Sénégambie et Guinée par m. Amédée Tardieu
GÉOGRAPHE DU MIMISTÉRX IIU AEEAIRRS ÉTRANGÈRES , ARCHIVISTE PALÉOGRAPHE , LICENCIE Èi- LETTRES, MEMBRE UE LA SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE , ETC.
Limites. On prête actuellement au nom de Sénégambie une extension beaucoup plus grande qu'on ne faisait autrefois; M.d'Àvezac, dans son Esquisse générale de l' Afrique, s'exprime ainsi à ce sujet (I): « L’extrémité occidentale de la « zone qui s’étend au sud du Ssalihrâ, de- « puis l'océan Atlantique jusqu’au Dàr- « Four, caractérisée par les deux grands « fleuves du Sénégal et de la Gambie, » en a tiré le nom de Sénégambie , qui , « borné d'abord dans son application " aux bassins de ces deux rivières , s’est « successivement étendu vers le sud , à « mesure que des notions étaient acqui- « ses de proche en proche sur les con- « trées voisines le long du littoral, tan- ■ dis qu'une grande lacune subsistait « au delà. Pour nous, dépassant encore > les limites qui s’arrêtaient vis-à-vis « de rîleScherbrou , nous les porterons » jusqu’au cap des Palmes, ou l'Union « américaine établit une nouvelle co- « Ionie, sœur de Liberia , qui prospère •> au cap Mesurado et que tant d’ana- « logies doivent faire comprendre dans « une même division avec la Free-Town « des Anglais de Sierra Leone , insépa- « rable elle-même de Saint-Mary sur la
(t) P. 119 : divisions géographiques.
1" Livraison. (Sénkgambie.)
« Gambie, dont elle est le chef-lieu « hiérarchique. Nous effaçons ainsi de « cette côte le nom de Guinée. » M.d’Avezac, on le voit, applique le nom de Sénégambie à tout ce pays de montagnes d’où sortent les eaux du Mesurado, du Rio-Nunez, du Rio-Grande, de la Gambie , du Sénégal et du Niger, que Ritter (I) considère comme une saillie nord-ouest du plateau de la haute AfHque. Ainsi , le cours supérieur du Niger, à l’est, du côté du 'l'akrour ou Soudàn ; au nord, le pays des Arabes Maures; et au sud la Guinée, dénomination qui , suivant M. d’Avezac, reste uniquement applicable aux côtes du golfe depuis le cap des Palmes jusqu’au fond de la baie de Biafra : telles sont les limites qu’on peut marquera la Sénégambie.
,-lspect général au pays. Toute la partie orientale de cette contrée est montueuse, et est, à proprement parler, un prolongement, une pente du grand plateau de l’Afrique; elle forme des terrasses distinctes, des rangées de montagnes successives, et plüs ou moins parallèles, qui se dégradent en avançant vers l’ouest et vers le nord. A l’ouest,
(1) tlcogrjpltie générale comparée (trad. fr»nç. ), t. 1", p. 47a. .
2 LTJüilVERS.
une dernière chaîne de montaerjes sépare le haut pavs des contrées basses et marécageuses du littoral ; au nord, c'est une rontrée boisée et des steppes unis
3ui séparent ces montagnes des deserts e sable. En général , ces terrasses sont traversées par un grand nombre de rivières couvertes de forêts , bordées de rochers à pic, et accessibles seulement par des dédiés à peine praticables; elles sont séparées les unes des autres
Ï>ar des vallées qui courent aussi paralelement du sud au uord; les montagnes, comme les vallées, sont très-peuplées et bien cultivées ; en beaucoup d'endroits le sol présente des couches de schiste, du quartz, et des pierres ferrugineuses. Ces diverses chaînes forment les lignes de partage entre les grands fleuves de cette contrée , le Niger et le Sénégal , entre les principaux affluents du Sénégal , le Ba-Fing et la Faiémé , entre la Falémé et la Gambie, entre celle-ci et le Rio-Grande. Les bassins de ces fleuves formeront les divisions naturelles de la description géographique que j'entreprends ici. D'autre part, le long de la côte de la Sénégambie propre , entre Saint-Louis du" Sénégal et la Cazamancc, l’asucct des terres varie : ce ne sont d'abord que des sables arides, bientôt recouverts d’une rare verdure et de quelques palmiers; ensuite paraissent des pointes abruptes et rougeâtres, mais boisées, qui s'abaissent par degrés, jusqu’à ne plus montrer hors de l’eau que des bouquets d’arbres et des broussailles ; enfin les sables arides reviennent comme aux environs de Saint- Louis. C’est à la proximité du désert qu’on attribue cette pauvreté de végétation du littoral du Sénégal ; mais sur la côte des Bissagos, et sur celle de Sierra Leone, l’aspect n’est plus le même ; la végétatioo reprend de la force et de l'éclat, et ce qui caractérise surtout cette partie du littoral de l'Afrique occidentale, ce sont « les dépôts d’allu- « vions accumulés sur ces côtes basses « et marécageuses, les archipels non « moins plats, non moins marécageux « qui les avoisinent , les flots de lave « ou de nature ferrugineuse et basait!- « nue jetés comme par hasard au milieu « ne tous ces terrains plats et boisés. > Enfin, entre h> cap de Monte et le cap des
Palmes , qui comprennent la côte dite des Graines , lës terres également basses , mais plus vertes et plus boisées , se dirigent au sud-est , sur une longueur de quarante . milles environ, et une ligne de sable blapc se détache sur une épajsse verdure : généralement toute la cote est d’une élévation moyenne, présentant quelquefoisdes falaises blanches et rouget , inclinées, et semblables a des éboulements du sol.
On ne reconnaît (1) sur toute l’étendue de la côte d’Afrique que deux saisons , la saison des pluies et la saison de la sécheresse. Au nord de l'équateur, la saison des pluies commence réellement pour chaque lieu de la côte, lorsque le soleil, étant dans notre hémisphère, passe au zénith de ce lieu en s'avançant au nord : c’est ordinairement dans le mois qui suit ce phénomène que le changement de temps s'opère; on peut donc compter qu'aux lies de Loss, par exemple, les premières exposées à la mauvaise saison , les premiers grains violents ne se déclarent pas avant le 10 ou le 15 mai. La saison des pluies se passe en grains très-forts, ui se font sentir avec des intervalles e calme au moins deux fois dans vingtquatre heures, etordinairenientau lever et au coucher du soleil ou de la lune. Ces grains s’appellent tornatlos dans le pays , bien quclestomados proprement dits ne s’observent que dans le sud du cap de Verga. La mauvaise saison dure de quatre à six mois, selon qu’on est plus au nord ou plus au sud ; mais les tornados vont généralement en décroissant pendant les deux derniers mois de cette saison. Dix ou quinze jours après que le soleil a repassé au zénith du heu où l’on se trouve, on s’y regarde comme délivré du mauvais temps. Le 16 novembre, on tire à Gorée un coup de canon qui annonce que l’hivernage a cessé. — En résume, on a observé qu’au nord de la ligne , entre les t° et 16° le temps de l’hivernage se fait sentir, savoir : au Sénégal, situé par 15° 53 de latitude, pendant les mois d’août,
(. ■ ) J’extrais textuellement ce qui va suivre du Dictionnaire àes principaux ports rt mouillage* du monde connu, de MM. Cuvillier jeune et Ad. Bouiu, p. a5o-53.
SÉNÉGAMB1E. 3
septembre et octobre ( alors les vents règnentde la partiedu sud); au cap Taurin, situé par 8” 30', en mai, juin et juillet; au cap des Palmes , par 4° 24' , pendant les mêmes mois de juin et de juillet; au cap des Trois-Pointes, situé par 4’ 43', pendant les mêmes mois; enfin à la Cote d’Or, l’hivernage se fait sentir depuis le mois de mai jusqu’au mois d’août. La saison de la sécheresse commence aux derniers jours d’octobre au Sénégal, un peu plus tard à Gorée; et elle retarde d’autant plus pour chaque lieu que ce lieu est plus proche de l’équateur. Ce n’est donc guère que des premiers jours de décembre que date le retour de cette saison sur le parallèle des lies de Loss. — Des vents constants règneut pendant huit mois sur la plus grande partie de la côte d’Afrique, depuis le cap Bojador jusqu'aux îles de Loss; durant ce temps, il ne tombe pas une goutte de pluie. Les vents généraux dé ces parages viennent du nordest au nord-ouest ; on peut donc dire qu’ils suivent la direction de la côte du nord au sud, et que, même dans leurs variations , ils s’écartent rarement des limites qu’on vient de désigner. Bien uc ces derniers vents soient les vents ominants de la saison sèche , c’est-àdire de novembre en mai , ils éprouvent cependant quelques variations accidentelles. Depuis la tin de décembre jusqu'à la fin de février, on ressent passagèrement des vents de terre appelés harmattan , qui viennent de l’est-nordest, de l’est, del'est-sud-est, et qui sont quelquefois très-violents. Ces vents s’élèvent à plusieurs reprises pendant l'intervalle de temps que nous venons d’indiquer, et iis soufflent pendant un, deux et quelquefois cinq ou six jours de suite. A la fin de férrier, les vents généraux prévalent, et reprennent leur direction. L’harmattan, quoique d’une aridité extrême, n’est cependant pas considéré comme nuisible aux hommes ; on remarque même qu’il purifie l’air, et le dégage des principes malfaisants qui aont répandus à la suite des pluies de mauvaise saison. — Une des contrariétés qui te présentent le plus souvent dans la navigation à la côte d’Afrique est la brume épaisse qui y règne presque toute l'année. Cette brume est produite
par les sables que les vents enlèvent du désert. Tant que ces vents suivent une direction à peu près parallèle à la côte, la brume ne s’étend qu’à peu de distance de celle-ci : mais lorsqu’en janvier, février, mars, et le plus ordinairement jusqu’en avril , l'harmattan se fait sentir , alors les sables, amenésdirectement de l’intérieur par ce vent, qui souffle du nord-est à l'est-nord-est, se répandent dans l’atmosphère, où ils s’élèvent à une grande hauteur; ils y tourbillonnent comme la fumée opaque qui succède à une forte explosion , et l’on ne peut ni voir la terre à un mille de distance, ni observer dans le ciel aucun astre, s’il n’est au moins de 30° au-dessus de l'horizon. — Les courants généraux sont constants pendant les huit mois que dure la belle saison, et suivent rigoureusement la direction de la côte du nord au sud.
Division des peuples principaux de la Sénigambie. 'Parmi les nations nombreuses qui sont répandues dans cette vaste étendue de pays , deux surtoutsout remarquables, lesFoulahset les Mandingues. « Du milieu des races nègres, « dit M.d’Avezae(l ),se détache une po- « pulation métive, à couleur tannée ou « cuivreuse, au nez saillant, à la bouche «moyenne, au visage ovale, qui se « compte elle-même parmi les races « blanches, et se dit issue de pères ara- « bes unis à des femmes tauroudes. Sous « les noms de Foulahs , Fellùnys, Fel- « làtahs, ou plutôt sous celui de Peuls, « qu'ils se donnent eux-mêmes, ces « peuples occupent une zone large et « onduleuse depuis les rives du Sénégal « jusqu’aux montagnes du Mandharah, « et peut-être beaucoup plus loin. Leur « chevelure crépue et même laineuse, « quoique longue, justifie leur classe- « nient parmi les populations oulotri- « ques; mais ni les traits du visage, ni * la couleur de la peau, qui leur a valu « de la part des voyageurs ladénomina- « tion de Peuls rouges , ne permettent « de les confondre avec les Nègres, « quelque intimeque soit d’ailleurs , sur « la lisière commune, la fusion des deux « types. » Cette nation est répandue depuis le 4‘ parallèle nord jusque sur
(i) Esquisse gêner, de L Afrique (édit, de i8Ï7 ; Parij Arthui Bertrand), p. 55.
L’UNIVERS
les bords méridionaux du Sénégal ; sur la rive septentrionale du Mesurado , elle est connue sous le nom de Foulahs-Sousous ou Susos , ainsi que dans les mon* tagnes dp Sierra Leone , sur les rives du Scherbrou,du Rio-Sestos, aux caps de Monteet de Palmas; au nord, un royaume de Foulahs, Foulés ou Peuls, borde le Sénégal sur une longueur de 130 lieues. Les mœurs et les usages des Foulahs varient dans les différen ts États, et donneront lieu nécessairement par la suite à autant de descriptions particulières :
mais ce qu’on retrouve également chez tous, c’est une pratique sévère du mahométisme , et une haine profonde pour les Mandingues.
L’origine de ce peuple méritait d’être recherchée : cette place intermédiaire que, de l'avis de tous les voyageurs, les Foulahs occupent entre les Arabes Maures et les Nègres, les caractères physiques qui les distinguent, la langue douce et harmonieuse qui leur est propre, tout appelait l’attention des savants.
II ne parait pas possible qu’ils soient originaires du plateau de Timbou, ni du petit pays de montagnes appelé Fouladou, et situé sur le bord oriental du haut Sénégal. « Tout nous prouve, dit Ritter, « qu’ils n’habitent pas depuis bien long- • temps ces différentes contrées; • et, dans sa pensée, leur dispersion a dû être déterminée par la grande migration des peuples du centredu plateau africain. Je ne m’arrêterai pas à rhvpothèse de Rennell, qui fait descendre ce peuple des Leucxthiopes , de Ptolé-
mée (I). Mais récemment M. Gustave d’Eichthal, dans un ouvrage spécial, publié en 184 1 , a traité de Y Histoire et de r origine des Fellahs ou Fellans. L’étude de leur langue l’a amené à un résultat qui peut paraître étrange au premier abord : c'est que ce peuple doit appartenir à la famille malaisienne, dont on a reconnu d’ailleurs des traces dans la population de Madagascar. C’est particulièrement avec la langue de Java que celle des Foulahs offre des analogies; et cette comparaison a fourni à M. d’Eichthal l’explication du nom même de la nation : * Foulah dans « le dialecte de Rotti, Fouteh dans celui « de Madagascar, Poutah dans le malais
(i) Geograph., 1. XV, c. 6.
« et le javanais, veulent dire blanc. Le « nom de Poul, Foulah, Fout, fut donc a l’appellationquelesMalaisiens, arrivés « en Afrique, se donnèrent eux-mêmes i pour se distinguer des peuples noirs. •
M. Raffenel , auteur d’excellents travaux sur la haute Sénégambie, a rendu justice au mémoire de M. d’Eichthal (1), et particulièrement à cette opinion de l’afünité des Peuls avec la famille malaisienne; « mais, ajoute-t-il, « quoiqu'il signaleavec une grande exac- « tltude les différences physiques du « peuple peul , quoiqu'il n’oüblie pas de « désigner sous les noms de Toucoulors « et de Torados une race mulâtre et « un peuple occupant primitivement le « pays avant la venue des Peuls, cet « ethnologue ne s’arrête pas assez sur ■< la condition politique deceux-ci,etsur « la différence existante entre les élé- « ments qui forment aujourd'hui la po-
• pulation des États, qu’il appelle aussi « Peuls ou Foulah, et qui doivent être « appelés par nous, comme ils le sont « par les naturels, États toucouleurs.
« Ce nom ne se trouve employé ni dans « les géographies , ni dans les relations « des voyageurs, pour désigner la po- « pulation d’un État; et cependant, en « Sénégambie, on distingue expressé- « rr.ent les Peuls ou Poules des Toucou- » leurs. Les Toucouleurs sont bien « certainement le résultat du croise- « ment du peuple peul avec les Torados, « qui habitaientpriinitivement le Fouta- « Toro, et aussi avec des Yoloffs et des « Mandingues : leur couleur, plus fon- « eée que celle des Peuls , l'est moins « que celle des Nègres aborigènes; leurs « caractères physiques , modifiés par le « mélange du sang , ne sont pas exac- « tement ceux du type éthiopique; enfin « leur constitution en corps de nation, « et la présence parmi eux ( à peu près « exclusivement à tout autre peuple) « des Peuls, dont ils parlent la langue, « viennent donner une nouvelle valeur « à la double hypothèse de l’existence « d’un peuple étranger à la race éthiopi- « que, et de celle d’uii peuple métis dont
* le premier serait le générateur.... Le « peuple peul, qui ne se trouve que dans « des États toucouleurs, y est toujours
(i) Jnn.marit.: Revue colon., i844,p. 4yo.
• dans une condition inférieure. On dit « communément \esPculsduroi, comme « on dirait les captifs ou les domesti- « uues du roi. On donne aussi quelque- « fois, en Sénégambie, le nom de Peuls à « des Toucouleurs tributaires, pasteurs « ou cultivateurs ; mais c’est par une ex- « tension plutôt politique que physiolo- » gique , et ici l’cuU veut dire unique-
• ment tributaires. » Cette distinction établie, M. Raffenei avertit qu'il désigne toujours par le nom de Foulah le peuple
ui se compose à la foisde Peuls, de Toraos et de Toucouleurs , et qu’il emploie en particulier chacun deces noms quand il a besoin de fractionner ce peuple.
En général, dans la Sénégambie, on peutdire que tous les États sont ou Foulabs ou Mandingues : les États mandingues sont répandus surtout sur les bords ae la Gambie. Les Mandingues ont le front moins proéminent que celui des Foulabs, mais plus large et plus fuyant. La distance du nez à la lèvre supérieure est plus grande chez eux que chez les autres Nègres ; leur nez est plus large , leur visage moins ovale, leur teint d’un noir brun, bien différent du noir d’ébène du Yoloff et du noir bronzé du Toucouleur. Maintenant la population de ces États foulahs ou mandingues se compose en grande partie de Nègres Yolofs, Feloupes , Bambarras, Sarracolets, Biafares, Papels, qui tous offrent des traits physiques particuliers, ou des détails de mœurs intéressants. D'après cela, il semble qu’on pourrait distinguerles langues de la Sénégambie en deux groupes, le mandingue et le foulah; mais un savant étranger, M.iLatham, ajoute à ces deux groupes celui des langues ouoloff. Dans le groupe mandingue il comprend les langues bambarrn , djailonka , sousou, sokko, buJIom et timmani (1).
F.nfin nous aurons à parler des*puissantcs nations maures qui entourent la Sénégambie de tous côtés, et sont intimement mélées à la vie de ces populations.
« Les Arabes qui occupent l’extré- « mité méridionale du désert de Sahara, « et qu'on appelle Maures au Sénégal ,
(i) Voy. tlie Report of rite XIV1* meeting of the Rritish Association for t/ie advancement of science , i S ; ; .
« sont divisés en plusieurs nations. Ces « nations, formant chacune un nombre « plus ou moins grand de tribus, se trou- « vent réparties ainsi : de l'ouest â i'est « depuis l’Océan jusqu'au Niger, en s’é- « eartant toutefois des bords du Séné- « gai, à partir à peu près des catarac- « tes du Félou ; du sud au nord , depuis * la rive droite de ce lleuve, où ils ap- « paraissent chaque année pour com- « mercer, jusqu'à une distance vers le « nord qu’il est impossible de détermi- « ner avec précision. Voici le nom de « ces nations et la désignation du pavs « qu'elles occupent : les Trarzas, de- « puis l’Océan jusqu'à la hauteur du « village de Caé. — Les Darmankottrs .
« ce sont des Marabouts , et plutôt une « tribu qu’une nation; ils n’occupent « qu’une faible étendue de pays, enclavé « dans celui des Trarzas. — Les lirak- « nas , depuis la ville de fiokol jusqu'aux « environs de Medinalla. — Les Do- « wiches, depuis les environs de Medi- ■ nalla jusqu’à l’embouchure de la Fa- « lémé. — Les Oualad-el-Koissix , dc- » puis l’embouchure de la Falémc jus- « qu’à Médina, dans le Kasson. — Les « Ùnalad-M-Dareck; ils n’occupent pas « habituellement, comme tous les Mau- « res qui précèdent, de points déterminés « sur le fleuve, mais vivent dans l'intc- « rieur, et ne paraissent sur les bords du « Sénégal que pour nous apporter la « gomme. — Les Tischitts , dans ledéx sert à l’occident de Tombouctou (1). » Ces peuples ne présentent pas tous les mêmes traits physiques; et ce fait est remarquable en ce qu’il paraît attester une origine différente pour les Maures du littoral, et pour ceux qui s'en écartent vers l’est. Ainsi les Tischitts ont la face plus large et plus plate, le front moins bombé que les Trarzas et que les Braknas; le nez est aussi moins courbé, et un peu écrasé vers les ailes : mais cette différence ne se retrouve pas dans les moeurs de toutes ces nations; d'abord la
Bue la plus rigoureuse, la plus intoe du mahométisme, ettoutensemble la fourberie, l’adresse, les habitudes belliqueuses et nomades, sont générales.
(i) Voyage dans l’Afrique occidentale, elc., rédigé par M. Anne Raffenei , offieirr du commissariat de la marine, p- ait.
L'UNIVERS
On pourrait enfin, à l’imitation de quelques auteurs, prendre pour hase d’une division des peuples de la Sénégamhie , la religion ou la forme du gouvernement. La religion pratiquée dans cette partie de l’Afrique occidentale est le mahométisme , et les peuples de la Sénégambie sont, ou fanatiques comme les Maures, et religieux comme les Foulahs du Fouta, du Bondou et du Fouta-Djallon, comme aussi les Sarraeolets; ou indifférents , comme les Mandingues du Rambouk.du Woulli, du Tenda, et les Fouluhsdu Kasson ; ou irréligieux, comme les Ramhnrras et quelques peuples mandinguesà l’est de la Falémé. — Quant au gouvernement, il offre aussi plusieurs formes : généralement c’est une monarchie héréditaire , se transmettant par ligne collatérale, mais presque toujours d’après l’ordre de primogéniture, comme chez les Maures, les Sarracolets, les Koulahs du Bondou, les Bambaras, les Mandingues du Woulli et du Tenda; ailleurs, dans le Fouta, et le Fouta- Djallon, par exemple, c’est une souveraineté tnéoeratique déposée entre les mains d’un almamy (ce chef religieux remnlace, depuis un siècle à peu près, les chefs militaires désignés dans les anciennes relations sous le nom de siratiques). Enfin, chez les Mandingues du Knmbouk seulement se rencontre la forme républicaine (1).
Division des bassins de la Sénigambie.
J’ai dit plus haut, d’après Ritter, que le pays de montagnes d’où sortent les eaux du Mesurado, du Rio-Grande, de la Gambie, du Sénégalct du Niger, pouvait être considéré comme une saillie nordouest du plateau de la haute Afrique; Ritter ajoute que ces montagnes, formant un demi-cercle de H à 10 degrés ou de GiO milles, sont situées surtout entre le 8e et le 10* degré de latitude nord. La grande courbe de ces montagnes, qui s'étend vers le nord-ouest et vers le nord, dessine exactement les contours du pays qu’on appelle aujourd'hui la Sénégamnie. Le nœud de ce pays de montagnes est la haute terrasse de Ttmbo, nommée aussi par Ritter pays d'Alpes des Migres Foulahs ; cette terrasse marque l’extrémité occidentale du plateau d’Afrique,
(i) Ibid., p. a4o.
et ses différentes pentes donnent naissance aux grands fleuves que ie viens de nommer. Mais il est impossible actuellement de marquer d'une manière précise le gisement de ces différentes sources , et de reproduire les indications en apparence si positives de M. Mollien(t). Tout
(i) M. Wollien partit de Saint-Louis le i S janvier 1 8 1 S, après avoir rrqn de M. de Fleuriau, gouverneur du Sénégal , des instructions rédigées en partie d'après le plan qu'il avait lui-mème présenté. L'objet principal de sa mission était de découvrir les sources du Sénégal , de la Gambie et du Niger; de s'assurer s'il existait réellement un canal de communication entre les deux premières rivières, ou au moins de marquer la distance qui les sépare; une fois arrivé sur le Niger, il devait prendre des informations sur la possibilité de le descendre jusqu'à son embouchure, ou, en cas de Irop grands obstacles, se contenter de le remonter ; mais il lie put exéculer que la première parlie de sa mission , celle qui concernait le Sénégal et la Gambie, Les résultats de son exploration sont consignés dans un livre intitulé Voyage dans f intérieur de ! Afrique aux sources du Sénégal et de ta Gambie , fait en i H 1 8, par ordre du gouvernement français, par G. Sicilien. On lit dans celte relation, remplied'ailleiirsd'observatious intéressantes, que les sources du Sénégal ou Rafing, de la Falémé, de la Gambie et du Rio Grande, se trouvent à ipielquesjournéesde marche les unes des autres, roue les i3"ao' et -les 1 3° 38'dc longitude ouest du méridieiide Paris, et les i o° 6' et io° 37'dc latitude nord. Mais tous les géographes depuis longtemps se sont refuses A croire à la précision de ees indications. Ritter, entre autres , s'exprime à ce sujet très-sévèrement , mais avec toute justice : - On trouve , » dit-il , dans les récils de ce voyageur bcau- « coup d’incerlitude et de vague, fl décrit, « il peint avec de vives et brillantes couleurs « ses propres aventures, les mieurs et les usa- « ges des |>eup!es qu’il visita ; mais les points •• géographiques capitaux restent souvent « inexacts ; la nature physique du pays « n’est éclairée par aucun fait important, et „ cette découverte des sources des lieuses, si ■ pompeusement annoncée, n’apporte aucune « lumière nouvelle à notre science de la terre. « Celui qui sait combien il est difficile de « fixer les sources des grands fleuves dans ces « pays de montagnes sur le rapport des inon- « tagnards , sam remonter soi même le cours « du Ueuve , sans étudier les ramifications • de tout le domaine supérieur des eaux , « celui-là ne saurait comprendre pourqoo’
ce qu'on peut dire, c'est que les sources du Sénégal et du Niger (1) sont situées sur le plateau des Foulahs, a peu près sous le 10e ou 11e degré de latitude nord, et éloignées d’environ 16 milles géographiques l’une de l’autre (80 railles anglais); niais la partie élevée de la terrasse qui les renferme est demeurée jusqu’à présent impénétrable. On sait que longtemps on a confondu en un seul et même cours le Sénégal et le Niger (2). Muugo Park
• les sources de la Gambie et du Rio-Graude « se trouvent précisément dans ces bois mys- « térieux et dans ces cavernes en forme d’en- « tonnoir que l'imagination de Mollien prend « pour des volcaus éteints , plutôt que sur le « sommet d’une montagne d’où jaillissent « ordinairement les derniers courants d’eau « qui donnent naissance aux fleuves. L’indi- « cation des sources du Sénégal et de la Falémé « ne présente pas plus de vraisemblance. Le « plus prudent est d’attendre de nouvelles
* découvertes avant de rien déterminer toun chant les cours supérieurs de ces fleuves. » (Géogr. générale et comparée , trad. franç., tome I", p. 494).
(i) Le major Gordon Lai ng , en traversant le Kouranko ( ittaa), apprit de deux natifs du Sangara que la source du Niger ou Joliba n’était qu’à trois petites journées de Falaba, capitale du Soliman; les habitants de cette ville lui déclarèrent au contraire qu’il fallait suivre pour y parvenir un chemin très-sinueux, et que ce voyage exigeait ail moins douze jours. Le major Laing ne donna pas suite à son projet d’aller explorer les sources de ce fleuve; il se contenta d’observer de loin, du haut de la montagne d’où sort la Rokelle, la montagne Loma, située à environ a5 milles de là dans une direction sud-est ‘ est, et où parait située la source du Niger. On lui Gt apercevoir le point de départ présumé de ce fleuve; il lui sembla être de niveau avec l endroit où il se trouvait , c’est-à-dire à i ,6oo pieds environ au-dessus de la mer.
(a) J'emprunte au savant livre de M.Walrkenaer, intitulé Recherches géographiques sur r intérieur de t Afrique septentrionale , l’histoire de cette longue erreur : Léon l’Africain ne parle que d’un seul fleuve dans le Soudan ou le pays des Nègres; c’est le Niger, qn’il fait sortir d’un grand lac situé dans la partie orientale de l’Afrique : assez bien instruit sur le cours moyen de ce fleuve , il ignorait complètement , comme aussi les géographes arabes, où était son embouchure. Les Portugais, en visitant le Sénégal et la Gambie, ne doutèrent pas que les embouchures de
le premier a reconnu sur les lieux le* directions opposées de ces deux lleuv. s,
ces deux fleuves ne fussent celles du Niger de Léon ; et l’intervalle qui les séparait représenta à leurs yeux le Delta de Niger, correspondant à celui du Nil d’Égypte. Ce Delta est figuré sur la carte d’Afrique qui accompagne, dans le recueil de Ramusio, l’ouvrage de Léon l’Africain : la Gambra et le Rio- Grandc en sont les bras principaux ; Timbouctou est situé à la jouction présumée du Sénégal, de la Gambie et du Niger, c'est-à-dire à la pointe du Delta. La carte d’Afrique de Forlani de "Vérone (i56a) et celle d’Orlelius (1570) présentèrent une certaine combinaison des systèmes de Léon l’Africain et d’Ëdrisi. Daus la mappemonde d’Ortelius , toute différente de sa carte d’Afrique , le Niger prend sa source dans un lac du pays de Ouangara, dans le voisinage delà Nubie, par 1 1° de latitude, et coule directement à l’ouest, et se décharge dans la mer par plusieurs bras, dont les deux principaux ont leurs embouchures près du cap Vert et près de Sierra Leone, c’est-à-dire que ces deux bras sout le Sénégal et le Rio-Grande. Mais la carte de Livio Sanuto, insérée dans le premier volume de sa Géographie (i588), offre un système neuf, et tout différent de celui des géographes qui l’avaient précédé. Il reconnaît trois grands fleuves dans le Soudan : tous trois ont leurs sources à l'est, dans des lacs qui portent leurs noms; ils coulent directement à l’ouest presque parallèlement, et se déchargent dans la mer Atlantique entre le 5e et le 20* degré de latitude nord. Le plus septentrional de ces fleuves est le Canaga ou Sanaga (Sénégal); ses sources sont les plus éloiguées vers l’est , et il est formé de trois rivières principales ; la Gaoga y le Canaga proprement dit ? et le Ghir; les deux premières seulement deriveut de lacs qui portent leurs noms ; la dernière sépare le Bornou à l’est des royaumes do Gouangara et de Zanfara, qui sout à l’ouest. Au nord du Sénégal sont les royaumes de Caæna et de Cano, et au sud le royaume de Zegxeg; et loin ensuite vers l’ouest, le royaume de Tomboutou. A l’est de cette ville , le Sénégal porte le nom d7za, et en avançant vers l’ouest il prend successivement ceux de Zambpla, de Gusitemba et de Mayc ; ce n’est que près de la côte et à son embouchure même qu’on le nomme Canaga : encore une partie de l’embouchure porte-t-elle le nom de Denguth , tous noms tirés de la Description de r Afrique de Marmol; seulement, Manuol n’admet qu un seul fleuve dans le Soudan , dont les deux bras, lorsqu'ils se jettent daus la mer, sout
L’UNIVERS
qui coulent, l'un à l’ouest et l'autre à Pest.
La Gambie descend de la pente occidentale de la terrasse de Timbo, leRio- Grande de la pente sud-ouest, et le. Mesurado sans doute du versant méridional. Il y a de plus un certain nombre de. Ileuves navigables entre le Rio-G rande et le Mesurado, qui tous coulent de l’est à
nommés Sénéga et Gambcr, — Le* deux autres fleuve* du Soudan , dans le système de Sanulo, sont la Gambie, et plus au sud le Niger. Ainsi, ni le Sénégal ni la Gambie ne sont considérés par lui comme des branches du Niger; chacun de ces fleuves ne forme sur sa carte qu'un delta très- resserré, composé seulement de deux embouchures. M. Walckcnaer fait ressortir le mérite de ce travail, si différent de tous les travaux antérieurs, et si conforme, sous certains rapports, aux connaissances positives des voyageurs modernes. Les cartes de Sanson ne renferment aucune notion nouvelle ; c'est un mélange de Ptolcmee, d’Édrisi, de Sanuto et de Mercator. Guillaume Delisle , comme on sait , jeta de grandes lumières surtout sur la géographie de l’Afrique ; cependant, dans les cartes qu’il publia en 17000! en 1707, il confondait encore , comme ses prédécesseurs , le Sénégal avec le Niger; mais sa carte d’Afrique, publiée en 172a, présente d’importants changements, et, entre autres, l'isolement et la distinction nette des sources et des bassins du Sénégal , de la Gambie, du Rio-Grande et du Niger; la situation de la ville et du royaume de Timbouctou , reportée vers l'est, et loin de la côte occidentale et du Sénégal. Il faut placer ici le mémoire de d’Anville, concernant Us rivières de f intérieur de l'Afrique , sur Us notions tirées des anciens et des modernes ( Académie des inscriptions, t. XXVI, p. 73 et suiv. ) Les idées critiques que contient ce mémoire se trouvent appliquées dans la grande carte de l’Afrique, en trois feuilles, du même auteur : là, comme avait fait Delisle, mais avec plus de précision encore dans les détail*, d’Anvillc traça séparément les cours du Sénégal , de la Gambie et du Rio-Grande, qu'on avait confondus et réunis pendant plus de deux siècles, et le Niger coulant vers l’est, et entièrement isolé dans l'intérieur du Soudan. Enfin le major Rennell , grâce aux découvertes de Muogo Park , put fixer définitivement CC point si important pour la géographie de la Sénégambie; et toute difficulté disparut touchant cette prétendue communication du Niger avec le Sénégal , la Gambie et le Rio- Grande.
l’ouest, par exemple le Rio-Nunez, le Rio-Pongo ; mais le cours de ces fleuves a une bien moindre importance, parce qu’ils ne prennent pas leur source, comme les premiers, sur la terrasse de Timbo, mais sur la pente occidentale d’une chaîne qui borde cette terrasse et la sépare du littoral.
Description de fa terrasse de Timbo .
Ce remarquable pays de montagnes a été visité pour la première fois par les voyageurs anglais Watt et Winterbottom eu 1794 (1 ). La partie septentrionale porte le nom de Fouta-Djallon; c’est un royaume de 350 milles d’étendue de l’est à rouest, et de 200 milles du nord au sud. Le climat en est sain , quoique la température y varie beaucoup : en général, depuis le lever du soleil jusqu’à sept heures du matin, l’air y est froid ; à midi, le Vent d’estapporte uuechaleurextréme; enfin, à deux heures, la brise de l’ouest rafraîchit l’atmosphère. Suivant M. Moliien, presque toutes les vallées de ce pays ne sont que des réservoirs immenses qui alimentent les sources des grandes rivières, et elles résonnent sous les pieds.
Une terre grasse, que les torrents font rouler du haut des montagnes, forme U* sol des plaines; celui des montagnes est
(1) Watt et Winterbottom étaient deux employés de rétablissement anglais nouvellement formé de Sierra Leone; ils offrirent, en 1 7<j4» de se rendre dans le Foutah-Djallon, pour ouvrir avec le roi de cc pays des relations commerciales. Ils arrivèrent heureusement à I.aby et à Timbo; mais , suivant M. Moliien, s'étant déguisés en chérifs pour essayer de pénétrer pius avant dans l’intérieur, ils furent retenus prisonniers pendant quatorze jours, et forcés par les Foulahs de retourner à Sierra Leone. Tous deux moururent avant d’avoir rien publié de leurs observations : leur relation ne fut jamais imprimée; il en parut un premier extrait , fort court , dans l’ouvrage intitulé An account of Sierra Leone. , etc., 1795, in-8°; puis un autre dans l’ouvrage de Leyden : Historical account oj discoveries in Africa; 1817, in-8°. Enfin Thomas Winterbottom, frère de l’un des voyageurs , médecin de l'établissement de Sierra Leone, transcrivit plusieurs passages de leur journal dans un ouvrage intitulé An account of the native Africans in the ncighbourhood of Sierra Leone , etc.; i8o3,a vol. in-8°, et traça leur itinéraire sur l’excellente carte qui est jointe à ce livre.
SÈN ÉGAMBIE.
composé seulement de cendres mêlées de pierres ferrugineuses et de débris de plantes. Ce sol est favorable au foigné, espèce de petit mil, et aux pistaches de terre ( avachis hypogæa). Dans les forêts, le caura, le tekeli, le sône, produisent des fruits que les Foulahs aiment beaucoup. Dans certains cantons , on trouve en abondance l’oranger, le papayer, le riz et le maïs; mais le mil y esi très-rare. Les montagnes du Fouta- Ojallon sont très-riches en mines de 1er (I) , que les Foulahs (J) exploitent. Ce peuple, comme je l'ai déjà dit, est très-industrieux : il travaille habilement le fer, l’argent, le bois et le cuir; les cases de bambou où il habite sont les mieux construites de toute cette partie de l’Afrique ; elles sont grandes et aérées.
En partant du Kio-ISunez inférieur, on trouve, à 70 milles anglais de Kacundy, un passage qui se dirige à l'est et conduit à la terrasse de Timbo : ce passage est très- fréquenté par les Foulahs, qu’on rencontre portant sur leur dos de grosses charges de riz et d’ivoire du poids d'un quintal et demi; ils font souvent ainsi jusqu’à 2 milles géographiques par
(i) M. Mollien rapporta de ce pays deux sortes de minerais de fer, i* de fer oxydé rouge compacte; a” de fer hydraté, f or . , p. 1180-90 du a' toi. de la relation de son voyage, l'examen du fer forgé par les Nègres du F'outa-Iljallon et des minerais dont ils le retirent, par M. Berthier, professeur à l’École royale des mines. Les Foulahs creusent la terre très-profondément pour en tirer rts minerais; ils pratiquent dans leurs mines plusieurs galeries fort longues, qui s’élargissent par intervalles en chambres vastes et élevées, ou sont percées des ouvertures qui laissent entrer l'air et la lumière. Ce sont surtout les femmes qui travaillent aux mines.
(a) Suivant Mollieu, les habitants primitifs du Foiila-Djallon étaient les Djalonkes; et les derniers débris de ce peuple habitent encore les montagnes ; leurs traits sont grossiers, leur peau rougellre, et leur langage Ires-diflicile à prononcer. Tant qu'elle resta dans la possession des aburigèues, les Djalonkrs , celte vaste contrée porta le nom de Djallonk , Djallo. Les Foulahs s’en emparèrent, et ajoutèrent à son ancien nom celui de Foula (pays des Foules). Celle conquête, suivant leur rapport même, ne remonterait pas plus haut que Ho ou 90 ans.
jour. Ils rappellent les porteurs du Cachemire et du Boutan dans la haute Asie. Kacundy est en Afrique, suivant Ritter, comme Bembour, Jombo et Bourd en Asie, le principal marché où les habitants de la terrasse viennent prendre en échange de leurs produits des munitions de guerre et surtout du sel, la plus recherchée de toutes les denrées dans les pays les plus éloignés de la côte. — En venant de ce côté, la première ville du F'outa-Djallon qu’on rencontre est Aonsam; au delà, les villages se succèdent à des distances de G, K ou 10 milles, et il faut passer de nombreuses rivières avant d'arriver à Lobby : on compte entre Kacundy et Labby 40 milles géographiques; toute cette etendue de pays est fertile et bien cultivée. Labby, suivant Watt et Winterbottom, a 5,000 habitants etdeux lieues et demie de circonférence; à septjournéesde cette ville, dans la direction du sud-est, on arrive à Timbo, la capitale du pays, qui pouvait compter alors 7,000 habitants; ces deux villes sont situées sur de liantes plaines unies (I). Le plateau de Timbo présente de beaux pâturages alpins , et de nombreux troupeaux de bétes à cornes; les riches y elèvent quelques chevaux ; les moutons et les chèvres s’y trouvent aussi en grande quantité; mais les Foulahs manquent de bétes de somme. — De Timbo à la côte, 011 connaît un autre passage ou défilé plus difficile que le premier,
(1) Sur la carte intitulée A map of thr fVindwtrd coast of Africa from thc Rio- Grandeto C. P aima s , insérée dans l’ouvrage de Th. Winterbottom, la |K»ition de Timbo, d'après Walt et Winterbottom, est fixée à 10* de laiitude et à 9” 58' de longitude a l'ouest de Greenwich. Le major Gordon I-aing, dont je vais reproduire bientôt les importantes observations sur la partie méridionale de la terrasse de Timbo , a assigné à cette même ville une position plus septentrionale de 3o milles environ. Voyez une note de M. W'alcLcnaer à ce sujet ( Put. gêner. des voyages, t. VII, p. (198 ). Je ne peux qu’indiquer une publication trop récente malheureusement pour que j’aie pu en profiter : c’est la Relation du voyage de M. H'. Couper Thomson, de Sierra Leone à Timbo , capitale du Fouta-Ojallo, insérée dans leXVÏ* vol. du Journal of llie royal geogr. Society of lAUtdon , p. iotî-i38.
L’UNlVEàS.
mais qui offre une communication plus rapide avec l’intérieur de la haute Afrique; ce chemin descend du plateau de Tîmbo par Dyambiliah, Tambacouria et Barrira, jusqu'à la terrasse littorale des Sousos, au nord de Sierra Leone, traversant ainsi dans sa plus grande largeur le pays de montagnes, c'est-à-dire un système de chaînes" parallèles répandues' sur un espace de 25 à 30 milles géographiques. Le village de Dyambiliah paraît être le point extrême du Fouta- Djallon , vers le sud , du côté des Mandingues Sousous ou Sousis. Ce pays est entouré, d’autre part, d’un grand" nombre de nations considérées comme tributaires du roi deTimbo; on prétend que la domination de celui-ci comprend une étendue de pays de 40 milles géographiques du sud au nord, et de 78 milles géographiques de l’ouest à l’est : nous nommerons, au premier rang de ces Etats tributaires, le Soliman et le Kouranko. qui composent la partie méridionale de la terrasse de Timbo (1). Le Soliman, ou Soulimana proprement dit, peut avoir 60 milles de largeur du
( i ) Voy. Tratels in Timannee, Koo runko and Sooiima cuuntries in Western Africa , by major Alexander Gordon Laing ; London, in-8* ; outrage traduit en français par MM. Ejriès et de Larenaudicrc ; Paris, igalt, in-S». Le major Gordon Laing fui chargé en i8ai, par sir Charles M’Carlhy, gouverneur de l'Afrique occidentale, d’une mission conciliatrice enlre deux chefs mandingues, dont les querelles avaient interrompu tonie relation commerciale entre le Manding et la colonie de Sierra-Leone ; celte intervention nécessita deux voyages de ret officier. Pendant le séjour qu’il ht auprès de l’almamy des Mandingues, et au milieu de l'armée auxiliaire des Soulimas, que ce chef avait appelée, il remarqua la grande quantité d’or et d'ivoire que ce dernier peuple possédait; il suggéra alors au gouverneur l'idée d'entrer en relation avec les Soulimas, et ne tarda pal à recevoir l'ordre de pénétrer dans leur pays : il partit avec un indigène du Fouia-Ûjallon, deux soldats du a* régiment des Indes occidentales , on/e porteurs iolol's , et un jeune homme natifde Ségo. Les principaux résultats de ce voyage furent l'exploration du bassin de la Rokclle, la détermination géographique de quelques positions importantes, et un assez grand nombre d’observations météorologiques.
nord au sud ; mais le peuple des Souftmas, à l’époque du voyage du major Laing, était resserré dans un district du territoire de Kouranko , sur la rivé droite de la Rokelle, par suite de ses guerres avec le Fouta-Djallon (1). La relation intéressante de ce voyageur prête au Soulimana l’aspect le plus varié et le plus attrayant ; les vallées en sont fertiles, leur sol est un mélange de sable et de substances minérales et végétales entraînées du haut des montagnes par les torrentsdans lasaisondes pluies; tnaisdu reste, comme dans les autres contrées de l’Afrique occidentale, il ne présente aucun caractère géologique digne d’attention. Les principales villes de ce pays sont Falaba, la capitale, située par 9» 49'de latitude nord, à 20 ü milles environ à l’est j nord de Sierra Leone, dans une belle vallée, que bornent de toutes parts des coteaux en pente douce; Saïujnnia, ville très-considérable située sur les frontières du Fouta-Djallon, à 10 milles de Falaba, dans une vaste plaine, et qui soutint en 1820 un siège mémorable contre une armée de 10,000 Foulahs; Semba, dans une position tres-ûlevée (4,490 pieds ..nglais au-dessus du niveau de la mer), par 9" 30' de latitude nord et 10° 49' de longitude à l’ouest du méridien de Greenwich ; et Konkodougore, au milieu même des montagnes. Près de cette dernière ville, et nommé comme elle, se trouve le pic le plus élevé de tout le Soulimana. Ce pays contient plusieurs sources importantes, celle du Mungo, rivière plus connue sous le nom de Petite Scarcies, dans les hautes montagnes qui avoisinent la ville foulah de Reilia; et celle de la Rokelle ou Sali, située à une hauteur de 1,470 pieds ; le bassin de cette rivière est assez considérable; le major Laing, comme je l’ai déjà dit, l’explora avec soin ; la direction générale de la Rokelle est du nord-est au sud-ouest; son cours est très-sinueux; assez près de sa source, elle est grossie par de nombreux ruisseaux ; ses principaux affluents sont la Manére, la Tongotelle, torrent rapide et bruyant , et le Ba-JaJ'ana, dout le lit est rempli de pier-
(i) Voy. l’histoire des guerre» des Sonlirnas et des Foulahs, dans l’ Histoire général» de» voyages, <le M. Wâlckeuaer,t.VlI,p. ïïÿ-43.
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1res ferrugineuses. — Les Soulimas sont de petite taille, robustes et belliqueux, mais humains et hospitaliers; ils entretiennent des relations commerciales surtout avec le Sangara et les Mandingues : ceux-ci apportent de la côte des étoffes, de la poudre , des pierres à fusil, et prennent en retour des captifs et de l’ivoire ; et les Soulimas échangent une partie de ces objets contre l’or et les chevaux des Sangaras. La haine des Foulahs parait être le trait principal de leur caractère; ils cherchent à se séparer d’eux le plus qu'ils peuvent par leurs vêtements et leur religion.
