est très-prospère, eu égard à son personnel restreint. Sa chapelle est fréquentée par un auditoire nombreux : on y dit les jours de la semaine un service en langue jalofe; et, depuis 1844, tous les dimanches après midi on enseigne la Bible aux adultes. Les indigènes profitent, en outre, de trois offices lus pendant la semaine à la chapelle de Soldier-Town et dans une maison en ville. Les missionnaires étendent aussi
(i) Voy. les Annales maritimes, 184a, septembre, partie non officielle, n° 59.
leurs soins aux habitants de Jollard- Town et de Berwick. Quant à l'école, dans le courant de l'année 1844 elle s'était accrue de cinquante-sept élèves; les enfants, autrefois sales et presque nus, avaientalors une tenue convenable; l'ordreetrinstructions'étaientégalement améliorés : on comptait trente-cinq enfants dans la classe de la Bible et cinquante-neuf dans la classe de l'Évangile. Quoique plusieurs écoliers eussent été récemment placés dans les comptoirs ou magasins, l'école en comptait encore cinquante-neuf ayant une écriture correcte. Mais le peu de temps que le climat leur permet de passer à l'école (quatre heures par
{our) et l'absence de livres retardaient eurs progrès dans la connaissance de la grammaire et de la géographie (1).
Les peaux et la cire furent toujours les objets principaux du commerce de la Gambie. Le mil aussi, qui y est toujours à meilleur marché qu'à Gorée, est expédié, de même que le riz, en assez grande quantité, de Bathurst pour Gorée, d'où on renvoie à Saint- Louis.
Pendantun temps, de nombreuses pièces de cail-cédra s exportaient chaque année ; mais depuis une quinzaine d'années à peu près, le cail-cédra est rebuté de tous les marchés d'Europe ; en place on exporta, en petite quantité il est vrai , une espèce de bois de rose, servant à faire de petits meubles , et employé par les indigènes pour les courbes de leurs embarcations. Le commerce de la Gambie, comme celui du Sénégal, est un commerce d'échange. L'eau de vie et le tabac servent principalement a l'échange du mil et du riz ; les pièces de guinée, les fusils, la poudre, le corail, l'ambre, les verroteries, sont les autres objets d'échange qu'on porte aux diverses factoreries échelonnées sur les deux rives du fleuve. M. Vène signale, comme un fait remarquable, que les postes anglais de l'intérieur de la Gambie, au contraire de ceux du Sénégal, sont plus sains dans le haut que dans le bas du fleuve*, et que les troupes anglaises reviennent de la Haute-Gambie sans pertes et pleines de santé , au moins dans
(1) Annales marit., 1846 , Revue colo* niale, p. a 35.
SÉNÉGAMB1E.
un tout antre état que nos soldats au retour deBakel.
A 180 milles anglais de Bathurst, la Gambie forme une île longue de sept milles et large d'un quart de mille, que les indigènes nomment Yanyambouré , et les Anglais Mac-Carthy's - Island.
Dans la partie haute les bords de cette île ne sont garnis que de plantes aquatiques et de quelques palmiers; mais dans la partie nasse la végétation est plus belle. A peu près vers le milieu s'élève George-Town^ chef-lieu de l'île et résidence du commandant militaire et des négociants anglais qui ont des comptoirs sur le fleuve : cette ville, en 1844, n'était encore que commencée, et ne comptait que quinze maisons en pierre tout au plus, mais construites avec toute l'élégance anglaise. Mac- Carthy est le seul établissement militaire qui existe dans l'intérieur de la Gambie; c'est aussi, suivant l'expression de M. Raffenel, une espèce de centre civilisateur et commercial. Il y a des missionnaires ( 1 ), des libérés auxquels le gouvernement a fait des concessions de terres. Une quinzaine de pièces de canon sur affûts mobiles,. disposées dans diverses parties de l'île, mais simplement en batteriede campagne, et quatrevingts hommes de garnison, commandés par deux officiers , composent toute la défense de Mac-Carthy. Ces soldats, tous noirs, appartiennent aux régiments de West-Indies, qui forment les garnisons
(x) A la fin de 1844 plusieurs membres de la congrégation avaient quitté la station de l'île Mac-Carthy pour se porter ailleurs, mais ils avaient été bientôt remplacés par de nouveaux convertis. Les écoles de la semaine et du dimanche produisaient de bons résultats. L'école et l'association religieuse de Fattola exerçaient une heureuse influence sur les Mandingues voisins. Les deux fils du roi de Cartabar ( Haut-Nyani ) venaient de quitter l'institut de cette station , après y avoir fait toute leur éducation , et la mission espérait beaucoup de cette éducation dans le cas où l'un d'eux vivrait assez pour succéder à leur père. L'institut comptait encore parmi ses élèves le fils du roi du Ngaboutang ( Haut-Nyani) ; à cette époque il lisait et écrivait bien, et possédait les premiers éléments de l'arithmétique. ( Annales marit., 1846, Revue colon., p. a37.)
des possessions britanniques de la côte occidentale d'Afrique, etenvoient divers détachements sur quelques points de la côte orientale d'Amérique au sud des Antilles. « Nous avons vu, dit M. Raffenel, « ces soldats manœuvrer, nous avons vi- « site leur caserne, et nous n'avons pu « éviter la comparaison entre eux et nos « soldats noirs. C'est vraiment à n'y pas « croire. Quand on a vu les affreux « guerriers qui montent la garde à nos « postes du fleuve, ne portant de l'uni- « iorme que le shako, manœuvrant in- « comparablement plus mal que la garde « nationale rurale la moins exercée, on « se demande comment les Anglais ont « pu tirer un parti si différent des « mêmes hommes. J'ai vu les soldats de « Mac-Carthy faire, entre autres exer- « cices militaires, des manœuvres trèsv compliquées de tirailleurs, et j'ai été « étonné de l'exactitude et de l'intellio gence que. ces hommes apportaient « dans l'exécution du commandement.
« Leur tenue est excellente; ils portent « même l'uniforme avec une certaine « coquetterieet une sorte d'orgueil (1). »
La végétation des rives de la Gambie est beaucoup moins épaisse au-dessous qu'au-dessus de l'île de Mac-Carthy, et ne se compose guère que de palmiers et de mangliers ; plus haut, des arbres touffus, d'épais buissons, garnissent les rives. On passe eu remontint le fleuve devant ce creek de IValyha par lequel s'effectue dans la saison des hautes eaux une communication de la Gambie au Sénégal, ainsi que je l ai exposé ailleurs d'après M. Raffenel ; on dépasse ensuite le village de Foulah'Tenda , le comptoir anglais de Kaniêby, et à cette hauteur on aperçoit à peine sur les rives quelques sentiers escarpés par où l'on pourrait percer cette bordure qui s'épaissit de plus en plus. Les villages en Gambie sont en général assez éloignés du fleuve. Fattatenda, autre comptoir anglais, succède à Kaniéby : les Saracolets le nomment Fattatéguinda.
Ce comptoir se compose de six cases en paille ou les marchands saracolets, foulahs et mandingues viennent échanger leurs produits; il v a sur l'autre rive un caravansérail de même genre pour les
(i) Voyage dans l'Afrique occid.,?. 497.
L'UMVllRS.
marchands du Kantora et des pays du sud. Le comptoir proprement dit, dirigé par un traitant noir, est un vieux bâtiment mouillé au milieu du fleuve, à bord duquel sont déposés les objets d'échange, mis ainsi à l'abri du pillage; car il n'y a pas dans le fleuve d'embarcations assez grandes pour aborder un brick à peu près lége. La Gambie est plus large a Fattatenda que le Séuégal ne l'est à Bakel ; et M. Kaffenel ne doute pas qu'il n'en soit ainsi dans toute l'étendue comparée des deux fleuves, l'influence de la marée se taisant sentir dans la Gambie à plus de 110 lieues de son embouchure, et dans le Sénégal à 50 lieues à peine. — Au-dessus de Fattatenda, les rives de la Gambie continuent à être charmantes.
AI. Haiïencl, qui l'a remontée au mois do février 1844, nous en décrit les eaux calmes et transparentes, où ne se montre pas une roche, pas un bancdesable. La rive droite est formée par une coupée verticale tres-élevée nui laisse à découvert une masse nue déterre rougeàtre:
la rive gauche est agréablement bordée d'arbres verts. Les bords de la Gambie, dit-il, sont bien certainement audessus de toute comparaison avec ceux que nous avions trouvés les plus beaux au Sénégal. En Gambie il y a quelque chose de plus grandiose et de plus imposant. Le fleuve est plus large, les terres plus hautes, et la végétation beaucoup plus vigoureuse On arrive bientôt au comptoir de Kantalicounda disposé exactement de la même manière que celui de Fattatenda : on y traite
t)lus de marchandises qu'à Fattatenda; e sel est l'objet d'échange le plus recherché par les indigènes, qui livrent en retour des peaux, de l'ivoire et de la cire (1). Le dernier des comptoirs anglais en Gambie, Yaboutenda, est placé à quelques milles plus haut*. Dans la saison des pluies on peut remonter audessus de liaracoutula , à 20 milles environ de Kantalicounda ; mais dans la saison des basses eaux, toute navigation est arrêtée à quelque distance par le
' (i) « Kantalicounda est élabli sur la rive « gauche du fleuve, occupée dans cette par- « tie par des Mandingiies républicains or- « ganisés à peu près comme ceux du nantie bouk : on uomme ce pays le Kantora. »
barrage de Konkonko. — Tous les comptoirs anglais sont ainsi abandonnés à eux mêmes, sans aucun secours ni en hommes ni en canons ; mais avec cette heureuse disposition de comptoirs mouillant au large et de quelques cases à terre servant de caravansérail , avec l'extrême facilité des communications sur un fleuve navigable en toute saison jusqu'au comptoir le plus élevé, on conçoit que le commerce anglais puisse se faire d'une manière si simple et si pacifique. On conçoit encore (|uc les échanges en Gambie se fassent a très-peu de frais — Le commerce y est libre, et est entre les mains de maisons anglaises que représentent, aux comptoirs, des traitants noirs; mais il n'y a pas chez eux, comme parmi les traitants du Sénégal , cette affreuse plaie de concurrence individuelle qui les ruinerait tous. Chaque traitant choisit une place qui dès lors ne lui est jamais disputée , ce qui est au contraire si fréquent au Séuégal. Dans les villages de l'intérieur les plus rapprochés du fleuve, les Anglais ont établi des entrepots de marchandées , sous la direction des chefs de villages ou de quelque habitant de confiance; us emploient, en outre, des courtiers indigènes qu'ils expédient au loin, quelquefois avec des objets d'échange. « Ce sont là, « dit M. Haffenel, deux excellents « moyens d'augmeuter leur commerce; « car en exposant aux regards des ha- « bitafits de l'Afrique des marchandises « qui les tentent , ils leur créent de nou- « veaux besoins, et développent en eux « le goût du travail si rare chez les Man- « dingues surtout. Ceci n'est point seule- « ment une conséquence conjecturale , « c'est une observation que j'ai été a « même de faire dans plusieurs villages « à entrepôt. Les cultures étaient tros- « soignées , et l'intérieur des cases, la « tenue des habitants, tout respirait « un air d'aisance et de civilisation qui « ne se remarque pas toujours dans les « États mandingues (1). » Une autre cause encore de la simplicité et de la facilite du commerce dans la Gambie, et spécialement dans la Haute- Gambie, est la sécurité du pays, dont
(i) Annales marit., Revue colon., 1844,
SÉNÉGAMB1E.
no
Pétat intérieur est moins précaire qu'au Sénégal (1). Les Mandîngues du Woulli (2) ne sont pas aussi remuants , aussi
(i) Cependant les établissements anglais de la Basse-Gambie ont été quelquefois trèssérieusement inquiétés par les Mandingues. Ainsi en i83i, pendant une maladie du gouverneur de Sainte-Marie, sir G. Rendait , ils vinrent attaquer le i5 sept, le fort de Barre, lue canonnade très-vive de cinq heures et demie d'un bâtiment français la Bordelaise , qui se trouvait alors en Gambie, ne suftit pas pour dégager les établissements anglais. Et pendant que M. Renault de Saint-Germain , gouverneur de Saint-Louis du Sénégal, averti à la hâte, se préparait à amener luimême des reuforts, Batburst courut de grands dangers : les Mandingues de Barra, après avoir enlevé le fort aux Anglais et y avoir mis plus de 1,800 hommes armés de fusils, se disposaient à aller joindre sur leurs pirogues ceux du Konbo.ll y avait eu, le a 5 septembre , un second engagement dans lequel les Mandingues avaient essuyé des pertes énormes, sans cependant quitter la place. Mais rentrée de la flottille française dans la Gambie, le io octobre, et bientôt l'arrivée des forces demandées à Sierra-Leone permirent au lieutenant gouverneur de les réduire. (Bulletin de la Soc. de Géogr., t. XVI, p. 281 , et t. XVII, p. 55. )
(a) Voulant donner une idée exacte de Tétat physique et politique du pays de Woiilli , j'emprunterai encore à M. Raffenel une partie de son intéressant itinéraire. M. Raffenel et ses compagnon» sortirent du j£ondou par les trois villages de Waudé, qu'occupent des Saracolets, des émigrés du Djallon et des Foulahs du Bondou. En quittant Naudé, ils se dirigèrent à l'ouest cl bientôt à l'ouest -sud-ouest, par un trèsmauvais chemin pratiqué dans un terrain ferrugineux où abondent les scories de fer oxydé. Après trois quarts d'heure de marche , la route redevient ouest , et conserve cette direction jusqu'en vue de Kokiara , premier village du Woulli : les habitants se retirèrent à leur approche et fermèrent la porte de leur tata. — Au delà de Kokiara la route est ouest-sud-ouest; au bout d'une heure et demie, elle passe au sud-ouest, le chemin devient de plus en plus mauvais : toujours des bois et des terrains ferrugineux ; sur la lisière des bois croissent beaucoup de bambous. Pour arriver au village de Tambacounda f ils descendirent par un versant Irès-abrupie dans un large ravin creusé par les eaux pluviales, au delà du-
indépendants que les habitants du Fouta, par exemple, ni aussi belliqueux que les
quel le sol se relève dune manière à peine sensible; puis ils traversèrent un bois de palmiers : la route, dans ce trajet, avait varié de l'ouest-qTiart-sud-ouest au $ud-ouestquart-su<L Les habitants de Tambacounda ne se montrèrent pas plus hospitaliers que ceux de Kokiara; ils consentirent à peine à vendre de l'eau aux voyageurs, et se refusèrent absolument à les laisser entrer dans leur village : Tambacounda est entouré complètement d'un immense tata quadraugulaire ayant à chacun do ses angles une tour cylindrique recouverte d'une toiture de paille et garnie de meurtrières et d'embrasures; il existe aussi entre les quatre principales tours de petites tourelles carrées ayant une toiture de paille. — Après Tambacounda , ils traversèrent longtemps des bois rarement épais mais peuplés de très-grands arbres; ta route, qui varie de l'ouest au sud, est très-accidentée. Divers signes les avertissaient des approches de la Gambie : la végétation reprenait quelque fraîcheur, les arbres n'étaient plus dépouillés, comme dans ces déserts qui précèdent, et la plaine par laquelle ils arrivèrent à Faudèeounda offrait même l'aspect le plus agréable. Ce village est habité par des Saracolets que le commerce a enrichis : il possède trois tatas et un très-grand nombre de cases disposées avec recherche et propreté.
Un habitant du village a la surveillance et la direction d'un entrepôt important de marchandises anglaises. De Faudèeounda, où ils reçurent la réception la plus amicale , les voyageurs firent route au travers d'une plaine vaste et boisée : presque à l'entrée de cette plaine ils trouvèrent une mare d'eau croupissante formée par le débordement d'un marigot actuellement desséché ( février ). Cette mare passe, dans le pays, pour nourrir des crapauds microscopiques qui grossissent dans les intestins des animaux et causent leur mort. Cette fable, qui jouit d'un grand crédit, n'est pas exclusivement réservée aux eaux de cette mare; elle s'applique à toutes les eaux stagna u tes du Woulli ; aucun des voyageurs africains n'y laisserait boire ses bestiaux. Cependant la route avait varié du sud-ouest à l'ouest-sud-ouest ; ils atteignirent une ligne de collines dout la direction est nord-nord-est et sud-sud-est, •et après le» avoir longées, parmi de grandes difficultés de marche , ils commencèrent à les gravir par une pente asseï douce d'abord, mais bientôt plus pénible. L'aspect de ces montagnes, plus hautes que celles du Ferlou
L'UNIVERS
Bambaras du Haut-Sénégal. Le cbef du Woulli, qui exerce sur son peuple une
(Bonddu méridional), a quelque chose d'abrupt et d'imposant : leurs flancs sont couverts d'énormes blocs de fer oxydé superposés d'une manière symétrique : le sol est pierreux et forlemeut coloré en rouge. Au terme de cette ascension ils se trouvèrent sur un terrain plat et nivelé qui se prolonge à perte de vue, disposition tout à fait analogue à celle du plateau de Ferlou. — La route varie alors jusqu'à l'ouest-nord-ouest. Ils traversèrent, pendant un certain temps, un bois tres-épais , en apercevant de distance en distance et bien alignés des tas de bois coupés. Au delà le sol s'incline légèrement, présentant encore de ces énormes masses de fer oxydé en scories, mais en bien plus grande quantité que les collines du Bondou, ou cependant elles sont répandues avec profusion. La route se fixa alors à l'ouest-sud-ouest; elle s'accidentait capricieusement , mais ces fréquentes ondulations la rendaient extrêmement difficile. Enlin, ils entrèrent dans un terrain plus régulier, et se trouvèrent au milieu de belles cultures de cotonniers et d'indigo , de beaucoup supérieures à celles du Bondou, des bords du Sénégal et de la Falémé. Le village de Soutouko est habité par des marabouts mandingues autrement hospitaliers que les farouches habitants des villages de l'intérieur. Soutouko, situé dans une plaine charmante, aux bords d'un bois verdoyant, présente une apparence de civilisation : ses cases sont mieux construites, les toits en sont plus élevés; on y trouve en outre un tata fort élégant et de véritables jardins avec des clôtures de bambous, dans lesquels se développent de riches cultures. C'est aussi un entrepôt de marchandises anglaises. Il n'est distant de la Gambie que d'une demi-journée de marche., Les voyageurs se dirigèrent de là au sud-ouest, traversèrent encore des bois verts et touffus, passèrent tout auprès du petit village de Saréboye.y occupe par des Foulahs du Djalloo qui élèvent des troupeaux dans les plaines des bords de la Gambie ; puis la route vint à l'ouest-sud-ouest: ce village une fois doublé, ils passèrent, à 2 kil. environ , au sud-est, par le travers du village de Boiacounda, plus grand que le précédent et habité par des Mandinguei. La route devint sud-sud-ouesl après Boiacounda, cl ils entrèrent dans une vaste plaine couverte de plantations de mils et de cotonniers ; le chemin s'élevait alors, et bientôt après se présentèrent à gravir de nouvelles collines presque ans^i hautes que celles qui précè-
autorité réelle, protège efficacement les établissements anglais, et les fortes coutumes qu'on lui paye ne sontnas, comme cela arrive si souvent au Sénégal, des dons gratuits faits en pure perte. La seule chose qu'on ait a craindre en Gambie est l'invasion réglée et comme périodique des Foulahs du Fouta-Djallon , invasion bien moins redoutable encore que celles des Maures de la rive droite du Sénégal, car les chefs de ces Foulahs respectent toujours les établissements anglais (1).
dent , et constituées également par des terrains rougeatres et des masses de fer oxydé en scories. Du sommet de ces collines, qui ne forme pas un plateau étendu mais une espèce de crête ou d'arête , ils aperçurent la , Gambie , et ne tardèrent pas à atteindre ses i rives en descendant une pente très-roide qui les conduisit à Fattatenda. :
Les Mandingues du Woulli , que les Sa' ■ racolets et les Foulahs nomment Saussayes, se divisent, comme les autres peuples , en deux ' classes principales, les guerriers et les marabouts. Les premiers , appelés Soninkés, sont beaucoup plus nombreux que les seconds,' qu'ils méprisent et maltraitent sans aucun ménagement. Ils mettent uue espèce d'orgueil et de forfanterie à repousser les croyances ï mahométanes et à se moquer des pratiques de ce culte. « Ils gouvernent et commandent, ne travaillent point, et vivent aux déj>ens des marabouts , dont ils exploitent avec brutalité les goûts paisibles et les tendances laborieu- . ses ; ils exploitent aussi , mais avec plus de brutalité encore, les Foulahs pasteurs et cultivateurs qui viennent s'établir sur les bords de la Gambie. Les Soninkés sont adonnés d'une manière désordonnée à l'usage des liqueurs fortes : une bouteille de brandy les attache à la cause de celui qui la leur donne. Néanmoins ce peuple est soumis à l'autorité du chef du pays : le gouvernement est une monarchie héréditaire, semblable à toutes celles dont nous avons eu occasion de parler. » {Voyage dans t Afrique occident., p. 472 , jusqu'à la fin.)
(1) Le a3 avril 1841 un traité fut conclu entre le gouverneur des établissements anglais sur la Gambie et Naama Coumba, « roi du pays de Cartabar ( Nyani , à l'ouest du Woulli, sur la rive droite du fleuve ). Ce traité est l'une des premières conventions que le gouvernement anglaisait passées avec les chefs africains pour obtenir leur concours dans l'abolition de la traite des noirs. L'article a de ce traité porte qu'aucun in*
'SENÊGAMBIK.
•■ ~« Quoi qu'il en soit, ajoute M. Raffe- « ne) , et malgré les soins dont il est l'ob- « jet, le commerce anglais étant restreint « aces faibles ressources et aux produits « apportés par les caravanes, manque de « vitalité et d'avenir. Les négociants de « la Gambie ne peuvent songer à aucune « grande exploitation ; et si leur beau « fleuve se remonte en tout temps j usqu'à « 60 myriamètres de son embouchure, « il ne roule pas, comme les affluents du « Sénégal , des sables d'or enlevés aux « contrées voisines, à des contrées que « nous pouvons aisément parcourir et
dividu, quels que soient sa couleur et le lieu de sa naissance, ne pourra être conduit hors du pays de Cartabar à titre a"esk clave; que personne dans ce pars ne pourra prendre part à la saisie , à la garde , au transport ou à {envoi d'individus destinés à être conduits hors du pays de Cartabar à titre d'esclaves; le roi de Cartabar punira sévèrement ceux qui 'violeront cette clause. D'autre part , l'article 10 stipule que la reine <f Angleterre nommera un agent pour visiter le pays de Cartabar ou pour y résider; que cet agent sera chargé de veiller à l'exécution de ce traité; qu'il sera toujours protégé et reçu avec honneur dans le pays de Cartabar; que le roi prêtera la plus grande attention à ses paroles; que sa personne et ses biens seront sacrés.
Enfin les articles additionnels disent : Article i*r. Le roi de Cartabar, considérant qu'il est incapable de réprimer par lui-même les incursions des chefs du voisinage, lesquels ne se plaisent que dans la guerre et ravagent chaque année le pays, emmenant les habitants en esclavage , enlevant les troupeaux et les produits de la terre , place, à partir de te moment et pour toujours, le pays de Cartabar sous la seule protection de la reine d'Angleterre. Il supplie S. M. Victoria 1T', reine d'Angleterre, de devenir, ainsi que ses hêri- " tiers et successeurs, les protecteurs du pays de Cartabar, et il cède librement à la reine d'Angleterre, à ses héritiers et successeurs, un mille carré de terrain dans telle partie du pays qui sera choisie par le lieutenant gouverneur des établissements anglais de la Gambie, ou par tout autre officier autorisé à cet effet. Voy. dans les Annales marit. de 1844 , Revue coloniale, p. 583, le texte entier de ce traité tiré du recueil des instructions transmises par le gouvernement anglais aux officiers de la marine britannique employés à la répression de la traite des uoirs.
« dan» lesquelles nous pouvons facile- « ment aussi fonder des établissements « importants. Ce sont là de bien grands « avantages, et soyons sûrs qu'ils nous « sont enviés; soyons sûrs qu'ils nous-se- « ront même bientôt enlevés, si nous ne « nous hâtons d'en profiter. Il ne faut pas « s'y méprendre : les tentatives des corn- « merçants anglais auprès de l'almamy « du Bondou cachent des projets plus « profonds que la sournoise intention « de détourner les caravanes de nos «comptoirs; c'est dans les mines du « Bambouk qu'ils veulent pénétrer; et, « s'ils y parviennent, ce qui arrivera sans « doute si nous ne les prévenons , nous « nous repentirons , niais trop tard , « d'avoir traité avec indifférence les seu- « les chances d'avenir qui s'offraient « pour le commerce sénégalais. »
Après avoir décrit, d'après les relations les plus récentes, le cours de la Gambie jusqu'au ternie delà navigation, et exposé 1 état présent des établissements européens et du commerce de cette partie de l'Afrique , je crois utile de remonter aux temps passés et de montrer, pour le pays qu'on appelle la Gambie, dans quel ordre les notions géographiques ont été acquises, quels sont les noms qui sont restés attachés à ces découvertes, et en même temps, quelle est l'histoire de ces établissements, quelle est la suite des événements qui ont préparé l'état de choses actuel , en y rattachant autant que possible l'histoire des États indigènes.
C'est encore dans les navigations de messer Alouys de Cademoste qu'on trouve les premiers renseignements sur le fleuve de la Gambie et les pays environnants. Il s'y engagea une première fois en l'année 1455, mais sans grand profit, comme il nous le dit lui-même.
« Selon ce que j'ai pu voir, ajoute-t-il, de ce pays de Gambie, en ce mien premier voyage, on ne saurait dire que bien peu ou rien de la qualité d'icelui; car les habitants de la marine sont rudes et de sauvage nature : au moyen de quoi ils ne nous voulurent jamais donner loisir de prendre terre pour parlementer avec eux seulement , ni traiter d'aucune chose.
Joint aussi que nous ne pûmes passer plus outre , a cause que nos mariniers ne s'v voulurent accorder; tellement
L'UNIVERS
que nous fûmes contraints do faire retour en Espagne. Mais Tannée d'après, Antoniottin Usedemer, gentilhomme génois , et moi fîmes armer deux caravelles, et mettre en équipage, pour naviguer et discourir ce grand fleuve, duquel nous avons ci-dessus fait mention... Nous parvînmes une autre fois au jlcucede Cambra, dans lequel nous engolfàmes incontinent sans aucun contredit des Noirs ni de leurs almadies (qui à notre mode s'appelleraient c/talans) , naviguant toujours en sondant celui fleuve sur lequel aucunes almadies de ces Noirs rasaient les rivages, sans oser venir aux approches. Or, en ers entrefaites , vînmes à découvrir une île dans ledit fleuve, par l'espace de deux milles près de laquelle étant demeurés à l'ancre par un dimanche, l'un de nos mariniers trépassa, qui avait ja p;ir longtemps été vexé par un grand accès de fièvre. Et combien que sa mort nous apportât unemarrisson extrême, néanmoins, considérant le vouloir de Dieu être tel, supportâmes l'inconvénient patiemment, lui donnant sépulture en cette île, laquelle (pour autant que son nom était André) nous nommâmes l'île Saint- Andréa ainsi appelée jusques à maintenant. Or de là ayant fait départ et naviguant en sus, selon le fleuve, ces almadies nous suivaient de loin; dont faisant signe à ceux qui les guidaient et étant appelés par nos truchements , leur montrions quelques taffetas noirs et autres choses, les assurant qu'ils nous pouvaient aborder sûrement... Ce qui les enhardit, et peu à peu se venaient accostant, tant qu'a la* lin ils vinrent en ma caravelle, dont l'un d'iceux qui entendait mon truchement, entra dans la nef et s'émerveilla grandement de notre mode de naviguer et des voiles... Nous reçûmescenoir bien aimablement et avec grandes caresses , nous enquérant de plusieurs choses de petite importance, et petit à petit lui sûmes si bien ouvrir son estomac et sonder sa pensée, qu'il nous acertaina ce pays être celui de Cambre , et que leur principal seigneur était Forosangole , lequel faisait sa résidence loin du fleuve, devers Midi et Siroch (selon ce qu'il nous montrait), l'espace de dix journées, et était vassal de l'empereur de
MelU , qui est le grand empereur des Noirs; mais que néanmoins il y avait plusieurs autres seigneurs de moindre autorité et puissance , aui faisaient leur résidence auprès du fleuve tant d'un côté que d'autre, et si nous le trouvions bon , qu'il nous adresserait vers l'un d'iceux, qui s'appelait Battimama, Nous trouvâmes bon ce gracieux offre d'un tel homme , et le fîmes naviguer avec nous tant que , montant toujours selon le fleuve, nous parvînmes au lieu de la résidence de Battimansa, qui, selon notre jugement, pouvait être éloigné de la bouche d'icelui fleuve l'espace de 60 milles et plus. H faut no* ter que, naviguant sur ce fleuve , qui en reçoit plusieurs autres, nous allions encontre Levant , et le lieu auquel nous demeurâmes à l'ancre était beaucoup plus étroit que la bouche , là où, selon notre jugement , n'y avait plus outre d'un mille de largeur... Selon que nous avons vu et pour le récit qu'on nous lit pendant que nous séjournâmes là , ces peuples idolâtrent en plusieurs sortes, ajoutant foi aux charmes et enchantements et à plusieurs autres oeuvres diaboliques qu'ils imitent et mettent en effet Mais ils reconnaissent tous un Dieu ; toutefois qu'il y en a encore plusieurs de la secte mahométane. — - Ce sont gens qui pratiquent en divers pays sans demeurer jamais à la maison, parce que les paysans ne savent rien faire.
Quant à leur manière de vivre , ils se gouvernant à l'imitation des Noirs du royaume de Sénéga et usent de même viande, fors qu'ils ont plus de sortes de riz, qui ne naissent au royaume de ces premiers Noirs; et avec ce mangent chair de chien , ce que je n'ouïs jamais dire avoir été fait par d'autres. Leur habit est de chemisole de coton : chose qui n'est observée par les Ncirs de Sénéga, qui vont quasi tous nus; mais la plus grande partie de ceux-ci vont vêtus, parce qu'ils sont abondants en coton.
— La région est fort chaude, et tant plus on s'avance envers Austre, et plus semblent les pays être chaleureux; et mémement sur cette rivière, sentions une chaleur plus véhémente que vers la marine, pour être couverte par la grande quantité d'arbres dont elle est peuplée, qui croissent par tout le pays. »
V omet s diverses circonstances merveilleuses ou puériles de ce récit, pour arriver à la description si exacte et si méthodique du capitaine André Alvarez d'Almada , qui , dans un but d'exploration, avait remonté la Gambie jusqu'à 150 lieues de son embouchure. « La Gambie, dit-il, est un beau fleuve, et contient plusieurs lies qui ont iusqu'à deux lieues de large sur une de Ions; elles sont couvertes de forêts et très-abondantes en gibier; cette rivière n'est potable qu'à 30 lieues de la mer, et en hiver, qui est la saison des pluies, à 6 ou 7 lieues. Les deux rives sont plates et couvertes de mangliers tellement élevés, que si leur bois était moins pesant on en pourrait faire d'excellents m3ts de vaisseaux ; on y voit aussi une espèce d'arbre appelée Carvao. Cette forêt s'étend jusqu'à l'endroit où l'eau cesse d'être salée, et c'est là que commencent les champs cultivés que l'on appelle Lalas. Les plus beaux sont du côté du nord, et il serait faci le d'y établir de superbes plantations decannes à sucre , que l'on arroserait avec les eaux du fleuve. A partir d'un endroit nommé Balangar9 ces champs sont bornés par une chaîne de collines qui s'étend à une distanced'un quart de lieue. Au midi on aperçoit quelques monticules ronds qui se prolongent dans la même direction.
Cette rivière est navigable jusqu'à 170 lieues de son embouchure, où les canots sont arrêtés par une cataracte ; mais les Nègres assurent que si l'on construisait d'autres barques plus loin on pourrait la remonter encore pendant longtemps. Les mirées se font, dit-on, sentir jusqu'au pied de cette cataracte. Elles sont si fortes, que les vaisseaux ne peuvent pas venir taire le commerce de l'or depuis le mois de juin jusqu'au mois de septembre ; la Gambie déborde tellement à l'époque des pluies, surtout du côté de la rive méridionale, que les vaisseaux naviguent au milieu des arbres et les touchent de leurs vergues. — Le royaume de Gambie commence à l'embouchure du fleuve, à 5 lieues de la barre des Barbacins , dont le passage est très-facile. Les deux rives de la Gambie sont habitées par des Mandingues, et de 20 lieues en 20 lieues on trouve un autre roi; mais ils sont tous
vassaux d'un souverain appelé Faroens. Cependant , le roi de lîarcolo (état qui commence au midi de la rivière des Barbacins) étend très-loin son autorité sur la rive septentrionale de la Gambie. Le pays est très-fert;le ; les Nègres habitent de beaux villages presque tous construits le long du fleuve, pour faciliter le commerce avec les Européens. Les maisons sont quelquefois en torchis et quelquefois en paille ; elles sont entourées de palissades formées par de gros pieux et soutenues par des terrassements. Ces forteresses sont situées sur le bord du fleuve, et souvent les naturels en sortent pour piller ceux qui sont obligés de passer devant. Il y a aussi le long du fleuve beaucoup de villages de Foulahs qui viennent dans ce pays pour y faire paître leurs troupeaux, de sorte que le bétail y est très-nombreux. — Le costume et les armes des indigènes sont les mêmes que ceux des lu lofes et des Barbacins ; les esclaves qu'ils vendent ont été pris à .'a guerre, condamnés en justice et quelquelois volés ; mais il est défendu d'acheter ces derniers; souvent, quand les Portugais les refusent à cause de cela, ceux qui les ont amenés les tuent pour ne pas être découverts. Ne vaudrait il pas mieux les acheter pour les convertir et les baptiser? On ne trouve nulle part en Guinée autant de bixirims, c'està-dire de gens convertis à l'islamisme , que sur les rives de la Gambie. Il y a de vastes maisons où il en réside un grand nombre, tandis que d'autres vont de royaume en royaume. La principale de ces maisons est située à l'embouchure du fleuve ; il y on a une autre à 70 lieues plus loin, auprès de Malor, et une troisième à 50 lieues de là , dans un village de l'intérieur appelé Sutuco. Le chef de ces espèces de religieux se nomme . lle- Mame et porte au doigt une bague comme celle d'un évéque ; ces trois maisons sont sur la rive septentrionale du fleuve. Ils ont des livres reliés dans les-
Jiuels ils écrivent mille mensonges qu'ils ont croire aux autres à l'aide du démon. Ces Cacizes ( c'est ainsi qu'on les nomme) sont faibles et maigres, à cause de leurs jeunes , et ne mangeraient pas d'un animal qui n'aurait pas été tué par un d'entre eux; ils portent des véte-
L'UNIVERS
m ents* traînants et de grands chapeaux noirs ou blancs qu'ils achètent des Portugais; ils font un 6alam vers l'Orient, et récitent en chœur, comme des religieux, des prières dont le refrain est Alan-Arabi. Ceux qui sont dans ces maisons, comme ceux qui parcourent le pays, ont leurs femmes avec eux. — Les marchandises qui se vendent le mieux en Gambie sont le vin , que les Nègres aiment avec passion, les chevaux, les étoffes de l'Inde,les verroteries de Venise ou de l'Inde , la nacre de perle, le fil et le drap rouges, la cochenille, les coquillages, les clous, les bracelets de cuivre, les bassins de barbier, des chaudières en cuivre d'une ou deux livres, et surtout une gomme qui vient de Sierra-Leone, que les Nègres achètent à tout prix et qu'on va porter dans l'intérieur jusqu'aux États du grand Foulo.
On prépare à l'embouchure de la rivière une grande quantité de sel qui se vend très-bien dans l'intérieur : on le transporte d'abord en canots jusqu'à un port situé à 1 lieue de Cassao , à 60 lieues de l'embouchure , où existent des magasins , et de là on va le débiter particulièrement dans les États du grand Foulo.
A 1 20 lieues de la barre du fleuve , il y a un port nommé Jagrançura, près du village de Sufaco. C'est là qu'on fait le commerce de l'or avec des marchands mandingues qui sont également Cadzes. L'or qu'ils apportent est en morceaux ou eu poudre, et très-fin. Ces marchands sont très-intelligents et connaissent parfaitement les poids ; ils ont des balances très-justes, qui sont ornées d'une marqueterie d'argent et dont les iils sont en soie; ils se servent de petits écritoircs de cuir brut, sans couvercle, et qui ont une case en forme de dé pour serrer leurs poids ; le marc est comme un pommeau d'épée. Ils portent leur or caché dans de grosses plumes d'oiseaux ou dans des os de chats, parce qu'ils sont obligés de traverser beaucoup de royaumes; cependant ils forment de nombreuses caravanes et sont quelquefois escortés par plus de mille archers. » Almadafut envoyé enl578 à Jagrançura, parce que quelques personnes pensaieut que c'était pw ordre des Turcs que ces marchands achetaient du cuivre, afin d'en fondre des canons ; et il s'assura ,
en causant avec les marchands, qu'ils, n'employaient que comme ornements les bracelets de cuivre si recherchés par eux, et qu'ils préfèrent à l'or qui abonde dans leur pays. Ces bracelets vont sans aucun doute à Tombocoutvm, dans les montagnes de Sofala ;car Almada ayant demandé à Andahalen , chef de la caravane, ce qu'il en faisait, celui-ci lui répondit qu il allait le vendre aux Caffres, en les désignant par ce nom. Ces marchands emploient, disent-ils, six mois à faire le voyage ; mais étant nègres et flegmatiques, je ne m'étonnerais pas qu'ils en missent bien davantage, lis suivent une route qui entoure tous les États de la Guinée et font ce voyage par ordre d'un souverain auquel ils rendent tous hommage. On le nomme Mandi-Mança; mais aucun Portugais n'est encore arrivé jusqu'à lui. Dans l'occasion présente, on laissa à la caravane cent trente-deux livres d'or, parce qu'on n'avait pas de marchandises pour les payer. Ce commerce est aujourd'hui perdu; car il y a huitansqu'aucun vaisseau ne s'est rendu sur ce point. Il est donc probable que les marchands se contentent de trafiquer avec ceux de Tombocoutum. — Almada rapporte encore que vers l'an 1500 une armée considérable de Foulos inonda le pays, et qu'après avoir soumis les Manaingues, elle construisit en travers la rivière une chaussée en pierre qui lui permit de la traverser à pied sec avec tous les animaux qui portaient les bagages (1); les Foulos poussèrent leurs conquêtes jusqu'à 150 lieues au midi du fleuve, et subjuguèrent successivement les Mandingues, les Casangas, les Banhuns et les huramos; mais ils furent complètement défaits par les Beafares du Rio-Grande (2).
Almada nous apprend enGn qu'à l'époque où il écrit, le commerce de la Gambie, le plus important de toute la
(i) Almada signale sur la Gambie trois passages difficiles : celui de Malor, celui des Foulos et celui de Jangue-Maugue.
(a) Je reproduis textuellement l'extrait que M. Ternaux-Compans a publié de la partie de l'ouvrage d'Almada relative à la Gambie {Nouvelles Annales des Voyages, t.XGIV, p. ioo-iio).
SÉNÉGAMBlE
Guinée, était déjà perdu pour les Portugais, et que les Français et les Anglais s'en étaient emparés à l'aide des déserteurs.
Les Anglais connaissaient la Gambie depuis le milieu du seizième siècle à peu près , mais seulement par quelques voyages particuliers. En 16Ï8 plusieurs négociants de Londres se réunirent en compagnie et obtinrent une charte ou privilège : cette année-là même, ils chargèrent George Thompson d'explorer la Gambie et de la remonter jusqu'à ce qu'il eût atteint la terre où se faisait le commerce de l'or : Thompson réussit, puisqu'il pénétra jusqu'à Tenda, c'esta-dire 25 ou 30 lieues au-dessus de Barraconda ; il s'occupait même déjà de former des établissements dans le haut de la rivière et d'éloigner les autres nations (1), quand il fut tué dans une querelle particulière, ne laissant aucun renseignement écrit sur ses découvertes.
