‹ Sénégambie et GuinéeChapitre 11 sur 25 · COMPAGNON DE VOYAGE DE CHAMPOLUON LE JEUNE · texte numérisé non relu

COMPAGNON DE VOYAGE DE CHAMPOLUON LE JEUNE

Au-dela des masses de granit qui forment la frontière méridionale de l'Egypte , commence avec la zone torride, la Nubie, connue des anciens sous la dénomination d'Êthiopie audessus de l'Êgypte (AZthiopia suprà /Egyptum).

Cette contrée, d'une vaste étendue, n'était en effet qu'une, subdivision de l'immense région d'Êthiopie dont les géographes de l'antiquité ne nous ont transmis que les limites vagues, et qui, sous cette désignation générique, comprenait tout le pays situé au midi de 1 Égypte et d'une partie du désert Libyque, et s'étendait au sud, jusqu'aux chaînes de montagnes de l'Afrique centrale, qu'on supposait être l'extrémité méridionale de ce continent.

Selon la géographie moderne, la Nubie proprement dite , dont les vastes solitudes sont bornées à l'orient par la mer Rouge ou le eolfe Arabique, et se confondent au couchant dans les sables de la Libye et une partie du Soudan , a pour limites au midi l'Abyssinie et des contrées peu connues, habitées par des nègres païens,

1" Livraison. (Nubik.)

au sud du royaume de Sennâar et du Kourdofân. Cette vaste étendue de pays , d'une largeur variable et difficile à déterminer à cause de l'incertitude de ses confins occidentaux , occupe en longueur, du midi au septentrion, l'espace compris environ entre le douzième degré de latitude nord et le tropique du Cancer, qui établit, à quelques lieues près, la délimitation exacte de la Nubie et de l'Éeypte.

Des différentes contrées de la ]\ubie, les unes ne sont que des espaces immenses, formant une suite de déserts arides et inhabités ; les autres présentent un sol fertile et peuplé. Parmi les premières , le grand désert dit de Nubie, confinant au midi de l'Êgypte, occupe, entre l'ancienne Libye et la mer Rouge, la partie septentrionale de cette région étendue, connue des géographes, depuis l'antiquité, sous le nom de Troalodytfque. Au-dessus de la limite de la zone pluvieuse , ces solitudes moins stériles prennent le nom de désert de Bahtouda. Les rives des nombreux cours d'eau qui sillonnent la Nubie méridionale , sont

L'UNIVERS

plus particulièrement fertiles et habitables , ainsi que toute la vaste zone

Ïui est arrosée par les pluies périoiques.

Il est difficile de déterminer exactement les divisions politiques d'un pays qui a subi tant de révolutions, et "dont les populations sont en grande partie nomades. Cependant les bords du Nil ont vu se former des établissements fixes et durables. Dès une haute antiquité, la plus grande partie de l'Éthiopie au-dessus de l'Égypte a été annexée à l'empire des Pharaons; comme l'Égypte, elle a été soumise à toutes les variations de la fortune.

Depuis, livrées aux vicissitudes de la guerre et de la conquête, plusieurs provinces de la Nubie se sont élevées four à tour, et après la chute de Méroë, au rang d'états ou de royaumes indépendants. Dans la situation actuelle des choses, la géographie a reconnu les divisions qui doivent être assignées à cette contrée. Elle en a d'abord établi deux principales : la Nubie supérieure et la Nubie inférieure; cette dernière partie, appelée aussi Nubie turque , est le pays des Barabrâs ou Kenouz. Elle est située entre deux cataractes, depuis celle de Syène , à la frontière de l'Égypte, jusque vers les défdés que les Arabes appellent la Région des pierres. Les confins méridionaux de cette province touchent à l'état jadis puissant de Dongolah. Plus haut, dans la région des pluies équinoxiales , se succèdent la province ae Barbar, les états de Ciiendy et (Vllalfay, et enfin le vaste royaume de Sennâar , situé entre deux grandes rivières , et qui forme au midi le dernier anneau de cette chaîne de petits états arrosés par le Nil. A l'orient, le Taka et une partie du pays des Schanqallahs s'étendent depuis le Sennâar jusqu'à la mer Rouge , et confinent au royaume de Tigré , ou l'Abyssinie septentrionale. Au couchant, les plaines du Kourdofàn, limites vagues de la Nubie supérieure , vont se perdre dans les états du Soudan.

Telles sont les principales divisions politiques assignées à la Nubie et

qui, à peu d'exceptions près, sont comprises depuis quelques années dans les dépendances du gouvernement de l'Égypte.

Au commencement de ce siècle, et malgré les voyages de Poncet et de Bruce, nous n'avions que des idées incomplètes et pour la plupart inexactes 6ur cette contrée mvsterieuse. Nous étions encore sous "l'impression des notions que les auteurs anciens nous ont transmises sur l'antique Èthiople, et l'imagination était vivement émue de toutes les choses extraordinaires

3u'Us en racontent : le merveilleux ont leurs récits semblent empreints piquait la curiosité au dernier degré.