Le Kouranko est un pays très-vaste, qui s’étend au sud du Soulimana et se prolonge très-loin à l’est ; les naturels dirent au major Laing qu’il n'en attein-
! Irait pas l'extrémité orientale dans une une de marcha; il ne trouva même parmi eux personne qui eût osé pénétrer dans ces contrées reculées. La partie sud-ouest du Kouranko a pour chef-lieu Situera , misérable village situé dans une plaine immense au pied de hautes montagnes ; la partie nord-ouest a pour capitale Kolakonka, où résidait alors le roi Ballansama, le plus puissantdes princes nègres de ces pays, nui étendait son pouvoir jusqu'aux rires du Niger. La ville la plus considérable après Kolnkonka est Kamato; Suivant le major Laing.ellepeutcontenir mille habitants; elle est située sur la crête d’une colline, et n’est accessibleque de deux côtés fermés par de fortes palissades ; elle avait déjà soutenu heureusement unsiégedes Soulimas. — LesKourankos ressemblent beaucoup aux Mandiugues, au moins par la langue et l’habillement ; mais ils sont moins intelligents, et, pour la plupart, ils vivent dans l’idolâtrie. L’objet principal de leur trafic est le bois de cam; c'est de Simcra qu'on en exporte le plus : de là on le transporte à Ma-Boung, grande ville du Timannl , située à une assez petite distance de la Rokelle ; puis il est flotté sur dette rivière jusqu'à Rokon ( 8° 37’ 40" dé lati tude nord), où on prend en échange sttftout du sel (.1). Le Kouranko pro-
(i) Le bois de cam , que l'on exploite plus au sud, est envoyé par la rivière Kamaranka , ce qui a longtemps fait croire à Sierra Leone que ces deux rivières se réunissaient.
duit aussi en abondance du riz, des ignames, des pistaches de terre, des ananas, des bananes ; enfin nulle part la cassave n’est cultivée avec plus de soin; on y recueille aussi une plante appelée tan kara, qu’on laisse sécher, et qui tient lieu de tabac. Le major Laing ne put rien apprendre sur l'histoire non plus que sur la forme du gouvernement de ce peuple.
Bassin supérieur du Niger. Les contrées inexplorées qui s’étendent à l’est du Kouranko. et dont on connaît à peine les noms, le Kissi, le Sangara, le ferla, le Kankan, et au delà le Mandiny et le Bambarra , forment le bassin supérieur do Niger (1). On peut partager le cours entier du Niger en trois
Çarties : Tune depuis sa source jusqu’à èn-Boktoue; la seconde depuis Ten- Boktoue jusqu’à Yaoury; la dernière depuis Yaoury jusqu’à la mer, ou en d’autres termes le haut Niger (Jotibal 2) des Mandings ) , le Niger moyen ( Nylel-Soudân , des Arabes ) et le Niger inférieur ou Kouàrà (3) des llaous-
(<) Je ne saurais mieux faire que de reproduire texluelleimeut , dans les limites que
je marque ici, Y Aperçu des parties explorées du Niger et de celles qui restent à explorer, inséré par M. d’Avezac dans le Bulletin de la Société de géographie ; août 1841.
(a) - Ce nom est très-diversement écrit , - à raison de la difficulté d’exprimer avec nos - alphabets l’articulation initiale , qui est une - sorte de prononciation inignaidc du gyns « arabe : quant à la signification du mol , elle ■ a élé expliquée par Mungo Park, d’aprcs .. l’indication des indigènes , eu traduisant « grande eau ; le substantif gy (eau) et l’ail- ■ jectil baa (grand) sont en effet aisés à y « reconnaître; mais entre ces deux élémeuts « j’cu trouve un troisième, ali ou nli , dont • l’interprétation demeure encore livrée aux « conjectures des linguistes. - Noté emprunt,? à jV. d'Avezac.
(3) L'é.cossais Mungo Park est, comme on sait, le premier et le seul voyageur européen qui , dans le dix-builieme sieele, ail pu pénétrer jusqu'au Niger ( voyez l'intéressante notice de M. Walckenaer sur Mungo Park, insérée dans le tome VI de YBistoire generale des voyages , p. 383-3g8). Aptes un premier voyage à Bcncoulen dans file de Sumatra, eu 1 79a , Mungo Park repartit eu 1 795 pour l'Afrique, sur un vaisseau marchand destiné a faire la traite dans la rivière de la Cambie. De Pisania, il se dirigea d'abord à
L’UNIVERS
sans. « Les noms de Laing, de Caillé, « de Park et de Dochard (I), rappellent,
Test, avec l'intention de gagner les bords du Joliba; mais, pour éviter quelques dangers, il fut obligé de s’avancer vers le nord, et fut fait prisonnier par les Maures; il parvint à s’échapper, et arriva péniblement à Ségo, capitale du Bambarra : mais le but principal de von voyage était atteint, il avait vu le Niger, et s'était assuré de la direction de ce fleuve de l’ouest à l’est. Il le descendit jusqu'à Silla, et ne poussa pas plus loin en avant ; il regagna la frontière du Bambarra , passa à Bammakou et à Karnalia, et était de retour à Pisania le 10 juin 1797. l.<es découvertes importantes de Mungo Park excitèrent bientôt l’intérét général. M. Bryan Edwards, secrétaire de l'Association africaine, composa, pour répondre à cette première curiosité, un abrégé de ce voyage, qui parut accompagné d’éclaircissements géographiques du major Renncll. La relation complète de Mungo Park parut enfin à Londres en 1799, sous le litre de : Travels in the interior of Africa, performed under the direction and patronage of the african Association, in the years 1 790, 96, and 97 ; il y eut un grand nombre d'éditions de cet ouvrage, resté populaire et classique en Angleterre. Quelques années après, au commencement de l’année i8o5, Mungo Park entreprit un nouveau voyage plus périlleux que le premier : il voulait explorer presque complètement le cours du Niger, et le descendre depuis sa sortie du pays des Mandingues, près de Bammakou, jusqu’à son embouchure : il supposait a priori que ce fleuve tournait au sud, et finissait par se confondre avec le Congo ou Zaïre ; et, malgré les objections Nombreuses du savant Rennell , il persista dans cette première hypothèse. Sur l'invitation de lord Cambden, il avait déposé au bureau des colonies un mémoire touchant le plan et le but principal de son expédition; et cet écrit servit de base aux instructions officielles qui lui furent adressées par le gouvernement. Il quitta l’Angleterre accompagné d’Anderson, un de ses parents, et d'un dessina* teur nommé Scott, et le a6 avril i8o5 il arriva à Pisania , qu’il prit cette fois encore pour point de départ; le 19 août, il avait atteint les bords du Niger à Bammakou; mais il avait perdu une grande partie de son escorte. U construisit à Sansanding un bateau à fond plat; et c’est au moment de commencer sa navigation sur le fleuve qu'il écrivait dans son journal : « Une caravane « d’Européens a donc réussi à pénétrer dans v l’intérieur de l’Afrique à travers une éten-
« ditM.d’Àvezac, non dans Tordre chro- « nologique mais dans l’ordre progressif
« due de pays de 5oo milles anglais, et cela « malgré les obstacles le* plus insurmontables, « les circonstances les plus contraires, sans « verser une goutte de sang, et en demeurant « toujours en bonne intelligence avec les n Nègres! 11 est démontré ainsi pour l’avenir « qu'il est possible de transporter des mar- •• rliandises par terre, de la cote de la nier et « du fleuve de la Gambie, jusqu'à l’endroit « où le Niger est navigable, pour être expé- « diées de là par eau dans les grands inar- * cliés du Soudan. » Mais en i8ofi on apprenait dans les établissements anglais, par des marchands de l’intérieur, la mort de Muugo Park; et en 1810 le voyage d’isaac, marabout mandingue de Kayi , qui lui avait servi de guideidans une partie de son voyage, vint confirmer ce triste bruit; il apprit d’un Nègre, nommé Amadi Fatouma, qui avait assisté à la mort de Mungo Park, qu’il avait pu descendre le fleuve bien au-dessous de Timhouctou, et qu’il s’était noyé avec tous les Européens de son escorte au passage de la barre de Poussa. — On publia à Londres, en 18 10, le journal que Mungo Park avait envoyé avant de s’embarquer sur le fleuve, sous le titre de : Journal of a mission to the interior of Africa in the year i8o5, by Mungo Pari-, quoiqu'il ne contînt aucune découverte importante. Ce qui recommandait cependant ce recueil de notes, c’est qu’il avait pu faire quelquesohservations astronomiques, et déterminer la latitude et la longitude d’uu assez grand nombre de lieux; mais ces observations ont paru suspectes à quelques savants, qui ont proposé diverses corrections ( Voy. Walckenaer , Recherches géogr. sur l'intérieur de l’Afrique septentrionale , p. 373, et Histoire générale des voyages , t. VII, p. 5o-54 ; mais surtout un écrit de Bowdich, intitulé , The contradictions in Park' s Inst journal explaincd and his astronomical observations in 1796, reestablished by the corrections ncccssitatcd by his having rtc koned the 3r th. april , etc.; i8ax, in-fol. ; un travail très-important deM.d’Avezac : Examen et rectification des positions astronomiquement déterminées en Afrique par Mungo Park , in-8°; Paris z 834 Ÿ et le mémoire de M. Oltmanns lu à l'Académie des sciences de Berlin le i3 janvier i83i, et imprimé en i83a, sous le litre : De la nullité de quelques corrections qui ont été proposées a l' cgard des dernières observations de latitude faites en Afrique par Mungo Park.
(f) Travels in Western Africa , in the
SÉNÉGAMB1E. 13
« des points déterminés, les notions ae- « quises sur la première partie du fleuve. •- Déjà MungoPark avait, en 1798, dési- « gné sous le nom de Sankari le lieu où « le Joliba prend naissance; et Mollien, « en 1826 , en avait indiqué la situation « à l'égard de Timbou. Le major Gor- « don Laiug se trouvant, le t septem- « bre 1822 , au Stilé-Kungo , c'est-a-dire « à la source de la rivière Salé, qu'à « Sierra Leone on appelle rivière de « Rokelle, gravit au point du jour la « hauteur qui domine cette source, et, se « trouvant ainsi à une élévation de 1,600
• pieds anglais au-dessus de la mer, il « vit au sua-est 'U est, à 25 milles de dis- « tance, la montagne de Loma et le « point même de la source du Niger, qui « lui parut au niveau de sa propre station; « et il estima la position ae ce point vers « 9* 25' nord et 9” 45' ouest de Green - « wich,(soitl2°5'ouestdeParis), parun « calcul déduit des positions observées « de sa route. — René Caillé arriva le 1 1 « juin 1827 à Couroussa, sur le Joliba , « et en suivit le cours pendant une ving- « taine de milles jusqu'à Fessadouyou.
• Bien que son itinéraire soit dépourvu « d'observations astronomiques, il peut « être rattaché d’une manière assez sa-
• tisfaisante à des positions connues, « pour que nous puissions conclured'une
• construction raisonnée, Couroussa « par 10“ 25' nord et 1 1° 7’ ouest de Pa- « ris, et Fessadouyou par 10° 24' nord
• et 10° 52' ouest. Le fleuve alors tour- « nait au nord , tandis que le voyageur, « poursuivant sa route vers le sud-est, « ne devait le rejoindre qu'auprès de « Giny, après avoir traversé, dans ce long « intervalle, unassez grand nombre d’at-
• fluents. — Entre la source près de « Loma , aperçue de loin par le major « Laing et le village de Couroussa, où ■ Caillé traversa le fleuve, se trouve une « lacune de 84 milles en ligne droite , « formant la corde de l’arc décrit par le « Joliba dans son cours du sud au nord
years 1818, 1819, 1820 and i8ai , from du river Cambia through JFoofU, Jiondoo . Galam, Kassou . Kaarta , and Foolidoo lo tke river Niger, by major W. Gray , and du laie staff surgeon Dochard ; 1 vol. in-8 , l oodoo , i8*5; trad. en franç. par madame Charlotte Huguet, en 1816.
« tournant à Test : dans cet intervalle,
* Caillé nous indique -un point de sa « route Saraya (par 10" 35' nord et 1 1“ « 36’ ouest de Paris, à notre estime) , où « il avait le fleuve à une journée ( envi- « ron 15 milles) au sud. — Entre Fessa- « dougou, où il quittait le Joliba, jusqu’à a Barnmakou , point où commencent « les relèvements de Park et de Dochard , « est un espace considérable encore « inexploré, offrant en ligne droite une « lacune de 145 milles géographiques, « dans une direction nord 15" est. Dans
* cet intervalle se place un itinéraire « de cinq journées deCouroussa à Bouré, « en passant par Cabarata , Balatou , « Dkialiba et Boun-Bouriman, stations
* successives toutes riveraines du grand
* fleuve, et qui s’échelonnent de 15 en ■ 15 milles ( valeur moyenne en ligne
* droite de la journée de marche d’un « homme qui voyage à pied ) ; à un quart « de journée au delà de Boun-Bounman 11 est le confluent du Tankisso, sur la rive « gauche duquel se trouve Bouré, à trois « quarts de journée en remontant. D’un « autre côte, arrivé à Kankan ( par 10° « A nord et 10“ 3 1’ ouest de Paris, à no- « tre estime ), Caillé y apprit que de cette « ville, située près du Milo, tributaire « du Joliba , on se rendait en deux ou « trois jours à la jonction de ces deux « rivières, et en quatre ou cinq journées « à celle du Tankisso. Ces indications « placent le premier confluent à 45 milles « de Kankan. entre Balaton et Dkialiba,
* probablement non loin de ce dernier « village ; et le second confluent à 30 mil- « les plus loin. Le village de. Vansa>wfoest « placé vers cet endroit sur la rive droite « du Joliba, vis-à-vis de Bouré. Il y a en- « suite six à huit journées, c’est-à-dire « une centaine de milles, de Bouré n Ba- « makoulelongdufleuve. En combinant « toutes ces données, on obtient, pour ja- « lonner le cours du Joliba , deux points « entre Fessadougou et Bamakou , sa- « voir : le confluent du Milo vers 10“ « 48' nord et 10“ 44' ouest; puis le «confluent du Tankisso, en face de « Sansando, vers 11- 20' nord et 10* « 45' ouest. » A Bamakou, MungoPark vit le Niger se précipiter de la terrasse de Manding comme un torrent impétueux ; des rochers escarpés, qui s’avancent au sud-est et le traversent, rétrécis-
L’UNIVERS
sent soi) lit, et forment là de bruyants rapides qu’on peut éviter en suivant un bras latéral. Au delà de ces écueils, il se répand dans les vastes plaines de la Nigritieense dirigeant toujours à l’est, et devient navigable (1).
Ritter, d’après le major Rennell, comprend sous le nom de pente septentrionale du haut Soudan le pays de monta-
(i) » Mungo Park en 1796 et en iSo5, » et Dorhard en I H 1 y , continue M. d’Ave- « Mc, ont relevé le cours du Niger au-dessous “ de Hamaknu , le dernier jusqu'au continent « de la rivière Frina seulement , l'autre « jusqu’à Silla , terme de son premier voyage. « Quelques observations astronomiques de >■ latitude servent de point d'appui à la ligne «parcourue, savoir: ilarrnbou (ta° 47' « aï" nord). Kouli-Korro ( ta” 5i‘ 55"), « l'o»u»o(i3" 1 5' 7'') , Sami ( 1 3* 1 7’ 33"). La « construction de l'itinéraire de Park, assu- « jetlic a la bis à ces latitudes et à une « longitude de ti“ 35’ i5" ouest de Paris, « observée au passage du Bà-oli-ma ( par 1 4* « a a 3” nord ), détermine la position de « Hautakoii vers ia° 43’ nord et ta9 i3' « ouest de Paris, à l’extrémité occidentale « de sa route sur le Niger, et relie de Silla, « à l’ extrémité orientale vers 13“ 3a' nord, « et 7' aQ’ ouest de Paris. De ce point a ce- « lui de Génj ou Jrnne , où Caillé a repris ■ le relèvement du cours du fleuve, il y a « encore une lacune, mais elle est peu eon* « sidèrable; Mungo Park l'évalue à deux « petites journées, dans une direction est, « ce qui concorde très-bien avec les 5 jour- « nées ouest indiquées à Caillé entre Gény
• et Ségo; or la distance de Ségo à Silla
• offrant So milles pour 3 journées, les deux « journées de Silla à Gèny doivent être « comptées pour 34' milles, et Gény placé a vers i3” 3a’ nord et 6* 5a' ouest de Pais ris. — Caillé, qui avait rallié le Niger le 10 « mars i8a8, étant reparti de Gény i3 « jours après, navigua sur le fleuve prndanl « a8 jours , jusqu'au 19 avril, qu’il atteignit « Kabra , le port de Ten-Boktouc ; et il a « donné de celle route un itinéraire détaillé « qui offre la portion la plus considérable, « la plus intéressante et la plus exacte que « l’on possède du cours du Joliba... La com- " lunaison des diverses routes qui, de l’ouest, « du nord et de l’est, conduisent à celte « grande ville, concourt à lui assigner une
• position approximative de 16° nord et 5“ « 36' ouest de Paris. C'est en ce point que « s'arrêtent les reconnaissances faites par des » Européens sur le haut Niger ou Joliba. »
ânes qui s'étend entre le cours moyen u Nigeret les rapides delà Gambie à BaS raconda, et qui, vers le nord, va toujours en se dégradant jusqu'au désert. La terrasse supérieure, le premier gradin de cette pente du grand plateau, est cette terrasse même de Manaingo: ony arrive vers le nord-ouest par le défilé escarpé de Kamalia ; mais cette entrée est défendue par des bandes de brigands que Ritter compare aux Gallas de la terrasse de Tigré en Abyssinie, et aux Kurdes d’Arménie; au delà, on trouve un pays hospitalier, bien cultivé, habité par un peuple heureux: cette terrasse de Mandingo forme, à proprement parler, le partage entre le bassin du Sénégal et le Niger (1).
Bassin du Sénégal. Suivant Ritter, le domaine des sources du Séné-
gal comprend une étendue de 40 milles géographiques ( 200 milles anglais) en largeur. Il entend par là que le Sénégal est formé par la réunion de trois grandes rivières : le Kokoro, le Bd-Flng et la Falémé. Le premier cours d'eau que Mungo Park rencontra au delà de ff'orumbang, village qui forme la frontière du pays mandingue du côté du haut pays de montagnes de Jallonkadou.en s'avançant vers l’ouest, fut cette rivière de Kokoro que l’on.appelle le bras oriental du Sénégal : les bords en sont très-hauts, et il reconnut, a l'aspect des herbes et des branches, que dans la saison pluvieuse l’eau y croit au moins d’une hauteur de vingt pieds; il est presque impossible de la traverser alors; et le sens de son nom [fleuve du danger ) indique suffisamment toutes les difficultés d’une pareille entreprise. Mungo Park voyageait dans la saison sèche , et il put passer successivement, en se dirigeant toujours à l’ouest, deux petits bras du Kokoro , puis une rivière qui
(i) Je devrais placer ici la description du pays de Bambarra , qui appartient au bassin du Niger; mais comme les Bambams actuellement ont étendu leur domination sur le Kaarta, le Kasson et tout le liant bassin du Sénégal , je n'ai pas voulu , malgré les nécessités d'uue division géographique, séparer ces pays, qui sont aujourd’hui politiquement unis; j’ai donué plus loin les détails que Muugo Park nous fournit sur les différents lieux de station du Bambarra,
SENÈGAMB1E.
lui parut plus large que celle-ci, et que les naturels nomment à sa source Baqui ( rivière Blanche), dans sa partie moyenne Ouonda, et dans sa partie inférieure Ba-Ououlima (rivière Rouge).
Le soirdu même jour, il atteignit un joli ruisseau, le Co-meisang; le lendemain, un autre ruisseau qui coule au pied d'une haute montagne appelée Gan- Karan-Kouro; plus loin, la rivière Fourkoumah , presque aussi large que la Ouonda; le Boki, dont l'eau transparente coulait doucement sur un lit de cailloux; enlin, après avoir passé un dernier ruisseau, le Noun-Nolo, et visité les deux petits villages de Sousitu et de Mamia , il atteignit le Bd-Fing ou rivière Noire, que les Mandinguesconsiderent comme le bras principal du Sénégal. Toutes ces rivières qui dépendent du bassin supérieur du Sénégal descendent des hautes montagnes du Jallonkadou, vaste plateau au sol rocailleux, coupé par des vallées qui courent parallèlement du sud au nord, couvert de forêts , rempli de bêtes féroces , et ne présentant pas une habitation dans une étendue de pays de 20 milles géographiques. Près de jtfarma, où MungoPark vit le Bd-Fing, cette rivière coule lentement dans un lit très-profond, bordé de forêts de bambous; il la traversa sur un pont de construction singulière.
Plus loin à l’ouest, il entra dans Tes pays tle Ouoradou et de Konkadou, pays montueux et rocailleux comme le Jallotikadou, et qui forment proprement le partage des eaux du Bd-Fing et de la Falémé. D'abord il arriva sur les bords du Bd-lie (rivière de miel), affluent de la rive gauche du Bd-Fing, et, après neuf jours de marche forcée , atteignit ceux de la Falémé un peu au delà de la ville de Satadou, capitale d'un district de ce nom, et non loin de la source de cette rivière.
.Tai décrit le pays de Mandingocomnie formant la terrasse supérieure, le premier gradin de la pente septentrionale du grand plateau; un second gradin, une terrasse moyenne entoure la première d'un demi-cercle de montagnes moins élevées qui couvrent les pays de Fouladou, de Kasson, de Bambous , de Kaadschaga , de Konkadou , de Dentilia, de Satadou, de Bondou , de Neola et
de Tenda; ce second gradin constitue je bassin supérieur du Sénégal, car il se prolonge au delà des rives orientales de ce fleuve et du Kokoro. Ses limites naturelles au nord et à l'ouest, suivant Ritter, sont les plaines unies du Kaarta et du Bumbarra, qui marquent la séparation des moptagnes et des déserts de sable.
Le second voyage de Mungo Park fit connaître le pays de Fouladou, qui s’étend à l'est du Bambouk , et qui auparavant était demeuré complètement inconnu; il y entra par le district de Gangaran, qui en forme la partie sudouest, et passa successivement par Kandtj, ville autrefois très-florissante, qui avait été brûlée deux ans avant sou voyage; par Koina, village fortifié au milieu de rochers et de précipices; Foui/ta, sur les bords de la Ouonda ; Boulinkoumbou, lieu dont il détermina la latitude à 13° 11': à 8 milles au nord-ouest de ce village, il traversa celui de Serra-Babou près du ruisseau de Kingaco; et en se dirigeant au nord-ouest il atteignit Keminum ou Maniakorro, la ville la mieux fortifiée qu’il edt encore vue en Afrique , à une faible distance du Kokoro , qui forme en cet endroit plusieurs cascades ; puis, tournant à l'est, il visita encore Seransang, ville très-populeuse, entourée d'une vaste plaine, et au delà du Ba- Ououlima , principal affluent du Kokoro, Banyassi, située par 13" 40' 30", mieux fortifiée et quatre ou cinq fois plus considérable que Maniakorro ; mais, a partir de Bangassi jusqu'aux frontières du Bambarra , il ne rencontra que des villages en ruines.
Bambouk. — Le Bambouk offre plus d’intérêt que toutes ces contrées, à peu près ignorées, sauvages et désertes, et de plus dévastées par des guerres continuelles; une certaine illustration même est attachée à ce pays, dont les mines d'or ont dès longtemps attiré l’attention des Européens ; il occupe le milieu de cette terrasse moyenne que je viens de décrire , et est enfermé entre le Bd-Fing et la Falémé. C’est un pays accidenté, mais peu élevé en général; ses hauteurs présentent des aspects très-variés; elles sont formées presque toujours d'un sable rouge
L UNIVERS
ferrugineux et de roches quartzeuses , et, comme les plaines , elles sont couvertes d’arbres rabougris , toujours trop éloignés pour que le sol en soit couvert. Dans la partie sud-ouest seulement , s’élèvent des forêts presque impénétrables , et toutes dépourvues d'eau ; mais le reste du pays est bien arrosé. Le Satadou et le Konkadou (I), pays
(i) Pour donner une idée exacte de ces pays, je rapporterai une partie de l'itinéraire suivi par Mnngo Park dan» son second voyage ( The journal of a million to tht interior of Africa , in tlte y car r 8o5 ; in-4°, London, i8i5 }. Apres avoir traversé le pays de Dentilin, et passé la rivière, de Samakou qui se jette dans la Patenté , il atteignit ce fleuve à Médina : on était alors en juin, et dan» cette saison la Palémé est décolorée par les pluies, mais médiocrement gonflée à cet endroit; sa vitesse est de 4 ntrnds par heure. De l’autre côté du fleuve, et à i mille de distance, Muugo Park s’arrêta dans Satadou , petite ville de 3oo cases, entourée de murs; à une journée de là il atteignit SUrando, et plus loin la base des monts Konkodou, qui, en cet endroit, présentent des rochers taillés à pic et hauts de 80 à 3ou pieds. Dans les environs de la ville de Dindikou, il observa des granits particuliers, mêlés de petits cailloux ronds et polis , gros à peu prés comme des balles de fusil , et d’une couleur plus pâle que le reste de la roche : ces montagnes sont cultivées jusqu'à leur sommet, et de nombreux villages entourés de pâturages et de sources bruyantes s'aperçoivent entre les anfractuosités des rochers; à leur pied s'étend, entre la Falémé et le Bê-Fing, une plaine inculte, couverte de forêts remplies de lions, longue de 40 milles du sud au nord, et bornée au sud par une chaîne de montagnes qui se dirige de l'est à l'ouest comme celle de Konkodou. Mungo Park lit halte ensuite à Fankia, village situé par <3° a5' 3o" de latitude (d’après la correction de Bowdirh) et à un mille envirou au nord-est. De ce village il atteignit le passage des monts Tambaoura ou Toumbindjina, dont la hauteur ne dépasse pas 3oo pied»; à deux milles du passage, il entra dans te joli village de Toumbin , et le lendemain dans celui de Fadjemmia ( x3“ 3fi' de latitude nord) : le chef qui avait donné son nom à ce village résidait auparavant à Faramba, situé plus à l'est; c'était alors le plus puissant du Koncoudou, et il dominait sur tout le pays compris entre Toumbin et le Bt-Fing. A u(i
aussi très-riches en inities, forment proprement la partie méridionale du Rambouk, et le séparent du U 'outli et du Dentilia, dépendances du bassin de la Gambie. Les autres limites du Bambouk sont à l'ouest le Bondou , qui en est séparé par la Falétné , le Basson a l’est, au nord le Sénégal. L'étendue de pays comprise en ces limites est assez considérable, mais une mauvaise organisation politique fait du Batnbottk un État faible. Il est occupé pardes Mandingues, que les Sarracolets et les Foulahs , leurs voisins , désignent sous le nom particulierde Malin/iés .Toute la partie au Bnmbouk qui borde la Falétné est aujourd’hui rangée sous la domination de l’almamv du Bondou, et presque tous les villages échelonnés sur la rive droite de la Falétné sont peuplés d'un mélange de Foulahs et de Mandingues.
Samba-Yaya est la résidence d’un chef qui exerce, au nom de l’almamy, une pleine autorité sur tous les Foulahs du Bambouk établis depuis la Falétné jusqu’au village intérieur de Kéniéba , le plus proche tics mines, et tout ensemble sur les mines elles-mêmes. En se dirigeant, au sortir de Samba-Yaya, à l’estnord-est, puis au nord-est '/, est, on atteint le marigot de Pianbalal, dont le lit, large et profond, est sablonneux et rocheux; au delà, à unedistance d’une heure et demie de marche dans des bois et des sentiers difficiles et montagneux, est ce village de Kéniéba, qui est proprement le chef-lieu d’un canton de mines ; on a calculé qu’il v avait de Sansandig, sur la Falénté, à ce village 49
mille à peu prés au nord-est de Fadjemmia, Muugo Park traversa le Dd-Li , ou rivière de Miel , affluent du Bê-King , dans un endroit où le cours de cette rivicre forme plusieurs petites cascades. Depuis le départ de Fadjemmia, il n'avait cessé d'apercevoir le Koulallit, haute montagne, de forme carrée, inaccessible de tous côtes, cl dont le sommet est uni et couvert de verdure. D’autres montagnes rocheuses et d'un aspect agréable suc cèdent à celle-là, et séparent le Bê-Li du Bà-Fing ; tout le pays qui s’étend entre ces deux rivières, et où Mungo Park indique les villages de Kinibia , de Soullo , de Stcoba i3u a6’ 1 b" de latitude nord ) et de Kon~ romo, est sauvage et produit un grand effet. 1 i| *
SÉKÉGAMBIE.
kilom., de Samba- Yaya 28 kilom., et de ce nllage à la mine principale, nommée Dambaijnaqneij , 3 à 4 kilom. seulement. Uni a paru intéressant de reproduire ici une exacte description de l’état actuel de cette mine et de l'exploitation des indigènes, queM. Raffenel a adressée au gouverneur du Sénégal dans un rapport du 17 mars 1844 (1), et qu’il a reproduite dans sa relation générale (2). Ko sortant de Kéniéba, on traverse le même marigot de Dianbalal, dans le lit duquel on a creusé des puits pour approvisionner le village. La route est au nord-est jusqu’à une très-petite distance des mines; mais au moment d’arriver il faut tourner brusquement au nordouest.
" La mine de Dambagnagney, dit » M. Raffencl, est situeè au milieu d’un « bois , très-près d’une ligne courbe de
• collines formant un demi-cercle de « l’ouest au sud-est. Les abords en sont
* semés de pierres siliceuses blanches ,
* légèrement veinées de rouge ; les terres
* sont fortenientcolorées par l’oxyde de « fer, et laissent voirune nouvelle espèce « de rocliedu genre schisteux. Pourdes- « cendre dans cette mine, on a pratiqué « un trou ayant la forme irrégulière « d'un cône 'dont la base, placée en " bas, présentede singulières conditions » de solidité; ce trou est d’une pro- » fondeur de 7 à 8 mètres au plus , et « ses parois, dépourvues d’étais, ont à <• leurs parties supérieures plusieurs fis-
• sures verticales qui menacent d’une . chute prochaine. Ces sortes d’acci- « dents, inévitables pour les hommes du ■ pays, si inhabiles dans de semblables
• travaux , sont , comme on doit le pen- « ser, très-communs. Au fond decetrou,
« une ouverture latérale de 0m,60 à 1 » mètre de hauteur conduit dans une . galerie souterraine d’une étendue de « 40 à 50 mètres. Le terrain des mines
* est un terrain d’alluvion formé de sa-
• b!e, de cailloux quartzeux roulés et de « schiste ferrifère micacé, contenant
* quelquefois des parties de terre grasse
• et noirâtre. L’ensemble de cette roche « se brise aisément sous le doigt. Tout
(r) Annales maritimes ; Revue colon., *844. p. 46a-5S4.
(») Pag. 380-390.
2e Livraison. (SÉNÉCAMBtB.)
« autour de cette mine , qui est la seule « actuellement en exploitation, on ren- « contre des trous d’une effrayante pro- « fondeur, garnis, de distance en dis- « tance, de traverses de bois scellées aux « parois, et formant des croix horizonta- « les; ces traverses servent à recevoir les « échelles des mineurs, dont les mon- « tants sont faits avec de jeunes arbres » tenus écartés par des échelons grossiè- « renient et irrégulièrement fixés au « moyen de liens d’écorce; c’est par de « semblables échelles, si mal posées sur « des pièces de bois en croix , que ces « malheureux descendent dans ces mi- « nés, dont la profondeur est au moinsde « 35 à 40 métrés. On doit dire, il est " vrai , qu’elles sont peu exploitées.
« L’une d’elles porte le nom de Gaédy :
« on y descend par deux trous différents « communiquant l’un à L’autre par une « petite galerie. Dans le nord-esl-q-est « de Dambagnagney , à une distance de « 2 kilom. au plu», au sommet d’un « mamelon du nom de. Pellel, les Imm- « mes qui nous ont servi de guides « nous ont dit qu’il y avait des mines « bien plus riches que celles-là ; mais « que ceux qui y allaient mouraient.
« ou devenaient fous. C’est chez eux « une conviction si profondément ar- « rêtée, qu’on est forcé de lui cher- « cher une origine rationnelle, qui se « trouverait peut-être dans l’hypothèse « fort admissible de la présence de « l'arsenic dans ces mines.... Nos ins- « tances ont été inutiles pour aller « aux mines de Pellel; et aucune desof- « 1res que nous avons faites à nos gui- « des n'a pu les déterminer ni à nous « y conduire, ni à nous permettre d’y « aller seuls. — L’exploitation des mi- « nés de Kéniéba est ordinairement faite « par les habitants foulahs des villages * voisins et de celui de Kéniéba même,
« moyennant un droit pavé au chef de « Samba -Yaya, qui est le chef suprême « de toutes les colonies de sa nation éta- « blies sur la rive droite, et qui traite « seul avec l'almamy du Bondou pour le « tribut général (I). Les femmes du « village de Kéniéba ont le monopole de
(i ) Les Koulaks émigrés du FotiU-Djatlon sont places sous la protection de l'almnmy du Bondou, et lui payent tribut*
L’UNIVERS
« la manipulation, et partagent l’or qui « provient des produits de la mine avec « l’individu qui les leur a donnés à tra- « vailler. L’exploitation n'est pas sans « danger; elle se fait dans la saison des
■ basses eaux , et les travailleurs ont à « redouter, outre les agressions perma-
• nentesdes Mandingues- Bamboukains, « celles des Maures qui ont traversé à « gue le Sénégal ou la Falémé. Aussi « n’csl-elle entreprise qu’avec un cer- « tain déploiement de forces ; les fein- « mes travaillent, aidées seulement de
• quelques hommes; les autres veillent « armes. Les eaux pluviales qui stax tiennent dans les mines longtemps a après la mauvaise saison ne permettent « d’y travailler que pendant cinq mois « environ, de janvier à mai. — L’extrac- « tion de l’or est d’une imperfection « qui étonne. Voici comment s’v preu- « lient les femmes qui en sont chargées
• exclusivement ; Les produits de la < mine, composés de schiste en frag- « ments assez gros, de cailloux et de > terre sablonneuse, sont placés dans « une calebasse pleine d’eau, et pétris « avec les mains pour être écrasés ; les
• cailloux , une grande partie du sable « terreux et de très-gros fragments de « schiste sont rejetés à la suite de cette « première opération , qu’il a été im-
■ possible, on le conçoit, d’exécuter « parfaitement. La calebasse ne con- « tient plus alors qu’un sable boueux, « qui , soumis à différents lavages, finit « par donner un résidu de sable noir « très-fin , dans lequel se trouve l’or ,
• sous forme de molécules et de pail-
■ lettes quelquefois extrêmement té- « nues. La séparation des tnoléchles « aurifères et du sable se fait aussi « très-grossièrement : le tout, placé « dans une valve de coquille, subit en-
• core de nouveaux lavages , à la suite
• de chacun desquels on jette des parties « de sable et bien souvent avec elles « des paillettes d’or, malgré l’adresse « des orpailleuses ; enfin un petit caillou « écrase et réduit en poussière le sable « restant. On soumet le contenu de la « valve à l’action du soleil pour faire i sécher, puis on souffle le plus légèrex ment possible; il ne reste plus alors
■ que l’or, considérablement réduit, il
• est vrai , car une grande partie a dû
x en être perdu par les lavages sueoes- « sifs que les divers produits de la mine x ont supportes. De petites cornes de « chèvre reçoivent provisoirement les x molécules'et les paillettes aurifères, « jusqu’àcequeeelles ci s’y trouvent réu- « nies assez abondamment pour être ag- « glomérées. Cette agglomération, nui « est obtenue par la fusion des molé- « cules dans un creuset, termine l’opé- « ration , dont le résultat est de présen- « ter l’or sous forme de torsades ou « d’anneaux a vives arêtes transversax les, ainsi qu’il est vendu à nos comp- « toirs. Les vices nombreux de cette « préparation sont remarquables. D’a- « bord , c’est le peu de cas qu’on fait des « morceaux de roches schisteuses, dont
• les couches feuilletées et séparées par « des parties terreuses laissent voir, « entre chacune d’elles , les paillettes « d’or ; il est impossibleque le frottement « imprimé à ces roches par lesmainsdes « orpailleuses suffise pour les détacher. « Ensuite, c’est le lavage qui laisse perx dre un assezgrand noinbredepaillettes x aurifères obtenues à la suite de la prex mière et imparfaite manipulation .Suc- « cessivement ces pertes augmentent; x et le grossier emploi du souffle hux main dans un travail si délicat enlève x encore indistinctement et inévitablex ment l’or et le sable; car les molécu- « les, je le répète, sont d’une ténuité
» presque microscopique On ne peut
« avoir qu’une idée vague de la richesse « de cette mine, estimée par les habi-
* tants d’après le nombre de captifs x achetés avec ses produits. Un homme x laborieux du village de Kéniéba peut x retirer, nous dit-on, dans une saison, x la valeur de quatre à cinq captifs; cela x ferait supposer, quel que soit d’ailleurs x l’abaissement du prix de ceux-ci , que x les mines de Kéniéba donnent déjà aux jourd’hui en des mains barbares des x produits d’un certain prix. » — Quant aux mines du Bambouk oriental , on ne les connaît pas; on sait seulement qu’elles sont plus riches que celles de la Falémé : mais exploitées par des Mandingues, peuple paresseux et moins industrieux que les Foulahs, elles doivent se trouver dans un état bien inférieur à celui des mines de Dambagnagney.
M. Raffenel cependant publie, a ce sujet,
quelques renseignements recueillis de la bouche d’un guide de Kéniéba, qui avait beaucoup voyagé, et disait avoir travaillé dans plusieurs mines du Bambouk; eet homme désigna, outre les mines de Kéniéba , onze autres mines , sous les noms de Sadiola , Farabacouta, Diaconlé, Ouralé, Dio-Kéba, Dlnlafara, Counfa, Kourouba, Sitakili, Yatéra et Koundia , toutes exploitées par des Mandingues : suivant la même autorité, quelques-unes d'entre elles ont de grandes galeries, où les orpailleurs préparent et prennent leurs fepas; il en est trois qui présentent l'or, non comme à Dambagnagney , dans du sable noir, mais empâté dans des cailloux très-durs, blancs ou rougeâtres, qu’on brise et qu'on réduit en poudre pour laver ensuite , faire sécher au soleil, et enfin souffler la poussière fine qu’on a obtenue. Les Kègres ne reconnaissent une mine qu’après de longs tâtonnements: les premiers coups de pioche découvrent ces cailloux, puis des couches successives de terre blanchâtre , rouge , noire , des roches encore et des cailloux, et enfin, à une profondeur de8à 10 mètres, l’or même.
bans la partie orientale du Bambouk, les villages forment autant de petites républiques indépendantes, liées entre elles par une sorte de fédération, et alliées pour la plupart aux Bambarras, pouvant par conséquent repousser la domination de l'almamy du Bondou autrement que les villages des bords de la Faléme.
« Les Mandingues, dit M. RaffeneJ,
• dont la moralité et l'intelligence n’ont
• pas été développées par l'étude du
■ Koran , doivent être et sont eu réa-
• lité bien inférieurs aux Foulahs.
• Leur industrie favorite est la chasse,
• exercice qui ne contribue pas à adou-
• cir les mœurs et à donner des ten-
• dances pacifiques ; ils cultivent peu,
• par paresse et peut-être aussi par « mépris; ils exploitent cependant,
• comme on l’a vu, les nombreuses « mines d’or de leur pays. Cet or
• compose avec l'ivoire des éléphants, « qui abondent dans cette région, à peu
■ près exclusivement les matières de
• leur commerce. Ils le fout au moyen
• de caravanes qu’ils conduisent eux-
« mêmes aux comptoirs européens. Les « Mandingues du Bambouk ont des « usages grossiers qui trancheut avec « ceux des autres peuples, pour les- « quels ils sont devenus un type quasi « barbare, excitant leurs plaisanteries : « ils s’appellent entre eux Malinkés « pours’injurier, et pour désigner parti- « entièrement les gens qui ont des liabi- « tudes, des maniérés et des goûts gros- « siers. Les Bamboukains tiennent en « grande estime la chair du chien; ilsélè- « vent de ces animaux dans l'intention « de s’en nourrir, et dans les repas les « plus délicats ou sert toujours un chien « entier et rôti. Ils mangent aussi les « singes et les éléphants, dont ils trou- « vent également la chair exquise et succulente. Leur costume se com- « pose de pagnes blanches ; ils ont les « cheveux nattés sur les côtés, sont « armés de fusils , d’ares et de (lèches » presque toujours empoisonnées, et « ue sabres à lame courte et droite, « qu’ils fabriquent eux-mêmes. Leur « coiffure est très-variée; elle consiste « souvent dans un chapeau bambarra, « aux bords très-larges, et aux longues « tiges de paille coloriées et relevées « en pointe au sommet de la cuve du « chapeau ; elle se compose aussi du « bonnet en coton blanc ou bleu, quel- « quefois enfin d’une calotte entourée i d'une pagne en façon de turban. Dans « leurcostume degiierre, ilsportentau- « tour de la tête des cornes «le chèvre « qui leur donnent un air d’une re- « marquable étrangeté (1). »
Pays de F assoit et Kaarta. Le Kasson, qui s’étend au nord du Bambouk jusqu aux plaines du Kaarta. entre les Sarracolets du Galam et les États mandingues dépendants du Bambouk, c’està-dire sur les deux rives du Sénégal , était anciennement un État puissant, formé par des colonies de Foulahs du Fouta-Djallon ; mais ce peuple a été presque détruit par les Bambarras; une
fiartie a trouvé un asile dans le Bondou ; es populations de la rive droite sont restées, mais se mêlent chaque jour davantage avec leurs oppresseurs, habitants du Kaarta , dont ils ont déjà pris
(i) Voyage dans [Afrique occidental», p. 393-394.