La compagnie lui avait envoyé des secours à deux reprises : la seconde expédition se composait d'un vaisseau, nommé le Sion, de 200 tonneaux, et de la pinasse le Saint- Jean, sous le commandement de Richard Jobson, qui apprit la mort de Thompson en entrant dans la Gambie. Il laissa son vaisseau à Tendobaougo{ le Tendebar de la carte de d' Anville), à 4 lieues au-dessus de Tankrotval, après avoir payé les droits au chef de ce village, et remonta la rivière dans la pinasse. Le V décembre 1620, il arriva dans l'île Pudding, à 16 lieues du port de Tendebar, et mouilla le lendemain vis-à-vis d'une petite crique qui conduit à la ville de Mansegar, lieux qu'on ne retrouve pas sur les anciennes cartes. Le roi du pays vint à son bord, et Jobson^ après avoir acquitté les droits, obtint de lui une maison dans cette ville pour y laisser trois facteurs. Le 7 décembre . après avoir dépassé la grande villede IfoolleyfVoolley (dans laquelle M. Walckenaer reconnaît le port de Yanimareu de la carte de d'Anville), il jeta l'ancre kCasson ou Cassao, ville très-peuplée et tributaire du Bur-Salum (2). Il y apprit
(i) Les Portugais lui avaient suscité de grands embarras en persuadant au roi de Mani d'envoyer une armée conire lui.
(■>) La description qu'en fait Jobson se
Su'après qu'il était entré dans la Garnie, les Portugais avaient loué des nègres pour le surprendre, mais qu'ils n'avaient pu trouver de pilote. Le H, il arriva dans un port nommé Pompetane , au sud de laGambie, et n'y trouva pasde Portugais ; le lendemain ayant mouillé à Jeraconda , il y rencontra deux Anglais venant du comptoir que Thompson avaitétabli à Oranto, à 16 milles de Pompetane ( Oranto n'est sur aucune carte ) , sous la protection du chef Summa Tomba, tributaire du roi de Cantor. — D1 Oranto, Jobson partit, au commencement de janvier 1 62 1 , avec neuf Anglais, pour se rendre à Tenda : il passa successivement devant Bafto, Barek. Mossomakoadam, Benanko, et atteignit le port de Barraconda; continuant à remonter le fleuve, il découvrit l'embouchure d'une petite rivière nommée JVooUey^ et celle de la rivière de Cantor , sur laquelle régnait alors un chef puissant , Ferran Kabo. Depuis Barraconda, l'eau'était si basse , que les nègres étaient obligés de descendre dans l'eau pour diriger la barque, et le courant devenait si rapide, qu'avec six rames on ne pouvait faire plus d'un mille par heure. Enfin on mit 1 '2 jours pour remonter jusqu'à l'embouchure de la rivière de Tenda, c'est-à-dire pour faire 360 milles ou 120 lieues. Du moins, à une demi-lieue de la rivière de Tenda, Jobson rencontra une basse qui lui ferma le passage : elle n'avait pas plus de 20 toises de longueur, et le canal au-dessus paraissait assez profond pour qu'on pût reprendre la navigation. Dans 1 intervalle qui sépare Barraconda de Tenda, Jobson n'aperçut aucune habitation sur les bords de la Gambie; il rencontra seulement deux ou trois radeaux de feuilles de palmier sur lesquelles les indigènes la traversent. Cette partie de la rivière était remplie de chevaux marins efde crocodiles, qui infectaient l'eau et le poisson de leur odeur de musc. Jobson appela ce lieu Saint-John's Mart ou Marché de Saint-Jean; il fut visité là par Bouckor-Sano, riche négociant de Tenda, avec qui Thompson avait déjà cherché à ouvrir quelques relations.
rapporte exactement à celle que nous avons v ue, dans Almada,dcs forteresses ou caosans de la Gambie.
L'UNIVERS
Bouckor-Sano obtint du capitaine anglais le titre d'alkade oudefacteurdes blancs, et en retour procura aux Anglais la cession solennelle que leur fit le roi du pays de Tenda. Il apprit, entre autres choses, à Jobson qu'il avait fait trois ou quatre voyages vers le sud, dans un pays où les maisons étaient couvertes d'or, et qu'il était resté quatre mois en route; il lui parla aussi d'un peuple nommé les Arabecks, qui venaient assez près de Tenda en grosses caravanes, et d'une ville de Mombar, à six journées de Tenda, où se faisait un grand commerce d'or. Dans le même temps arrivèrent quelques nègres de Tombokonda, ville située à quatre journées de distance, que Jobson crut devoir être Tombouctou, mais qui est le Tambacohda des voyageurs modernes, dans le royaume de Ncola, et à l'est de Tenda. Un vieux marabout , qui avait connu Thompson, offrit au capitaine anglais de le conduire au delà de Tenda jusqu'à Jaye^ et de là à Mombar; mais Jobson, voyant que l'eau avait déjà baissé de six pouces, se hâta de redescendre la rivière. Dans ce voyage de retour, il visita Setliko , à trois ou quatre milles de la Gambie ; cette ville lui parut la plus grande qu'il eût encore vue : elle était de forme circulaire; les maisons étaient petites, mais les rues suffisamment grandes; et il jugea que la ville pouvait avoir un mille de longueur. On y faisait un commerce considérable d'esclaves, de sel et d'ânes. Les Anglais y
bâtirent plusieurs maisons qu'ils envi- pements dans le dix-septième siècle : les ronnèrent de claies de paille, à l'imitation de celles du pays : ils choisirent pour remplacement d'un comptoir une petite eminence sur le bord de la rivière, qui reçut des indigènes le nom de Tabaèoeonda, ou Ville des blancs, qu'on croit
être aujourd'hui Fatatenda. — A son ««*0"«-<* >-r~-~j • ~-rr rM',nnt rnlm retour en Angleterre, Jobson pubha la
relation de son voyage, pour devo 1er la '*» > , / J ob.
de son entreprise. Ensuite il passe à la description de la rivière de la Gambie et des secours qu'on en peut espérer pour un établissement. Il tombe de là sur les habitants, qu'il distingue en trois sortes : les Mandingues, ou * les nègres ; les Foulbiés, qui sont d'un « brun foncé, et les Portugais, répandus « dans divers cantons. 11 s'étend sur leurs usages, leurs bâtiments, leurs forts et leur gouvernement civil; après quoi il parle des marabouts, qui sont tout à la fois prêtres et marchands. Il traite de leur religion, de leur commerce, de leurs amusements, de leur agriculture, des grains et des plantes dont ils ont l'usage, de la variété des saisons et des qualités du climat. Dans les dernières parties , il rend compte des animaux du pays, et surtout des oiseaux. Ses remarques sur quantité d'articles sont les plus exactes et les plus complètes qu'on ait sur cette partie de l'Afrique. La narration paraît fidèle. S'il rapporte quelque chose sur le témoignage d'autrui, il cite ses autorités; mais son « style est obscur, ennuyeux, affecté; « et, quoiqu'il ait divisé son ouvrage « en plusieurs parties, il est sujet à « tomber dans la confusion, par le mé- « lange de ses matières (1). »
Jusqu'en 1681 les Anglais ne furent pas inquiétés dans leur commerce de la Gambie; et cependant il ne paraît pas qu'ils lui aient donné de grands dévelop-
(x) Cette relation se compose de deux pièces publiées séparément : la première le fut en ï6a3 à Londres, par R. Jobson luimême, sous le titre suivant : The golden trade, or a discovery of the river Gambta , and the golden tradeofthe Ethiopians ; also the
peuplé UllglUIS U pi UUlCl otauvwM' w
tes. «Son ouvrage, dit M. Walckenaer(l) a est divisé en neuf parties. Il nous ap- « prend dans l'introduction les causes
( i ) Uist. générale des Voyages, t ni,
entrepri
Jobson pendant son séjour en Gambie et toute la partie descriptive de son voyage, qu'il avait négligée dans sa première publication. Deux ou trois aus, après Purchas I inséra dans le deuxième volume de sa couecUoa intitulée : Hackluftus posthttmus, ele
nombreux comptoirs qu'ils y établirent datent à peu près tous du siècle suivant. Il est vrai que tous les efforts, comme tous les dangers de deux compagnies royales qui se succédèrent dans l'exploitation du commerce de la côte occidentale d'Afrique, se concentrèrent sur leurs possessions de la Guinée, si énergiquement pressées par les Hollandais.
En 16S1 commencèrent les tentatives des Français pour s'établir en Gambie.
L'unique 'établissement fortifié qu'eût alors la compagnie royale d'Afrique , non-seulement en Gambie, mais dans toute l'étendue des limites de son privilège, était Jamesfort, dans une petite île, à 14 lieues de l'embouchure de la Gambie. Ce fort eut beaucoup à souffrir des attaques répétées des Français; et en 1695 il fut pris et rasé par le comte de Gennes (1). Aussitôt, par ordre de la compagnie française d'Afrique , Bourguignon , directeur général du Sénégal , vint prendre possession solennelle des ruines du fort anglais (septembre 1696), mais sans rien faire de plus. Son successeur Bruë chercha sérieusement les moyens d'étendre et de régulariser le commerce en Gambie, et fit les traités nécessaires avec le roi de Barra et les autressouverainsdupays.Le 13avril 1698, il fonda le comptoir ô'Albreda, sur la rive droite de la Gambie, presque en face de Jamesfort, que le traité de Ryswyk venait de restituer à la compagnie royale d'Afrique (20 septembre 1697). Il ntit aussi un facteur àJereja, sur la rivière de V intain ou de Saint-Grigou, qui se jette dans la Gambie, sur la rive méridionale, à 8 ou 10 milles au-dessus de Jamesfort. ( Jereja est 7 lit ues au-dessus de la ville de Vintain ou Bintam. ) — Cependant le parlement anglais s'occupait de rétablir Jamesfort ; mais pour
(i) Le nom de James fut donné à cette île en 1664 par le chevalier Rob. Holmes en F honneur du duc d'York, plus tard Jacques If.
aur l'expédition de M. de Gennes, la relation écrite par Froger d'un Voyage fait en t6$5, 1696 et 1697 aux cotes d'Afrique, détroit de Magellan et iles Antilles , par une escadre de vaisseaux commandée par M. de Gennes. Paris, in-12, iGot), ou l'extrait que M. Walckenaer en a inséré dans le tome III de YHist. générale des Voyages, p. 3ia-3i7.
éviter de grosses dépenses à l'État, il rendit le commerce libre dans la Gambie à la ssule charge d'un droit de dix pour cent pavable au directeur de la compagnie a Tentrée de tout vaisseau dans la Gambie, ou de vingt pour cent a son retour en Angleterre et applicable aux fraisde réédification. La concurrencedes négociants anglais fut ruineuse pour les deux compagnies, pour celle de France comme pour celle d'Angleterre. Le prix d'un esclave, au comptoir de Jilfraij ou Gillefrée, était monte jusqu'à 40 barres, et les marchands mandingues, qui n'en retiraient que 15 ou 17 aux comptoirs français et anglais de G uiachor ou Joar et de" Barraconda , s'étaient portés à l'embouchuredu fleuve. Du mois de janvier 1699 au mois de juin, les négociants particuliers transportèrent au moins 3,600 esclaves et inondèrent le pays de marchandises. Le directeur de la compagnie anglaise, Corker, avait essayé de vendre les marchandises de la compagnie à un prix aussi bas que les vaisseaux d'inttrlope; mais, reconnaissant qu'il s'égarait, il adressa au conseil de la compagnie le conseil de renoncer à ce prétendu secours de dix pour cent qu'elle avait accepté du parlement ; et en même temps il proposa à Bruë de se concerter avec lui pour arrêter le commerce d'interlope, et pour soumettre a leurs compagnies respectives un tarif commun des marchandises. Dans un voyage que Bruë fit à cette occasion en Gambie, ils firent l'un et l'autre des démarches auprès des capitaines de navires marchands quiétaientalorsà l'ancre dans la rivière, pour les disposer à laisser le commerce se rétablir sur l'ancien pied; mais les capitaines repoussèrent le tarif proposé, et s'opposèrent à ce qu'on accordât aux Français le droit de remonter dans la rivière au-dessus d' Albreda et de l'embouchure de la rivière de Vintain. Bientôt Corker fut rappelé, et le sieur Pinder nommé à sa place.
Bruë voulut reprendre avec celui-ci les négociations commencées; ilsdressèrent même ensemble un plan de paix et do commerce, et tentèrent de le faire approuver à Paris rt à Londres; mais les intérêts privés des négociants triomphèrent des efforts de la compagnie, et le gouvernement anglais envoya même en
L'UNIVERS
Gambie un vaisseau de guerre pour assurer la liberté du commerce. La fermeté de Bruë maintint glorieusement les droits de la France; et lorsque la guerre eut éclaté de nouveau dans toute l'Europe, au commencement de 1703, James fort, qui n'était pas encore en état de défense, lut enlevé par le sieur de la Roque avec un seul vaisseau, et pillé encore Tannée suivante par le brigantin le Fanfaron, appartenant à H. Bâton , armateur de la Martinique. C'est alors que la compagnie anglaise proposa à la compagnie française un traité de neutralité dont les articles furent signés à Londres le 8 juin 1705. Cependant eu 1709 on trouve une nouvelle entreprise de quatre frégates françaises qui, sous le commandement de M. Parent, prirent Jamesfort et tout un chargement d'esclaves. Enfin, cet établissement eut encore à souffrir, par intervalles surtout, des attaques hardies de quelques pirates ; mais dès 1720 il était en pleine sécurité, et en commandant l'entrée de la rivièreil put servir de point d'appui aux comptoirs que la compagnie prit soin de fonder sur les deux rives de la Gambie de 1725 à 1735. Ces comptoirs étaient : 1° Kabata ou un lieu très-peu distant de ce village, le plus important du royaume de Cumbo, au sud de la Gambie, et sur la rivière même de Kabata. L'unique objet de ce comptoir était d'approvisionner Jamesfort. 2° Jilfray ou Gillefrée, en face de l'île James, sur la rive droite de la Gambie et un peu à Test du comptoir français d'Albreda : c'était là qu'on acquittait les droits du roi de Barra.
3° Lf comptoi r de V intain ou de Bintam, à 6 lieues de Jamesfort , sur une rivière appelée du même nom, dans le royaume de Foniay au sud de la Gambie : on y traitait surtout, et à bon compte, de la cire, de l'ivoire et des cuirs. 4° Plus haut, sur la rivière de Vintam, à 14 lieues de Jamesfort, Jereja, où les Français, comme aussi à Vintam , eurent longtemps un comptoir. 5e Celui de Kolar, établi en 1731 au village de ce nom dans le Barra, c'est-à-dire sur la rive septentrionale de la Gambie , mais abandonné en 1733. 6° Dans le royaume de Kaèn , sur la rive méridionale de la Gambie, TankrowaL établi en 1731, et où l'on traitait spécialement de la cire.
V Kowerou Klawer, port de Joar, cheflieu du royaume de Barsali , et grand marché des Mandingues,qui avaient une espèce d'escale à la pointe de Rumbo : c'était aussi là qu'était le comptoir le plus florissant des Anglais. 8* Yanimareu ou Yanimarou , dans le Bas-Yani , sur la rive septentrionale, où les Anglais entretenaient un facteur nègre chargé particulièrement de fournir de grains Jamesfort. 9° Le comptoir de Bruko, sur la rive méridionale, dans le royaume âeJemarrou, établi en 1732, brûlé par accident , et rebâti cette même année ; abandonné en 1735. 10° Celui de Kultejar, à un mille de la rive septentrionale, dans le Haut-Yani, renversé par une inondation en 1725, et transporté à 8 milles dans l'intérieur à Sami ou 5amey, sur une rivière du même nom, et plus haut encore sur cette même rivière, a fi'allia ou Valley. 11° Dans le royaume de Tomani, au sud de la Gambie, le comptoir de Yamyma-Conda ou Camiama-Conda, détruit en 1733 par les inondations, mais rebâti presque aussitôt , à cause des avantages que la traite de l'ivoire et des esclaves y présentait. 12* Enfin celui de Fatatenda dans le Woulli , abandonné un moment en 1734 (1).
(i) L'histoire de ces différents comptoirs, de leurs transactions commerciales et de leurs difficultés avec les souverains et les peuples indigènes, pendant la première partie du dix-huitième siècle jusqu'en 1735, se trouve rapportée avec toute exactitude dans le journal intitulé : Travels into the inland parti of Africa, etc.; by Francis Moore, factor several years to the Royal African company of England. London, 17 38, in-8°.
Moore s'était engagé en 1730 au service de la compagnie, en qualité & écrivain; il fut, dans les années suivantes, envoyé comme facteur successivement à Joar, à Bruko , à Yamyama- Counda; et les instructions qu'il reçut du gouverneur de Jamesfort, avec la direction du comptoir de Bruko , font bien connaître quelle était alors l'administration anglaise en Gambie: après quelques instructions de détail concernant particulièrement le comptoir de Bruko, on lui ordonnait : « de ménager avec soin les chefs d'argent (on entend par là des barres de fer, des colliers de cristal, des dollars à l'aile déployée , des bassins de cuivre et des aran-
SfiNÉGAMBIE
Ce qui était arrivé au Sénégal arriva aussi dans la Gambie. La compa-
déployée, des bassins de cuivre et des arangos ), et de n'en faire usage que pour le commerce; — de se borner à son comptoir, sans se mêler jamais de payer les gages, les salaires ou les dettes des autres domestiques et ouvriers de la compagnie, parce que tous les emplois d'argeut qu'il ferait ainsi pour d'autres usages que ceux de son comptoir seraient mis à son compte ; de ne faire aucune société de commerce avec les marchands, soit mandingues, soit portugais, sous prétexte de procurer quelque avantage à la compagnie; parce qu'il est certain, au contraire , qu'ils cherchent toujours à gagner quelque chose sur les esclaves et sur l'or, et qu'on trouve bien mieux son compte à traiter directement avec les nègres ; de mettre tant d'ordre dans les livres de compte, qu'on pût être sans cesse en état de comparer les transactions passées avec les présentes , et que les facteurs , ses successeurs , y trouvassent une règle de conduite. Par ta suite même on voulait envoyer aux facteurs le tarif des marchandises et des denrées qu'ils recevraient sur le pied qu'on les aurait achetées en Europe, afin qu'ils les couchassent de même sur leurs livres , et qu'à mesure qu'elles seraient consommées ou vendues ils évaluassent ce qu'ils auraient retiré en barres, en schellings et en sous, qui paraîtraient à côté du premier compte; et à chaque renvoi le facteur devait non-seulement marquer ce qu'il aurait tiré de ses marchandises, mais spécifier la nature et la quantité de ce qu'il aurait donné en particulier pour tel nombre d'esclaves et pour telle quantité d'ivoire, d'or ou de cire. — On lui disait encore que les agents de la compagnie, ayant quelquefois négligé leur devoir pour s'occuper de leurs intérêts particuliers , elle avait jugé à propos de faire monter leurs droits de commission à 5 schellings pour chaqu e esclave ; à a schelli ngs et dem i pou r le qui ntal d'ivoire pesant zoo livres; à 5 sch. pour chaque once d'or; à a sch, i|a pour le quintal de cire rendu au fort ; et qu'à la faveur de celte indulgence elle espérait que les facteurs répoudraient à l'opinion qu'elle avait de leur zèle et de leur probité; que les facteurs anglais ne devaient point acheter des Portugais ni des autres l'or à plus de ia* barres l'once; les dents d'éléphant, grandes et petites, à plus de 16 et de 8 barres le quintal sant ioo livres; et la cire à plus de la barres quintal, parce que leur en donner davantage, c'était uniquement les assortir mieux des marchandises et des denrées dont ils avaient besoin pour rendre leur commerce sur la
9e livraison. (S*négambie.)
gnie avait promptement reconnu que le commerce d'Afrique, borné à la traite de l'ivoire, de la cire» des esclaves, ne suffirait jamais même à couvrir ses énormes dépenses, et au'il fallait chercher à l'étendre dans l'intérieur et à découvrir surtout les fameuses mines d'or.
On recommença donc les explorations de Thompson et de Richard Jobson; le capitaine Stibbs fut envoyé en 1723 par le duc de Chandos, alors directeur de la compagnie royale d'Afrique , avec la mission spéciale de rechercher, au nom de la compagnie, jusqu'où la Gambie est navigable , et s'il existe réellement des mines d'or sur ses rives. Mais Stibbs partit trop tard d'un mois, et fut arrêté par les mêmes obstacles que ceux qui l'avaient précédé (1). Quel-
rivière plus florissant, au plus grand désavantage delà compagnie. Quanta ces restrictions apportées au commerce avec les Portugais, Moore faisait remarquer qu'elles n'étaient vraiment pas dans les intérêts de la compagnie , et qu'il y avait beaucoup plus à gagner qu'on ne croyait dans le commerce des Portugais et dans celui des Mandingues; que lorsqu'ils descendaient la rivière dans leurs canots, ils ne consentaient pas à livrer leur or, leur cire et leur ivoire au vil prix que fixait la compagnie , mais qu'ils allaient plus bas les vendre avec pins de profit à des vaisseaux d'interlope. Il se plaignait aussi qu'on lui défendit de se procurer des provisions en échange du fer ou de l'argent , affirmant au gouverneur qu'il n'y avait pas d'autres moyens d'en obtenir. (Walckenaer : Bis t. générale des Foyages, t. III, p . 457-61. — Voy. aussi le chapitre Ier du livre VI de ce savant ouvrage intitulé : Observations sur le commerce des Européens dans la Gambie.)
(1) Le journal de Stibbs, que Moore a inséré dans son recueil, est encore aujourd'hui un document de la plus haute importance pour la description géographique du cours de la Gambie; et à ce titre j en donnerai ici, d'après M. Walckenaer, le résumé exact : Stibbs avait reçu de la compagnie divers journaux et cartes de capitaines qui avaient avant lui tenté la même exploration; mais le journal qu'il parait avoir suivi de préférence à tous les autres est celui de Vermuyden , qui datait de 1661. — La petite flottille se composait du vaisseau la Dépêche, qui devait s'avan- ' cer jusqu'à Kuttejar ou plus haut, pour y demeurer sous la conduite du pilote; d'une chaloupe nommée Vite-James, qui devait
L'UINIVERS.
ques années plus tard on s'occupa aussi activement d'établir le commerce
remonter jusqu'à Rarraconda, et y attendre en commerçant le retour de Stibbs; et eufin de cinq canots, deux grands et trois pelits, avec lesquels on devait pousser l'exploration le plus loin possible au delà des chutes d'eau. Il était convenu entre les officiers de la douille que Stibbs rédigerait le journal, que Drnmmond se chargerait de la comptabilité, et que tlull desrendrait sur les rives pour observer de près toute apparence de mines.
— Le 26 décembre 17^3 Stibbs alla aiten» dreles ranotsune lieue au dessus do fort de James, et ne mil à la voile que le a8,àsix heures du malin, passa la pointe de Seaca {Chique de d'Anville) avec un vent de nord-est, et mouilla, vers minuit, à une lieue de Tankrowal.
— Le 3 c la flotte alla jeter l'ancre, à deux heures après midi, en face de Dnun-HiU , et, à trois heures après minuit, près de Tendebar. Le a janvier 1724 ils mouillèrent le soir coitre Vile de. ? Éléphant. Leur navigation n'étant réglée que par les marées, ils eurent beaucoup de peine à gagner la pointe de cette île , qui a six milles de longueur, pour y passer la nuit. — Arrive le 3 à l'embouchure de la rivière Damasensa, Slibbs la remonta à une distance de 5 milles, jusqu'à la ville du même nom : elle était tiès-large dans son cours inférieur, mais se rétrécissait bientôt; elle était remplie de crocodiles, que les Nègres appellent bambos, et très-ombragée. — De retour dans la («arnhie, à trois heures après midi, il atteignit à huit heures Vile du Cheval Marin, longue d'un mille 1 li environ, basse et couverte d'arbres. Le canal de l'ouest, large d'un mille, était seul navigable : il avait passé devant l'embouchure de la Sanjatli à gauche, et devant celle de \ lndia à droite. Le pays était bas des deux côtés et les rives bordées de grands arbres. — Le 4 janvier, à huit heures du matin , on jeta l'ancre à Joar, où le sieur Ifuli commença à déeouxrir dans rînlérieur de hantes momagnes, toutes dégarnies d'arbres, dont le sol était rougeàtre. — On ne quitta Joar que le 9, et à midi on mouilla un mille au-dessous de la rivière Yarine, plus connue sous le nom <ÏEropina, ei on alla passer la nuit sous les îles de Peery où le canal méridional n'avait pas cent toises de largeur; celui du nord, plus large, n'était pas navigable pour les grands vaisseaux. Depuis Joar jusqu'à ces îles on n'apercevait sur les deux rives que de grands marais découverts, peuplés d'éléphants et d'hippopotames. La chaîne de montagnes, qu'il avait vue commence près de Joar, s'étendait
de la gomme en Gambie : Moore raconte dans son journal que le 27 juillet
vers l'est à deux ou trois lieues de la rivière, et se couvrait de bois à mesure qu'elle avançait dans cette direction. Le 6 on jeta l'ancre de\ant Yanimarreu; et vers mi nui I on s'approcha d'une île fort basse, où l'on pasr.a le reste de la nuit : celte île, longue au plus d'un quart de mille, n'était pas marquée sur la carte que la compagnie lui avait remise. File était située une lieue au-dessous de Vile Bird [île aux Oiseaux de d'Anville). — Le 7 au matin on longea, du côté du sud , l'île Bird , nui pouvait avoir deux milles d'étendue. Elle était Uès-rapprochée de la rive septentrionale et couverte de grands arbres. Un peu au delà on découvrait un mont rongeât re, nommé Jerunk, qui, au dire des Nègres, avait été rempli d'or jusqu'au moment où le diable avait tout enlevé , en une nuit. Un des journaux de Slibbs marquait qu'il avait déjà été visité par les Anglais, sans dire le résultat de cette recherche. — Le vent et la marée étant favorables, on passa devant Cassan sans s'y arrêter. Jusqu'alors le vent n'avait pas cessé d'être à l'esl ; et lorsqu'il s'écartait du même point, on était sûr du calme. — Le pays des deux côtés était marécageux sur une largeur d'un demi-mille, couvert d'herbes très-hautes, au milieu desquelles on apercevait les traces des hippopotames. Au delà de ces marais le terrain s'élevait considérablement — l e 8 au soir on s'eugagea dans le canal méridional, le long des iles Sappoues , et on jeta Pancre à la pointe de ces iles. Il existait à leurs deux extrémités une barre qui obstruait presque complètement la rivière, et ne laissait des deux côtés qu'un passage large au plus de deux toises et demie. Il fallut se faire tirer à force de bras P espace d'un mille, et on mouilla dans un endroit où la moitié de la largeur de la rivière était remplie de rocs.On passa de même la barre de Folejr, ei on jeta l'ancre un mille au-dessus de iiruko. — Le ti on atteignit en quatre heures Dubo-Conda , et on alla mouiller deux lieues plus loin, à Preef, ville alors abandonnée. — Le i3 le veut d'est empêcha qu'on n'avançât beaucoup , et on s'arrêta quelque temps au pied du Mont du Diable ou Arse~ Bill, où la rivière était fort étroite et ses rives très escarpées. — Le 14 on jeta l'ancre à Kuttrjari où la rivière n'avait pas moins de trois ou quatre brasses de profondeur dans toutes ses parties. — Le 17, à quatre heures du ma- \ tin , on jeta l'ancre un mille au-dessus d'Arsê- Hill, qui dans le journal de Termuyden était * appelé Maidcu's Breast , deux lieues au -des- V susde Kuttejar. Stibbs étant monté au sommet
1732 il lui vint de Jamesfort à Joar l'ordre de ramasser dans son comptoir
de cette montagne avec HuU , trouva qu'elle était constituée d'une roche noire comme la plupart des hautes terres qu'il avait observées , mais qu'elle ne paraissait eoutenir ni or ni argent. Le nom d'ArseU'dl a trait à une superstition des Nègres, qui ne passent jamais devant la montagne sans lui tourner le derrière en dansant, chantant et battant des mains, pour ne pas mourir aussitôt. — On passa la rivière de Samey, où s'arrêtait alors le commerce des Portugais. Cette rivière considérable se jette dans la Gambie, sur la rive septentrionale, et vient de Médina. — Le aa, à cinq heures du matin, on jeta l'ancre une lieue au-dessous de t'rotvou Krou, près d'une colline de terre rouge* tre. Le pays continuait d'être assez uni. — Le a3, à huit heures du matin, on était à Yamyamaconda , port au sud de la rivière; un peu au-dessous du port, un banc de rochers partant de la rive méridionale, et couvert de
Îuatre pieds d'eau seulement, occupait un tiers u canal de la Gambie. Le ai au soir on atteignit Canubi, port de la rive méridionale -, le lendemain , à onze heures du matin , sot la même rive, celui de Bassy, et le soir Nackaway, sur la rive opposée , à deux milles d'une ville de l'intérieur portant le même nom et peuplée de Mandingues. A un demi-mille du port, sur la rive septentrionale, une montagne de trente toises de hauteur projetait une espèce de cap dans la rivière. — Le a6 au soir on était à six lieues au-dessus de Nackaway, devant une ville nommée Castanconda, et lea8, à midi, on jeta l'ancre à Fatatenda, port sans maisons comme tous ceux qui précèdent, et qui, dépendant de villes voisines de l'intérieur, n'étaient proprement que des lieux de débarquement : Fatalenda dépendait de Settiko, distant de trou lieues dans l'intérieur. — Le ao Stibbs alla lui-même faire sa provision de riz au port de Prje , situé à trois lieues de Fatatenda, sur la rive méridionale de la rivière de Cantor, dont il fit examiner le sable. — Le 3i on alla jeter l'ancre huit milles au-dessus de Prye, et le lendemain on atteignit en cinq heures Samatenda ou Sam a. La Gambie en ce lieu était encore assez large, mais embarrassée par le grand nombre d'arbres qui y tombaient de ses deux rives. La terre , fort basse du côté du sud, s'élevait, au contraire, sur la rive opposée, et à deux ou trois milles au delà du port une chaîne de collines bordait la rivière sur une étendue de deux heues. — A huit heures du soir on mouilla huit lieues au-dessus de Sa-
la plus grande quantité possible de denrées sèches, et principalement de gom-
matenda. — Le a février, en quatre heures , on gagna le port de Coussar, quatre milles plus haut qu'une basse qui, partaut de la rive méridionale, occupait presque toute la rivière, et n'avait pas plus de quatre à cinq pieds d'eau. — Une lieue au-dessus de Coussar on passa devant un autre port, nommé Yaboutenda. La rive méridionale entre ces deux points n'était proprement qu'une chaîne de collines continue et escarpée; vers le nord on découvrait une belle plaine et un grand lac au milieu. Après avoir fait huit milles, Stibbs jeta l'ancre, à huit heures du soir, sur onze pieds d'eau, audessus d'une basse qui occupait les trois quarts du canal , et n'avait que cinq ou six pieds d'eau. Le reste du canal, du côté du sud, était rempli de rocs , entre lesquels on trouvait jusqu'à dix pieds d'eau , mais trois ou quatre seulement au-dessus. — Le 3 on arriva , vers huit heures du matin, une lieue au-dessus du port de Barracouda , sur deux brasses et demie d'eau, et dans l'après-midi, en une heure, on atteignit l'emplacement même de la ville, alors détruite. Stibbs mesura la rivière , et lui trouva cent trente toises de largeur, sur deux ou trois brasses de profondeur; la hauteur des rives était de vingt-cinq pieds environ. — Aprèsavoir triomphe de la résistance de ses Nègres à gages ou Gromettes, il partit de Barraconda avec ses cinq canots, En trois heures il fit deux lieues saus trouver d'obstacles dans le canal. Le 7 au matin il avançait avec confiance, quand il heurta rudement contre un banc de sable au milieu de la rivière ; mais il put se dégager aussitôt eu prenant au sud, où il trouva sept pieds d'eau. Une lieue plus loin il arriva en vue de la cataracte, qui occupait toute la largeur de la rivière : on employa le reste du jour à monter les cauots au haut de la cataracte. Stibbs décrit avec exactitude oette première chute de ta Gambie : de la rive septentrionale parlait un banc de roches d'une surface égale et polie, occupant le tiers de la largeur du lit de la rivière. Ces roches surpassaient alors de dix pieds à peu près le niveau de l'eau. Leur extrémité , étant perpendiculaire, formait la rive elle-même du côté du nord. De l'autre rive partait aussi un banc de roches unies, recouvert de dix pouces d'eau, et s'avançant également jusqu'au tiers du canal; et entre ces deux masses, le lit de la rivière était obstrué par une quantité de blocs séparés, recouverts d'un pied d'eau seulement, et jetés çà et là avec tant de confusion que , malgré la profondeur de dix, onze et douze
L'UNIVERS
mes; et les directeurs annonçaient Pin- vrir cette nouvelle branche de coqatention formelle de tout faire pour ou- merce. Alors, le premier facteur de la
pieds des intervalles qui les séparaient, le passage était tout à fait impraticable. Les courants étant d'ailleurs fort rapides, il fallut attendre la marée , qui rompt leur force ou l'équilibre , et qui permit de faire passer les canots sur les rocs. Stibbs croit qu'en tout autre moment l'entreprise surpasserait les forces humaines. Le passage contre le banc de rocs qui partait de la rive septentrionale était si étroit, que le plus large des cinq canots touchait des deux côtés. La rivière, en cet endroit , n'avait pas moins de cent soixante toises de largeur entre ses bords naturel». Au-dessous de la cataracte la profondeur de l'eau était de trois ou quatre brasses. Au-dessus il ne trouva plus, à sa grande surprise, qu'une brasse et demie. A une demi-lieue au delà il rencontra un grand rocher couvert d'huîtres, et à huit heures du soir il arriva auprès d'une basse ou bauc de sable qui n'avait pas plus de quatre pieds d'eau. A neuf heures on jeta l'ancre sur neuf pieds d'eau pour y passer la nuit ; mais les cdttots toute là nuit furent en danger d'être renversés par les hippopotames. Le lendemain on rencontra encore deux bancs , à une distance d'une lieue l'un de l'autre : le premier n'avait que trois pieds et demi d'eau dans sa plus grande profondeur, et le second, qui s'étendait sur un espace d'un demi-mille, à six lieues de Barracouda, occupait toute la largeur de la rivière et resthitdécduverl en partie, f a largeur de la rivière, du reste, augmentait à mesure que sa profondeur diminuait, et en cet endroit elle n'avait pas moins de cent soixante-dix toises. Stibbs, qui était alors malade, fît poursuivre l'exploration par Hull et Drummond sur le plus petit des canots, nommé la Découverte , qui ne tirait que douze pouces d'eau. Ils parvinrent à passer ce banc, et à la montagne de Matlok-Tar, qui était marquée sur leur journal, ils commencèrent à retrouver six pieds d'eau ; ils tombèrent ensuite sur dix-nuit , et la rivière se resserrant jusqu'à soixante toises, ils espéraient beaucoup des progrès ultérieurs de leur navigation. Ils passèrent Matlok-Tar; une lieue plus loin se présentèrent une autre basse et une seconde cataracte; mais, avec un merveilleux bonheur, ils passèrent encore sans toucher aux rocs ni au sable, et se retrouvèrent au milieu du canal sur quatre ou cinq pirds d'eau. Stibbs, qui s'était rétabli, suivit la Découverte avec le canot nommé ta Gambie, et parvint à franchir cette seconde ehute : il y vit un radeau d'écorce qui servait aux habitants pour se rendre de la rive sep-
tentrionale dans une ville du royaume de Cantor, nommée Cwrbambey, et située à trois milles de la rivière, derrière Matlok-Tar. Ayant passé la chute d'eau à quatre heures après midi , il fit dix milles jusqu'à neuf heures du soir, qu'il jeta l'ancre au milieu du canal sur cinq pieds d'eau , mais après avoir rencontré plusieurs basses qui n'avaient que deux ou trois pieds d'eau. Le 18, à six heures du matin , ils passèrent devant une montagne fort escarpée de la rive méridionale. L'aspect du pays était charmant. Un mille au-dessus de la montagne, et du même côté, ils virent un port avec un radeau d'écorce pour passer à Tendiconda, ville distante de deux ou trois milles de la rivière. Ensuite le canal se rétrécissait jusqu'à n'avoir plus que quarante-deux toises de largeur; mais il avait partout sept pieds d'eau, et la distance entre les bords naturels était de cent trente-trois toises environ ; cet espace était couvert de sable en grande partie. A cinq heures après midi on avança une lieue plus loin, jusqu'au pied d'une montagne escarpée, sur la rive méridionale. Ici la rivière tournait brusquement à Test. — Le 19, à six heures du matin on côtoya de nombreuses basses eu vue d'une haute montagne de la rive septentrionale. Stibbs observa en ce lieu beaucoup de saules servant de retraite à des troupes de gros canards. Le canal n'avait que cinquante-huit toises de largeur et six pieds de profondeur. C'est à cet endroit qu'on donna le nom de Troisième Cataracte, quoique le passage fût libre au milieu. Mais le côté septentrional était occupé par un grand rocher, alors élevé de neuf pied* au-dessus de l'eau ; et le côté méridional ne présentait que dessables arides. — Le lendemain on eut à franchir avec beaucoup de peine de nouvelles basses , qui avaient , dans les endroits les plus profonds, seulement treize ou quatorze pouces d'eau. A quatre heures après midi, après avoir fait une lieue , on fut arrêté par d'autres basses encore jusqu'au lendemaïu. Le 11 Stibbs fut occupé à chercher un canal au milieu de toutes ces basses. Il fit débarquer John Hodges, son serrurier, avec un Nègre, et le chargea de s'avancer par terre jusqu'à l'embouchure de la rivière d'York , que le journal de Vermuyden marquait à dix-sept lieues de Barraconda el qu'ils n'avaient pas encore atteinte, quoique Stibbs calculât depub Barraconda une route de vingt-quatre lieues au moins. Hodges, après avoir longé la rivière et exploré les gués pendant quatre ou
SÉiNÉGAMBlE.
compagnie, Hull, le même qui accompagnait Stibbs dans son exploration de
cinq lieues, revint le soir sans avoir trouvé aucune rivière qui ne fût à sec. Les basses où Stibbs était arrêté étaient voisines d'un détour très-brusque de la Gambie, vers le sud ; le sable en était si mobile, qu'on ne pouvait y poser le pied pour aider au mouvement des canots. Au delà on voyait les basses se multiplier : Stibbs prit alors le parti de revenir sur ses pas avec d'autant plus de regret, que les naturels l'assuraient qu'il n'était qu'à une petite journée' de Tenda par terre. En cet endroit, la rivière avait repris une grande largeur : Stibbs mesura cent soixante toises eaviron. ( "Walckenaer, Hist. générale des Voyages , t. III, p. 368-4it. ) Voy. aussi les Cartes de la rivière de Gambra ou Gambie, depuis son embouchure Jusqu'à Eropina , et depub Eropina jusqu à Jtarracondaf par le capitaine Jean Leach, en X73a. — Après Stibbs, les voyageurs qui ont ajouté quelques notions aux connaissances acquises sur le cours supérieur de la Gambie sont Mungo-Park, Moluen, Beaufort. J'ai déjà dit, à propos des sources du Sénégal, combien ks découvertes de M. Mollien étaient peu accréditées dans la science. M. Walckenaer a fait de celles de ses assertions qui se rapportent spécialement à la Gambie une critique très- vive et très-nette, quoique fort concise, dans deux petites notes jetées au bas des pages 179 et i83 du VIe volume de l'Histoire générale des Voyages. Quant aux observations de Mungo-Park, Ritter les a groupées et réunies ainsi pour donner un aperçu du cours supérieur de la Gambie : la source de la Gambie est située, suivant les informations prises par Mungo-Park, vingt milles géographiques à l'ouest de celle du Sénégal. Nous ne savions jusqu'alors rien de son cours supérieur, sinon qu'il traverse la terrasse des Foulahs , et que Mungo-Park passa , à l'est de ce fleuve, six rivières différentes, dont le Nérico est la plus septentrionale. Toutes se dirigeaient vers la rive droite de la Gambie, et la grossissaient au-dessus des Grandes-Cataractes. La chaîne de montagnes limitropfie qui sépare la rive orientale de la Gambie du domaine de la Falémé commence à x3° 33' 33" de lat. nord, et près de io° 5g' de lon£. ouest de Greenwich, non loin de Souti-Tabba. MuQgo*Park appela la première élévation de cette chaîne Prospect-Hill; il aperçut de là la vallée de la Gambie, venant au loin du sud-sud-est et se courbant soudain au sudouest , comme repoussée par le Prospect-Hill. A cet endroit , où le fleuve avait cent yards
la Gambie, fut chargé de faire des recherches surtout sur la rivière de Vintain : il remonta cette rivière, à partir de Jéréja, et en quatre marées il atteignit un pays très-fertile, occupé par une population hospitalière et nombreuse, dans lequel il trouva en grande abondance le coton , l'indigo et les cuirs. Il y découvrît aussi des gommiers qui lui parurent être de même nature que ceux
anglais de largeur, il observa encore, à sa grande surprise, l'effet de la marée, bien qu'elle ne s'élevât que de quatre pouces ; le» eaux du fleuve étaient remplies de crocodiles. Si Mungo-Park fût retourné en Europe, la carte du cours de la Gambie aurait sans doute subi quelques changements. Ce voyageur écrivit à J. Banks dans une lettre de Kaj ee, du 26 avril i8o5 : « Le cours de la Gambie n'est certainement pas si long que le dessinent les cartes; » et dans une aulre de lîadoo, près de Tambacouuda, du a8 mai :
« J'ai fixé presque tout le cours de la Gambie; dans mon ancienne carte , son cours at trop au sud. » Cette simple indication semble avoir suffi au géographe charge par l'éditeur de dresser la carte qui devait accompagner le journal du second voyage de Mungo-Park , pour transponer tout le cours de la Gambie de près d'uu degré plus au nord ( 44 minutes ) : a et ce bouleversement qui rappro- « che les deux fleuves, et qui étrangle leur « intervalle, fut adopté et copié dans toutes « les cartes publiées depuis cette époque , « sans discussion et sans autre autorité qu'une « carte qui ne reposait elle-même sur aucune « observation. » M. Jomard,de qui sont ces paroles, éclairé à ce sujet par diverses observations de MM. Adrien Partarrieu et de Beaufort, et fixé enfin par une communication obligeante des observations que le capitaine Owen avait récemment faiies sur la Gambie, en la remontant jusqu'à Pisania ( i3° 33' nord; 160 54' de longitude à l'occident de Paris ), put donner un nouveau tracé du fleuve, où cette erreur disparut, et où le cours du fleuve fut reporté au sud, c'est-à-dire vers une posiiion qui diffère peu de celle que d'Anville avait assignée au cours de la Gambie dans sa carte d'Afrique de 1749. Voy. la carte du cours de la Gambie au-dessous de Coussaye, et du cours du Sénégal au-dessous dt Moussdla, etc.; par M. E. J. M. D. L., Paris, i8a8; et \e& Remarques que M. Jomard a insérées à l'appui de cette publication dans le Bulletin de la Société de géographie, n° 63, juillet i8a8, p. ag-35.