On savait, d'après les traditions généralement reçues , qu'un fleuve, l'un des plus grands qui existent , et dont les sources sont inconnues, arrose l'Éthiopie; qu'il y franchit des cataractes d'une nauteur considérable avec un fracas extraordinaire ; qu'enflé par un déluge de pluies périodiques , vers l'époque du solstice d'été , u déborde, épanche ses eaux bourbeuses sur les contrées que son cours traverse pendant l'espace de plusieurs mois de marche, qu'il séjourneun certain temps sur les terres , y dépose un limon fécondant qui procure au pays inondé la plus grande fertilité et les productions les plus multipliées. D'après ces mêmes traditions , le sol de l'Ethiopie était des plus riches en métaux et pierres précieuses; l'or s'y trouvait en abondance : il y avait une montagne fameuse pour ses émeraudes , et une île pour ses topazes. Les animaux qui peuplaient cette contrée n'étaient pas moins remarquables par leur nombre, leur taille monstrueuse et leur férocité. Enfin, selon l'opinion de quelques philosophes, la race humaine devait y être considérée comme spontanée et ayant pris naissance dans les régions supérieures de l'Éthiopie, où les deux principes de la vie, la chaleur et lnumidité , se trouvent combinés au plus haut degré. C'est aussi dans cette contrée que les premières lueurs de l'histoire nous montrent l'origine des sociétés et le foyer pri-

mitif de la civilisation. Dès une antiquité qui devance les calculs ordinaires de la critique historique, apparaît une organisation sociale , complètement réglée, avec sa religion , ses lois et ses institutions. Les Éthiopiens se vantaient d'avoir, les premiers, établi le culte de la Divinité et rusage des sacrifices. Là aussi se serait allumé le flambeau des sciences et des arts. C'est à ce peuple qu'il faudrait attribuer l'invention de fa sculpture, l'emploi des caractères d'écriture, et enfin l'origine de tous les développements qui constituent une civilisation avancée. Le célèbre empire de Méroë, expression de cette civilisation, aurait, au-delà des temps les plus reculés auxquels remontent les annales humaines,

Seuplé la vallée du Nil , envoyé au loin es colonies ; et , par des analogies frappantes, appuyées de l'opinion de plusieurs historiens de l'antiquité, on serait amené à rattacher à cette souche primitive les origines égyptiennes, et, par suite, la source de toutes les civilisations.

Tels sont, en résumé, les faits principaux que l'antiquité nous a légués sur l'Ethiopie, et qui , par les grandes questions historiques ou philosophiques qu'ils soulèvent , prêtent un

{missant intérêt à la connaissance et à 'étude de ces contrées. Toutefois, si l'on joint à ces notions les renseignements que les écrivains arabes ou orientaux ont donnés en petit nombre sur la région supérieure du Nil, et les relations incomplètes de quelques voyaçeurs européens, on concevra quel était l'état arriéré de nos connaissances sur la Nubie vers la fin du siècle dernier. A cette époque, un grand événement est venu changer l'état des choses. A la suite de l'occupation de l'Égypte par une armée française, et à la laveur des germes de civilisation qui avaienteominencé à s'y développer sous l'influence européenne , l'accès de ces contrées devint plus facile ; on put se livrer à des excursions au-delà des cataractes de Syène; il fut permis enfin d'espérer la solution de questions qui intéressaient si vivement la géogra-

phie, et la science en général. Ces espérances se sont réalisées en partie.

Nous citerons Burckardt, auquel on doit les notions les plus exactes sur la Nubie, et M. Cailliaud, qui, sous la protection de l'expédition envoyée par îe pacha d'Égypte au SennAar, a pu parcourir cette contrée et donner une relation très-détaillée de ses observations jusqu'au midi de ce royaume.

Depuis, cette contrée a été explorée en partie par des voyageurs érudits , et enfin par ChampolMon le jeune t qui seul avait mission de nous révéler et l'Égypte et l'Ethiopie antiques, par l'interprétation de leurs monuments.

Grâce à ses savantes investigations t nous sommes initiés, pour ce qui touche la Nubie, à la division religieuse qui fut établie dans la région inférieure du Nil d'Éthiopie, et des lacunes de l'histoire sont en partie remplies par la date et le nom des fondateurs des édifices qui couvrent le sol de cette région. Déjà même, sous ses auspices, il nous est permis d'interroger les monuments ; et de saisir les fils qui rattachent a une même communauté d'oriçine la civilisation éthiopienne et celle de l'Égypte, et d'apprécier les rapports qui ont pu exister entre ces deux sociétés aux différentes époques de leur histoire.

C'est avec le secours des renseignements puisés à de pareilles sources , et à l'aide de nos propres observations sur les lieux mêmes, que nous donnons ce résumé , nous appuyant d'ailleurs du témoignage des écrivains do l'antiquité , lorsqu'il peut fortifier nos conjectures sur l'état ancien de cette contrée célèbre.

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