L’UNIVERS
in langue, comme aussi l’irréligion et la paresse (I). — Le Kaarta était d’abord une dépendance du pays de Kasson. Les Mandingues Batnbarras, peuple guerrier des bords du Niger, en s'avançant vers l’ouest, conquirent le Kaarta, le Kasson,
(i) Dans son premier voyage, Mungo Park, en quittant le Kajaaga ou patsde Calant, traversa le Kasson, bien différent alors de ce qu'il est aujourd'hui : le a8 décembre lygS il se trouvait à Kayi, grand village situé moitié sur la rive méridionale du Sénégal dans le Kajaaga, moitié sur la rive septentrionale dans le Kasson. Un peu au-dessus de Kayi, le fleuve tombe du haut des rochers dans un bassin dont l’eau est noire et profonde. Mungo Park traversa le Sénégal à Kayi , et après une longue journée de marche dans un pays où il observa plusieurs rochers de granit blanc, il arriva à /Verte, grande ville sans murailles, protégée seulement par une espèce de citadelle où résidait le frère du roi; le lendemain du jour où il quitta J'icsie , il traversa le Krieka , bras du Sénégal , dont le cours est très-rapide, et à a milles à l est de cette rivière il passa dans une autre ville du nom de Médina , et s’arrêta à Jnmho, d’où il gagna la capitale du Kasson Kouniakary : là il fut reçu avec bienveillance par le roi Demba- Sego, qui lui apprit que la guerre était sur le point d’éclater entre le Bambara , le Kajaaga et le Kaarta. Il vint alors attendre à Soulo , petit v illage situé à 3 milles au sud de la capitale, un moment plus opportun pour continuer son voyage : l'aspect de la plaine de Soulo, toute couverte de villages, de champs cultivés, surpassait tout ce que Mungo Park avait vu juiqne-la, et fournissait alors au roi de Kasson quarante mille combattants. Le 4 février 1796, il partit de Soulo et se dirigea vers les frontières du Kaarta en suivant les bords du Krieko. partout aussi peuplés et aussi bien cultivés. Il passa successivement par Kimo , grand village qu’occupait le gouverneur du Sorrana, partie montagneuse du Kassou, par tiangie , ville très-considérable, Seimpo et Lackarago , petit village situé sur le flanc de hautes montagnes qui séparent les royaumes de Kassou et de Kaarta : à Kangie, le Krieko est très-étroit ; il prend sa source un peu à l'est de celle ville, et coule rapidement cl avec bruit jusqu'au bas de la montagne de Tappa , pour serpenter plus doucement à travers la belle plaine de Kouniakary et pour se réunir, grossi des eau\ d'une autre rivière qui vient du nord, au Sénégal, près de la cascade de Fclou. {Histoire générale des voyages, t. *tl, n. 4ia-4ifb)
et ils interviennent aujourd’hui dans toutes les affaires intérieures des États voisins: leur appui, dit M. Raffenel, est sollicité fréquemment, tantôt pour décider des querelles particulières de famille, comme dans le Galant et le Kasson, tantôt pour servir d'auxiliaires contre des peuples plus éloignés; leur alliance s’achète par des tributs , et ils sont ordinairement fidèles à ces engagements. Les Batnbarras ne pratiquent pas le mahométisme, mais le pur fétichisme : dans les grandes solennités, ils adorent un énorme vase de terre appelé dans le pays canari , et rempli de gris-gris de toute sorte, et le consultent en général avant de rien entreprendre d’important. L’avantage de ce peuple sur les peuples voisins est d'è!tre soumis à un gouvernement régulier, sorte de monarchie héréditaire qu’on retrouve chez les Sarracolets du Galant et chez les Foulahs du Bondou : ils entretiennent dans le Kaarta quatre armées , commandées chacune par trois chefs, et composées en grande partie de captifs. « On place toujours aux pre- • miers rangs, dans les combats, ceux « qui occupent la condition la plus « infime, et derrière eux des hommes « libres ou des captifs d’un ordre plus « élevé. Ces derniers ont pouFfonction b d’exciter à coups de fouets le courage » des gens du premier rang, qn’on ap- 0 pelle lotis. Lorsqu’on a un village à " attaquer, on lance les tons sur les « tatas ou enceintes fortifiées, pour en « briser les murs à coups de hache ou « de pieux. Quand ils ont pratiqué une « brèche, ce qui n’n jamais lieu sans « qu'un certain nombre de ces mal- « heureux demeure sur le champ de « bataille, le reste de l’armée s’é- « lance à l’assaut. » — D’autre part, les Batnbarras sont très-industrieux, plus encore que ne le sont les Foulahs et les Sarracolets : ils fabriquent eux-mômes leur poudre, et à cet effet achètent du soufre à nos comptoirs; ils cultivent le mil, l’arachides, le coton et l’indigo, et savent donner au fer une assez bonne trempe. — Ils aiment beaucoup la musique, et possèdent, outre le tamtam et la guitare une espèce de fifre en bambou, dont ils se servent trèshabilement. On reconnaît aisément le
guerrier bambarra à trois incisions longitudinales et parallèles, faites sur chaque joue avec la pointe d’un poignard (I),
(f) Mungo Park, )e io février 1796, entra dam les plaines unies et sablonneuses du Kaartn, alors livrées aux ravages des Bnmharras; il passa successivement à Fiesurah , à Karankatla , grande ville presque tout en ruines; à Kemnou , capitale du Kaarla, située dans un pays découvert; à Marina , à Tourda , à Funingkedy, et près de Simbing , petite ville frontière du royaume maure de Utdamar, entourée d’une haute muraille, et située dans un étroit défilé entre deux montagnes rocheuses. La première ville qu’il rencontra dans le Ludamar fut Jarra , toute bâtie en pierre et en argile, peuplée de Nègres qui sont venus chercher la protection des Marnes : Mungo Park fut frappé de la ressemblmce des Maures du Ludamar et de* autres royaumes limitrophes de la Nigritic avec les mulâtres des Antilles. Ayant obtenu d'Ali, souverain du Ludamar, la permission de traverser scs États pour se rendre dans le P.ambarra, il s’y dirigea par Tronnçoumba f Quira , Compe et Dina , grande ville bâtie comme Jarru. Plus loin, à Sampaka , il logea dans la maison d’un Nègre qui faisait de la poudre à canon : on tire une grande quantité de salpêtre des étangs qui avoisinent ce lieu; ce salpêtre est tréi-blauc, mais les cristaux en sont plus petits qu’on ne les trouve d’ordinaire. Mungo Park, au delà de Sampaka, atteignit Dalh et Samie; plus à l’est, il fut rejoint par une troupe de soldats qui le ramena , par ordre d'Ali, à sa résidence de Bcnosvm : il fut retenu là captif pendant un mois, puis emmené à un outre camp, celui de Roubeker, situé plus au nord. Il parvint enfin à s’échapper, et arriva le 5 juillet 1706 dans la ville nègre de Waiora , qui appartient au Kaarta, mais qui était alors tributaire du roi de Bambarra. Mansoi/g- Jt ’aiora est une petite ville entourée de murs élevés, habitée par un mélange de Mandingues et de Foula hs ; de là il gagna Dinyie, ft'assibou , et, à travers un beau pays ien arrosé , la grande ville de Galluu, au milieu d’une riche vallée qu’entourent de hauts rochers; celle de Mouraja , où les Maures viennent échanger le sel en grande quantité eonlre du grain et des toiles de coton. Avant d’arriver à Scgo, il rencontra encore les villages de Datlibou , de Fanimbou , de Geotorro , de Doulin-Kibou. La capitale du Bambarra, Sego, d’après la description qu’il en donne, se compose de villes distinctes; deux de ces villes, nommées Sego Korro et
Cours de la Falémé, Bondou , Galam. La Falémé a son embouchure sur
Sego Bon , sont situées sur la rive septentrionale du fleuve, et les deux autres, Ségo-sott- Korro et Sego-si-Korro, lieu de résidence habituelle du roi de Bambarra, sur la rive méridionale. Le roi de Bambarra met ses esclaves au service des habitants pour les transporter d’une rive à l’autre, moyennant une rétribution de 10 cauris par personne, ce qui lui compose chaque année un revenu considérable. Ces quatre villes sont entourées de grands murs de terre; les maisons sont construites en argile, de forme carrée, et recouvertes de toits plats; quelques-unes out deux étages et sont blanchies ; dans chaque quartier on voit des mosquées bâties par les Maures. Mungo Park évalua la population de Ségo à 3o.ooo habitants environ. Il fut frappé de l’aspect de cette grande ville, de ces nombreux canots qui couvraient le fleuve, de l'activité de cette population, de la belle culture des champs d'alentour. Il apprit là, mais sans renoncer pour cela à son entreprise, que la ville de Jeune, sur laquelle il se dirigeait, ne faisait partie que de nom des États du roi de Bambarra, et que dans le fait c’était une ville toute maure, toute peuplée de Buschrins. Le 24 juillet 1796, il passait par Knbba , grande ville située au milieu d’un pays en pleine culture, et dont les habitants étaient partout occupés à recueillir les fruits de l’arbre s/tea, qui vient naturrllemeut et en abondance dans toute cette partie du Bambarra, et d'où ils tirent le beurre végéta). ( Voyez sur différents produits de l’arbre à beurre de Galarn, tllipc butireum , envoyés du Sénégal en 1827, un rapport de M. Vauqueliu, dans les .4 finales maritimes , 1828, Sciences et arts, t. Ier, p. 590.) À la fin de celte journée, il atteignait Sansanding, très-grande ville renfermant 8 ou 10,000 habitants, et lieu d’échange très-fréquente par les Maures. Il passa ensuite par Sibiti , Nrara à quelque distance du fleuve, F j arme, ville habitée surtout par des Foulahs du royaume de Massina, Modibou , village agréabfement situé sur les bord-» du Niger, qui eu cet endroit est beaucoup plus large qu’à Ségo, et tout couvert de petites îles vertes qu’occupe une paisible population de Foulahs pâtres et pécheurs. De Aie, il put se faire couduire par eau à Mourzan, ville de pécheurs, située sur la rive septentrionale, et à Si lia, grande ville située sur l’autre rive : c’est là qu'il s’arrêta dans son premier voyage. La langue des habitants de Silla différait déjà beaucoup de celle des autres Bambarras, et on lui dit qu’à
L’UNIVERS
la rive gauche du Sénégal (1), à 400 mètres au-dessus d’un village appelé
Jennc on parlait une tout autre langue, que les Negres appellent Jenné kumno et les Maures Kalam Soudan. C’est à une petite distance de Silla , sur la rive septentrionale du Niger, que commence le royaume de Mas sina, encore habité par les Foulahs. Mungo Park regagna Ségo, et de là suivit, en remontant, les bords du Niger dans la direction 'de l’ouest, ce qui lui lit connaître une autre partie du Bambarra : les villages qu'il rencontra sur cette nouvelle route sont Soubou, Kamafia , Sa mie , où se tenait alors un marché, Binai , Ko i mou , Son g ; à Jabbi , ville considérable , le pays s’élève, et du côté de l’est de liantes montagnes s’aperçoivent à rborizon : il découvrit bientôt la tille de Yamina , dont l’aspect et l'élcudue lui rappelèrent Sansandiug, mais oui présentait encore les traces d’une cruelle dévastation du roi de Kaarta; au delà de cette ville, il rcncontra fréquemment de semblables ruines. Le 18 août, il traversa la riviere Frinat affluent de la rive gauebe du Niger, et arriva le soir à Taffara , ville murée, où il crut rccounaitre le pur mandingue, au lieu du dialecte corrompu ,dti Bambarra : après avoir passé par Jaôa, Somino et Sou/ta , il visita successivement Koulikoro , Marrabou et Bamnmkou f les trois grands marchés de sel de celte partie du Bambarra. Il eut ensuite à traverser une plaine rocailleuse de deux milles de long, à descendre le versant nord-ouest d’une chaîne de collines escarpées, et atteignit enfin, après mille dangers que je regrette de ne pouvoir retracer ici , Sibidnulou , ville frontière du Mandingue , située dans une fertile vallée, mais tout entourée de collines, de roches, et protégée ainsi contre les pillages des Bambarras , des Foulahs et des Maudiugues , toujours en guerre dans ces pays ( Histoire générale des voyages, t. VI, p. 4 1 8-45o).— - Dans son second voyage , Mungo Park entra dans le Bambarra par le village de Dababu , traversa Koumi Koumi (ia°68'de latitude nord), Doum - /nia, à 16 ou 18 milles plus au sud, Tomba , à 18 ou au milles au sud-sud-est. Au sud de Toniba , il atteignit le sommet de la chaîne qui sépare le Niger des bras du Sénégal, et vit, pour la seconde fois (19 août 1 8 o5), le Niger couler au milieu de la plaine; il était alors gonllé par les pluies, sans être débordé. On descendit péniblement le côté de la montagne qui regarde Bambakou , et 011 alla s’embarquer sur le lleuvc à Bossradon , village situé à 1 mille i/a plus à l’est : tous les canots du Bambarra (quelques-uns sont construits en
Jroundon, et occupé par des Sarracolets Bakiris. L’entrée de cette rivière
bois d’acajou) sont fabriqués a Kankari , situé vers le sud, sur un bras navigable du Niger. Dans cette navigation entre Marrabou et Sansandiug , Mungo Park s’arrêta à Koulikoro , à Dîna , à Yamina , à Sami et à Segosie’Korro. Dans la relation de ce second voyage se trouvent de longs et intéressants détails sur la ville de Sansandiug : « Ou n’y « remarque, y est-il dit, aucun édifice pu- « blic, à l’exception des mosquées, dont deux, « quoique construites en terre, 11e sont pas « sans élégance. La place du marché forme « un grand carré; et les differents articles de « marchandises sont était» sous des échoppes « couvertes de nattes , pour les mettre à l’a- R bri de» rayons du soleil. La foule remplit « le marché depuis le matin jusqu’au soir. « Quelques-unes des boutiques ne contien- « lient que des grains de collier; d’autres, de « l’indigo en boules; d’autres, des cendres «de bois en paquets; d’autres enfin, des « étoffes de Iloussa et de Djinnie, de l’an- « limoine en petits morceaux , et du soufre. « Dans les matons qui bordaient le marche * on vendait du drap écarlate, de l’ambre, « des soies de Maroc, du tabac semblable à « celui du Levant, et apporté parla voie de « Tombductou. Le marché au sel occupe un n coin de cette place. Au centre de cette « même place est une vaste échoppe de L>ou- « cher, où Pou vend tous les jours de la viande « aussi bonne et aussi grasse que celle que « l’on mange en Angleterre. A quelque dis- « tance on a établi le marché à la bière, sous « deux grands arbres, où sont étalées ordin mûrement 80 ou 100 calebasses de bière, « contenant environ chacune a gallons. Tout « près de ce lieu 011 vend le cuivre jaune et a rouge. Outre ces marchés , Sansandiug pos- « séde encore un espace très- vaste, ou se « tient un grand bazar tous les mardis. Ce a jour-là une foule innombrable d’habitants « de la campaguc se rendent à la ville pour « acheter en gros des marciiandi.scs, qu’ils rc- « vendent en détail dans les différents villa- « ges. On tue communément de iG à 20 boeufs « le matin de ces jours de marché, u ( Histoire générale des voyages, t. VII, p. 78-8G). — Postérieurement à Mungo Park, le Kaarta fut encore visité par Groux de Beauforl (i8s5), ainsi que le Galam et le Bambouk ; il ne reste, de ce voyageur que des lettres insérées dans le tome II du Bulletin de la Sociélé de géographie. ( Voyez la notice que M. Jomard a publiée sur Beaufort, dans ce même recueil.)
(1) Si l’on remonte le Sénégal à partir de
SÉNÉGAMB1E.
est large de 200 à 220 métrés, et se dirige vers le sud-J-sud-ouest. Du reste , les changements brusques de direction sont un des traits remarquables du
l’embouchure de U Falémé, on rencontre à a lieues plus haut le village et la montagne de Collera, mamelon de 5o mètres de hauteur et de 3oo mètres de circonférence à sa base, et isolé sur le bord du fleuve, au milieu d'une vaste [ilaine. Ou passe ensuite devant plusieurs village*, Segala , Cabou, Dicaccré , ( loussela , Gankel , et on atteint celui de Toubdbottkané , à l'extrémité orientale duquel on voit encore les ruines du fort Saint Joseph ( »4° 3®' de latitude; et I4°ia' de longitude ouest, suivant Beaufort). DeToubàboukané à Moussàla , on compte 6 lieues, et dans cet es pare on longe cinq villages, btakana, ilacadougou , Dramanct , Macagnecari (rive droite ) , Gakoura ( même rive ). I,e pays est toujours plat, très-boisé sur les deux rives; les petites montagnes de Caignou paraissent dans le sud. De MoussAla (x4° 34’ de latitude, i4° 3' 3o ' de longitude ouest), au rocher Felou, ternie de la navigation, sur une longueur de 14 lieues, sont répandus quinze villages : Alincanc , Guiamcane, Ganéguiameanc , Gagni-Gore , Tamboucanê , Gniakan dapt Somanquidi, Samé, Samc-Couta , Boungourou, Guiakalel, Coi, Caignou, Colou. (Foy. dans les Annales maritimes, 1 8 33 , ir partie, p. i33-i5<),la relation d’un voyagea Gai, un, de M. Leblanc, capitaine de frégate.) Sfedina, point principal du Kasson, est le dernier village du fleuve avant les cataractes du Mou, qui n’eu sont guère distantes que d’une lieue. Plus on approche des cataractes, et plus on sent le courant acquérir de vitesse: il est de 3 a 4 noeuds dans ces parages. « La « chute d’eau deces cataractes, dit M. le comte « E. llouei , n’est pas aussi considérable nu’on « l’avait faite ; de l’extrémité de la roche la « plus élevée, extrémité qui affecte la forme ,. d’un cheval avec son cavalier, jusqu’au niveau « des eaux inférieures, il n’y a guère que i5 » à ao mètres d’élévation ; les eaux supérieu- - res, contenues par le barrage de roches qui « fait la cataracte, forment une espèce de « lac, où une embarcation transportée par « la voie de terre permettrait sans doute de « remonter longtemps encore le cours du Sé- « uégal pendant l’hivernage. » ( Voyez les dessins de ces cataractes, que M. le comte E. Kouét, qui a remonté le Sénégal jusque-là en i83fi, a insérés dans sa Description nautique des cotes de 1‘ Afrique occidentale , comprises entre le Sénégal et l’équateur, , p. 16.)
cours de la Falémé : ses bords tantôt s’élèvent taillés à pic dans une masse de sable rouge, tantôt s’abaissent, et laissent les eaux de la rivière se répandre au dehors. Aux endroits où les bords de la rive sont le plus déprimés, on voit des haies d’épines mortes entourer les champs de mil, comme une défense solide contre les attaques des hippopotames. En septembre, le courant de la Falémé est trop fort pour qu’on puisse la remonter, si l’on n’est aidé par une brise un peu constante de nord-ouest. Au moins , à cette époque où les eaux sont hautes, on n’est pas gêné à tout instant par les bancs de sable, les Ilots, les roches, qui se découvrent un peu plus tard , en même temps que les courants deviennent encore plus rapides. Dumoisde septembre au mois d’octobre, cette rivière, surtout à l’embouchure, change absolument d’aspect :
ses eaux diminuent quelquefois de plus de 4 mètres; l’entrée, principalement vers la rive gauche, s’embarrasse d’îlots, dont quelques-uns ont une étendue de 30 mètres sur une hauteur de 3 à 4, et u’un petit canal d’une demi-brasse e profondeur sépare de la terre. Au lieu des cultures riches et nombreuses, des bois touffus, que présente en septembre surtout la rive gauche, celle au Bondou, la seule habitée actuellement, en octobre on ne voit plus qu’une végétation desséchée. La disposition symétrique des rives de la Falémé, l’opposition constante d’une côte plate à une côte escarpée, en indiquant sûrement la plus grande profondeur de l’eau, facilite beaucoup la navigation de cette rivière, mais ne l’accélère pas autant qu’on pourrait croire, parce que le halage est continuellement interrompu, et que les brises, d’autre part, sont trcs-filibles et très-incertaines. « La Falémé, dit M. Raffenel,àqui « j’emprunte ces renseignements entiè- « rement neufs , reçoit un assez grand « nombre de cours d’eau , qui vienuent, « au début des orages, lui apporter les « eaux pluviales qui la grossissent.
« A près les orages, ces cours d’eau cltan- ■ gent la direction de leur courant, et, « d’affluents qu’ils étaient originaire- « ment, ils deviennent effluents, c’est- « à-dire qu’ils reçoivent le trop plein des « eaux de la rive, et qu’ils le transpor-
• tent au milieu des terres : c’est là n leur destination normale; car leur af- « Uuence n’est qu’accidentelle et d’une « très-courte durée. Ils portent au « reste au Sénégal, où le même fait se « présente, le nom particulier de ma- « rigots, trcs-connu , mais dont le sens « n’avait pas encore été déterminé avec « précision. Il arrive souvent en effet, « surtout aux Nègres, d’appeler ainsi « toute espèce de cours d'eau, quelle que « soit la cause de son alimentation. Ce « mot, évidemment introduit par nous « au Sénégal, et qui semble être un di- « minutifdu mot marais, renferme en « quelque sorte sa définition en lui- « même; car ce qui caractérise de la « manière la plus positive un marigot, n c’est qu’il est formé par un cours « d’eau, et que l’existence qu’il reçoit . ainsi n'est que momentanée. Le 111‘ari- ■■ got diffère donc essentiellement du « ruisseau, par exemple, dont la des- « tination normale est de fournir le « tribut d'une source à une rivière ou « à un fleuve; en d’autres termes, le ma- » rigot n’est qu’un canal naturel, une « sorte de réservoir ou plutôt de dégor- « geoir , qui se remplit et se vide cba- « que année, comme la plupart des n marais. Il en est qui ont une très-
• grande étendue, et qui conservent « longtemps après l'écoulement, dans « les parties profondes de leur lit , des « flaques d'eau qui ne disparaissent « que lentement, etpar l’évaporation. Il « eu est d’autres, aux rives peu relevées, « par-dessus lesquelles l’eau débordé fa- « cilement.pourse répandre dans les plai- « nés qu’elle inonde. Lariveorientale de « la Falémé (la rive droite) appartient à « un terrain accidenté et montueux, dans « lequel il ne serait point étonnant qu'il n existât des sources : ainsi je pencherais « volontiers à croire que le Sénon-Kolê « est une rivière, et que vers le haut n de la Falémé une partie des cours « d’eau qu’elle reçoit par cette rive sont « également de petits ou de grands « ruisseaux qui lui apportent les pro- « duits de diverses sources. Mais il ne
• peut en être ainsi pour la rive gau- « g|ie, qui, bien qu’accidentée quelque- « fois , et relevée en berge asseis escar- « pée, n’en appartient pas moins à un « terrain généralement plat, qui ne pos-
« sède que çà et là de petits monticules « sans importance (I). »
Le premier village qu’on trouve sur la rive gauche, en remontant la rivière, est celui de Ildluu (Bas-Galam), réunion d’une centaine de cases de Sarracolets. Au pied de ce village commence un banc de roches très-élevées , qui , se prolongeant presque en ligne droite par une suite d'ilots et un grand banc de sable appuyé à l’autre rive, barre à peu près le eo’urs du fleuve, mais seulement à l’époque des basses eaux ; encore reste-t-il dans ce temps-là , entre les rochers et les ilôts de sable, un canal étroit, profond de 2 mètres, où le courant est très-rapide , mais cependant praticable (2).
Au delà de Bâlou, les bords de la rivière sontcouvertsde res arbustes aquatiques, les qité/clê et les diarkett, qui fournissent aux Nègres et aux Maures ce bois gras dont ils aiment à se frotter les dents. On dépasse sur la rive droite le petit marigot de Diali et les ruines du village de Sangatou , détruit et abandonné. comme presque tous ceux de la rive droite, dans les dernières guerres entre les habitants du haut et du lias Gai, un. En face du village de Sangalou, sur la rive gauche, est un marigot du même nom ; le village de Gangala, sur cette même rive, habité par des Sarrarolets, ne contient qu'un petit nombre de cases : il est un peu au-dessous du marigot de Oiégui et de celui de üiabel , qui s’ouvre à la hauteur de l’extrémité la plus haute de Vile de Gangala. — Le premier village du Boiidou est Sébou. dont la population peu nombreuse se compose de Foulahs et de Sarracolets : sur la rive droite s’étend encore leGalam-Kainera ou haut Galant. Plus liant que Sebou , sur la même rive, on dépasse les marigots de Doldolé etd 'Armaoual; et, en remontant encore, on aperçoit sur la rive droite le village de Goundiam, l’un des rares villages du haut Galam qui soient encore occupés ; son heureuse situation y ramène et y maintient quelques familles pendant
(i) Voyage dans l'Afrique occidentale , p. 1 1Ç1-Î3 i.
(a) Ibid., p. i , )î , voy. une agréable légende sur les rochers de létlou.
la saison des cultures ; mais , après les récoltes, elles l'évacuent par crainte des incursions des Maures et des Bainbaras. Entre Goundiain et Tata- Guiemby , situés au-dessus sur la rive gauche, la navigation de la Falémé est encore gênée par une suite de bancs de sable et d’ilots assis sur des roches quartzeuses : ce groupe d’ilots est appelé Paubi [loup, en langue Coulai) ).
Mais il faut dire qu’en septembre ce dangereux passage est entièrement caché par les eaux. Tata-Guiemby est un grand village habité surtout par des diaoandous, caste particulière de la nation des Foulahs, analogue à celle des griots, moins estimée que celle-ci dans le Bondou , mais plus redoutée.
On sait (|iie les griots sont des espèces de bouffons, en même temps poètes, chanteurs et musiciens, qui ont le droit de. tout dire, et dont ou achète les louanges. Les diavandous, en donnant à leurs louanges ou à leurs injures une forme plus grave, produisent plus d’effet, et leurs paroles s'oublient moins vite. Comme, les griots, ils ne s’unissent qu’à des femmes de leur caste; dans le Bondou, une femme griote rouirait d'être recherchée par un diavanou. A Tata-Guiemby, les diavandous sont agriculteurs et pêcheurs. Entre Goundiain et Tata-Guiemby, sur la rive droite, s'ouvrent plusieurs marigots : le premier est fort encaissé, et embarrassé de rochers à l’entrée; le second, celui de Manga, se trouve par le travers des îles Paubi; viennent ensuite le marigot de Guénenn, dont l'entrée est presque masquée par une ligne d’îlots, et relui île Pâté, à une faible distance au-dessous de Tata-Guiemby.
Pendant le temps des grandes eaux, les oiseaux, les poissons, les crocodiles, les hippopotames, abandonnent la Falémé pour les marigots : les -oiseaux de la Falémé sont les flamants, les aigrettes grises et blanches,, et le griot (1).
(i) « l.e griot est un échassier à peu prés « de la taille d'un geai d'Europe; il a les ai- « les ornées de petits éperons, et présente de « l’analogie avec le vanneau par son plumage, « et surtout par sou rri see et bref, qu’il « pousse, comme lui, d’une manière aigre et « incessante. Le mot dix-huit pronom é vite,
Au delà du marigot de Kodival , qui s’ouvre sur la rive droite par une entrée large et garnie de roches, cette rive présente une ligne régulière de collines, élevées au plus de 40 mètres, qui s’abaissent par une pente uniforme vers la rivière, et dont les masses quartzeuses sont recouvertes degans, de gonatiers et de kadds. — Presque en face de ces collines, sur la rive gauche, le inarigot de Péténàlé au de Fabali présente une entrée étroite et très-encaissée. A ce point de son cours, la Falémé fait un coude très-brusque au sud-ouest, pour reprendre sa première direction, quel-
2ues kilom. plus loin, auprès de Diaguély, village assez grand, qui possède un tata, et qu'habitent des Foulahs cultivateurs. En face est un marigot de même nom, et un peu au dessus, à l'angle saillant de ce coude de la rivière , le marigot de houmirè. — En remontant on voit sur le bord de nouvelles collines, de même hauteur que les autres, former line ligne à peu près horizontale, et les terres se colorer fortement en rouge. — Sur la rive gauche, à 5 on 6 kilom.
au-dessus de Dialiguély , est le marigot de Diatingk, et plus' liant une île aux bords très-relevés et rocheux. A 300 mètres de là, est le village de llélidioudé , qu’occupent quelques familles de Foulahs et de diavandous, et qui regarde sur l’autre rive l’entrée large du marigot de Koka : aux abords de cc marigot, la rive droite se couvre d’arbres
« exprime assez exactement ce cri que l’ap- « proche de l'homme rend plus aigre et plus « fréquent encore. Ces échassiers sc tron- « vent par couples et non par bandes dans n les champs voisins des cours d'eau , où ils « sc nourrissent des graines qu’ils y rencou- « treutt préférablement aux vers et aux in- « sectes. Ils passent dans le pays pour vivre « dans l’intimité des caïmans, et pour leur « rendre de grands services. Il est vrai que « ccs oiseaux se tiennent souvent autour des « caïmans, mais je ne les ai pas vus se li- « vrer à leur égard aux tendres soins dont « les Nègres nous ont rendu compte. — Ja- « mais on ne tue les griots et dans certai- « ncs parties du Fouta les Nègres seraient « peu favorables à ceux qui blesseraient on « détruiraient ces oiseaux. » Note tirée du Voyage dans C Afrique occidentale de M, Raffenel, p. 28.
L’UNIVERS
forts et serrés , et prend un aspect sauvage. A quelques htxtom. au-dessous du village a'Ouroimadou, et tout près de la rive gauche, est un banc de sable considérable : ce village est agréablement situé à une certaine distance de Ja rive , au pied de collines qu’on nomme Oonfa, et que les naturels Torodos croient habitées par des démons. A 1 kilom. au-dessus du village, on passe devant un marigot appelé de même, et ui parait assez considérable. — Auessus se présente Sélënayély , village moins grand que les deux précédents , situé comme eux sur la rive gauche, et occupé aussi par des Torodos, mêlés de familles toucouleurs et peuls. — A une certaine distance au-dessus de ce village, et après avoir dépassé sur la rive droite le marigot de Sélinkolé, les guides indigènes montrent sur la rive gauche, dans un endroit fort élevé, comme étant les ruines d'un ancien établissement français, quelques fragments de pierre, enduits d’une matière grisâtre qui pourrait être de la chaux , mais insuffisants pour qu’on puisse reconnaître la l'emplacement de l’ancien fort Saint-Pierre. — Au-dessus, et sur la même rive, est le village de Kidira- Tioubalou , et plus loin , sur le bord même de l’eau, celui de Kidira-Tata.
En 1843, quand M. Raffcnel et ses compagnons visitèrent ce village, ils y reçurent l’hospitalité dans les cases de Séga, fils d’Arradembu, ancien roi du Kasson,et de sa sœur ,Sadiaba (1),
(i) ’i Sailiaba, dit M. Raffcnel, est un « exemple frappant de la supériorité physi- « que et morale des classes privilégiées; elle « a des traits réguliers et distingués, des « pieds et des mains d’une finesse remarquais nie; elle est milice et bien faite, exlrème- « ment gracieuse, et elle joint à ces avanta- « ges une physionomie d’une expression ■ douce et hicn\eillanle,,quisèduit. Elle est « de ta nation des Koutahs du Kas&ou ; elle a « donc le teint cuivré, et dans ses traits quel- « que chose du type caucasique. Ses vi Ic- « ments, comme ceux des autres femmes, « sont d’uiio grande simplicité; mais ils se « distinguent par une propreté recherchée qui » s'étend même jusqu'à sa demeure , où l'on a trouve ce qu'on pourrait appeler le cona foi-table nègre le plus complet. » Voyage dans l'Afrique occidentale , p. ii3.
veuve d’un voyageur français nommé Duranton, qui s’était fixé dans le Rasson, et le défendit pendant quelque temps contre les attaques des Bambarras. Les cases de Kidira-Tata, isolées les unes des autres, sont jetées au hasard au milieu des cultures de mil, et entourées de petits jardins où ne se voient guère queaessucurbitacées. Dans ce village encore s’est conservée la tradition que dans les environs il y avait eu un comptoir français très-florissant; ils en montrent même le prétendu emplacement. — En avançant , on atteint Mayé sur la rive gauche, village de Sarracolets, qui sert aussi de reluge aux Kassonkés; en face de ce village est l’ancienneroute qui conduisaità Drarnané, ou fort Saint-Joseph. Un peu au-dessus de Nayé , débouche sur la rive droite le marigot de Sénou-Koli , que les Portugais appelaient Hio-del-Ouro , et qui arrose une partie du Bambouk : à vingt lieues à peu près de l'embouchure de ce marigot, et sur ses bords, s’élève le village ùe Farabana, où les Français curent anciennement un fort et un comptoir.
Au village de Sinon- Kdlé, commence le Bambouk : il est situé presque en face du petit village de Guiita-Nêguénabé , simple groupe de cases de pêcheurs kassonkés et foulahs. Jusqu’en cet endroit la Falémé conserve la même largeur qu’à son embouchure. — C’est dans le village de Guii/a , placé sur la même rive que le précédent, et un peu au-dessus, querésiaait, en 1843, le roi du Kasson , Sambala (I), dans un palais ou cbâteaii fort construit aux frais de l’almamy de liondou, tout exprès pour le recevoir. La végétation est très-forte et très-compacte dans cette partie de la rivière ; des bois épais descendent sur la rive droite jusqu’au bord de l’eau. — Entre Guiita et le village de Kainoura-Ojikoul , la rivière est embarrassée par plusieurs bancs de roches,
(i) Sambala . d’après le portrait que nous en fait XI. Raffcnel (p. lai), est un homme d’une belle figure, d’un teint moins clair que les autres Kassonkés, légèrement marqué de variole, et estropié d’un pied et d’une main, par suite de blessures graves. Son costume, d’une graude propreté, se compose d’un long coussahc blanc et d’un bonnet de même couleur.
SÉN'ÉGAMBIE.
qui se présentent à découvert, dans le temps aes basses eaux, en gros quartiers de quartz à apparence schisteuse, et ui, en un endroit, partent de la rive roite, et s’étendent en droite ligne jusqu’à la moitié à peu près de la largeur de la Falémé. Dans cet intervalle, s’ouvre sur la rive gauche le marigot de Guiala ou Diala , large à son entrée de 30 mètres environ , du même côté que Kalnnura-Djikoul, très-petit village , entouré et caché par des plantations de mil. Presque en face, sur la rive droite, est l’entrée du marigot de Tiali-Gankê , qui pénètre assez profondément dans le ISambouk. — Un banc de roches schisteuses , qui longe la rive gauche, marque les approches du grand village de Sénou-Débnu. « Sénou-Débou n ressemble aux autres villages du Bon- « dou. Ses cases éparpillées au milieu « des lougans sont ou groupées en « cercle, comme à Kidira-Tata, ou iso- « 1res sans arrangement symétrique, « comme à Kidira-Tioubalo’u. La rive « est très-escarpée -, sa base est consti- « tuée par des roches qui forment un « banc très-étendu ; son point culmi- « nant de-ierre rougeâtre et caillouteuse « est occupé par un magnifique tata, <■ remarquable par le fini de l'exécution « et la hauteur des murs : le mur exte- « rieur, qui renferme une superficie « d’environ 150 mètres carrés, présente « une succession de courtes lignes on- « dulcuses, interrompues çà et là par « des espèces de bastions carrés ou « cylindriques, à terrasses, ou dentelés « au sommet, f.a figure de cette mu- « raille n’est point régulière : elle est à « peu près de forme elliptique; elle est « fermée par de véritables portes en « fortes planches, ce qui est un grand » luxe ; car les tatas en général n’ont « point de portes. Celles de Sénou- « Débou sont en outre ( autre luxe « non moins remarquable) garnies de « serrures qui rappellent celles des « portes des maisons arabes en Algérie ; « comme celles-ci, elles sont en bois, et •< ont pour clef une bande de fer percée « de trous. Une fois les portes de cette « première enceinte franchies, on se « trouve dans un véritable labyrinthe « composé d’une multitude de groupes « de cases de construction bizarre, en-
« tourés eux-mêmes d’une muraille « particulière, ayant aussi portes et « bastions. De hautes tiges de mil, ali- « gnêes avec une certaine symétrie , « forment des allées au milieu desquel- « les est tracée la voie qui communique « de l’un à l’autre de ces groupes (1). » La population de Sénou-Débou se composepresque exclusivement deTorodos, aborigènes à la peau noire, laids et malpropres.
Devant Sénou-Débou, la Falémé coule vers le nord-nord-est ; plus haut elle fait un coude assez brusque, et coule vers le nord. Un peu au-dessus est le barrage de la Falémé : les abords de ce barrage, sont marqués par de nombreux flots de plantes aquatiques , rangés presque parallèlement à la rive gauche , et par une masse rocheuse placée au milieu même de la rivière , découvrant de I mètre 30 c. à 1 mètre 50 c. sur une base de 3 à 4 mètres, et point culminant d’on banc de roches, sur lequel l’eau coule avec grand bruit. Plus fiant la rivière forme un coude, où, dans le temps des basses eaux, tous les efforts pour remonter le courant deviennent inutiles. Un peu en avant de ce coude, on aperçoit la pointe méridionale d’une île longue, étroite, et couverte de verdure. Cette île serre de très-près la rive droite, dont la séparent seulement quelques têtes de rochers ; et l’espace qui s’étend entre elle et la rive gauche, espace occupé en lartie par une autre île rocheuse aussi ongue et étroite, est semé d’un nombre infini de roches plus ou moins découvertes ou à fleur d'eau, qui barrent entièrement la rivière. Mais dans le temps des grandes eaux il semble qu'on pourrait franchir hardiment le barrage avec un bâtiment à voiles, calant même de 4à5 pieds, et surtout avec un petit bateaua vapeurévoluant facilement, et tirant assez peu d'eau pour s’engager dans le petit passage de la rive droite (2). A
(i) Rafftnet, f'oyage dans t Afrique occidental?, p. ia3el siliv. Il parait, ajoute M. Rnffrnel , que celle fortere-.se de terre et de sable fut élevccpnr t’alniaiuv à la suite d'une conférence avec le commandant français du fort île ltakel et l’agent de la comfiagnie, et quelle fut destinée à recevoir les traitants blancs ou indigènes.
(a) M. Raffenel nous apprend que M. le
L’UNIVERS
l'endroit où le cours de la Falémé se trouveainsi barré, la rivegauche est taillée à pic; et le terrain rougeâtre, chargé d’oxydede fer, qui la constitue, s’ouvre par intervalles assez profondément en véritables tranchées, ou présente des fissures verticales embarrassées de plantes rampantes et épineuses. La partie supérieure de celte rive, argileuse et semée de cailloux quartzeux, n’est couverte que d'une végétation maigre et chétive; mais insensiblement, en s’éloignant de la rive, le sol s’incline et forme ûne plaine étendue, où reparaît une végétation vigoureuse. Sur le prolongement de cette espèce de falaise, à un coude de la riviere , au-dessus du barrage, est le village de Débou , dont le tata occupe le point le plus élevé de la rive : les habitants « ont établi, à l’entrée « des nombreuses criques qui décou- « pent les rives, des pêcheries eon- « sistant en clôtures de roseaux assez ■ rapprochés pour empêcher le poisson « de sortir; on installe ces clôtures à la « gorge des criques, au moment de l'é- « roulement des eaux. Les pécheurs pla- « cent ensuite, à l’intérieur de ces Dar- « rages, des casiers mobiles , a peu près « semblables à ceux qu'on rencontre « dans tous les pays. » Sur plusieurs points de la Falemé on rencontre encore de semblables pêcheries. — Le premier village au-dessus de Dt-bou, sur la rive gauchede la Falémé, est Dengtty, sépare en deux parties par le mari-
O'E. Roucl, alors gouverneur, pressentant les avantages qu’on pourrait retirer de la Falémé, avait demandé l'envoi de France de deux petitsbaleaux à vapeur, pour les affecter à lanavigation de cette rivière (p. 169). — D'tin autre côté , voici , d'après M . Ilaffenel , les époques auxquelles la navigation peut avoir lieu : t" du i5 juin au ao octobre, par des bâtiments dont le tirant d’eau n’excéderait pas 1 m. 5o r,, depuis l'embouchure jusqu'à Sénou-Débou; a* du ier juillet au i5 septembre, par des bâtiments de 3 m. ao à 3 m. 90 de tirant d’eau , pour le parcours de la meme partie; 3° du 1" juillet au 1" septembre, par des bâtiments de 1 111. 3o, depuis l'embouchure jusqu’à 3o lieues environ audessus du barrage qui existe entre Débou et Sétiou-Dcbou, c'est-à-dire jusqu'au village de Unmhouko , où se trouve un autre obstacle du même genre.
got de Denguy-Ovel , qui est large et rofond. Le village de Déguy , situe plus aut, occupe un très-grand espace dans une plaine plantée d’arbres espacés, mais a une assez grande distance de la rivière. Le village suivant, Guédékou, en est à 400 mètres : en cet endroit, elle coule du sud-ouest au nord, en décrivant un coude dans l’ouest-nordouest; devant le village, elle est embarrassée par des îlots élevés et couverts de plantes aquatiques , et par un basfond qui partdela rivegauche, elqui,se joignantà un banc de roches, forme un gué praticable dès le mois de décembre, (luédékou est habité par un mélange de Foulahs du Bondou et du Djallon, et situé en face d’un village du Bambouk , nommé Kakoulou, et habité par des pasteurs foulahs. Avant d'arriver au village de Pettau, il faut dépasser les marigots de Koundival et de Diami, dont ledit est rocailleux, profond et large. La rive gauche de la Falemé à Pettau est très-escarpée : ce village, malgré sa faible population, couvre de scs cases dispersées une grande étendue de terrain, et possède un tata très-vaste et très-bien entretenu. — Dagué/y, presqueau bord de la rivière et toujours du même côté, ne renferme qu’un très-petit nombre de cases. Au delà des marigots peu
firofonds de Uougee t de Gouloumel, est e village de /layega, à une distance de 150 mètres de la rivière, qui coule en cet endroit de l'ouest ; sud-ouest au nordnord-ouest, en faisant uncoude à l’ouest; des roches qui avancent de la rive gauche jusqu'au tiers à peu près de la largeur de la rivière, et une île de sable à peine écartée de la rive droite, doivent former dans les basses eaux uu gué facile. En face de Bayéga, sur la rive droite, le village de Sambanoura, situé sur une colline élevée, est peuplé d'un mélange de Mandingues et de Foulahs.
Plus haut sur la rive gauche, on rencontre successivement le marigot de Tumbimobaty , au lit étroit, profond et trèsrocailleux ; le village de Sittubnnta , le marigot de Bonguié, presque en face d'un village du Bambouk, nommé Tétémianga, qu'occupent des Foulahs du Djallon ; le marigot de SUakédia, et le rand village de Tamboula, situé 2 il. ’f» de la Falémé, qui, en cet endroit.
vient du nord J nord-est, tourne brusquement a l’ouest, puis à l’est, ensuite au nord, et encore à l’est. Un banc de roches forme dans les basses eaux un barrage sans issue. — Après avoir traversé les marigots de Doitgal- Momsaern et de Diakoul , on atteint le village de Mermeriko, occupé par des b’oulahs etdesSarracolets,qui ont leurs quartiers séparés. Devant ce village, la Falémé coule dans le nord-nord-est, venant du sud-ouest; elle fait un coude 4 kil. audessous, et se dirige au nord-nord ouest. Mermeriko est distant de la rivière de 500mètresenviron. Lelitdu marigot de Mermeriko est étroit et profond. Malgré l’élévation de la rive gauche, les inondations de la Falémé sont effrayantes par l’étendue de pays qu’elles couvrent, et par les bouleversements du sol qu'elles produisent : tous ces terrains du Bondpu sur la rive gauche de la Falémé sont sillonnésde ravins, et les limites de ses invasions tsont marquées en général par des tranchées taillées à pic, formant digue, cl atteignant jusqu'à 15 mètres de profondeur. Après avoir dépassé le village de Tomboura, habité par des Sarracolcts, celui de Sénou- Diammala, tous deux à une grande distance de la Falémé, et le marigot de A o/fi, étroit et peu profond, on atteint Sansandig : ce village, occupé par des Sarracolcts, est situé dans un petit bois tout près de la rivière. De l’autre côté de la Falémé est un village du même nom, qui communique avec le premier à l’aide d’un gué facile. Sansandig de la rive droite n’est pas plus éloigné de la rivière nue l’autre; il est occupé par des Foulahs émigrés du Fouta- Djallon, comme le sont en général tous les villages de la rive droite dépendants de l’almamy du Bondou. Sansandig de la rive gauche est plus grand, mieux entretenu et mieux approvisionné.
Le lit de la Falémé contient des sables aurifères, depuis Tomboura à 20 kiloin. au-dessous de Sansandig, jusqu'à Jjihaudy à 72 kilum. au-dessus. Ces sables sont déposés presque toujours au pied des plus grands escarpements de la rive gauche. M. Raffenel put étudier à Sansandig l’extraction et le traitement du sable aurifère. « On creuse à peine,
« dit-il , pour obtenir cette terre sablon- « neuse, de même nature que celle des o mines de l’intérieur, et qui, pendant la « saison des pluies, se trouve évidem- « ment arrachée aux mêmes terrains, et « transportée avec les eaux des torrenis « jusqu’à la Falémé: cesontexactcment, « roulés' et déformés seulement par le « transport, les mêmes éléments que « ceux qui composent les terrains, auri- ■ fères de Dambagnagney. Le traite- « ment est aussi le même. Les pailf lettes sont moins nombreuses, et « cela doit être ; car l’action de l’eau et « le frottement supporté par les pro’- • duits pendant le trajet ont dû neces- « sairement en enlever un certain nom- « bre (1). »
Comme on le voit, la Falémé forme la limite orientale du Bondou; les autres limites de ce pays sont : au nord le Galant; à l’ouest le Fouta-Damga; au sud le Tenda et le Woulli, à une trèspetite distance de la Gambie. L'intérieur du pays est généralement plat , et ne renferme que peu de parties incultes ; dans la belle saison . de magnifiques cultures de coton , de pistaches (arachi.i kypagea) , de mils, de maïs, d’indigo, mêlés à de grands baobabs et à ces acacias-vereclis qui donnent la gomme du commerce, couvrent la campagne. Mais, par suite de cette uniformité de cultures, le Bondou n’est pas un pays pittoresque. Toutefois, à une petite distance au sud-ouest de Iïoulé- Bané, capitale du Bondou, s'élève un immense, plateau qui change brusquement le niveau du sol , et qui appartient à une chaîne de collines nommées dans le pays montagnes du Ferlou, se dirigeant à peu près nord-nord-ouest et sudsud-est, et ne. dépassant pas une hauteur de 30 mètres. Ces collines séparent la partie septentrionale du Bonaou de la partie méridionale, désignée vulgairement sous le nom du /'erlou. A partir de cette chaîne de collines, le terrain va toujours en s’abaissant, mais offre encore beaucoup d'accidents et d’ondulations. Les nombreux bois du Ferlou sont plantés presque exclusivement de
(i) Voyage dans l’ Afrique occidentale, p. 400.
L’UNIVERS
faillars (1). La capitale Boulébané, résidence de l’almamy, éloignée de Séuou-Débou, c’est-à-dire de la Falémé, de 34 kilom. seulement, est située dans une vaste plaine d'une merveilleuse fertilité, et entourée de bois de tous côtés, excepté à l’est; dans cette direction, elleest bornée, à une distance de 2 kilom. à peu près, par uue ligne de collines pierreuses d'une médiocre hauteur. Boulébané est ceinte d'une grande muraille haute de 3 à 4 mètres et assez épaisse, interrompue, comme à Sénou-Debou, à des distances .assez rapprochées, par des tours ou bastions carrés et cylindriques, et fermés de portes solides. Les cases sont disposées comme par îlots , et chaque îlot est entouré de murs en terre, et sillonné de rues étroites et sales, que dessinent quelquefois des tiges de mil ou de bambou plantées droit en terre, et reliées
f>ar d’autres tiges horizontales. Au iniieu d'une place presque régulière, est le tata particulier de ralmamy , sur un des bastions duquel sont deux mauvaises pièces d’artillerie, fort peu redoutables. Une porte étroite et basse en est Tunique entrée; au delà est une espèce de corps de garde qu'occupent habi-
(i) M. Raffeuel remarqua dans un bols du Ferlou, voisin du village Amêcctt, un arbre parlicutier qu'il u'auiit pas encore vu dans le Roudou ; ,* c'est un arbre grêle, appelé dans « le pays kouli, el dont le Irouc et les ra- « ruraux sont très tortueux. Son fruit offre « au premier aspect une grande ressemblance « arec l’orange. Il en a à peu près la grosseur, « est sphérique comme elle et coloré de « même, mais avec cette différence qu'aulour “ du point d'attache regoe uue zone de cou- '■ leur noirâtre, occupant environ le quart de <> la périphérie. Cet deux nuances sont parfai- « tement tranchées ; elles appartiennent à « une ens'eloppc extérieure assez mince « et consistante, sous laquelle on eu trouve « une seconde peu épaisse, blanche «t li- « gueuse, qu'il faut enlever comme la pre- « nriere, pour arriver à la partie comestible « du fruit: celle-ci consiste en une pulpe ana- « logue, pour la couleur et la consistance, à « celle d'une ncfle bien mtirc, enveloppant « un certain nombre de noyaux , de 1a forme a du haricot, rangés symétriquement autour « d'un axe fictif. Cette pulpe est d'un goût « amer, tuais qui n’est pas désagréable. » Ibid. , p. 466,
tueliement des captifs tout déguenillés; puis un vrai labyrinthe, aboutissaut à un chemin couvert et sinueux, qui mène à une autre porte d’un bois cpais, et garnie de fer : on pénètre par là au milieu de cases de toutes formes , carrées , cylindriques, recouvertes de paille ou surmontées de terrasses; et parmi toutes ces cases est celle de l’almamy, qui ne se distingue en rien des autres. Sur la même place s’élève la mosquée, sorte d’édifice en terre, massif et grossier.