LUMVERS
du Sénégal et d'une qualité bien supérieure à celle des gommiers qu'on avait trouvés jusqu'alors en Gambie.
D'un autre côté, I alkade de Yanimarreu,sur l'invitation de Hull, envoya dans les pays de l'intérieur au nord de la Gambie deux Maures pour y recueillir des essais de gomme : Hull les examina, et jugea que cette gomme était propre aux mêmes usages que la gomme arabique. Pendant plusieurs années il poursuivit ainsi ses recherches et ses expériences. Le 16 mars 1735, devenu gouverneur, il se rendit au port de Joar, avec l'intention de gagner de là par terre la forêt de gommes (1); auparavant il avait fait, avec le roi de Yani et plusieurs chefs de village , un règlement sur ce commerce, et obtenu d'eux une cession complète de leurs droits sur la partie de cette forêt qui leurappartenait; il avait négocié également avec quelques chefs jolofs , et expédié un messager au roi du Fouta; mais les troubles du pays empêchèrent le voyage de Bull, et ses efforts ne purent aboutir. Quant à l'exploitation d'une autre sorte de gomme nommée adragant ou sang de dragon, tt provenant d'un arbre que les Portugais ont appelé paà de sangue , et qui croit surtout aux environs de Fatatenda, au milieu des rochers, sur le haut des montagnes, Hull l'encouragea aussi ; mais la qualité de cette gomme ne repondit pas à ce qu'on attendait.
Cependant les rapports des établissements anglais et des établissements français étaient toujours réglés par les articles de la convention de 1705; et on peut voir par un seul trait que cette convention était maintenue rigoureusement : ou lit dans le journal de Moore qu'à la fin de Tannée 1723 le gouvernement anglais de J amesfort ayant appris que Harrioty chef du comptoir îran-
(t) llavail appris que les forêts de gommiers ne sont <|u a ciuq journées de Yanimarreu, elà sejil ou huit de la rivière du Sénégal; qu'elles oot seize journées de longueur et seize de largeur; quelles sont partagées entre les Nègres d'Yani, ceux du Fouta et les Grands-Jolofe; que dans les lieux voisins il ne se trouve au* cun habitant; qu'eu tre Yanimarreu et ces forêts on ne rencontre ni rivière, ni aucuu 8«itre obstacle. ( W.ilckenaer , Histoire générale des Voyages , I. III, p. 476. )
fiis d'Albréda, s'était rendu à Tanrowal, et avait dépassé ainsi les limites marquées au commerce français, envoya deux de ses facteurs pour s'emparer du canot et de la personne d'Harrfot, ainsi que des Portugaisqui auraient commercé avec lui : Hanriot avait déclaré hautement qu'il se regard ai t comme libre de remonter sans permission dans tous les poçts de la Gambie. Il parvint à gagner par terre Vintain; mais son canot fut saisi, jugé de bonne prise et employé dans 1 expédition de Stibbs. Ainsi le comptoir d' Albréda ne put jamais étendre ses opérations commerciales dans la Haute-Gambie; toute l'industrie des agents français se borna à entretenir les relations faciles et fructueuses du comptoir de Vintain, et à ouvrir par là une communication importante avec le principal établissement des Portugais, Cachaux, sur la rivière de Santo-Domingo. Quelques événements malheureux empêchèrent encore 1 accroissement du comptoir d'Albréda : le 17 novembre 1730 un incendie considérable le ruina presque complètement, malgré les prompts secours envoyés par le gouverneur anglais. M. Leveuz^ directeur général des établissements français du Sénégal, fit un voyage en Gambie à cette époque, et sans doute à cette occasion; mais notre comptoir ne put être rebâti qu'en 1734 : Moore marque dans son journal que le 12 août de cette année une chaloupe française de Gorée vint demander au gouverneur de Jamesfort la permission de couper du bois sur les bords de la Gambie, à l'effet de le reconstruire. En 1750, à la suite peutêtre d'un même desastre, il fallut encore rétablir ce comptoir: et Delabrue et de Saint-Jean, directeurs, l'un de la concession du Sénégal et l'autre de l'Ile de Gorée, firent pour cela le voyage de Gambie avec trois bâtimeute (l).Le traité de Paris du 10 février
(i) Le naturaliste Adanson était de ce voyage; mais les embarras qui accompagnent tout établissement le gênèrent dans ses observations scienliiiques, et il retourna à Corée après un séjour de trois semaines (Voy. VHistoire générale des Voyages de M. Walckenaer, t. VII, c. 8 ).
1763 , qui enleva à la France les établissements du Sénégal, lui laissa, avec l'île de Gorée et les faibles comptoirs de la côte comprise entre le cap Vert et la Gambie , le comptoir d'AIbréda, mais non plus celui de Vintain, qui pouvait seul lui donner une importance commerciale. Plus tard, certaines dispositions du traité du 3 septembre 1783, et nommément celle de 1 art. 10> firent naître des difficultés entre les deux gouvernements. Cet article portait que « le roi Très-Chrétien garantit, de « son côté, au roi de la Grande-Bre- « tagne la possession du fort James « et la rivière de Gambie; » et les commandants des établissements anglais, d'après une interprétation censée rigoureuse du sens de cet article, voulurent s'opposer au rétablissement du comptoir d'Albréda , dont, à la vérité, il n'était pas fait mention expresse dans le traité , et qui, suivant eux , devait être compris , à titre de dépendance, dans cette possession reconnue de la rivière de Gambie. * Mais , dit l'auteur de la Notice « statistique sur le Sénégal et ses « dépendances , la question se trouve « décidée en faveur de la France par « les termes mêmes des autres articles « du traité. En effet, la restitution du « comptoir d'Albréda est explicite- « ment consacrée par l'art. 19, qui « porte : Tous les pays et territoires « qui pourraientavoir été conquis, etc.,, « dans quelque partie du monde que « ce soit par les armes de Sa Majesté « Très-Chrétienne et qui ne sont pas • compris dans le traité, ni à titre de « cessions , ni à titre de restitutions, « seront rendus sans difficultés; etc.
«Or l'art. 10 se borne seulement à « garantir à l'Angleterre la possession « du fort James et de la rivière de « Gambie, sans parler de cession ni « de restitution. D'un autre côté, on « ne saurait prétendre avec le moindre « fondement que la France ait cédé « la rivière de Gambie à l'Angleterre « de la même manière que cette der- « nière a cédé à la France la rivière « du Sénégal, puisque, d'après l'art.9, « le roi de la Grande Bretagne cède « en toute propriété et garantit à Sa « Majesté Très-Chrétienne la rivièredu
« Sénégal, etc. » (1). Au reste, ces difficultés se terminèrent heureusement. La France rentra en pleine possession du comptoir d'Albréda; il y eut même un entier rétablissement de ce comptoir dans les années 1785 et 86 , à la suite d'événements assez graves, que le voyageur Golbery raconte avec grand détail dans ses Fragments d'un voyage en Afrique.
En 1784, Ali-Sonko administrait le royaume de Barra comme régent et tuteur de l'imbécile BaiSonko, son neveu. L'alquier du village d'Albréda, qui portait le titre de grand alquier, vieillard avide , dur et intrigant, voulant renverser Ali-Souko ou se soustraire à son autorité, et vovant qu'il aimait et protégeait les français, exigea d'eux de nouveaux droits, les menaça et maltraita même des gens de l'équipage de la corvette la Blonde, alors en relâche dans la Gambie; enfin, il s'empara, au nom de Bai-Sonko, des effets d'un capitaine marchand qui venait de mourir à Alhréda, prétendant que sa succession revenait de droit au roi. Ali-Sonko, ne pouvant s'opposer à ces violences, en lit part au gouverneur du Sénégal, M. de Repentigny, qui envoya Golbery et M. de Brach en Gambie, avec la mission d'assurer pour l'avenir la tranquillité de l'établissement et du commerce français. Il y eut à ce sujet deux palabres royaux; dans le second, Ali- Sonko parvint à triompher des intrigues du grand alquier; et il fut accordé aux Français de construire un nouveau fort sur un terrain isolé, et éloigné de deux cents toises à peu près du village, vers l'ouest. Sa situatiou sur
(i) J'ai cité textuellement ce passage de la Notice statistique sur le Sénégal et ses dépend an ce s (p. i53 et 1 54 ), parce que, extrait d'une publication faite par ordre de M. l'amiral barou Dupcrré, ministre secrétaire d'État de la marine et des colonies en i839, il a un caractère officiel, une autorité politique, el que dans ces difficultés, soulevées assez fréquemment par les exigences >les commandants anglais, et par la position désavantageuse, il faut le reconnaître, de notre comptoir, il pourra toujours être invoqué et produit d'une manière triomphante et dé« cisive- à mon sens.
L'UNIVERS
les bords du fleuve permettait d'y établir un débarcadère, et facilitait la retraite en cas d'attaque ou d'insulte. Il fut stipulé, en outre, que le commerce français serait libre dans tout le royaume de Barra, et qu'aucun chef manuingue ne pourrait réclamer à l'avenir les dépouilles des Européens qui viendraient à y décéder; que les Français pourraient tenir une garnison et construire des batteries et des retranchements dans leur comptoir (1). Ce traité date du 31 mars 1785. On sait qu'à partir de cette époque jusqu'en 1817 nos possessions d'Afrique furent dans un état sans cesse flottant et incertain. En 1737 le comptoir d'Albréda fut abandonné; mais il paraît qu'en 1792, ou même antérieurement, il y avait eu reprise de possession, puisqu'en 1817, conformément aux conventions diplomatiques de 1814 et de 1815, il fut rétabli sur le pied où il était en 1792. Enfin, le traité passé le 13 mai 1817 et renouvelé le 15 novembre 1827, mais toujours sur la même base que celui de 1785, régla définitivement l'état de notre comptoir d'Albréda. Je termine en citant quelques paroles de l'administrateur Durand, qui apprécient aussi exactement que possible l'importance passée et future de cet établissement : « C'est une position qui ne sera jamais « d'une grande utilité ; elle est pré- « caire et presque nulle : on ne peut a s'y procurer que ce qui échappe à « l'activité des Anglais, ou ce qu'on « enlève à leur vigilance. Cependant, « je pense qu'il convient de le main- « tenir, moins à la vérité pour les « avantages qu'il présente sous le rap- « port du commerce que pour con- « server le droit de propriété et nos « relations avec les rois du pays , les- « quels ont un goût décidé pour les « Français et préfèrent leurs marchan- « dises (2). »
Cazamance^ En quittant la Gambie pour continuer à descendre la côte, dit M. le comte Bouët, on prolongera , après avoir franchi les passes, le cap Sainte-Marie et le cap Pelé. Les terres au sud du cap Pelé présentent un aspect
(i) Walckenaer, Hist. générale des Voyages, t. V, p. 348-358.
(a) Voyage au Sénégal, p. 83.
nouveau : elles vont en s'abaissant, sont très-boisées et interrompues de distance en distance par des bouquets d'arbres qui de loin ressemblent à autant d'îles, et entrelesquels se découpent des entrées de petites nvièresou marigots. Une baie, assez arquée , mais peu profonde, indique la position de Cougniour et de la rivière Caton. Le village de Cougniour est à deux millesdans l'intérieur, comme aussi celui de Caton, qui est plus au sud. La rivière Saint-Pierre succède à la rivière Caton : elle est plus profonde. La rivière Sainte-Anne, à peu près aussi profonde, succède à la rivière Saint-Pierre. Plus bas le Marigot aux Huîtres et celui de Dyogué coupent les terres de Vile Dyogué dont la pointe sud forme l'extrémité de la rive droite de la Cazamance. Ces marigots se jettent dans cette rivière à l'époque de la saison des pluies. L'embouchure de la Cazamance forme une grande baie, qui se développe entre les terres basses de Dyogué, courant au nord sur la rive droite , et les terres plus élevées de Guimbering , courant à peu près au sud-ouest sur la rive gauche. Deux grands bancs obstruent cette espèce d entonnoir, et s'étendent à environ six milles au large de l'entrée de la rivière proprement dite. La barre une fois franchie, on ne tarde pas à découvrir le mât de pavillon de prise de possession , planté à trois milles au-dessus de la pointe nord de Guimbering, dans l'intérieur de la rivière. On- laisse à la droite un marigot qui sépare Carabane de Guimbering et forme entre ces tles une espèce d'anse convenable pour entreprendre des réparations de navires. Carabane, située sur la rive gauche au-dessus de Guimbering, est, comme Dyogué, une île appartenant à la France. Les deux rives de la Cazamance nous ont été successivement acquises jusques et au delà de l'établissement de Sedhiou, situé à trente lieues environ au-dessus de l'embouchure de la rivière, considéré comme une dépendance du Sénégal et muni d'un fortin flanqué de bastions et défendu par des canons et une garnison de cinquante soldats (1).
(i) L'île de Dyogué a été acquise des
SÉNÉGAMB1E,
La rivière de Cazamance est très- poissonneuse et accessible à de grands navires jusqu'au barrage de Piedras, à peu près intermédiaire entre le fort de Sedhiou et le village de Siquinchor, établissement portugais, situé lui-même à une dizaine de lieues au-dessus de l'embouchure (1).
Comme l'indique M. le comte Bouët, les rives de la Cazamance sont coupées de criques ou marigots et bordées de palétuviers jusqu'à dix lieues de l'embouchure. Le marigot des Huîtres, qui s'ouvre sur la rive droite, à trois lieues à peu près de l'embouchure, est particulièrement remarquable. Il est bordé, comme la Cazamance, de palétuviers extrêmement touffus, et sur ses côtes s'ouvrent aussi des criques plus ou moins profondes, ombragées ellesmêmes de mangliers. Nulle part les racines de ces arbres ne sont plus chargées d'huîtres qu'en ce lieu. Le marigot et Tune de ces criques forment une espèce d'île, qui n'est, à proprement parler, qu'un banc de coquilles, recouvert à peine d'un pouce de terre végétale, mais produisant cependant une grande quantité d'arbres rares , comme Verioglossum caulijlorum , le trichillia prieuriana , Yochna dubia, Voncoba spinosa, le randia longistyla, le combretum comosum, Yuvaria xthiopica, Yuvaria parviflora. C'est dans cette île que M. Perrottet vit, en 1829, les fours à chaux de M. Pierre Bodin, de Gorée, trous plus ou moins vastes, de trois pieds et demi de profondeur, au centre desquels on jetait un tas de bois destiné à cuire et à réduire en chaux les coquilles d'huîtres et toutes celles qu'on extrayait du sol. M. Perrottet eut la facilité d'explorer ces singuliers terrains de la Cazamance, partout sillonnés de criques , de mares salées et couverts
chefs du pays en 1827; l'île de Carabane le janvier 1 836 ; le territoire de Sedhiou , le a4 mars i837, et celui de Guimbering le ier avril de la même année.
(1) Description nautique des côtes de t Afrique occidentale, p. 36-4o.— Voy. aussi les Renseignements donnés sur la navigation intérieure de la Cazamance (jusqu'à l'établissement de Siquinchor ), par le lieutenant de vaisseau E. Ups, ibid., p. 4o-45.
de palétuviers , sur le bateau d'un caboteur français; il put visiter ainsi les villages de Bering ou N'Bring, sur la rive gauche, à huit lieues de l'embouchure; de Samatiie, sur lamêmeriveeta trois lieues à peu près de la mer ; de Cagnut à une lieue plus loin. Des environs élevés de Cagnut on aperçoit, sur le terrain dépendant du cap Roxo, les trois villages de Montsor, de Cagnac- Cay et de Maloumb : ce dernier est le plus proche de la mer.Tous ces villages sont grands et habités par des Nègres Féloups-Yola ou Guiolas, de mœurs douces et hospitalières. Les cases y sont bâties en terre glaise, comme dans les villages des Sosès, mais plus vastes et plus élevées , et cependant encore plus obscures; pour tout mobilier, on y voit des espèces de lits faits de baguettes de bois liées ensemble, soutenues par des piquets à une hauteur de deux pieds à peu près et recouvertes d'une simple natte; pour tout ornement, des os, des dents, des cornes d'animaux sauvages et domestiques, des boucliers de peau d'hippopotame , des arcs et des flèches. Ces Nègres habitent pêlemêle avec leurs bestiaux. Les femmes, en général fort laides et très-sales , se rasent la tête et se ceignent les bras jusqu'aux coudes de larges bracelets de cuivre; des plaques de cuivre, échancrées en forme de coeur, leur pendent au cou. Presque toutes ont les dents limées en pointe. Il paraît que les Nègres de ce canton ne reconnaissent pas de chef, et les affaires publiques s'y traitent toutes dans ces assemblées générales connues sous le nom de palabres.
C'est à une assemblée de ce genre qu'en 1829 M. Blanchard, caboteur français, soumit sa demande de bâtir une case provisoirement, pour le dépôt de ses marchandises, sur le marigot de Cagnut, vis-à-vis de l'extrémité orientale de 17/e des Eléphants, à trois quarts de lieue à peu près du village, et que les Portugais de Siquinchor vinrent former opposition à ce projet. — Au sortir du village de Cagnut, et à droite du chemin qui conduit au marigot de ce nom , s'étend une immense oasis, couverte de la plus belle végétation. Le village de Samatite, comme le précédent, est situé sur un terrain élevé et environné de grands arbres,
L'UNIVERS
de bentaniert, qui couvrent les champs voisins et le village de leur soie jaunâtre; de carappa touloucouna, dont les rameaux retombent jusqu'à terre sous le poids de leurs feuilles coriaces (1); de spondiasm icrocarpa, caractérisés aussi par la longueur de leurs branches et l'épaisseur de leur feuillage. Le nombre des criques qui sillonnent les rives basses du marigot de Cagnut est infini , et l'épaisseur des palétuviers qui les ombragent rend tout à fait impossible l'accès du terrain solide. Il n y a que Vile aux Eléphants y située près de la rive gauche de la Gazamance , qui, dans fa partie inférieure de la rivière, ne soit pas couverte de mangliers : elle est bornée à l'ouest par le marigot de Ghintr bering ; et à Test le marigot de Cagnut la sépare des terrains du cap Rouge et de ceux des villages de Cagnut et de Samatite. Dans une autre direction, M. Perrottet explora curieusement le village de Wagran , situé à une lieue environ au sud de l'île aux fours à chaux et à une lieue et demie à peu près d'/lott, village situé sur la rive droite de la Cazamance, à quatre lieues à peu près de l'embouchure, et presque en face du village de Samatite. La crique qui conduit du marigot des Huîtres a IVagran est très-sinueuse, peu profonde, bordée comme toutes les autres de palétuviers, et environnée de rizières d'une étendue considérable et très-bien entretenues.
Ce vidage de Wagran est placé sur un plateau sablonneux , beaucoup plus élevé que les terrains d'alluvion qui l'entourent, et tout couvert de figuiers, de ta-
(i) « Les feuilles du carappa touloucouna, a pennées avec paire', sont portées sur un « pétiole commun, quia environ trois pieds « de longueur; les folioles sont grandes, épais- « ses, coriaces, et d'un beau vert luisant. Les « Heurs , d'un rose pàle , sont généralement « petites et portées sur de longues grappes de " deux pieds et demi à trois pieds. Les fruits « sont gros, presque sphériques, semblables en « quelque sorte à un boulet de canon, à cinq « rôtes plus ou moins saillantes, contenant un « grand nombre d'amandes presque angu- « leuses ou un peu aplaties du côte de l'axe « du fruit et convexes en dehors. C'est de « ces amandes que l'on extrait l'huile connue « dans ce pays sous le nom d'huile de tou- « loucouna. •»
mariniers , de bentaniers, de mertensias gigantesques, et de touffes épaisses vuvaria parviftora. Les portes des cases du village sont faites avec le bots du bentanier, grossièrement travaillé.
Lourdes , épaisses , elles tournent sur des liens ou espèces de gonds fabriqués avec les tiges flexibles d'un rotang et fermées en dedans au moyen d'une traverse de bois qui glisse sur des crans entaillés dans la porte et entre dans le trou carré d'une mortaise creusée sur le mur (IV
On ne connaît pas la source ni la longueur du cours ae la rivière'de Cazamance; on a longtemps cru qu'elle n'était qu'un bras de la Gambie : cette opinion est encore consignée, comme très-vraisemblable , dans la Notice statistique sur le Sénégal et ses dépendances (2) : « La rivière de Cazamance, y est- « il dit, paraîtêtre un brasde la Gambie, « qui se sépare de ce fleuve vis-à-vis de « 1 ile aux Eléphants (une seconde s'en- « tend), à quarante lieues envi ronde son « embouchure, se dirige au sud-est, puis «à l'ouest, et se jette dans l'Océan, « après un cours de soixante à quatre- « vingts lieues. » Si la Cazamance n'est pas un bras de la Gambie , au moins la communication de ces deux rivières, par un ou plusieurs cours d'eau appelés marigots au Sénégal, et décrits si)us le nom tfeffluents par M. Ralfenel , n'est plus douteuse. Mais cette communication , pas plus que celle du Sénégal et de la Gambie, n'est praticable de manière à faciliter et à accélérer les relations commerciales. On peut croire aussi qu'une communication pareille existe entre la Cazamance et le Santo- Domingo, rivière plus méridionale (3).
Il es! déjà fait mention de la Caza-
(i) Voy. la Relation du voyage de M. Perrottet à la rivière de Cazamance, dans le pays des Peloups-Yola ( i8ao), dans le tome l.X des Nouvelles Annales des Voyages, p. 27-54.
(a) P. ao3.
(3) Le P. Labat, en racontant un voyage de Krtië, gouverneur du Sénégal, d'AlbréJa à Cacbeo, parterre, marque expressément que la rivière de Casamanca ou Cazamance est un bras de la Gambie ; Guillaume Deltsle, dans sa carte posthume de V Afrique française ( 1726), montre ces deux rivières communiquant ensemble par deux marigots qui sortent d'un même lac et cou-
SEINÉGAMBÏE.
mance dans les Navigations oVAlouys après être sortis de la Gambie , ils na-
de Cademoste\ il raconte comment, viguèrent toujours à vue de la côte et
de jour à demi-voile, avec grand égard,
lent vers l'ouest , l'un dans la Gambie, sous de nuit mettant une caravelle à la
le nom de rivière de Gueregue, et l'autre dans de l 'autre, selon que te sort en or-
la Cazamance. D'Anville multiplie ces com- donnait, et demeurèrent en alteextré-
muuicalions dans une carie de la partie oc- mité par l'espace de trois jours , à la
cidentale de t Afrique comprise entre Arguin fin desquels ils vinrent à découvrir la
et Sierra-Leone , qui parut en janvier 1737 ; bouche dun fleuve d'assez bonne étend'abord il indique en note que l'origine de
ique en note que l'origine la rivière de Cazamance n'est pas connue, mais qu'on en fait communément un bras de la Gambie, et qu'il y tu des cartes qui l'en font sortir près de Jagre ou Geagra et de tisle des Eléphans ; indépendamment de cette première communication, qu'il a figurée avec réserve par une double ligne de points, il en marque une autre t'effecltiant par un marigot voisin de Tondeba ( Tenderbar ), qu'il nomme rivière Dierni et qu'il Tait aboutir à un grand lac, une troisième par le marigot de Bintam, qui, au-dessus de Jerèges, se divise en deux bras, appelés, l'un rivière de Sangedegou, l'autre rivière de Sanguedaguderiba (c'est-à-dire Sangedegou d'en haut), et aboutissant tous deux à ce même lac , en même temps que le second bras, sur la rive méridionale duquel est placée la ville de Pasqua, envoie directement à la Cazamance trois rameaux presque parallèles; une quatrième, par un marigot qui s'ouvre sur la Gambie, vis-à-vis du Fort des Anglais, en formant une espèce de delta, dont les bras principaux sont Appelés rivière Beretet et rivière Farba, et qui débouche dans la Cazamance un peu au-dessous de Zingtànchor; enfin une cinquième, par la rivière Combo, qui s'ouvre, d'un côté, tout près de l'entrée de la Gambie, et rejoint, de l'autre, la rivière dus Ostraswx des Huîtres. Il faut dire que sur la carie particulière de la côte occidentale de l'Afrique, depuis le cap Blanc jusqu'au cap de Verga, dressée pour la Compagnie des Indes (juillet I75i), d'Anville n'a reproduit qu'une seule de ces communications, celle qui s'effectue parle marigot de Violam; et c'est celle-là qui se retrouve sur les cartes deBelin ( 1753 et 1765), de fiuache( 1766), et de Jefferys ( 1768 ). Mais, comme on voit, les géographes du dix-huitième siède ne doutaient pas que cette jonction n'existât réellement. En i8a8 le gouvernement anglais , dont l'attention était attirée alors par nos tentatives d'établissement en Cazamance, confia au capitaine Boteler la mission de vérifier si la Cazamance était effectivement un bras de la Gambie : M. Boteler se contenta de relever le cours de la Cazamance jusqu'à Zinghinchor, et dans la Gambie une partie du marigot de
Bintam; les dangers delà navigation, et surtout, on peut croire, la considération que les droits incontestables des Portugais sur la rive méridionale de la Cazamance seraient un obstacle invincible aux vues secrètes du gouvernement anglais et étaient dès là tout intérêt à ses recherches, I empêchèrent de poursuivre sa reconnaissance; s'appuyant alors de l'incertitude et du peu de consistance des renseignements des naturels sur l'existence de cette prétendue communication , et singulièrement des tentatives inutiles de M. Joiner, homme de couleur et l'un des priucipaux traitants de Balburst, pour la découvrir, il en vint à nier absolument qu'il y en eût une. Mais cette opinion fut accueillie généralement avec défiance, et le lieutenant gouverneur des possessions anglaises en Gambie, M. Rendait, reprit en i83 1 cette importante exploration. Au delà de Bintam , il s'engagea dans le marigot de Jataban, qu'il supposait être le bras principal; remonta jusqu'à Gifarang, à une dislance de quarante milles à peu près, puis vingt milles plus haut, jusqu'à Radjacoonda ; mais il s'arrêta cinq milles plus loin : la navigationdevenait, à la vérité, de plus en plusdifGcile, à cause surtout des mangliers qui bordent les deux rives ; cependant Peau était suffisamment profonde, et ce ne fut que l'approche des tornados et des pluies qui décida M. Rendait à abandonner l'entreprise : du reste, il revint plus convaincu que jamais que la jonction des deux rivières existait. ( Voy. dans le III" vol. du Journal of the royal geographical Society of London, part. 1, p. 7a, une note communiquée par M. W. Hay et publiée sous le titre de Supposed junction of the river Gambia and Casamanza, on the western coast of A'rica. ) Les documents contenus dans cette note donnèrent occasion à M. d'Avezac d'examiner de nouveau ceUe question , et, complétant les unes par les autres les diverses notions acquises, il a vrai- 00 peut le dire avec lui, établi la
communication de toutes pièces. ( Voy. dans le tome 1er de la deuxième série du Bulletin de la Société de géographie, p. 46-54, une noie sur la communication mutuelle de la Gambie et de ta Cazamanse. )
L'UNIVERS
due y et pouvant avoir de large t espace d'un demi-mille, laquelle outrepassant devers le soir, ils virent un petit golfe qxCon eût quasi pris pour la bouche d'un fleuve; puis le matin ensuivant y mettant, voue au vent, ils engolfèrent quelque peu, tellement que la bouche d'un autre grand fleuve se présenta à leur vue, laquelle ne semblait guère de moindre grandeur que le fleuve de Gambra, dont les rivages, tant d'un côté que d'autre, se voyaient tout couverts aune infinité d'arbres hauts, drus et verdoyants, qui leur donna envie de s'en accoster, si qu'ils y vinrent surgir; comment ils furent acertainés par les truchements que le fleuve se nommait Casamansa, comme si ton voulait dire le fleuve du seigneur noir nommé Casamansa, lequel faisait sa résidence dans icelui, trente milles avant. Ils firent départ le jour ensuivant y après àvoirobservé que depuis le fleuve de Cambra jusqu'à celui-ci de Casamansa y a environ cent milles, qui sont vingt et cinq lieues. Les établissements des Portugais en Gazamance remontent aune date très-ancienne quoique incertaine. M. de Santa rem a remarqué que dans la carte d'Afrique dressée par Hondius pour l'édition de Mercator, et publiée en 1609, il y a un château sur Casamansa, et que toute la nomenclature de la côte de Guinée est portugaise; que dans la carte de Bertius de 1640 on trouve sur Casamensa le mot Guiâo, mot employé par les Portugais, surtoutau quinzième siècle, comme un emblème d'empire et de possession, et retenu vraisemblablement par Bertius d'une ancienne carte dans laquelle le pavillon portugais était déployé sur Casamansa (1). D'un autre côte, Alvarez d'Almada nous montre les Portugais vivant en pleine sécurité à la cour du roi de Casamansa, mais forcés de communiquer avec le lieu de sa résidence , Brucama, situé, si l'on ajoute foi aux renseignements de Cademoste, a trente milles en remontant dans la rivière , plutôt par le rio Domingo que par la Cazamance même. A l'époque où écrivait Almada , il y avait plus de vingt-cinq ans qu'aucun
(i) Bulletin de la Soc. de géographie, «• série, t. XVI, p. *48.
vaisseau n'était entré dans cette rivière, parce que les Nègres révoltés contre le roi de Casamansa , les Banhuns Jabundos et les Banhuns Izigichos, barraient le passage à tous ceux qui voulaient se rendre dans ses États (1). D'après cela , et d'après la réputation de férocité que les populations riveraines de a Cazamance inférieure ont conservée trèslongtemps (2), je suis porté à croire que les Portugais n'ont jamais eu d'établissements dans la rivière au-dessous de Zighinchor.
Le voyage de Bruë , d'Albréda à Cacheo, en 1700, nous fait connaître l'état et le nombre de leurs comptoirs ou forts entre la Gambie et le rio Domingo : de Jamesfort il gagna , par la rivière de Vintam ou de Saint-Grigou, la ville de Vintam, où il trouva établis un grand nombre de Portugais, qui s'y étaient même bâti une belle église. De Vintam il se rendit à Gérèges , où l'alquier nègre , les Portugais et les facteurs des comptoirs anglais et français le reçurent avec de grands honneurs ; il ne manqua pas d'aller visiter l'empereur de Foiny ou de Fonia , qui résidait à une demilieue de Gérèges : les Portugais formaient une partie considérable des populations soumises à ce souverain ; ils lui payaient un tribut annuel, et s'étaient mêlés entièrement aux Bagnons et aux Feloupes; et Brué fit la remarque que les Feloupes de Vintam et de Gérèges étaient presquecivilisés, en comparaison des tribus indépendantes qu'il rencontra en avançant vers la Cazamance. L'alquier de Gérèges, par ordre de l'empereur, lui fournit des chevaux . et avec une escorte de seize personnes Bruë continua son voyage. Le premier jour il fit dix lieues ,v et atteignit Pasqua, grand village de nègres Bagnons, entouré des plus belles cultures, et où l'empereur entretenait une garnison de cent fusiliers nègres pour contenir les Feloupes sauvages : Bruë logea dans la maison d'un Espagnol , à une lieue
(i) Nom. Ann. des Voy„ t. XCIV, p. i to.
(a) Voy. à ce sujet les remarques très-curieuses d'un voyageur anonyme, publiées à la fin des Voyages du sieur Lemaire aux (les Canaries, Cap-Vert, Sénégal et Gambie, en i68a. Paris, in-ia, 1695.
SÉN ^GAMBIE.
de Pasqua , sur la rivière; puis il s'engagea clans le pays des Feloupes indépendants; il eut à passer deux petites rivières qui tombent dans celle de Pasqua, mais ne fut pas inquiété, et arriva le troisième jour à James ou Jam, à quatorze lieues de Pasqua. Jam est l'endroit de tout le pays qui produit le plus de cire; il s'y tenait un marché deux fois la semaine. Les Portugais établis dans les environs venaient y acheter la cire brute, la purifiaient, et la dirigeaient de là sur Cacheo. Bruë quitta là ses chevaux , et prit des canots pour se rendre àCacheo. Une lieue au-dessous de Jam il entra dans la Cazamance, deux lieues plus haut qu'un fort portugais situé sur la rive gauche de cette rivière : ce fort consistait en deux demi-bastions faisant face à la rivière et deux bastions du côté de la terre montés de quelques pièces d'artillerie. Une lieue plus loin il rencontra le village de Bayto, où les Portugais avaient encore une redoute avecquinze petits canons etquinze hommes de garnison ; ce canton lui parut malsain et humide. Bruë, en s'avançant vers un village de Nègres Bagnons situé sur un ruisseau qui, sortant de la Cazamance, passe par Ghinghin et tombe daus le Santo-Domingo, trois lieues audessus de Cacheo, se trouva égaré au milieu de marais profonds, il put cependant gagner Gninghin , qui n'est qu'à trois lieues de Bayto. Ce village était peuplé, moitié de Bagnons, moitié de Portugais, qui employaient à la préparation et au transport de la cire , et à la culture de leurs terres, un grand nombre de Gromettes. Enfin de Ghinghin il gagna, Cacheo sur un bâtiment anglais : Cacheo ou Cacheu, qui est encore aujourd'hui l'un des principaux établissements des Portugais sur la côte occidentale d'Afrique , était en pleine prospérité à l'époque du voyage de Bruë.
Il est situé sur la rive méridionale de la rivière, à six lieues de son embouchure. Les Portugais paraissaient avoir éprouvé une grande résistance de la part des indigènes, en voulant s'établir dans ce lieu; et ils n'avaient rien négligé pour s'y fortifier (1). Ils y avaient élevé un rempart
(i) For. l'extrait de la Relation des rivières de Guinée, d Alvarez. d'Almada, publié
bien palissade, et y entretenaient une forte artillerie : la garnison se composait de trente hommes, commandés par un capitaine-major, qui prenait le titre de gouverneur, un lieutenant, un alférès ou enseigne, et un aide-major. La ville était défendue , à l'ouest , par un fort triangulaire qu'on nommait Casa forte.
Les officiers civils de l'établissement étaient un intendant, qu'on nommait sindycanie^ un receveur des droits et quelques commis. Les maisons étaient construites en terre glaise, blanchies au dedans et au dehors; elles étaient spacieuses, mais élevées d'un étage seulement, recouvertes dans la saison des pluies de feuilles de lataniers, et dans les temps secs d'une simple toile suffisantà les garantir de la rosée et du soleil. U y avait dans la ville une église paroissiale, desservie par un curé et deux prêtres, et un couvent de capucins entretenu aux frais du roi de Portugal et dépendant de l'évêque de Santiago. Il s'y faisait annuellement un commerce de deux ou trois cents esclaves à trente barres par téte, de cent quintaux de cire à seize barres le quintal, et autant de quintaux d'ivoire à dix-huit barres le quiutal. La relation du voyage de Bruë ajoute à ces détails un tableau du genre de vie et des mœurs de la population portugaise de Cacheo. A
firoprement parler, il n'y avait pas de ami Iles portugaises dans cette ville; mais les habitants, même les plus considérables, appartenaient à une race mêlée, difficile souvent à distinguer des Nègres. Outre l'établissement de Cacheo, les Portugais ont encore , dans le haut de la rivière , le comptoir de Tarinha. Aujourd'hui que la traite ne se fait plus dans la rivière de Santo-Domingo, le lieu peut-être de l'Afrique occidentale où elle se faisait le plus activement autrefois , les économistes portugais insistent sur l'importance d'y fadans les Nouvelles Annales des Foyages, t. XCIV, p. 36a -70. J'indiquerai ici unecarle curieuse intitulée : Carte particulière des costes de t Afrique, qui comprend le royaume de Cacheo, te province ( sic ) de Gelofo, elc, levée par ordre exprès des roys de Portugal sous qui on en a fait la découverte. A Amsterdam, chez Pierre Mortier, libraire.
L'UNIVERS
voriserle commerce de la gomme et la culture du riz , et d'y essayer même la culture desépices (1).
Côte des Bissagos , comprise entre le cap Roxo et les îles ae Loss (2).
La côte qui s'étend depuis le cap Roxo jusqu'aux fies de Loss, et que M. le comte E. Bouët a classée sous le nom de côte des Bissagos , a été la fraction de côte le plus tardivement explorée du littoral occidental de l'Afrique; maintenant encore elle offre à la curiosité des géographes, entre le rio Grande et le rio Compouny, toute une plage complètement inconnue et d'un abord fort difficile, sinon impossible; l'archipel des Bissagos lui-même , dont les Iles plates, vertes et entourées d'un rempart de vase, sont jetées au large du continent, n'est pas encore complètement hydrographie; dans les canaux peu profonds qui séparent ces lies les unes des autres circule un courant violent, assujetti aux variations régulières des marées , et qui fait de ces îles autant de dépôts d'alluvion auxquels la mer a mêlé ses sables ; couvertes de bois et de palmiers, elles annoncent presque toutes une grande richesse de végétation; niais, au large, c'est une ceinture de récifs qui défend les approches de l'archipel ; en dedans de cette lisière, ce sont des hauts fonds ou des bancs de vase infecte, accumulés sur les contours des lies , lesquels restant découverts à mer basse en rendent ainsi la fréquentation difficile et le séjour malsain.
Des navires de grande dimension, bien pilotés, des corvettes même , peu-. ,vent très-bien passer entre l'archipel des Bissagos et le continent par le canal dit Canal oriental des Bissagos. Après avoir doublé les terres peu élevées, mais très-boisées, du cap Roxo , on gouverne pour contourner les bancs de Cacheo; on laisse ainsi à sa gauche, sur le conti-
(i) "Voy. Memoria sobre tu colonias de Portugal sitimdas na costa occidental o?Africa , mandada ao governo pelo antigo governador gênerai capitéo do Reyno de Angola Antonio de Saldana da Ganta, i83Q,irt-8°.
(a) Description nautique des cotes de t Afrique occidentale de M. le comte E. Bouët.
nent, le cap Barella et la petite crique de ce nom , qui , suivant les caboteurs sénégalais, communique avec le bas de la Cazamance. Les abords de la rivière de Cacheo ou Santo- Domingo , qui succède à Barella, sont défendus par des bancs et des brisants au milieu desquels les caboteurs passent journellement pour se rapprocher de terre ou pour pénétrer jusqu à Tarinha, comptoir portugais établi au haut de la rivière. — Après avoir contourné les bancs de Cacheo, les pratiques de Gorée font d'habitude reconnaître les Uots rocailleux de Cayo, auxquels succèdent les îles vertes et boisées de Jatte et de Bassi, habitées parles Papels; on est alors en plein canal , la terre s'aperçoit des deux côtés; les lies qu'on a en vue sont basses, marécageuses ; quelques-unes paraissent un peu plus élevées , mais elles sont entourées de terres très-basses, sur lesquelles les arbres surgissent de Peau à demi noyés. Pendant la belle saison la brise de l'ouest est fraîche dans le canal, ot permet d'en suivre facilement les contours, poussé par un courant de trois milles de vitesse par heure : après avoir laissé à sa droite nie Casegut, qui se lie à la grande Ile de Formose, on est à I l'ouverture du rio Geba; et après avoir doublé Vile Bourbon par le nord ou par le sud , on va jeter l'ancre entre l'île Sorcière et l'établissement portugais de Bissao, Saint-Joseph, bâti sur Ta rive droite de la rivière (1). herioGeba n'est pas à proprement parler une rivière, non plus que le rio Grande , le rio Bolole, etc. : ce sont des estuaires ou bras de mer qui s'avancent assez profondément dans les terres pour remplir les espaces creux, laissés parles alluvions, et les dessèchements de toute cette fraction du littoral ; c'est à peine, en effet, si un mince filet d'eau douce vient se jeter dans le haut de quelques-uns de ces bras de mer. -Le fort de Bissao n'est que le point d'appui militaire du com-
(i) Voy. les Renseignements sur la route à faire pour se rendre a Bissao, et la description des terres voisines du canal qiù y conduit, recueillis par M. F. Lahalle, lieutenant de vaisseau, et insérés dans la Description nautique des côtes de F Afrique occidentale, p. 53-57.
mcrce portugais dans le rio Geba : c'est pour continuer à parcourir le canal
Geba même , situé au haut de la rivière , oriental des Bissagos , la sonde à la main,
qui en est le centre principal; mais l'eau on laissera à sa droite , poursuit M. le
est peu profonde pour y arriver; et d'ail- comte Bouét, rarchipel des Bissa-
leurs la fréquentation du rio Geba au- gos proprement dit, puur pénétrer au
dessus de Bissao a été interdite au corn- milieu des îles Boulam, Gallinas, Car
merce étranger par le Portugal, dont gnabac ,Jombére, qui sont très-rappro-
cette rivière est une possession. « Cecom- chées du continent et avoisinent les ca-
« merce prendrait cependant un grand naux les plus facilement navigables;
« développement si les habitudes de l'île de Boulam et l'île de Gallinas sont
« traite de noirs, invétérées chez les Por- les premières entre lesquelles on passe :
« tugais européens et iudiçènes de ces éta- toutes les deux sont boisées ; et à Boulam
« bhssements, n'absorbaient pas toutes surtout la végétation se présente avec
« leurs idées et la plus grande partie de une merveilleuse richesse. Les terres de
« leurs spéculations. » Le fort de Bissao cette îlesont assez élevées et ferrugineu-
estd'ailleurs bien placé : il est armé d'une ses danscertaines parties ; uneceinture de
quarantaine de bouches à feu ; mais ex- roches également ferrugineuses entoure
cepté huit de ces pièces, du calibre de l'île, et l'on y trouve une source d'eaux
douze, qui sont montées sur des affûts minérales près de l'établissement portu-
en fer, les autres canons sont hors d'état gais. A marée basse il est impossible
de servir; la maçonnerie du fort est né- a des embarcations de parvenir jusqu'à
eligée et envahie par de longues heibes; ces ceintures déroches, dont les abords la garnison se compose de quelques sol-
dats noirs à demi vàus, commandés par cha de „ vilu enfoarée de
Un mulâtre (1). — Ln quittant BiSSao gr0s \nurs, était une espèce de forteresse d'où
lés Gourmettes avaient souvent lui à coups (il L'ile de Bissao, dans laquelle est si- de pistolet les sentinelles portugaises sur les tué l'établissement portugais de Saint J&. remparts. Leur seul chef était un juge de seph, est habitée comme toutes les îles qui la paix choisi parmi eux et institué par le gouprérèdent, l'île de Jatte, l'île Bassi, par les vernement portugnis pour juger leurs diffé- Pape/s et par une population étrange, com- rends. En 1S44, profitant Je difficultés surposée d'individus de toute race et de toute na- venues entre les Papels et les Portugais , les tion, qu'on réunit sous la dénomination com- Gourmettes vinrent attaquer les négociants
mune de Gourmettes. Les Papels ou indi- dans leurs maisons, et en pillèrent quelqueagènes sont les vrais maîtres du pays; c'est unes. Le gouverneur de Bissao se vit alors une race sauvage, mais nullement méchante, forcé de demander des secours au Sénégal et tout occupée de la culture du mil, du pour dégager les négociants et la garnison maïs et du riz, et de l'élève des bestiaux; ils portugaise. Une vigoureuse intervention de habitent dans l'intérieur de l'île, par petits M. le capitaine de corvette Baudin, rommanhameaux de quatre ou cinq maisons , grou- dant de la station française des cotes occîpés autour du grand village de Bandy, qu'ot> dentales d'Afrique, rendit à la colonie les cupe le roi, chef de l'île entière. Les Gour- moyens de se défendre contre de nouvelles mettes, vivant en apparence sous la protee- attaques des indigènes : il exécuta ce que tion du fort portugais , sont de fait souve- depuis cinquante ans le gouvernement porraius de la rivière, qu'ils remontent sur de tugais désirait sans oser le tenter, la desnombreuses pirogues , pour aller chercher truct ion du village des Gourmettes, et replaça dans celte riche contrée la cire, I ivoire, la ville de Saint-Joseph sous la protection les peaux, l'huile de palme et tous les pro- immédiate deson fort. Le brick anglais tAlert daim qui y abondent ; ce sont eux encore qui vint continuer pendant quelque temps ce guident comme pilotes les caboteurs euro- qu'avait commencé le commandant Baudin , péens qui vont traiter dans l'intérieur même mais sans pouvoir arrêter définitivement ces de l'archipel des Bissagos : voleurs, irasci- hostilités, si préjudiciables au commerce imbles, cruels, ils faisaient subir même aux Por- portant que le Sénégal et la Gambie entretugais d'intolérables vexations. Au nombre de tiennent avec le rio Geba. ( Voy. un extrait du sent ou huit cents, ils occupaient un immense Rapport de M. le commandant Baudin, village bâti entre le fort et la ville de Saint- adressé, U Ier nov. 1844, au ministre de la Joseph, sur le bord même des fossés du fort, marine, dans les Annales maritimes, Revue de manière à en paralyser toute l'artillerie : coloniale, 1845, u° 9. )
L'UNIVERS
sont obstrués par de vastes plateaux de vase infecte, sur lesquels il faut passer, après avoir attendu la montée de la mer. Après avoir franchi le canal que resserrent les lies Gallinas et Boulam, on est droit à l'ouvert d'un autre bras de mer, auquel on a donné le nom de rio Grande. Le rio Grande s'enfonce à une douzaine de lieues dans l'intérieur des terres alluvionnaires de ces parages , et ces deux rives sont , pour ainsi dire, dentelées d'une multitude de pointes et de criques assez profondément prononcées. Comme plusieurs autres golfes allongés de cette fraction de côte, le rio Grande n'est alimenté que par les eaux de la mer; son cours, large et profond, permet à des navires de moyenne grandeur de remonter facilement à une douzaine de lieues de son embouchure , près du point où des Sénégalais de Goréeont élevé une factorerie pour la traite dumil, que cette localité produit en abondance. Le rio Grande se divise en deux branches, à cinq lieues de son embouchure : l'une court au nord et conserve le nom primitif; l'autre, sous le nom de rio Bolole, court à l'estsud-est : c'est dans cet embranchement et sur la rive gauche que s'élève la factorerie française. Les Bia/ares habitent la rive droite, et les Nalous la rive gauche. Dans le rio Grande la sonde accuse un brassiage moyen de seize mètres depuis l'embouchure jusqu'à la factorerie française. « 11 est faciled'aperce- « voir combien la fréquentation du rio « Grande serait avantageuse pour lecom- « merce si les caravanes de l'intérieur « venaient apporter au fond de ce golfe, « déjà si enfoncédans les terres , les pro- « duits divers des contrées voisines; mais « il n'en est rien : aussi , le mouvement « commercial de rio Grande n'est-il pas « comparable à celui de rio Nu nez, ni « même à celui de Bissau, malgré les fa-
* cilités qu'il offre pour la navigation. « Ces deux rivières ne sont cependant
• elles-mêmes que des bras de mer à peu « près semblables, maisqui aboutissent à « des centres commerciaux fréquentés de- « puis longtemps par des caravanes. »Une fois hors de rio Grande, on continue à descendre le canal avec rapidité, laissant à sa gauche le littoral jusqu'ici impraticable qui sépare rio Grande de rio
Compounv; et à sa droite, après avoir parcouru dix à douze milles environ, l'ife de Cagnabac. qui, par sa position sur le canal et la richesse de sa végétation, serait d'une importance presque égale à celle de Boulam. Cette île, qui passe pour inhabitée , est très-bien cultivée, et Ton y récolte beaucoup de riz ; les noirs du littoral sont doux et bienveillants; mais les pilotes de Gorée, familiarisés avec ces localités , assurent qu'il y a dans l'intérieur des peuplades sauvages qui évitent tout contact avec les Européens : sans nul doute, marque M. le comte Bouët, sur cette Ile comme sur beaucoup d'autres de l'archipel des Bissagos , des négriers euro • péens auront fait des enlèvements de noirs par ruse ou par force , et rendu ainsi la fréquentation de notre race en horreur à ces peuplades; mais c'est un préjugé qu'il n'est pas impossible de détruire dans l'intérieur de l'archipel ou des îles du canal , comme les caboteurs du commerce de llle de Gorée l'ont déjà détruit parmi les peuplades du bord de la mer. Le fond du sol de Cagnabac est ferrugineux , mais recouvert de terres fécondes et boisées; on y trouve de l'eau qui conserve une teinte ferrugineuse. En quittant Cagnabac , on peut débouqucr des Bissagos par le grand canal qui est entre l'île Harang et l'île Cavalo, ou, si l'on veut continuer à prolonger le littoral du continent, passer entre l'île Cavalo et l'île Jombére , où il v a franc passage; ces deux îles sont inhabitées, basses et couvertes de bois.
En continuant à descendre le canal, on dépasse le reste de la fraction du littoral, encore inconnue géographiquement, dont j'ai parlé précédemment : on est alors tout à fait hors du canal oriental des Bissagos, canal assez profond, qui sépare, comme on le voit, le continent ou les îles qui l'avoisinent de l'archipel des Bissagos proprement dit : c'est avec cet archipel, ignoré encore des caboteurs, qu il serait curieux et important tout à la fois d'ouvrir et de multiplier les relations de commerce et de civilisation. Après avoir débouqué du canal des Bissagos , on aura les roches des Aica- Iras et les bancs de la rivière Compouny à contourner, pour se mettre eu position d'entrer dans le rio Nunez. On peut, en
quittant Alcatras, continuer à faire du sud jusqu'à se mettre par le parallèle du cap Verga , pointe de sable assez basse dont le contour est indéterminé.
Une chaîne de montagnes, dont les sommets, bien distincts et assez élevés , se présentent de loin sous l'aspect d'Iles , part du cap et décrit une courbe vers le nord-ouest jusqu'à l'entrée du rio Nunez. La côte forme, à partir du cap Verga, une baie qui remonte par une courbe sensible au nord-ouest pendant l'espace de seize à dix-huit milles. Cette baie est terminée au nord par ta rive gauche du rio Cappatches, aont l'embouchure se remarque aisément au milieu des palétuviersdelacôte.LarivedroiteduCappalches est terminée par Vile Gonzalez , qui termine en même temps la rive gauche du rio Nunèz, et est la pointe la
[>lus avancée de la presqu'île formée par élit des deux fleuves. Après avoir reconnu le cap Verga, on louvoie pour remonter au nord , en passant successivement par le travers de l'île Gonzalez et de la pointe Bencer, et l'entrée du rio Nunez se présente alors comme une vaste baie. La pointe de Kembutto termine au nord-ouest la rive droite du rio Nunez ; elle est située à six milles au nordnord-ouest de la pointe occidentale de l'île Gonzalez, et sépare le rio Nunez du rio Compouny. Le bassin extérieur du rio Nunez, compris entre la ligne qui joindrait les pointes de Gonzalez et de Kembutto, et celle qui joindrait les pointes du Zèbre et de la Malouine , a nuit milles de longueur ; entre ces quatre pointes sa direction générale est le nord-est; la largeur du bassin diminue graduellement, et se réduit à un mille et demi entre les pointes du Zèbre et de la Malouine. Le fleuve forme un coude entre ces deux pointes, et remonte au nord l'espacede deux milles. L'entrée n'a pas de barre; à deux milles et demi au nord-est de l'entrée, une île basse, nommée Vile de Sable, partage le fleuve en deux bras; les pilotes fréquentent surtout celui du sud. Après l'étranglement qui comprime le fleuve entre la pointe de la Malouine et du Zèbre, les rives du rio Nunez divergentde nouveau, et forment un second bassin , qui court au nord-nord-est l'espace de six milles
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jusqu'à Victoria : à quatre milles de la pointe du Zèbre on trouve une seconde île, couverte de mangliers et nommée lie Longue, qui sépare de nouveau le fleuve en deux bras. Ce second bassin reçoit un grand nombre de criques; l'une d'elles , située à un mille en aval de nie Longue , est profonde, et communique avec les rivières qui sont situées au nord-ouest , et permet dépasser jusuu'à Bissao. L'aspect général des dëux bassins est à peu
firès le même : dans le bassin extérieur, es terres de la rive droite sont presque nues , et présentent des berges de quelque élévation entre la pointe de Kembutto et celle de la Malouine ; les terres de la rive gauche ne reçoivent de relief que par les arbres qui lés couvrent : les plages en sont basses et couvertes de mangliers , dont le rideau intercepte la vue. En quelques rares endroits on aperçoit de petites plages de terre glaise.
Dans le bassin intérieur, la rive droite, comme la gauche , présente une longue haiede palétuviers. — APicloria, comptoir appartenant à M. Skelton , homme de couleur des États-Unis d'Amérique, le fleuve se bifurque : le bras principal continue à s'étendre vers le nord-est, tandis que le second bras court vers le nord-ouest et va, dit-on, rejoindre la rivière du nord , et peut aussi servir à communiquer avec le rio Grande et Bissao.
Si l'on continue à remonter le bras du nord-est, au delà de Victoria, on voit les palétuviers reparaître, les berges s'élever et le litse rétrécir jusqu'à n'avoir plus qu'une largeur de quelques encablures.
Le fleuve fait ensuite plusieurs coudes presque à angle droit. Les berges atteignent leur plus grande hauteur près d'un village appelé Casa-Cabouly, résidence ordinaire du chef des Nalous ; elles ont en ces endroits quatorze mètres au-dessus des basses mers. La rivière y fait un double coude, et y est rétrécie par un double banc qui rend la défense de ce point très-facile. Au delà de ce village les berges s'abaissent et le rideau de palétuviers recommence jusqu'à Rappace. Les hauteurs situées sur la rive droite viennent en ce point mourir en pente douce au bord de la rivière. On aperçoit de Rappace les hautes montagnes qui séparent rio Pungo de rio Nu-
L'UNIVERS
nez, chaîne qui va rejoindre la haute terre du cap Verga . et qui est proprement le premier échelon du Fouta Djallon. De Rappace jusqu'à la fin de son cours le rio Nu nez offre toujours à peu près le même aspect; il se resserre de plus en plus jusqu'à IVackar'ta, situé à quinze ou seize milles en amont de Rappace. Les navires peuvent remonter à la faveur de la marée à plusieurs milles de Wackaria , mais en passant sur des plateaux qui assèchent à basse mer. — On compte dans le rio Nunez quatre ou cinq factoreries françaises , anglaises ou américaines, qui se partagent un commerce de
Suatre millions de francs à peu près, dont îs articles principaux sont , en exportations, le café, l'or, les cuirs veris, le riz, l'ivoire, et, en importations, les cotonnades, la poudre, les armes et une prodigieuse quantité de sel (1).
— On arrive au rio Pungo par deux passes, Sand-Iiarrel Mud-Barr: la dernière est àûre; lorsqu'on s'y est engagé on navigue quelqués lieues dan- des marigots, et l'on vient tomber à Charles- Tutvn-llarr, ûs-a-vk Sa nd-Barr; c'est un banc de sable que l'on passe à marée haute; un navire calant dix pieds ne court aucun danger; dans les grandes marées un navire d'un tonnage beaucoup plus fort peut franchir ce banc. Un voyaneursénégalaisqui.en 1829ou 1830, parcourut la côte occidentale d'Afrique, depuis le Sénégal jusqu'à Sierra-Leone , pour chercher de nouveaux débouchés au commerce français et marquer les lieux les plus propres à recevoir de nouveaux établissements, entre autre- fragments de son voyage, a publié î>ur le rio Pungo les observations les plus intéressantes (2). Ce p«ys lui avait paru méri-
(i) J'extrais textuellement ces détails des Renseignements nautiaues de MM. PhiL de Kirhallel ut l*leuriot de I .angle, lieutenants de vaisseau, pour venir reconnaître l'entrée du rio Aimez et en remonter ou en redescendre le cours, insérés dans la Description nautupie des cotes de r A/rioue occidentale, p. 67 f>4. — Il convient de les suivre sur le plan de l'entrée du rio Auriez el sur le plan du rio Annez, levés par ces officiers en 184a, et publiés au Dépôt général de la marine en
(ï) Voj . les Annales maritimes, au née i83o, II' part., t. II, p. 98- ti.
ter une attention toute particulière par le commerce qui s'y fait, par le caractère facile des indigènes et par la fertilité du sol : les Nègres Soussous, qui l'occupent, sont abondamment pourvus de riz, de mil, de pistaches, de manioc , d'ignames, de bananes, de plantains.
Les citronniers, les orangers, les cor ossoliers, les manguiers, les goyaviers, y viennent très-bien et sans culture; les ananas et les pommes d'acajou se trouvent dans les bois, et surtout le caroubier, dont le fruit sert de nourriture aux marchands qui voyagent en caravanes. Les sources d'eau douce y sont très-abondantes; à chaque quart die heue on rencontre un ruisseau d'eau limpide, où Ton peut se désaltérer et se baigner. Les branches principales et les nombreux marigots du rio Pungo sont bordés de mangliers couverts d'huîtres. Un comptoir établi au rio Pungo attirerait, à ce qu'il semble, aisément tout le commerce du Fouta Djallon; c'est le point où les marchands d'or peuvent venir le plus vite et le plus sûrement , n'ayant a traverser que le pays des Djallonkais, mahométans comme eux , et pouvant atteindre en trois jours de marche le pays des Soussous, tributaire du Fouta Djallon. Il pourrait rappeler encore les marchands du Soulimana, qui y venaient autrefois, mais qui s'en sont éloignés par suite des perfidies de quelques Européens et mulâtres établis en ces lieux; enlin, ce comptoir servirait d'entrepôt aux marchandises françaises destinées pour Sierra-Leone. Ce voyageur désignait même comme un emplacement très-avantageux un lieu nommé Dominger, situé au bord de la rivière, mais dans une position assez élevée, au-
Erès d'une source, et au-dessous de la ifurcation de la rivière, de telle sorte qu'aucun navire ne pourrait entrer dans le rio Pungo sans passer devant le comptoir, les marigots au-dessous n'étant navigables que pour des pirogues. Le pays contient une quantité prodigieuse d'abeilles ; la cire est le principal objet du commerce des indigènes. Les caravanes apportent de l'or, de l'ivoire, de l'écaillé do tortue, de la cire, du riz, des cuirs, des bestiaux; les caboteurs du pays pourraient 6e procurer dans les environs de la gomme copal et des bois
de teinture, et dans les marigots on traite avec les Bayas du sel et de l'huile de palme. Or, pour s'établir dans ce pays il faudrait nécessairement faire un traité d'alliance avec le Fou ta Djallon : l'almamy de ce pays donne au rio Pungo un chef ou gouverneur, qui y vient de temps en temps rendre la justice et de qui dépendent tous les petits chefs soussous (1).
— Le groupe des lies de Loss se compose de six îles, tant grandes que petites: ce sont les îles Tamara, Loss ou Facfory, Crawfort, du Corail, Blanche, et à Cabris. Ces trois dernières ne sont que des Ilots de roches inhabités.
La relation d'Alvarez d'Almada, résumé méthodique des connaissances géographiques acquises par les Portugais jusqu'au commencement du dix-septieme siècle , contient une description intéressante de cette portion du littoral africain que, d'après M. le eomte E. Bouët, j*ef appelée côte des Bissaqos. Les îles des Bissagos, dit Almada, sont en partie habitées, en partie désertes; elles sont couvertes de forêts, et contiennent des sources abondantes; on y trouve les mêmes animaux et les mêmes oiseaux que sur la terre ferme. Ces îles s'étendent jusqu'au pays des Bea/ares, et sont habitées par des Bijagos, excepté celles des GallinJias, en face de Boulama, qu'habitent les Beafares. Ses habitants ont un roi particulier, et sont alliés des Bijagos ; cependant, ils se combattent quand ils se rencontrent sur mer.
Il est probable que ces îles tenaient autrefois au continent, dont elles auront été séparées par une invasion de la mer; il est probable aussi qu'autrefois leurs habitants ne formaient qu'un
(i) Sur la petite portion de côte qui s'étend au sud du cap verga jusqu'aux Iles de Loss, et qui n'est pas décrite dans l'ouvrage de M. le comte E. Bouët, on trouve quelques renseignements dans le Journal de la Société de géographie de Londres, i83a : Extraits front observation! on varions points of the wtst coast of Africa , survend tr his wusl'estr's sftip jEtna, in i83o-5* , by capta in Belcher R. N.
seul peuple, mais que, par la suite des temps, leurs langues seront devenues différentes. Les villages des Bijagos sont sur le bord de la mer, et c'est de là qu'ils partent , avec de très-grandes embarcations, pour aller piller de tous les côtés , quelquefois à une distance de plus de dix lieues en mer; car ils sont excellents marins. Ils pénétraient autrefois jusque dans le rio Grande et le rio Santo- Domingo. Us ne le font plus aujourd'hui, par crainte des Portugais qui y sont établis ; mais ils ravagent continuellement les côtes des Beafares et des Bouramos, qui sont en face de leurs îles. Tous les travaux retombent sur les femmes. Les hommes n'ont que trois occupations : faire la .guerre, construire les embarcations, et préparer le vin de palmier. Ils se servent de leur bouclier avec beaucoup d'adresse, et sont armés de zagaies appelées canicos% dont le fer a deux palmes de long. Ils ont aussi des flèches , mais non empoisonnées , et dont la pointe est faite de l'arête d'un poisson appelé bagre. Avant de partir pour une expédition ils demandent au démon un heureux succès, et se barbouillent ensuite le corps d'ocre et de plâtre , et se coiffent avec des plumes et des queues de cheval, de sorte qu'ils ont eux-mêmes l'air de vrais diables. Ils attaquent tout le monde en mer, mais traitent avec hospitalité ceux qui débarquent chez eux. Quand un vaisseau portugais y arrive, le chef vient à bord dans son canot, tue une chèvre ou un chapon, et frotte de son sang les pieds du capitaine* Apres cette cérémonie ' on peut compter sur une parfaite sûreté. Les Portugais ont tenté plusieurs fois, mais sans succès, de s emparer de ces belles îles : d'abord, sous le commandement de Gomez Balieiro, et une seconde fois sous celui de Gomez Pacheco. Pour pénétrer dans le rio Grande il faut passer à travers les Iles qu'ils habitent, navigation fort difficile, à cause du grand nombre de bas-fonds ; on arrive ensuite au pays de Çuinala, qui est habité par les Beafares et gouverné par trois chefs indépendants; on les nomme Mompara, Blxiloli et Balola. Il y en a encore d'autres dans l'intérieur, mais moins puis-
sants. Dans ce pays de Quinala il y a un usage fort singulier : c'est que le trône est occupé alternativement par un noble et par un homme du peuple; l'élection a toujours lieu sans troubles, parce qu'on a toujours soin de donner la couronne à un homme très-vieux ; encore , si son règne dure trop longtemps , est- il permis de le tuer, mais seulement dans I intérieur de son palais , appelé Bruco; aussi, quand le roi découvre que sa vie est menacée , il simule une visite aux Portugais, et va chercher asile dans la maison de Palcaïde. Un grand nombre de Beafares s'habillent comme les Portugais et parlent leur langue; ils les accompagnent souvent jusqu'à Santiago. Le pays de ces Nègres, et particulièrement celui de Quinala, est trèssain , parce qu'on a abattu les forêts depuis Casanga jusqu'à Sierra-Leone.
Il y a partout une espèce de trompette nommée bambala^ faite d'un gros morceau de bois creux et que l'on entend à deux ou trois lieues de distance ; on s'en sert pour donner l'alarme ou pour faire arrêter promptement les esclaves fugitifs. Tous les rois beafares sont vassaux d'un empereur qu'ils appellent Farimcabo, auquel sont également soumis les Mandmgues qui habitent au sud de la Gambie. Les Bixirims de cette dernière nation parcourent le pays, et font accroire mille mensonges aux ignorants Beafares. Quelques Beafares se sont convertis au christianisme, particulièrement ceux qui habitent aux environs de la forteresse de Porto~da- Cruzy que les Portugais ont construite pour repousser les Français. Quelques religieux carmes y vinrent vers 1584, et opérèrent beaucoup de conversions. A une grande journée de Quinala commence le pays de Biguba , également habité par les Beafares; cependant le trône ne s'y transmet pas de même, et ne peut être occupé que par les parents du roi , appelés jagras. Dès que les Portugais apprennent que le roi est malade ils se réfugient sur leurs vaisseaux avec leurs marchandises ; car aussitôt qu'il a rendu le dernier soupir les jagras , suivis de bandes nombreuses, se jettent sur leurs maisons pour les piller, et Tordre ne se rétablit que quand on a fait choix d'uu nou-
veau roi, c'est-à-dire souvent après plus d'un an. Dans toute la Guinée , il existe une autre coutume, bien fatale aux Portugais : c'est que le roi se prétend l'héritier de tous ceux qui meurent à terre; de sorte que dès qu'ils tombent malades il faut les transporter à bord, au risque d'aggraver leur état. Depuis qu'ils ont construit un fort à Santa-Cruz on a supprimé cette coutume, au moins dans le Quinala. Ce pays de Biguba est très-bon; on y achète beaucoup d'esclaves, ainsi que sur l'autre rive du fleuve nommée Bissègue, et habitée également par les Beafares, qui dans l'intérieur contiuent aux Naluns. Tout ce pays est couvert d'épaisses forêts; il y pleut beaucoup, et les orages y sont fréquents. Les habitants sont fort superstitieux : souvent le roi défend de cultiver le riz ou d'autres céréales pendant un certain nombre d'années, pour éviter une grande mortalité. An-dessus du port de Biguba est celui de Balola, qui appartient à la même nation, quoiqu'il soit gouverné par un roi particulier.
Cette contrée est tranquille ; on y fait un grand commerce d'esclaves , et les vivres y abondent. Enfin tout le pays vers le sud, jusqu'à Ja pointe située en face de l'île de Matao-Boli , est encore habité par la nation des Beafares.
Cette pointe, presque entièrement entourée d'eau, est peuplée d'esclaves fugitifs qui s'y sont retranchés : c'est là c|ue commence le pays des Naluns, qui n'est arrosé que par une petite rivière, dans laquelle les vaisseaux ne peuvent pénétrer. Leur territoire est entièrement enveloppé par celui des Beafares; mais, quoique voisins, ils diffèrent d'eux considérablement par la langue et par les mœurs; car ils sont très-sauvages et vont presque nus. Les Portugais ne commercent pas directement avec ce pays, et les esclaves qu'ils en tirent leur sont vendus par les Beafares. Le commerce avec ce pays est entièrement perdu depuis qu'un vaisseau, il y a déjà fort longtemps, après y avoir acheté à très-bas prix une grande quantité d'ivoire, partit en emmenant comme esclaves une douzaine de Nègres qui étaient venus à bord. Plus loin est le rio de Nunot
SÉNEtiÀMME
dont les rives sont habitées par les Bagas et les Coquolins; les Portugais viennent trafiquer sur cette côte. Ces deux nations parlent la même langue , et sont compris des Naluns. Leur principal article de commerce est l'indigo.
On Je porte surtout à Casamansa , où on réchange contre des esclaves. On tire aussi de cet endroit beaucoup d'ivoire : les habitants tueut les éléphants de la même manière que les Naluns, c'est-à-dire en se glissant entre leurs jambes et en leur fendant le ventre avec une zagaie. Les Bagas sont très-perfides, et ne manquent pas une occasion de tuer les Portugais quand ils s'aventurent dans l'intérieur des terres. On peut pourtant commercer avec eux, parce qu'ils respectent leurs hôtes : les marchandises qu'on leur vend le plus sont du sel , du cuivre, de l'étain , du fer, des viandes salées et du drap rouge. On trouve de l'argent dans ce pays; et il y en a peut-être dans beaucoup d'autres endroits de la Guinée; car les Nègres ne savent pas exploiter les mines. Jusqu'à présent les Portugais n'ont pas cherché a les explorer. Un certain Araujo avait découvert près de cette rivière une mine d'argent assez abondante; mais ayant craint d'être massacré par les Nègres, il se retira dans le pays des Beafares , où* il est mort sans avoir découvert à personne le gisement de cette mine.
— Le territoire des Bagas s'étend jusqu'au cap de Verga , où commence celui des Sapes (1), qui parlent la* même langue. Loin de vendre des esclaves, les habitants de ce pays en achètent des Portugais. Plus loin est le rio da Fuma, dont les rives, habitées également par les Bagas, produisent aussi de l'indigo, mais inférieur à celui
(i) Almada distingue les Sapes proprement dits de la grande nation des Sapes, dont le pays, commençant au cap de Verga, se terminait aux bas-fonds de Sainte-Anne, c'està-dire s'étendait sur une côte de soixante lieues. La nation des Sapes comprenait les Bagas , les Tagunclios, les Sapes , les Boloes anthropophages, les Teme/ies, les Limbas, les Haies et les J alun «a s, tous habitant sur la côte; et dans l'intérieur, les Suuzos et le* Putazes , derrière lesquels commençaient les Foulas, dont l'immense pays enveloppait tout le territoire des Sapes.
du rio de Nunez : les Souzos en apportent de l'intérieur qui est de meilleure qualité. Au delà de ces derniers sont les Putazes, qui viennent en caravanes de plusde deux mille individus pour acheter du sel en échange d'étoffes de coton blanches, d'un peu d'or, et de flèches. Le rio da Fuma produit aussi du riz en abondance ; les vaisseaux portugais vont en acheter pour le fournir aux endroits qui en manquent. — Au delà du cap Verga est l'embouchure d'une autre rivière appelée rio das Pcdras, qui se divise en plusieurs bras et forme des îles connues sous le nom de Cagaçaes. Cette rivière sépare le territoire des Bagas de celui des Sapes et de celui d'une autre nation appelée Tagunchos. Dans les tles Cagaçaes il y a beaucoup d'ambre , ainsi que de la cire, de l'ivoire et des esclaves. C'est dans cet endroit que Bento Correa da Silva vint d'abord s'établir seul avec son frère; il appela ensuite à lui ses parents et ses amis, et est aujourd'hui seigneur d'un village qui compte trois mille Nègres. Son frère, qui est mort actuellement, a laissé un grand nombre de filles , lesquellesont des enfants et des petits-enfants, si bien que le nombre de ses descendants s'élève aujourd'hui à plus de cinq cents. — A vingt cinq lieues au sud du cap Verga sont trois petites tles que l'on appelle iles des Idoles ; une seule est habitée ; elle est gouvernée par un roi, et les habitants vont cultiver les deux autres. Ce nom leur vint de ce que les Portu • gais en y abordant découvrirent des idoles de bois que les Nègres adoraient et appelaientcAfoure. En face de la rivière de Case il y a une petite fie nommée Tamara et deux autres appelées liravas à la pointe du capLedo(i).
Durand , dans son Voyage au Sénégal, affirme, sans doute d'après le P. Labat , que les îles qui composent l'archipel des Bissagos furent découvertes par les Français, mais bientôt abandonnées à cause îles guerres d'Europe, qui les
(i) Extrait de la Relation des rivières tic Guinée , traduit par M. Ternaux-Compans , et inséré dans les Nouvelles Annales des Voyages, t. XC1V, p. 370-79, et '^V^^ir
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L'UNIVERS
occupèrent exclusivement, et que les Portugais destlesdu Cap-Vert n'y furent que leurs successeurs. Sans pouvoir forti fi er d'aucune preuve cette assertion, je ferai seulement remarquer que Bruë, en 1701 , opposa fièrement, et avec plein succès, à l'exclusion que les Portugais de Bissao voulaient prononcer contre les Français dans ces parages, ce fait de priorité, sinon de découverte, au moins de relations commerciales (1).
(i) Je dois ajouter que Bruë, se trouvant un jour k la messe, dans l'église de Bissao, avec le gouverneur portugais , qui Vy avait invité , 6i la remarque qu'une des peintures de l'autel portail les armes de la compagnie française, c'est-à-dire, argent semé de fleurs de lis d'or, avec deux Nègres nour support, et qu'il y reconnut un vestige det'aucien séjour des Français i Bissao, une preuve même que leur établissement y avait précédé celui des Portugais. Le gouverneur portugais déclara ne pas pouvoir décider cette difGcullé; il affirma seulement qu'un rôi de Bissao avait envoyé son fils au roi de Portugal pour le reconnaître en qualité de souverain, et s'était engagé par un traité à recevoir les Portugais dans son île à l'exclusion de toute autre nation, mais cela sans pouvoir fixer l'époque dont il parlait, ni le nom du souverain de Portugal, ni celui du roi de Bissao, entre lesquels s'était faite celte transaction, non plus que la date de l'érection du fort. A propos de ce débat, raconté par le P. Labat, M. Walckeoaer (Histoire générale des foyages ,\. III , p. ia3) rapidité que dans la Gazette de Paris du mots de novembre 1694 un article de Lisbonne, en date du a6 octobre, porte qu'il est arrivé sur un vaisseau de Cacheo un prince nègre nommé Batoato, Gis de Bacompoloco, empereur de l'île de Bissao, envoyé par sou père à la cour de Portugal pou»* y être baptisé, pour en ramener des missionnaires, demander la protection du roi et promettre toute facilite d'élever un fort dans son île. La Gazette de Paris du 18 de décembre, dans un autre article de Lisbonne du 9 novembre, marque en effet que ce jeune prince nègre fut baptisé dans la chapelle du château par le nonce Coutarini; que le roi fut son parrain, le nomma Emmanuel, et lui fil présent d'un joyau de 800 pistoles. Ainsi le fait invoqué par le gouverneur portugais est incontestable ; mais il établit en même temps qu'avant l'année 1695 les Portugais n'avaient sur BUsao aucun droit de possession supérieur à celui
Mais, rigoureusement, l'histoire des établissements ou du commerce français sur la côte des Bis sa go s ne commence qu'aux voyages des directeurs particuliers La/ona et Bourguignon dans l'Ile de Bissao , de 1685 à 1688 : ces voyages avaient été fructueux; mais, comme je l'ai dit, la guerre avait empêché qu'ils ne fussent suivis de relations plus régulières et plus fréquentes entre le Sénégal et cette première côte de la Guinée.
Aussi en 169T, lors de l'arrivée de Bruë au Sénégal , à peine le souvenir s'en était-il conservé : pas un seul des agents de la compagnie n'avait fait le voyage de Bissao. Bru€, à qui appartiennent tous les projets utiles , tous les efforts sérieux faits pour étendre l'influence et le commerce français sur la côte occidentale d'Afrique, s occupa activement des préparatifs d'un établissement dans l'île de Bissao; il avait obtenu des renseignements certains sur les ressources qu'elle pouvait offrir au commerce : c'était, année commune, 400 nègres, 500 quintaux de cire et 800 à 400 quintaux d'ivoire; il avait aussi, d'après un premier projet de la compagnie française, distingué la position de la petite fie Bourbon, à l'entrée du rio Geba ; et, la trouvant trop petite, il avait choisi celte de Boulam , et le 10 janvier 1699 il y avait envoyé, sous le commandement du sieur Cartaing, un vaisseau et deux corvettes, avec plusieurs •facteurs, un chapelain, un ingénieur, un chirurgien et quelques soldats: mais ayant appris, par le rapport de Cartaing, que celle-ci, au contraire, était trop grande, etquece petit nombre d'hommes nesuffirait pasà la garder, il lui ordonna de s'établir dans l'île même de Bissao , et d'y prendre possession du fort des Portugais si , comme on le disait, ils songeaient à l'abandonner. Cartaing fut bien accueilli par le roi de Bissao , et ouvrit le commerce avec les habitants; mais après quelques mois il revenait à Corée , avec son monde, bien réduit de nombre, et dégoûté par les exigences du gouverneur portugais, qui
que les anciennes relations des directeurs de la compagnie du Sénégal donnaient aux Français.
voulait lever un droit de dix pour cent sur les marchandises françaises. Bruë ne renonça pas cependant a son projet; et ie 21 février 1701 il partit a la fête d'une flottille composée de deux vaisseaux, de deux corvettes, d'une galiote à bombes, d'un brigantin et d'une barque de provisions, et vint jeter l'ancre, avec quelques prises , sous le fort portugais. Après quelques démonstrations hostiles, le gouverneur don Alphonse consentit à recevoir Cartaing, et prétendit encore, mais avec plus de modération , que les Français ne pouvaient s'établir dans l'île, qu'elle était comprise dans les limites de la compagnie portugaise en Afrique, et qu'il y avait à ce sujet une défense expresse du roi son maître. C'est alors que Bruë lui fit répondre qu'il était étonné qu'après un long séjour dans ce pays il eût oublié les relations commerciales entretenues par les Français avec Bissao antérieurement à la construction du fort portugais*, qu'il devait apprendre à distinguer les vaisseaux de la compagnie française des vaisseaux d'interlope; et que la compagnie avait un droit exclusif établi par lettres natentes d'exercer le commerce le long des côtes entre le cap Blanc et Sierra -Leone; les prises qu'il venait de faire de vaisseaux danois et hollandais appuyaient hautement ces prétentions , et Bruê passa outre en demandant une audience au roi de l'île. En dépit des intrigues et des suggestions hostiles du gouverneur portugais, ce prince accorda aux Français la liberté d'établir un comptoir et des magasins dans les lieux qu'ils auraient choisis, et lit avec eux une alliance perpétuelle. Bruê pressa les travaux de construction avec tant d'activité, qu'en moins d'un mois le comptoir était en état de recevoir les marchandises et les facteurs , et même de se défendre. Dans l'intervalle, il voulut aller examiner l'île de Boulam, et l'exactitude qu'il apporta à cette exploration laisse voir qu il n'avait pas renoncé à tout projet d'établissement dans cette île; il employa quatre jours à en • faire le tour par terre ; il trouva un pays fort agréable : un terrain s'élevant insensibJementdu rivage, et une rangée de collines servant de base à de hautes
montagnes , couvertes de grands arbres; des côtes d'une culture facile et déjà presque complètement défrichées par les Bissagos. Bruë y observa des palmiers de toute espèce, des chênes verts; sur le rivage, une pierre grise d'un beau grain; dans les nombreux ruisseaux qui arrosent le sol, un sable net et (in ; à la pointe méridionale de File , une prairie naturelle où paissaient des troupeaux de vaches, d'une grosseur extraordinaire, et des chevaux sauvages de petite taille. EnOn tout lui montrait dans Boulam un lieu fort propre à l'établissement d'une colonie agricole et commerçante , de même nature que celle de I Ile à Vaches, sur la côte de Saint-Domingue. Il entreprit encore de faire le tour de l'Ile par mer pour en reconnaître les baies , les rocs, les ports et les profondeurs , et se transporta ensuite à la résidence du roi de Guinala ou des Beafares pour lui en demander la cession; il l'obtintaisément : il était très-avantageux à ce prince de voir ses ennemis les Bissagos expulsés pour jamais de Boulam; il proposa même, si l'île ne suffisait pas aux établissements français, de leur abandonner d'autres terres du côte de Trois- Fontaines, dans la péninsule des Beafares. De Bissao, Bruë lit encore diverses excursions dans l'archipel des Bissagos, et visita surtout avec soin la grande lie de Cazegut, dont il connaissait les précieuses ressources. Enfin, le comptoir de Bissao étant achevé, Bruë se disposait à partir, lorsqu'il reçut du gouverneur portugais, avec qui il avait entretenu, malgré l'opposition des intérêts qu'ils représentaient l'un et l'autre, les rapports les plus amicaux , une protestation formelle au nom du roi de Portugal contre l'établissement des Français. Bruë répondit par une contre-protestation, datée à bord de l'Anne, dans la rade de Bissao , le 16 avril 1701; puis, après avoir présenté au roi des Papels le sieur Cartaing comme chef du comptoir, et lui avoir demandé sa protection pour six autres facteurs qu'il laissait aussi dans l'Ile; après avoir donné ses instructions à Cartaing , et lui avoir recommandé particulièrement de reconnaître avec soin les côtes voisines , de se mettre en possession du fort portugais
L'UNIVERS
si, comme le bruit s'en fortifiait, il devait être abandonné, et de ne pas laisser le temps aux Nègres de le détruire, il partit, laissant à Cartaing un chirurgien, deux interprètes, quelques laptots, une barque, un brigantin, une excellente chaloupe, avec pilotes, matelots, armes, munitions et marchandises de toute espèce. Bientôt, en effet, le commerce des Portugais à Bissao tomba si bas, que le magasinier fut rappelé , et que le gouverneur de Cacheo adressa au roi de Portugal le conseil d'abandonner et de raser le fort. Bruë s'empressa d'en informer sa compagnie, qui écrivit aussitôt à ce sujet au président Rouillée, ambassadeur de France à la cour de Portugal. En 1703 , Bruë alla même à Lisbonne, et unit ses efforts à ceux de l'ambassadeur pour obtenir du gouvernement portugais que le fort fût vendu à la compagnie française; mais la cour de Lisbonne s'y refusa , et le fit démolir au mois d'octobre de la même année. Soixante-trois ans plus tard , vers le commencement de 1765, les Portugais le rétablirent. Quant au comptoir français, on sait que la compagnie y entretenait encore six agents en 1735; depuis cette époque il n'en est plus question ; et il a dû être abandonné peu de temps après cette date.