Mais l’ornement principal de ce lieu est un magnifique yan , à l'ombre duquel les habitants de Boulébané viennent jouer à une espèce de jeu d’échecs ou de dames, et les marabouts s'asseoir sur leurs peaux de mouton pour faire la priere ( sa/am, comme on dit à Saint- Louis et dans le reste du lleuve). La population de Boulébané, qui peut s'élever au plus à 2,300 individus, se compose presque exclusivement des captifs de ràlmamy, de ses griots et de quelques marabouts; si bien que ce village peut être regardé comme le domaine propre de Talmanty. — Du reste, la souveraineté dans le Bondou est absolue; c’est une monarchie héréditaire, qui, le plus souvent, se transmet de frère à frère, par un usage sans doute emprunté aux Maures.
Toutefois l’almamy actuel est le fils du dernier almamy, et non son frère.
Une pratique fidèle et sincère de la religion mahométanc abonné aux Foulahs du Bondou des mœurs douces et pacifiques : c’est un peuple surtout cultivateur; mais, à l’imitation des Sarracolets, il se livre aussi beaucoup au colportage. D’ailleurs cet État populeux et fortement gouverné sait , en dépit de ses habitudes tranquilles , repousser ou prévenir énergiquement les attaques des peuples voisins : il peut disposer d’une armeede 10,000 fantassins et de mille cavaliers (I). L’almamy rend la justice dans les grandes circonstances, déclare la guerre, fixe les impôts, sans qu'il ait à en délibérer dans un conseil , comme Talmamy du Fouta, par exemple. Les revenus de ce prince
( i ) Foy. dans l'ouvrage tant de fois cité de M. Raffenel, p. ?6g, une tradition ou légende glorieuse sur l'origine de l’État du Bondou.
SÉNÉGAMB1E.
consistent en dîmes sur les récoltes, en droits de passage acquittes par les caravanes étrangères, en cadeaux des gouverneurs des établissements français et anglais de la Seuégambie.
Lorsqu’un almamy meurt, une députation de chaque village du Bondou assiste a ses funérailles : la fosse est creusée dans la cour même du palais, et au-dessus on élève une case qui ne doit jamais être habitée. A la suite du banquet des funérailles, ces députes se réunissent dans la plaine de Boulebané,
Erès du village de Yalami ; et un memre de la famille des Sissibés, qui n'est pas apte à succéder, proclame le nouveau prince, et le lendemain le couronne du bonnet rouge et du turban de coton blanc : pendant la cérémonie du couronnement, le nouvel almamy a le visage tourné vers le nord, et jettede l’or dans un trou qu'il a creusé en terre. ministre porte la parole dans les assemblées au nom de l’alinamy, perçoit les tributs, et donne l'hospitalité aux’ étrangers de distinction ; il a droit à la moitié des droits de passage des caravanes. Les chefs des villages, qui se succèdent aussi frère à frère, sont investis du bonnet rouge par l’almamy en assem ■ blée publique, et, comme droit d’investiture , ils lui doivent un cheval et cinq bceufs, et un bœuf au ministre. Au-dessus de la juridiction des chefs des villages, est celle du lamsir, qui inflige toutes peines, sauf la peine capitale, que l'almamy seul peut prononcer. L’office de maître d’école, rempli par un marabout, est aussi fort important dans le Bondou : les écoles y sont assez nombreuses. La récitation des versets du Koran est la base de l’enseignement; on y apprend aussi à lire et à écrire l’arabe, la seule langue qu’on écrive en Sénégambie; les classes durent de quatre heures du matin à six heures, et de sept heures du soir à dix. On se sert pour écrire de planches de bois, de plumes de roseaux, et d’encre faite de gomme et de suie délayées, ou composée d’oxyde de fer. Les élèves payent les leçons du maître, qui de plus les loge et les nourrit, en cultivant ses champs, et en lui donnant, à la tin de l’éducation, un captif ou sa valeur. Il y a trois classes de .marabouts : 1” celle des
imans, qui président au partage des successions, même de celles des almamys (I) : dans l’exercice de leurs fonctions ils sont tout-puissants, et portent le sabre de l’almamy en signe de cette omnipotence; ils prélèvent aussi un certain droit sur le produit de toute succession ; 2° celle des tamsirs , qui sont, comme on l’a déjà vu, les chefs de la justice. Les tamsirs, comme les imans, sont très-peu nombreux.
L’almamy a près de sa personne un tamsir élevé en dignité au-dessus des autres; 3U les talibas, qui enseignent et récitent les prières publiques. Dans les cérémonies religieuses, ce sont les imans et les tamsirs qui dirigent la prière.
La population du Bondou, comme celle des pays voisins , se divise en un certain nombre de familles ou tribus ; I* les Sissibés composent la famille royale; 2° les Dianicoundas , tribu assez belliqueuse, habitent les villages compris entre Goudioro et les limites du Tenda; 3° les Koulets, venus du Yolotf et du Salount, à la suite des guerres qui ont désolé ces pays , occupent les villages du Ferlou ou Bondou méridional, et comptent beaucoup de marabouts parmi eux ; 4° les Sandarabés, qui habitent aussi le Ferlou et viennent du Miany, des bords de la Gambie , sont des Peuls qui ont accepté la vie sédentaire; 5“ les Toronkés-Siany, émigrés du même pays, sont Mandingues; G° les Batbabés , les Anannt ou Toronkés sont répandus en grand nombre dans tout le Bondou. Il y a en outre desSarracolets, des Foulahs du F'outa- Djallon, et mémedes Yoloffs, qui se sont mêlés à toutes ces familles d’origine étrangère. Il n’y a que fort peu de Peuls dans Fe Bondou ; cependant, outre les Sandarabés , il faut mentionner encore
(i) « Le partage des biens de l’almamy « décédé a lieu fort inégalement entre les « enfants légitimes ou naturels, sans disse tinction. L’ainé des fils absorbe à lui seul « prés des trois quarts de l’héritage ; il a tous « les gris-gris, la maison paternelle, et un o grand nombre de captifs. Le reste des « biens du défunt est divisé entre ses filles « et ses fils puînés, qui ont la plus forte part, Ibid., p. »7».
L’UNIVERS
les Katnanass , originaires du Fouta- Djailon , chargés particulièrement de la ardedes troupeaux de l’aimamy, et fixés ans les villages du Ferlou (1).
Pays de Galant. I j> pays de Galant est divisé par la Falémé en deux parties : le Goye ou bas Galant à l’ouest; le K amer a ou haut Galant à l’est; il s’étend sur la rive gauche du Sénégal, qui forme avec le Fouta-Damga sa limite septentrionale ; le marigot de A” Guérère sépare le Fouta-Damga du bas Galam; au sud, comme on sait, il touche au liondou et au Bambouk;et en décrivant la partie inférieure du cours de la Falémé, j’ai indiqué, d'après M. Raffenel , les derniers villages du Galam de ce côté; à l’est, il confine encore au Bambouk et au Kasson.
En remontant le Sénégal, on entre dans le bas Galam au village de Gaudé; et, après avoir passé successivement devant ceux de Gatladé, de Monlok, de A’ Guiaoura , de Guilde , de Tuabo, qui était autrefois la capitale du bas Galam et la résidence du lounka, mais qui aujourd'hui est presque entièrement détruit, on s’engage, au delà de Maraintuuré, dans un passage étroit qui sépare la rive droite d’un archipel de petites lies vertes, et en une heure de temps on atteint le fort de Ilahel. Bakel, dont j'aurai occasion plus loin de faire l'histoire, est un comptoir français, entretenu par une compagnie qui, de janvier en août, pendant que la navigation est suspendue dans le haut Sénégal, jouit d’un privilège exclusif, et qui, le reste du temps, subit la concurrence des traitants de Saint-Louis. Un fort dominant le comptoir , le village et le cours du lleuve , mais malheureusement dominé lui-même par une colline distante d'une portée de fusil , protège l’établissement; ce fort, suffisamment pourvu d'artillerie.etentouréde murailles assez hautes pour ne pas être escaladéesaisément, est confié actuellement à la garde d’un gouverneur, de vingt-six soldats noirs, et de trente laptots. Le comptoir, situé dans le nord-est-j-est, à une distancede 200 métrés à peu près, est
(i) Vo\ . dans le Voyage de f Afrique occidentale , p. 467-71, la description de U nis villages Peuls, du nom de Kouar.
lui-même entouré d'une faible enceinte avec embrasures et meurtrières, ci occulté par un agent de la compagnie et vingt-cinq laptots. Quant au sillage, il est grand, et situé au pied de collines qui l’entourent du côté de l’ouest en formant un fer à cheval dont les extrémités viennent s’appuyer au lleuve. Les cases sont construites sur de petits piquets élevés de ôo à (>0 centiin. au-dessus du sol, pour que les inondations du fleuve ne les atteignent pas. Le groupe de cases le plus considérable s'étend le long de la rivière, les autres sont échelonnés sur les versants des collines. La partie basse du village est très-sale et remplie de mares d’eau croupissante, dont les émanations jointes à la réflexion des rayons solaires sur les versants de ses collines, font dcRakel un séjour très-insalubre; mais on n’a jamais pu obtenir des chefs de ce village qu’ils fissent faire les travaux d'irrigation et de terrassement propres a corriger ces causes d’insalubrité (1). Ce village est ceint d’une muraille de terre glaise, munie de ces fortifications grossières qu’on appelle dans le pays tala (2).
« La population de Balte!, dit M.Raf- <■ fenel, présente dans son ensemble le « coup d'œil animé de celle de Saint- « Louis : à Bakel, aussi bien que dans « cette ville, les traces de l’occupation • française sont évidentes, et on les rc- « trouve surtout dans le costume, mé- « lange hizarre de vêtements indigènes i> etde vêtements européens. Ici, comme « à Saint-Louis, domine le pantalon « garance, dont la couleur éclatante ne « contribue pas peu à produire cette « burlesque bigarrure d'accoutrement.
« La capote grise de l'infanterie, et le « vieux chapeau rond en tissu de soie
(1) Voy. à ce sujet les Remarqua de M. Ituard-Bessinières, pharmacien de la marine de 1" classe, sur les maladies dn haut pays, insérées dans le Voyage dans l'Afrique occidentale , rédigé par M. Raffenel , p. 3t i-3a5.
(a) En differents endroits du village , presque toujours à l'ombre d'un gan, sont placées des espèces d'estrades sur lesquelles les habitants, pendant lejour, viennent causerd'affiires cl sc reposer pendant la nuit hors de l'atteinte des moustiques, uu’on relient au-dessous de ces estrades par de grands feux.
’Digil
? SÉNÉGAMB1E. 33
« rougi par un long service, occupent
• aussi un rang distingué dans la toi* « lette des élégants du pays. Le ’cosu tume des femmes n’offre point de dif- ■ férence sensible avec celui des autres « femmes du bas Sénégal. Leurs pa- « gnes, tissées par les indigènes, sont « teintes également par eux avec l’in- « digo de leurs réeoltes;et cette teinture « est si estimée, que les signares de « Saint-Louis envoient teindre des pa- « gnes à Bakel. Une des particularités « fie la parure des femmes de ce vil-
• lage consiste dans des chapelets de « verroterie qui couvrent avec profu- « sion leur cou et leur chevelure; l’am- « bre est également pour elles un objet « de grand luxe : un gros morceau de « cette matière orne le sommet de la tète, « chaque tempe et les oreilles ; cellcs- « ci sont en outre garnies de lourds an- <* neaux d’or en torsades brutes. Les « sandales de cuir sont plus portées à « Bakel qu’au bas du fleuve. » (1)
Devant Bakel, le cours du Sénégal est très-sinueux; en le remontant jusqu’à Kounguel , résidence actuelle du tounkadu Galant, on suit une direction d’abord sud-sud-ouest, et bientôt après sud-sud-est; la rive gauche entre ces deux points rapprochés est plate, et couverte de cultures de mils et de maïs; les collines de Bakel s’éloignent de plus en plus du fleuve. La rive droite, au contraire, est bordée par des blocs quartzeiix d’un volume considérable, et détaches des collines voisines. Après avoir dépassé le marigot de Badiara, désigné sur plusieurs cartes françaises sous le nom de Nériko , et qui, au rapport des Nègres, s’avance assez loin dans le ays pour communiquer avec la Garnie', on arrive à Kounguel. « Kounguel « est remarquable par une malpropreté « extrême, et l’endroit qui parait le plue « sale est précisément la résidence « royale , composée de plusieurs cases
• entourées d'une tapadc en paille. Ce « village a trois parties distinctes: lapar-
• tie centrale, qui semble la plus con- « sidérable, est élevée sur une colline « quartzeuse, dont la base est plongée « dans le fleuve ; les deux autres parties
(i) Voyage dam V Afrique occidentale,
3* Livraison. (Sénégàmbif.)
« sont pbcées sur une surface plane.
« De très-beaux champs de mil, de co- « tonniers et d’arachides entourent la « partie sud-est, en se développant au « foin sur la rive,dansune direction per- « pendiculaire. La partie centrale est « seule entourée d'une muraille irrégu- « lière en terre, garnie de trous servant « de meurtrières, et pratiqués, non à hau- « teur d’homme, mais a 15 centim.
« seulement de distance dh la base.
« Cette disposition particulière est né- « cessitée par les habitudes des Nègres,
« qui tirent presque toujours leurs « coups de fusil à genoux ou couchés.
« Les deux parties latérales du village,
« qui n’ont pas de murailles , sont abana données par les habitants lorsqu’ils a redoutent une invasion, et ils se retia rent alors avec leur mobilier et leurs a effets dans la partie centrale, qui sert a de citadelle. » (1)
Les Sarracolets, que nous avons déjà trouvés répandus dans le Bondou, habitent particulièrement le Galam:
comme on sait, c’est un peuple industrieux, cultivateur et marchand, s'adonnant surtout au colportage. On distin-
fpie parmi les Sarracolets du Galam es Gnidiagass , les Guihima/tass , les Airankés , et les N' Diayêbés. Les Guidiagass sont originaires d’un pays situé entre le Kaarta et le Ségou ; ils se divisent en Bakiris ou guerriers , et Sayboliés ou marabouts. Les Bakiris sont les maltresdu Galam. LesGuibimahass, peu nombreux , se sont mêlés aux Maures de la rive droite du Sénégal ; les Aéraukés, également peu nombreux, habitent surtout la partie voisine du Fouta- Damga, et le Fouta même; enfin les AT Diayêbés , anciens émigrés des Yoloffs. sont concentrés dans le village de Bakel et celui de Mondori , et de tout temps furent les fideles alliés des Français (2).
L'organisation politique , religieuse et judiciaire des Sarracolets du Galam,
(i) Ibid., n. gS.
(a) Voy. dans la relation de M. Raffenel, p. 980-91, l’histoire de cette famille, re> produite exactement d’après les souvenirs et . le* récits du vieux chef de Bakel , et celle des guerre* récentes entre les Bakiris du haut et du bas Galam.
L’UNIVERS
leur industrie, leurs habitudes de guerre, leurs vêtements, sont les mêmes que ceux des Foulahs du Bondou. On cultive dans ce pays surtout le coton et l’indigo. « Les femmes vont ramasser « le coton, et se réunissent au nombre « d’une vingtaine pour séparer le grain « du duvet, opération qu'elles pratiquent « avec une grande rapidité, au moyen « de petits bâtons qu’elles roulentsur le « fruit placé sur une natte ; ce travail se « frit toujours pendant la nuit. Pour ren- « dre la veillée plus agréable, et en même « temps pour exciter l’ardeur des tra- « veilleuses, les chants de l’assemblée « et la musique des griots se font cn- « tendre (f). »
Pays de Foula. Le Fouta s’étend sur la rive g niche du Sénégal, depuis le marigot de N'Gvérére jusqu’au comptoir de Dagana , dans le Wallo, et se divise dans cette longueur en trois parties , le Fouta-Damga a l'est, le Fouta propre au milieu et le Foula Toro h l’ouest, réunies toutes sous l’autorité d’un almamy, qu’élit l’assembléedcsfamillesou tribus qui composent la nation : entre les diffère nies tribus dont il faut lire du reste les noms avec quelque défiance (2), les Irlabés , les Bosseyaoés , les Diophanns , les Eteybobés, les lui Os, les Délia nkés et les Peuls, les deux premières ont le plus de puissance dans les élections. Le pouvoir de l’almamv est soumis au contrôle le plus sévère d'un conseil de cinq personnes, qui surveille tous ses actes , le réprimande, le dépose et même le peut mettre à mort, suivant les circonstances. Du reste, la rivalité des tribus, qui souvent nomment et maintiennent plusieurs almamys contre la décision du conseil, a jeté de tout temps ce pays dans une anarchie telle , que les voyageurs n’y trouvent aucune sécurité, et qu’encoie aujourd’hui l’intérieur en est presque inconnu. « La rivalité des tribus « domine, dit M. Raffenel , l'influence « moralisante de la religion sur ce peu- « pie éminemment religieux ; autrement « cette influence serait certaine, car le « mahométisme n entralne pas les Fou- « lahs comme les Arabes aux exeès « d’un fanatisme aveugle et cruel; pour
(i) Id., ibid., p. açgt.
(a) Voy. ibid., p. a&o.
« les Foulahs, l’islamisme n’est qu’un » code de morale, et une pratique inno- « centedu rit musulman. u Mais le grand nombre de Peuls répandus dans le Fouta en hordes indomptables , leurs habitudes de pillage et de déplacement continuel. contribuent surtout aux désordres et aux misères de ce pays. Les Peuls , comme les Maures, conduisent avec eux de grands troupeaux et campent sous des huttes de paille, de même forme à peu près que les tentes en poil de chameau des Maures. En partant, ils laissent debout ces huttes, qu’ils savent élever avec une grande rapidité, dans l’intention de revenir plus tard camperdans les mêmes lieux. Il y a beaucoup de ces camps abandonnésdans le Fouta méridional. Les Peuls sont presque tous armés d’un arc très-long et de flèches empoisonnées; les Torodos et les Toucouleurs sont armés de fusils et de poignards.
L’industrie principale des habitantsdu Fouta est la pêche; les pécheurs, réunis en corporations sous des lois et des chefs particuliers, occupent à eux seuls un grand nombre de villages; le chef de ces villages de pêcheurs se nomme guieultabé, et perçoit un droit sur les pêches, qu’il autoriseou qu’il défend arbitrairement ; de plus , à titre de sorcier, de magicien, pour défendre les habitants contre les caïmans et par le trafic des gris-gris ou talismans , il reçoit de forlPS rétributions. Il y a aussi des guieuüabés au Galam et dans le Bondou, mais beaucoup moins puissants et beaucoup moins vénérés, en raison du peu d'honneur attaché dans ces pays à la profession de pêcheur (1).
J’ai dit plus haut que la limite occidentale du Fouta était marquée par le village de Dagana : ce village , l’un des plus importants du Sénégal inférieur, appartient, par moitié, au Wallo et au Fouta : la partie dépendante du Fouta est gouvernée par un marabout que nomme l’almamy. Dagana paye un tribut aux Akénibb, de la nation des Maures Trarzas. Près du village est un marigot très-poissonneux, qui porte le même nom. Quant au poste français ,
(i) Voyage dans tAjntpu occidentale, p. 83.
il est commandé par un officier d'infanterie , qui a sous ses ordres trente soldats noirs; c'est une maison régulière, dont la façade, donnant sur le fleuve, est occupée p’ar la garnison et le commandant , et dont les angles sont garnis de quelques pièces de canon en tonte de fer. Si l’on suit la côte du Fouta de l'ouest à l’est, c'est-à-dire en remontant le fleuve, on passe d'abord à Gaé, confié aussi à un marabout, et situé en face du marigot de même nom . qui communique avec celui de Coudé, et contient beaucoup de poissons. Aussi les habitants de Gaé sont-ils d'habiles pêcheurs; ce sont leurs femmes qui se chargent de vendre a nos navires de traite la pêche de leurs maris. Jusqu'en 1833 c'était une escale, où les Maradinn et les Fétadaidd , tribus des Trarzas, venaient faire, comme aussi à Boknl , village voisin, mais distant du fleuve de plusieurs kilom., la contrebande de gomme, pour le compte des traitants de Saint-Louis. Gaé paye encore des tributs aux princes des Trar- *as. Au delà du marigot de /V’ f)or est Fanatje, village très-peuplé, trèscommerçant. très-riche en mil, en poissons secs et en nattes, tributaire d’un prince des Trarzas et commandé par un marabout du Fouta. Plus haut, et distant de deux heures de navigation de Fa. iaye, est un lieu » nommé Cachot ou « Hisqa par les indigènes, et très dan- < gereux pour nos bâtiments, quand « nous sommes en guerre avec le Fouta ; « caries habitants, profitant de l'élé- « valion des rives, creusent, selon leur « habitude, des trous dans la terre et s’y « placent dans le dessein de tirer, sans « être exposés, sur les hommes des na- « vires, dont ils dominent alors le pont. • Ils se cachent en outre dans les épais « buissons , qui sont très-abondants « dans cette partie du pays. » (1) En cet endroit le fleuve se re’i récit, et est bordé d'un rideau non interrompu de saules avant au moins 15 pieds de haut et une tige de 4 pouces 1/2 à 5 pouces de diamètre. Après avoir doublé l’ile de Lamnayo, peuplée de caïmans et d'hippopotames , on atteint le gué de l.ounghel, l'un des endroits par où les Mau-
(x) Ibid. , p. n8.
res pénètrent dans le Fouta. A quelque distance de là, et un peu au-dessous du village de Doué, s’ouvre le marigot de même nom, qui contourne la grande i/c au Morphil ou de l’ Ivoire; et presque eu face, sur la rive droite, est Vesca/e du Coq (1), où se fait la traite de la gomme avec les Maures Braknas. Un peu avant le village de Moussa-Bakari , qui porte le nom d'un fameux pêcheur, est le marigot de Kotata , dont les caïmans dévastent chaque année les troupeaux des Maures Plus haut est le grand village de Podor, peuplé de cultivateurs , dont le chef est l’un des fils de Mockar-Boubou , ancien ministre des Hraknas.
Toujours en remontant, on voitse succéder, surla rivpguuclie, le village de /datai, dont les habitants, pendant la saison des pluies, se retireut dans l'intérieur pour fuir l’inondation; MaO, Moktar- Satam, le marigot et le passage a'Ouroardo, banc de sable qui barre presque entièrement la rivière, sans être dangereux; le village qui donne son nom au inarinot et au barrage , et qui est une des escales de mil les plus importantes du fleuve; Banam , Diaô, tous villages abandonnés pendant l'hivernage. «Diaô, «dit M. Rattenel (2), est occupé le « reste du temps par des gens qui jouis « sent d'une bonne réputation parmi « nos traitants : aussi les patrons des
* gros navires, qui sont forcés par la « baisse des eaux de descendre du Ga-
* lam, choisissent-ils ce lieu pour atten- « dre les bateaux d'un moindre tonnage, « avec lesquels ils veulent faire route « pour Saint-Louis. A Diaô, ils sont « hors des barres, et n'ont plus àcraitt- « dre les échouementsfily a assez d’eau ■ au passage d’Ouroardo pour perniet- « tre aux navires d’un petit tonnage de « le franchir toute l'année). Toutefois, « ils ne perdent pas leur temps, et pro-
(x) Le terrain qui avoisine l’esealc du Coq est complètement dépourvu d'arbres, et la rive même sur laquelle se tient le marché ne préseutc, dans un vaste espace, que quelques herbes très-basse, el très-dessécliéos, auxquelles les Maures mettent le feu des qu’ils arrivent. Ce terrain si découvert ^ est naturellement très-insalubre; mais il lest surtout à l’époque de la retraite des eaux qui eliaque année le submergent.
(a) Ibid., p. 33.
« fitent de leur séjour à ce village pour « acheter en contrebande de la gomme « aux Maures Braknas, et du mil ou « d’autres objets aux Foulahs des cn- « virons. » Au-dessus d ' Alûar est le marigot de Ma fou, qui se répand trèsloin dans l’intérieur, et dont les bords sont couverts de villages de pécheurs. A Sarpoly , un banc de roches qui occupe presque toute la largeur de la rivière force les embarcations , lors des basses eaux, à décharger leurs marchandises pour le traverser. Algbircun est aussi un passage difficile; c’est un banc de sable qui tient à la rive droite. Un peu plus haut, sur la même rive, est le marigotde Souksa, qui, très-étroit d’entrée, s'élargit en avançant vers l’intérieur et arrose plusieurs villages. Le banc de roches de AV Barobé tient aussi à la rive droite , mais laisse une passe large et facile vers l’autre rive. Les villages foulahs de Dura, de N' Dormboss et d ’Aleybé sont situés sur la rive droite. * Ce der- « nier village, éloigné du bord de deux « kilom. environ, est considérable « en étendue et en population. Ses ha- « bitants sont courageux et se battent « souvent contre les Touabirr, tribu «des Braknas, qui viennent ravager « leurs lougans delà rive droite, ou qui « traversent les gués pour faire des « pillages sur la rive gauche. » Près du marigot de Bo/ii (rive droite), est encore un banc de sable, sur lequel nos navires échouent quelquefois. A l’entrée du marigot de üvalaldé ( rive gauche), qui se jette dans celui de l’ile au Morphii, après un assez long parcours, existaitautrefoisun village’que les Touabirr ont détruit. — Ourogandé est un banc de sable très-étendu qui embarrasse la rive droite. En août 1843, quand la commission dont M. Rnffenel était membre atteignit , en se rendant à Bakel , le village de Casga , sur la rive gauche, il n’offrait plus que des ruines, tin mois auparavant, le gouverneur M. le C' E. Bouët l’avait complètement détruit, pour punir la lenteur que les ha bitants de ce village mettaient îi indemniser des traitants qu’ils avaient dépouillés. Ce village, occupé parles Toucouleurs de la tribu des Laos, hardis et opiniâtres voleurs, et situé en face d’un banc de sablequi, restant à sec dans les basses eaux.
contraignait les embarcations à descendre à terre leurs marchandises , était doublement dangereux pour notre commerce. Les habitants de Dounguel, village voisin , sur la même rive, aidaient souvent les habitantsdeCasgadans leurs vols. A Guel-de-diabé, un banc de roches s’étend depuis la rive droite jusqu’à 10 mètres à peu près de la rive gauche :
l’étroit canal qui sert de passe pendant la mauvaise saison est presque à sec dans la bonne. Viennent ensuite Gabobé et Fondé-el-tman. Entre Dara et ce dernier point, l’aspect des rives est assez varie ; tantôt elles sont bordées par des bois touffus qui arrêtent la vue, tantôt par des arbustes aquatiques trèsserrés ; tantôt des plaines couvertes de hautes herbes se déploient depuis le fleuve jusqu'à plusieurs kilom. dans l’intérieur; quelquefois aussi la rive gauche présente des coupées verticales d’une hauteur remarquable, au pied desquelles l’eau est extrêmement profonde. Tioubalou-DétiéfaU , Soureill , Abdala-Moktar occupé par des hommes de la tribu des Laos et situé en face d’un banc de sable , Oualla, Diara-K’ Guel, l'asotakè, Têbékoutt, se succèdent sur la rive gauche. Le passage de Balu-N • Goye, forme par un banc de sable très-étendu et adhérent aux rives du fleuve, qui fait beaucoup de détours en cet endroit , est infranchissable en décembre , même pour les navires qui ne calent que 3 pieds d’eau. .Saldé , gros village situé sur le bord même du fleuve (rive gauche) et occupé par des Torodoset des pêcheurs, est le lieu où les navires qui vont dans le paysde Galam s’arrêtent pour acquitter les’ coutumes dues à l’almamy du Fouta envertudes traités.Un pavillon tricolore flotte sur la case de son ministre ou représentant. Les Nègres prétendent que Saldé est à égale distance de Saint-Louis et de Bakel. 11 y a aussi en cet endroit du fleuve un banc de sable que les navires, dans la saison sèche, ne peuvent franchir qu’après avoir déchargé ; mais les marchandises déposées à Saldé sont toujours fidèlement rendues. Un peu audessus de Saldé est un marigotde même nom, large et étendu, qui forme la limite orientale de file au Morphii. — Le village de .V’ liagni, sur la rive
droite , dépend aussi du Fouta, et ses habitants ripoussentvigoureusemcnt les attaques des Maures ; sur la rive opposée est un autre village appelé de meme, mais entouré de terres moins fertiles, où ilsse retirent pendant l’hivernage, quand le premier est inondé. — Après avoir dépassé le banc de sable de Dooualell, qui est tout à découvert dans la saison sèche, on voit sur la rive, gauche Tiaski et Dabia : ce dernier était autrefois sur l’autre rive, mais les habitants furent obliges en !837 de quitter leur première demeure, à la suite d’une querelle particulière dans laquelle, comme toujours, les Maures étaient intervenus.
En général , beaucoup d’anciens villages de la rive droite ont, à différentes époques, été transportés sur la rivegaucne; ainsi, Neyré, N' Uiajann, auxquels succèdent Riguiann et Gabobé. Vu de cette partie du fleuve, le pays a un triste aspect : la végétation est pauvre, les arbres manquent ; on découvre en quantité de petites buttes de terre à la cime rougeâtre, très-communes en Sénégambie, construites avec les formes les plus variées par les termites ou fourmis ailées, et ressemblant tout à fait de loin aux cases des indigènes, qui n’oseraient y porter la main. — Entre Tioubatou Déiiéfall et le grand village de Kaédi, le cours du Sénégal change souvent et brusquement de direction.
Kaédi est occupé par des Foulahs et des Sarracolets , dont les mœurs contrastent étrangement. Sur la rive droite, presque en face de ce village, s'étend une plaine où campe habituellement dans la bonne saison le prince des Lybas, tribu indépendante et alliée des Braknas. — Guial, Guionkta , Senthia-Farba , K' Gaoual, se succèdent sur la rive gauche, et précèdent Orenata , banc de sable que la force des courants pousse incessamment d’une rive à l’autre. — Goureil ( rive gauche) est occupé par des cultivateurs qui viennent offrir à bord des navires les produits de leurs champs, et de petits objets en paille travailles par eux en échange de verroteries, de poudre et de lainerouge (l),et Guiaoul, village de la
(i) Ils se servent de la laine rouge pour border leurs boubous c t leurs coussabes, sorte
même rive, est habité par des guerriers. « Dans chaque village, > dit M. Baffenel , que je suis rigoureusement dans la description géographique de cette partie du Fouta, « la population, bien « qu’appartenant à une nation eommu- « ne, diffère essentiellement d’habitu- « des et d’aptitude spéciale. Les Nègres « reconnaissent quatre professions qui « s’exercent par des réunions de familles « formant des villages. Il s'ensuit que « communément on désigne un village « par la profession de ses habitants ; « ainsi l’on dit village de guerriers, de « cultivateurs, de pécheurs, de mara- « bouts enfin, car c’est là aussi une
* profession parmi les Nègres (1). »
Au-dessous de Guiaoul on aperçoit,
sur la rive droite , deux monticules boisés, < constitués d’une espèce de « quartz lydien, opaque, à structure stra-
* tiforme et coloré en noir, » qui dominent une grande plaine, et dans cette plaine les ruinesd'un fort bâti autrefois par les Anglais sans doute, pour défendre le passage du fleuve aux Maures.
C’est la que campent dans la bonne saison les Oualad-Elys. En cet endroit le Séoégal s'élargit, et une brise du sudouest dans celte partie du fleuve paraît être régulière chaque matin, et accélère un peu la navigation; la végétation des deux rives est belle et variée, et de petits ruisseaux débordés se répandent dans l’intérieur. Les villages de la rive gauche sont Sinthia-Aliourou, N' Guiguologne, au-dessus duquel, et adhérent à la rive droite, est un banc de rochers très-dangereux, qu’on nomme Ilupp; Sadel occupé par des Torodos cultivateurs, et Oudourou dont les habitants ont presque toujours entravé notre commerce : en prolongeant jusqu’à la rive opposée, a l’aide de forts madriers, le barrage étendu que forme un banc de la rive gauche, un peu au-
de longues chemises sans coulure latérale, cl pour tisser la bordure des pagnes de leurs fi nîmes. Cette marchandise est ce qu’ils prisent le plus ; mais le tabar, qui est proprement la menue monnaie du fleuve, est pour eux sans valeur; ils itscnJ en place du tamaka , plante aromatique qu'ils cultivent. / J.,ibid., p. 4<i.
(i ) Voyage dans C Afrique occidentale, p. 4».
L’UNIVERS
dessus du village, ils ont souvent réussi a faire échouer et à piller des embarcations revenant du Galamsans escorte. Le village de Modinalla, sur la rive droite, est particulièrement intéressant : des marabouts Dowicbes, très-renommés dans le Pouto pour leur science et leurs prédications, l’occupent, et y ont ouvert des école» très- fréquentées. Aussi ce village est-il l'un des plus riches du pays. Les mœurs des Maures de Modinalla, qui appartiennent à la tribu des Elayébau, diffèrent beaucoupde celles îles Maures Trarzas et Braknas : cela tient surtout a leurs alliances avec des femmes toucouleurt* et torodos, et aux habitudes sédentaires de l’enseignement. (I se fait aussi dans ce village un tralic important de peaux de bœufs, de calebasses très-artistement travaillées, et couvertes de dessins tracés avec la pointe d’un poignard, de disques de paille où l’on prépare le couscous, de pagnes blanches et bleues. Les marabouts de Modinalla, malgré leur réputation de sainteté, ne se font pas scrupule de vendre aussi a leur profit des gommes qui leur ont été laissées en dépôt parles Ouatad-Elyt (1). Au village
(i) M. Raffcm-I, pendant son séjour à Bakel , a recueilli sur l'histoire des Maures Dowicbcs et sur leuis mœurs des renseignements et des observations qui composent une des parties les pins neuves et les plus intéressantes de sa relation : cette nation, qui s’étend , ainsi que je l’ai dit plus liant, depuis Modinalla jusqu’à l'embouchure de la Faléiué, a pour lien principal de réunion, ou plutôt pour principale résidence, un endroit du désert nommé Tagantt , et situé à 7 jours de marche environ de Bakel et à 9 journées de dislance des camps des Braknas : c’est sans doule une des oasis du Sahara. Le lieu est accidenté, et offre, avec des monticules recouverts de palmiers et d’autres arbres, des pâturages, des terrains propres à la culture du mil et du froment, des étangs, des marigots ou ruisseaux poissonneux provenant ou du Sénégal ou du Niger, ou peut-être de sources renfermées dans ces monticules , et ajoutant a la fertilité du pays par leurs débordements périodiques. On y a creusé aussi des puits qui donnent uue eau abondante et lionne. Dans le Tagantt, s’il faut en croire la description des Maures, s'élève une vraie ville, avec maisons en pierre et en bois, où résident le roi et les chefs, et qu’ils nomment Tigigiga,
de Konudel, sur la rive gauche, ou rencontre aussi des barrages artificiels
et autour d’elle d’autres villages encore, mais moins grands et moins beaux, habites par des marabouts, comme Gatsnlbaké , Rachat e!
K Rouhar. Ils parlent aussi d’uo autre lieu semblable au Tagantt , mais ne contenant pas de villes; ils le désignent sous le nom de Gangara. A 5 jours de marche du Tagantt sont les forets de taxer et de Xamré, où les Dowicbes trouvent la gomme en telle abondance, qu’en très-peu de lemps ils ont chargé les boeufs et les ines de leurs caravanes ( ils se servent moins du chameau que les Trarus et que les Braknas). Au sud de ces deux forêts il y en a encore plusieurs autres que visitent également les Maures Dowicbes, mais où la gomme est beaucoup plus rare. Ce sont exclusivement les marabouts qui fout les récoltes dégommé, et presque tous appartiennent à la nal ion des Dowicbes ; cependant, lursque les deux nations sont en paix, des marabouts braknas viennent aussi s'approvisionner dans ces forêts. On récolte la gumme depuis le mois de novembre jusqu'au mois d'avril ; les dattes des palmiers du Tagantt et du Gangara , qu’on cueille en avril et en mai, servent à la nourriture des tribus; le reste de la récolte est porté aux escales dans des sacs de cuir. Le froment se seroc en octobre et se récolte eu mars ; les Dowicbes mettent d’abord le feu aux herbes et à la paille du terrain qu'ils veulent ensemencer, et se servent ensuite d'une espece de charrue traince par des chevaux ou des ânes. Pour écraser le grain, ils ont un appareil composé de deux pierres superposées, et traversées au milieu par une tige en 1er. Le blé placé entre les deux pierres est écrasé par le mouvement rotatoire d’une manivelle fixée à la pierre supérieure, et la farine j>asse au travers de peiits trous semés sur la pierre inférieure, et est reçue sur une natte. Enfin, pour séparer le son de la farine, ils se servent d’un tamis en plaques de fer minces et percées de tres-petils trous, et de celle farine ils
font du couscous et de la galetie. Il y a
daus le Tagantt, comme dans plusieurs autres endroits du Sahara , des mines de sel gemme coloré que les Dowicbes, dans leurs èxploila lions , obtiennent en plaques d’uue forte épaisseur, et qu'ils vendent au Kaarla, à Ségou et même aux escales. M. l’.affencl, en rappelant, à cette occasiun, que le sel est une monnaie dans l’Afrique centrale, nous fait remarquer que si jamais le sel s’y est échange contre l’or à poids égal, ainsi qu’on le lit dans les anciennes relations de voyages, il a aujourd’hui bien diminué de valeur,
SKIS KùaMBIK.
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faits de bois et de pierres , comme à Oudourou. — Le tleuve dans ces parages est bordé, à droite, d’une ligne de petites collines garnies de verdure, et à gauche, de vastes plaines semées d'arbres. — lienké, N' Gaouédou , A'édel, peuplés de familles de cultivateurs tjui viveut du produit du tainakn et du mil qu’ils vendent à nos navires, mais souvent pillés par les Oualad-Klvs, se succèdent sur la rive gauche. — Le village de Ciné sur la rive opposée, situé au pied d’une colline, sur une pelouse de gazon en pente, et entouré d'une forêt de sumps et de sidomms, est
i kilo». de sel ne représentant plus guère, eu marchandises, qu'une valeur de i t'r. 5o c. — Le Tagantl est peuplé de lions, qui attaquent fréqm mmeut les camps pour s'emparer des bestiaux, de girafes et d’autrurnes, dont les Maures aiment ta chair. — « 1,'organisatioti politique des Maures , a ajoute M. Haffenel, est extrêmement sim- « pie. Les princes commandent les armées et
• rendent la justice dans les causes imporn tantes; tes marabouts jugent tes différends « ordinaires. A la guerre , ils sont armés d'un a fusil à deux coup, et d'un poignard ; ils a poussent des cris pendant le rouillai, et a exécutent toutes sortes de sauts exlraoidia naires . pour échapper aux halles de leurs a ennemis ; ils se baissent et se relèvent in- « cessainment, s'agenouillent, se couchent et « s’assoient, profitant, pour se cacher, tantôt a d'un buisson , tantôt d'un nuage de pous- « sière, qu’ils forment autour d’eux eu re- « muant le sable avec les mains. Les Nègres a ont imité leurs gestes et leurs mouvements, a — Le costume des Maures se ronipose a d’un coussahr en gtiinee bleue , qui les ena veloppe jusqu'aux chevilles, et d une culotte a à grands plis de même étoffe, qu’ils ne la- « vêtit jamais, et qu’ils portent l'un et l'au-
* Ire jusqu’à leur complet dépérissement : a aussi les Maures exhalent-ils ordinairement a une odeur nauié* bonde, plus insupportable a encore que celle des Nègres. Les Maures a ont la tète nue ; elle est , du reste , ornée a d une si épaisse fourrure de cheveux durs a et ondes, qu'ils peuvent facilement se pasa ser de coiffure; leurs jambes et leurs ptedt a sont également nus. A la guerre et dans les a chasses ou les marchés , comme les Nègres, a ils relèvent leur coussabe, et le fixent par a une ceinture autour des reins, en le dis- » posant «n plis gracieux. » ( Voyage dans C Afrique uceuUntale , p. a, ',8-260.)
habité, comme Modioalla , par des marabouts maures, qui enseignent le Kornn et vont prêcher dans les villages voisins. — Un peu au-dessus de Dlamet- Dinbé ( rive gauche ), débouche le marigot de Nabadié, qui pénètre fort avant dans l’intérieur, et où s'engagent souvent, pour y traiter du mil , les petits navires calant peu d’eau. Le village de Matam, sur la même rive, est une escale où l’on traite aussi du mil, tics peaux et du beurre ; comme aussi , mais avec un moindre degré d’importance , Helguiala , Guiangitioly , Garly , l'iempégne, Doiol un peu éloigné de la rive, Audûbéré, A udi, N‘ Diagann, Kamel, N' Ganu et Tinaly , Ordolll , Ilannathié, Garriguel, N'Guinthia , Bédinki, Hélé , Padé/al, Harkédii, Goumal , Oua-Fendé et Guellé. Aussi la rive gauche, dans cette partie du Sénégal, présente-t-elle les plus belles cultures. Kn général ces villages sont occupés par des Foulah» Déliankés, guerriers et cultivateurs, mêlés a des Peuls et à des Sarracolets. Les plus considérables de ces villages sc composent de deux parties : dans l’une, se tiennent les gens qui surveillent les cultures ; maïs l’autre, qui est proprement le village, est habitée par les guerriers et le chef. On voit les Sarracolets devenir filus nombreux à mesure qu’on approche du Galant ; ils peuplent presque à eux seuls les derniers villages du Fouta-Dninga, Lobait , Odobéré, Ferma, près diimiel se trouve un des passages les pins dangereux du cours du Sénégal, entre Saint- Louis et Bakel; Yarma , et Dambakani. tout proche du marigot de N’ Guérere.