En 1784 le gouvernement français ordonna une nouvelle reconnaissance de la côte d'Afrique, que j'ai déjà mentionnée plus haut; 1 officier à qui cette mission lut confiée, M.deLajailfe, avait reçu, entre autres instructions,celle d'étudier et de marquer les lieux où il serait utile de rétablir des comptoirs, et d'explorer à cet effet l'archipel des Bissagos et toute l'étendue des côtes comprises entre la rivière de Sierra-Leone et celle de Volta. Lajaille conseilla le rétablissement du comptoir de Bissao, signala comme un des meilleurs points pour la traite des noirs l'île de Kasnabac, l'île ôqLoss, où les Anglais avaient déjà une loge qui entretenait toujours en rade quatre ou cinq grands navires, une demi-douzaine de goélettes et plusieurs chaloupes, et l'île William ou Tombeau Pointe; mais il ne put s'approcher de l'île Boulam, qui lui était naturellement recommandée par la description de Bruë. Le charme de cette description
fixa , à différentes époques , sur 111e de Boulam le choix de plusieurs personnes qui méditaient de nouveaux éta> blissements sur la côte occidentale d'Afrique, et que Durand nomme dans son Voyage au Sénégal : l'abbé Desmance (peut-être Demanet), vers le milieu du siècle dernier; un Anglais, Barber, domicilié au Havre ; en 1787 , le citoyen Charles Montlinot; et enfin Philippe Beaver, officier de la marine britannique, en 1792. Ce dernier, se trouvant a vingt-cinq ans sans emploi, à un moment où la paix semblait assurée pour de longues années, conçut le projet de fonder en Afrique une colonie non commerçante, mais agricole et civilisatrice.
Frappé , je le répète , des détails de l'exploration de Bruë, il arrêta son choix sur l'île de Boulam; s'ouvrit de son projet à quelques officiers de marine , comme lui réformés; dressa avec eux un acte d'association ; trouva des souscripteurs, et fit rédiger au sein du comité directeur une espèce de constitution qui devait régir la colonie. La publication de cet acte constitutionnel contraire aux lois anglaises, qui attribuent au parlement seul le pouvoir de faire des règlements coloniaux , faillit empêcher le départ des colons. Enfin ils partirent le 13 avril 1792 , au nombre de deux cent soixante-quinze, sur trois bâtiments acquis par la société. Beaver commandait run d'eux, le Hankey. Arrivé à Bissao, il s'occupa, par l'entremise d'un capitaine anglais, nommé Moore, d'acquérir la propriété de l'île Boulam des deux rois des tiidjougas , de Canabac , qui prétendaient a la souveraineté de cette île. La cession en toute propriété de l'île Boulam au prix de 473 barres, c'est-à-dire de 791. sterl. environ, fut concluele 29juin : le traité fut signé par Beaver et R. Dobbin, membre, comme lui , du comité directeur ; les deux rois Jalorem et Belchore y apposèrent chacun une marque; et Moore et Païba, l'un des souscripteurs, contre-signèrent comme témoins.
Au moment de prendre les dispositions de premier établissement, la plus grande partie des colons abandonna l'entreprise, quatre-vingt-dix personnes seulement restèrent, et nommèrent à l'unanimité Beaver pour être leur président. Dès les premiers temps de l'occupation, il fallut
que Beaver se transportât à Ghinala, dans le pays des Beafares, pour faire un nouveau traité avec les deux rois de Ghinala, Matchore et Niobana, oui lui avaient fait savoir que les Bidjougas n'avaient pu, sans usurpation, vendre la terre de Boulam tout entière aux Anglais/ Après avoir assuré de ce côté les droits de la colonie, il revint hâter la construction de la loge ou maison commune ; mais une mortalité affreuse le força à en réduire considérablement les dimensions. Le 6 octobre les colons n'étaient plus que cinquante-huit, et trente-quatre étaient malades. Beaver lui-même avait eu plusieurs accès de fièvre; le 23 novembre vingt-huit personnes s'embarquent, et quittent la colonie, et Beaver reste avec vingt-sept colons, dont vingt-trois malades, mais toujours persévérant et confiant dans le succès de son entreprise. Il avait planté plusieurs fruits et légumes d'Europe, qui déjà prospéraient; il avait presque achevé toutes les constructions, et s'était procuré pour l'aider six Groumettes; mais bientôt il ne pouvait plus compter que sur le travail des esclaves nègres ; à la fin de décembre il n'avait plus que treize colons avec lui , et huit étaient malades. Sans se décourager, il augmentait le nombre de ses Groumettes, et accueillait avec joie des hôtes beafares, qui le venaient visiter et aider pour un temps. Enfin, pendant treize mois, malgré le danger continuel d'être exterminés, lui et ses compagnons, par les Bidjougas, ou assassinés par leurs Groumettes, malgré les instances pressantes que lui adressaient sans cesse les autres colons de quitter l'île, Beaver voulut rester, prétendant toujours avec une singulière ténacité que son expérience avait réussi, que le continent africain pouvait être cultivé
Ear des blancs européens libres aussi ien que par des Africains esclaves; et quand il lui fallut céder au désespoir des six derniers malheureux colons et partir, il soutenait encore que l'emplacement de la colonie avait été choisi le mieux du monde, que le climat de Boulam était particulièrement favorable à un établissement de ce genre, que le manque de prévoyance des autres membres du comité et la fièvre avaient
seuls contrarié ses mesures ; et en priant le gouverneur portugais de Bissao de transmettre aux rois de Canabac et à ceux de Ghinala des présents d'une valeur de 80 barres , il lui annonçait l'intention formelle de revenir l'année suivante, après la saison des pluies. Le 25 juin 1794 il y eut à Londres une assemblée générale des actionnaires de l'association de Boulam; et malgré les pertes considérables qu'elle avait éprouvées , elle décerna a l'unanimité une médaille d'or à Beaver, en reconnaissance de son courage etde son désintéressement (1). Beaver ne retourna pas à Boulam. — En 1829 une expédition anglaise se rendit dans le Bio-Grande pour y fonder un comptoir ; mais après six mois un seul individu avait survécu.
Quant à Boulam, ce n'est plus aujourd'hui que le centre d'un commerce suspect , entretenu par un Portugais de
(i) Beaver, dit M. Walckenaer (Nist.
générale des Voyages , t. VII, p. aoa ), en lisant , à son retour, l'ouvrage de Golbery sur l'Afrique, vit le développement de projets tellement avantageux à la France, qu'il lut parut urgent de prémunir le gouvernement anglais contre leur exécution; pour cela il entreprit de traduire l'ouvrage de Golbery , dont il appréciait tout le mérite; mais un ami l'en détourna , et l'engagea à publier plutôt la relation de son expédition à Vile de Boulam, lui représentant que cela lui donnerait occasiou de parler de l'ouvrage de Golbery, et avec plus d'autorité. Beaver suivit ce conseil, et fit paraître en janvier i8o5 le journal exact de ses actions, des événements dont il avait été témoin, de toutes ses observations, tel qu'il l'avait écrit dans l'île de Boulam, sous le titre suivant : African memoranda relative lo an attentat to establish a British seulement on the island of Bulamaon the western coast of Africa, in the year 179a; with a brief notice of the neighbouring tribes, soil, productions, etc., and some observations on the facility of colonizing that part of Africa f with a view to cultivations and the introduction of letters and religion to ils inhabitants , but more particutaiy at the means of gradually abolislùng African slavery, by eapt. Philip Beaver, oj his ma/esty's royal navy; Loudon, in-4». M. Walckenaer a inséré dans son Hist.
génér. des Voyages un résumé de ces observations et un extrait substantiel du journal même, t. VII, p. aoi-a53.
L'UNIVERS
Bissao,et destiné, suivant la pensée de M. le comte K. Bouêt, à cacher des opérations de traite de noirs plutôt qu'à tirer parti des produits du sol. D'après les divers essais d'établissement que j'ai rappelés., les Portugais, les Français et le» Anglais prétendent à la propriété de cette fie, revendiquée aussi par le roi nègre de l'île de Gallinas (I).
Côte de Sierra- Leone (J), ou côte comprise entre les îles de Loss et le cap de Monte®).— La pointe continentale la * - -
(i) En 1641 le comité de la Chambre des communes chargé de faire une enquête sur la situation des possessions britanniques de la côte occidentale d'Afrique appela particulièrement l'attention de la Chambre sur l'opportunité de reprendre l'ancien établissement anglais de Boulant. « Son climat est «malsain, sans doute, disait le rapport; « mais le comité ne sache pas qu'il le soit « plus que celui de Sierra-Leone ou de tous « les autres points de la côte. Il pourrait être « occupé en grande partie, sinon exclusive- « ment, par des sujets anglais de race noire , « et sa position pour la répression de la « traite qui se fait dans le voisinage, et comme « entrepôt du commerce licite qui pourrait « se faire dans les belles rivières de la côte, « est inappréciable. »
(a) Quelques-uns des anciens voyageurs faisaient commencer la province de Si erra - Leonc au cap Verga; mais, les terres étant fort basses vers le nord, Barbot pensait que le pays seul qui s'étend au sud de la rivière de Milomba devait porter le nom de Sierra' Leone; ce même auieur nous apprend qu'on n'était pas non plus d'accord sur l'origine de celle dénomination: que suivant les uns elle exprimait le bruit de la mer se brisant contre les rochers du rivage, et ressemblant aux rugissements des lions: que suivant les autres elle devait s'entendre au propre du grand nombre de lions qui peuplent ces montagnes. Les Portugais désignaient encore cette chaîne sous le nom de Montes Claros, et fiarl>ot l'entendait du retentissement étrange des coups de tonuerre ou de canon dans l'intérieur de ces montagnes, toutes remplies de détours et de cavernes creuses.
(i) Descript. naut. des côtes occidentales d'Afrique entre le Sénégal et tequaleur, chap. III. On peut suivre cette description de la côte de Sierra-Leone sur la carte de la eâteoccid. a* Afrique {partie comprise entre les (les de Loss et le cap Lopez) , dressée J a près les travaux de MM. de May-nc, W. Owen, le Prédour, T. Botcler, etc.; nor
plus voisine des Iles de Loss est la
pointe de Timbo, séparée d'une petite Ile qui porte ce nom par un canal semé de roches, où des canots seulement peuvent passer à mer haute. A partir de cette pointe la côte fait brusquement un coude à l'est-nord-est pendant six à sept milles, pour revenir ensuite au sudsud-est, et former ainsi une baie a*sez prononcée, au fond de laquelle coule la petite rivière de Tannaney, accessible seulement à des embarcations : tout le fond de cette baie est obstrué par des vases qui en rendent la fréquentation difficile. La rivière Mahneah, qui succède à celle de Tannaney , est accessible aux caboteurs à marée haute.
L'entrée de la rivière Morebiah , que Ton rencontre ensuite, est plus étroite, mais aussi plus profonde , et de même obstruée de bancs de sable au large des deux pointes de l'embouchure. Puis on arrive devant la jolie petite île de Matacong, entourée de tous côtés de récifs et de bancs de sable, et séparée du continent par un canal large d'un mille environ, à fond vaseux, mais qui assèche à marée basse. L'Ile de Matacong est très- boisée; une partie des terres cultivables a été défrichée par des colons de Sierra-Leone; son soi porte des traces de convulsions volcaniques ; un ruisseau coule sur les bords de l'tle, et lui donneun aspect encore plus riant. —» A partir de Matacong les terres du littoral restent toujours basses et marécageuses; mais les montagnes de l'intérieur cessent de s'apercevoir distinctement. La côte, après avoir couru un peu à l'est, fait tout à coup un coude au nord pour former la rive droite de la rivière Forecarreah ; l'entrée de cette rivière n'a pas moins de deux milles de largeur ; la barre placée à deux milles audessus de l'embouchure nuit à son importance. — Suit la rivière Mellacourl.
On doit à M. Loffon-Ladébat, lieutenant de vaisseau, commandant la Mésange, avec l'hydrographie de cette rivière (1),
M. Daussv, ingénieur hydrographe en chef de la marine {Dépôt général de la marine. i833).
(j) Voy. dans l'ouvrage de M. le comte E. Bouët, p. 70 et 71, la Relation de M. Laffon-Ladébat sur la rivière Meltacouri et les
une description géographique du pays de Mellacouri; I intérêt tout nouveau que répand sur ce pays, d'ailleurs à peine connu auparavant, une convention passée le 18 avril 1846 par cet oflicier avee Mooré-Laaye, chef du pays , en présence de tous les chefs mandingues, pour assurer le développement du commerce français dans ces parages, m'iuvite à reproduire ici textuellement un extrait du rapport , en date du 2 mai 1845, adressé au commandant de la station navale des côtes occidentales d'Afrique par M. Laffon- Ladébat(l):
« Entre la chaîne du mont Souzos et a celle de Sierra-Leone se trouve un « delta formé par les embouchures de « neuf rivières. Les terrains d'alluvion « qui forment les rives de ces nom- « breux cours d'eau sont susceptibles « de donner des produits abondants et « variés ; malheureusement des bancs « nombreux et difficiles obstruent l'en- « trée de ces divers canaux et ne livrent « passage qu'aux bateaux de la plus « faible dimension. La rivière Mella- « couri seule offre l'avantage d'être « navigable dans un parcours de huit « lieues marines pour des navires tirant « quatre mètres d'eau , limite que dé- « passent rarement les bâtiments de a commerce. Mais ses abords et le « chenal étroit compris entre ses deux « rives présentent de grandes difficul- « tés , et aucun capitaine ne doit s'y « aventurer sans pilote.
« La rivière Tannach , qui se jette « dans celle de Mellacouri, est un des « bras du Ferricanah (Foreacarreah « sur la carte du Dépôt de la marine « de 1833); elle n'est pas navigable n dans une grande étendue. Les né- « gociants de Sierra-Leone y ont des « traitants qui expédient presque cha- « que jour des pirogues chargées de ■ bœufs; on y trouve d'ailleurs les « mêmes produits qu'à Mellacouri.
« Après la rivière Tannach, le princi-
cours d'eau qui l'avoisinentt et le Croquis de la rivière Mellacouri, levé par cet officier en avril 1845, et publié au Dépôt général de la marine la même année.
(1) Cet extrait du rapport de M. Laffon- Ladébat a été inséré dans les Jnnales maritimes , Revue coloniale, 184$, p. 637-4*.
MBIE. 165
« pal affluent de celle de Mellacouri est « la rivière Mauricania. On y trouve « de grands villages , entre autres, celui « de Tannemeh, où réside le Samo ou « roi des Jioulams; elle n'est accessible « qu'aux bateaux. Les traitants anglais « y font aussi quelques affaires ; mais « le principal commerce se fait à Mala- « guia, dans la rivière Mellacouri; « c'est là qu'arrivent les caravanes qui « viennent durioPongo, du rio Nunez « et -même du Fouta-Foulah. A Mala- « gula la rivière cesse d'être naviga- « ble.
« La contrée présente cet aspect uni- « forme qu'on rencontre presque par- « tout à la côte d'Afrique. Les rives « des différents cours d'eau sont bor- « dées par d'épais rideaux de mangliers « derrière lesquels se déroule un sol « fécond, recouvert de tout le luxe de « la végétation tropicale. Des roches « basaltiques viennent partout affleu- « rer le terrain d'alluvion, sur lequel se « font à peine sentir quelques ondulait tions. Ces roches et le terrain d'allu- « vion semblent constituer la masse prin- « cipale du pays. Par exception , on y « rencontre quelques bancs très -minces « et très-peu étendus d'un calcaire ûu- < viatîle récent.
* Le règne animal y est peu varié; « les oiseaux sont moins nombreux et « moins beaux qu'en Gambie et en Ca- « zamance; quelques caïmans se mon- « trent sur les bords du fleuve, où l'on ne « rencontre ni éléphant ni hippopo- « ta me. Les bois servent d'asile a quel- « ques panthères etàdestribusdesinges « assez nombreux; les bestiaux sont « moins abondants que dans la Séné- « gambie. — On trouve en abondance « des bois de construction de la plus « belle espèce, des arachides et du riz « par milliers de tonneaux , la sésame « oléagineuse d'un grand rapport, du « café tout à fait semblable à celui de « rio Nunez et des épices (piments et « gingembre) qui forment une petite « branche d'exportation. Les naturels « font de l'huile de palme pour leur « consommation ; on en exporte aussi « une certaine quantité. Les Sosas, « peuplade de souche mandingue, sont « actuellement les maîtres du pays; « ils forment une espèce de confédera-
L'UNIVERS
« tion, dont Mooré-Laaye , roi de Ma- « laguia, est le chef. Les Boulams « composent la race indigène; leur « chef porte le titre de Samo , nom « qu'on donne aussi quelquefois à « son peuple. Les Boulams sont main- « tenant relégués sur la rive gauche , « principalement dans le Marigot de « Mauricania. Le Samo venant de « mourir, il était fortement question de « nommer Mooré-Laaye roi de tout le « pays.
« Les Mandinçuesde la rivière Mella- « couri sont arrivés à un point remar- « quable de civilisation pour des ne- « gres. Ce sont de zélés musulmans ; « presque tous savent lire et écrire; « ils se servent des caractères arabes , « comme tous les lettrés africains; « tous parlent passablement l'anglais; « et en employant cette langue on peut « traiter avec eux toute espèce d'affai re, « avec la certitude d'être compris, » chose rare à la côte d'Afrique. Les « conquêtes pacifiques de la race man- « dingue < sont dignes de remarque.
« Partout ils commencent en trafiquant, « et peu à peu on les voit devenir ma!- « très des affaires et de la population. « 11 faut en chercher la cause dans la « religion qu'ils professent, et qui est « supérieure au grossier fétichisme des « peuplades au milieu desquelles ils « viennent s'établir.
« Les gens de Mellacouri sont bien « disposés en notre faveur. Les affaires « qu'ils ont faites, il y a quelques an- « nées, avec des navires de commerce « français, et l'établissement qu'a fondé « à M a laguia M. de Saint-Just, négo- « ciant de Gorée, leur ont appris à « nous connaître. Ces Nègres sont « moins mendiants et moins importuns « que les autres; mais, comme toute « leur race, ils ont la manie de prendre « des avances en marchandises , sans « trop s'inquiéter de savoir comment « ils payeront. Cest là une des plaies « du commerce de la côte d'Afrique, « et ce n'est qu'à force de prudence et « de persévérance qu'on y peut remé- « dier. On doit dire à leur louange que « leur pays est parfaitement tranquille , « et n est jamais désolé par ces colli- « sions et ces guerres qui ruinent le « commerceau rio Nune zetau rioPungo.
« Les traitants peuvent y trafiquer en « toute sécurité ; et ils sont sûrs d'être « respectés tant qu'ils s'y conduiront « d'une manière convenable.
« La rivière Mellacouri, exploitée « presque exclusivement par les étran- « gers, peut offrir des débouchés assez « avantageux à notre industrie. Depuis « que le commerce des arachides a pris « une extension considérable, nos ma- « rins vont chercher cette graine en « Gambie et à Sierra-Leone, où ils sont « soumis à des droits très-élevés. A « Sierra-Leone nos produits manufac* « turés sont frappés d'une prohibition a complète ; en Gambie, nos capitaines « de commerce sont exposés à des dif- « ficultés fréquentes. Il sera facile de « nous soustraire désormais aux prohi- « bitions de Sierra-Leone, puisque c'est « des rivières Foniconah, Mellacouri et « Scarcies que viennent presque tous « les produits que nous allons chercher « dans la colonie anglaise. Un navire qui « voudra charger dans la rivière Mella- « couri devra y avoir préalablement sa « cargaison de retour assurée, autre- « ment il s'exposerait à rester des mois « entiers sans rien faire , et des fièvres « mortelles ne tarderaient pas à sévir sur « l'équipage. Nos produits sont bien ac- « cueillis, grâce au bon esprit de M. de « Saint-Just, qui n'a envoyé quedes marte chandises de premier choix. Si on s'é- « carte de cette voie, si on veut réaliser « des bénéfices exorbitants, on est sûr « de ne pas réussir. Les articles le plus n en faveur sont les tissus, lesguinées de « l'Inde et les cotonnades françaises. Ils « doivent former au moins les cteux tiers « de la valeur des importations. Viennent « ensuite la poudre et les armes, surtout « les.fusils. Les spiritueux et les verrote- « ries ne trouvent aucun débit. Les objets « de cuisine en cuivre ou en fer battu, « poêlons, chaudières, etc., se vendent « assez bien. Le plus grand commerce « des naturels était autrefois celui des « esclaves; ils en envoient encore auel- « ques-uns au rio Pongo ; mais ifs en « achètent maintenant beaucoup plus « qu'ils n'en vendent : les cultures qu'ils « ont entreprises nécessitent un grand » nombre de bras. A ce trafic que nous « avons tant de peine à détruire a suc- « cédé la vente du bois de construction.
■ Enfin, depuis 1843 presque tous les « bras sont employés à la culture des « arachides. Le bois de construction se « vend sur les lieux 50 fr. le tonneau « de 42 pieds cubes : ce bois est ce qu'on « appelle le chêne de Sierra- Leone; il « fournit des pièces courbes d'une rare
■ beauté. La marine anglaise en fait « grand usage. Les arachides se vendent « 16 fr. les 100 kilogr. Le tonneau d'en- « combreraent pèse 600 kil. Ce comw merce ne rapporte pas de très-grands « bénéfices, mais il procure à nos ma- « nufactures un écoulement considéra- « ble de marchandises, et mérite par là « d'être encouragé : tous ces prix se « payent en marchandises sur lesquelles « le traitant gagne environ 30 pour 100. « Le riz en paille coûte de 60 à 65 fr. « le tonneau de 1,000 kilogrammes.il est « comparable au plus beau riz de la Ca- « roline. Quant aux autres articles, « café, épices, cire, etc., le pays n'en « produit qu'une petite quantité, parce « qu'on lui en demande peu. La cire « est d'une qualité très-supérieure à « celle qu'on rencontre ordinairement « à la cote d'Afrique. Les caravanes ap- « portent à Malaguia un peu d'or et < d'ivoire; mais c'est pour la contrée un « commerce peu considérable. La traite « des arachides commence en janvier « et finit en mai. L'époque la plus fa vert rable pour l'arrivée des navires est « donc vers le milieu d'avril ; c'est aussi « le moment où le pays est le moins «malsain, quoique les tornades com- « mencent déjà a se faire sentir. Le « riz se traite à peu près à la même « époque que les arachides. Le bois « se coupe en tout temps ; mais il sera « toujours prudent d'éviter la saison « des pluies , où les chargements sont « plus lents et les maladies plus fré- « quentes. »
En continuant à descendre la côte à six milles de terre environ, on passe devant la petite fie basse et marécageuse
Yellaboi, couverte d'arbres élevés, surtout dans la partie occidentale. Une petite rivière se décharge à la mer vis-àvis cette lie, et un comptoir s'élève sur la pointe occidentale de la rivière; on le nomme Sangahtook. Une autre rivière, du nom de Pah-Boycah, coule un mille et demi plus bas que Sangahtook.
A quatre milles au-dessous de ce point se trouve l'extrémité nord de l'Ile, beaucoup plus grande, de Cortumo, située à l'ouvert de la baie , vaste mais peu profonde, que forment les embouchures des deux rivières Scarcies. Le chenal d'entrée de \z grande Scarcies estentre l'île Yellaboi et l'îleCortumo, puis entre l'île Cortumo et le littoral ; ce chenal est large, profond, et accessible par conséquentàde grands navires bien pilotés. Le chenal de la petite Scarcies n'est accessible qu'à de petits bâtiments. Les forts navires qui viennent dans la grande Scarcies charger du bois de construction, que ces parages fournissent en abondance, peuvent mouiller près de l'île Yellaboi dans le chenal même, pénétrer plus avant, et jeter l'ancre, quoique avec difficulté, devant l'île Ka kon gkah. Plus bas sur la côte se présentent les terres de plus en plus basses qui forment la rive droite de Sierra-Leone : cette rive offre un singulier contraste avec la chaîne de hautes montagnes qui s'élèvent en massif sur les terres les plus occidentales de la rive gauche : le massif de ces hautes terres vient aboutir au cap Sierra-Leone , moins élevé lui-même, et planté de quelques palmiers à son extrémité. Le vent étant généralement de l'ouest dans les parages de Sierra-Leone, on n'aura plus, une fois le cap de Sierra-Leone doublé, qu'à prolonger à petite distance les trois petites baies formées par les pointes qui lui succèdent , et l'on ira jeter l'ancre devant la ville même de Sierra-Leone.
Je ne crois pas qu'il ait paru de description de la ville de Sierra-Leone
Élus récente que celle qoe M. le comte ;. Bouët a insérée dans sa Description nautique des côtes occidentale* d? Afrique; et quoique les détails manquent et que ce ne soit pas un tableau pittoresque et animé , voulant surtout donner une idée de l'état actuel de cette colonie, j'ai dû la préférer à toute autre.
Sans avoir aucun rapport avec Saint- Louis du Sénégal, ait M. le comte Bouët , Sierra-Leone est , après cette ville, l'établissement européen le plus considérable de ces côtes. Cet établissement prend le nom de Freetown , Ville
L'UNIVERS
libre; c'est en effet la première colonie anglaise où des noirs déportés aient été appelés à jouir de la liberté , après avoir été constitués en société de cultivateurs libres. La ville est bien percée; les rues sont larges, bien alignées et bien tenues; les maisons ont généralement un étage, rarement deux ; elles sont bâties en pierres ferrugineuses , avec une galerie dont la charpente en bois monte jusqu'au premier étage et l'entoure de tous côtés en s'appuyant sur des piliers en mâçonnerie ou même en fer. L'hôtel du gouverneur de Sierra- Leone et les casernes ou baraques, bâties sur des hauteurs qui dominent la ville , sont de grands bâtiments à deux étages, entourés également de galeries en bois dans leur pourtour. Les toitures des maisons de Sierra-Leone sont en bardeaux de bois et inclinées de 85° pour donner un écoulement facile aux pluies diluviennes qui tombent à Sierra-Leone pendant l'hivernage. Les cases des noirs sont carrées ou rectangulaires, et bâties en pierres ferrugineuses : elles sont recouvertes en feuilles de palmiers, et s'élèvent
Sénéralement au milieu d'un petit jarin entouré d'une tapade, soit dans les faubourgs de la ville, soit dans les villages voisins, ce qui donne à la population noire de Sierra-Leone un vernis d'aisance et de propreté assez rare sur le littoral africain. Les villages voisins de Sierra-Leone sont peuplés de noirs libres importés dans la colonie; le nom de l'illustre Wilberforce a été donné à l'un de ces villages, bâtis sur les hauteurs fertiles et boisées qui s'élèvent en amphithéâtre autour de rétablissement anglais. Chacun de ces villages est administré par un agent anglais et renferme plusieurs missionnaires méthodistes. Dans la ville de Freetown on compte deux ou trois mille personnes; mais la population de rétablissement anglais monte à quarante mille, assuret-on , si l'on y comprend celle de tous les villages groupésautour de Freetown dans un rayon d'une quinzaine de milles. La garnison se compose de cent cinquante à deux cents soldats noirs. Un millier de Kroumanes provenant de la côte des Graines s'est établi temporairement à Sierra-Leone, et habite un des faubourgs de la ville; là comme partout
ces noirs matelots sont d'une grande utilité pour les travaux de force à bord des navires, sur les quais ou dans les embarcations. Les fortifications de Sierra-Leone n'offrent rien de remarquable :
elles se composent d'un fort armé de cinq pièces de canon et assez facile à escalader. Il est enfilé par les tertres environnants ; et cependant son feu a beaucoup trop d'obliquité pour pouvoir nuire à des bâtiments sur rade; la nouvelle batterie de l'est serait plus redoutable pour ces bâtiments, et aussi même peut être une batterie rasante sans parapets qu'on a jetée a l'ouest de la ville sur une pointe de la baie. La rivière de Sierra-Leone produit surtout en abondance de beaux bois de eonstruction :
une scierie établie à une quinzaine de lieues au haut de la rivière en facilite la coupe et le transport. Cette rivière n'a d'ailleurs qu'un cours assez restreint : aussi la domination britannique ne sort-elle guère du rayon de Sierra- Leone, et son influence y est-elle plutôt commerciale et religieuse que militaire. Il y a des ressources de toute sorte à Sierra-Leone t les bœufs, les moutons» les fruits, s'y trouvent en abondance et n'y corttent pas très-cher. L'aiguade est dans l'ouest de la ville au pied du faubourg des Kroumanes : c'est une fontaine dont les huit jets d'eau peuvent suffire facilement aux besoins de la rade; l'eau en est excellente et provient des hauteurs voisines, qui alimentent l'établissement de Freetown de plusieurs autres sources aussi pures.
Les environs de la ville offrent d'ailleurs des voies de communication telles qu'il n'en existe nulle part de semblables sur le littoral occidental de l'Afrique : de belles routes de deux lieues de longueur sur une largeur de dix mètres y ont été tracées à grands frais ; des pentes ont été aplanies, des ponts construits, des canaux établis pour l'écoulement des eaux ; on a élevé un quai sur le débarcadère et une petite jetée ou brise-lame près de ce dernier; tous ces travaux si dispendieux, entrepris sous ce climat dévorant, témoignent assez de l'importance commerciale et civilisatrice que l'Angleterre attachait à cette possession africaine ; mais les efforts tentés dans cet établissement n'ont pas eu les
grands résultats qu'elle s'en était promis (1).
Après être sorti de la baie de Sierra- Leone, pour continuer à prolonger la côte vers le sud, on double le cap False, ainsi nommé parce qu'en temps de brume il est aisé de le confondre avec le cap Sierra-Leooe lui-même. On passe ensuite devant les hautes montagnes qui s'étendent entre Sierra-Leone et le cap Shilling , et parmi lesquelles on remarque les deux pies encore plus élevés de Tagrifi et de Lynx. Cette chaîne de montagnes se termine au capShilling, et les terres basses de la vaste baie de Yawry leur succèdent. < Ces montagnes semblent,
• comme celles de Sierra-Leone, les îles « de Loss et les deux petites îles Ba- « nanes, des produits ferrugineux qu'une « convulsion volcanique aura jetés jadis « sur les terres basses de ces parages : « les petites Iles Bananes sont assez éle-
• vées , et semblent être le prolongement « l'une de l'autre : elles sont très-boi- « sées toutes deux. La plus grande, qui
• est la plus élevée, a dû être elle-même a le prolongement du capShilling avant k qu'un bouleversement du sol ne vtnt « ouvrir entre les deux un passage pra- « ticable pour des navires, mais rétréci a par des îlots de roches. » Si , continue M. le comte £. Bouët, si l'on tire une ligne droite du cap Shilling à la pointe Tassa, qui en est éloignée de dixnuit milles, cette ligne serala corde de l'arc très-prononcé qui forme la baie de Yawry. La pointe Tassa est jointe à la plus grande des fies Plantain* par une bande de récifs hors de l'eau et sous l'eau : cette île est basse et boisée. De gros rochers, des chaînes de récifs entourent le groupe tout entier à plus de deux milles au large dans l'ouest et dans le sud-est. Un bâtiment de grandeur moyenne peut, après avoir doublé les îles Plantains, ou s'enfoncer dans le bras de mer qui s'étend à l'ouest de Vile Sherboro, ou doubler les lies aux Tortues, et laisser à sa droite les récifs les
Ïrius à Test du banc de Sainte* Anne; es lies aux Tortues sont des îles basses et sablonneuses , détachées sans doute par la mer de la pointe Sainte- Anne,
(i) Deseript, naut. des côtts oee. d'Afr., p. 74-76.
qui a donné son nom au vaste banc jeté entre les îles Bananes et l'Ile Sherboro, à une dizaine de lieues de la côte. « Ce banc est un assemblage de hauts « fonds et de plateaux plus ou moins « recouverts d eau, séparés les uns des
* autres par des canaux navigables,
• mais formant un véritable labyrinthe, « d'où l'emploi continuel de la sonde ■ peut seul faire sortir te navire qui « s'y est engagé : vers le milieu du banc « cependant, le canal est large, profond « et facilement navigable. » Aprèsavoir dépassé les Iles aux Tortues on prolonge la côte basse et boisée de l'I/e Sherboro. Les bancs qui s'avancent à l'ouest de la pointe Manna, ou pointe extrême de la rive gauche de Shebar, resserrent beaucoup l'entrée de cette rivière, et ne lui laissent guère qu'un demi-mille d étendue. Le mouillage devant cette rivière n'offre d'ailleurs aucune ressource, pas même celle d'une aiguade en dedans de la barre. A partir de Shebar la côte continue à se montrer basse, droite et uniformément boisée; quelques villages sont épars ça et là, et on distingue celui de Cassi. « La rivière « de Gaïtinas est renommée comme « foyer actif de traite de noirs; c'est « Sur ses rives, et non loin de son em- « bouchure, que le négrier espagnol « Pedro-Blanco cache ses cargaisons « humaines dans des barracons ou han- « gars, pour les entasser ensuite sur des « navires Ons voiliers, qui les embarquent « et disparaissent en moins d'une nuit. « Excepté à l'époque de basse marée, la « barren'estpasdiiKicilea franchir, mais « elle n'est accessible qu'à des cabo- « teurs ou à des embarcation* ; la rivière, « après plusieurs sinuosités, remonte « dans l'intérieur, à travers des bois où « le négrier Pedro-Blanco cache ses es- « claves, quand il craint qu'une des- « centedes équipages des bâtiments de « guerre n'ait lieu dans les barraques « du littoral pour briser les fers de ses « victimes. » En quittant Gallinas pour continuer à prolonger la côte , à un mille et demi de terre environ, 011 apercevra devant soi \ecap de Monte, qui paraît détaché au large comme une Ile; et après avoir reconnu le village et la rivière de Manna et dépassé plusieurs factoreries établies dans les maisons de Sugary ,on
L'UjNIVERS.
est en position d'aller jeter l'ancre dans la baie du cap de Monte.
Les peuples qui habitaient la province de Sierra-Leone, nous dit Alvarez d'Almada, étaîentautrefois les plus heureux de la Guinée» à cause de sa fertilité ; mais il paraît que Dieu a voulu châtier cette province en lui imposant dans les Sumbas ou les Mânes un fléau aussi terrible que les Caraïbes du Brésil. On ignore l'origine de cette nation; tout ce que Ton sait, c'est qu'il y a quarante ans leur avant-garde envahit la province de Sierra-Leone, et leur immigration n'est point encore finie. ( On se souvient qu'Almada écrivait dans les derniers temps du seizième siècle. ) Les vieillards sapes prétendent que leurs invasions se renouvellent chaque siècle. C'est vers 1550 qu'ils ont lait l'irruption la plus cruelledonton ait jamais ouï parler ; car ils dévoraient la chair de leurs ennemis. Quand ils furent maîtres du pays, ils tirent dire à ceux qui les suivaient de ne pas avancer plus loin , et payèrent à léur chef l'impôt désigné sous le nom de mare/e. Maintenant ils ont renoncé à manger de la chair humaine , et sont presque entièrement confondus avec les Sapes ; mais, ayant cessé avec le temps de payer le mareté à leur roi, celui-ci envahit leur pays à la tête de nouvelles bandes qui dévoraient les vivants et arrachaient même les morts de leurs tombeaux.
On croit généralement que ces Mânes viennent des États du Mandimanca (1), parce qu'ils parlent la même langue que ses sujets et leur ressemblent beaucoup tant par leurs mœurs que par les armes , dont ils font usage, lesquelles sont principalement des arcs et des flèches de trèspetite dimension. Us ont avec ces armes, disent-ils, l'avantage de pouvoir utiliser les flèches que leurs ennemis leur lancent, et ceux-ci ne peuvent en faire au-
(i) Plus haut, en parlant du roi de Casamanca , Almada a dit que , bien que trèspuissant, ce prince était soumis à son farim , qui est comme l'empereur chez les Nègres; que celui-ci dépendait d'un autre, et ainsi de suite en remontant jusqu'au farim de Mandimanca, qui est le souverain de tous les Nègres, et de qui les Mandingues et les habitants de Casamanca , ainsi que la plupart des rois de la rivière de Gambie et les Sumbas ou Mânes, ont pris leur nom.
tant parce que leurs arcs sont trop grands. Leurs boucliers sont faits de baguettes tressées, et sont assez larges pour les couvrir tout entiers ; ils se servent aussi de courtes épées et de zagaies dont le fer est très-long. Quand ils vont à la guerre, ils portent sur le dos deux carquois remplis de flèches empoisonnées , non pas avec le jus de diverses plantes que l'on fait cuire ensemble, comme dans les autres provinces, mais avec le suc laiteux d'un certain arbre, venintrès-subtil. Leurs vêtements sont une chemise, un large pantalon de toile de coton et un bonnet orné de plumes. Les Mânes sont venus dans la province de Sierra-Leone en traversant les pays situés au delà du royaume de Congo ; ils eurent plusieurs combats à livrer en passant derrière la province delà Mina et la côte de la Malaguette. Parmi eux se trouvaient un blanc, nommé Francisco Vas, et un nègre portugais appelé Paulo-Palha, qui, ayant fait naufrage sur cette côte, avaient adopté les mœurs des Sumbas et fait la guerre avec eux, jusqu'à ce qu'ils eussent trouvé l'occasion de rejoindre leurs compatriotes. Ils racontèrent que dans tous les pays que les Sumbas avaient traversés ils entraînaient avec eux un grand nombre de guerriers, et que c'était surtout ceux-là qui mangeaient de la chair humaine. Ils ajoutèrent que leur principal chef était une femme, que l'on désignait sous le titre de mestre, et que c'était à elle que l'on payait le droit de marefe. Les Sapes, si nombreux, ne firent aucune résistance; presque tous leurs villages furent dépeuplés et détruits ; un petit nombre seulement de ces malheureux trouva un refuge à bord des vaisseaux portugais, qui envoyaient leurs chaloupes le long de la côte et recueillaient les fugitifs, pour les vendre ensuite comme esclaves. Après avoir tout dévasté, les Mânes se préparèrent à tourner leurs armes contre les Souzas, qui, comme on l'a dit, habitent dans l'intérieur. Les Mânes réunirent pour les attaquer l'armée la plus considérable que ron eût encore vue dans ce pays. Ils avaient avec eux un Portugais nommé Salvador Homenda Casta, trèshabile arquebusier. Les Souzas, de leur côté , marchèrent contre eux avec tous leurs guerriers et des auxiliaires foulos
SÉSEGAMME.
Potirdétruîre plus sûrement leurs ennemis, ils tuaient un grand nombre de bestiaux dont ils faisaient cuire la chair, et à l'approche des Mânes ils battaient en retraite et abandonnaient dans leur camp des vases remplis de viandes empoisonnées sur lesquelles les Mânes ne manquaient pas de se jeter ; ils en firent périr beaucoup de la sorte. Le reste fut attaqué au passage d'une rivière par les Souzas et les Foulos confédérés, et mis en pleine déroute. Les Souzas se retirèrent ensuite au rio de Nuno, où ils s'établirent. Cependant, ajoute Al mad a, le commerce a commencé à reprendre dans le pays , parce que les Mânes ont contracté les mœurs des autres indigènes. Leur prince ou roi réside à Mitambo, et prend le titre de Farma; mais les Mânes qui se sont établis sur le territoire des Sapes obéissent à différents chefs , lesquels se font même la guerre entre eux. Quand les vassaux •vont rendre hommage à leur chef, ils se prosternent devant lui en disant :
Atuaco ( me voici). S'il veut se;débarrasser d'eux pour quelque grief, il doit le faire dans ce moment-là même, car aussitôt qu'il leur a répondu Anamati, c'est-à-dire sois le bienvenu, ils sont considérés comme étant sous sa sauvegarde. Les Sapes qui habitaient autrefois la province de Sierra-Leone étaient faibles et poltrons; mais depuis qu'ils ont été disciplinés par les Mânes , ils sont devenus excellents guerriers. Ils se servent d'artillerie, et commencent à comprendre l'art des sièges, ainsi que la défense des forts. Ils ont toujours été les ennemis des Français et des Anglais, et ont livré des combats aux capitaines anglais Jean AcIeetBarthélemi Bayâo. Ce dernier voulut pénétrer dans l'intérieur, pour faire la guerre au roi Sauna ; mais celui-ci le repoussa, lui tua beaucoup de monde, et lui enleva même quelques embarcations. Ce roi Sauna récompensa richement les soldats portugais qui lui vinrent en aide dans cette occasion (1).
Dans le dernier chapitre de sa relation Almada a cherché surtout à faire ressortir aux yeux de ses compatriotes
(I) Nouv. Annales des voyages ,trad. de M. Teruaux-Compans, t. X.CV, p. 112-119.
I Ie Livraison. (Sénégambïe.)
les avantages qu'onrctireraitde la colonisation de la province de Sierra-Leone.
Les Portugais paraissent les avoir bien sentis et reconnus, si Ton en juge par la longue résistance qu'ils opposèrent à rétablissement des Anglais et des Français dans cette province. Le récit d'Almada nous atteste que cette lutte avait commencé dès longtemps, et on la voit se prolonger dans tout le cours du dixseptième siècle. Les relationsde William Finch (1), de Villault de Bellefond (2), de Barbot (3) et surtout d'Atkin (4) nous en ont conservé les circonstances les plus intéressantes.
Villault de Bellefond, en 166C, constatait que l'affection des habitants du royaume de Bulom s'était partagée entre les Anglais et les Portugais , et que ce royaume, qui comprend surtout la partie septentrionale de la province de Sierra-Leone , était à peine connu et fréquenté des Français et des Hollandais ;
(1) William Finch, marchand anglais, en allant aux Indes Orientales, en 1607, toucha au port de Sierra-Leone. Son journal fut inséré dans le ier vol. du fameux recueil du temps , Hackluytus posthumus or Pure fias his pil-
{rim; Londres, 5 vol. in fol., iCa5. M. Walcenacr a résumé dans V Histoire générale des Voyages, t. IV, p. a4-36, les observations d'histoire naturelle faites par Finrh à Sierra- Leone, et qui forment le principal mérite de sa relation. Dans la baie de Sierra-Leone, sur les rocs voisins de l'a iguade, Finch lut plusieurs noms anglais, entre autres ceux du chevalier Fr. Drake, qui avait touché dans ce même lieu vingt-sept ans auparavant , de Thomas Candish , et du capiiaine Lister.
(i) Relation des cosles d'Afrique, appelléts Guinée , avec la description du pays , mœurs et façons de vivre des habitants, des productions de la terre et des marchandises qu'on en apporte , avec les remarqiws historiques sur ces castes. — Le tout remarqué par U sieur Villault, escuyer, sieur de Bellefond , dans le voyage qu'il y a fait en 1GG6 et 1667. Paris, in-is, iCfiç).
(3) Harbot se trouvant à Sierra-Leone en 1(178 joignit ses remarques sur celte province à la Description of the coast of North and South Cuinea, \mvi cc dans le Ve vol. du recueil de Churchill, Collection of Voyages and Travels.
(4) Albin s a Voyage ta Cuinea, lîrazil and the West Indies, i* édit., 1737, in-8°. — C'est en 172 1 qu'Aïkin relâchaaSierra Leone.
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il constatait aussi que sur toute la côte il n'y avait pas de heu où le commerce fût plus avantageux, rapportant rarement moins de cent pour cent, et que les Portugais, en allant y acheter, dans l'intérieur, l'ivoire pour le revendre *à la cote, réalisaient des bénéfices encore plus considérables. Les Anglais eurent leur premier comptoir dans l'île Ta$so> Tune des nombreuses tles qui se trouvent à l'embouchure de la rivière de Sierra-Leone ou Mitomba. Mais, en 1664, Ruyter, en revenant de son expédition à la cote d'Or , pénétra dans la rivière , et détruisit le fort anglais. La compagnie d'Angleterre en ût promptement élever un autre dans l'île de Cagu, la plus fertile et la plus belle de ces îles ; et c'est sans doute celui que Villault de Bellefond visita en 1666, et qu'il a décrit; lesindigènes le ruinèrent, et les Anglais passèrent alors dans l'île de Bense, où Barbot les trouva fixés en 1678. Ils jetaient l'ancre habituellement devant Tombey, village situé à quatre lieues seulement de la baie de France (1),
(r) Suivant Villault de Bellefond, én s'avançant du cap Ledo ou Tagrin dans la rivière on trouvait plusieurs baies, et la quatrième était celle qui avait reçu le nom de baie de France, soit que les Français eussent autrefois possédé «ce point de la côte, soit qu'ils y eussent commis quelques dégâts , brûlé une ville, par exemple. La bat va plus loin, et rapporte une tradition des indigènes concernant un ancien comptoir des Normands : il affirme même qu'ils en montraient encore remplacement , et qu'ils ont conservé un grand fonds d'affection pour les Français et l'habitude de parler leur langue. Barbot a décrit ce lieu comme l'un des plus pittoresques de toute la Guinée : on le distingue aisément, dit-il, au sable brillant et net de la plage. A quelques pas de la mer est la fontaine de France , Vaiguadc la plus commode et la plus abondante de la côte. On y remplissait aisément cent tonneaux en un jour. Cette eau vient du milieu même des montagnes de Timna , qui forment une chaîne (Je quinze lieues environ, mais inabordable à cause du grand nombre de bêtes féroces qu'elle renferme. Les eaux fraîches tombent du sommet des montagnes avec grand bmit et par plusieurs cascades, pour he réunir dans une espèce d'étang, ou de premier bassin , insuffisant à, les contenir ; elles débordent sur le rivage sablonneux, et au
plus rapproché qu'aucun autre de leur
comptoir et dépendant dans ce tempslà d'un chef ou dongah nommé Jean Thomas. Barbot, qui a recueilli sur la population indigène de cette contrée les mêmes détails a peu près que j'ai rapportés d'après Almada, nous dépeint la haine encore ardente des f 'ieux-Capezet des Combas-Manez; ces deux peuples cependant semblaient reconnaître également la domination dti roi ûeQuoja, qui résidait près du cap Monte, et donnait aux différents cantons de la province de Sierra-Leone des gouverneurs ou vice-rois, appelés dongahs dans le pays, comme était ce Jean Thomas. Au nord de l'embouchure de la rivière de Mitomba s'étendait le petit royaume de Bolm(i), et au sud celui de Bourri. Le roi de Bolm se nommait alors Antonio-Boumbo. Les missionnaires por-:
tugats l'avaient converti au christianisme avec une partie de ses sujets; toutefois, et malgré le grand nombre de Portugais répandus dans ses États, il semblait favoriser davantage les Anglais, et la jalousie des Portugais en souffrait vivement : de Dondermuch ou Dondomuch, leur principal établissement, ils entretenaient aussi peu de relations que possible avec les Anglais de l'île Bense. En 1678 le fort élevé dans cette île n'avait encore d'importance que par l'avantage d'une situation très-forte , sur un roc élevé et inaccessible; en 1704, quand Barbot le revit, il présentait quatre bastions réguliers, de très-beaux magasins, de spacieux logements sur les remparts, quarante-
pied des montagnes un second bassin les reçoit , mais les laisse encore se répandre sur le sable et se perdre enfin dans la mer. Ce second bassin était entouré des plus charmants ombrages, et protégé en outre contre la chaleur par une enceinte de rochers : Barbot se plaisait à y venir prendre ses repas. On payait alors au dongah Jean Thomas , pour prendre de l'eau à eette fontaine et du bois dans les environs, un droit de 3 ou 4 écus de France seulement, ennetites/n*rce/<Vi.(\Valcienaer, Hist. gën% des Voy., t. IV, p. 5a.)
(i) Dans la langue du pays , suivant Barbot, Soient signifie basse terre ; on prononçait Dolem ou Bidon, et en y ajoutant Berre {bon\ on formait le nom de Bolemberre , de même que Villault de Bellefond écrit Butombel.
quatre pièces de canon, et sur la plateforme qui surmontait la porte d'entrée quatre canons du plus gros calibre. Cependant le 17 juillet de cette même année, deux vaisseaux de guerre français, sous le commandement du sieur Guerin, enlevèrent cette place sans éprouver de résistance, rasèrent le fort, et emportèrent sept mille dents d'éléphants avec beaucoup d'autres marchandises. Mais la compagnie anglaise fit relever premptement son fort , et Atkin par le de la concurrence commerciale qu'il avait à soutenir, en 1721 , contre un établisse* ment situé sur la rivière, anglais aussi , mais appartenant à des négociants privés, au nombre de trente ou quarante, gens peu scrupuleux et exerçant presque le métier de pirates. — Jusqu'à la un du dix-huitième siècle, il ne paraît pas que le comptoir anglais ait été inquiété de nouveau.
Sous le ministère du maréchal de Castries, le gouvernement français confia à M. de Lajaille, lieutenant de vaisseau, la mission d'établir un poste militaire dans la rivière de Sierra-Leone.
On avait choisi comme emplacement de ce poste Vile de Gambia, située à l'entrée^ de /a rivière de Bunck, qui se réunit à la " rivière de Sierra-Leone a cinq lieues de la Baie de France. On destinait à ce nouveau poste, avec une batteriede six pièces de canon, une garnison de quinze hommes détachés du Sénégal ; et il ne devait être considéré que comme une dépendance decegouvernement.M.deLajaille, comme j'ai déjà eu occasion de le dire, partit de Brest le 1er novembre 1784; il toucha au Sénégal le 3 décembre, à Corée le 15 du môme mois, en partit le 25 pour l'archipel des Bissagos, et le 18 janvier 1785 il mouillait à l'embouchure de la Bunck. Dès le 19 on commença les travaux d'établissement, qui furent achevés le 26 février : « La batterie fut « placée sur deux encadrements auxquels « on conserva la longueur qui convient à « l'artillerie de douze : on n'y laissa ce- « pendant que six canons de gaillard de « six livres de balles. Le magasin et le « logement des officiers furent placés à" « la droite de la batterie, les casernes à la « gauche, et les cases à Nègres à la proxi- « mité des bâtiments. Dans la suite on * devaitfaireun large fossé autour de ces
« bâtiments : il fut tracé à quelques cen- « taines de pas en arrière (1). » M. de Lajaille avait eu à suivre quelques négociations assez lentes et assez difficiles avec le roi de Gambia. Elles se terminèrent heureusement par un traité dont je donne la teneur en note (2) ; et le roi de
(i) Durand, Voyage au Sénégal, p. i48.
(i) « Aujourd'hui 14 janvier 1785, en- « tre Panahouré , roi propriétaire de Gam • « Lia, rivière de Serre-Lionne, côte d'Afrique, « les nommés Pacomba , Pojbossem et signor « don Rodrigo Domingo, habitants du pays, « en présence des sieurs Jean Jung et Uè- « ùert, capitaines des navires du commerce « la Commode et la i!fo/i/ie-£//i<d/i, et des sieurs m Ansel et Hannibal, déjà établis sur ladite - île, procédant par autorité du roi de France, m confiée au sieur marquis de Lajaille , eom- « mandant la frégate CÉmeraude , aux con- « dit ions relatives à rétablissement d'un « comptoir français dans cette partie de l'A- « frique, est convenu ce qui suit, savoir : que « le roi de l'Ile de Gambia et ses sujets pro- « mettent et consentent que le roi de France « élève tel fort que bon lui semblera sur « cette lie, pour protéger son pavillon et « donner toute assistance aux vaisseaux de « son commerce contre toute nation étran- « gère qui y porterait obstacle en manière « quelconque. — Promettent également les « susdénommés, pour eux et pour les sujets « de leur dépendance, qu'il ne sera fait au- « cun trouble ni aucun obstacle à la vie, « aux biens ni à la liberté des sujets du roi de « France, qui s'engage de son côté à tenir « la main à ce que la même condition ait « lieu de la part de ses sujets envers ceux du « roi propriétaire de Gambia. — Promet , le « roi de France, toute protection au roi de « Gambia et à ses sujets dans l'intérieur des « forts ou batteries qui seront construits sur * cette île. sans pour cela qu'on puisse exiger « que les Français se portent à l'extérieur de « l'île. — Est en outre convenu que les bàli- « ments du roi seront toujours exempts de « payer les coutumes que paveront les bâti- « ments du commerce sur le pied qu'elles « sont déjà établies, à raison de quinze bar- « res pour chaque bâtiment; laquelle cou- « tume acquittée , lesdits bâtiments seront « libres de couper du bois, de faire de l'eau et m de se procurer les autres besoins. — Et « pour entretenir la bonne union que le soi « de France établit entre ses sujets, le roi et « les habitants de Gambia , sa majesté très- « chrétienne promet un présent de 100 barres, « qui seront données au roi de Gambia le
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Gambia dont la méfiance avait tout à fait disparu , confia à M. de Lajaille son fils , nommé Pedro , pour être conduit en France. Ce jeune prince, parti d'Afrique en 1785, resta dans une pension à Brest, moyennant 1,200 livres par an jusqu'en 1787, et fut rçnvoyé à son père; mais , sur un désir du roi de Gambia, on le ramena en France sur l'aviso C Eveillé , pour achever son éducation sous la direction des mêmes personnes; il revint définitivement en 1790. En 1796, une expédition dont Golbery faisait partie fut chargée d'aller reconnaître la situation de l'établissement français ; Golbery était autorisé à décider de l'abandon de ce poste; il reconnut à la vérité tous les inconvénients de la situation de l'Ile de Gambie, jetée à l'écart, dans la rivière deBunck , au fond d'une anse vaseuse et marécageuse, écrasée par une montagne qui n'en est séparée que par un ca? nal très-étroit, bordée ae mangliers, ainsi privée d'eau, n'étant même pas rafraîchie par la brise du large, qu'interceptent plusieurs saillies de la rive méridionale du canal de Sierra-Leone, trop resserrée pour convenir à aucun essai de culture, réduite, commercialement parlant, au service d'entrepôt, et, militairement, très-facile à enlever par l'existence de quatre ou cinq cales qui facilitaient un débarquement hors de la vue du fort, et rendaient par conséquent les batteries inutiles ; cependant il crut , comme avait fait le marquis de Lajaille, que le fait seul d'être établi dans la rivière de Sierra- Leone avait une grande importance pour la France , et décida que le fort serait conservé. Mais cet établissement ne pouvait durer. Le gouvernement du Sénégal . trop éloigné et privé de moyens de communication, ne s'en occupa pas, et abandonna les malheureux colons à leur sort : ils périrent presque tous au mois d'août 1798 ; deux ou trois seulementeurent la force de venir mourir en France.
« jour de Noël de chaque année. — Fait par- « devant les snsdénommés , à Gambia, les « mêmes jour ei an que dessus. Le roi Pana- « bouré, Pacomba etPabossem, ne sachant « pas signer, ont fait chacun une croix sur « l'acte; ensuite signé : Domingo Rodrigo; m pour le roi de France, le marquis de La- « jai/le , Amely J. Jung, J. L. Hannibal. » ( Durand, Voyage au Sénégal, p. 149. )
Cependant deux établissements anglais, celui de l'île de Bence et celui du village de Sierra-Leone , présentaient par leu r prospérité et leur développemen t rapide un contraste affligeant pour nous avec l'état misérable de notre comptoir de l'île Gambia. La fondation de cette nouvelle colonie anglaise à Sierra-Leone avait été un événement considérable :
c'était le premier essai d'application de généreuses idées d'affranchissement et de civilisation qui , dans la seconde moitié du dix-huitième siècle , s'étaient manifestées avec éclat, surtout en Angleterre, en faveur de la race noire. Il peut paraître injuste de faire honneur a telle ou telle nation, à tel ou tel individu, de ces élans de charité, de ces nobles inspirations, si naturelles à l'homme ; mais, s'il est difficile d'en attribuer sûrement l'initiative à personne, il faut reconnaître que sans la persévérance et les longues méditations dcquelques grands esprits la sympathie générale qu'excitaient les misères de la race noire aurait pu longtemps encore demeurer stérile. De cette manière on peut, je crois , apprécier avec vérité quelle fut la portée de certains écrits , de certains efforts, de certains actes individuels ou
Î;énéraux , par exemple , du plan de colonisation africaine que le docteur Smeathman, en 1783, taisait connaître dans ses lettres au docteur Bowles; de l'essai publié par le révérend James Ramsay sur le traitement des esclaves dans les colonies à sucre appartenant à l'Angleterre (1); de la manifestation de l'université de Cambridge, proposant comme question de concours, en 1785, la question de l'esclavage et de la traite des noirs (2) ; de la prompte formation à Londres d'une société pour l'abolition de la traite; du zèle passionné de Wilberforce , n'acceptant pas de lenteurs dans une œuvre de religion , n'arrêtant plus ses vœux à la suppression de la traite, mais demandant, dès 1792, l'abo-
(1) James Ramsay s Essays on trealment of African slaves, 1784.
(a) Le mémoire de T. Clarkson , écrit en latin , obtint le premier prix, et fut bientôt traduit en anglais et suivi de deux écrits du même auteur sur les inconvénients politiques de la traite des noirs et sur l'insuffisance des règlements qui s'y rapportaient.
lition de l'esclavage, et entraînant non pas ceux qui l'entendaient, mais la convention nationale, qui, par son décret du 16 pluviôse an II (4 février 1794 ), abolissait l'esclavage dans les colonies françaises.
A la fin de la guerre d'Amérique, en 1783, beaucoup de nègres qu'on avait soulevés contre leurs maîtres, et qu'on avait enrégimentés , furent transportés à Londres ; le dénûment de ces malheureux et la crainte qu'ils ne se pervertissent intéressèrent les philanthropes anglais : un comité se réunit à cette occasion sous la présidence de Jonas Hanway, assisté de M. Granvi Ile- Sharp et du docteur Smeathman; le plan que ce dernier avait publié d'un nouvel établissement à fonder près de Sierra-Leone fut accepté. Chargé de recueillir des colons parmi ces nègres ou hommes de couleur, il réunit plus de quatre cents noirs et une soixantaine de blancs, et les conduisit lui-même sur des vaisseaux de l'État a Sierra-Leone; malheureusement peu de temps après leur arrivée, le 9 mai 1 787, il vint à mourir. Le capitaine Thompson lui succéda dans la direction de la nouvelle colonie. Il commença par acquérir du roi de Naimbanna un terrain de vingt milles carrés environ , choisit l'emplacement d'une ville sur une hauteur faisant face à la mer, fit construire un magasin général, et répartit les terres entre les colons ; mais il n'était pas secondé : l'oisiveté et l'intempérance les décimèrent cruellement; beaucoup désertèrent; et quand le capitaine Thompson les quitta la colonie ne comptait plus que deux cent soixante et seize individus. Pour éviter le sort de leurs compagnons, ils se mirent au travail, mais ne furent pas heureux : au mois de novembre 1789 un chef africain, à titre de représailles, les dispersa. Granvi Ile-Sharp ne se découragea pas : il parvint à former une nouvelle association de vingt-quatre personnes, qui prit d'abord le nom de Compagnie*de la baie de Saint-Georges. Le 17 février 1790, nn acte du parlement la reconnut sous le nom de Compagnie de Sierra-Leone, en lui accordant un privilège de trente et un ans, à partir du 1er juillet 1791. Le sixième article de cet acte portait qu'elle ne pourrait faire la traite des
noirs ni posséder d'enclaves dans la colonie. Cette compagnie, le 1er juin 1792, lorsque la liste des souscripteurs fut close, comptait mille huit cent auarantetrois porteurs d'actions; le prix de chaque action était de 50 liv. sterl. Le nombre des actions était de cinq mille vingttrois, représentant ainsi un capital de 25 1 , 1 50 liv . sterl . Le comi té de d i rection , pris dans le sein de la compagnie , se composait de treize personnes, et se renouvelait chaque année. Par la suite, les directeurs ouvrirent une nouvelle liste de souscription pour subvenir à l'augmentation de dépenses que nécessitait le développement de la colonie.
Au commencement de 1791 , M. Falconbridge, venu pour réunir les colons dispersés, éprouva des difficultés de la part des chefs indigènes : ceux-ci ne reconnaissaient plus la première vente, et ne consentirent enfin à leur céder de nouveau le même terrain qu'à condition qu'ils abandonneraient l'emplacement choisi pour leur ville par le capitaine Thompson. La colonie s'établit alors à Granville-Town, villageque les indigènes avaient déserté, et situé à une petite distance à l'est de l'ancien chef-heu, Freetown, sur la rive méridionale de l'embouchure de la Sierra-Leone; la compagnie la pourvut en abondance de denrées, d'outils, de marchandises, en même temps qu'elle envoyait à Sierra- Leone des soldats, des 'artisans, des cultivateurs et des administrateurs choisis avec soin. En mars 1792 la colonie reçut un accroissement considérable de population, par l'arrivée de douze cents noirs libres , anciens loyalistes, mécontents delà condition qu ils avaient trouvée aux Iles de Bahama et à la Nouvelle- Ecosse, où on les avait transportés après la guerre d'Amérique. Dans le même temps deux voyageurs suédois , Auguste Ts'ordenskiold , chef des mines de Finlande et minéralogiste distingué, et Adam Afzélius, professeur de botanique à l'université dTJpsal, consentaient à mettre leur science et leurs observations au service de la colonie anglaise. Entre les mains du lieutenant T. Clarkson surtout elle entra véritablement en pleine voie de prospérité ; par une correspondance régulière avec le comité de direction, il put prévenir beaucoup de dé-
L'UNIVERS
penses inutiles, beaucoup de désordres qui avaient failli un moment compromettre sou existence ; il accélérait tout ensemble les travaux de construction ( on s'était décidé à élever, contre toute opposition , la nouvelle ville sur remplacement de l'ancienne Freetown); il composait un conseil colonial et publiait de sages règlements de police. Un événement imprévu arrêta ces heureux développements. Le 27 septembre 1794 une escadre française parut devant la ville de Freetown : les habitants demandaient à capituler; mais le capitaine Arnaud, commandant de l'escadre, déclara qu'il brûlerait toutes les maisons appartenant aux Anglais. En effet les maisons et les magasins furent pillés et brûlés, les registres de la compagnie, la belle collection du docteur Afzélius dispersés; enfin les pertes s'élevèrent à plus de 40,000 liv. sterl. Le gouvernement français désavoua et punitlecommandantArnaud. « Sonchâ- « timent eût été exemplaire, dit Durand « dans son Voyage au Sénégal, s'il « n'eût pas paru clairement qu'il igno- « rait ie mal qu'il avait commis. Il fut « reconnu par son journal qu'il avait été « induit en erreur par deux négriers « américains, et qu'il croyait avoir fait « une œuvre méritoire en détruisant ce « qu'il appelait un établissement de « Pitt pour fabriquer des esclaves. »
En 1796 une partie des colons, ceuxlà même qui étaient venus de la Nouvelle-Écosse, voulut se séparer de la colonie ; et le gouvernement, à cette occasion, accorda aux directeurs un secours de soldats qu'on tira de la garnison de Gorée , et une somme de 7,000 liv. sterl. pour la construction d'un fort. Mais au mois de septembre 1800, à la suite d'actesde faiblesse ou d'imprudence du gouverneur et du conseil colonial, les mécontents, ayant à leur tête les chefs des districts ou centeniers, défendirent par un arrêté à tous les habitants, sous peinede 20 liv. sterl. d'amende, dereconnaitre à l'avenir ces autorités; ils firent même une nouvelle constitution, qui remettait tout le pouvoir entre les mains des centeniers, et fixèrent un maximum pour toutes les denrées de première nécessité. L'arrivée opportune d'un vaisseau de la Nouvel le-Écosse donna au
gouverneur les moyens de venir à bout des révoltés; Il ordonna quelques exécutions, assigna le séjour de Granville-Town à tous les Nègres marrons delà Nouvelle-Écosse, et de cette manière assura pour l'avenir la tranquillité de la colonie , que tous ces événements avaient
Ï profondément troublée. Jusqu'en 1820 'établissement de Sierra-Leone ne cessa de s'accroître : on construisit successivement de nouveaux villages autour de Freetown, dans un rayon de seize milles : en 1809 le village de Leicester, situé dans les montagnes, à deux milles et demi de Freetown; celui du Régent en 1812, Gloucester en 1816; Kissey et Léopolà l'année suivante; Charlotte, JVilberforce et Bathurst, en 1818 ; Kent, York, Wellington, Hastinçs et Waterloo, en 1819. Ces deux derniers, par leur situation et la fertilité de leur sol, étaient destinés à prendre le plus d'importance.
Kent et York avaient l'avantage d'être situés sur la côte; mais la trop grande
Î proximité des montagnes devait nuire à eur développement; rétablissement des îles de Loss, formé en 1819 à la suite de la cession du chef nègre Dalla-Mahommadou, et celui des Ues des Bananiers en 1820, peuvent être considérés aussi comme des accroissements de la colonie de Sierra-Leone. Mais en 1820 il semble que les progrès s'arrêtent, que la population diminue, que la stérilité du sol, les dangers du climat, l'énormité des dépenses aient découragé les colons et le gouvernement; onéenvaiten 1826, de Sierra-Leone (1), que le gouvernement venait de confier au lieutenant-colonel Denham , bien connu par ses voyages dans l'intérieur de l'Afrique, la mission urgente de choisir sur la côte occidentale d'Afrique.un lieu plus propre que Sierra-Leone à recevoir un grand établissement, à devenir un centre commercial ; on présumait déjà que l'embouchure du Niger serait le lieu désigné,qu'au moyen de ce fleuve,navigable, à plus de cinq cents lieues de son embouchure ( avantage immense , qu'on regrettait surtout à Sierra-Leone et que le Niger d'ailleurs n'eût pas procuré) , un établissement fondé par exemple dans l'île de Feruando-Po ne pouvait manquer de s'é-
(i) Journal desFoyagês, t, XXXII, p, 363,
SÉKÉGAMBIE. 1Q7
lever au plus haut degré de prospérité, gnalaient comme une loi contraire à la» C'est sous Tinfluence des mêmes senti- prospérité de l'établissement l'alienments de crainte et de découragement bill, qui permettait au gouverneur que la Chambre des communes ordonna, d'expulser arbitrairement les étrangers à la même époque, une enquête sur l'état fixés dans la colonie , astreints à toutes de la colonie de Sierra-Leone. les charges, mais ne jouissant pas des On voit par le rapport des commissai- privilèges des colons, ne pouvant pas, res, MM. James Rowan et Henry Wel- par exemple, posséder légalement ni lington (1), que depuis l'abolition de la tester. La centralisation du gouvernecompagnie d'Afrique, en 1821 , tous les ment et de l'administration était aussi établissements ou comptoirs anglais de marquée comme un grand vice; c'est la côte occidentale d'Afrique, compris cette enquête enfin qui révéla une dimientre Sainte-Marie en Gambie au nord nution considérable dans la population : et Accra au sud , avaient été réunis au le nombre des individus importés étant gouvernement et à l'administration de de vingt et un mille neuf cent quarante- Sierra-Leone; qu'ils étaient tous régis quatre, et celui des individus de mêmes par les lois anglaises, mais que ces lois classes ( nègres de la Nouvelle-Ecosse, avaient été considérablement modifiées nègres marrons, américains, soldats lipar les lois ou règlements coloniaux cenciés, nègres affranchis) qui existaient portés par le gouverneur et son conseil ; dans la colonie au mois d'avril 1826, étant que ces règlements locaux étaient peu de treize mille vingt, la population avait connus, et qu'on n'avait songé que tout diminué en quarante ans de huit mille récemment a les réunir, à les mettra en neuf cent vingt-quatre individus. — ordre et à les livrer à l'impression , et Quant à l'état du commerce de Sierraqu'ainsi longtemps il n'avait existé dans Leone en 1827, on voit que si le cornla colonie qu'une seule copie de ce re- merce de l'or, branche ouverte récem-1 cueil , quoiqu'on comptât jusqu'à huit ment (1), s'était accru d'année en année cours de justice. Le gouverneur et son jusqu'à s'élever, en 1825, à une valeur de conseil , composé du grand juge , de l'a- 30,000 liv. sterl., si l'exportation des vocat du roi, au secrétaire delà colonie et bois de construction avait aussi beaude l'inspecteur des domaines, formaient coup augmenté dans les dernières anune cour suprême jugeant en dernier nées, ayant monté entre les années 1820 ressort, à moins que la somme en litige et 1825 de six mille soixante-dix-huit à n'excédât 400 liv. sterl.; dans ce cas, il y vingt et un mille six cent cinquante, avait appel au roi d'Angleterre. — La blocs, les exportations en ivoire avaient cour de la commission royale jugeait beaucoup baissé : en 1820 on avait extous les délits relatifs au commerce des porté six mille trois cent soixanteesclaves.— La cour d'amirauté connais- quinze dents d'éléphants; en 1823, 1824 sait des actions civiles, et participait de et 1825, seulement sept cent quatrela cour des plaids communs et de la cour vingt-sept. Quant aux revenus du goud'équité en Angleterre. Toutes ces cours vernement , provenant d'un droit de 2 étaient présidées soit par le grand juge pour lOOsurtous les objets de manufac- {chief justice), soit par un membre du ture anglaise importés, et de 6 pour 1 00 conseil. L'institution du jury avait déjà sur toutes les marchandises étrangeproduit à Sierra-Leone d'excellents ré- res, en impôts sur les liqueurs fortes, sultats : on choisissait les jurés parmi sur les ventes par adjudication, etc., les hommes de couleur, la plupart propriétaires et issus des nègres de la N'ou- . . . , . , . ~n„Ann vclIp-Êrnssp et nnrmi les nècres mar- (0 Avant le du maJor Gordon
nT^ïï J& connue à Sierra-Leone. Les marchands qui
premiers colons, Mais les rapporteurs si- rapportent viennent surtout de Bouri ci de
Kang-Kang ; et comme on a observé que pen-
(i) Report of the commissionners of in- dant qu'il augmentait à Sierra-Leone, ce com-
quiry into the slate of the colonj of Sierra- merce diminuait en Gambie, il est clair que
Leone, ordered by the House ojcommons to be l'or de traite provient des mêmes contrées,
printed 7 may 1 8a 7, in-fol., 1 1 1 pages. et est apporté par les mêmes
L'UNIVERS
en droits d'atterrage et d'ancrage, ils n'avaient rien' de fixe : en 1823, où ils avaient atteint le chiffre le plus haut, 8,890 liv.sterl., les dépenses militaires seules s'étaieut élevées à 46,734 liv.
sterl.
Les dangers de cette crise, on ne saurait le nier, avaient été réels, et les alarmes du gouvernement anglais bien fondées; l'enquête ordonnée par la Chambre des communes devait décider de la conservation ou de l'abandon de la colonie de Sierra-Leone; rien ne fut changé , et Sierra-Leone resta le centre et le chef-lieu des établissements anglais de la côte occidentale d'Afrique. Maintenant, si on se transporte à dix ans de là, à la fin de l'année 1836, on voit que la population , presque toute composée de pègres libères , est de cinquante mille individus, et que les exportations se sont élevées aune valeur de 71, 927 liv. sterl.; que sur cejte somme totale les exportations provenant du crû ne comptaient que pour 3,526 liv. sterl.; qu'ainsi l'établissement n'a aucune importance agricole , et que tous les capitaux et toute l'industrie des nègres libres etdes blancs de Sierra-Leone sont consacrés à acquérir les produits bruts de l'intérieur, les bois de charpente et de teinture, l'huile de palme et le café ; aue de toute manière, par rapport à sa population, l'industrie de Sierra-Leone se réduit à bien peu de chose. L'insalubrité du climat en est la cause : c'est elle qui éloigne de Sierra-Leone comme de tous les autres points de la côte d'Afrique l'industrie et les capitaux des Européens. Tandis qu'un géreur ou un planteur de café allant s'établir sur un point quelconque des Indes Occidentales trouve aisément à assurer sa vie à moins de 5 pour 100, il ne pourra, s'il se dirige sur Sierra-Leone, la faire assurer à moins de 30 pour 100. Sierra-Leone n'a donc proprement d'importance que comme entrepôt du commerce anglais avec les tribus de l'intérieur. — C'est ici le lieu d'aborder la question de Vêmigralion, et de dire quelle fut l'utilité de l'établissement de Sierra-Leone pour la suppression de la traite des noirs, cause première de sa fondation; quelle est la nature de la population qui s'y trouve réunie, et de quelles es-
pérances diverses elle est l'objet, considérée par les missionnaires comme un foyer de régénération pour toute l'Afrique, et par les planteurs de l'Amérique comme une pépinière inépuisable de travailleurs libres.
C'est en 1807, comme on sait, que l'Angleterre \ publia cette loi célèbre qui supprimait la traite des noirs dans toutes ses possessions ; cette même année l'acte d'abolition de la traite, publié en 1789 par le congrès des États-Unis , fut mis en vigueur; dès 1802 les gouvernements de Danemark et de Suède avaient interdit la traite à leurs sujets; enfin trois déclarations furent faites solennellement et en commun contre ce honteux trafic par les plénipotentiaires de l'Angleterre, de 1 Autriche, de la France , du Portugal , de la Prusse, de la Russie, de l'Espagne et de laSuède, en 1815, 1818 et 1822, aux congrès de Vienne, d'Aix-la-Chapelle et de.Vérone ; en présence de ces faits, on pouvait espérer que bientôt un terme serait mis à ce fléau qui désole V Afrique, avilit l'Europe et afflige VhumanUé. Je ne saurais , sans dépasser de beaucoup les limites de cette publication, donner ici l'exposé, même le plus bref, des négociations et des conventions intervenues entre les différentes puissances pour poursuivre l'extinction totale de la traite (1); mais toutes les mesures ad o ptées par l'Angleterre de concert avec les autres gouvernements, traités particuliers, croisières organisées, formation de commissions mixtes, demeurèrent inutiles, et, suivant les expressions passionnées des abolit ionis tes, elles n'auraient fait même que multiplier les atrocités de la traite. On lit dans un rapport sur l'état de la traite des noirs en 1843, fait dans la séance d'ouverture de la convention générale des abolitionistes, au mois ae juin de cette même année, une reproduction des calculs effrayants de sir Fowell Buxton,
(i) Voy. dans les Annales maritime*, 1844, Revue colon., a° 7, un précis historique au droit international depuis i8i5 jusqu'en 1842, composé surtout d'après l'ouvrage presque officiel publié à Londres, en 1842, par M. James Bandinel, sous le titre de Some account of the trade in Slaves , as connected mth Europe and America.
SÉXËGAMBIE.
auteur de l'ouvrage intitulé. The Slave (rade and ist re?nedy, suivant lequel la traite, avant 1840, jetait encore dans les horreurs de l'esclavage plus de cent vingt mille victimes parmi les peuples chrétiens, et parmi les mahométans plus de cinquante mille, nombre qu'il faut élever à quatre cent cinquante mille en tenant compte des pertes annuelles éprouvées par les négriers. « Il est reconnu, ajoutait le « rapporteur, M. Scoble, que sur mille « Noirs embarqués par les négriers il en • périt la moitié pendant le voyage et « le séjour sur les côtes ; un quart des « noirs embarqués meurt durant la tra- « versée; et sur ceux qui parviennent « à leur point de destination, il en « meurt un cinquième dans la première « année de travail ; les trois cents qui « restent se voient, avec leur descen- « dance, condamnés sans espoir à un « perpétuel esclavage et à une mort pré- « maturée. Tel était l'état des choses « lorsque les philanthropes d'Europe et « d'Amérique se réunirent à la conven- « tion de 1840. » Les traités passés avec les puissances étrangères stipulaient que les esclaves trouvés à bord des négriers seraient conduits sur le sol de la nation du bâtiment capteur.
Dès le principe, les croiseurs britanniques observèrent cette clause en venant émanciper les esclaves tombés en leur pouvoir à Sierra-Leone, colonie que les circonstances et le but de son établissement recommandaient naturellement à un choix pareil , mais que les traités n'avaient pas désignée plus spécialement que toute autre possession anglaise à recevoir le dépôt des Nègres libérés. Ainsi s'entretint et s'accrut la population de Sierra-Leone: et d'après le témoignagedu colonel Alexandre Findlay, qui fut gouverneur de cette colonie de 1829 à 1833, on comptait alors, sur le nombre total de trente-cinq mille âmes, trente quatre mille Africains libérés ( 1 ). Dans ces dernières années il s'était
(i) La population de Sierra-Leone est loin d'être aussi considérable que pourrait le faire croire le nombre des négriers qui y furent conduits pendant trente-cinq ans. De 1807 à i836, cinquante-six mille cinq cent soixante-trois esclaves y furent débar-
élevé jusqu'à cinquante mille. Le négrier conduit à Sierra-Leone est ju<;é ordinairementauboutdeliuitjours.Pendantcet intervalle de temps, comme il n'y a pas de local convenable à terre pour ret cvoir les noirs, ils restent sur le négrier. Après le jugement, les autorités locales en dirigent souvent une partie en Gambie ; quant à ceux qui restent , on les incorpore dans l'Église anglicane, on les marie , on enrégimente les uns , on emploie les autres d'abord aux travaux publics, puis on les envoie dans les divers villages qui entourent Sierra-Leone, et là on les pourvoit d'une certaine portion de terrain qu'on leur fait défricher et où ils sont contraints de se construire une case; les jeunes garçons et les jeunes filles sont placés en apprentissage, les enfants envoyés aux école?, où ils reçoivent une éducation chrétienne et apprennent à lire et à écrire pour se placer plus tard comme domestiques, ou pour prendre un état quelconque. Cependant les Nègres libérés ne sont pas tous suivis avec cette sollicitude; une fois débarqués, ils sont parfaitement libres d'aller où bon leur semble : on les prévient seulement que s'ils s'aventurent trop ils risquent fort d'être repris par les peuplades de l'intérieur et revendus aux trafiquants d'esclaves , ce qui ne manque jamais.
On comprend , en voyant de quelle manière se recrute toujours la population de Sierra-Leone, que cette colonie soit devenue pour l'Afrique occidentale ce qu'est le Cap de Bonne-Espérance pour l'Afrique méridionale , le centre des diverses sociétés de missions. Dès
1795 cette colonie était visitée par les missionnaires de la société Baptiste ; en
1796 par ceux de la société d'Ecosse et de la société de Londres. En 1801 la société épiscopale y envoya des minis-
qués, et cependant à la fin de 1 836 la population totale n'était que de trente-trois mille six cent vingt-huit âmes. On attribue cette diminution ; i° à la disproportion des deux sexes, le nombre des hommes dépassant d'un tiers environ celui des femmes ; a° à la mortalité effray ante qui sévit toujours contre les nouveaux débarqués; 3° et aussi au déversement d'un certain nombre de libérés fait dans rétablissement de Gambie.