L’intérieur du Fouta est très-mal counu : à une distance de quelques lieues du fleuve , se trouvent en assez grand nombre des marais, produits surtout par l’accumulation des pluies tombées pendant la mauvaise saison, et retenues aisément dans des plaines inclinées et basses; les principaux se nomment : Diouna , A" Do, Diacré, Audy, Hydapontk, J'ackeX K élao. Tous ces marais contiennent une grande quantité tle sangsues, et on commença en lb*<> a les exploiter avantageusement. Mais sur tout le pays qui sépare cette région marécageuse de la ligne suivie par M. Mollien dans son
L’UNIVERS
second voyage en Sénégauibie (1818), je ne saurais donner aucune notion :
ftl. Mollien (1) entra dans le Fouta-Toro par de vastes solitudes qui le séparent du Mo/, à l’ouest. Il avait observé que le terrain depuis les bords de la mer s'élève insensiblement jusqu’aux limites du Fouta-Toro, et que la montée s’arrête à l’entrée de ces solitudes; aussi nous montre-t-il le Fouta-Toro comme formant le premier plateau de cette partie de l’Afrique, dans la direction de louest à l’est. Jusque-là aussi il avait marché sur un sol de sable extrêmement fin ; à l’entrée du Fouta-Toro, il vit succéder à ce sol sablonneux un terrain tout composé de pierres ferrugineuses : ces solitudes étaient semées de sangrés desséchés, d’immenses baobabs, et de huttes en branchages et en paille, servant de retraite aux Peuls nomades. Au delà, le premier village qu’il rencontra se nommait Bala, et, en se dirigeant toqjours à l’est, il passa successivement par Boqué, Longangul, près duquel il rencontra une caravane de Maures sur des bœufs porteurs, qui venaient échanger du sel contre des pagnes duFouta, par Galoé, entouré d’un côté de champs bien cultivés et plantés de cotonniers , et d’un autre de plaines incultes et Sablonneuses ; par Diaba, au nord duquel , à un quart de lieue à peu près , passe le marigot de Soldé ; suivant M. Mollien, cette rivière prend sa source près de Tionko , à une journée de marche au nord de ce village ; dans l’endroit où il la vit, elle avait environ 20 pas de large; ses rives étaient peu élevées, son fond glaiseux, et de chaque côté, jusqu'à une distance d’une demi-lieue, s’étendaient des terres d’alluvion d’uue grande fertilité. Il arriva ensuite à Agnam , puis à Padé ; et ayant gravi une colline nue, brûlée, et percée de roches ferrugineuses, il redescendit dans la belle plaine
(i) Walckeuaer, Histoire générale des ■voyages , l. VI, p. 1 47-106. Je crois devoir citer aussi un itinéraire de Dounguel à Bakel, i travers U Foula , avec la distance estimée d'un village à un autre , adressé, le a4 février 18-19, 8U gouverneur du Sénégal par M. Marres , officier de santé de la maviue, attaché au poste de Bakel ( i oy, je tome XII du Bulletin de la Société de géographie, p. 117 ).
de Sedo , capitale de cette partie du Fouta, dont il évalua la population à C,000 âmes à peu près. La plaine de Sedo et les campagnes qui la continuent étaient alors couvertes de villages trèsrapprochés les uns des autres. M. Mollien marque sur sa route Amadi- C.haumaret, Ogo, Setwpalè, Setia-Babandi, et Banal, d’où il dut se rendre à l)andiolli, résidence de l’almamy . Il accompagna ce chefdans la grande ville «le Cane!, où se rassemblaient dans le môme temps les troupes du Fout a et celles de l'ai ma my du Bonaou, alors alliées pour aller combattre les Bambarras (1). Canel lui parut un lieu très-propre à recevoir un établissement important : au nord s’élèvent de hautes montagnes pelées, couronnées desangrès; à l'ouest, au delà de belles cultures de mil , coule une rivière tout ombragée, d’un accès facile, et nommée Guiloulou : cette petite rivière, dont la source est au nord, à une journée de marche, dans un village de même nom, se jette, à une journée et demie de Canel, dans le Guiloum , affluent du Sénégal. De ce même côté, il alla visiter une mine de fer : après avoir traversé un terrain bien cultivé, il parvint dans un endroit inculte et semé de pierres ferrugineuses; il monta la colline la plus haute, qui n’offrait qu’une masse de ces pierres non adhérentes les unes aux autres , et du milieu desquelles sortaient çà et là des rochers blanchâtres à sommets arrondis. Au-dessous de ce pic s’étendait vers le sud-est une chaîne en forme de fer à cheval très -ovale. Un seul baobab s’élevait dans cette plaine désolée. Le marabout qui guidait M. Mollien lit avec son poignard un trou dans la terre grisâtre qui recouvrait la première couche des pierres, et semblait mêlée de cendre; et il en tira de petites pierres jaunâtres, qu’il lui montra comme étant celles que les Maures vien-
(i) Voy. dans les Annales maritimes, i8i3 ( Sciences et arts, t. I, p. a4î-aü5), . quelques fragments historiques concernant les guerres du Fouta contre les Kaartains et l’ahnamy de Bondou, pendant la fin du dixhuitième siècle, et dans les premières aimées de ce siécle-ci, recueillis sur le théâtre uième des événements par le major Gray, et oubliés par M. Leblanc, alors capitaine de frégate. r Jt
SÉNÉGAMB1E.
nent chercher pour les fondre. Les derniers villages que M. Mollien traversa pour atteindre les limites du Bondou sont nommés, dans sa relation , Santio bambi , Ouarenicour , Aoret et Dendoudé-Tiali . dans le voisinage duquel se trouve un étang, comme l'indique le mot foulah iiali (!) : il semble que
(i) Le guide de M. Mollien lui dit que , les eaux de cet étang, lorsqu'elles sont grossies par les pluies, se versent d'un côté dans la Gambie à Xambia (Woulli) , et dans le Sénégal à Kougnem (Bondou), et qu alors les pirogues de la Gambie peuvent le remonter jusqu’à DcndoutU , mais pas au delà ; il montra même à M. Mollien l'arbre où les Nègres les attachaient. M. Mollien reconnut dans ce renseignement une preuve concluante de l’ancienne opinion qui soupçonnait l'existence d’une communication du Sénégal et delà Gambie, dans la haute Sénégambie, et que je roc contenterai de rappeler, en disant qu’on lit sur la carte posthume de G. Delisle , de Y Afrique française ( 1726 \ une note ainsi conçue : «■ 11 y a un gouffre au rocher de « Goina ; ce qui a fait croire cy-devant que m la rivière ae Gambie étoit un bras du Sé- « né gai , au moins par-dessous terre ; » et cette autre note sur la carte de la partie occidentale de C Afrique comprise entre Ar guin et Serre Lionne par d’Anville (1727) : « L'origine de la rivière Falémé n'est pas
* connue. On prétend qu'il y a un bras de « communication entre cette rivière et celle « de Gambie. » C’est ce bras de communication que M. Mollien crut avoir retrouvé sur les limites du Fouta et du Bondou , à Dtndoudé : « On supposait depuis longtemps, « dit-il, qu’il existait dans le haut du pays « une communication entre la Gambie et le « Sénégal, et on la nommait Nérico sur les
* cartes; elle a réellement lieu, mais elle ne
* peut être d’aucune utilité pour le com- « merce, puisque aucun bâtiment ne peut « naviguer dans ses eaux, d’un fleuve à l’au- « tre. Ce ne serait que par des travaux qui k exigeraient des dépenses considérables, que « l’on pourrait creuser un canal pour faire « communiquer constamment les deux fleu- « ves par le moyen de l’étang qui fourni- « rait l'eau nécessaire. » Mais l’opinion de M. Mollien, un peu trop absolue, si l’on n’a égard qu’aux vagues renseignements qui avaient suffi à la déterminer, ne fut pas généralement adoptée, et M. Walckenaer l’a combattue dans le t. VI de Y Histoire générale des voyages ( p. 167), lui objectant d’abord que ni Mungo Pnrk , ni Gray, qui
cet étang puisse être marqué comme un point de la limite du Fouta et du Bondou.
ont traversé le Woulli , n’ont connu de lieu nommé Kambia à l’embouchure de la rivière Nérico, dans la Gambie, et qu’oo ne connaît pas davantage de lieu nommé Kougnem au Sénégal , dans le Bondou ; qu’ensuite toutes les cartes indiquent de ce côté, au sud du Sénégal, une chaîne de montagnes assez élevées, et nommées montagnes d 'Enghiaouar sur la carte particulière de la côte occidentale de r Afrique depuis le cap Blanc jusqu'au cap de F’erga, etc., dressée pour la compagnie des Indes par d’Anville (*750* et que ces hauteurs doivent empêcher les eaux qui viennent du sud de se jeter dans le Sénégal ; que d’ailleurs il y a encore loin de Dendoudé, où le Nérico cesse d’étre navigable pour les pirogues, jusqu’au Sénégal; et que «ce renseignement, le plusccrtaiu « de tous ceux que donne M. Mollien, sem- « ble plutôt prouver que la communication « entre les deux fleuves n’existe pas. » Eniin cette question, soulevée depuis si longtemps, si importante et si confuse, a été complètement résolue, à mon sens, par M. Raffenel, et ce n’est pas un des moindres services que ce voyageur éclairé aura rendus à la géographie de l’Afrique occidentale; les savants éditeurs des Annales maritimes l’ont jugé comme nous , en s’empressant de recueillir, avant la publication officielle que préparait le département de la marine , une note spéciale de M. Raffenel sur les communications entre le Sénégal ou ses affluents et la Gambie ( Annales maritimes , 1844: Revue coloniale ,
F. 336-347). M. Raffenel met hors de doute existence d’une communication positive du Sénégal à la Gambie , s'effectuant par la jonction de deux affluents qui partent, l’un , sous le nom de Badiara, du Sénégal, et l'autre sous celui de Walyha , de la Gambie, et se rencontrent à un point commun, lac ou étang ; de plus, dans sa pensée, la communication dont a parlé M . Mollien est celle-là même que je vais décrire d’après lui : Le Badiara part du Sénégal à 8 kilom. environ de Bakel et à a kilom. de Kounghel (sans doute Kougnem de M. Mollien), c’est-à-dire entre Bakel et l'embouchure delà Falémé. M. Raffenel, en allant dans la Falémé, eut occasion de passer devant le Badiara; et son guide, qui avait déjà accompagné le voyageur Heudelot, lui dit que le Badiara prenait son uom d’un village situé sur la limite du Boudon cl du Woulli, et qu’à une petite distance, près d’un autre village appelé Hr alpha , un cours d’eau partaut de la Gambie et s'appe-
L’UNIVERS
D'après les observations et les renseignements que Al. Mollien put recueillir
lant Wnljrha , comme ce dernier village, venait, en formant un lac, recevoir, seulement dans la saison des grandes pluies, les eaux du Badiara; il ajoutait que le YYa'yha et le lac recevaient l'influence de la marée , circonstances exactes, car la Gambie est soumise aux marées jusqu’au barrage de Konkonco ou de Baraconda , à 60 myriam. environ de son embouchure. M. HalTenel put heureusement v< rifier une partie de ces renseignements, dont il devait naturellement se délier ; le Badiara, en parlaut du Séuégal, se dirige vers le sud-ouest- 1/4-ouest, et M. Kafleuel pense qu’en s’approchant de la Gambie il doit encore incliner à l'ouest; ca> en se rendant de Bakel à BOulébané, dont la route moyenne est sud, on traverse le Badiara, d'abord tout prés de Bakel ; et en se dirigeant de Boulébané sur la Gambie par uiie route moyenne sud-ouest jusqu’à FaUa-TenJaton n’a point à le traverser de nouveau, ce qui montre clairement qu’ou doit, da<<s cette roule, lavoir constamment à l'ouest; d’ailleurs M. RaifcueJ, par une observation exacte du terrain , est autorisé à expliquer d'une manière très-probable ce grand détour du Badiara, qui contourne sans doute, par une déviation au nord, la ligne de collines du tiondou, nommée montagnes du Fer Ion, dont le gisement est à peu près nord-nord-ouest, sud-sud est. — Peu de temps avant de quitter le Boudou pour entrer dans le Woulli , M. Rafleuel jwssa à une petite distance à l’est d’un village nomme Badiara , dont il put interroger quelques habitauls : tous s'accordèrent sur lctendtie du cours du Badiara, et sur la jonction qu’il o|iere du Sénégal et de la Gambie. Malheureusement son étal de sauté l’empécha de se porter sur les lieux mêmes; mais on peut avec lui, par induction, sans complaisance ni crédulité, reconnaître que le lac dont lui avait jwrlé sou guide existe réellement, « forme d'abord par les eaux pluviales « versées rapidement et abondamment des « collines ferrugineuses qui bordent le fleuve,
« et maintenu et continué pendant la saison « sèche par le mouvement de la marée. Les « eaux qui descendent plus lentement de la n pente légère des terres du Boudou servent « à alimenter et à grossir le Badiara, porté « par cette indinaisou du sol à la rencontre « du lac, qui doit avoir , dans la saison des « orage-», une étendue considérable. C’est « alors sans doute que la commumcatiou sa©*
« complit. m
Arrivé en Gambie, M. Raffenel vérifia, à
sur sa route, il nous dépeint le Fouta comme un des plus grands États de la
sa grande satisfaction, U dernière indication de son guide : il rencontra en effet un creek du nuni de Walylia, dont l'entrée sur le fleuve est un peu au-dessotiFdu village de Paulab-Tcnda, dans le pays mandingue de Njraui; il a assez d’eau et de largeur pour qu’on le remonte à plusieurs milles anglais; il se dirige vers le uord-est, passaiilauprès ou au milieu des villages de W'alytia, Samcr, Sandomaney et Paqutba; et rctle direeltou absolue au nord-est le mène exactement à la rencontre du Badiara, allant dans le siniouest et l’uuest -sud-ouest. Le nom de Paqucba est le seul qui paraisse se rapprocher de celui du village de Knmbia , indiqué par M. Mollien comme situé sur la Gambie à l'embouchure de ce marigot, qu’il appelle à tort IV»'rico , ne connaissant pas le nom de Waljba (sans doute le H' oulli de Mungu Part). Mais je préfère la seconde supposition de M. Haffenel, que M. Mollien a peut-être pris pour uu nom particulier le nuiu anglais du fleuve Jui-mème, Gambia, facile à confondre avec Kambia.
M. Kaffenel croit qu’il peut exister encore d’autres communications du Sénégal à la Gambie, et même qu’elles doivent être fréquentes dans le bassin supérieur de la Gambie, par d’autres marigots de cette rivière; mais, comme M. Mollien, il 11e voit dans cette question qu’un intérêt géographique, sans application possible, politique ni commerciale, la navigation du Badiara même étant inexécutable eu pirogues. — Il est une de ces autres communications qu’il a encore presque démontrée, et que, pour compléter celte note, je dois indiquer avec quelques détails. Il y a dans le Bondou.sur la rive gauche de la Falémé et à une petite distance au nord de Sansaudig, un petit village nommé dfermerika, que j’ai inentionué dans la description de ce pays; au sud de ce village est un mai igol de même nom, peu large a son embouchure, mais qui, s'élargissant bientôt et décrivant uu vaste demi-cercle, se dirige à peu près vers l’ouest. M. Raffenel recueillit sur les beux des renseignements contradictoires au sujet de ce marigot : suivant les uns, il se jetait au pays de Tcuda, dans un marigot parlant de la Gambie; suivant les autres, il s’arrêtait dans le Boudou, au village de Somboulou, après un cours de ao à 34 Liloin. seulement. M. Raffenel fut d'abord frappé de la ressemblance du nom de ce marigot avec le fameux et obscur IV éric o , qui,xur Ici cartel franfaiiej , paît du Sénégal, au point où il faut placer
Sénégambie, riche par ses cultures de nombreuses variétés de mil, de coton, de riz, d'indigo et de tabac, par une végétation forte et variée : il mentionne parmi les arbres qu'on y rencontre le plus le grècle , dont le bois sert a faire des écuelles; le kréde, dont le bois blanc est employé a fabriquer les lits ; le déraboki , petit arbresemblable, pour la forme et pour la couleur, au baobab, et dont le fruit jeté dans l'eau peut empoisonner les lions et les hyènes; le guiandam , dont le fruit, semblable à la fevedu cafter, se mange en temps de disette; I edenteculdi, qui donne un fruit de la forme de l’orauge etdu goût de la vanille, mais malsain; enfin, 1 eugenia, le sophora, et en grande quantité l’amaryllis et les euphorbes. — La température du Fouta est brûlante, et le thermomètre à midi y marque souvent 32 degrés; la rhaleur des sables est ordinairement du double.
Les lions, les panthères, les hyènes, les chacals, y sont Irès-coinmuns, I elépnant beaucoup moins; ou voit quelques autruches, des vautours en grand nombre, des piutades, des rolliers, des corbeaux à collier blanc, des tourterel-
maintenaut, d’après M. Raffenel , l'embout hure du Badiara (le nom de Nériko n’étant pas connu au Sénégal), et qui, sur la cartes anglaises , part de la Gambie au-dessous de Jalacotta, dans le Tenda, pour s’arrêter k une très-petite distance d'un lac où vient finir un bras du Sénégal, sans nom. Eu comparant les cartes, eo s’appuyant sur le teste des relations de MungoPark et de Durand , sur sa propre exploration , et aussi, comme il Tatoue, sur des conjectures, il décrit ainsi d’une manière probable celte seeoude communication : Mermeriko est te nom véritable d'un cours d'eau inconnu jusuo’ici, prenant uai— ance dans la baleine, et sa dirigeant à peu prés versl'ouest-sud-ouest, dans le Tenda, à la rencontre d'un creck de la Gambie, qui peut-être porte le même uoui, un peu altéré dans la forme de A'eriko, que lui dunneut les cartes anglaises. De toute manière, il n’est pas probable que lacommuuicatiou du Sé négal à la Gambie s'effectue directement par un seul et même cours d’eau. — {fi or. pour Tiutelligence de celte note critique la Carie d'une partie du cours du Sénégal, de la Falcrne et de la Gambie , pour servir à la relation d’un voyage d exploration dans le Galam, le Bonduu et le Bambouk , par Anne Bujfencli Pari*, 1846.)
les, des perdrix, et des perruches à collier noir. — A l’époque de ce voyage, le Fouta formait une sorte d'oligarchie théocratique ; un almamy, choisi parmi les marabouts, administrait sous la direction et la surveillance des sept chefs de village les plus puissants.
yVallo. Le pays de Wallo, comme je l’ai déjà indiqué plus haut, commence au village de Dagana, qui marque sa limite orientale du côté du Fouta-Toro, et s'étend sur la rive gauche du Sénégal ; on peut dire jusqu’à la barre du Ueuve. Rigoureusement parlant, le fleuve dans sa partie tout inférieure, c’est-a-dire depuis la barre jusqu'à Dakar-/iango , village situé sur la rive gauche du marigot des Fours a Chaux, est bordé par le terntoiredu Cayor, et le Wallo ne commence qu’à ce marigot.
Mais comme les ilesque lorment les nombreux marigotsdu bas Sénégal, telles que Sor, Jiabaguié, etc., ne relèvent plue du damel ou souverain de Cayor, mais du gouverneur de Saint-Louis, qui les a acquises de lui; et comme la première ligne de villages qui borde le Cayor à l'ouest tend incessamment à échappera la donfination injuste et malveillante du damel, nous avons pu, sans inexactitude, étendre autant les limites du Wallo, véritable dépendance du rhef-lieu des établissements français (1).
On calcule une distance de 40 lieues environ entre Saint-Louis et Dagana.
Vers ce village, le Wallo est resserré entre le fleuve 3U nord et des coteaux sablonneux au sud; mais, à partir du marigot de Tawéi, il s'élargit peu à pru, et est coupé par les marigots du Sénégal , qui se multiplient à mesure que le fleuve avance vers son embouchure. « La dis- « position physique de la grande vallée « du Sénégal est tres-reinarquable en ce « que le sol , au lieu d’aller en pente de- ■ puis les coteaux sablonneux qui bor- « dent le fleuve à des distances plus ou
(1) Le* clauses de nos derniers traités avec le Walle, cuuinte on le veira plus bas, portent en résumé que tout le Wallo nous appartient , tant que nous voudrons nous y livrer à la culture, moyennaut une rente de 9,470 fr. qui, sous le nom de coutume, a été promise a Amar-Boyc , père de la reine actuelle de ce pays, (ïuimbolte .
L’UNIVERS
« moins éloignées jusqu’aux rives du « fleuve lui-même, va au contraire en - s'abaissant à partir du fleuve jusqu’à « ces coteaux sablonneux. Il résulte « d'une telle disposition que dans le « Wallo et les environs de Saint-Ixtuis « toutes les grandes plaines basses doi- « vent leur formation aux aliuvions
• produites par les débordements pé-
• riodiques du Sénégal (1). >
Pour suivre l’ordre que j’ai adopté dans la description des pays de la rive gauche du Sénégal, je commencerai celle du Wallo par l’énumération exacte des villages qui bordent le fleuve (2). Si l’on remonte le Sénégal à partir de Saint- Louis, on laisse d’abord à sa droite, comme je l’ai dit, le Cayor, et l'on aperoitde ce côté lesiles de Sor (3) etde liaaguié, et à gauche les îles de l’opinchior ou Bop'n Kior, et de Thionck.
Le premier village du Wallo, devant lequel on mouille , est Mahka , situé sur la rive gauche à 500 ou 600 mètres du bord , tout près d’un petit marigot sans importance, nommé comme le village, et retournant au fleuve après quelques circuits. Makkaest peu considérable, et, pour plus de sécurité, s'est mis,
(i) Notices statistiques sur les colonies françaises , imprimées par orJre de M. l'amiral baron Ouperré, ministre secrétaire d'État de la marine et des colonies, iS3y; Paris, Imprimerie roy. ( 3* partie, p. >96).
(a) l'oy . la Nomenclature des lieux situes sur les bords du Sénégal , communiquée par if. le baron Roger, dans le X* vol. du Bulletin de ta Société de géographie, p. 23.
(3) Le 24 avril 1837, M. l’amiral Rosamel , ministre secrétaire d’État au département de la marine et des colonies, dans un rapport au roi , marqua que le gouvernement local de la colonie du Sénégal, en vue de favoriser la prospérité commerciale par tous les moyens, avait conçu la [sensée de former à l'ile de Sor un établissement qui a voit été juge éminemment propre à ouvrir un débouche direct et de fructueuses relations avec plusieurs tribus noires de F intérieur; et que le gouverneur, d’accord avec le conseil privé, proposait de fondpr à l'ile deSor, au lieu du villng ■ d'abord projeté, une ville du nom de Saint-Philippe. L'ordonnance royale pour l'établissement de cette nouvelle ville est datée du 34 avril 1837.
moyennant un tribut, sous ia protection d’un frère du roi des Maures Trarzas, qui occupent une partie du Wallo. Après avoir dépassé la grande île aux Biches ( Tghiank ) et le village de Sahr sur la rive droite , on arrive à la hauteur de Débi, situé de l'autre côté du fleuve à 18 kilom. dans l’iDtérieur, sur un monticule de sable : ce village fait un commerce assez actif de poisson frais , de poisson sec, et en huile; les habitants pèchent dans le marigot voisin de N'Donk beaucoup de ces poissons qu’on appelle ess et n'diamés. I)ébi appartient a un chef du Wallo, mais, comme Makka, il paye tribut à plusieurs princesdes l'rarzas.— A-près cinq heures environ de navigation , on atteint le marigot de Ouatalam qui s’ouvre sur la rive droite, et qui, pendant l'hivernage, forme, à de très-grandes distances dans les terres, d’immenses étangs. — A un quart d'heure de là , on double le marigot de N'Ghiagheyr ou ries Maringouins, qui s’ouvre du même côté du fleuve, et uui, à peine indiqué dans la saison sèche, acquiert une grande largeur dans la saison des pluies , et forme dans les plaines voisines de grandes mares ou flaques d'eau. « Le marigot des Marin- « gouins, qui communique avec l’O- « céan (1), est un lieu consacré par les « Nègres pour une cérémonie seinbla- « ble à celle du baptême du tropique ou « de l’équateur. Ils nomment cette céré- « tnouie bagnass, et étendent ce nom au « lieu où elle se fait (2) : elle consiste « en parodies de prières, en un serment
(1) L’embôueliure du marigot dos Maringouins est sur le parallèle de 160 35’ 24 , à environ douze lieues de l'ile de Saint-Louis: ee marigot ne communique avec l’Océan que lorsque les pluies ont grossi le Sénégal; alors il franchit le banc de sable placé devant sou embouchure, et des bateaux peuvent y naviguer, sauf les difficulté» de la barre considérable qui y règne toujours, et
ni lui sont communes avec l'embouchure
11 Sénégal. ( Note tirée du mémoire de M. F a mirai Poussin sur la navigation aux côtes occidentales et Afrique, etc.; Paris, 1827. )
(2) On compte un assez grand nombre de bagnass entre Saint-Louis et itakel; la dernière et la plu» vénérée est le marigot de N'Cuérère, qui sert de limite au Fouta Damga et au Galant ,
SÉNÉGAMB1E. 4 •
« qu'ils font prêter aux nouveaux bapti-
* sês ( le même que celui du passage de « la ligne ) , enfin en une aspersion plus « ou moins abondante d’eau et de een- « dres , selon le degré de générosité ■ qu’ils supposent au néophyte, ou selon
* l’autorité qu’il exerce sur eux; c’est « encore là un nouvel emprunt fait au « baptême de l’équateur. Le passage « d’une bagnass s'annonce par le bruit « des tam-tams, par de grands cris et « des coups de fusil (1). » Au-dessus du marigot des Maringouins et de l’île Dinkal ( N'Ghiakal), ou atteint le village de Kamm ou de K/tann, placé sur la rive droite, mais appartenant au H ’atlu : les femmesde ee village vendent à nos traitants des nattes recherchées
«armi les Nègres, et du poisson séché.
y a dans les environs de belles rizières et de belles cultures de mil. Les habitants de Kamm payent aussi des tributs en grains à un prince trarzas de la puissante famille des Cherké-Oualad- Idi (2) : ce tribut consiste en 20 moules (3) par homme marié. Le village de Diaouarr ou GhiawAr, situé sur la rive gauche et tout au bord de l’eau, paye tribut à ce même prince, — Après deiix heures de navigation, on double Ronk ou Aronq, plus haut que le marigot de Yalakar, qui se réunit à celui de Gorum : le marigot de Gorum ou de Ronk est assez considérable, et va se joindre à celui du Four à Chaux après avoir traversé dans un cours sinueux
(i)Raffenel, Fojr. dans f Afrique occidentale, p. 6.
(a) La puissance de cette famille a considérablement diminué depuis quelques années, par suite de meurtres très-fréquents parmi les grandes familles des Maures : l'un des membres de cette famille était encore, dans ces derniers temps, en possession du privilège de nommer et de déposer les rois trarzas.
(3) « Le moule est une mesure de capa- « cité en usage chez les Nègres ; c’est une - calebasse de ta contenance d’environ i li- » tre 5o. On conçoit que cette unité de me- " sure n’est pas toujours parfaitement égale , « non-seulement de village à village, mais * même parmi les habitants du même village; « car chacun a son moule, et c’est le coup « d'œil seul qui apprécie la capacité de U « mesure. » Note de 31. Raffcue).
une partie de l’ile Bettio , et baigné le village de Lammsar, où un petit fort français protège quelques etablissements de culture. ( bans cette derniere partie de son cours le marigot de Gorum prend le nom de marigot de Lammsar). Le village, de Ronlt sert aussi d’asile aux restes de la famille des Gueuses , autrefois prépondérante dans le Wallo, mais inferieure en forces actuellement aux familles des Tédieks et des Logors, qui se disputent la souveraineté du Wallo (1). — • A quelques minutes de Ronk, mais sur la rive opposée, est Brenn , village assez peuplé, partagé par un marigot qui contient peu d’eau, même dans la saison des pluies.
Presque en face de Brenn est le village de Korr ou N'Khor, à quelques kilom.
du bord. Entre Brenn et Diek ou Ghiek est l’escale des darmankours, vaste plaine entièrement submergée dans les grandes eaux , a 25 lieues à peu près au-dessus de Saint-Louis : le chef du village de Diek, qui prend le titre de Bey- Diek, et qui paye tribut au même prince trarzas que Kamm et Diaouar, reçoit de nous des coutumes annuelles pour favoriser la traite des gommes à cette escale. Tout près de la , dans un lieu nommé Laouakh, est l’escaledes Trarzas, sur la même rive (2): le chef
(i) Les Gueuses ont été presque détruits dans une bataille livrée en tçgS, sous le brais Maderbi , dans la partie du désert située vis-à-vis du village de N‘ Tionk. ( Raffenel, oust. cite, p. 5.)
(a) Le »4 avril 1843, M. le. C>« Rouet, gouverneur du Sénégal, dans une cuurse militaire , se rendit de l’escale des Trarzas à Saint-Louis par les déserts de la rive droite, avec artillerie et bagages. Aptes dix heures de marrhe non interrompue, il atteignit le marigot de Jlopen-der, ayant traversé un pays tantôt marécageux, tantôt sablonneux, couvert de dislance en distance de camps de Maures; au delà du marigot des Maringouins, on mit le cap droit à l’ouest [tour arriver au ltord de la mer, en coupant la côte de Rarbaric. Ils marchèrent ainsi pendant quatre heures dans une « plaine » entièrement nue, dont le sol marécageux in- « dique des inondations annuelles, pas un arbre, a pas une inégalité de terrain, vrai désert, mais « sans sable. » On bivouaqua prés de quatre arbustes rabougris (sans doutedes convolvulus so/danclla ) , les seul- qu’011 eût rencontrés dans cette vaste solitude; et à 2 lieues de là à
L’UNIVERS
du village de Diekten ou N'Vhirkteyn, qui est placé sur l'autre rive , dans une position élevée, reçoit aussi de nous, comme le Bey-Diek, des coutumes annuelles pour laeiliter l’apport des gommes à l’escale des Trarzas, et dénoncer la contrebande (I). — En conlinuantà remonter , on longe sur la rive droite le camp des Maures Azounas, tribu des Trarzas, très-redoutée dans le VVallo, et dont le chef Eli-Moctar-Pall se soumit en 1843 à M. le C“ E. Bouët, gouverneur du Sénégal. On aperçoit ensuite, sur la rive gauche, N’Tiagar, rand village, assez peu peuplé, agréalement situésur un petit monticule, et faisant avec nos traitants un échange régulier et important de nattes, de mil et de poisson sec, contre du tabac et de
peu près , eu courant toujours à l’ouest , on atteignit les premières dunes et le sable, uis un petit village établi à 4 milles du ord de la mer, composé d'une quinzaine de misérables cases, connu sous le nom de Gaj anguer , et où se trouve, pour toute richesse, un puits d'eau potable. En s’avançant le long de l i mer, on bivouaqua successivement prés d'un puits nommé Boureh , dont le village n'existe plus, et que les camps des Maures Boïdat entourent de tous côtés , à un point nommé Dula, où se trouvent, avec un puits, de bons pâturages verts pour les chevaux; et, longeant toujours le bord de la mer, on arriva au gué de M’ Buyo, sans ■voir aprrçu le bois de Griel marqué sur les cartes, tout au plus à 5 lieues i/a en ligne droite de Saint-Louis. Enfin , traversant le gué de M’ Buyo, on gagna l'iiionk et Saint- Louis, au delà du petit gué du nord de Bop‘n-Khior. En résumé, voici quel est l'aspect du terrain de la rive droite entre l’escale des Trarzas et Saint-laauis ; d'abord dévastés steppes défrichés près des hameaux qui bordent le iivrfle, et incultes sur tes autres points; des herbages rerouverts par les eaux du fleuve pendant six mois de l’année; te sable proprement dit ne commence qu'à un ou deux milles de la mer, suivant les sinuosités des dunes qui la bordent, et qui. vers la hauteur du marigot de Kiarlac, forment une gorge facile à défendre, la* gué de If* Hoyo est également commandé par un monticule d'une défense facile. — ( Voy. la carte de Citinéraire suivi par ta colonne mobile partie de Saint-Louis le ta avril 1843, dans les Annales maritimes .* Revue coloniale, x 84 3. ) ( s } Raffenel, ouvr. cité, p. 9.
la guinée. Le chef de N’Tiagar reçoit des coutumes annuelles, pour la ni£mo raison que celui de Diekten. — Après avoir dépassé le marigot de Faff , à l’entrée duquel nous avons eu autrefois un fort aujourd’hui abandonné et presque détruit, quoique bien nécessaire pour défendre aux Maures le gutt par où ils pénètrent chaque année dans le Wallo , on atteint l’ancienne escale de Kamm (rive droite), que limitait un marigot, où a lieu la cérémonie du sac.ro des rois de Wallo, que je décrirai plus loin , et les ruines du village de N’Dianque ou Anqhianghé{ rive gauche). En face du village de Bugnmm ( même rive ), s’ouvre le marigot de Garak, qui communique, au travers du désert, avec le marigot de Gai, après avoir baigné, un village fondé depuis peu, et nomme également Garak. — On passe ensuite devant l'habitation Caire et devant la Sénégalaise, puis devant A'1 Diao ou Anghiao, village récemment rétabli sur la rive gauche, mais encore peu peuplé, et appartenant à un prince du vVailo , ue M. Raffenel nomme Diogomail, evant le village de N'Diangui, ancienne capitale du Wallo, qui aujourd’hui re*
firend beaucoup d’importance, comme leu de rehlche pour les navires qui remontent le fleuve. — O11 mouille ensuite devant Richard- Toll, fort fran-
Sais, qui est le point d'appui militaire es escales, et qui , commandant en même temps l’entrée du marigot de Tahnué ou Tawey , et par là le grand lac Pauié-Foul lui-même, communique aisément avec le nouveau poste-comptoir de Mérina G’hcn établi sur le lac, et assure ainsi notre domination dans le Wallo (t). — Au-dessus de 111e Couma, on aperçoit, à I kilotn. 7 de la rive gauche, le village de Guidakar ou Ghidaqdr , habité presque exclusivement par des Ganlenns, famille du Wallo, qui par ses mœurs se rapproche beaucoup des Grioti I ‘2 ),
(1) Raffenel, ouvrage cité, p. ti (a) « L'originale population connue août * le nom de Griots, dit M. Raffenel {Voyage « dans r Afrique occidentale, p. «5 el suiv.),
* forme «ne classe particulière, différant en- « fièrement des autres habitants de la Sc- « négambie par lea moeurs et la religion. Les
SÉNÉGAMB1E.
comme les Diavnndous du Fouta et du Bondou : Guidakar est inondé pendant la mauvaise saison, et entouré de cultures de mil , de patates douces et de melons. — Llle de 7 odd, située à I heure de navigation au-dessus, est peuplée comme Guidakar de Gantenns, qui payent tribut aux mêmes chefs maures, les Aboies, princes des Trarzas, mais sont souvent obligés de venir chercher à Rirhard-Tol! un abri contre les pillages de leurs prétendus protecteurs.
M’Bilor est le dernier village du Wallo avant Dagana.
F.ntre les limites que j’ai marquées au Wallo, la végétation des rives du .Sénégal présente des aspects très-variés:
depuis son embouchure jusqu’au village de Makka , situé à 8 lieues environ au-dessus de l'Jle Saint-Louis, le fleuve
• Griots vivent entre eux, ne contrarient o d'alliances qu’entre eux, et, sans être posi- « tivetnent idolâtres, ils ont repoussé pour « la plupart les enseignements de l'islamisme.
« La vérité est qu’ils ne se livrent à aucune m pratique extérieure, et qu’ils n’ont avec « leurs compatriotes qu’un seul point de « contact à l’endroit des croyances : c'est o celle qui admet la vertu des gris-gru, coro- « mune à tous les peuple» de la urne trans-
• atlantique de l'Afrique , tnahoinétans ou « fétiches, de race caurasique ou de race « éthiopique. Les gris-gris jouent en effet un « très-grand rote dans la vie du Nègre. Ce « sont des talismans ou des amulettes dont « la forme varie depuis la coquille roulée jus- ■ qn a la corne de chèvre, depuis le riche nia- « roquin ouvragé qui renferme un verset du « Corau écrit par un marabout puissant, jus- » qu'au plus sale chiffon qui enveloppe une
• molaire paternelle. Les Maures ont une foi « moins aveugle dans l’efficacité de ces „ préservatifs; tuais ils sont loin cependant « de les dédaigner absolument. » Les Griots, hommes et femmes , sont les fous et les ménestrels des principaux chefs; ils improvisent avec emphase, et eu s’acroinpagnant d’une guitare a troiseordes, les louanges de tous ceux qui les payent : dans leurs improvisations eo général, ils peuvent tout dire impunément. Les Griots passent aussi pour avoir des relations mystérieuses avec les esprits , et à ce titre ils sout quelquefois l’objet de la terreur publique : cette crainte fait nu’on leur refuse rarement ce qu'ils demandeut. Toutefois il y a des Nègres qui regardent comme une insulte grave d’être appelés griot».
est bordé de palétuviers (rhizophora), arbres toujours verts, dont les mille ra cines hors de terre et entrelacées servent de digue, pour ainsi dire, contre les empiétementsdu fleuve, et de repaire à une multituded’oiseaux aquatiques et decroeodiles. (Les Wolofs nomment ret arbre Khe.kh). Un peu au-dessus de Makka, les palétuviers cessent complètement, et sont remplacés par des groupes de lypha latifolia , A’arundoa/tisslma et de cyperus articula lux; les plaines argileuses et annuellement submergées sont couvertes de graminées vivaces, et cà et là de buissons rabougris de tamaris; à Sou 10 lieues au-dessus de Makka, les roseaux diminuent sensiblement, et font place aux acacia arabica et aux adanaonll; les buissons de tamarix deviennent très-communs; et le sol, tout en s'élevant peu à peu, demeure revêtu d'herbes à racines vivaces (I).
D'immenses espaces salés sans végétation sont jetés au milieu de ces plaines verdoyantes, et peuplés de sangliers d’Ethiopie ( bam-hal des Nègres ), de chacals, de hvènes rayées , de lions et de serpents. Ôn voit la végétation augmentera mesure qu’on remonte le fleuve, et le sab-sab [sesbania punctata ), d’abord assez rare, succède aux acacia et aux tamarix : c’est un joli arbrisseau, qui s’élève dans ces parages à huit ou dix pieds; sa cime est toulfue, et ses fleurs, jaunes ponctuées de noir, tombent en grappes. Une espèce particulière de pohjgnnum , remarquable par ses longues tiges (istuleuses, articulées et eylindriues, et par les nombreuses touffes de brilles blanchâtres qui se développent à chaque entre-nœud, borde aussi, sur plusieurs points, avec le sesbania. le lit du Sénégal. Au delà du marigot des Maringouins, les bords du Sénégal sont plus boisés : des groupes peu élevés , mais touffus, servent de refuge assure à de nombreux crocodiles (le ghessiy des indigènes ou crocodile du fttger, et le
(i) Sur les racines ligneuses des taniarix, des nitraria, qui tapissent ces tertres sablonneux , M. Pcrrottel , auteur de la Flore de Scnégnmbic . recueillit en abondance le plûlUuen af ricana , remarquable par scs hampes chargées de fleurs du plus beau jaune orange.
Dis
fiocwle
L’UNIVERS
maij-medo ). La rive gauche du Sénéal, au-dessus de l 'lie. aux Caïmans ou e Kouma, est un peu plus élevée que la rive droite, et présente, de loin en loin, de vraies falaises. En dedans de ces bords escarpés croissent çà et là de gros mer/ensia , des touffes de sapindus senegalensis , de diospyros dioica , de cratæva adansonii. Les tertres coniques et caverneux élevés par les termites se multiplient, et sont couronnés de grewia betulæfolia, de cxdabas fartnosa, de celastrus, de capparis lomentnsa , et de capparis corymbosa, qui abritent sous leurs larges touffes d’innorahra-' blés légions de pintades et de perdrix. On trouve aussi en abondance, dans tous ces terrains sers et sablonneux, le niotoutt des Woloffs (heudclotia af ricana de la Flore de Sênégambie ), arbrisseau de la famille des térébinthacées, et voisin du genre rhus, qui forme des buissons droits, élevés de huit à dix pieds au plus (1). Sur la rive en face de Da-
(i) « Les liges de cet arbrisseau, dit « M. Perrottet, dont les plus grosses ont « rarement deux pouces de diamètre, sont • presque toujours munies d'épines prove- « naut de rameaux avortés, et revêtues d’une « écorce brunâtre, unie ou fendillée. C'est « de ces tiges, le plus souvent dépourvues « de feuilles, mais fournies de petites fleurs « rouges tout & fait scssiies, que déroule la « gomme résine connue en Europe sous le « nom de bdetlium. La plante en produit « une quantité dlautant plus grande que le « vent d’est est plus sec et plus chaud. Cette « résine s'épanche à l'extérieur, sous forme « de larme de la grosseur d’une noiseiie or- « dinaire, et reste longtemps attachée on « comme suspendue à l’écorce des tiges ,
« d’où elle tombe ensuite à terre par l’effet « de son poids et de l’action des vents près- « que continus. » On ignora pendant trèslongtemps de quelle plante découlait le bdellium des droguistes ; c’est M. Perrottet qui le fit connaître vers i8a5 : « Le bdcllium de « Yhrudelotia a/ricana, ajoute-t-il , se re- « connaît aux larmes oblongues, presque » globuleuses, quelquefois un peu ridées ou ■ déprimée* , terminées d’un côte et vers le « point d’attache par une petite pointe ou « cicatrice qui annonce qu’elles tenaient à « l’arbre par ce point. Il est rougeâtre , derni- « transparent, quelquefois un peu opaque, a se ramollissant facilement sous les doigts.
« Sa cassure est presque vitreuse , sa saveur
gana, croit en abondance le rondier ( lontarus jlabelliformis ), espèce de palmier dont les feuilles sont disposées en éveutài! sur de longs pétioles dentelés latéralement. I xsalix xgypliaca (leAé/é/é des indigènes ) forme aussi, dans les environs de üagana, des groupes plus ou moins rapprochés. Les femmes du Wallo se servent des jeunes rameaux du kélélé comme de brosses à dents , et les nomment à cet effet sottio ou sokio. A 2 lieues au-dessus de Dagana, le rondier disparaît entièrement, et est remplacé presque exclusivement par des groupes nombreux d’acacia d’espèces diverses (I).
Tout auprès de Richard-Toll , comme je l’ai indiqué plus haut , est l’entrée ou l’ouverture du marigot de Tatuey, qui conduit au lac Panit-Foul : en cet endroit la largeur du marigot est de 100 à 150 pieds au plus, et sa profondeur de 8 à 10 pieds au moins; ses bords diminuent de hauteur à l’approche du lac, et sont couverts tantôt d’arbres rabougris, épineux, de plantes grimpantes ou de champs de mil souvent fort étendus , auxquels surcèdent plus loin de vastes prairies naturelles, annuellement inondées, où paissent toujours de nombreux troupeaux de bœufs, de vaches et de chèvres. Lors du voyage de M. Perrottet au lac. de N" Cher,' par le marigot de Tawey, en avril 1828 (2), six barrages formés par les indigènes, pour faciliter la pêone, entravaient la navigation de ce marigot : c’étaient
« extrêmement âpre, amére, laissant sur le « palais le goût le plus désagréable; son « odeur, à la rassure, est un peu celle de la « térébenthine ou de la myrrhe, laissant « après la brûlure un parfum assex ogiéable « et un résidu abondant. » (Noue. A un. des Voyages , t. LVIII , p. 83-8fi.)
(i) Voy. la relation du Voyage de Saint- Louis, chef-lieu de la colonie du Sénégal , à Podor , en remontant le fleuve , fait en i8a5 par M. Perrottet , naturaliste voyageur de la marine et des colonies ( Nom. Ann. des voyages, t. LVIII , p. xyo-aiG).
(a) Voy. la relation d’un voyage au lac de N'Gher en Sénégambie , et excursions botaniques dans les environs par M. Perrottet , naturaliste voyageur de la marine et des colonies, dans ies Nouvelles Annales des voyages, t. LVII, p. a6-8g.
des rangées de pieux de gonatier fichés solidement dans le fond de l’eau, à l’abri desquels se plaçaient les pécheurs nègres avec leurs filets. Le Nègre chargé d’entretenir ces barrages exigeait du voyageur qui demandait le passage une rétribution ou indemnité proportionnée au tirant d'eau , à la grandeur du bateau et au nombre de piquets qu'il lui fallait enlever. Sur la rive gauche du marigot, on distingue deux villages, A” Dombo et plus haut N'Tiago, près duquel ce cours d’eau fait un détour considérable. A l’entrée du lac de N’Gher, vulgairement appelé Panié-Foul , l’eau et le solsontpresquedeniveau : des îlots, très-raoprocliés les uns des autres , bas et ombragés par de charmant^ arbrisseaux à fleurs jaunes de la famille des légumineuses , nommés bilor par les Nègres (1), embarrassent l’entrée du lac, qui peut avoir tout d’abord une lieue de largeur : une haie touffue, et comme continue, d etypha lalifolia et de cyperus articulalus borde ses rives , et de longues tiges foliacées d 'aponogeton, qui s'étendent à la surface de l'eau, gênent la navigation. Il est très-difficile de débarquer, surtout sur la côte orientale : une large savane marécageuse, de 300 toises environ, toute défoncée par les éléphants, sépare la rive du terrain solide et de la chaîne de coteaux sablonneux qui suit ses sinuosités. Après une navigation de trois heures et demie par une bonne brise, en laissant à droite les deux marigots de Lemon et de Lenton- Ghiaré , qui traversent les plaines de Ghieuleitss, et à gauche le village de Tèmey, ou arrive à la hauteur de N'Der , capitale du Wallo, située à deux milles
(i) « Le» feuilles pennée» de cet arbris- « seau aquatique, d’apres la description de « M. Perroltet, sont glabres et d'un beau vert « foncé; son bois est d’une légèreté extrême, ■■ plus tendre et plus inou que le liège; il sert
aux habitants de ces contrées à garnir les « instruments de pèche. Le bilor nu s’élève « guère au-dessus de 8 à io pieds; ses bran- « elles, ses rameaux et la nervure de ses feuil- « les sont couvert» d’aiguillons crochus, le n plus souvent caducs; il n’existe peut-être « sur aucun autre point du littoral africain. >> Celle plante fut publiée dans la 6* livraison de la flore Je Scnrgambic , sous le nom de Hermbùera elaphroxylon.
4e Livraison. (Sf.nbgambie.)
environ du lac, sur une petite éminence, et médiocrement peuplée, quoique assez étemlue. De là, en gouvernant au sud-sud-est, et après avoir laissé Sanente ou Saniule à gauche , on double file de Ghélan : cette île, longue de deux lieues et large au plus d’une lieue, est très-peu boisée, quoique de loin elle paraisse couverte de forêts; le sol est composé d’un sable grossier d’une extrême blancheur, qui fatigue la vue, et si stérile que les végétaux n’y sont que clairsemés en buissons rabougris : les animaux y sont plus rares encore. Le village de Ghélan, chef-lieu de l’ilc, domine tout le lac; de là on aperçoit le village de Foss sur la rive orientale, et ceux de Nié et de Mal sur la rive opposée , et dans le sud les deux petites îles de Taak et de Jotifi, qui sont inhabitées. Les habitants du village de Ghélan cultivent presque tous le riz , le mil , le maïs, le coton , et diverses espèces de légumes ; quelques-uns se livrent à la chasse et à la pêche ; ils sont excessivement nombreux, et chaque case contient de douze à quinze individus, vivant tous pêle-mêle.
Les cases , comme toutes celles de ces contrées, ressemblent à nos colombiers; les parois extérieures sont construites en roseaux serrés et fixes à des poteaux ui s’élèvent à cinq ou six pieds auessus du sol. et supportent une couverture en paille de. même hauteur et do forme conique. Chaque case ne consiste qu’en un rez-de-enaussée de six à quinze pieds de diamètre, où l'on entre par un trou carré fort bas, unique ouverture de la case : l’intérieur est rarement divisé en deux ou trois compartiments, et meublé d'un ou de plusieurs toijs , espèces de lits formés d’une claie large de quatre pieds, qui repose sur des traverses de bois longues de six pieds à peu près , et soutenues à une hauteur d’un pied et demi par des pieux fourchus, et d’une seule natte faite des tiges du cyperus articulalus , qu’on étend sur ce fond de lit. La cuisine se fait dans l’intérieur des cases , toujours noirci de fumée; la nourriture favorite des indigènes est le couscous et le sanglé , espèce de pSte de farine de millet. Les femmes dégagent cette farine du son à l'aide d'un petit van arrondi, nommé layot, fait avec les tiges flexibles d’une es’pece
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de ealamvs ( rotang ) qui ne se trouve que dans l’intérieur du pays et sur les bords de la Gambie. Ce van sert à retirer du mil pilé deux sortes de farine très-différentes : l’une, nommée couscous, qui comprend la partie la plus
frossière et la moins blanche, est cuite la vapeur dans un canari ou vase en terre ; le couscous • est alors sec et granuleux, et très-agréable au goût avec un assaisonnement de bouillon de viande et de poisson et d 'alao (feuilles émollientes de baobab réduites en poudre). Lesanj/écstlapartiela plus line et la plus blanche de la farine du sorrjhum vulgare et du penicellaria spicata ; on l’accommode avec du lait doux ou aigre, de la viande et du poisson, et il compose le repas du matin, comme le couscous celui du soir. Les habitants de ce village sont doux , affables et tranquilles , bien faits et d’un tempérament robuste, d’une taille moyenne et bien prise; ils ont les cheveux" noirs , crépus, laineux et souvent très-fins , les yeux noirs et bien fendus, les traits agréables et la barbe rare. Les femmes sont mieux faites encore que les hommes ; leur peau est d’une douceur et d’une délicatesse extrêmes, et quelquesunes sont vraiment belles; mais, comme toutes les femmes en Sénégambie, elles ont l'habitude dégoûtante de se graisser les cheveux avecdu beurre souvent rance, pour les tresser plus aisément. Sous ce climat les enfants vont nus jusqu’à l’âge de douze ou quinze ans; mais dans l'hivernage on les couvre d’un coussave, espèce de blouse sans col ni manches.