LUNIVERS,
très que ne put lui procurer l'Angleterre, mais qu'elle obtint d'un institut de Berlin. En 1823 l'institut de Baie y envoya ses élèves. Une société s'était formée en 1807 , à l'époque de la cession de la compagnie de Sierra-Leone au gouvernement, sous le nom d'Institut Africain) pour diriger et étendre cette œuvre de civilisation. À la mission de l'église s'était associée, non "sans un esprit quelquefois dangereux de rivalité, la mission méthodiste wesleyen ne (1). Les missionnaires anglicans comme les mis-
(1) Dans la Revue coloniale des Annales maritimes de 1846, n° 11, on trouve des renseignements statistiques pleins d'intérêt sur les principaux résultats obtenus à la lin de 1844 par la seule société wesleyenne. Leurs missions peuvent se diviser en trois districts, comprenant, le premier Sierra-Leone et ses dépendances; le deuxième la Gambie, et le troisième la Côle-d'Or. Le premier est desservi par un surintendant général de la mission, deux missionnaires et trois aides missionnaires indigènes. Les stations centrales ou principales sont Freetown , Hastings et Wellington, "York et l'île Plantain. Circonscription de Freetown : une chapelle située dans Batliurst- Street était fréquentée le dimanche, et deux fois la semaine, par une nombreuse congrégation ; la société religieuse de Portuguese-Town n'avait cessé d'être très-suivie dès rétablissement même de la mission. À New- Town-West, où la mission comptait plus de cinq cents membres affiliés, la chapelle était toujours pleine, et une grande foule suivait encore l'office du dehors; on en pouvait dire autant de la chapelle à Soldier-Town , de la maison de prédication à Gibraltar-Tomt. Onavait récemment construit à Kroo-Town une grande chapelle contiguë à l'institut que la mission a créé pour l'éducation des professeurs indigènes. La population de New-Town, encore toute païenne il y a quelques années , celle de Régent, et celle de Murray-Town toute composée à'Ackoiis et de Kakandas, avaient présenté d'elles-mêmes aux missionnaires qui les instruisaient leurs fétiches pour être détruits, et comptaient alors parmi les membres les plus zélés de la société weslevenue. La station de York avait pris aussi un développement considérable. Dans le courant de Tannée 1843 il y avait eu un accroissement de cent soixante membres de l'église ; une grande chapelle, l'année suivante, avait été terminée, et les frais de sa construction avaient été immédiatement couverts sur les lieux par des cotisations, et on se disposait
sionnaires wesleyens peuvent se féliciter hautement de leur succès; ils ont proclamé souvent que leur espoir était de faire de cette colonie un foyer destiné à rayonner sur toute l'Afrique occidentale la lumière de l'Évangile et des idées européennes; et depuis quelques années déjà ils croyaient avoir préparé la population de Sierra- Leone à devenir l'instrument futur de la régénération de l'Afrique : c'est un des élèves de ces écoles, le nommé Ring , qui fut mis à la téte de la fermemodèle fondée au confluent du Niger et duChadda; un autre, nommé Simon Jonas, servit d'interprète au capitaine Trotter dans l'expédition du Niger, et s'acquitta de cet emploi avec une remarquable intelligence, profitant même souvent et avec bonheur de l'ac-
à élever de même une chapelle aussi spacieuse dans le quartier de York nommé Kesso-Town. La mission avait étendu ses soins à Godeneh, Susses et Hamilton, où une chapelle se construisait aux frais de la communauté, pendant que quelques membres de l'église subvenaient aux frais d'érection d'une autre chapelle à King's-Road. — Les écoles les plus considérables sont celles de Freetown, où les enfants créoles et les enfants noirs libérés sont confondus sans distinction. L'école de la station d' Hastings, dirigée par le mari et la femme, prospérait d'une manière merveilleuse : on y comptait cent vingt-deux enfants, sur lesquels quarante-sept lisaient l'Evangile, seize apprenaient la grammaire anglaise, soixante-sept écrivaient sur Tardoise , huit sur des cahiers , trente-neuf apprenaient l'arithmétique, et vingt-sept jeunes filles travaillaient à l'aiguille. Dans la station de Wellington, on distingue l'école du chef-lieu, celle d'Allen- Town, celle de Callaba-Town ; dans la station de York, celle du chef-lieu, celle de Godeneh y et celles d'Hamilton et de Sussex. En 1843 on opéra d'utiles réformes dans l'administration et dans l'enseignement de l'Institut supérieur de King-Towiis-Point , destiné, comme je l'ai dit, à former des maîtres d'école instituteurs et prédicateurs tout ensemble. Il s'y trouvait à la fin de 1844 huit élèves, dont deux étaient quelquefois chargés d'aller prêcher l'Évangile dans les villages environnants. La Eiblft, le catéchisme, la grammaire anglaisera composition, l'histoire, la géographie et l'usage des globes, l'arithmétique, formaient le programme des études.
SÉ^ŒGAMBIE.
cès que sa position lui donnait auprès des chefs indigènes pour leur insinuer quelques idées salutaires et leur faire sentir la barbarie de leurs plus odieuses coutumes. On cite encore d'autres exemples significatifs de ces progrès :
des Africains libérés retournant dans leur patrie, à Badagry, et conservant des relations avec Sierra-Leone; des hommes du pays d'Aku se cotisant pour subvenir aux frais de l'envoi d'un missionnaire à Badagry; plusieurs maîtres d'école indigènes offrant d'aller dans l'intérieur instruire leurs tribus. Aussi est-ce avec un profond découragement que les missionnaires anglicans et wesleyens virent favoriser par le gouvernement anglais l'émigration aux Indes occidentales de la partie la plus éclairée, la plus industrieuse, de la population deSierra-Leone.
Dans la séance de la Chambre des communes du 15 mai 1823, M. Buxton, ami de Wilberforce, réclama, au nom du christianisme et de la constitution britannique, l'abolition graduelle, mais effective, de l'esclavage dans les possessions anglaises. Cette motion, amendée à la demande de M. Canning, fut promptement suivie de la célèbre circulaire de lord Bathurst , secrétaire d'État des colonies, où était exposé le plan de réforme et de moralisation progressive
3ui devait préparer l'abolition définitive e l'esclavage. Ce n'est pas le lieu de rappeler toutes les difficultés qui entravèrent ces premières réformes, les protestations continuelles des colons, les révoltes des esclaves impatients. Le 12 mars 1831, le gouvernement, donnant l'exemple du sacrifice, prescrivit l'affranchissement immédiat de tous les esclaves de la couronne; puis l'ordre en conseil , du 5 novembre de la même année, fut la première mesure qui atteignit directement les colons : il constituait l'intervention de magistrats
{protecteurs entre le maître et l'esclave ; a résistancedes colonies futsi violente, que le gouvernement fut poussé encore en avant, et forcé dans ses projets d'émancipation lente et mesurée. Le 14 mai 1833 lord Stanley, au nom du cabinet, saisit le parlement des résolutions qui furent formulées dans l'acte d'abolition de l'esclavage, sanctionné le 28
août suivant par la couronne. Cet acte, on le sait, prononça l'émancipation gé< nérale des esclaves à partir du l* août 1834, à la double condition d'une indemnité de vingt millions de liv. sterl. (600,000,000 de fr.), et d'un temps d'apprentissage, qui, cessant nu 1er août 1838 pour les noirs des cites, se prolongerait jusqu'au 1er août 1840 pour ceux des campagnes. L'opinion publique s'etant prononcée avec la plus grande force contre cette prolongation de l'apprentissage pour les noirs des campagnes, le gouvernement accueillit avec sympathie cette noble répugnance; mais pour éviter un conflit entre le parlement et les législatures coloniales , et pour ménager à celles-ci la reconnaissance et la confiance de la population noire, il leur laissa l'initiative de la libération simultanée de tous les apprentis. Ainsi, à partir de l'automne deî'année 1838, le sucre devint dans les colonies anglaises le produit du travail libre. L'émaneipation était un acte juste et nécessaire ; elle procura aux nouveaux affranchis le bien-être, rendit parmi eux le mariage plus fréquent et le vol plus rare, les disposa à recevoir et même à chercher l'instruction; mais dès 1834 on avait prédit, comme conséquences infaillibles de l'acte d'émancipation, la diminution du nombre des travailleurs aux colonies et de la production coloniale, la ruine ou l'appauvrissement de tous les planteurs ; enfin, comme conséquence dernière, mais bien grave, en ce qu'elle faisait un cercle vicieux de cette généreuse question de l'émancipation, il fallut reconnaître l'activité nouvelle que reprit tout à coup la traite des noirs, ranimée et encouragée par la situation de plus en plus florissante des marchés de la Havane et du Brésil. Les progrès de cette crise ruineuse appelèrent encore l'attention, peut-être trop tardive, du parlement ; et les rapports des deux comités parlementaires déclarèrent qu'un vaste système d'immigration, organisé en Europe, en Afrique et dans l'Inde, pouvait seul, en mettant au service de «l'industrie coloniale un nombre de travailleurs proportionné à ses besoins, lui rendre sa prospérité passée. Le comité chargé de l'enquête sur la situation présente des pos-
L'UNIVERS
sessions britanniques à la côte occidentale d'Afrique, et sur leurs relations avec les tribus indigènes environnantes, lit porter ses investigations exclusivement sur ces trois points : l° L'Afrique possède-t-elle réellement les éléments d'une émigration libre et considérable pour les Indes occidentales? 2° Cette émigration est-elle à désirer dans l'intérêt des populations africaines ? 3° Peutelle être effectuée sans qu'on puisse légitimement craindre ou même supposer qu'elle ne suscite et n'encourage une nouvelle traite des Noirs? Quant au premier point, le rapport disait en peu de mots que sur la côte d'Or il ne paraissait exister que peu d'éléments pour une émigration parfaitement libre, ou même pour une émigration quelconque , les ravages de la traite étant encore trop récents pour que la population y fût surabondante et portée aux expéditions aventureuses; là tous les individus, à l'exception des chefs et d'un petit nombre des habitants de la côte, protégés dans leur existence et dans leur commerce par les comptoirs anglais, hollandais et danois , sont esclaves. Mais si l'on remonte la côte, on rencontre, entre le cap Palmas et le cap Monte, une raced'hommes étrangers divisée en un grand nombre de petites tribus appelées du nom de Kroumanesetrépanduessuruneétendue considérable de pays. Ils sont en général , mais non exclusivement , adonnés à la navigation , et forment une partie des équipages de tous les bâtiments anglais soit de guerre, soit de commerce, naviguant dans ces parages ; on les reconnaît à une marque extérieure ; ils ne se laissent jamais réduire en esclavage, toujours prêts à échapper à cette odieuse condition par la mort, et eux-mêmes ne font jamais d'esclaves. Leur nombre n'est pas connu, mais parait considérable (1). Ils ont pleine confiance dans le
(i) "Voy. les curieux renseignements sur la nation des Kroumanes répandus dans les divers témoignages qu'on recueillit en Angleterre sur les ressources offertes par la côte d'Afrit|ue pour l'émigration des travailleurs libres aux Indes occidentales, et qui sont exactement reproduits dans la cinquième publication du ministère de la marine sur Yabolition Je t esclavage dans Us colonies anglaisa, p. 358-459,
caractère anglais. Cependant il était douteux qu'où pût, sans quelques présents ou coutumes, obtenir de leurs chefs l'autorisation d'en emmener un grand nombre, et, d'autre part, l'amour qu'ils ont pour leur pays et leur habitude invincible de ne s'éloigner que
Cr un temps , et sans jamais emmener rs femmes, ne laissaient pas espérer qu'ils consentissent à se fixer dans une contrée étrangère pour plus de deux ou trois ans. Dans l'établissement anglais de la Gambie , l'enquête trouva à peu près mille cinq cents Africains libérés que le gouvernement avait tirés de Sierra-Leone, pour ne pas laisser encombrer cette colonie, mais qui n'offri- ' raient à l'émigration qu'une médiocre ressource. Les migrations périodiques des deux tribus des Serawoulis ou Serracolets et des Tillibunkas, qui, à des époques fixes, viennent en grand nombre du haut de la rivière faire tous les rudes travaux de Sainte-Marie et s'en retournent ensuite avec le produit de leurs économies, paraissant entièrement libres d'aller ou de venir où bon leur semble, sans avoir besoin de permission, promettaient en apparence les éléments d'une émigration plus nombreuse, d'abord temporaire, mais susceptible , en cas d'heureux résultats , de se prolonger et de se changer en établissement permanent. Enfin Sierra-Leone, peuplée de quarante à cinquante mille Africains libérés ou descendants d'Africains libérés, d'un corps de Kroomende mille au moins et au plus de cinq mille individus faisant dans la colonie les travaux les
{dus pénibles, comme les Serawoulis et es Tillibunkas en Gambie, et encore de mille à deux mille individus de race mélangée venus à Sierra-Leone, comme les Kroomen, de leur plein gré, se
{>résentait comme le foyer principal de 'émigration. — Le comité d'enquête s'occupa ensuite de la question de savoir si pour ces diverses populations il y avait vraiment avantage à vivre aux Indes occidentales plutôt qu'en Afrique.
D'après les renseignements les plus authentiques sur la situation des choses et des personnes de la population agricole, jadis esclave, à la Jamaïque, dans la Guyane anglaise et à la Trinidad , le comité ne put douter que pour le Nègre
SENÉGAMBlfc.
sans asile, qui vient d'être délivré de la traite , ou pour l'Africain ignorant et barbare qui vient amasser péniblement dans les établissements anglais quelques minces profits dont il va jouir ensuite dans sa tribu ; que même pour l'Africain libéré de Sierra-Leone, placé depuis plusieurs années sous la tutelle paternelle du gouvernement britannique, mais privé de tout moyen de se former aux travaux agricoles, réduit toujours à un salaire de quatre à cinq deniers par jour ou au produit presque insuffisant d'une petite culture, l'émigration aux Indes occidentales ne fût un grand bienfait. En même temps les Africains libérés de Sierra-Leone, si embarrassés d'eux-mêmes et tout ensemble si onéreux pour le gouvernement, en trouvant aux Indes une condition meilleure, contribueraient à la richesse et à la prospérité de la nation qui les accueillerait dans son sein, et surtout les progrès de la civilisation africaine seraient assurés par le retour sur la terre d'Afrique d'un grand nombre de ses enfants formés par la religion et les arts de l'Europe, propres eux-mêmes et disposés à les répandre. Ce reflux de l'Ouest sur l'Est, maintenu dans des limites convenables et dirigé avec prudence, pouvait être, suivant les paroles de sir John Jérémie, l'avenir de la civilisation de l'Afrique. Mais en poursuivant ce but, l'Angleterre s'exposait peut-être au soupçon de recommencer la traite des Noirs sous un autre nom ; le comité d'enquête s'occupa spécialement de proposer des règlements administratifs d'une nature si simple et si peu équivoque, qu'il n'y eût plus de place pour ce soupçon; il entendait gue toutes les opérations de l'émigration tussent conduites par le gouvernement seul.
Le rapport du comité d'enquête se terminait par l'examen de l'accusation fort grave dirigée contre le commerce anglais de fournir des facilités au trafic des esclaves. Le sens rigoureux de cette accusation, comme le comité d'enquête le reconnut, était qu'en revendant aux trafiquants d'esclaves les bâtiments condamnés comme négriers , ce qui est le cas le plus rare , ou , ce qui est plus fréquent, en leur vendant des marchandises licites troquées ensuite contre des esclaves , le négociaut et le manufacturier anglais ,
aussi bien que ceux des autres nations, fournissaient effectivement à la traite des facilités considérables. Et même depuis que, par une exécution de plus en plus sévère des dispositions contenues dans les traités de 1831 , de 1833 et de 184 1 , les bâtiments vraiment affectés à la traite ne pouvaient plus séjourner en sûreté sur la côte, les marchandises néces» saires à ce trafic n'étaient plus expédiées comme autrefois d'abord à Cuba et au Brésil et apportées de là par les négriers eux-mêmes, elles étaient actuellement apportées en bien plus grande quantité et avec beaucoup plus de facilité d'Angleterre directement à la côte d'Afrique, sur des bâtiments en apparence les plus innocents et les plus inoffensifs, mais dans le fait auxiliaires dangereux et impunis des traitants. Toutefois, en présence des résultats immenses que les mesures adoptées pour la répression de la traite avaient déjà produits, le comité d'enquête n'osa pas conseiller à la législature d'imposer au commerce licite, si digne d'encouragement comme le moyen de civilisation le plus puissant peut-être qu'on pût jamais appliquer à l'Afrique, mille entraves ruineuses, pour diminuer dans une proportion infiniment petite les facilités plus ou moins grandes qu'il pouvait fournir à la traite (1).— Dès que les rapports des comités d'enquête de 1842 lurent connus, une députation de négociants et d'autres personnes intéressées dans le commerce des Indes occidentales présenta à lord Stanley, sous forme d'adresse, tout un plan d'émigration (2). La plupart des dispositions de ce plan furent adoptées, avec quelques modifications, par le secrétaire d'Etat des colonies, et le 6 février 1843 lord Stanley adressa au gouverneur de Sierra-Leone une dépêche contenant le sommaire suivant du plan que le gouvernement de
(r) Voy. le Rapport du comité d'enquête, OU dans la partie non officielle des Annales maritimes y 184a , n* 5g; ou dans la cinquième publication du ministère de la marine sur l'abolition de l'esclavage dans les colonies anglaises (IIe section); Paris, ImpY. Roy.,
(3) Annales mari t. (partie non ojfic.), juillet i843, p. 4a-4*.
L'UNIVERS
sa majesté britannique se proposait de suivre : « Tous les bâtiments transportant des émigrants de la côte occidentale d'Afrique aux Indes occidentales aux frais de nos différentes colonies seront désormais placés sous la conduite d'officiers du gouvernement et frétés ad hoc par l'État, ou au moins munis d'une autorisation expresse du ministre. — Les seules colonies où l'émigration
f>ourra s'effectuer dès aujourd'hui , sont a Jamaïque, la Trinidad et la Guyane anglaise, dont les législatures respectives ont déjà alloué un fonds spécial pour en couvrir la dépense. Aussitôt que les autres colonies auront également pourvu à une semblable allocation, elles seront admises aux bénétices de la mesure.... Les seuls points où les émigrants puissent è re engagés aujourd'hui sont Sierra-Leone, Bonavista et Loando.
Dans les deux derniers endroits, des cours de commissions mixtes ont été établies en vertu du dernier traité avec le Portugal. — Comme gouverneur de Sierra-Leone, vous aurez à faire savoir publiquement à vos administrés que désormais des bâtiments destinés au transport des émigrants seront expédiés de la colonie à des époques fixes sous la direction immédiate du gouvernement.— On continuera, pour le mode de recrutement et d'embarquement des émigrants, à suivre le système établi par mon prédécesseur (1), c'est-à-dire
' (i) Dans une dépêche postérieure à celle du G février 1843, où il entrait dans quelques détails particuliers sur l'exécution du plan entier des ministres de sa majesté, lord Stanley modifia certaines dispositions du système établi précédemment par lord John Russell. Ainsi, conformément à l'opinion que les Africains libérés conduits à Sierra-Leone trouveraient un grand avantage à pouvoir profiter sur-lechamp des facilités d émigration qui se présenteraient à eux , lord Stanley fit proposer par le gouverneur au conseil colonial la modification de la quatrième clause de l'acte du 3 S décembre 1 84 1 , par laquelle les Africains libérés ne pouvaient obtenir l'autorisation d'émigrer qu'après un séjour de six semaines dans la colonie ; la réduction à trois jour» du terme de dix jours à l'avance que la troisième clause exigeait de l'Africain libéré pour la notification, entre les mai us de l'administrateur de son district, de son intention
qu'un ou plusieurs agents seront employés par les colonies des Indes occidentales à recruter les sujets disposés à émigrer et remplissant les conditions exigées ; ces agents seront soumis au contrôle des gouverneurs de leurs colonies respectives, quoique susceptibles d'être renvoyés pour cause de malversation parle gouverneur de Sierra-Leone.
11 leur sera interdit de faire avec les émigrants aucune convention expresse relative aux taux des salaires ; ils devront se borner à leur en faire connaître la moyenne officielle. Leur litre distinctifsera celui d'agents coloniaux (1).
d'émigrer; la suppression ou au moins la diminution des droits à percevoir sur les passe-ports.
(1) Celte même dépêche contenait un supplément d'instructions spécialement adressées aux agents coloniaux et se rapportant aux précautions à observer dans le choix des émigrants : « Ils doivent s'euquérir, avant tout, du caractère et des habitudes antérieures de celui qui se présente pour émigrer, et leur devoir est d'écarter tous ceux qui sont adonnés à l'ivrognerie ou sujets à tout autre vice. — Refuser tous ceux qui sont aUeiuls de quelque infirmité corporelle. — Choisir de préférence les jeunes gens mariés de trente ans ou environ ; au-dessus de quarante-cinq ans les Noirs ne sont plus admissibles. — Ne pas permettre qu'un emigrant laisse derrière lui une femme, un jeune enfant ou des parents infirmes qui, après son départ , seraient privés de tous moyens d'existence. — Nul ne pourra être admis s'il n'a résidé dans la colonie pendant six semaines au moins. Sont exceptés de celte disposition les Kroomen, les individus arrivés dans la colonie sur les bàlimenis de sa majesté, ou ceux qui seront porteurs d'un certificat signé par les fons- • tionnaires à ce préposés, certificat qui constatera leur désir d'émigrer. — L'avis scia donné par Yagent colonial à V administrateur du district ou à tout autre fonctionnaire délégué à cet effet par le gouverneur portant que tel individu est dans l'intention d'émi- «* grer. Le délai pour donner et recevoir cet avis sera ultérieurement fixé par le gouverneur. — Tout individu qu'on s'efforcera de déterminer à l'émigration devra recevoir copie d'un imprimé revêtu de la signature du gouverneur; cet imprimé contiendra tous les renseignements propres à l'éclairer sur la colonie où il esl sollicité de se rendre. — Les enfouis eu bas âge n'aurout pas la faculté
SÉNÉGA.MBIE.
L'embargnernent des émigrants continuera à être dirigé, comme il Test aujourd'hui, par un agent spécial nommé par vous. Cet agent n'aura plus désormais à s'occuper de l'inspection des bâtiments, le gouvernement de sa majesté s'étant exclusivement réservé cette surveillance. Il lui restera néanmoins, sous votre direction, à régler l'ordre de départ des bâtiments employés par le gouvernement d'après le nouveau système, et à s'assurer, comme auparavant, que tous les émigrants s'embarquent de leur plein consentement, qu'ils ont séjourné dans la colonie le temps exigé, qu'ils ont été visités par l'officier de santé, que la proportion des sexes est observée; en un mot, que toutes les règles prescrites sont ponctuellement suivies. Son titre distinctif sera celui d'agent du gouvernement (1). Pour don-
d'émigrer, à moins qu'ils ne soient accompagnés de leurs parents ou de leurs gardiens. Cependant l'administrateur du district ou tout autre fonctionnaire nommé par le gouverneur pourra autoriser l'émigration de ces enfants en certifiant que cette émigration n'offre aucune espèce d'inconvénients, et quelle est autorisée par les parents. — Tout éraigrant accepté par un agent colonial recevra de cet agent un certificat de son admission. — Si l'émigrant à sou arrivée dans le port ne trouve pas le bâtiment prêt à mettre à la voile , l'agent colonial sera autorisé à pourvoir à son entretien. La dépense de cet entretien sera fixée à un taux modéré , et mise à la charge de la colonie où l'émigrant devra se rendre. Cependant aucun éinigrant ne pourra être ainsi défrayé pendant plus de quinze jours, et, dans tous les cas, tout ce qui aura été fait dans ce sens sera soumis à l'approbation du gouverneur.
(i) L' agent d'émigration , est* il dit dans le même supplément d'instructions, exercera une autorité générale sur les agents des colonies ; il veillera autant qu'il sera en son pouvoir à ce qu'ils s'acquiltcut convenablement de leur mission. Il signalera au gouverneur de Sierra-Leonc tous ceux de ces agents qui négligeraient leurs devoirs, cl le gouverneur les suspendra de leurs fonctions s il va lieu. L agent du gouvernement sera charge de distribuer aux agents des colonies les imprimés à remettre aux émigrants. Ces imprimés comprendront le prix moyen des salaires offerts dans les colonies, les autres avantages assurés aux travailleurs et le genre de tra-
ner à ce plan un commencement d'exécution on a frété en Angleterre un bâ-
vail qui est plus particulièrement demandé. — L'agent du gouvernement tiendra un registre séparé pour chaque colonie : il y inscrira les noms des émigrants d'après la liste qui aura élé formée par les agents particuliers. — Il ne pourra porter un émigrant d'un registre sur un autre sans l'assentiment de l'agent qui aura le premier engagé cet émigrant ; à moins que ce dernier ne paye un droit de deux sb. six deniers. — Il réglera le tour des bâtiments destinés à l'émigration et le temps de leur séjour suivant les instructions du gouverneur. — Le devoir de l'agent du gouvernement sera d'examiner chaque émigrant en particulier, pour s'assurer s'il part de son plein et libre consentement, s'il a des notions exactes sur le sort qui l'attend, et si, dans son choix , on s'est conformé strictement au règlement. — Il préparera autant que possible un lieu de réception ou dépôt pour y admettre les émigrants qui arriveraient avant de pouvoir être embarqués. Il prescrira les règlements à observer dans cet établissement, et dans tous les cas, que ce dépôt soit eu non formé, il surveillera les arrangements que les ageuts coloniaux auront pu preudre pour l'entretien des émigrants jusqu'à l'heure de l'embarquement. — Il inspectera les vêtements de ces derniers, et s'ils sont insuffisants il s'adressera au gouverneur pour suppléer à leur insuffisance ; c'est aussi par l'intermédiaire du gouverneur qu'il fera délivrer le nombre de couvertures voulu pour l'usage des émigrants à bord. — Il aura soin qu'il se trouve parmi les émigrants embarqués sur chaque navire un iudividu au moins capable de servir d'interprète aux autres. — Il s'assurera que le nombre des femmes embarquées est au moins du tiers des émigrants adultes. Les Kroumen et les Africains libérés depuis trois mois ne sont pas compris dans celte disposition. — Au départ il remettra dans les mains du lieutenant ou du chirurgien la liste de tous les passagers. Il signera cette liste, et y fera joindre un certificat du chirurgien du bord constatant que tous* les émigrants ont été examinés et ont élé trouvés en bonne santé et exempts d'infirmités. — Si le nombre des émigrants paraît devoir dépasser celui des bâtiments affectés à leur transport, l'agent du gouvernement en informera aussitôt le gouverneur. — Il transmettra également au gouverneur un relevé trimestriel de l'émigration, et chaque année il fera son rapport sur la marche du système adopté et sur la probabilité de voir
ire
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timent destiné au service de chacune des colonies susmentionnées, et qui demeurera exclusivement à la charge de ladite colonie. Ces bâtiments retourneront à Sierra-Leone aussitôt qu'ils auront débarqué leurs émigrants ; et ils devront faire autant de voyages dans Tannée que le permettront les règles prescrites... Si l'émigration prenait une extension considérable, on augmenterait dans la proportion requise les moyens de transport... — A leur arrivée dans les Indes occidentales, les émigrants seront reçus par l'agent d'immigration du gouvernement établi dans la colonie.
Cet agent vérifiera si les nouveaux arrivés correspondent avec la liste dressée par les agents du port d'embarquement, et il prendra les mesures nécessaires pour les faire débarquer ou assurer leur subsistance à bord jusqu'à ce qu'on leur ait fait connaître la nature des avantages qui peuvent leur être offerts. Après leur débarquement ils seront entièrement libres de choisir l'occupation qui leur paraîtra la plus avantageuse.
Tout engagement contracté par eux hors de la colonie sera nu! de plein droit, et aucun engagement contracté par eux dans la colonie ne pourra les obliger pendant plus d'une année.— Une communication régulière étant ainsi établie entre l'Afrique et les Indes occidentales au moyen des bâtiments affrétés par le gouvernement, des passages gratuits
affluer à Sierra-Leone «ne population désireuse de se rendre aux Indes occidentales. Il fera aussi un relevé du nombre des délégués qui auront été envoyés des colonies; il prendra soin d'expliquer de quelle manière ces délégués ont procédé et quel effet leur venue a produit sur leurs compatriotes. — Enfin il donnera à toutes les personnes intéressées à rémigration tous les renseignements qu'elles pourront désirer. Il s'efforcera, par ses conseils et par la peinture des avantages résultant de l'émigration, d'exciter parmi les Noirs le désir d'améliorer leur condition. Mais avant tout il se souviendra que sa mission spéciale est de veiller aux intérêts des émigrants, de les garantir de toute fraude et de toute violence, et il n'oubliera pas que de l'accomplissement rigoureux de ses devoirs dépend en grande partie le succès de l'émigration. (Annales marit., 1843, partie non o/Jideile, p. 365-3;a.)
d'aller et de retour seront accordés aux émigrants chargés comme délégués de rapporter à Sierra-Leone des renseignements sur les Indes occidentales, et au témoignage desquels il est probable que les indigènes ajouteront loi . Pour tous les autres émigrants tirés de la côte d'Afrique, auxquels il sera toujours nécessairement loisible de quitter la colonie à leurs propres frais, quand ils le jugeront à propos, on a le projet, aussitôt qu'on aura pu prendre les mesures législatives nécessaires, de leur faire accorder des passages de retour à un taux proportionné à la durée de leur séjour < aux Indes occidentales, durant les cinq premières années de leur résidence; au bout de ce temps, tous ceux qui n'auraient pas quitté la colonie dans l'intervalleauraientdroità un passage gratuit, pourvu qu'ils en fissent la demande dans un délai qui serait fixé après l'expiration des cinq années » ( 1 ). Tel était l'a-
(i) abolition de l esclavage dans les colonies anglaises (V* publication , IIe sect., p. 46 1- 473). La question de l'émigration souleva en Angleterre une ardente polémique. « Si tout le « monde en Angleterre, disent les rédacteurs « des s4 finales maritimes , était d'accord sur « le principe de l'émancipation, on est loin de « s'entendre sur les résultats de cette mesure. « Les uns applaudissent à ces résultats; les « autres les trouvent désastreux. Ceux-ci « croient qu'on a fait assez pour les intérêts « des Noirs dans les colonies anglaises, et « qu'il est temps de s'occuper de leurs anciens « maîtres; les autres, au contraire, pensent « que l'œuvre de réparation envers la race « africaine est à peine commencée. Les pre- « miers annoncent la ruine prochaine des « colonies émancipées, les seconds regardent « ces prédictions comme des clameurs injus- « tes dictées par des intérêts insatiables. La « Gazette coloniale et YJ/iti-Slavery re- « porter sont, on le sait , dans des camps opm posés, et la polémique entre ces deux « feuilles e*t continuelle. » Au commencement de l'année 1843 elles étaient divisées sur ta question de l'émigration, sur le fond même de la mesure, l'une soutenant l'émigration au nom de la civilisation de l'Afrique, l'autre la combattant comme ranimant sous un autre nom la traite et retardant effectivement l'abolition de l'esclavage , comme contraire aussi à l'intérêt des noirs créoles ; mais toutes deux s'accordaient à attaquer le plan du gouveruemcul , la forme et les détails de
perçu du plan du gouvernement. A la date' du 81 mars 1843 le Glen Hvntley, bâtiment frété par le gouvernement, était dans le port de Sierra Leone, sous les ordres d'un lieutenant de la marine royale, prêt à opérer pour la Jamaïque le chargement des emigrants que la
I»roclamation du gouverneur de la coonie,M.Macdona!d, publiée à Freetown le 17 mars, aurait entraînés; des bâtiments de la Trinité et de Demerara étaient aussi attendus chaque jour. Le Glen Hunlley, après trois semaines de séjour dans le port, n'avait pas encore pu compléter son chargement : on attribuait ce mauvais succès à l'opposition des missionnaires et à la mauvaise volonté des agents du gouvernement. La presse faisait aussi au gouvernement le reproche d'avoir limité l'émigration à Sierra- Leone, à la Gambie, à Cape Coast Castle, c'est-à-dire à une étendue de pays qui ne compte pas plus de quatre-vingt mille ou de quatre- vi n fçt-dix mille âmes ; de risquer ainsi de dépeupler les établissements anglais en Afrique, sans satisfaire encore les demandes de la Jamaïque seule, et de faire ainsi de grandes dépenses sans bénéfice proportionnê\\).VArabian et \eSenator, vaisseaux
la mesure. Les mêmes arguments pour et contre furent reproduits, à la même époque, dans la séance que la convention générale abolitioniste consacra à l'examen de la question d'immigration. Les Résolutions favorables de sir Mac-Grégor Laid furent repoussées, et le principe en vertu duquel la société abolitioniste de Londres avait déjà par avance présenté au parlement une pétition contre l'émigration se trouva consacré. ( Annales mûrit., 1843, Revue colon., n°i.) — Voy. aussi, sur le recrutement des Noirs libres à la côte occidentale d'Afrique, le Rapport adressé au ministre de la marine et des colonies, par M. Bouët , capitaine de corvette , gouverneur du Sénégal, et daté de Saint- Louis le 14 mai 1844 ; et un extrait du rapport de M. de Monléon, capitaine de corvette, commandant le biick ta Zèbre, daté de Gorée le i5 avril 1844. inséré dans les Annales marit., 1844, Revue colon., n° 3.
( 1) Quelques habitants de la Guyane anglaise s'étaient proposé de faire avec le capitaine d'un navire de Londres l'arrangement qu'il irait directement a la côte d'Or racheter des Noirs de l'esclavage, qu'il les émanciperait immédiatement après le rachat et
12e Livraison. (Sbnégàmbie. )
frétés et équipés aux trais de la colonie de la Guyane anglaise et de celle de la Trinité, ne furent pas plus heureux que le Glen Huntley : en deux voyages , qui durèrent six mois , VArabian, qui devait transporter chaque fois six oents émigrants, n'en amena que quatre-vingtquatre ; et en deux traversées leSenator, installé pour recevoir chaque fois deux cent six passagers, ne fournit à la Trinidad que cent vingt-quatre émigrants, tous d'une grande jeunesse et tirés surtout de l'école des jeunes Africains capturés. A la date du 20 mars 184.0 l'émigration de Sierra-Leone n'avait encore fourni que quinze cent dix-neuf individus aux colonies, des Indes occidentales, savoir : cinq cent soixante-dix à la Jamaïque, quatre cent cinquanteun à la Guyane anglaise et quatre cent quatre-vingt-dix-huit à la Trinité. Alarmées de l'insuffisance de ces recrutements si coûteux, les colonies anglaises d'Amérique réclamèrent et obtinrent du gouvernement métropolitain la levée de plusieurs restrictions qu'on supposait pouvoir entraver l'émigration :
ainsi les agents d'émigration a Sierra- Leone furent successivement autorisés à payer les petites dettes contractées par les émigrants et à faire aux enga-
les conduirait à Demerara, comme ouvriers libres. Lord Stanley soumit ce plan, que h* gouverneur de la colonie lui avait communiqué, aux conseils judiciaires de la couronne, et donna son adhésion à l'opinion de ces magistrats , que : rachat d'esclaves à la côte d'Or, même dans le but de les émanciper immédiatement et de les transporter de leur plein consentement à la Guyane anglaise, serait illégal; aue les parties engagées dans cette transaction seraient coupables d'avoir enfreint le cinquième statut de George IV, ch. CXI II, et passibles des peines qui y sont portées ; — Que les acheteurs d'esclaves sont déclarés félons par fart. 10 de ce statut, et condamnés à quatorze années de déportation ; — Que les termes du statut comprennent clairement le cas d'achat d'esclaves même dans le but de leur émancipation; et qu'il est évident que si l'achat d'esclaves est un mal, en ce sens qu'il engage ceux qui les vendent à s'en procurer
nr qu'un les leur achète, le préjudice est léme soit que les esclaves rachetés reçoivent ou non la liberté. ( Annales marit. , i843, Revue colon., p. 55. )
178 L*UN1VERS
gés quelques avances d'argent, enfin à sommet de ce cap a une hauteur de 300 se montrer tolérauU sur l'exécution des mètres, et peut se voir de dix lieues à peu lois et ordonnances concernant le nom- près par un temps clair. La rivière du bre proportionne) de femmes que les cap de Monte, qui se décharge dans le coloniesdevaient engager. Mais ces cou- fond de la baie, est très-praticable dans cessions, non plus que quelques mesures la belle saison. Cette relâche off re des rigoureuses propres à dégoûter les ressources en eau excellente et en bois; on Africains libérés du séjour de Sierra- trouve aussi aisément à se procurer des Leone, ne produisirent d'effet sensible, volailles, des moutons , du riz. des lé- La Trinité et la Guvane envoyèrent g unies dans les villages et les lactorealors chacune un agent, M. Butt et ries européennes bâties au pied du cap, M. Cuppy, à Sierra-Leone, pour recher- sur le bord de la rivière. Du cap de cher les causes de cette répugnance delà Monte au cap Mesurade les terres, population noire àémigrer; et d'après également basses, mais plus vertes et les conclusions décourageantes de leurs plus boisées, courent dans la direction rapports, les voyages de YArabian fu« du sud-est pendant une quaranta ne de rent suspendus, et le Senator fut dirigé, milles environ ; la côte est bordée de mais sans plus de succès, sur la Gambie sable blanc, qui se détache du fourré de pour y recruter des éinigrauts volon- verdure. En la longeant à la distance taires. Enfin, le 29 novembre 1845, les de deux ou trois nulles on passera devant planteurs et gérants d'habitations des la rivière du Milieu, dont la trouée est comtés de la Guyane anglaise tentèrent à peu près le seul point de reconnaisun dernier effort pour donner une im- sance ; elle est équidistanle des caps de pulsion décisive et durable à l'immigra- Monte et de Mesurade, ou à peu près , tion des travailleurs africains, et firent et c'est probablement ce qui lui a fait parvenir au gouvernement métropoli- donner ce nom. La rivière Saint-Paul tain un ensemble de résolutions votées lui succède; puis quatre ou cinq> miiles dans l'assemblée de George-Town. La plus loin, dans le fond de la baie de Medernière marquait-elle tout ensemble la surade, la rivière de ce nom, et enfin le cause véritable et le remède de l'insufli- cap Mesurade lui-même, moinsélevéque sance et de la langueur de l'émigration? le cap de Monte, mais qu'on peut aper- Je n oserais l'affirmer : « Le nombre des ce voir cependant de sept à huit lieues par émigrants af ricains qui pourront être un beau temps (1). Au pied du cap et dans introduits dans la colonie ne sera jamais le nord-est a été fonde l'établissement suffisant pour le besoin des habitants, américain de Monrovia, par des homjusqu'àce qu'il ait été permis d'étendre mes de couleur, exilés volontaires des l'émigration à tous les points de la côte États-Unis. Liberia est le nom qne les d'Afrique où la traite des noirs n'a ja- colons donnent à tout le territoire de mais été pratiquée, et notamment à la leur colonie; Monrovia en est le chefcôte où se trouvent les Kroumen. » Le lieu. Cet établissement se voit en pargouvernement anglais n'a encore rien tie du mouillage : on y trouve quelques arrêté à ce sujet. ressources pour y faifedes vivres frais.
Côte des draines comprise entre le ... * Â
cap de Monteet le cap des Palmes (1). (0 On lit dans \U Relation des castes d A-
- Le cap de Monte est un promon- frique appels G*»*, du sieur ' ™"»*.
toire d une élévation remarquable, que «cuver, sieur
font ressortir encore les terres basses h « Tiï "^TaÏÏinl
deSherboroetdeGalhnas. Le principal ; ^^^^^^1 ÏC
« raient périr un vaisseau qui en approt he-
(0 Voy. la carte de la Côte occidentale « rail plu* près que de demi-lieue, ou par-
de r Afrique (partie comprise entre (es ttes de a ce que les Français qui y furent autrefois
Loss et le cap Loptz ), dressée d'après les « massacrés criaient miséricorde : outre que
travaux exécutés par MM. h. J. de May ne, «dans ce lieu les habitants sout cruels,
W.F.W. 0*en, le Prédour, T. Bottier, « d'où la rivière (au pied du cap ) a tiré
elc, par M. Daussv, ingénieur hydrographe « son nom de Dttro (comme estant dure et
eu chef du Dépol "de la marine. — i833. « fatale aux Blancs ) >..
SÊNÉCAMBÏE
On communique avec Monrovia, soit en débarquant au pied du cap, soit en pénétrant au sein de rétablissement par la rivière de Mesurade, qui se décharge à la mer en dedans dp la baie, et offre, comme celle du cap Monte, une profondeurde deux mètres dans le cbenal à mer basse, et de quatre mètres à mer baute. On peut taire de l'eau aisément sous les aiguades situées au pied du cap à cent mètres environ de la plage; on trouxe aussi des puits creusés dans l'intérieur de la rivière , mais soumis sans doute à certains droits; en remontant plus haut on peut creuser soi-même des puits, mais cela allonge beaucoup le voyage :
aussi l'aiguade du rap est-elle préférable. Le bois se fait facilement dans la rivière à l'aide des Kroumanes, dont on paye la main-d'œuvre bon marché dans la baie de Mesurade comme dans celle du cap de Mon te ( l ). — Après avoir doublé le cap Mesurade on passe devant uneautre tene , presque aussi éleveeque le cap lui-même et qui forme la pointe sud de la presqu'île de Mesurade : c'est Je cap Faite ou faux cap de Mesurade.
La côte comrrise entre Mesurade et la rivière Junck est parfaitement saine; elle peut se ranger a moins d'un mille; elle est verte , boisée et par endroits d'une élévation moyenne. Dans le voisinage de Hed Junck, rivière intermédiaire entre Mesurade et la rivière Junch y il y a des terres assez élevées et boisées , comme aux environs de Mesurade. La rivière Junck est habitée par une petite colonie américaine dépendante de Liberia, et constituée comme Monrovia. Sur la rivedroite,qu'habitent les Américains, on peut se procurer quelques provisions. A un mille plus bas que la rivière Junck coule la rivière du Petit'Bassa; elles sont toutes deux au nord et en dedans de la pointe dixepoinfe Bassa. Entre la rivière du Petit-Bassa et l'établissement même du Petit-Bassa s'étendent des falaises blanches et rouges
(t) Voy, les plans des baies du cap Monte et da cap Mesurade levés en 184a par M. E. Botièt, capitaine de corvette, commandant le Nisus ei la station navale des côtes occidentales d'Afrique, et M. A. Fleuriot de Langle, lieutenant de vaisseau, commandant ta
inclinées eommedes éboulements du sol; plus Juin que ces falaises sont situés deux villages qui précèdent l'établissement américain du Petit-Bassa. Après l'avoir dépassé , après avoir prolongé la chaîne de récifs qui s'étend à un grand mille au large dans le sud-sud-est, on passe devant deux ou trois villages, auxuels succède rétablissement américain u Grand- Bassa. La rivière Saint-Jean partage eu deux la colonie américaine : Bassa proprement dit , où est bâti le Gouvernement, est sur la rive gauche, £Y/i/<asurlarivedroite La rivière Saint- Jean a trois bras principaux : Pun court dans l'est, après avoir contourné Bassa, qui présente alors l'aspect d'une presqu'île : on l'appelle rivière Benson; un autre, la rivière Mackland, prolonge dans le nord-nord-ouest la langue de terre où s'élève ftdina; un troisième remonte dans le nord : c'est la rivière Saint- Jean elle-même , praticable pour de grandes embarcations. L'établissement du Grand Bassa est dans le genre de celui de Mesurade ; on y trouve à peu près les mém^s ressources en provisions. — Après l'avoir dépassé , on peut jeter l'ancre à un mille plus bas, devant le Bassa des Pêcheurs ou Pancien Petit-Dieppe, qui est à IVxtrémité de la grande baie, peu arquée, où se jette la rivière Saint-Jean. L'arc est mieux prononcé auprès de la pointe rocailleuse dite pointe des Pécheurs :
les récifs de cette dernière, eus'avançant à une ou deux encablures au large , forment une petite anse abritée qui est le viliage des Pécheurs. « Tous ces Bas- « sas grands et petits , dit M. le comte « E.Bouët, à qui appartient en entier « cette description de la côte des Grai- « nés, ont été autrefois des établisse- « inents normands, comme l'indiquent « d'ailleurs les appellations données par « ces hardis navigateurset qui subsistent « encore sur toute cette côte ; les mots « grand et petit Bassa , grand et pe- « tit Dieppe, ont résisté au patois mi- « anglais , mi-espagnol, qui a envahi la « côte ouest d'Afrique. Anssi les vieux « souvenirs de la France m'ont rendu « facile l'acquisition des terres de la ri- « vière et de l'anse des Pêcheurs, acqui- « sitionque j'ai faite, en 1843 , au nom « de la France, à cause de la facilité
L'UMVERS.
« des communications et en vue d'un « dépôt quelconque de combustible ou « de ravitaillement sur ce point (1). » A partir du Grand Bassa la côte s'élève, devient plus rocailleuse, et présente une chaîne de récifs souvent interrompue.
Après avoirdoublé les récifs de la pointe de Cove on aperçoit la roche Tobocannée , située à peu près devant le village de ce nom , plate , peu élevée comparativement à sa largeur, et toute blanchie à sa partie supérieure par la fiente des oiseaux de mer. M. le comte E. Bouët croit que cette roche tire son nom du mont Tobacco , situé à neuf milles dans l'intérieur, sur le parallèle de JSew-Ses- Ire. et dont lesommet , composé de deux ou trois mamelons, domine toute cette fraction de côte. 11 y a plusieurs villages à ce point de New-Sestre ou Young- Sestre , et tous sont renommés comme foyers actifs de traite de Noirs. — En continuant à longer la chaîne de récifs dont la roche Tobocannée est en quelque sorte la tête, on passe devant Trade-Towriidevant le Petittt le Grand- Cttrrow et Timbo. La ligne de récifs extérieurs , interrompue devant ces villages, reparaît au sud de Manna, dont les gros rochers noirs, aplatis et coupés presque carrément, sont entourés de récifs qui s'éloignent à deux grands milles de la côte. On débarque facilement sur le littoral en dedans de ces récifs , pendant la belle saison. La rivière de
(i) Plus haut, en faisant l'histoire des établissements français du Sénégal, j'ai dû rappeler la tradition glorieuse qui attribue aux navigateurs dieppois les plus anciens établissements que les Européens aient faits à la rôle occidentale d'Afrique, et indiquer dès là comment cette tradiUon s'était conservée, comment et parqui elle étaitattaquée et défendue; mais n'ayant pas encore décrit les lieux où la tradition place les établissements dieppois» j'ai dû réserver aussi jusque-là quelques détails nécessaires : quoique Petit- Dieppe soit le premier de ces établissements, je les réserve encore jusqu'à ce que j'aie achevé la description géographique de la Guinée proprement dite, ou tout au moins de la côte d'Or. Je me contente de reproduire quelques
}>assages de la Relation de Villault de Belleônd qui peuvent se détacher de l'ensemble de cette intéressante discussion.
Grand-Cestos (1), à l'entrée de laquelle les marins normands fondèrent anciennement les établissements de Grani- Dieppe, se jette dans une baie peu arquée. Le village actuel de Grand- Dieppe est caché dans les bois de la rive gauche : après avoir donné dans la rivière et laissé à sa droite une petite crique de la rive gauche , on peut en suivre le cours en remontant d'abord au nord-est; elle est large et profonde de six , huit , et dix mètres , la barre de trois mètres.
On trouve dans la rivière de Cestos du bois à brûler et quelques ressources en
(i) « Rio-Sextos ; dit Villault de Bellefond « (p. i3a ), fut ainsi nommée par lesPortu- « gais, à cause d'une espèce de poivre qui y « croist, qu'ils appellent sextos , et que nous <( appelons communément malaguette. — « La rivière , continue-t-il, se jette en mer au « sud, monte bien avant dans les terres « nord-nord-ouest, et peut avoir un quart de « lieue de large , bordée des deux costez de « grands arbres, où les Ànglois ont eu une « case à trois lieues haut dans la rivière, de « laquelle il ne reste plus que les quatre mu- « railles (1667) ; elle peut porter un jacht ou « grande barque avec une pouppe jusque* à n douze lieues au-dessus. Quelques officiers « furent à bord avec la grande chaloupe et « des marchandises pour traiter ; ils montè- « rent la rivière jusques à trois lieuës ; et le « roy , qui demeure encore plus avant dans le « pays, vint voir nos gens, qui luy firent les « présents accoutumez. Le soir à leur retour, « qui fut fort tard , l'écrivain me dit que « c'estoitun grand homme, qui avoit la mine « affreuse et témoignoit beaucoup d'amour « pour les Anglois, et avoit fait apporter « quantité de morphi. Du reste , nos gens me « dirent qu'ils paroissoient encore plus mé-' « chants qu'à cap Mistrado, que l'on y feroit « quelque chose y passant les premiers, que la « rivière estoit très-belle. Elle porte de peti- « tes pierres comme les cailloux de Medocq, « sinon que lorsqu'elles sont taillées elles jetce tent plus de feu et sont plus dures. Cette terre « produit force volailles et grains, comme « du riz et du mil, dont ils font du pain. « Qui demeureroit sur les lieux l'on y feroit « commerce fort avantageux de riz, de ce « poivre et du morphi, qui est très-bon. Ils « ont aimé de tout temps les Franco» plus « que les autres, soit Portugais ou Hollandois, « qu'ils n'ont jamais voulu souffrir s'habituer « chez eux. » Remarques sur cette coste ter* vantes à l'histoire.
SÉJNÉGAMB1E.
provisions , si l'on va faire des échanges dans le village même. — La chaîne de récifs qui commence à Tobocannée continue à prolonger la côte ; elle s'interrompt de temps en temps pour laisser de grands passages aux navires qui veulent aller mouiller entre les gros rochers et la terre : parmi ces gros rochers extérieurs on distingue la Hoche-Blanche, Rock-Cestos et la Roche du Diable.
La rivière Sangwin (1), qui succède à
(i) « Le vingt-troisième janvier (1667) , dit « Villault (p. i45), en commençant uu cha- « pitre intitulé Cotte des Graices (sic) appelée « Malaguette et sa description , mesme jour « que nous fismes voile de Rio-Sextos , le soir « nous mouillasmes l'ancre devant Rio-San- « guin , où commence la coste de Malaguette « ou Manigette, qui dans son étendue de « soixante lieuës jusques au cap de Palmes, « qui gist à trois degrez quarante minutes de « latitude nord et onze degrez de longitude « est, comprend les places de Rio-Sanguin, « Cestre-Crou, Brova, Bassou, Zino, Crou, a Crousestre f Wapo, Balou, Grand-Ses- « tre, Petit-Sestre et Goiane , que nous a escalasmes en dix-neuf jours, qui furent « employez au négoce. Rio-Sanguin se jette « en mer au sud- sud-est, et peut souffrir une « patache jusques à douze lieuës. Un village « est basti au bord de la rivière, qui « peut contenir cent cases ; elle est toute « bordée de grands arbres, et n'a pas de lar- « geur plus de cinq cents pas à son embou- « chure. On nous dit qu'il y avoit quelque « temps que les Anglais avoient uue case à « Rio-Sùnguin, mais quedepuis quatre ans ils « n'y en avoienl plus. — Cette coste est ap- « pellée Malaguette à cause de ce poivre « dontj'ay parle cy-dessus à Rio-Sextos, que « les François appellent Malaguette ou Ma- « niguette, dont le commerce surpasse toute « croyance pour le profit , surtout si le poi- « vre est cher, et que la ûotte des Indes ne « vienne pas à bien ; mais qui n'est pas si « grand si le contraire arrive, et c'est la a seule marchandise qui s'apporte de ces « costes : il est plus acre et bruslant uue le « poivre ordinaire et mesme que le blanc. « Les places qui sont le long de ces costes « sont situéesau bord des petites rivières dont a elles tirent leur nom. Les principales sont « le Rio- Sanguin , le Grand-Sestre, qui s'é- « tend bien avant dans les terres au nord : « les Dieppois l'appelèrent autrefois Paris, « comparant l'abondance de ce poivre à celle « de Paris. Cette terre produit, outre le poi- « vre que les Hollandois nomment gra
cette dernière roche, offre quelques ressources en provisions et en bois à briller. La baie de lia/fou, plus loin, est assez bien abritée par le prolongement de la pointe de Bajfou et des récifs qui l'avoisinent. Les Noirs de cette partie de la côte ont une mauvaise réputation, mais on peut encore obtenir d'eux quelques ressources en bois, provisions, etc. — Sha-Rock ou V Enfant perdu est , après une interruption dans ta ligne des récifs , la téte d'une nouvelle chaîne de roches , s'étendant avec continuité depuis Tassou jusqu'au Grand- Bulteau, et cessant à ce point pour reparaître devant Sinou à Bloo-Barra. La rivière de Tahou se décharge à la mer presque en face du Tahou-Rock ou Pierre-Percée : la barre en est difficile à franchir. Le village, situé sur la rive droite, est très- petit et n'offre guère d'autres ressources que du bots à brûler. Trois milles plus bas que Tahou est un autre village insignifiant, Petit -Butteau ; et à la même distance de Petit-Butteau
« riz et du mil, dont ils nous ont apporté « du pain, des pois si excellents, si tendres à « cuire, des fèves el des citrouilles , des ci- « trons, oranges, bacebos, bananes et une « espèce de noix qui est excellente : le bois « en est plus épais que de celles d'Europe; « elles n'ont point de zeste au milieu , mais « sont toutes rondes, comme les amandes ou « avelines d'Esjwgne. Ils ont encore quantité « de bœufs , vaches, cabris, cochons, poulets « et autres volailles , ce que l'on juge par le « grand marché qu'ils en font. Le vin de a palme y est -bon, aussi bien que les prunes « des palmiers, qu'ils aiment avec passion. « Les Dieppois ont trafiqué longtemps sur « cette coste, et mesloient ce poivre avec celui n des Indes. Avant qu'il fust si commun , « auparavant mesme que les Portugais eus- « sent découvert l'isle de Saint-Thome , d'où « par après ils se sont répandus par toute « la Guinée, nous y trafiquions. Tout con- «« tribue à nous le persuader; car outre « mesme que le Grand-Sestre couserve ce « nom de Paris , c'est que le peu de langage « que l'on peut entendre est françois. Ils « n'appeHent pas le poivre sexlos à la porte tugaise, ni grain à la hollandoise, mais ma- « laguette ; et lorsqu'un vaisseau aborde, s'ils « en ont , après le salut ils crient malaguette m tout plein , tout plein tant à terre , de ma- « laguette , qui est le peu de langage qu'ils retenu de nous. •»
L'UNIVERS
viennent les hameaux presque aussi peu importants de Grand- But teau. Ces noms sont encore des vestiges des anciennes possessions des marins normands sur ces points de la côte des Graines. En cet endroit la côte se coude un peu , et va former au pied d'une montagne as* sez éle\ée (sans doute la Grande-Butte des Normands) uue petite anse bien abritée par une pointe avancée que prolonge encore une petite chaîne ue récifs : c'est Canse des Pécheurs ou du Grand- Butteau; de nombreuses cases de pécheurs s'élèventen effet sur celte pointe. On peut y communiquer très-facilement avec des canots. « C'est, ajoute M. le « comte E. Bouët, ce qui m'a décidé, en « 1842, à faire encore, au nom de la « France, l'acquisition de cette anse et « des terres qui l'a*oisinent jusqu'à la « rivière Tabou , pour le cas où l'on ju- « gérait nécessaire d'établir ulténeuie- « ment un dépôt de combustible dans « ces parages; nos anciens souvenirs « m'avaient d'ailleurs rendu cette tâche « facile (1). »— Kncontinuantàlongerla côte on aperçoit plusieurs groupes de cases, dont quelques unes sont bâties à l'européenne : c'est Sinou, petite colonie américaine, une des dépendances de Liberia. La rivière Sin ou d ébouche à la mer près de ce point et devant le village de tiloo-Barra: un des bras de cette rivière remonte au nord le long du littoral, et va se jeter dans la baie de G rand-Butteau; à l'aide d'un Kroumane pratique les canots peuvent franchir facilement la rivière de Sinou ou de Bloo-Barra pour y aller faire du bois et de l'eau ; la présence d'une roche à l'entrée de la rivière en neutralise presque la barre, et la rend très-praticable, phénomène qui se reproduit encore sur d'autres points de la côte. — Dans le nord-est d'un rocher noir, long et aplati, nommé Krourock, le plus gros et le plus au large de Pâmas de roches qui l'entourent, se voit à terre le village de Uttle-Krou, et dans l'est-quart-sud-est le village de Settra- Krou, au milieu duquel s'élèvent de grandes cases en paille servant de fac-
(i) y or. le Plan des lit ut eaux {côte de Malagurtte), le\é, en jamier 18+a, par MM. K. Huuut et Alph. Fluuriot de Lanîîle (Dépôt général de la marine, iS45).
toreries européennes. Les villages de KrouBath et de Nanna-Krou succèdent à celui de Settra-Krou : tous ces villages sont habités par les Kroumanes, et marquent la côte de tirou proprement dite. — La pointe de King-l^'H.
UanCs-Town forme encore en se coudant une de ces petites anses assez fréquentes sur la côte des Graines, où les embarcations peuvent à l'abri des récifs communiquer avec la terre et y faire des provisions : de grandes cases en paille indiquent la présence de factoreries européennes sur ce point. La terre dans ces parages est de hauteur plus inégale, et présente de temps en temps des mamelons assez élevés qui paraissent dans l'intérieur. Danslesud-sud-est de Ring- William's-Town, les Swalow-Bock s'étendent à deux bons milles au large.
Les deux villages de Petit et Grand- IVuppie lui succèdent. A partir de là on découvre souvent de belles plaines, plantées de palmiers , que séparent «les pointesde roches dont l'aspect noirâtre contraste avec la bande sablonneuse des plages. Le Totwarah , îlot plat, plus haut et plus grand que les gros rochers qui précèdent, forme la téte du plateau de récifs, fort dangereun, qui s'étend à deux milles dans l'ouestsud-ouest de la petite rivière Ni/ fou , située en ire Petit- Nijf ou et Ni/foudu- Milieu. Les plaines de ces villages ont un aspect de riche végétation. Le Grand-Niffou est un village considérable. On passe ensuite devant le village de Drou, bâti au fond d'une anse où vient déboucher une petite rivière, et devant celui de Baddou, et huit ou neuf milles plus bas on aperçoit la rivière et le village du Petit Sesters ou Petit -Sestre, possédé jadis et nomme Petit-Paris par les navigateurs dieppois. La belle plaine où est bâti ce village s'étend entre deux caps, dont le plus septentrional, terminé par des rochers jaunâtres, forme la pointe de la rive gauche de la rivière; le plus méridional est la pointe Sesters proprement dite. Les terres de cette côte, d'une grande richesse de végétation près du littoral , commencent à se montrer de hauteur plus inégales en arriéreplan; des mamelons situes à quelques mi.les dans l'intérieur se succèdent de tempsen temps, et s'aperçoivent du large
jusqu'au cap des Palmes. Le Grand-Sesters ou Grand-Sestre, qui est le Grand- Paris des Dieppois, succède au Petit* Sestre. La pointe Settre, qui sépare les plaines de ces deux villages, est plantée de piusieurs arbres à téte en forme de parasol. A un mille au large de cette point?, un gros rpclier noir, appelé la roche Charpentier, forme la tete d'un plateau de récifs qui s'étendent ensuite vers cette pointe. Le village de Grand- Sestre est situé sur la rive gauche de la rivière de ce nom qui se décharge à la mer entre le Charpentier et un autre îlot noir, beaucoup moins au large de terre. M. le comte E. Bouct fait remarquer que les cases des villages ne sont plus les huttes enfumées des côtes de la Séuégambie propre, mais des maisons en paille très-spacieuses, à toitures pointues et élevées, de forme quadraogulaire. — Plus bas la petite rivière de Garroway est d'un accès facile; pour y entrer on gouverne de manière à ranger la roche dite roche Fétiche* qui neutralise tout à fait près d'elle les brisants de la barre; deux ou troisencâblures après avoir franchi la barre, on en* tre dans une petite crique où l'on peut échouer les canots sur le sable. C'est dans cette anse que vient aboutir le sentier delaiguade principale; l'eau en est boueuse, mais potable cependant après avoir séjourné en caisses. Excepté dans la saison des pluies, qui change en ruisseaux assez profonds les moindres filets d'eau du littoral, on ne peut généralement faire de l'eau sur la côte des Graines que dans des mares plus ou moins éloignées de la plage ; l'opération est donc lente et d'autant plus difficile que les sentiers qui y conduisent sont arfois très-étroits et environnés de roussailles. Il y a plusieurs villages à Garroway; ils sont tous assez misérables et n'offrent pas de grandes ressources; cependant les chefs de cette localité peuvent fournir quelques bœufs de petite taille. Entre la roche Fétiche et l'extrémité rocailleuse de larivegouchc, laquelle a reçu le nom de pointe des Bretons , est une petite anse de sable dans laquelle les canots peuvent aborder eu toute sécurité à l'abri des roches dites les Taureaux. « Le point de Garrowav, « dit JVI. le comte E. Bouët, a donc cela
« de remarquable qu'il estd'un abord fa- « cile pour les canots , soit en dehors « soit en dedans de la rivière ; aussi est- « ce en vue de cet avantage, assez rare « sur le littoral africain, que j'en ai fait « l'acquisition au nom de la France pour « y créer au besoin un dépôt de comc bustible ou de ravitaillement (1). * Pour doubler le cap des Palmes ou pour y mouiller, la route la plus courte à faire, en quittant Garrowav, est de passer entre la pointe de Fishlown et les récifs les plus nord du banc de Coley; ce passage a environ un mille et demi de large; tout ce qui est dangereux dans cette passe du nord brise et se voit; on dépasse avec la plus grande rapidité les pointes de Fishtown et de Rocktown qui découpent le littoral en trois petits enfoncements ou baies , et que recouvrent des villages entourés de palmiers, d'aspect varie et pittoresque : après cela, on a de l'eau tout autour de soi, et on se trouve en bonne position pour doubler le cap des Palmes ou pour mouiller devant l'établissement américain bâti à sou extrémité (2).
Etablissements américains. En 1821 une société se forma, aux États-Unis de i'Amériaue septentrionale, sous le nom de Société américaine de colonisation pour C établissement des gens de couleur libres des Etats-Unis (3). La côte
(i) Voy. le Plan du mouillage de Garroway, levé, en février 184a, par M. E.Bouët, capitaine de corvette, commandant te Nisus et la station de* côtes d'Afrique, cl M. Al. Fleuriot de Langle, lieutenant de vaisseau, commandant ta Malouine. ( Dépôt général de la marine, 1845. )
(a) Description nautique des côtes de tAfriaue occidentale comprises entre le Sénégal et V équateur, par M. le romte E. Bouëi-Willaumez, capitaine de vaisseau, ch. I V . — V oy. dans le tome IX de X Histoire générale des voyages, un résumé scrupuleusement exact des obseï valions des premiers voyageurs, Vif. lault. Thomas Phillips , Loyer, John Ai Lins, du chevalier des Marchais, de William Siuiib sur la tète d'Afrique comprise entre Sierra» Leone et le cap des Palmes.
(3) Voici quelle était la constitution de cette société : quatre officiers, un présidait, un secrétaire, un trésorier, un greffier, formaieni avec douze membres élus nouvellemeul le bureau ou conseil. Tout citoyen des
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occidentale d'Afrique fut choisie pour être le lieu de leur établissement. Au mois de décembre de cette même année les premiers travaux de colonisation furent entrepris sur les bords de la rivière Montserado ou Mesurado, à deux milles à peu près du cap du même nom, sur un terrain couvert alors de bois presque impénétrables* que les agents de la société avaient acheté des indigènes. Les émigrés américains, qui avaient attendu à Sierra-Leone la fin de cette négociation, furent transportés à bord de deux petites goélettes appartenant à la colonie dans une petite île nommée la Persévérance \ située à l'embouchure du fleuve et acquise également par les agents du fils d'un négociant anglais, né en Afrique et nommé Jean S. MUI. Comme cela est arrivé souvent, les indigènes revinrentsur leur cession et se liguèrent pour chasser les étrangers ; les tribus qui occupent cette partie de la côte d'Afrique sont les Deys, entre l'embouchure de la rivière Junk et une pointe de terre située à vingtcinq milles au nord de Mesurado ; Tes Queahs à l'est du cap , peu nombreux et d'un caractère pacifique; et les Gurrahs, au nord du bassin supérieur de la rivière Saint-Paul, plus belliqueux et plus puissants; enfin, plus avant dans l'intérieur, les Condoes, les maîtres du pays, et quelques agglomérations de Kroumanes répandus dans les villages de la côte. Sans l'alliance et l'appui d'un roi indigène, nommé George, qui résidait au cap même, et qui dominait sur toute la partie septentrionale de la presqu'île de Mesurado, sans l'intervention décisive de Boatswain, chef des Condoes, les colons n'auraient pu réussir à se fixer sur la péninsule : ils ne
États-Unis pouvait en devenir membre en payant un dollar par an , ou trente pour sa vie. I.a société était assurée de la coopération active du gouvernement général et des gouvernements des États, qui presque tous adoptèrent des règlements à cet effet Toute société formée dans les États-Unis pour coopérer pécuniairement avec cette associalion devait être considérée comme auxiliaire, avec le droit pour ses officiers d'assister et de voter dans toutes les séances de ladite société et dans celles de son conseil. Eu 1839 on comptait déjà cent dix sociétés américaines dans les différents États.
quittèrent l'île de ta Persévérance qu'en juillet 1822, épuisés par la lutte qu'ils avaient déjà soutenue et parles maladies que cause le retour de la saison pluvieuse. Ils ne comptaient alors parmi eux que vingt et un hommes en état de se servir de leurs armes : par le départ des deux agents de la société, ilsse trouvaient sous le commandement provisoire ô'Elya- Johnsonde New- York.Le8aout, comme les vivres commençaient à manquer, un nouveau directeur, M. G* Ashmun> débarqua au cap aveccinquante et un émigrés, et s'occupa aussitôt de s'assurer l'alliance des chefs voisins : il n'y réussit pas, et dut faire les préparatifs les plus actifs de défense : on plaça quelques canons sur les hauteurs du cap, et on commença à construire la tour Martello.
La petite ville de Monrovia, ainsi nommée en l'honneur du président des États- Unis J. Monroe, fut entourée d'arbres, excepté du côté de la rivière. Le roi George était devenu l'ennemi le plus ardent de la colonie ; il avait abandonné sa ville du cap , et s'était transporté à six lieues de là environ, aux sources de la rivière Junk. Enfin tous les chefs indigènes, à l'exception du roi de Junk, de Tom, roi de Petit-Bassa, etdeBa-Caia, dont rtle est toute voisine de l'établissement, c'est-à-dire Bromley, Todo, GouverneurKonko, Jemrny, Gray, Long- Peter, George. fVUly, s'assemblèrenten armes dans l'île de Busnrod, à quatre milles de distance, et passèrent dans la éninsuleau nombre de six à neuf cents omroes dans la nuit du 10 novembre pour commencer l'attaque le lendemain même. Il y eut jusqu'à la fin du mois plusieurs actions très-vives ; et quoique les colons eussent toujours l'avantage, ils ne pouvaient tenir longtemps, manquantde vivres et de munitions : la médiation du capitaine d'un navire de guerre anglais le Prince-Régent et du capitaine Laing de l'infanterie légère royale d'Afrique les dégagea heureusement; les indigènes soumirent leurs différends à l'arbitrage du gouverneur de Sierra-Leone : ils prétendaient que les Américains, ayant acheté la partie basse de l'île de Bushrod, s'étaient emparés du cap sans droit. Cette médiation fut le salut de la colonie; l'émigration des États-Unis s'accrut, les transports se régularisèrent,
et quelques inspections bien dirigées d'après les instructions du secrétariat de ia marine achevèrent de consolider la colonie, qui avait reçu le nom de Libéria, en mémoire de son origine.
Sous la direction de M. Asbmun la colonie ne cessa d'acquérir de nouveaux terrains : 1° Toute (a rive gauche de la crique de Stockton, depuis le Mesurado jusqu'à la rivière Saint-Paul fut achetée le 1 1 mai 1825 ;— 2° Toute lapartie septentrionale de Tile de Bushrod, renferma nt vingt mille acres de terres basses et fertiles, et destinée dans la pensée de M. Ashmun à devenir le verger du district de Mesurado, fut cédée à l'agent de la société, le 15 décembre 1827, par Mary- Mac- Kenzie, propriétaire de cette partie de l'île;— 3* Les rois Pierre, Long-Pierre, Gouverneur, Zoda et Jimmy en personne et par leurs représentants, pour eux-mêmes et leur peuple d'une part, et J. Ashmun et C. M. Waring , agent et vice-agent de la Société américaine, de l'autre, s'étant assemblés le 11 mai 1825 à Goerah, dans l'Ile de Bushrod, signèrent une paix perpétuelle.
D'après ce traité la colonie devait prendre possession des terres non occupées, bornées à l'ouest parla crique de Stockton, au nord par le Saint-Paul, et jouir de la libre navigation de lariviére (1); et
(i) Les colons formèrent de bonne heure une compagnie pour améliorer la navigation du Montserado. Les secrétaire? souscrivirent mille dollars, et s'obligèrent à en fournir quarante mille en cas de besoin. L'agent colonial fut autorisé par la compagnie à souscrire pour une valeur égale. L'acte de cette association, intitulé Act of incorporation of the Montserado channeUing company , fut approuvé en conseil et signé à Monrovia le a octobre 1826. Il avait pour objet d'ouvrir aux bateaux une navigation directe et facile entre la rade et la ville par un canal qui raccourcirait la distance de quatre à cinq milles, et de creuser le lit du Montserado, afin que les navires pussent y entrer et amarrer ensuite au port de Monrovia. — Quant a la rivière Saint-Paul, dans l'espoir d'ouvrir par là une communication avec les peuplades de l'intérieur, le docteur Randall, gouverneur de Libéria, entreprit une reconnaissance de son cours. La rivière de Saint-Paul , depuis son embouchure jusqu'à Millsburg ( premier poste frontière de Liberia ), sur une étendue de vingt milles en-
lorsque la société jugerait convenable de réclamer les terres incultes entre les rivières de Saint-Paul et de Montserado elle n'aurait qu'à inviter lesdits rois à s'assembler pour en arrêter les conditions ; — 4° Par un traité fait avec les chefs du cap Monte, le 12 août 1826, la colonie acquit un nouveau terrain situé près du lieude débarquement au cap Monte, s'engagéant a y établir une factorerie et à ne jamais vendre ce pays , à ne jamais en accorder le droit d'occupation à aucuu Européen ou étranger : d'autre part, la colonie conférait au gouverneur du cap Monte le droit d'établir une maison de commerce au cap Mesurado et provisoirement dans l'île de la Persévérance, et d'employer un agent commercial choisi parmi les colons. Les peuples des deux caps devaient se considérer comme amis
viron, est fort belle; ses bords sont élevés et escarpés, couverts dune forte végétation. A deux milles au-dessus de Millsburg ses eaux sont si claires et si transparentes, qu'on distingue le fond à une profondeur de vingt pieds. Le docteur Randall, arcompagné de guides et de naturels du pays, laissa la rivière pour sui ■ vre le cours d'un ruisseau assez considérable
3ui la joignait en cet endroit, et le long duquel découvrit beaucoup de traces d'éléphants et d'animaux sauvages. Après deux heures de marche , il cessa de côtoyer ce ruisseau, et poursuivit sa route au nord à travers une prairie qui paraissait avoir été très-peuplée et était alors couverte d'arbustes n'ayaut pas plus de six pieds de haut ; à celte plaine succédait une hauteur de deux cents pieds euviron , du sommet de laquelle on découvrait tout le cours de la rivière : on redescendit vers ses bords. Là on reconnut qu'elle était plus large et plus profonde que le Potomak : elle présentait un aspect des plus agréables et des plus variés , par la végétation de ses îles et de son rivage. Le docteur Randall suivit encore pendant l'espace de deux heures la rive, très 'dangereuse en cet endroit, et atteignit un point d'où l'on apercevait et d'où l'on entendait les chutes bruyantes du Saint- Paul : l'expédition passa la nuit au milieu d'une belle vallée et près d'un torrent qui en tombant du haut des rochers s'était creusé une sorte de bassin naturel , pour regagner le lendemain Millsburg. ( Ces détails , insérés dans le Bulletin de la Société de géograpltie, t. XIV, p. 5-7 , sont extraits d'une lettre du docteur Randall, publiée dans le National Intelligenceràe Washington du S août 1839.)
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et membres de la même famille; — 6° par un autre contrat , du 27 octobre 1825, le terrain situé des deux côtés de la rioîère Young-Sester, depuis son embouchure 'jusqu'à sa source, à la distance d'une demi-lieue de chaque bord, fut cédé à la société américaine par le roi Freeman ; — 6° D'après une convention, du 11 octobre 1826, entre les chefs de .Junk , les rois Prince Will , Tom et Pierre Harris, et G. Ashmun , les premiers vendirent à la colonie tout le territoire situé vers les embouchures des rivières Red-Junk et Junk, borné au nord ouest et au nord par t Océan et F embouchure de Red- Junk, au nord-est par ladite rivière, à fest par une ligne qui traverse la partie la plus étroite de la péninsule, depuis le Red- Junk jusqu'à la rivière Junk; au sud-est par cette dernière rivière, et au sud et sud-ouest par la môme rivière et l'Océan. Lesdits rois s engageaient à y établir une factorerie de nuit brasses de longueur et de deux et demie de largeur, divisée en trois appartements, pour servir de résidence a un agent et de lieu d'assemblée à tous les trafiquants de la colonie, quand il y aurait lieu de régler le prix des marchandises;— 7° Lp 17 novembre 1826 Vite de la Factorerie, située sur la rivière Saint-Jean, dans le pays du Grand-Bassa, fut cédée à la colonie de Libéria par Joe Harris, avec le consentement du roi et des chefs du pays.
Cette île, située dans l'affluent septentrional de cette rivière, a une étendue de quatre milles en longueur sur un demi-mi'le environ de largeur et contient mille acres; — 8° Le 20 novembre 1826 une assez gronde étendue de pays située sur le bord méridional de Grand- Bassa fut acquise de Bob Cray, de Jack Gray et de Centipede, chefs de ce pays, pour trois cents barres de marchandises; — 9° Le 14 mai 1828 la colonie acheta un vaste territoire entrecoupé de rivières qui forment une sorte de barrière entre les peuplades de la cote et celles de l'intérieur. On y forma un établissement agricole et une factore ie à la distance de vingt milles de Monrovia , et au point où commence la navigation du Saint-Paul.
Boatsvrain, le chef des Condoes , s'en-
gagea à ouvrir un chemin de commerce entre sa ville et cet établissement , sur une longueur de cent nulles. — Enfin , en 1829 la juridiction de la société américaine s'étendait sur huit stations, sans compter Monrovia, répandues sur unecôtede cent quarante milles, entre le cap Monte et Trade-Town, savoir : cap Monte, Saint-Paul, Bushrod-J. stand, Junk , Saint - JohiCs - Factory , Bob- G rai/s - Factory , Factory - Isla nrf, et Young-Sesters (l). Au bout de deux ou trois ans les émigrants s'étaient parfaitement acclimatés, et dans jeur adresse aux gens de couleur des États-Unis, du 27 août 1827, ils s'exprimaient aiusi : ■ Ne croyez pas les bruits que des gens « ignorants et malintentionnés font cou- * nr sur la pauvreté du sol de ce pays. « Nous croyons qu'il n'en est pas de « plus fertile sur la terre; les naturels « même, sans instruments d'agricul- « ture et avec peu de travail, font pro- « duire plus de grains et de légumes « qu'ils n'en consomment, et recollent « plus qu'ils ne peuvent en vendre. Les « bestiaux, les porcs, les brebis, les « chèvres, les canards et les poules se « multiplient sans autre soin que celui « de les empêcher de s'égarer. Le co- « tonnier, le caféier, l'indigotier et « la canne à sucre y croissent spontané- « ment. Le riz, le miilet et le maïs y « réussissent bien , ainsi qu'un grand « nombre de légumes et d'arbres frui- « tiers. » Plusieurs colons avaient acquis en trois ou quatre ans des propriétés d'une valeur de plusieurs milliers de dollars; on évaluaitalors le commerce du cap Monte à cinquante mille dollars
f>ar an, et à quatre mille, sept cents dolars le profit annuel d'une petite goélette employée au transport des productionsdupays à plusieurs factoreries dépendantes de la colonie et placées sous le Vent de Monrovia; et cette somme était regardée comme suffisante pour couvrir les frais de l'agence des États-Unis et du gouvernement colonial.
(i) Voy. dans le lome IV de la IIe aérie du Bulletin de la Société de géographie la carte de ta côte occidentale à* Af rique depuis Sierra- Leone jusqu'au cap P aimas , oit se trouve indiquée la colonie de Liberia ; dressée d'après les voyages et observations de J. Ashmun .
^SÉrsEGAMBIE.
Le plan du gouvernement civil de la colonie de Libéria fut adopté le 22 octobre 1828 par les directeurs de la société. L'agent de cette société qui réside dans la colonie est investi du pouvoir supérieur, mais soumis à la constitution, aux droits accordés par la Charte et aux décisions du conseil (art. 1 ). — Tout homme de couleur qui a prêté serment de maintenir la constitution et qui est prooriétaire de terre dans la colonie a le droit de voter dans les élections des officiers civils et de se présenter comme candidat ( art. 2 ). — Les officiers civils seront nommés annuellement. Le shérif est chargé de l'élection, et nomme pour cet objet un président, deux juges et deux clercs dans chaque établissement (art. 3).
— Les officiers de la colonie sont : un vice-agent, deux conseillers, un shérif, un trésorier et un greffier, deux commissaires pour l'agriculture, deux officiers de santé et deux censeurs. L'agent a le droit d'intervenir dans le choix des officiers pour des motifs qu'il doit faire connaître à temps, afin de renouveler le choix dans la même élection (art. 4).
— Le vice-agent doit agir en conseil avec l'agent, dans toutes les affaires importantes, l'aider dans l'exécution des fois, et le remplacer en cas d'absence ou de maladie (art. 5). — Le vice-agent et deux conseillers formeront un conseil pour délibérer sur les intérêts de la colonie (art. 6). — Le vice-agent doit s'entendre avec les autres membres du conseil, relativement aux sujets qui ont des rapports avec les intérêts de la colonie (art. 7). — Le shérif, lui-même ou par des députés, doit opérer pour organiser les élections, agir comme maréchal pour le gouvernement fie la colonie, et faire le service de cet officier, comme en An-
C- terre et aux États-Unis (art. 8). — secrétaire de la colonie doit garder tous les papiers et archives, enregistrer les actes de l'agent en son conseil, et publier les ordonnances (art. 9). — Le greffier doit enregistrer toutes les pièces relatives à la propriété publique ou particulière, aux concessions de terres, aux patentes, aux licences, aux contrats et commissions (art. 10). — Le trésorier est chargé de recevoir et garder tout l'argent et les contrats publics qu'exigent les lois , et de n'en remettre ni
payer, si ce n'est sur un ordre signé par ragent ou le vice-agent de la colonie, auquel il fournira un état des finances à 1 époque de l'élection annuelle de la colonie (art. 11). — Les commissaires de l'agriculture doivent faire et présenter un rapport au gouvernement sur tout ce qui concerne cette science ( art. 12).
— Les deux censeurs, munis de pouvoirs semblables à ceux des grands jurés des États-Unis, doivent agir comme conservateurs des mœurs publiques et promoteurs del'industrie nationale (art. 13).
— La cour judiciaire de la colonie est composée d'un agent et d'un nombre suffisant de juges de paix nommés par lui. Le,s instituteurs des écoles publiques sont nommés par le comité (art.14) —
Les lois de Libéria avaient été approuvées par la société américaine le 19 août 1824. La sédiu'on, la mutinerie, l'insubordination ou la désobéissance aux autorités constituées sont considérées comme crimes et justifiables de la cour ordinaire de justice, de celle des sessions ou même de l'agent (art. 1). — Les rixes, les émeutes, l'ivresse, la violation du sabbat, l'impiété et le libertinage sont considères comme des infractions à la paix publique, et soumis à la décision des juges ou à la cour des sessions, qui inllige une amende, l'emprisonnement, le carcan ou le fouet (art. 2). — Le vol simple, si les objets volés n'excèdent pas la valeur de cinq shellings, est puni, d'après la sentence du juge ou par la cour des sessions, par une amende de quatre fois la valeur des objets , et le coupable est obligé de fournir caution pour vingt fois leur valeur (art. 4).
— Le grand larcin et la félonie sont punis, d'après une sentence judiciaire, par le fouet, l'emprisonnement, les travaux forcés et la chaîne (art. 5). — Tout individu mâle et robuste qui reçoit des rations doit travailler, sous la direction des commissaires des travaux publics, deux jours par semaine (art. 6). — Les biens de ceux qui s'opposeront aux décisions du conseil des directeurs seront confisques, et ils seront chassés de la colonie (art. 9). — Aucun individu ne peut s'établir sur le terrain de la colonie sans la permission de la société ou d'un agent (art. 11). — On p< ut chasser de la colonie ceux dont les oi-