Les hommes comme les femmes portent pour vêtement deux pagnes de coton bleu, dont l’une, attachée au-dessus delà ceinture, enveloppe le bas du corps, et la seconde est portée en écharpe. Les femmes se couvrent la tête d'un mouchoir de couleur ou d’un coupon de guiuée bleue, et ont aux pieds, comme les hommes, des sandales de cuir bien travaillées. Ce tableau descriptif de la population du village de Ghelan, que j’emprunte à M. Perrottet, conviendrait également a toute la population du AV allô. — Il y a dans l’ilede Ghelan deux autres villages très-étendus aussi et tres-peuplés, Gemmé ou Guémet et A" Giokor ou Yokor. LHe est très-rnp-
prochée de la rive occidentale du lac , sur laquelle on voit , en face de sa pointe septentrionale , le village de Naerê , en face de sa pointe méridionale, celui de Niey, et, au milieu des deux, celui de liaregarni un petit marigot conduit à N’aëré. Nieyod ISiégé se compose de plusieurs groupes de cases disséminées sur le sommet ou sur le penchant de petits monticules; ce terrain accidenté s'abaisse insensiblement vers le sud, dans la direction de Moll ou Mal, et forme une laine vaste et unie, parsemée de baoabs de moyenne grandeur ( adansonia digitata),delamarindus et d espondias (le birr des indigènes), dont on mange les fruits. — Presque à la hauteur de Moll , sur la rive orientale , est le grand village de Foss , à quatre heures de chemin a peu près de celui de Saniute, sur la même rive, mais plus au nord La rive du lac entre ces deux villages est sinueuse; elle se dirige d'abord au sudouest, puis droit au sud. Au fond d’une baie, presque à mi-chemin de l’un à l’autre, est un mamelon conique, couvert de quelques buissons rabougris, et le point le plus élevé des rives du lac. Dans les environs de Foss, commedans le reste du contour du lac de N'Gher, le terrain est léger, sablonneux même et très-propre à la culture du petit mil. Non loin du village et vers le sud s’étend une vaste savane, inondée chaque année, et où différentes tribus nomades amènent de nombreux troupeaux.
M. Perrottet a observé que les especes de graminées et de cypéracées qui composent ces pâturages n'étaient pas de nature à donner aux vaches un lait abondant ni de bonne qualité; que leur lait ne produisait que peu de beurre et avait un goût d’amertume très-désagréable; et c’est sans doute pour cela que les indigènes attendent, pour se nourrir du lait de leurs vaches , qu’il soit passé à l'aigre. A l'est de Foss, et vers l’extrémité du plateau qui touche à ce village, le néou ( parinarium tenegalense ), végétal de grande taille et de forme pyramidale, croit en abondance; plus loin, dans la direction du nord -ouest, au milieu même dessables brûlants, la végétation est assez vigçureuse, et il y a de ce côté de beaux tamariniers," des parinarium.
des mertentia , des moerua et des combretum. Aux deux extrémités du village, les habitants les plus riches ont leurs greniers à mil , « espèces de bâches « arrondies de huit à dix pieds de diamè- « tre, sur quatre pieds et demi à cinq pieds « de profondeur, construites avec des « branchages entrelaces sur des piquets, « disposés circulairement à un pied et « demi de distance les uns des autres.
« Ces paniers sont revêtus extérieure- « ment d'une couche d’argile bien pé- « trie, qui en séchant prend une « grande solidité. La bâche est fixée « sur des pieux élevés de trois pieds envi- « ron au-dessus du sol, et couverte * d'une sorte de toit en paille bien « travaillée, semblable, pour la forme, « à celle des cases ordinaires , mais « montée sur une charpente isolée, r de manière qu'on puisse la déplacer « et la remettre à volonté. Ces maga- « sins sont destinés à recevoir le mil en « épi ou en grappe, selon l'espèce. On << le range par lits superposés, que l’on r dispose de façon que le grenier en « contienne la plus grande quantité r possible. On place ensuite la couverr ture conique sur la hache, et ou l’y r fixe sur les bords avec quelques lar nières de bauhinia ru/eseens , dont « on se sert dans toutes les construc- « lions de ce genre. Ces greniers parr tieuliers sont assez élevés et assez r nombreux pour qu'à une certaine « distance un village paraisse beaucoup « plus grand qu'il ne l’est réellement.
r Quand on ignore cette particularité « ou est sujet à se méprendre souvent r sur retendue des villages de ces conr trees; d’autant plus aisément que tous, r dans la saison de la récolte du mil n surtout, sont entourés de greniers « provisoires de ce genre. - Pour aller de Foss àSerr, village situé à trois lieues plus au sud, on côtoie un plateau aride, qui s’élève en pente douce et que recouvre un banc considérable de masses de fer en roches ou de pyrites ferrugineuses, du milieu duquel sortent quelques chétifs acacias à tige rouiliée. Plusieurs voyageurs ont observé des bancs de même nature sur différents points de la terre d’Afrique, et nommément M.; Caillé sur la rive droite du Séuégal , chez les Maures Braknas ,
SC
et M. Perrottet dans d’autres cantons encore du Wallo.
Près de Serr le lac se rétrécit brusquement, et là commence ce que les indigènes appellent Ghen-N'Gher ou queue, du IvGher. Si on le traverse en cet endroit et qu'on aille débarquer devant Berar, village situé 5 un mille et demi du village, sur un monticule assez élevé, et que de là on se dirige vers le sud, on voit le lac devenir de plus en plus étroit; on passe devant M orée, placé sur le revers d’une montagne, à un mille et demi environ, à Diokoul, trois quarts d'heure après; on double, à dix minutes de la, Lambaye, dont un tamarinier indique le débarcadère, et devant lequel s’étend 111e de Niosoul , et on atteint bientôt notre établissement ou comptoir de Mérinaghen à un quart de lieue environ de Lambaye, et à une lieue de l’ancien village de ce nom, qui n’existe plus aujourd'hui. L’établissement de Mérinaghen est situé sur un monticule à cent mètres des bords du lac; c’est , de l’avis de M. Ed. Boiiët- Willaumez, ancien gouverneur du Sénégal, une excellente position militaire qui nous assied au cœur du Wallo, presque à la limiteduCayor, du Fouta et du Yoloff, et sur les bords d'un lac que nos petits bateaux à vapeur peuvent sillonner toute l'année ou à peu près (t).
— Devant Mérinaghen le lac s’élargit de nouveau considérablement, et sa direction, qui jusque-là depuis l’entrée n’avait cessé d'être nord et sud, devient est et ouest. En avançant de ce côté on voit successivement sur la rive orientale Bala, et, eu face, le village de Genyuetle, plus loin Couphy vis-à-vis du pays des Éléphants, dans le Fouta , et après avoir doublé Makatoubê, sur la même rive que Serr, à la hauteur du village de Dungael, et la petite île de Nioul; après avoir reconnu Maka sur la rive orientale et dépassé I’île de Dialey, ou atteint N'Boune, où le lac se rétrécit extrêmement et où s’arrête
M Le 16 avril 1843 M. Bouët observa à Mérinaghen, sur le lac, la hauteur méridienue du soleil, qui donna une latitude de x6® t', précisément celle de Saint-Louis : ces deux points sont donc est cl ouest et éloignés l'un ue l'autre de quinze lieues environ.
L’UNIVERS
ù peu près la navigation. Au-dessus de Mérinagheu les sinuosités du lac se multiplient à l'infini, ainsique les bancs de sable ; la plupart des Iles dans ces parages sont très-petites, et ne sont vraiment séparées de la rive que pendant l'hivernage. Une yole peut avancer au plus loin jusqu’à Serineguc : de là le lac se prolonge jusqu’à Yaenne , dans le Yoloff , et s’v termine quand l'inondation a été faible ; toutefois, une suite.de mares en marque encore vaguement la continuation jusqu'à une vingtaine de milles dans l’est; et quand les inondations sont très-fortes il communique sur les terres de Uerguei avec un autre lac, nommé Namani-Rou, qui se prolongea travers le Koudou et le Fouta-Djallon. — L’étendue du lac Paniéfoul, depuis l’entrée jusqu’à Yaenne, a été estimée à 33 lieues à peu près.
— Ce lac est beaucoup moins poissonneux que le Sénégal et ses affluents, et que le marigot de Ta wé particulièrement. Si. Perrottet l’attribue à l’absence complète d’arbres et de plantes arborescentes sur les bords du lac, garnis uniquement de typha , A'arundo , décaperas, toutes plantes grêles, hautes au plus de dix pieds, sans aucune ramification , incapables par conséquent de protéger de leur ombre les poissons contre les rayons perpendiculaires du soleil.
A Mérinaghen l’eau du lac est douce et potable, excepté dans les mois de mars, avril, mai et juin; à N'Boune l’eau est toute salée,, à cause de la proximité de quelques salines (I).
Le VVallo renferme un grand nombrede marais, pour la plupart très-étendus, formés, comme je l’ai déjà dit pour le Fotita, les uns par les inondations du ficuve et des marigots , dans la saison de l’hivernage, les autres seulement par l'accumulation des pluies dans des plaines inclinées ou basses. L’inondation a lieu aux mois de juillet, août, septembre; en octobre les eaux commencent à se
(i) Voy. l' Analyse géographique if un voyage tle MM. Caille , Ruard-Bessinière , Potin-Patterson et Paul Rôtie au lac Panié- /‘ntil et au pays de Yolof , en octobre , novembre et décembre i83g, par M. d’Avezae, dans le Bulletin de ta Société de Géographie , IP série, t. XIV, p. 193*916.
retirer, et il ne reste plus aucunecommunication entre le fleuveet ces marais, qui, en général, en sont assez éloignés. Tous ces marais, comme ceux du Fouta, contiennent des sangsues, et peuvent être exploités. M. Huard-Bessmière , dans la reconnaissance qu’il fit en 1836, entre le marigot de D’ IN'ayer et le marais de Kelao ( dans l’île au Morphil ), explora dans le Wallo les marais D'Nayer, M'Darv, sur la rive des Maures, N' Kassak près du village de Ronk, Nailsk et JV’ Goly près de l'ancienne habitation de Faff, X Garak visà-vis de Richard-Toll , sur la rive des Maures, AT Bagan à trois lieues de ce poste. A” Tiago près du lac Paniéfoul, Sa! fou ou Sajtou près du village de Guidakar, IY Xdyrice, Falcore, Denatouque, Kalo, Salor, Badu, Borndiame , Connovy, Debidon, Yoré, X Banak dans les environs du village de Gaé, Diawer, Goumbé , l’île de Todd, Euder, X Pau , D ’ Yeyen, Mayufalermé près du village de A’ Tyagar. Dans les mois de décembre, janvier et même février, ces marais contiennent en général une trop grande quantité d’eau pour que la pêche soit avantageuse; les sangsues sont alors trop dispersées. Les vents d’est qui régnent pendant les mois de mars, avril, mai et juin finissent par les dessécher complètement, et il est rare qu’à la fin de juin il y ait encore de l'eau ; les mois de mars , avril et mai sont donc les plus faébrables à l’exploitation. Les sangsues des marais où l'on a mené paître des bestiaux sont sensiblement plus grasses et plus nombreuses que les autres , ce que M. liuard attribue à l'effet de la bouse de vache. Dans la pêche d’essai qu’il entreprit alors il se borna à l’exploitation des marais de N’ Tiago et de Ketao (Fouta), à cause de leur proximité de Richard-Toll. Les herbes étant trop hautes pour qu’on pût se servir des filets en usage dans le département des Deux-Sèvres, il faisait marcher les hommes dans l'herbe, et les sangsues venaient se coller contre leurs jambes, surtout au fort de la chaleur : la pêche est beaucoup plus abondante quand l’eau est déjà échauffée par le soleil. Celle de N’ Tiago fournit la première fois 150,000 sangsues; et cette pre-
00g le
niière exploitation, tout imparfaite qu’elle fut, procura à peu de frais un approvisionnement complet pour la colonie, et permit même d’expedier une grande quantité de sangsues a Cayenne, à la Martinique, à la Guadeloupe et dans la métropole (1).
Le AV allô est un des pays de la Ségambie les plus pauvres en terres cultivables. Les quatre cinquièmes de celles qui bordent le fleuve sont salées ou ne sont pas couvertes par le débordement ; cette double cause suffit à expliquer la rareté des loughans de ce pays et la pauvreté des récoltes, qui ne suffisent jamais aux besoins des habitants. Néanmoins, il m’a paru intéressant d'emprunter à M. Perrottet une description
(t) t'oyez dans les Annales maritimes : i°, i S 1 ; , août, n° 3i, les Recherches de sangsues dans le IVallo et le Foula par Joseph Huard-Ressinière. pharmacien de a* classe de la marine; a", « 837, septembre, u“44, le Rapport d'une commission nommée à Brest par le préfet maritime sur les sangsues provenant du Sénégal; 3°, 1S40, janvier, n° 18, le Rapport de 1U. Huard sur les circonstances d’une nouvelle pèche de sangsues au Sénégal (6 septembre i83y). — Voy. aussi un Rapport sur les sangsues du Sénégai de MM. Henry, Sérullas et Virey, membres de l'Académie de Médecine, sur tes sangsues du Sénégal, ibid., 1839; Sciences et arts , t. I, n'’ -9. C'est eu 1819 que M. Catel, médecin à Saint-I.ouis, apprit d'uu indigène nommé Biram-Cçunou, auprès de qui il avait été appelé en consultation, qu'il existait des sangsues au Sénégal, dans le Cayor. M. Scbmallz, alors gouverneur de la roionie, passa immédiatement un marché avec le marabout Hécalaty, à raison de i5 francs le cent; mais un até après le fournisseur voulut élever le prix de to francs. En i8a3 une autre espèce de sangsues fut découverte dans les marigots du Wallo, surtout dans celui de Faite, et quelques années plus tard dans le lac de N’OUer. On distingue en effet deux espèces de sangsues au Sénégal, la noire et la verte ; la première, plus |>etile, mais plus avide, provenant surtout du petit lac de M’Roroo dans le Cayor, à douze ou quinze lieues de l’embouchure du fleuve, et la seconde , en tout semblable à la sangsue de France. ( Voy. le Rapport de M. Catel à M. < ierhidon , commandant et administrateur du Sénégal, sur ta sangsue officinale indigène du Sénégal, dans les Annales maritimes, 1837, Sciences et arts, I, II, p. 636.)
circonstanciée des cultures indigènes dans le wallo. C’est toujours après la retraite des eaux du fleuve que commencent leurs grandes opérations agricoles , celles qui ont pour objet la culture du gros mil ou guiamuU.
Cependant l’un des travaux préliminaires a déjà eu lieu lors de la présence des eaux sur les terres et au moment où elles annoncent leur rentrée dans le fleuve; ce travail consiste à déraciner, à l’aide d’une hilaire ( espèce d’instrument en fer dont le tranchant, d’environ dix pouces de longueur, présente exactement une hirondelle ou le dos d’un croissant fixé par le milieu à l’extrémité d‘un long manche de bois ) , les plus grosses touffes d’herbe dont le sol est couvert ; de manière nue les eaux, en se retirant, les entraînent dans le lit du fleuve.
Les hommes qui se livrent à ce travail péuibie sont obligés de se mettre dans l’eau jusqu’à la ceinture , et de faire des efforts réitérés pour déraciner complètement et rendre flottantes ces souches de graminées vivaces.
Lorsque les eaux se sont retirées , et que le sol est légèrement essuyé, chaque propriétaire s’occupe à débarrasser et à enlever celles des herbes que le courant n’a pu entraîner avec lui. Après cela , un léger binage s’opère à la surface avec un autre instrument, également en fer, ayant la forme grossière d’une houe dont les deux angles seraient arrondis , et terminé à l’opposé du tranchant, sur le dos de l’instrument, par une douille droite, à laquelle est adaptée l’extrémité en crochet d’un long manche flexible; ce qui forme ainsi une houe à angles plus ou moins ouverts. Cet instrument est le seul dont les habitants de ces contrées fassent usage pour la culture des terrains inondes. Immédiatement après ce premier binage ils se servent d’un pieu assez, gros, et terminé à l’une des extrémités par une pointe arrondie que précède de six à huit pouces un bourrelet. A l’aide de cet instrument ils pratiquent des trous de la profondeur indiquée par le bourrelet , et à une petite distance les uns des autres. Un enfant place, ordinairement de trois à quatre grains de nul
L’UNIVERS
dans chacun de ces trous; puis il les recouvre au même instant a’une pincée de sable blanc très-fin, dans le but d’envelopper la semence de l'humidité nécessaire à sa germination ; au bout de quatre ou cinq jours au plus, les jeunes feuilles, roulées en cornet, apparaissent a la surface de la terre, et continuent ainsi a végéter jusqu'à ce que la nouvelle plante ait atteint le terme de son développement et mûri ses graines. Ces trous ne sont ordinairement comblés qu'après que la tigette est parvenue à la hauteur de quatre ou cinq pouces, ce qui donne lieu à un second binage. C’est dans ce moment que le champ est entouré d’épines qui servent à en défendre l'entrée aux animaux sauvages ou domestiques. Jusqu'à ce que le mil soit arrivé à sa parfaite maturité, il exige des soins nombreux, minutieux même et sans cesse réitérés.
C’est ainsi que non-seulement le binage doit être renouvelé à plusieurs reprises, mais qu’il faut encore avoir le soin d'entourer chaque épi avec de la paille, afin de le préserver de la voracité des nombreux vols d’oiseaux dont les rives du fleuve sont couvertes, surtout à celte époque. Indépendamment de ces minutieuses précautions, les malheureux Nègres sont encore obligés de construire dans le milieu de leur longlian des espèces de huttes en paille, dans lesquelles ils se tiennent jour et nuit, à l’effet de détourner de leurs champs ces innombrables nuées d’aniinaux aériens. C'est encore dans le même but qu'ils lancent avec des bandoulières des mottes de terre dans l’intérieur des plantations, et qu’ils suspendent sur plusieurs points des mannequins, qu’ils font mouvoir depuis leurs cabanes à l'aide d'une ficelle. On voit, d’apres ce qui vient d'être dit, combien la culture du mil, que l'on croit n'exiger aucun soin, est, au contraire, difficile et coûteuse, et combien surtout elle demande de précautions et de travaux réitérés. — Parmi les semis de sorghum, et entre les intervalles qui séparent chaque plante, Ira Negres ont l'habitude de cultiver encore le mais , deux espèces de dolichos , nommé dans le pays niebé, des patates douces, des melons d’eau et d’autres cu-
curbitacées dont les graines sont mangeables et sont un objet de commerce assez lucratif. Ils cultivent également, enfin, celles avec lesquelles les naturels font leurs ustensiles de ménage, tels que calebasses, etc. Il est assez rare, néanmoins, malgré l'humidité du sol, que ces plantes réussissent également bien. Il arrive parfois des années où la terre est remplie d’insectes nuisibles, qui détruisent en très-peu de temps la totalité de leurs germes : nous avons vu fréquemment renouveler jusqu'à trois fois, dans l'espace d’un mois au plus , les semis de gros mil , sans aucun succès ultérieur. — Le petit mil ou Dougoul JS ion l des Nègres ( penir cillaria splcata ), se cultive dans un sol tout différent et à une époque de l’année particulière. Le pays de VVallo est encore très-pauvre en’ terrains de ce genre , car les hauteurs sablonneuses paraissent seules convenir a cette plante. On n’a jamais vu qu’on la cultivât dans les terrains bas et argileux des bords du fleuve. Sa culture est d’autant plus prompte et plus facile, que le sol est plus léger. L’extirpation des herbes nuisibles, à l’aide de l’Affaire, s’effectue longtemps avant la saison des pluies; il est même nécessaire que dès les premiers grains de pluie toutes les semences soient confiées à la terre , si déjà elles n’y ont été mises avant. On ne se sert point à cet effet d’un pieu semblable à celui qui est employé dans les terrains humiaes ; la houe ou même l’extrémité du pied sert à former les trous peu profonds dans lesquels sont placées les semences. Ces espèces de fossettes n’offrent aucune régularité, chacune d’elles est formée au hasard ; aussi remarque-t-on un désordre complet parmi ces plantations.
La récolte de ce penirillaria ou peniatum peut déjà s'opérer dès les mois de septembre et d’octobre, surtout si les pluies ont été un peu continues.
Dans le cas contraire elle a lieu vers les premiers jours de novembre. Il suit de là que la saison pluvieuse, indispensable à la prospérité de cette plante, sufGt pour mûrir complètement les graines, taudis qu'il faut souvent six mois au sorghum pour atteindre le même but. La culture du
iogle
cotonnier et de l'indigo est très-bornée chez les Walofs, de même que celle du tabac , qui est cependant chez eux d’un usage général. La paresse ou la difficulté de le faire prospérer leur fait préférer pour l'obtenir la voie d'échange. Ce trafic a lieu , soit avec les commerçants de Saint-Louis, soit avec les habitants du Fouta-Toro, leurs voisins; ils donnent aux premiers en retour des volailles, des œufs des peaux de bœuf, et portent aux seconds du poisson sec, de la guinée et quelquefois des pagnes (1).
Le Wallo est gouverné par un roi qui porte le titre de brak ; à sa mort , ses frères lui succèdent par rang d'âge (2), et cette première série épuisée le pouvoir retourne au fils aîné du premier, puis à celui du second, et ainsi de suite. Les princes issus des femmes du sang royal sont seuls appelés au trône. Les principaux chefs ont le droit de vérifier si l'héritier légitime est apte à gouverner, s’il n’a pas d’infirmités , s’il n'est pas trop jeune, s’il peut monter à cheval, tirer un coup de fusil , etc. , et de faire passer le droit de succession à un autre plus digne. Le couronnement du brak est accompagné de cérémonies singulières :
il faut qu’il passe, pour ainsi aire, par tous les rangs et par tous les états de la société, qu’il doit connaître et protéger. Par exemple , il faut qu’il se mette dans l’eau , avec les pêcheurs ( sorte de caste méprisée dans le Wallo ), au milieu d’une petite rivière désignée, et en présence d'un grand concours de peuple, et qu’il en sorte un poisson à la main. Tous peuvent l'approcher librement; mais auparavant ils ôtent leurs sandales, et devant lui mettent un genou en terre et portent la main à la tête , en s'inclinant profondément. Le brak et sa famille sont invisibles seulement au moment de leurs repas. Sa suite se corn-
(i) Annales maritimes , i83i, Sciences et arts, t, I, p. 358-6:. Voy. encore sur l'agriculture des Walofs le* extrait* d’un ouvrage inédit aur le Sénégal , écrit aur le* lieux au commencement de :8»i, dan* le* Nouvelles Annales des Voyages, t. XIII, p. 87- 1 3 1 .
(a) L’exemple de la princesse Guimbotle, qui règne actuellement sur le Wallo, montre que cet usage n’est pa* absolu.
8 ose habituellement d’une vingtaine de lègres guerriers, nourris comme lui aux frais des villages par où il passe. Le boukanék est le chef de sa maison et son principal ministre. Au-dessous du brak viennent les chefs de village, et les marabouts ou serian, qui composent la partie éclairée , sérieuse , morale de tous les peuples nègres. Les Walofs sont naturellement gais et grands parleurs. • Ils aiment a rappeler les tradi- « tions de leurs pays, et à faire des ré- « cits de voyages et de combats, à débiter ■ des contes souvent intéressants,etcoin- * posent surtout des fables vraiment re- « marquahles. Ils s'exercent aussi , dans « leurs réunions de clair de lune, à des « jeux d'esprit qui tiennent un peu de nos ■ énigmes , mais plus encore du genre o de récréations intellectuelles que pa- « raissent affectionner les Chinois. » La vertu qui distingue ce peuple est l’hospitalité, et cette disposition naturelle est encore fortifiée par les pratiques do la religion musulmane. Ceux des W alofs qui les observent rigoureusement prient cinq fois par jour et même plus souvent , mais sans comprendre leurs prières arabes et à plus forte raison la partie élevée de cette religion. Entre autres superstitions , ils ont celle d’attacher une grande vertu aux feuilles d’une espèce de gui, qu’ils nomment lob, et qu'ils portent sur eux,commepréservatifs.I,es Walofs entre eux échangent certaines formules de politesse : eu s'abordant, ou en se rencontrant simplement, outre le salamalei-koum, qu’ils ont emprunté des Maures , ils se demandent toujours trois fois s'ils sont dans un état de paix, de bien-être (1).
Le yvlof ou tvolof, l’une des lanuesde la famille mandingue , est répanu dans toute la Senégambie , et même au delà de la rive droite du Sénégal. La prononciation du wolof n’offre ni difficulté particulière ni particularité remarquable; mais les réglés granunati-
(1) Voy.r une notice sur le gouvernement, les meurs et 1rs superstitions des Nègres du pays de Wallo, par M. le baron Roger, dans le t. VIII du Rullctin de la Société de (leographie, p. 349-59 ï et Kelidore, Histoire africaine, recueillie et publiée par M. le baron Roger; Pari* i8a8, 1 vol. m-8".
L’UNIVERS
cales présentent un grand intérêt : « Cette langue possède un système d'ar- <• tieles qui parait, au premier coup « d'œil, assez complique, mais qui, a « l'examen, se réduit à quelques régies « simples . quoique ingénieuses. L’arli- « cle indéfini se place avant le subs- « tantif, eu changeant d'initiale sept « fois, selon la consonne qui commence « ce dernier. Il se déplace exactement « comme en danois, pour former l'art i- « cle défini, et constitue, par le même « changement d’initiales, sept séries, « chacune de trois articles distingués » parla voyelle finale, et qui expriment « que la chose ou la personne indiquées « sont ou prochaines ou éloignées , ou <• placées hors de la vue de celui qui » parle. L’article pluriel est également « postposé; mais sans variation dans » les initiales. En wolof, il est proha- « ble que les divers articles jouent plu- « tôt le rôle de démonstratifs que de •• simples déterminatifs. Cependant une « forme particulière de l’article sert en- « eore à remplir les fonctions du dé- « monstratif proprement dit, et sous « ce rapport la langue wolofe jouit d’un « avantage que n’ont pas un grand nom- « bre d’idiomes infiniment plus cultivés « et plus savants. Une égale richesse « s’observe à l’égard des verbes ; on y « compte cinq conjugaisons, mais distin- « guées seulement parla voyelle qui ter- « mine le radical ou l’infinitif. Ce qu’il « y a île plus remarquable , c'est la for- « malien des verbes dérivés, tout à fait « analogues à ceux qui se trouvent dans h les principaux idiomes tartares. Les n modifications qui constituent ces ver- « bes dérivés ont pour objet d'énoncer n que l’action marquée par le verbe « principal ne se fait pas, qu’elle est ou « réciproque ou réfléchie; que le sujet « la fait avec ardeur, qu’il excite a la « faire, qu’il va la faire ou qu'il la ré- « pète ; que cette action est peu consi- « déraille, qu’elle est interrompue,
« qu'elle est constante et habituelle. Les « formesassignéesàces différentes idées « consistent le plus souvent dans un sim- •> pie changement de terminaison. 11 ne parait pas qu'il y ait en wolof de forme « bien arretée pour la voix passive, puis- « qu'on emploie en ce sens fe transitif du « réfléchi , te faire aimer, pour être
“ aimé. En revanche, on tire des radi- « eaux du verbe , outre les dérivés pré- « eédeniment indiqués , plusieurs noms « verbaux, qui désignent l'agent, son « cqopérateur, l’état, l’action, le lieu « où elles'exécute, cequi en résulte; de 0 sorte qu’en s’arrêtant au premier de- « gré de composition, et en laissant de « côté les combinaisons doubles et tri- « pies qui se font toujours à volonté, « on a seize formes différentes dérivées « d'un même radical, ainsi topa, ai- « mer ; sope , aimer avec tendresse ; « sopante, s’aimer mutuellement; sopou, « s aimer soi-même; soplo, faire aimer; « sopi , aller aimer; sopati, aimer de « nouveau ;sopeti, ne pouvoir aimer; « sopadi, aimer peu; sopou, ne pas ai- « mer; sopatou, ne plus aimer; sope- « sopa, aimer continuellement; soit pekat, celui qui aime; sopoukaye , le « lieu où l’on aime; sopa/ei , compa- « gnon d’amour; sopema, l’action d’a- « mour ; sopaye, l’objet aimé; sopite, le a reste de l’amour; nlhiope ma, ce qu’on « peut aimer. — De plus, tout verbe « terminé en a peut , en changeant « cette voyelle en «, prendre un sens « inverse de celui qu’il a naturellement; *> sagna, boucher; sagni, déboucher; « ouba, fermer; oubi, ouvrir. Enfin il « n’est point de substantif ou d’adjectif « qui ne puisse être converti en verbe * par la simple addition des pronoms n personnels na, moi ; nga, toi ; nâ, il ; « minou, nous ; ngaine, vous; mgou, « ils. On évalue à 5,000 le nombre des « radicaux de la langue wolofe et à 22 « celui des variations dont chaque ra- « dical est susceptible, ce qui fait plus « de 100,000 mots possibles que la lan- « gue possède, sans parler des nombreux « emprunts qu’elle a faits à la langueara- « be (1). Ainsi, la langue des Wolofs
(0 Une question intéressante pour les orientalistes est l’étude des variations qu’a subies la langue arabe au contact des dialectes manjingucs; quelques documents envoyé* récemment à MM. le baron Roger et Jumard par M. l'abbé Rotlat , vicaire à Saint-Louis, et offerts à la Société de Géographie, peuvent servir de premiers matériaux à celle étude : c’est un recueil considérable d’histoires, d'anecdotes et de fables écrites dans le dialecte vulgaire des Maures du pays,
« n’est ni aussi pauvre ni aussi informe « qu'on l'avait supposé. Mais la pratique « de certaines règles abstraites n’en sup- « pose nullement la théorie, et ne prouve « même pas un certain degré de develop- * peinent intellectuel. On sait à présent « que des idiomes d'une structure très-sa- « vante se trouvent fréquemment chez « des nations tout à fait barbares. L’i- « diome wolof a des règles ingénieu- « ses et compliquées ; mais, tout en les observant, les Africains n'avaient « jainaissongé à les poser, et il a fallu que « ce fût un Européen qui allât les relever « chez eux et les leur enseigner (1). » Ile Saint-Louis. L’Ile Saint-Louis, 'sur laquelle est bAtie la ville de Saint- Louis , chef-lieu des établissements français de la côte occidentale d’Afrique, est formée par le Sénégal et distante de son embouchure de quatre lieues à peu près. Cette ile, ou plutôt ce banc de sable est situé par 16° 0' 48" de latitude nord et 18° 53' 6" de longitude ouest , à 73U lieues marines du port de Brest.
Sa longueur du nord au sud est de 2,300 mètres, sa largeur moyenne de 180 mètres, sa circonférence de 5,000
de leurs narres publiques, de plusieurs grisgris ou talismans origiuaur, de lettres d'affaires, de lettres familières écrites par des indigènes. {Foy. le Bulletin de la Société de Géographie, Il'scrie, t. XX, p. 3oG-3io.)
(i) J. P. Abel Rémusat ( Annales maritimes, Sciences et arts, 1828, t. I, p. 889 ) : Notice analytique et eritique sur le Dictionnaire Français- IV olof et Français- Bambara, suivi du Dictionnaire fVolof-Français , par M. Uard, Paris, lmp. R., i8a5, in-8°; et sur la Grammaire Wolofe, ou méthode pour étudier la langue des noirs qui habitent les royaumes de Bourba- Y olof , de IF alto, de Daniel, de Boursincfde Saloume, de Baoul,en Sénégambie, etc., par le même; Paris, lmp. R., 18.16, iu-8°, Kn 1819, le gouvernement eut la pensée de fonder .1 Saint-Louis du Sénégal une école pour les noirs et les hommes de couleur; et sur la demande de M. Portai, alors ministre de la marine, un instituteur choisi parmi les éleves de l'école normale élémentaire de Paris, M. Uard, fut désigné pourcette mission, V oy. encore les Recherches philosophiques sur la langue wolofe , suivies d’un vocabulaire abrégé français-» olof par le baron Roger; Paris, Dondey-Dupré, 1809, gr. in-8°.
mètres à peu près, et sa superficie de 34 hectares. Sa plus grande élévation au-dessus des hautes eaux ne dépasse pas t mètre; des quais en maçonnerie, construits sur pilotis, l’entourent avec un développement de près de 1,000 mètres. L’ile est aujourd'hui complètement débarrassée des palétuviers qui la couvraient autrefois ; mais elle est absolument stérile, et le sol, même au moyen d’engrais , ne s’y prête qu’à des travaux d'horticulture. La position commerciale de Saint- Ixiuis est des plus heureuses : ses abords du côté de l’est, sur le bras le plus large et le plus profond du lleuve, offrent un excellent mouillage aux bâtiments; l’autre bras est obstrué ; il a 2 à 300 mètres de largeur et coule parallèlement à la mer : il n’en est séparé que par une langue de sable de 4 a 500 mètres de largeur, nommée Pointe de Barbarie, sur laquelle est bâti, en face même deSaint- . Louis, le petit village de Guett-Pi’ Dar. La ville de Saint-Louis a 1,500 mètres de longueur du nord au sud, 180 mètres de largeur moyenne. Depuis la paix elle s'est beaucoup agrandie, et sa population a presque triplé : en 1779 elle comptait 3,018 habitants , et 3,398 en 1781; en 1818, 6,000; en 1832 le nombre des habitants avait monté à 9,030 ; en 1837, à 12,01 1 ; et en 1844 ildépassait 15,000. E11 1818 il y avait à peine 50 habitations régulièrement bâties, et cinq ou six maisons de commerce; actuellement il y a plus de 1,568 habitations et plus de 36 maisons de commerce. Les rues sont bien percées et coupées à angles droits , les maisons bien alignées. La ville est défendue par quelques batteries suffisantes pour contenir les tribus indigènes, mais qui ne pourraient arrêter l'attaque de troupes européennes ; or, il semble, d’après les avis de marins éclairés, qu’il serait facile et peu coûteux de rendre ce poste même inattaquable; par exemple, l'établissement d’une batterie à Guett-N’ Dar empêcherait les débarquements, si difficiles déjà sur une côte où le ressac est continuel. Il n’y a dans file ni ruisseaux ni fontaines ; mais
f tendant les cinq ou six mois de sa crue , e fleuve peut fournir l’eau nécessaire aux usages domestiques; car alors le flux de la mer n’arrive plus jusqu'à
L’UOTVERS.
Saint-Louis , et l’eau du fleuve redevient tout à fait douce, et se conserve ainsi durant le reste de l'année dans les citernes' qu’on remplit à cette époque.
Os citernes ont remplacé depuis quelques années les puits que les indigènes étaient obligés d’aller creuser, lorsque l’eau du Sénégal cessait d'étre potable, dans les sables de Guett-N’ Dar. — La population deSaint-Louis et des établissements français du Sénégal se compose de blancs, if habitants indigènes libres, noirs ou de sang mêlé ; de noirs engagés à temps , et de noirs esclaves , que l'on désigne dans le pays sous les noms de captifs ou captifs de cases.
Les habitants indigènes libres sont, ou des gens de couleur provenant du mélange des deux races blanche et noire, ou des nègres purs, professant généralement la religion musulmane, et conservant les mœurs et les usages de l’Afrique. Ils se livrent presque tous à la navigation sur le fleuve , et au petit cabotage sur la côte. On appelle laptots les noirs, y compris les captifs, employés à bord des embarcations; ce sont de bons et fidèles marins. A la fin de 1837 on comptait à Saint-Louis 3,950 indigènes libres, 975 à Guett-N’ Dar et 987 à Corée. La population flottante à Saint- Louis, amenée de l’intérieur par les relations commerciales ou chassée par les guerres continuelles des peuples riverains du Sénégal, varie de 12 à 1,500 individus. Il n’y a dans la colonie aucun préjugé de caste; les fonctionnaires civils de Saint-Louis et de Gorce sont tous des gens de couleur; le clergé même compte dans son sein des noirs et des mulâtres. Saint-I-ouis par ses communications perpétuelles avec les peuples indépendants de l’intérieur, qui font tous le commerce des esclaves, se trouvait placé dans une condition particulière et toute différente de celle de nos colonies d’Amérique, dans la question de la traite. D’un autre côté, les cultures tentées dans le Wallo, sous la protection directe du gouvernement, de 1822 à 1830, nécessitèrent un recrutement de travailleurs parmi les noirs du haut pays , d’autant plus que les captifs de Saint- Louis se trouvèrent peu propres aux travaux agricoles. I^s noirs libres montraient de la répu-
gnance à se louer aux propriétaires des nouveaux établissements. C’est alors u’on emprunta à l’Angleterre le régime es engagés à temps, établi par elle dans ses colonies d’Afrique, et qui autorise l’introduction des noirs de l’intérieur, sous condition d’un affranchissement immédiat et d’un engagement de quatorze années au service de celui qui a acquitté le prix de leur liberté. Depuis l’abandon descultures, le nombredes engaements au Sénégal a considérablement iminué; 59 seulement avaient été contractés en 1837. Le rachat d’un engagé à temps, âgé de dix-huit à vingt ans , fort et propre au travail , coûte 300 à 400 fr.; d’ailleurs, l’esclavage au Séné-’ gai est moins odieux que partout ailleurs : les captifs ne sont soumis à aucun travail pénible; ceux qui ont un métier (1) l’exercent librement, soit à la ville, soit à bord des navires, et partagent avec leur maître le gain de la journée. Leurs familles habitent soit près de la maison du maître, soit dans quelque endroit écarté sur le bord du fleuve, où la femme cultive un petit jardin. La valeur vénale d’un captif, au Sénégal, est de 500 fr. environ; sa nourriture et son entretien reviennent à peu près à 100 fr. par ai# Tous les captifs ont un attachement extrême pour leurs maîtres, et les 6,000 esclaves de Saint-Louis, loin d’être, comme aux Antilles, un sujet d’inquiétude, sont la plus sûre garantie de la sécurité publique.
La vie que mènent les blancs au Sénégal est assez triste et toute sédentaire ; sauf le temps de la traite des gommes , ils sont retenus dans leurs boutiques
(i) La profession manuelle à laquelle se livrent surtout les captifs est celle de tisserand. Le» tisserand* nègre* de Saiut-LouU et de Gorée fabriquent, comme ceux du haut pays, des pagnes ou pièce* d’èloffe tissues en coton du pays, mêlée* quelquefois de fils de laine de couleur et de soie, qui forment de* dessins très-réguliers et même assez compliqué*. Le* dessin, et la multiplicité des routeurs déterminent le prix des pagnes , qui monte de 6 fr. la paire à 3 et 4oo fr. C’est le seul genre d’étolfes qu’on fabrique dans la colonie ; mais il est l'objet d’un grand commerce d’échange, tant sur le fleuve que sur la céte au sud de Gorée. (A 'ol. slatistii/urs sur les colonies françaises, 3' part., p. j - 4 . )
par leur commerce dedétail ; ils débitent eux-mêmes aux esclaves le lait, le poisson , les fruits qu’ils ont achetés des noirs de la grande terre , aussi bien que les divers produits européens. Ils mettent en général a la tête de leur maison une signare : on appelle ainsi des femmes d'origine française ou anglaise, descendant des premiers colons, libres et maîtresses d’elles-mémes. Aucune cérémonie légale ne régularise ces unions ou plutôt ces enlèvements; la signare, après avoir reçu les promesses d’un blanc, quitte furtivement un soir sa mère et ses sœurs pour rejoindre son liancé; les serviteurs, les négresses l’y aident, et elle profite habituellement du moment où C inspirée ( chaque troupe d’esclaves a une prophétesse ou sorcière de ce genre ) psalmodie un épithalame que répètent toutes les négresses en sautant autour d'elle. La signare prend le nom de l’homme avec qui elle vit et le légué à ses enfants; il n’est pas rare actuellement que le blanc finisse par l’épouser légitimement.
Barre du Sénégal. A l’embouchure du marigot des Maringouins dans l’Océan commence une langue de sable extrêmement étroite , formée de petites dunes très-blanches, presque nues et qui se succèdent en s'abaissant de plus en plus; celte langue de sable, nommée Pointe de Barbarie, sépare de l’Oceau le cours du Sénégal et les petites îles qu’il présente disposées dans le sens de la côte, Vile aux Gazelles, Vile de Thionk, couvertes de broussailles épaisses, qui vues de la mer font illusion sur la végétation du pays. En continuant à longer la côte à une distance de deux milles, on aperçoit bientôt les maisons blanches ae Saint-Louis. Sur la rive droite du Sénégal , c’est-à-dire entre l'îlot de Saint-Louis et la mer, et devant la ville, s’élève, sur un mamelon de sable, le village de pécheurs de Guett-N ' Dar. « Quelques huttes construites « d’abord sur cette grève, dit M. l’a- « mirai Roussin, vis-à-vis de la ville, « par les noirs chargés d'établir en pi- « rogues les premières communications « avec les bâtiments arrivants, fixèrent « les sables toujours en mouvement • dans ce parage; il en résulta bientôt « un amoncellement, que le même
« moyen perpétué a rendu de plus en « plus considérable (1). a C’est toujours de ce village que part la pirogue sur laquelle trois ou quatre Nègres vont porter au navire en vue les dépêches du gouverneur ou lui demander celles qu'il peut avoir à remettre. On peut mouiller devant Guett-N’ Dar à peu près partout entre 13 et 18 mètres de fond de sable et vase, mais on y roule beaucoup , surtout dans la saison des ras demarée, qui commence en décembre et finit en mai : ces ras de marée, en mars et en avril, sont quelquefois terribles (2 ). — Les bâtiments qui veulent se mettre en communication plus directe avec la colonie, par la voie du fleuve , en prolongeant la côte depuis Guett-N’ Dar, à un mille de distance, passent successivement par le travers de Vilot aux cinglais, petit poste au milieu de la rivière, et de l'tle de Babagué. Cette île , au mois de mai 1817, à I 'époque des travaux hydrographiques de M. l'amiral baron Roussin , se trouvait à une petite distance dans l’est de la barre du Sénégal; mais depuis lors la barre est descendue de 6 à 7 milles dans le sud, et est située actuellement à 12 milles plus au sud que Saint- Louis. Cette barre est une des plus mauvaises de la côte d’Afrique; sa profondeur varie suivant les saisons, et son gisement change après chaque violent ras de marée. Les pilotes noirs ne se ris-
(i) Mémoire sur la navigation aux côtes occidentales et Afrique, p. 53.
(a) » Pendant la plus grande partie de a l’année, et surtout de novembre à tuai, « une forle lia ne de brisants, commune à a presque tout le littoral africain , ne permet « aux navires ainsi mouillés de communiquer “ avec Saint Louis qu a l’aide des frêles pi- « rogues de Ouctl-N’ Dar. Des dernières Ira- « versent presque toujours avec sucr és trois li- « gués de brisants, où des canots ordinaires « seraient le plus souvent remplis, chavirés « et brisés contre la plage. Cependant, à « l'époque de l’hivernage, de juin en octobre, « j’ai vu, dit M. E. Bouël ( Description nnu- *i tique des côtes de t Afrique occidentale e comprises entre le Sénégal et t équateur, " P- 9), j’*i v» la barre de Guett-N' Dar telle- « ment tranquille, que des canots eussent « pu sans crainte aborder à terre et y de- « barquer dn monde ; mais ces circonstances « sont rares. » Vojr. la carte des atterrages
qucnt même à entrer ou sortir un bâtiment qu’après avoir chaque jour rectifié la position du chenal à l'aide de bouées; il est rare qu’ils consentent à piloter un navire calant plus de 2m,80 à 3 mètres d’eau, bien que de décembre en mai la sonde moyenne des passes ait rapporté 4 mètres ; mais cette saison étant précisément celle des ras de marée, ils se réservent la différence pour la levée de la mer et les variations de fond imprévues. Dé juin jusqu’en octobre, c’est-à-dire pendant l’hivernage , l'entrée du fleuve serait donc bien plus facilement praticable pour les navires à cause de la cessation des ras de marée, si la grande crue des eaux fluviales, qui a lieu vers le milieu de cette époque, ne venait, par un phénomène assez singulier, diminuer la profondeur de la barre, de telle manière que les dotes n’osent parfois y aventurer un âtiment mis au tirant d’eau de 2m,30 à 2ra,6G. Quant aux chaloupes et canots , c’est naturellement pendant cette saison qu’ils peuvent franchir le plus sûrement la barre du fleuve à l’aide de pratiques. I>a sonde accuse un fond moyen de 10 mètres une fois en dedans du fleuve, dont les eaux tranquilles contrastent avec les lames bruyantes et blanches d'écume au milieu desquelles on vient de passer.
' Cette crue des eaux du Sénégal , ajoute M. le comte Bouët, commence vers la mi-juin avec la saison des pluies, et atteint, dans le haut du fleuve, une élévation de 12 mètres environ en septembre; pendant cet intervalle, il y a deux ou trois époques auxquelles les eaux ne font pas ae progrès, et semblent meme baisser momentanément pour s’élever ensuite; mais la baisse réelle des eaux devient sensible en fin de septembre : en octobre elle est très-rapide, et en novembre il n’y a plus qu’un
(te Suint-Louis du Sénégal ( Mouillages de Guett-JV Dar et de ta Barre du fleuve ), levée en 184a par M. Cb. Phil. de Kerhallet , lieutenant de vaisseau commandant/' Alouette, assisté de MM. Lefebvre et Trémenlin, élèves volontaires, d'après les ordres de M. Ed. Bouet, capitaine d« corvette, commandant la station navale des cotes occidentales d’Afrique. ( Dépôt général de la marine, en 1845.)
ruisseau là où coulait naguère un fleuve impétueux. Au bas du fleuve l’élévation des eaux est bien moindre; aussi l'ilot plat et sablonneux de Saint-I.ouis se voit-il bien rarement inondé. De mijuillet en mi-novembre, le fleuve est donc navigable pour des bâtiments calant 2 mètres; mais en janvier son lit reste à sec en beaucoup d’endroits, et les bâtiments ne peuvent plus remonter alors que jusqu’à Podor, situé à environ 60 lieues au-dessus de Saint- Louis. Pendant la saison sèche la marée se fait sentir jusqu'à ce point : aussi, les eaux du fleuve sont-elles salées pendant cette saison ; mais elles deviennent douces et potables en juillet, et restent telles jusqu’en novembre.
La navigation du Sénégal , à cause des bancs qui rétrécissent les passes, ne se fait guère qu'à l’aide de pratiques du pays, surtout dans la saison sèche : ces pratiques, classés en capitaines et gourmets de rivière, diffèrent essentiellement des pilotes de la barre du fleuve, comme ceux-ci des pratiques de la barre de Guett-N’ Dar. Les moyens de navigation qu’on emploie sont la voile, là cordelle et la touée (1). Mais la navigation est extrêmement lente
f)our les bâtiments à voile : l’irréguarité des brises et les nombreuses sinuosités du fleuve qui contrarient même l’effet d’une brise constante , nécessitent presque toujours l’emploi de la cordelle et surtout de la touée. « Le halage « à la touée consiste, au Sénégal, à « faire mouiller un grappin ou une pe- « tite ancre à la distance que permet « la longueur du cordage qui y est « amarré, puis à se haler sur ce eor- « dage jusqu’à ce que le bâtiment ar- « rive a l’endroit où le grappin est «mouillé ; on le lève alors et on le « mouille plus loin , continuant tou- « jours ainsi. La cordelle est le mode de « halage en usage sur tous les fleuves;
« il s’opère au Sénégal , comme sur les « autres cours d’eau, au moyen d'une « corde dont un bout est fixe à l’avant
(1) De petits bateaux à vapeur font aujourd'hui le voyage annuel de Babel, pour transporter au fort les approvisionnements nécessaires et pour escorter les navires des traitants de Saint-Louis.
» du navire, et dont l'autre est tenu « par les hommes gui liaient (1). »
Du reste, les chemins de halage, qui existent jusqu’à une grande distance sont très-commodes, mais souvent interrompus. Entre Saldé et Bilbas (2), le courant du fleuve augmente un peu de ■vitesse; cette augmentation devient très-sensible au marigot de N’ Guérère.
A Bakel on trouve 4 nœuds de courant, et devant Toubâ-bou-Kâné, S nœuds; enfin le courant acquiert 5 nœuds entre Touhâ bou-Kâné et Moussâla. Il est alors très-difficile à refouler et de légères embarcations pourraient seules remonter en rangeant de très-près l’une ou l’autre rive, afin de se placer dans le remoux (3).
(j) Raffenel , ouvrage cité, p. 3.
Le Blanc, Voyage au Galant en r8ao (Ann. mar., i8aa, U* partie, p. 1 53 ).
(3) M. le comte Ed. Bouët - Willauroei, dans sa Description nautique des côtes occidentales de l'Afrique entre le Sénégal et fë-
Suateur, regrette <|ue l'hy Urographie de ce euve, depuis Saint-Louis jusqu’aux cataractes de Félou , limite de la navigation à l’époque de la crue des eaux, soit encore à faire. A défaut de cet important travail , la carte du cours du Sénégal au-dessous de Moussala, et les Remarques géographiques sur cette carte publiées parM. Jomard dans le Bulletin de la Société de Géographie (n“ 63, juillet 1828, p. t6-a3 ) , peu vent être regardées comme un résumé exact et critique de toutes les reconnaissances et observations recueillies jusqu a celte époque. La carte du cours du Sénégal, depuis son embouchure jusqu'à la cataracte de Fclou du citoyen Blanchot, ingénieur et commandant général de l’ile Saint- Louis, dont la réduction par J. -B. Poirson fait partie de l’Atlas du Voyage au Sénégal de Durand , a servi de base à toutes les autres. M. Courtois et M. Cliatellux, capitaine au corps royal des ingénieurs-géographes, l’ont d'abord corrigée; ensuite MM. Dussault et Dupont, officiers de la marine royale, assujettirent leur rr connaissance du cours du Sénégal aux trois points de Dagana, de Bakel et de l'ancien fort Saint-Joseph, dans une carte dressée à l'échelle de à peu près : ils
avaient fait des observations de latitude et de longitude à Bakel et au fort Saint-Joseph; quant à Dagana, sa position était suffisamment déterminée, sans qu’on connût cependant d’observation céleste faite en ce lieu.
M. Jomard , en remarquant que cette carte aurait besoin d’une latitude vers le coude
Aspect de la côte entre t embouchure du Sénégal et celle de ta Gambie ( 1) .
La côte qu’on prolonge au sud du Sénégal est d’abord aussi basse que celle
nord et d’une autre à celui du nord-est, c'csl-àdire à Souekar et à Gàoual, reconnaît que, jusqu’au moment où le gouvernement ordonnera, la construction d’une carte topographique , ce tracé du cours du Séuégal peut suffire aux besoins de la colonie. Les voyages annuels de Saint-Louis à Bakel ont permis incessamment de perfectionner les détails de la partie intermédiaire, cl M. Jomatd a joint commeeomplément à sa carte, dressée à — r;7Tr, le journal de route de M. Restant de Podor à Dem. bakani, limite du Foula, qui renferme le double ou le triple des positions contenues dans la carte de MM. Dussault et Dupont.
C’est à l’occasion de la position géographique de l’ancien fort Saint-Joseph que M. Jomard fut amené à s'occuper du cours du Sénégal. Sur toutes les cartes , le fort Saint- Joseph était placé vers le ra* degré de longitude à l’occident de Paris; et M. Jomard, averti par les . lettres de M. Beaufort , vérifia que, les observations célestes s’accordant avec les distances itinéraires , la position de l’ancien fort Saint-Joseph devait être ramenée vers ri" es' de longitude ouest de Paris, c’est-à-dire beaucoup plus à l’ouest que ne le pensaient d’Anvilfe et Mungo-Park , que la longueur du cours du Sénégal devait être diminuée, que les villes et les positions les plus orientales devaient être considérablement rapprochées de l’Océan , et que la distance à parcourir pour aller dans les parties centrales et en revenir serait peut-être plus courte décroît lieues qu'il n’était marqué sur les cartes publiées jusqu'alors, surtout pour un voyageur partant des possessions françaises. — Pour tracer le Sénégal inférieur, c’est-à-dire le Wallo, M. Jomard se servit r° d’une carte reconnaissance du pays de Wallo indiquant le nombre et remplacement des établissements de culture qui y existaient au mois d'août r8a;, dressée parM. Pichon à l’échelle de -ahsïi »° d'une carte topographique du pays de Wallo et du cours du Sénégal par M. Leprieur, à — environ, datée de i8a7,et plus détaillée; 3“ d'une carte du littoral, à très-grand point, depuis lit barre du fleuve jusqu’au marigot des Maringoins , avec une partie des iles Hifèche et Bouxar, où le delta du fleuve se trouve dessiné plus exactement qu’il ne l'avait encore été.
(i) J’extrais textuellement les détails qui suivent de la Description nautique de la côte occidentale d'Afrique deM. le comte Boüct- Willaumex, p, ao-3r.
G2 L'UNIVERS
du nord ; à une distance de deux ou trois lieues, elle commence à s’élever, mais ne présente toujours , sur le premier plan , qu’une suite de dunes de sable blanc, garnies de quelque verdure; et sur le second plan , à deux milles dans l’intérieur, des dunes plus hautes, grises et couvertes de broussailles. Jusqu’aux Petites-Mamelles, il n’existe aucun point remarquable : on appelle ainsi deux monticules peu différents des dunes de sable, places un peu au nord du cap Vert , à une assez grande distance l’un de l’autre , et élevés de 450 à 500 pieds au dessus du niveau de l’Océan. Leur forme est celle d’un cône élargi à la base. Le sol qui les entoure est couvert de scories volcaniques qui semblent fort anciennes; eux-mêmes sont hérissés de roches énormes et très-saillantes. Les Grandes- Mamelles dominent, comme sommet principal, le massif de terre de la presqu’île du cap Vert, et c’est par elles que se découvre l’atterrage du capVert. Le côté nord de la presqu’île forme une baie peu prononcée, connue sous le nom de baiecfïof, dans le fond de laquelle est un petit îlot de roches éloigné de la côte d’un tiers de mille, mais relié à elle par une chaîne de récifs cachés sous I eau en partie. Le côté ouest est découpé par plu>ieurs pointes qui forment de petites baies, d’abord la pointe des Almadies , la plus nord et la plus ouest, puis le cap Vert proprement dit, massif de terre coupé à pic , qui semble être la base des Mamelles, et au delà de deux ou trois autres, une pointe lus avancée appelée cap Manuel, terre asaltique de moyenne hauteur. A la hauteur de ce cap sont trois Ilots de roches desertes et blanchies par la liente des oiseaux, presque entièrement inaccessibles. Après avoir dépassé les Madeleines d'abord , puis le cap Manuel , on aperçoit Vile de Gorée , dont les abords offrent une ceinture de rochers élevés et abruptes, et de gros cailloux noircis et roules par les lames. Ces abords sont d’ailleurs fort sains. Quoiqu'il y ait mouillage partout dans la baie de Gorée, on distingue deux mouillages, l’un dans l’est, l’autre dans le nord ou le nord-nord-est de l’anse du débarcadère. Les courants y sont soumis , près de terre, à l’influence des marées; mais à quelques milles au large ils portent
généralement au sud avec une rapidité ae sept à huit dixièmes par heure; il arrive, cependant, après des tornades et des vents de la partie du sud, mais rarement, que les courants remontent au nord, alors avec une vitesse moindre.
Dausle nord du cap Manuel, et à l’ouest de la pointe nord de Gorée, se voit un autre cap, coupé presque à pic et présentant des taches jaunâtres, comme en est parsemée toute cette côte à partir du cap Vert : c’est la pointe Dakar, qui tire son nom des trois villages nègres bâtis près d'elle et au fond de l’anse qu’elle enferme avec la pointe Selair, et qu’on appelle l’anse de Hann : cette anse, qui se creuse dans le nord de la pointe Belair, forme avec le fond de la baie d'Yof la gorge de la presqu’île du cap Vert. C’est un abri pour les carénages ; de plus, en contournant le fond de l’anse , on rencontre bientôt une petite rivière qui alimente une aiguade close de murs. Depuis le village de Hann jusqu'au cap des Biches , les terres sont uniformément basses et sablonneuses, et couronnées d'une ligne debroussaillesque coupent dedistance en distance quelques bouquets de palmiers.
Entre le cap des Biches et le village de Rufisque, un plateau de roches borde la côte à la distance d’une encâblure, et on voitsouvent les petits caboteurs passer en dedans de ce plateau ; un autre plateau du même genre, jeté à moins d'un quart d'eucâblure de la plage, abritede la mer du large la petite anse de Rufisque. Les embarcations, après avoir chenalé au milieu des roches qui forment Panse, communiquent facilement avec le village de Rufisque. Entre Rufisque et le cap Rouge viennent les villages de Bargney, à partir desquels les terres se développent sur deux plans et sont beaucoup plus boisées. Les abords des villages de /lyenne sont également peu faciles; là le littoral change d'aspect, et présente des pointes élevées et rocailleuses jusqu'au cap de Naze. Le cap Rouge est un de ces caps coupés à pic, et au sommet des falaises rougeâtres qui le constituent s'élève le village de ,V’ Yangol. Entre les villages de Toubab-Guialo et de ;V Dayan, (quelques gros rochers noirs se détachent des terres et sont disséminés le long et près de la plage ; le débarquement est facile
dans l’anse deToubsb-Guialo; mais plus encore dans la baie de /'opaouim, formée par une jetée naturelle de roches. Le cap de Naze succède à cette anse : il parait plat et coupé à pic dans certaines positions, et principalement quand on le voit du sud ; dans d’autres, au contraire, son extrémité anguleuse affecte une forme particulière, dont il tire sans doute son nom et qu’ou remarque en venant du nord ; mais en s’approchant de lui on voit cette découpure s’effacer totalement. Des falaises jaunâtres achèvent de lui donnerun aspect remarquable: il est complètement dénudé ; on peut jeter l’ancre à son pied par 8 mètres de sable lin. Depuis le cap de Naze les terres s’abaissent insensiblement jusqu'à la pointe Saumoné. Elles sont fort boisées en arrière-plan, et présentent sur le bord de la mer une plage sablonneuse surmontéed’uneligne assez régulière de végétation et d’arbustes, mais interrompue par quelques roches noires devant les villages de Guerreiro, avant la pointe Saumoné. Après Guerreiro on aperçoit, en descendant la côte, la pointe basse en dedans de laquelle coule la petite rivière Saumoné, dont les huîtres sont excellentes; et au delà de cette pointe , la pointe encore plus avancée ae.Gamboroo, terminée parune ligne de roches hors de l'eau et sous l'eau, qui se lient elles-mêmes à un grand banc de sable et de coquilles. Le littoral, à partir de Saumoné, est encore plus boisé; sur la pointe même de Gainboroo est le village de ce nom , auquel succèdent les dix ou douze villages de Portudal , groupés sur un carré de deux à trois milles. Depuis la pointe Gainboroo jusqu’à la pointe Serène, un plateau de récifs qui longe toute la cote, au
f>lus à quelques encâblures au large, aisse des intervalles de passage pour les petits caboteurs et les embarcations. La côte, continue toujours aussi basse et aussi boisée, en se dirigeant au sud, vers Amboroo, éloigné de cinq à six milles de Portudal. Les villages a Amboroo sont établis au milieu d’une petite anse dont les pointes se terminent par des roches qui couvrent et découvrent au large. Le banc A'. imboroo a environ une lieue d’étenduede l’est à l’ouest, et deux lieues du nord au sud ; ses accores sont à trois
lieues de la côte. A deux lieues environ au sud d’Ainboroo s’aperçoivent les villages de FVarang. Entre ces deux points un amas de rochers noirs , qui se détache de la plage sablonneuse, indique la position delà petite riviere Haleine, après laquelle vient le marigot de Penel, a un mille et d--ini plus au sud. Après Waraug, la côte, constamment basse et couronnée de broussailles , prend une direction plus rapprochée du sud jusqu’à la pointe Serène , qui en est distante de cinq milles environ. Une lieue après la pointe Serène , les terres , plus élevées, se creusent en baies plus profondes jusqu'aux falaises blanchâtres de la pointe de Gucque , qui précède celle de Joal. Une petite rivière appelée rivière de Joal , mais portée sur quelques cartes sous le nom de riviere Payons, sépare les villages de Joal du village de Faduque. De Joal à Palmarin la côte est coupée par de petites rivières ou marigots , qui viennent déboucher à la mer, surtout pendant la saison des pluies; à deux milles de la rivière appelée Goussau-Gué s'avance la pointe de Patmarin, couverte de touffes d’arbres , qui ombragent les villages de ce nom. Après avoir dépassé Palmariu on longe des dunes sablonneuses recouvertes de broussailles jusqu’au mamelon qui forme la pointe de Diacoulia : là toute végétation cesse.
La longue et sablonneuse pointe de Sangomar , qui forme à la fois la rive droite de la rivière Salum et la pointe nord-ouest de la grande baie où débouche la Gambie, rappelle, par sa nature et son gisement , la pointe de Barbarie ( rive droite du Sénégal ).
Près de l’embouchure du Sénégal s’étendent , sur 4 à 600 mètres de longueur et 100 à 200 mètres de largeur, les étangs salins de Gandiole, qui fournissent une quantité considérable de sel; l’eau de ces étangs a une âcreté extrême, et est tellement saturée de sel qu’elle en rend le tiers de son volume; elle couvre le sol d'une croûte épaisse quelquefois déplus d’un pied, et renaissant chaque année après qu'on l’a enlevée. Ce sel, ordinairement blanc, égalerait, dans le commerce, les meilleurs produits en ce genre s’il était épure.
L’existence de ces étangs est un pbé-
L'UNIVERS
nomène encore inexpliqué : séparés de la mer et du fleuve par un banc de sable élevé, d’une largeur de 1,000 mètres, iis ne sont cependant jamais complétetement à sec. La hauteur de leurs eaux ne varie pas avec les marées , et n'augmente qu’à l'époque des pluies. Il y a encore en différents endroits de la Sénégambie des salines naturelles (1) , particulièrement dans le ft'aUo.
Les stations le long de la côte comprise entre le village de Candiote sur le Sénégal et la presqu'île du cap Vert sont marquées par des puits en général peu profonds, creusés dans lesable mouvant , en dedansdela chaîne dedunesqui borde le rivage; ces puits, souvent comblés, sont soigneusement entretenus par les voyageurs. L’eau n'en est ni douce ni claire; elle est toujours saumâtre et mêlée d’un sable Ires-Gn , qui lui donne la couleur blanchâtre du petitlait. Cette chaîne de dunes, dont la hauteur est toujours dé 8 pieds au moins, et dont la distance moyenne de la mer est de 100 pieds à peu près, suffit à arrêter les eaux des pluies dans leur cours vers la mer et de là ces vastes bassins, ces mares plus ou moins étendues, ces belles oasis répandues sur toute la côte, où croissent V Etais gulneensis (le lirr des indigènes) et le Phoenix spinosa, particulièrement aux abords de la presqu’île du cap Vert et autour des villages de Khann, de A"/ lalal, de Kounoun et de Hufisk.
« Ce fut au milieu des riantes oasis » de Khann, dit M. Perrottet (2), que
( i ) Not. statistiques sur les colonies françaises, lit' part., p. ao8 et aoy.
(a) J*enipruute cette description de la presqu’île du cap Vert au Voyage de M. S. Perrollet, naturaliste voyageur de la marine et des colonies, de Saint-Louis du Sénégal à la presqu'île du cap Vert , à Albreda sur la Gambie et à la rivière de Casamanca dans le pays des Feluups-Yola ( 1819), inséré dans le tome MX des Nouvelles Annales des Voyages , p. 187-1 S fi. — Voy. sur le projet souvent présenté de fonder une colonie dans la presqu’île même du cap Vert l’extrait d'nue lettre écrite de Sainl-Louis du Sénégal , le ta avril i8a3, contenant ta relation d’un voyage oar terre de Joal à Saint-Louis , dans les Annales maritimes de i K a 3 , Sciences Claris, tome II, n“ 7».
« je vis pour la première fois les Nègres « grimper sur les étais , dont la plupart « ont de 70 à 80 pieds d’élévation. » Le tronc de cet arbre est nu, de couleur noirâtre, annelé ou marqué de cicatrices annulaires, résultat de In chute annuelle de chaque faisceau de feuilles ; il conserve presqueun pied dediametredans toute sa longueur. Sa cime, comme celle de tous les palmiers , est couronnée de feuilles pennées ou divisées très-irrégulièrement. Les fruits qui succèdent aux Heurs sont portés surunepanicule longued’environ un pied et demi, grosse et trèsserrée; ils sont ronds, de la grosseur d’une forte prune mirabelle et a'un goût très-agréable. Pour obtenir le vin de palme on fait un trou carré ou en biseau a la base du régime ou du pédoncule floral, et l'on y introduit quelques feuilles ou l’extrémité de quelques feuilles pliées ou roulées en une sorte de tube irrégulier qui conduit la liqueur dans un vase attaché à ce régime. Les Negres montent au sommet de l’arbre, à l’aide d’une sangle faite avec le pétiole des feuilles du tirr même, et qui fermée peutembrasser le corps de l'homme et celui de l’arbre; quand la partie de la sangle fixée contre l'arbre est audessous de celle qui leur soutient les reins et les cuisses et leur sert desiége, ils se rapprochent de l’arbre, et, par un élan très rapide, relèvent aussi haut que possible la partie de la sangle qui y est appuyée, et atteignent le sommet par cette manoeuvre répétée. La, assis sur leur sangle et libres de leurs bras, ils coupent les régimes de fruits mûrs, les joignent aux calebasses pleines de liqueur qu’ils ont détachées de l’arbre et les accrochent à un cordon particulier qui ceint leur corps; ils rafraîchissent les incisions par lesquelles s'écoule la liqueur, y replacent de nouveaux vases, de nouvelles feuilles roulées en tube, et descendent par une manœuvre contraire. Il parait d ailleurs certain que le vin ne coule de l’arbre, du moins en quantité notable, que pendant la nuit; car les Nègres ne placent jamais les cucurbites creuses d’une certaine capacité au sommet du palmier que le soir, au coucher du soleil, pour les retirer le matin de bonne heure, surtout si les étais sont exposés au soleil
levant. Le vin de palme n'est bon et agréable à boire pour les Européens qu'au moment même où il sort de l’arbre; mais les Nègres attendent vingtquatre heures après qu’il est tiré, et quelquefois trois jours; alors il est encore potable pour eux, mais cause une ivresse dangereuse; passé ce temps, ce n’estplus qu’un mauvais et infect vinaigre. Cette liqueur est pour les habitants de Khann et de N Batal un objet de commerce lucratif ; ils en apportent tous les matins à Gorée, où les médecins l’ordonnent dans certaines maladies, comme une boisson douce et salutaire (1).
Les oasis de N'Batal offrent en abondance le tetracera senegalensis , dont les tiges flexibles, chargées de branches que terminent des paniculesde Heurs rosâtres, s’élèvent souvent à une hauteur de cinquante pieds, des morinda, des passiflorées , des anonacées , des crotalaria, des ficus, des cuillea, des nymphxa, des ménianthes. Le village de Khounoun , situé aussi dans la vallée, à une lieue environ des bords de la mer, est environné de hautes forêts et de la plus vigoureuse végétation : ce sont des groupes de detarium senegalensis ( datukh des Nègres ), de dialium nitidum ( datakh niey ), d varia ælhiopica , de calypso senegalensis, d'eupborbiacées ligueuses , de canthium, de spondias, de dupuisia , de.
lannea , de tristemma , de gardénia triacantha ( gardénia lerni/olia de Schumacher) , de sarcocephalus esculentus , de rlius lomentosa , de strophanth us lauri/olius , de conlteria ajricana , de combretum grimpants, de xanthàxylon, de ximenia americana.
Le sol de Khounoun et des environs est très-fertile; les habitants y cultivent en grande quantité, dans la saison des pluies seulement, le dougoub nioul ( penicellaria spicala ), le niébé [doli-
(i) Nouvelles Annales des Voyages, t. LIX, p. 147-160 et 169-171. Les fontaines de Miami, qui fournissent l’eau aux habitants de Corée, sont situées à trois quarts de lieue à peu presde l’ile : résout des trous profonds de quatre à cinq pieds et d’un diamètre presque égal, garnis en dedans et ju squ’au fond d’un mur en briques, où l’eau conserse toujours le même niveau, quelque quantité qu’on en retire.
S' Livraison. ( Sériée smuie.)
chos unguiculata ), la patate douce , l’igname, le melon d’eau, le potiron, le concombre. Le village est médiocrement grand, mais très-peuplé. Les cases , construites de la même manière h peu près que dans le Wallo, sont plus propres et mieux distribuées : les habitants sont doux et hospitaliers, surtout les femmes. Ce sont elles qui extrayent du fruit de Vêlais guineensis l'huile qui y est contenue, et qu’on appelle huile de palme. En pilant cesfruits dans des mortiers en bois longs de lieux ieds et demi, sur une profondeur dedixuit pouces , et environ un pied de diamètre, elles détachent du novau osseux la pulpe oléagineuse qui y aubère fortement, et font bouillir à grand feu cette espèce de pâte après l'avoir délayée dans une certaine quantité d’eau. La partie oléagineuse forme, à la surface de l’eau, une pellicule plus ou moins épaisse, qui, en se refroidissant, se fige et prend la consistance du beurre. Cette huile ou ce beurre de palmier a une couleur jaune opaque, une saveur douce comme l’huile de coco ; mais au bout de huit jours elle est rance. On croit que le nom du village de Rufisk vient des mots portugais rio Fresco, qui désignent une petite riviere tarie pendant une partie de l'année. C’était autrefois un des comptoirs les plus fréquentés pour la traite des noirs. C’est surtout derrière ce grand village qu’on trouve l’arbre gigantesque connu , sur la cote occidentale d’Afriuue, sous le 110m de cail ou cailccdra ( le khaya senegalensis des botanistes) : la plus grande hauteur de cet arbre, suivant la description qu’en donne M. Perrottet , est de centdix à cent-vingt pieds, et son plus fort diamètre de six à iiuit pieds. Les premières brandies naissent à la hauteur de quinze ou vingt pieds etse ramifientà l’infini. Les feuilles sont alternes, pennées avec paire, assez grandes et de couleur vert pâle, et le pétiole commun qui les supporte à trois pieds de long à peu près. Les fleurs sont petites, d’un blanc quelque peu rosé, et les fruits généralement sphériques, de la grosseur d’une pomme de reinette ordinaire, ont le péricarpe épais, ligneux et coriace, et contiennent beaucoup de graines aplaties, minces et se prolongeant en une aile
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L’UNIVERS
membraneuse. Le bois rougeâtre de cet arbre, assez semblable à celui de l’acajou mahogoni et pouvant servir aux mêmes usages, fut dans un temps importé en France en grande quantité ; les indigènes en font lies embarcations très-solides. Enfin l'écoree , de couleur brune ou grisâtre et de notât très-amer, est employée comme fébrifuge par les Nègres, qui la prennent en infusion et en décoction. L’eau douce abonde dans la forêt des eailcedras ; on la trouve presque partout à inq ou six pouces de profondeur etdansquelques endroits au niveau du sol.
Un plateau sec et sablonneux domine ces vallées humides où sont les villages, et, présente à sa surface des roches entières ou en fragments, la
Ûart d’un fort volume, assez semles à des laves ou scories de volcans , et souvent couvertes de lichens, et quelques végétaux particuliers, tels que le lonchocarpus formosissima , le terminalia macroplera , le strychnos innocua, le lannea aci/la, \eL.velUina, le spondias birrea , et enfin le matt des Nègres, de la familledesapocynées, dont la tige s’élève à une hauteur de cinquante pieds, et qui produit, comme le vahé de Madagascar, plante analogue, un suc laiteux brunissant insensiblement à l'air, et prenant la consistance de la gomme élastique.
Le terrain compris entre Khannet les Mamelles est trcs-inégal et hérissé çà et là de roches saillantes ou de fragments de basalte : la végétatiou y est brùlee et desséchée par le vent d’est avant que les fruits aient pu atteindre leur maturité. Sur le côté septentrional du mamelon le plus rapproché de la mer, M. Perroltel trouva le linaria spartioldes de llroussonnet, petit arbuste touffu et ligneux à la base , avec de longs et grêles rameaux et de petites fleurs a'un jaune safran, armées dans leur partie inférieure d'un éperon eflilé, 1 epo/ygala ublusifoUa, le P.erioptera. Du reste, ce revcrsdu monticule est beaucoup moins boisé que le revers intérieur et que l’autre mamelon ; mais dans la saison pluvieuse il sc couvre de plantes herbacées : sa pente est beaucoup moins rapide que celle du côte opposé. Autour des cases du grand village situé au pied de
l’autre mamelon , se groupent quelques papayers chétifs, dont les fruits plaisent beaucoup aux Nègres par leur parfum et leur goût, quelques soump ( balanites æi/yptiaca ) de vingt à vingt-cinq pieds d 'élévation, des buissons Aesedoum (zyzipbus ort/iacantha ), que les Nègres taillent pour s'en faire un abri contre les rayons du soleil. Il y a d'autres villages sur la presqu’île entre les Mamelles et Dakar . tous assez grands et propres, et entourés d’une tapade en roseaux de neuf à dix pieds de hauteur, où sont ménagées plusieurs ouvertures.
Les rues étroites de l’intérieur des villages sont également bordées de tapades moins hautes, comme aussi chaque groupe de cases appartenant à une meme famille : devant chaque case, une petite cour est réservée pour les travaux de ménage , la préparation du mil et autres. Comme les cases sont très-basses et ne leur toit est peu solide , ce sont ‘immenses tas d’ordures placés au centre de tous oes villages, qui servent de lieux d'observation. Dans chacun d’eux il y a aussi un ou deux puits peu profonds, près desquels sont placées des auges en bois où les bestiaux viennent boire; mais l’eau de ces puits, mal creusés, est bourbeuse et saumâtre. Le village de Dakar est situé sur une pointe de terre de la presqu'île en face ae l'ile Corée.
Les dunes sablonneuses qui bordent la côte entre Dakar et Khann sont égayées par d’épais buissons de diodea maritima , plante dont la tige, semi-ligneuseet longue dedeuxyjedsàpeu près, est munie de rameaux distiques dès la base ; de scavula lobelia ( Yahl ) ou lobelia l’iumierii ( Linn. ), arbuste ligneux de deux à trois pieds de hauteur, à in tige droite, cylindrique, charnue et d'un vert luisant , aux feuilles ovales , charnues, vertes comme la tige, aux fleurs sessiles, jaunâtres, odoriférantes, et remplacées par des fruits charnus et d'un noir brillant à la maturité; de chrysobalanvs iraco , de conocarpus erec/a et d 'ecastaphyllum Hrownei. Il y a aussi entre ees deux villages des langues de terre basses et assez étendues, fortement imprégnées de sel marin , où croît surtout le phœnix spinosa, que les Nègres de ces parages appellent
hiom-komm, ét ceux du Sénégal inférieur sor-sor. Dans ces terrains salés ce palmier ne forme pas de tige, mais se développe en larges touffes de feuilles , longues et étroites, terminées par une pointe dure très-acérée, qui les rend inabordables ( I ).
« L’ile de Gorée est située par 14” 39' 55" de latitude nord et 19” 40’ 40" de longitude ouest , à 2 milles environ de la côte, au sud du cap Vert, à 38 lieues marines au sud-sud-ouest de l’tle Saint-Louis du Sénégal , et à 35 lieues au nord-nord-ouest à peu près de l'embouchure de la Gambie. Cette île n’est qu'un rocher d'environ 880 mètres dans sa plus grande longueur du nord-nord-ouest au sud-sud-est et de 515 métrés de largeur moyenne. On évalue sa circonférence à 2,250 mètres, et sa superficie à 17 hectares.
La partie sud de l’ile est la plus haute; c’est une masse de rochers à pic, élevée de 250 mètres environ audessus de la mer, et dont la base occupe une circonférence d'environ 600 mè-
(i) » Le kiom-komm des Ncgres du Cayor « (plurnix humilis NoU. ou PU. spinosa de « Schumacher ) atteint au plus une hauteur « de quinze pieds ; son troue est assez droit, de « couleur brune et de quatre pouces au plus « de diamètre. De son sommet naît une touffe « de sept à neuf feuilles roides, longues de sept
• à huit pieds environ, qui s'étendent horizon-
• talemcnt en rosette. La racine de ce palmier « produit un grand nombre de liges assez « semblables à celle du milieu, mais qui s'é- " lèvent, rarement au.dessns de quatre à cinq « pieds. Ces tiges secondaires, souvent garnies « de feuilles jusqu'à la hase , forment des touf- « fes tellement épaisses, que partout où cet « arbre se multiplie naturellement en forets « ou plutôt en halliers, il serait impossible
• de s’ouvrir un passage. Les fruits du « kiom-komm sont p us petits que ceux du « dattier cultivé; mais leur pulpe, assez bonne « à manger, est plus épaisse et adhère forte- « ment au noyau. » Le vin de palme que les Nègres en tirent n’est pas à beaucoup près si agréable que celui de Vêtais jtsincetisis ; le goût en est amer, et les Européens n’en peuvent boire; mais comme la récolte est toujours abondante et beaucoup moins dangereuse, les Nègres recherchent assez cette liqueur. — S. Perrotlet, Nouvelles Annales des Voyages, t. LIX, p, zjz.
très; elle est couronnée à son sommet par un fort. Au centre de celte montagne basaltique, il y a une sorte de bassin de huit a dix pieds de profondeur. sur vingt pieds à peu près de diamètre, tout à fait semblable à l'ouverture d’un cratère éteint. Autour de cette excavation, et sur toute la surface du rocher de Corée, il y a des fragments de roches à base d’oxyde de fer; dans les fentes de ces rochers, de petites plantes rabougries, de la famille des légumineuses (crotalaria aoreensis , alitsycarpus vaginalis, rhyncosia minima). Ce rocher, qui s’élève verticalement du côté de la mer, s’abaisse brusquement du côté de la ville; on a pratiqué un chemin de communication delà ville au fort, large de douzeà quinze pieds, presque droit et partant trèsrapide , et bordé de murs de trois pieds de hauteur. La pointe nord de Plie est toute basse; entre cette pointe et le revers de la montagne du sud, dans la partie nord-est de Plie se trouve le débarcadère, au fond d’une petite anse de sable. L’tle de Gorce manque de tout, même d'eau potable ; néanmoins c’est un séjour agréable et recherché; Pair y est frais et tempéré, et c’est là que viennent se rétablir les malades de Saint- Louis. La ville de Gorée occupe plus des deux tiers de la superficie de Plie; les maisons sont construites avec les pierres qu’on tire de la partie liante ou du cap de Naze: elles n’ont en général qu'un étage, mais sont vastes, bien aérées, solides et élégantes (I). » Toute la partie de cette côte comprise entre l’embouchure du Sénégal et la presqu'île du cap Vert appartient au C aynr. Mais la presqu’île même est indépendante du Damel ou souverain du Cayor, et gouvernée par un chef indigène sous le protectorat de la France.
En 1816, on évaluait la population de la presqu’île du cap Vert à dix mille âmes envirou, et on comptait treize villages reunis en une espece de république fédérative, sous la présidence du chef de Dakar; c’est encore aujourd’hui
(l) Voy. les Nouvelles Annales des Voyages, t. LLX, p. 137-144; et \e% Notices statisûgurs sur Us colonies françaises, part., p. 1 87-
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L’UNIVERS
à Dakar que réside le chef indigène du cap Vert, et on voit sur la gorge ou sur l'isthme de la presqu'île une petite muraille en pierres sèches qui servit à cette population iolofe à repousser les attaques du Damel et à assurer son indépendance. En général, dans toutes les parties du Cavor, les indigènes souffrent de l’oppression du Damel et cherchent à s'v soustraire : ainsi, M. le comte E. Botiët, dans la marche de la colonne mobile qu'il conduisit en avril 1843 à travers le Ghiambour-Cayor, le Wallo et le désert, put observer que tous les malheureux habitants du Cayor étaient en butte aux dévastations régulières de l’autorité même qui leur devait aide et protection; et on implora plus souvent ses secours contre le Damel que contre les Maures : le chef de N' Ghy-Ghélack vint lui demander de le faire connaître à tous comme Sénégalais; le chef de l U’ Pal, village qui, avec ses cinq cents combattants, avait su se rendre indépendant, mit également sa tête dans les mains du gouverneur français; à IY Ghick, village de marabouts' peu considérable; il vit les traces récentes des ravages des gensdu Damel; et le marabout principal lui demanda que, quand le fort de Mèrina-ghen serait élevé, il lui promît protection sous ses murs.
Le journal de inarche de cette colonne inobde peut faire connaître cette ligne de villages qui borde au nord le Càyor, du côté du Wallo , et la nature et l’aspect du terrain au moins de la partie septentrionale de ce pays : de Sor à Gandon , sur une étendue de 8,600 mètres, le sol est plat, sablonneux , et couvert de broussailles épineuses et de taillis; de Gandon à M1 Ghy- Ghélack, la distance est évaluée à 1 myriamètre , et de !V Ghy-Gélack 5 Pàl ; 10° 57’ de latitude) à 12 kilomètres.
A partir de Gandon , le terrain est plus solide, quoique encore un peu marécageux sur quelques points; des fourres de bois présentent quelques kilomètres d’étendue, et on y distingue plusieurs groupes de gommiers; de M’ Pàl à IY Ghick, sur un espace de 10,200 mètres, se succèdent des montées sablonneuses, assez roides de pente. N’ Ghick est situé sur uu plateau élevé et en-
touré de collines, qui sont de vraies montagnes comparativement au reste du pays. A N’ Ghick , comme partout , M. Bouët engagea les indigènes à planter de la pistache , « la vraie richesse « du Cavor, comme la gomme est celle « du désert. » De N’ Ghick à Mérinagheti, la distance est évaluée à 35 kil., 600. L’emplacement de l’ancien village de Baî-kan est à mi-distance de ces deux points : dans cet intervalle, il y a des parties boisées, de la terre végétale, des accidents de terrain, et , dans la seconde partie de la route, d’épaisses forêts de gommiers. Cette ligne de villages , praticable de février en juillet, munie d’eau , de fourrages , assurée par le dévouement des populations, sert aux communications par terre de Saint-Louis avec notre comptoir de Mérina-ghen.
Entre le Cayor, le Foula et le Yolof s'étend , comme un terrain vazue, une grande solitude qu’on appelle le flounoune. M.Mollien, en 1818, le traversa, eh venant de Coqué, grand village de la frontière du Cayor ; et en se dirigeant vers l’est j sud-est, il entra dans le Yolof par le village de JJahen. En 1839, MM. Caille, Huard-Bessinière . Potin- Paterson et Paul llolle le traversèrent aussi, venant de A’ Dind, sur le lac. l’aniéfoul, c’est-a-dire dans une direction constante droit au sud jusqu'au même village de Italien. Le terrain y est trèsaccidenté : ils eurent à traverser alternativement des monticules et des vallées assez profondes, virent peu d’arbres (ce qui montre l’inexactitude de la désignation Forest donnée au Bouncune sur quelques cartes anglaises), mais de ces graminées hautes et vigoureuses, nommées jat, qui donnent au pays l’aspect le plus sauvage. Le chemin, déjà très-difficile dans le jour, est presque impraticable la nuit, a cause de ces herbes épaisses, des bas-fonds, et surtout des rnornies trous creusés par les pieds des éléphants. Le trajet de IV Dind à Bahen fut de quatorze heures ; mais ces voyageurs, mal guides, avaient fait beaucoup de détours, et les indigènes leur apprirent plus tard qu’en partant de grand matin ils pouvaient aller sur les bords du lac et revenir coucher chez eux le soir.
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On ne possède sur l'intérieur du Yolof que des notions trcs-imparfaites, fournies par de rares itinéraires; pour donner au moins une idée de la nature et de l’état présent de ce pays , je reproduirai le plus rérent de ces itinéraires, celui de MM. Caille et Huard.
M. le capitaine Caille, du 3* régiment d'infanterie, et feu M Huard-Bessiniere, pharmacien de ("classe delà marine, avaient été chargés, vers la lin de l’année !83t), de chercher à procurer à nos postes du Sénégal des boeufs d’abattage, qu’on ne pouvait alors y acheter qu’à des prix exorbitants , en établissant avec les Peuls nomades du royaume de Yolof des relations régulières pour l’approvisionnement de nos marchés.
Comme je l’ai dit, ils entrèrent dans le Yolof par llahen, village situé dans une plaine étendue, entouré d’arbres élevés et touffus , et composé de cinq ou six groupes très-irréguliers de cinquante à soixante cases chacun. De la, se dirigeant à l’est, ils arrivèrent, au bout d’une heure et dix minutes de marche et après avoir traverse une plaine sablonneuse, mais boisée, qui longeait à gauche le Bounoune, au village de Moui, anciennement appelé compose d’une trentaine de
cases et dépourvu d’eau. Merina est à S milles à peu près nu sud de Moui, Pfiir à 4 milles , et Gassama a 5 milles plus loin, dans la même direction. Gassama est établi dans une plaine découverte, entoure de champs de mil considérables et bien cultives; le village est petit, mais propre et bien entretenu.
De là ils se dirigèrent au sud-est, et , après avoir traversé des camps de Peuls nomades nommés Kolas et laissé à droite et a gauche beaucoup de villages insignifiants, ils atteignirent Giamo et bientôt Warkor (15’ 40’ ou 15° 42’ de latitude, suivant M. d’Avpzac), capitale du pays de Yolof, où ils eurent une audience du roi. « Warkor est ad- « mirablement située au milieu de « plaines immenses qu'elle domine, « ayant pour horizon une ceinture de ,« collines parées d’une riche végéta- « tion. Les cases sont disposées sans « goût. Le palais est à gauche de l’cn- « trée du village : c’est une case très- « élevée, supportée par des piquets « énormes et tapissée de gris-gris de
« toute espèce et de cornes de bœufs, « de cobas et de moutons. Dos fumiers « monstrueux en bouchaient presque « l’entrée : c’est une marque de dignité « attestant que les chevaux de bataillé « ne manquent pas dans les écuries du » prinre. Le Bourv-Yolof se nomme « Ali-Boury; il est neveu de l’ancien roi « Baba-Boury; c’est un homme de ein- « quante ans environ(l839), d’une taille « presque gigantesque, mais d'une mai- « greur remarquable; sa figure respire <■ la bonté et la franchise. » De Warkor, MM. Caille, et Iluard se dirigèrent vers l’est, traversèrent d’abord line petite plaine sablonneuse , plantée de mil, et laissant à gauche le village de Tiolo ou Ailen, ils arrivèrent à A’ Dourcn, après avoir fait trois milles environ , et a un quart d’heure de chemin plus loin ils entrèrent dans un second A’ Douren (dans le Yolof quatre ou cinq villages portent quelquefois le même nom); puis, laissant à droite, sur un monticule, Houle et N'Gen et descendant une colline très-rapide, ils atteignirent Diokoul, résidence du prince Berguel : c’est un village d’une centaine de cases, irrégulièrement distribuées sur le revers d’une colline, avec quelques arbres de haute futaie pour rideau, et pour horizon des monticules et les vallons correspondants.
Ils restèrent deux jours a Diokiml, pour complaire à Berguel, et passèrent une soirée au milieu de sa nombreuse et belle famille. Ils reprirent ensuite leur marche vers l’est, dépassèrent bientôt Païen et Balen, laissant à droite bon nombre de villages; a deux lieuresde Diokoul ils trouvèrent Ganguiol, et à une heure vingt minutes de la le village de Tanguy, qui est tres-liabilé et qu’entoure un double tata creneié, eu terre glaise, ainsi que des fosses assez protonds : « e’est une place presque inex- <* piignahle pour le pays. » Aorkol, village mi-partie de Yolofs et de Peuls, assis sur le plateau d’un monticule peu élève mais très-étendu , est éloigné de Tanguy de deux heures dix minutes. De là , ils se portèrent dans le sud-sud-est, vers Maugrais , à 25 milles seulement de Korkol. Le pays entre Warkor et Maugrais est très-accidenté, bien cultivé dans les environs des villages d/é»
L’UNIVERS
dîna, Caié, Tabe, Mérlna, Cuti, Boule, .Y* Douren, et riche en pâturages.
— De retour à Warkor, ils reçurent des mains des Peuls cinquante-six bœufs, qu'ils dirigèrent sur Moui, et firent une nouvelle excursion au sudsud-ouest pour visiter les Peuls de ■ Guenguel. Le premier village qu’ils aperçurent fut Geten-lVarkor ; à deux heures vingt-cinq minutes de là, ils arrivèrent à Tieken , après avoir longe plusieurs camps de Peuls isolés. Le terrain s'abaissait sensiblement , les monticules étaient plus éloignés, et l’on apercevait un grand nombre d’etangs; enfin, après avoir fait 18 milles à peu près dans le sud-sud-ouest, ils atteignirent Partit/ et a 3 milles de là, toujours dans la meme direction, rencontrèrent un camp de Laobés (l), et entrèrent dans une plaine boisée, qu’ils suivirent pendant trois heures et demie : au bout de celte plaine, et après avoir fait 13 milles dans le sud-sud-ouest depuis Pardy, ils trouvèrent Pakour, village habité par des Yolofs, mais entoure de tous côtés par des camps de Peuls. Le roi a placé a Pakour un percepteur appelé Tarba-Guinguel , pour recevoir les redevances considérables que les tribus de Peuls payent régulièrement chaque année an Boury-Yolof. Les environs sont très-riches en herbages et couverts de troupeaux. Ils visitèrent aussi l’anal , résidence d’Ardo-Bakel , chef des Peuls, et dans l’espace de 9 milles, qu’ils parcoururent entre Pakour et Panai, ils ne cessèrent d’apercevoir ou de traverser des camps : Panai est le plus considérable. MM. Caille et Huard y furent reçus avec une extrême cordialité, et le chef leur promit qu’on ne manquerait plus de bœufs désormais, si l’on établissait pour les recevoir un
(i) Suivant M. Mollien, les Laobés sont des Nègres répandus parmi la nation des Yolofs, sans habitations fixes, étayant pour unique industrie de fabriquer des vases , dc*j mortiers et des lits en bois; ils payent un droit aux princes yolofs, qui les laissent vivre dans leurs forêts, mais sont evemptés du service militaire. Cette nation des Laobés a un chef particulier, fis sont, un général, d’une laidrur repoussante; les Yolofs, par superstition , recherchent cependant en mariage les jeunes filles laobés.
comptoir qui ne fût pas troç éloigné de Panai. De là ils remontèrent au nord-uord-ouest, vers W Pass, en passant par Sin, Dura, Gomme et Kam.
M Pass est situé sur un monticule qui domine une plaine immense; c’est le chef-lieu d’un canton où ils comptèrent onze villages assez considérables et dix camps de Peuls groupés autour du cheflieu. De M’ Pass , ils rejoignirent leurs laptots à Moui, par Aol, Borguel et Rlérina (I).
Au sud du Cayor et à l’ouest du Yolof, sur une étendue de douze lieues de côtes, depuis le cap Rouge jusqu’à la pointe Serène . se prolonge le pays de Baol, démembrement du Cayor, dont le souverain est appelé Toyn. Au sud du royaume de Baol est celui de Syn , dont le chef porte le titre de Bout. Ce petit État, démembrement du Salem ou S'alum , principauté démembrée elle-même de l’ancien empire des Ouolo/s, n'a qu’une étendue de onze lieues de côtes; il est commeenclavédansle pays deSalum.
Le Salum , comme tous les États que je viens de nommer, est un État yolof; mais toute la partie qui est au sud de la rivière Salum a été envahie par les Mandingues, qui y ont formé le petit État de Barr, oïi Burra, sur la rive droite de la Gambie. D’anciens traités confèrent à la France le droit de souveraineté sur la portion du littoral comprise entre le cap Vert et la rivière Saluai, jusqu’à une distance de six lieues dâns l’intérieur. Sur toute celte portion de côtes dont j’ai déjà donné, d’après RI . le comte Bouét, une description exclusivement nautique, sont ré|iamlus des bas-fonds destines en apparence à recevoir les eaux pluviales des plateaux :
ces bassins, marais ou marcs d'eau douce, plus ou moins étendus, au milieu desquels croissent beaucoup de palmiers et de grands arbres, ou que recouvre un gazon touffu, une herbe très-fine et excellente pour les bestiaux , forment proprement autant d’oasis parmi d'immenses plaines arides.
Les végétaux particuliers à ces basfonds diffèrent singulièrement de ceux des plateaux éleves et des terrains ad-
(i) Bulletin de la Soc.de giogr., Il* série, L XIV, p. 199:107.
SÉNÉGAMB1E.
jacents , et sont analogues pour la plupart à des espèces abondantes à Madagascar, à la Guyane, au Brésil, aux Antilles, aux Indes orientales, et aux environs de Bénin. Le petit nombre de mares d'eau douce qu on trouve aussi çà et là sur les rives du Sénégal sont beaucoup moins fertiles et le plus souvent desséchées ; et les arbres qui y végètent n’ont aucune ressemblance avec ceux des bas-fonds de cette autre partie du littoral. Quant à cette chaîne de monticules qui régné depuis la presqu’île du cap Vert jusqu’au cap de Naze, les roches qui la constituent présentent presque toutes un aspect volcanique, mais la ermite seule l’est réellement : « cette « croûte, dont l’épaisseur varie depuis « quelques pieds jusqu’à plusieurs mc- « très, a suivi en partie les ondulations « du terrain, qui sont horizontales,
« obliques ou per|iendiculaires. Au cap « Rouge, la matière fondue paraît avoir « coulé, sur une roche de grès grossier,
« friable, çt l’avoir pénétrée à quelques « pouces. I.e point de contact , presque « vitrifié, forme une séparation bien « distincte entre le grès et la roche « ferrugineuse volcanique, qui parait « avoir été fondue. Cette roche présente « assez souvent des cavités cylindri- « ques, comme tortillées et repliées « sur elles-mêmes, beaucoup plus al- « longées qu’elles ne le sont ordinaire- « ment dans les roches au milieu des- « quelles elles existent. Des calcaires
* coquilliers et à grains fins se trou*
« vent inférieurs aux roches ferrugi- « neuses, ou à la superficie du sol, là où « les dernièresont disparu. Cescalcaires,
« très-communs entre Barny et Yenne," « sont par couches de deux a six et huit « pouces d’épaisseur ( le calcaire com- « pacte à grains lins ), et présentent « entre leurscouches des quartz cristalli- « ses ou compactes à grains fins et cas- « sure vitreuse, colorés en gris ou en « noir, mais sans odeur désagréable.
« Les calcaires coquilliers sont eu ro- « ches énormes, présentent entre leurs « fragments de nombreuses cavités et « s’avancent dans la mer à une plus « grande distance que ceux qui sont par « couches. Il existe parmi les calcaires « coquilliers, près de Barny, quelques
* roches entièrement formées de frag-
« ments de calcaire et de quartz em- « pâté dans un ciment siliceux. Ces ro- « ches font indifféremment partie des « calcaires compactes et coquilliers, « quoique plus abondantes parmicesder- « niers. La végétation qui couvre ces col- « lines indique et le peu de profondeur « du sol et le peu d’humidité qu'il peut « leur fournir : tous les arbres à feuil- « les larges, qui par conséquent ont « une transpiration abondante, ou sont « à bois spongieux, ou perdent ce « feuillage a l’époque de la sécheresse.
« Les plantes qui offrent à cette épo- « que quelque verdure à l’œil fatigué « n’ont qu'un feuillage extrêmement « déchiqueté ou très-sec, peu garni « de pores et incapable d’une transpi- « ration à laquelle l’arbre ne pourrait « fournir sans périr (1). »
Les trois points militaires qui assurent la domination française sur toute cette étendue de côtes sont Ruftsque, à 3 1. de Corée, l’ortudal dans le Baol , à 10 I. deGorée, et Joal dans le Sin, à 20 1. de la même île. I.e plus important, Joal, est un grand village bien peuplé, situe à 200 toises à peu près de la mer. Il est environné, du côte du sud-ouest, de terrains bourbeux coupés de criques quu bordent des palétuviers touffus et trèshauts, et au sud-est il est dominé par un vaste plateau sablonneux, dont le sol, généralement sec et léger, est merveilleu sèment propre à la culture du petit mil. La végétation, du reste, y est belle ; M. Per* rottet y rencontra le parkia africana ( neti et nédé de Beanfort et de Caillé), bel arbre haut de plus de quarante
Î lieds, qui étale ses branches horizontaementa une grande distance®; le bonibax buonoporense , aux grandes fleurs rouges, le randia longuttyla, deux espèces de clerodendron , le rhyncosia glo-
(l) Voy. la copie d'un rapport adressé le aG septembre 1837 à M . ( lerhidon , commandant et administrateur de ta colonie du Sénégal, par M, Leprieur, pharmacien delà marine, dans les Annales marit., Sciences et arts, 1828, t, I, p. 465-4Cy.
(2) > Les feuilles de cet arbre, bipvnnret « avec paire, sout fines, Ircs-serreei sur le * pétiole et d’un vert pale; ses fleurs réunies a sur un axe globuleux, semblables pour la x forme et eu quelque sorte pour la grosseur
L’UNIVERS
merata. Les palétuviers des environs de Joal sont chargés d’une prodigieuse quantité d'hultres dont les Nègres font grande consommation : ils les mangent plus souvent boucanées que crues. Aussitôt qu’à la marée basse les racines des plétuviers se montrent à découvert, ils vont avec une petite hache en séparer quelques-unes de haut en bas et les emportent : une seule racine de trois
f lieds de long tout au plus fait souvent a charge de deux hommes, tant e-t considérable la masse d'huîtres qui les entourent. Ces huîtres ne sont pas trèsgrosses; leur forme est assez allongée et presque spatulée. Connue leur surface est tres-inégale, au lieu de les ouvrir à notre manière, on les expose sur des charbons ardents, et elles s’entr’ouvrent bientôt. Les amas de coquilles d’hultres déposés derrière le village ont une destination religieuse; c’est au centre de ces immenses tertres de substance calcaire que les habitants de Joal ensevelissent les morts. — Les cases du village sont très-irrégulièrement disposées, mais en général élégantes et soigneusement entretenues. Les Nègres de ce canton ont l’aspect repoussant.' Comme ils sont riches, leur couscous est ordinairement assaisonne de bouillon de viande de bœuf, de mouton et de volailie. Sauf les environs mêmes du village, qui sont vaseux et embarrassés de maugliers, le pays de Joal est beau et fertile : toutefois on n’y peut cultiver le riz (1).
« à un pompon militaire, «ont inditiduclle- » ment asser petites, d'un rouge brillant et « placées à l'extrémité d'un long pédoncule, « pendant, qui a plus de deux pied, et demi de « longueur. Chaque pédunculc commun sc « divise , vers sou sommet , en plusieurs pédi- « celles également très-longs , et qui ,e Icrmin nent par une houle de fleurs plus ou moins « grosse. Les fruits naissent en paquets; ils « sont longs de dix pouces à un pied, larges - d'un demi-pouce au plus , présentant ainsi « un légume linéaire tres-pru arqué; les « gousses contiennent une rangée de graines - presque lenticulaires, roussitres, cnvelop- « pées d’une pulpe jaunâtre très-sucrée, que « les Nègres mangent avec plaisir. » ( Xourtlles Annales des Voyages, t. XJX, p. 177.)
(1) flloiivclles Annales des Voyages, l.LIX., p. 176-1 8a.
I.a rivière Salum, qui sépare, comme je l’ai dit, le Sin du Barra, c'est-à-dire les lolol's des Mandi gués, est une rivière assez forte , dont une barre mobile et de nombreux îlots de sable rendent l'entrée difficile. La barre une fois franchie, elle n’offre plus d’autres difficultés à la navigation que des sinuosités nombreuses. Ses rives sont coupées de marigots qui forment des îles liasses et couvertes de mangliers; au delà de ces remparts de mangliers s’étendent des champs incultes, dont les indigènes brillent l'herbe haute et touffue pour rendre plus facilel'accès de la rivière, où le poisson abonde. Très-peu de villages la bordent : le plus considérable est celui de Sum ou Fellam, remarquable par l'élégance des cases et des magasins à riz; car ici la culture du riz a remplacé celle du mil : ce village est situé sur une petiteîle ,à l’entrée d'un marigot qui aboutit d'autre part à la Gambie. A 3 ou 4 milles au-dessus est le village de Kiarè, qu’avoisine un groupe de grands arbres : à cette hauteur, le lit de la rivière est embarrassé de plusieurs bancs de sable qui ne laissent entreeux qu'un canal peu profond. On 11e rencontre d'autre obstacle de ce genre que 40 milles plus haut, le long de la rive gauche; eufrn un peu au-dessus, une petite crique, suivie d’une côte élevee et très-boisép, présente un excellent mouillage, d’où il est aisé de communiquer avec deux forts villages de l’intérieur, les mieux approvisionnés de tout le pays en poisson et en gibier. Au delà de ce mouillage la rivière conserve asséz de profondeur, mais se rétrécit extrêmement, et les plus petits navires peuvent seuls pousser plus avant. Ils mouillent ordinairement a Kaulak , petite baie qui tire son nom d'un village éloigné dans l’intérieur de 2 a 3 milles sur la rive droite. Dece mouillage 011 peut se rendre en peu de temps par terre a Cahône, capitale du Salum; maison n’y peut arriver par eau qu’en pirogue et après beaucoup de détours. Le chemin estimé, en tenant compte des nombreux détours , donne 96 milles,, depuis l'entrée de la rivière jusqu’à la capitale : dans toute cette étendue ses eaux ont un goût salin très-prononcé (1).
(1) Vor., dans tel Annales maritimes.
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Au delà de cette rivière, en Gambie, la nature et l'aspect du pays changent : les terrains sont beaucoup plus fertiles que ceux des bords du Sénégal , et généralement mieux cultivés : les mils y sont cultives par sillons, procédé qui a l’avantage de ne pas laisser s’écouler les eaux et tout ensemble de ne pas noyer les jeunes plants de mil semés sur le sommet des sillons. Les hauteurs seules, dont le sol, qu>iqu’il offre beaucoup d’analogie avec celui des bords du Sénégal, est moins ferrugineux et plus riche en humus, sont cultivées de cette manière : les bas-fonds, divisés, par des digues d'un à deux pieds de hauteur et d’epaisseur, en compartiments de 20 à 30 mètres carrés , ne laissent pas ainsi écouler les eaux pluviales, et se prêtent à l’ensemencement des riz, qui demandent à avoir toujours les racines dans l'eau. Les rizières de la Gambie sont humides même pendant la saison sèche.
L’eau douce s’y trouve partout aune très-petite profondeur et en beaucoup d'endroits on rencontre à un pied, un pied et demi, une glaise dont les indigènes se servent pour revêtir les parties de leurs habitations qu’ils veulent garantir de l'humidité, ou qu’ils détrempent et battent pour construire l’enceinte de leurs villages. Les terrains bas de la Gambie sont aussi couverts de figuiers, de nauclia, de slei culia, de spondias et autres plan es a larges feuilles.
Histoire des établissements français au Sénégal. Suivant une ancienne tradition, des l’année 1304, les Dieppois envoyèrent leurs vaisseaux sur la côte occidentale d'Afrique pour y fonder des comptoirs et explorer 1 intérieur du pays; ils auraient, d'abord au delà de Sierra-Leone, à l'embouchure du riodos Cestos, établi le comptoir ou loge de Petit-Dieppe, et, s’avançant jusqu'à la Côte d'Or, ils auraient bâti à la Mine, en 1383, une église qui existait encore, en 1669. L’anciennete. bien constatée des noms de Baie de France , de Petit- Dieppe, de Petit- Paris , de. Bastion de France, de Château des Français, qui se sont con-
i83o, sciences et arts, t. II, p. i»7-i3a, une notice sur la rivière de Salum , par M. Du vaure, licutrnanl de vaisseau, commandant le brick Us Bordelaise,
serves à la Mine et à Axim, confirme et accrédite cette tradition ; malheureusement les Dieppois et leurs associes de Rouen n’ont rien écrit de ce qu’ils ont fait et vu les premiers, ou, comme la France n'a eu ni son Ramusio, ni son J/a/iluyt, leurs relations se sont perdues; et quand le P. Labat, pour composer sa Nouvelle relation de i Afrique occidentale , eut pris connaissance de tous les mémoires contenus dans les archives de la compagnie des Indes et du Sénégal, il trouva que les plus anciens titres ne remontaient pas au delà de 1626. Néanmoins, il n’abandonna pas cetteglorieuse tradition, et la plaça avec confiance au débui de son livre’. Plus loin, après avoir décrit la Cote d Or, la cote principale de la Guinee, comme on l’appelait autrefois, je rapporterai aussi tout au longcelte tradition, d’après les voyageurs et les géographes du dixseptième siècle qui l’ont recueillie, publiée et acceptée; j'y joindrai les details ou les principaux traits d’une savante et vive polémiqué dont elle est encore aujourd’hui l’objet, et qui compose sans contredit une des questions les plus iutéressantes de l’histoire de la géographie. Mais ici , circonscrit par lés divisions géographiques que j’ai adoptées, j'ai dû me borner a cette courte reserve des droits de priorité des marins dieppois. Maintenant il convient de parler des explorations successives lu te- au Sénégal par les différents peuples jusqu’à la date de 1626, où commence l'histoire authentique des établissements français.
En 1416, Denis Fernandez, navigateur portugais, dépassa l’embouchure de la ririëre de Sanaga ou Sénégal , qui séparait alors les Assènages du pays oeJalofs, etatteignitau delà le cap Vert (1). L'année suivante, un autre Portugais, nommé Lancelot, aborda aux mêmes lieux ; et l’on croit que c’est lui qui donna au fleuve, appelé auparavant rfy. tCClvi-
{ i) M. le vicomte de Santarcm a vu indiquée sur une carte vénitienne du seizième siècle l'anuée où les Portugais firent cette double découverte : on y lit auprès du nom du Sénégal les mots : Scop. da Denis Fernando, 1446; et auprès du cabo Perde : Scop. l'an 1446 de Portug.
L’UNIVERS
dech, le nom de Sanaga, qui était celui d'un Maure, son compagnon ; les découvertes ne cessèrent dès lors de s’avancer vers le sud; et sur la mappemonde de Fra- Mauro, qui date, suivant les uns, de 14ti0,et qui, suivant les autres, est postérieure à 1470, la côte se prolonge au delà de la Gambie, et présente les noms portugais de Cabo f'erde, Oibo Hoxo et autres. En 1455 le Vénitien Cà-da-Mosto (1), après certaines conventions passées avec le grand prince don Henri, partit pour une nouvelle exploration, sur une caravelle , portugaise, que commandait Vincent Diaz, et qui, après avoir doublé le cap Blanc, atteignit l’embouchure du Sénégal. La relation de Cà-da-Mosto contient les plus anciens renseignements que l’on connaisse sur le cours inférieur de cetleuve. « Nous parvînmes, dit-il, au fleuve qu’on nomme le ruisseau de Sénéga, qui est le premier et plus grand de toute la terre des Noirs, et entrâmes par cette cote, là où cp fleuve sépare les Noirs d’avec les Basanés qu’on nomme Azanaghes , divisant semblablement la terre sèche et aride ( qui est le desert susnommé) d'avec le pays fertile, qui est celui des Noirs. Et cinq ans avant que je me misse à la route de ce voyage, ce fleuve fut découvert par trois caravelles du seigneur Infant, qui entrèrent dans icelui et traitèrent paix avec ees Noirs, parmi lesquels ils commencèrent à démener le train de marchandise : en quoi faisant d’année à autre, plusieurs navires s’y sont transportés de mon temps. Ce fleuve cft grand et large en bouche de plus d’un mille, étant assez profond, et fait encore une autre bouche un peu plus avant, avec une lie au milieu. Par ainsi il s'embourbe dans la mer en deux eudroits, à chacun desquels il fait plusieurs bancs d’arène et levées qui se jet-
(t) M. Walckenaer a donné une longue et exacte analyse des deux voyages de Cà-da- Mu'lo. dans son i*r vol. de V Histoire générale des Voyages. Les deux relations de ce voyageur furent écrites en italien en 1507, puis traduites l’année suivante en latin et en français. Ramusio publia de nouveau la rédaction italienne, et Gryna’us reproduisit la version latine, infidèle en plusieurs endroits.
tent au large dans la mer par l’espace d’un mille; et en ce lieu monte la marée et cale de six en six heures, dont le montant se jette avant dans le fleuve par plus de soixante milles, selon que j’en ai été informé par les Portugais, qui ont navigué dans icelui longuement.
Et qui y veut entrer, faut qu'il voyse selon l'ordre des eaux , pour cause de ces levées qui sont à la bouche d'icelui fleuve, depuis lequel jusqu'à cap Blanc on compte trois cent octante milles, étant la côte tout aréneuse jusqu’auprès de cette bouche environ vingt milles, et s’appelle la cûte cTAnterote, laquelle est du domaine des Azanaghes basanés. Et me semble fort étrange et admirable que delà le fleuve tous les peuples sont très-noirs, grands, gros, de belle taille, bien formés, le pays verdoyant, peuplé d’arbres et fertile; et deçà les habitants se voient maigres, essuis, de petite stature , et le pays sec et stérile. Ce fleuve, comme plusieurs sont d’opinion, est une branche de Gion, qui prend son origine au paradis terrestre et fut nommé Niger par les anciens, lequel Gion, arrosant toute l’Ethiopie et s'approchant près de la mer Océane, devers ponant, là où il s’embouche, jette plusieurs autres branches et fleuves, outre celui-ci de Sénéga.
L’autre bràs qu’il jette encore est le Nil, qui passe par l’Égypte et se joint avec notre mer Méditerranée. Telle est l’opinion de ceux nui se sont avec travail délectés à chercher le monde et s’enquérir des merveilles d'icelui. — Le pays de ces Noirs sur le fleuve de Sénéga est le premier royaume des Noirs de la Basse-Éthiopie, et les peuples qui habitent aux rivages d’icelui s’appellent Gilo/es. Toute la côte et cette région dont nous avons ci-dessus fait mention consistent tout en plat pays jusqu’à ce fleuve et par delà encore; tant qu’on parvient à cap Vert, qui est pays relevé et le plus haut qui soit en toute la côte ; c’est à savoir quatre cents milles plus outre qu’icelui cap. Et selon ce que j'oi pu entendre, ce royaume de Sénega confine, du côté du levant, avec un pays nommé Tuchusor; devers midi , avec le royaume de Gambra; delà partie de ponant , avec la mer Océane; et du côté de tramontane, se joint avec le fleuve
susnommé qui sépare les Basanés d’avec ces premiers Noirs. Il est de petite étendue; car selon la côte, il ne s’avance pas plus haut de deux cents milles et peut contenir en largeur autant d'espace , comme j'en ai été informé. — Je passai, continue Cà-da-Mosto, le fleuve de Sénéga avec ma caravelle , sur laquelle naviguant, je parvins au pays de Jludomel , qui est distant d’icelui fleuve par l’espace de huit cents milles (il faut substituer cinquante millet environ ) selon la côte , qui est toute basse et sans montagne depuis ce fleuve jusqu’à Budomel, lequel nom est titre de seigneur et non pas celui du pays meme; car on l’appelle terre de Budomel, comme pays d’un tel seigneur ou comte, our auquel parler je pris terre là (I). »
1 séjourna quelque temps dans ce pays, comme il dit , en partie pour voir, acheter, trafiquer et avoir la connaissance de plusieurs choses; puis il délibéra d’aller plus outre, et, en passant cap Vert, découvrir nouvelles régions et chercher sa fortune. <* Ce cap / ert, ajoute-t-il, est ainsi appelé pour autant que ceux qui vinrent a le découvrir premièrement ( qui furent les Portugais, environ un an avant que je me trouvasse en ces parties ) , le trouvant tout
(t) Navigations de Masser Alouys de Cademoste, gentilhomme vénitien; trad. de Jean Temporal; dans l'ouvrage intitulé : de T Afrique , et imprimé en août i83o aux frais du gouvernement, t. II, p. 3y5-3^. Voy. aussi les chapitres intitulés : i° En quelle manière l'on procède à la création des rois de Sénéga, et comment ils se maintiennent en leur État; au de la foi de ces premiers Noirs ; 3U de la manière des habits et coutumes des Noirs ; 4“ des guerres qui surviennent entre eux, et de leurs armes ; 5° du pays de Budomel et du seigneur (Ticelui; 6° de ce que produit le royaume de Sénéga ; comme Ton procède à cultiver la terre, et par quel moyen s'y fait le vin ; des animaux qui se trouvent en ce royaume ; 8° du marché que font les Noirs et des marchandises qui ont cours en teelui, etc. — A l’occasion de ce pays de Budomel, M. Walckenaer fait la remarque que. ces oo milles de navigatiun à partir de l'embouchure du Sénégal nous conduisent à la petite lisière où est la position de Condamcl, dans le royaume de Cayor ou de Daui cl.
verdoyant de grands arbres, qui demeurent en verdeur tout le long de l’année, qui fut la cause pour laquelle il fut appelé cap Vert ; comme cap Blanc, duquel nous avons parlé auparavant, pour avoir été trouvé blanc et aréneux. Ce cap Vert est fort beau et haut, ayant à la cime deux petites montagnes, et se jette bien avant dans la mer, avec ce que, sur le dos et au contour d’icelui , y a plusieurs bourgades de paysans noirs et maisons de paille tout au plus près de la marine, à vue de ceux qui les côtoient et dépendent encore ceux Noirs de ce royaume de Sénéga susnommé. Audessus du cap , il y a aucunes grèves d’arènes qui fendant la mer environ un demi-mille et par delà icclui vînmes à découvrir trois lies inhabitées, bien peu distantes de terre et couvertes d’arbres grands et verdoyants... Le jour ensuivant, reprenant nos terres, nous naviguâmes toujours à vue de terre, notant qu’outre ce cap se jette un golfe dans icclui , étant la côte liasse, trèspeuplée de fort beaux et grands arbres verdoyants, qui ne perdent jamais une feuille le long de l'année; et, selon mon avis, je ne vis de ma vie la plus belle côte que celle-ci me sembla être, laquelle est toute arrosée de plusieurs fleuves et petites rivières de peu de compte, à cause que les navires n’y sauraient emboucher. Au delà île ce petit golfe, tonte la côte est habitée de deux générations, l’une nommée Barbacins, et l’autre Sé reres , toutes deux noires , mais hors de la puissance et domaine du roi de Sénéga et de tout autre seigneur. •
Après la relation de Cà-da-Mosto vient se placer, dans l’ordre chronologique, le Traité succinct sur les rivières de Guinée, du cap y ert, depuis le Sénégal jusgu’au fleuve Sainte-. Inné , par le capitaine André Alvarez d’Almada (1591), ouvrage rempli de détails ethnographiques et de précieux renseignements sur les relations de commerce que les Portugais, les Français et les Anglais entretenaient à la lin du seizième siècle avec cette partie de l’Afrique (l). Ou y
(t) Alroada naquit dans Vile de Santiago, Fuite des iies du cap Vert, au milieu du seizième siècle, et y passa une grande partie de
L’UNIVERS
voit que le pays des lolofs confinait alors, du côté des montagnes, avec celui des Foulos Calalhos ou (iagos ; que ce royaume des lolofs, autrefois si considérable, était bien déchu; que le grand Iolof ou Durba- Iolof était devenu vassal du roi de Galalho, appelé te grand Fouto ; que ses États se terminaient alors auprès À'Encathor , qui en était autrefois le centre; et que le reste était passé entre les mains des descendants du lioudoumel, avec le titre même de grand iolof. Le principal port du royaume de Koudoumel était Biziquiche , « bfclle baie continuellement fréquentée par les Français et les Anglais; un grand nombre dé vaisseaux, dit Almada, peuvent y mouiller à la fois sans avoir rien à craindre des vents , contre lesquels ils sont protégés pqr une Ile, de sorte qu’on y peut hiverner en toute sûreté : le canal qui sépare celte île delà terre ferme a souvent servi de refuge aux vaisseaux
sa vie. Son ouvrage nous prouve qu'il connaissait toute la partie de l’Afrique tpii s’étend depuis la Seuégainbie jusqu'au Kcuin, d'autant mieux qu'il y avait fait de nombreux et fréquents voyages, soit pour s’instruire, soit pour traiter avec les naturels d'objets relatifs nu commerce. Il fut choisi eu i 58o . par les habitants des iles du cap Vert, pour aller en Portugal se concerter avec le gouvernement sur les moyens d’établir une colonie à Sicrra-Leone. Selon le célèbre bibliographe Karliose, Almada fut aussi employé à Angola. Sa relation est dédira à l'évêque des iles du cap Vert, que le gouvernement avait chargé de traiter avec lui comme étant le juge le plus compétent. L'évéque l'approuva, et en ordonna la publication; nvanmoius elle n'avait pas encore vu le jour lorsqu'on 1733 on en publia une édition aujourd'hui fort rare, dont le texte est d'ailleurs mutilé, et où l'on a même altéré le nom de l’auteur. Heureusement M. de Varnhageu eu découvrit, il y a quelques années, une copie manuscrite dans la bibliothèque publique de Lisbonne, pendant que M. Kôphe en trouvait une autre dans celle de Porto. Ce dernier manuscrit, écrit en caractères de l'époque, provenait de la collection des bénédictins de Tibaens. C’est d'apres ce dernier , qu’il regarde comme le meilleur, que M. Diego Küpke a publié cette relation, in-S", Porto, i84>, avec des notes et une introduction. — (A 'oie empruntée à AI, le vicomte de Santarem. )
français quand ils étaient poursuivis par les nôtres. Dans l'état actuel des choses, cette île sert d’entrepôt aux Français et aux Anglais; tous ceux qui vontà Sierra- Leoue , à la côte de la Malaguette , au Brésil et aux Indes espagnoles, s’y arrêtent pour y prendre langue, car ils s’y croient chez eux tout comme s’ils étaient dans un des ports de leur patrie. Aussi trouve-t-on sur cette côte beaucoup de Nègres qui parlent très-bien le français et qui ont été même en France; et maintenant qu’ils se sont alliés avec les Anglais, beaucoup ont appris leur langue et sc sont même rendus dans leur pays par ordre du gouverneur du port (T. Ile, qui est en même temps inspecteur des revenus royaux. Ce port est situé presque à la pointe du cap Vert , entre ce cap et celui dos Mastros Quand le roi Noglior, grand ami des Portugais, régnait dans IcBoudoumel, c'était averses sujets que les habitants de l’île de Santiago ( cap Vert ) faisaient leur principal commerce. Tous les ans, un grand nombre de vaisseaux chargés de chevaux et de marchandises diverses quittaient l'Ile pour aller trafiquer sur cette côte ; mais le successeur de Noghor, Boudoumel Bixirim, ayant établi son séjour à Cambaya, commença à se querelbravec les Portugais; il reçut les Français dans ses ports, et fit le commerce avec eux; c’est pourquoi les ha* hitants de Santiago renoncèrent à ce trafic, qui est aujourd'hui plutôt dans les mains des Anglais que dans celles des Français, qu'ils sont parvenus a évincer. Ces deux nations emploient pour agents un grand nombre de Portugais et quelques etrangers qui sont établis parmi les Barbacins, au port de Joata, dans le royaume à' Aie Embirane. Ils vont de rivière en rivière pour faire le commerce, et pénètrent même trèsavant dans l'intérieur. Les Français et les Anglais exportent annuellement une.
grande quantité de cuirs de boeuf, de buffle, de gazelle, aiusi que d’un autre animal qu'on appelle sur la Gambie dancoy , lequel est, dit-on, le véritable anla ; ils exportent aussi de l’ivoire, de la cire, de la gomme, de l’ambre, du musc et de l’or, et donnent en échange diverses marchandises de leur pays. Nos ennemis traitent très-bion les Portugais qui
leur servent ainsi d'auxiliaires : le jour où ils livrent les marchandises et en reçoivent le prix , les Anglais leur donnent à terre un magnifique banquet , auson du violon et d’autres instruments de musique. C’est comme cela que nous avons perdu tout le commerce depuis le cap Vert jusqu'à l’embouchure de la Gambie (l). »
Comme on le voit, depuis longtemps les Français fréquentaient la côte occidentale d’Afrique (on sait à n’en pas douter qu’ils v avaient précédé les Anglais), lorsqu'en X(J2G ils paraissent authentiquement, si je peux dire, établis à l’embouchure du Sénégal. La Compagnie de Houen, qui était alors en possession de ce commerce, en jouit jusqu’en 1664 , époque à laquelle elle dut vendre ses établissements à la Compagnie des Indes-Occidentales , créée par un édit du mois de mai de la même année avec le privilège e.\' lusif du commerce pendant 40 ans sur toute ta côtert Afrique, depuis le cap Vert jusqu’au cap de Bonne- Espérance. Malgré les grondes ressources que cette compagnie dut trouver dans l'exportation des noirs destinés aux travaux agricoles des colonies françaises d’Amérique, elle ne réussit pas dans ses opérations, et fut contrainte aussi, par arrêt du conseil du roi du !) avril 1072. de vendre ses établissements d’Afrique- « Cette vente fut faite, par « contrat du 8 novembre 1073, au prix « de 7 .">,000 livres tournois, et d’un marc « d’or de redevance annuelle (ou la va- « leur eu ambre gris) pendant 30 années « à une compagnie spéciale, qui entra « immédiatement en possession des do- « moines cédés, mais n’obtint de lettres « patentes du roi qu’au mois de juin « 1679 (2). Ces lettres patentes lui con- « feraient le titre de Compagnie du Sé- « négat, et le privilège de négocier ex- « clusivement au Sénégal, dans la ri- « vière de Gambie et autres lieux de la * côte d’Afrique, depuis le cap Vert jus-
(x) Voy. l’extrait que M. Ternaux-C.mupans a donne du traité d’Aiuud.i dans les Nouvelles Annales des Voyages, t. XGtV, p. Ko i là.
(a) Lettres patentes pour confirmer la compagnie du Sénégal et ses privilèges. Paris, m-4*. iO;y.
« qu’au cap de Bonne-Espérance, pen- « dant 30 années. Des le mois de décem- « bre 1077 la compagnie avait fait re- « connaître et consacrer par les chefs du « pays ses droits a la propriété de Elle « déGorée et des trois comptoirs de Ru- « ftsque, Portudal et Joal. qui en dépen- « daient (I); et en 1679 elle conclut « avec les chefs souverains de Rulisqtie, e- de Portudal et de Joal , des traités par « lesquels ceux-ci lui cédaient la pros priété de toute la côte, depuis le cap « Vert jusqu’à la rivière de Gambie, « c'est-à-dire uneéteiiduedetrcute lieues « de longueur sur six lieues de profou- « deur dans les terres, pour en jouir « seule, a I exclusion de tous les autres « étrangers, sans payer aucuns droits ni « coutumes (2). » Mais cette société fut ruinée par la guerre contre, les Hollandais; et en juillet 10.81 elle cédait ses droits et possessions à une nouvelle compagnie, dite du Sénégal, côte de Guinée et (C Afrique , inoyenuant t, 010. 015 livres tournois : r’ette nouvelle société obtint à son tour, par lettres patentes du mois de juillet de c- tte année, le privilège pour la côte du Sénégal, ile d’Argttin et ses dépendances, jusqu’audit Sénégal, côte de terre fier me (T Afrique, avec six lieues de profondeur dans les terres, depuis le cap l cri jusqu’à ta rivière de Gambie et lie de Gorée. Un dtynembrement considérable de ce privilège (3), le bannissement de quelques associés pour cause de religion, la ruine
(i) En 1667, 1rs Français avaient cnleiô aux Hollaml.us 1 ile de Go rie et les comptoirs de Rufisque, de Portudal, de Joal et d’Arguin, et la possession de ces établissements fut confirmée à la compagnie du Sénégal par le traité de Nimégue.
(a) Notices statistiques sur les colonies françaises , imprimées par ordre tle M. l'amiral baron Dupcrré , ministre secrétaire d'État de la marine et des colonies, Paris, Impr. Roy., iKîy, III' part., p. 145.
(3) a L'étendne de sa concession, quant .. au commerce des Nègres, ayant été réduite « aux cotes comprises entre le cap lllane et « Sierra- latone, le surplus de cetta concession, a qui se rouqiosait des cotes situées entre « Sierra- la tine et le cap de honne-Espcrance,
« fut accorde a une nuire société de com- ** merce, formée en janvier iliSo sous le litre a de Compaguie de Guinée. » Ibid., p. i47-
L’UNIVERS
de quelques autres et les charges de la guerre ne permirent pas à la Compagnie du Sénégal, côte de Guinéeet d Afrique, de profiter des trente années de son privilège; au bout de douze années, en 1694, elle vendit au sieur d’Apougny, l’un de ses directeurs, pour une somme de 300,000 livres tournois, ses établissements et les dix-huit dernières années d’exploitation qui lui restaient. Il se forma alors une autre compagnie qui prit le titre de Compagnie royale du Sénégal, cap Nord et côte d'Afrique, et obtint, en 1 696, <jue la durée de son privilégeserait portée à trente ans : « Comme « le commerce qui se fait au Sénégal et « sur les cotes d'Afrique . est-il dit dans « le préambule des lettres patentes dé- « livrées à cette occasion, est un des « plus considérables, tant par le trafic « des cuirs, gomme, cire, morlil, pou- « dre et matière d’or, et autres marchan- « dises fines, que par les Nègres qu’on « porte aux lies de l’Amérique, si né- « cessaires pour la culture des sucres,
« tabacs, cotons, indigos et autres den- « rées qui sont apportées de ce pays en • France, et dont nos sujets tirent de « si grands avantages, nous avons résolu o de maintenir ce commerce important « et si avantageux au bien de notre « Etat. » — Ces lettres patentes donnaient à la nouvelle société la jouissance, en toute propriété , des forts , habitations, terres et i>ays ap/iartenant cidevant à f ancienne compagnie , soit en vertu des traités faits avec les rois noirs, ou a titre de conquête , tant dans l'Ue et château dArguin , rivière et fort du Sénégal et leurs dépendances , rivières de Gambie , Bissaux et autres rivières et pays qui sont le long de la côte d Afrique, depuis le cap Blanc Jusqu’à la rivière de Serre- Lionne ; dans tous les pays de la concession même du fort de Gambie, ci-devant occupé par les Anglais et sur eux récemment pris, ainsi que de Pile de Corée et dépendances.
C’est en 1 697 que M . Brut fut nommé directeur et gouverneur général de la compagnie, en remplacement du sieur Jean llotirguiqnon ; la nouveauté et la haute portée de ses opérations demandent que j’entre ici dans quelques détails. La première preuve qu’il donna de
son énergie fut de contraindre le damel , Latir-Fal-Soucabé , roi de Cavor et de Baol , à exécuter les traités (!), et de s’emparer de plusieurs vaisseaux anglais et hollandais qui voulaient faire le commerce d’interlope dans l'étendue des limites de la compagnie. Pendant
u’il fermait ainsi au aamel toute voie
e trafic avec les étrangers, il s’ouvrit d’avantageuses relations avec le bur Sin et le bur Salum par les rivières de Palmerin et de Salum, qui conduisaient ses barques jusqu'à Cahone , et commença avec les Mandingues de Galam et du Bambouk le commerce de l’or, de l’ivoire et des esclaves (2). Mais les directeurs de Bruë, alarmés des hostilités qui menaçaient d’éclater entre la France et l’Angleterre, désapprouvèrent les mesures énergiques qu il avait prises contre le damel, et lui ordonnèrent d’acheter atout prix son amitié,
(i) le. commerce du royaume de Cayor produisait alors annuellement deux ou trois crnls esclaves , vingt mille cuirs et deux cent cinquante quintaux de morfil ou d’ivoire. l.a compagnie fraurai.se avait , pour le département de Corée, trois tarifs qui réglaient le commerre avec le roi, les grands et le peuple. Le commerce le plus délicat et qui demandait le plus d'habileté , de la part des facteurs, était celui des esclaves. Les principaux objets d’échauge élaient : i° le grand nmcaton, lroite d’argent carrée avec couvercle et chaîne du poids de quatorze onces, ornement que les Nègres portaient en bandoulière, et où ils menaient leurs parfums, leurs bagues et leur or; a” le cornet d'argent , qui servait à peu prés au même objet; 3” les mortaudis , grains d'argent, creux el de forme ovale, que les femmes mêlaient dans leurs colliers aux grains de corail et d'ambre ; 4" les bouges on les cauris, petites coquilles qui viennent des îles Maldives et qui servent de petite monnaie depuis le Sénégal jusqu'à Sierra-Lcone ; 5° des barres de fer, plates, longues de neuf pieds, larges de deux ponces et épaisses de quatre lignes que les Nègres débitaient et subdivisaient en différentes longueurs appelées pâtes et dialots ; 6" des émaux et des verroteries de toute sorte. ( Labal , tom. IV, p. a3a et suiv. )
(a) On voit, d’après le témoignage de Labal , qu'iudépendamment des avantages commerciaux, ce qui avait décidé la compagnie à établir un comptoir à Joal , dans le royaume de Sin, était la nécessité de tenir le damel en
si utile a la conservation de I important comptoir de Gorée, de laisser peu de marchandises dans les forts et d’en déposer la plus grande partie chez les rois voisins. Briië obéit en se rendant à KuGsque auprès du damel ; mais il fut détenu prisonnier, dépouillé et durement rançonné; on proposa même dans un conseil de Nègres de lui couper la tête : une guerre de huit mois suivit cette perfidie; elle fut interrompue surtout par le départ de Bruë, mandé en France pour donner des éclaircissements à fa compagnie sur le dépérissement de ses affaires. Il partit le 1er mai 1702, et fut remplacé par le sieur Louis le Maître, qui souffrit qu eLatir- Fal interdit à ses sujets tout commerce avec Gorée, et lui imposât même un tribut de cent barres pour ses approvisionnements d’eau et de bois. — Bruë, durant cette première administration, avait fait deux voyages, en 1697 et en 1698, sur la rivière du Sénégal, pour connaître par lui-même des fraudes et des malversations des agents de la compagnie, et pour étendre son commerce et multiplier ses comptoirs : dans son premier voyage, il lit annoncer au siratik des Foulés, ancien allié de la compagnie, actuellement un peu refroidi
respect et de s’assurer cnnlre ses caprices; que le tour ou roi de Siti élan! sans cesse en guerre avec le lin et le damel, ses deux voisins , la compagnie pouvait tirer un grand avantage de ces luttes perpétuelles et acheter tous les prisonniers qu'on faisait de part et d’antre. D’ailleurs , Joal pouvait approvisionner à bon marché l’île de Gorée et tous les vaisseaux qui venaient sur la cèle de bœufs , de volailles, de maïs, de riz. F.t comme à taquine, second port du royaume de Sin (il ou 14 lieues au sud de Joal }, on ne parait le ael transporté à bord que trois livres fe baril , la compagnie trouvait là encore un bon moyen de mortiiier la damel, qui tirait ses principaux revenus des salines de Bieurt. Itrué avait voulu un moment établir un comptoir au village de Cahone, dans le royaume de Salum ,- pensant bien que les marchanda mandingues seraient satisfaits de se voir épargnés cinq ou six jours de route jusqu’aux comptoirs d Albréda et de Jilfray, sur la Gambie, ainsi que les droits considérables qu ils étaient obligés de payer au roi de Barra.
pour elle, qu'il venait lui payer les droits, devoir que les directeurs avaient longtemps mis de côté, et il réussit ainsi à obtenir du siratik la liberté d’établir des comptoirs fortifiés dans toute l'étendue de ses États; il en profita tout aussitôt, et en établit un premier à Guiorcl , por^du siratik sur le Sénégal et centre de son commerce (1). Il aurait voulu s’avancer lui-même jusqu’au pays de Galant pour y fonder un etablissement semblable ;'mai$ il lut rappelé par l’arrivée d’un vaisseau de France à la barre du Sénégal. Les directeurs qui avaient précédé Bruë n’avaient pas poussé leurs voyages, ni etendu leurs relations commerciales au delà de l.aydé et de lii tel ou de Guildé , sur les frontières de ce pays (2); et encore n'avaient-ils formé aucun comptoir dans ces villages. Bruë, dans son second voyage, voulut faire ce qu’ils n'avaient point osé : le t'r septembre 1698 il ouvrit le commerce à Dramanet, et en six jours il avait reçu 280 esclaves et une grande quantité d’or; il se mit alors à chercher un lieu d’établissement, choisit sur la rhe méridionale un emplacement a égale distance de Dramanrt et de Mankanet, à l’abri de l’inondation et facile à fortifier; d’autre part, il avait envoyé un officier avec deux marabouts pour reconnaître la rivière de Falémé, et il allait lui-même visiter les villages des bords du Sénégal jusqu’aux cataractes de Felou, puis Vile de Caignou, qui prit plus tard les noms aePontcharlTaineUÏ Orléans. La proximité de Ganguiourou , grande ville traversée alors par les caravanes des marchands bambarras , et habitée par S ou 6,000 Maures, l’invitait à bâtir un fort dans l’ile de Caignou: mais l’éloignement où elle est de la Falémé l’y fit re-
(«) Çe village de Sade! dans le Fouta , sur le Sénégal, à 5o lieues environ au-dessous du Rakrl, fut douné, eu 1701, aux Frauçais par le.siratik.
(a) En 16X9, Sendigué , chef de ce village, avait trompé le directeur Chamboneau , en sc faisant passer pour le roi même de Galam, et avait tire de lut à ce titre les droits et présent» qui assurent U liberté du commerce; cette fraude dura jusqu’à l'arrivée de Bruë, qui la reconnut et y mit bou ordre.
so
L’UISIVERS.
noncer pour revenir au projet du fort de Dramanet. En attendant que l'autorisation et les renforts qu’il avait fait demander à la compagnie lui fussent arrivés, il dut se borner a entretenir de loin le commerce de Galam, en y envoyant des barques dans la saison et en s'assurant par des présents l'amitiédes chefs du pays : de plus, il faisait explorer le royaume de Galam et une petite partie dû Casson ,et recueillir toute espèce de renseignements sur la situation politique et le commerce de ces pays par un agent plein d’intelligence et d’activité, le frère Apollinaire , augustin. Enfin , en 1700 , il reçut par les vaisseaux de la compagnie tout ce qu’il attendait, et envoya aussitôt un tucteur a Dramanet pour commencer le fort Saint Joseph.
Celui-ci, au lieu de bâtir sur l’emplacement marqué par Bruë, bâtit tout auprès de la rivière, et a la première inondation le fort fut emporte, et il fallut recommencer ptus loin, sur un lieu plus élevé : Bruë songeait à s’y rendre pour y mettre la dernière main, lorsqu’il lut rappelé en France, comme je lai dit plus haut (I). — Aussitôt apres son départ, les marabouts mandingues se repentirent de leurs concessions, et firent assiéger le fort Saint-Joseph, comme le commandant venait d’abattre une partie de son enclos pour l’élargir et de faire démonter le canon du fort : les facteurs et quelques soldats au service de la compagnie se défendirent cependant pendant plusieurs jours , et firent beaucoup de mal a l'ennemi; mais, voyant toutes leurs propositions d'accommodement repoussées, ils s'échappèrent sur une barque, après avoir mis le feu au fort (23 décembre 1702). — l.a compagnie était déjà dans la plus mauvaise situation d’affaires , elle tint cependant encore quelques années; enfin, accablée de dettes et de procès , elle fut contrainte par ordre du roi d'entrer en liquidation, et le 20 février 1709 elle vendit son privilège et sa concession à une autre compagnie, au prix de 240,000 fr. — La nouvelle
(i) Il avait encore, dans l'année 1700, fait par terre le voyage de la Gainbra à Cachet» , et de la celui de Itisvao : j’aurai occasion d’en repat 1er ailleurs avec plus de détails.
compagnie du Sénégal , « dont le privi- « lége commercial fut prolongé de « treize années au delà des dix-sept ans • qui restaient à courir, obtint des let- « très patentes pour son établissement « et ses privilèges, le 30 juillet 1709. » Le sieur MusteUier, premier directeur de la cinquième compagnie, et le dixneuvième en date depuis la concession du Sénégal, arriva au fort Saint-Louis en mai 1710; dès l’année suivante il en partit pour relever le fort Dramanet, mais mourut eu chemin. Son successeur, Richebourg , durant sa courte administration, put établir un comptoir fortifié dans le Galam, une lieue audessous de Brankanet, dans un lieu nommé Makanet, qui présentait un ancrage sür rt commode pour les barques , au pied d'une éminence, sous l’artillerie du fort. Bicliebourg se noya en 1713, en voulant passer la barre du Sénégal.
Brné consentit alors à se charger de nouveau de la direction et du commandement général de la concession d'Afrique. Il fixa d’abord son attention sur le commerce des gommes (I), qui donnait
(1) Laliat nous a conservé (l. I, n. 341 ot suiv.) d'intéressantes observations de Rmé sur la gomme du Séoégal el sur ce commerce ; il expliquait d'abord le nom de gomme arabique donné à la gomme du Sénégal : avant que les Français eussent le Sénégal , la gomme ne veuail que de l'Arabie; et mainti-uant que celte ancienne voie était presque complètement fermée, le nom originaire avait survécu ; ildecrivait exactement les propriétés médicinales et nutritives de la gomme et l'arbre qui la porte , sorte d araena assrx petit ot toujours vert, chargé de branches et de pointes , avec de longues feuilles, mais étroites et rudes , avec une petite fleur blanche en forme de vase , à étamines blanches , au pistil vert, ruais prenant a l'époque de maturité une couleur de feuille morte. Suivant b rue, on trouvait entre le Sénégal et le lort d’Arguin trois forêts remplies de ces arbres, distantes entre clics de dix lieues et nommées Sahel , Lebiar et A/ata/c; mais il est bien probable que ces forêts n'ont jamais existé. ('. est uneerreur encore aujourd’hui généralement répandue, dit M. Ch. Cottu , Rente fies Deux-Momies. i5 janvier 1845, que de cruire que chaque tribu mauresque récolte ses gommes dans des forêts dépendantes de son territoire. Ainsi, selon le.. Statistiques de la marine, les Trarzas posséderaient les forêts du
SÈNÉGAMBIE. «I
9 Heu à beaucoup de fraudes de la part des officiers Je la compagnie. Cette branche de commerce était déjà à cette époque fort importante : la gomme s'achetait à très-bas prix au Sénégal^ et se vendait fort cher en Europe, ou l'on en faisait, comme aujourd'hui, un grand usage dans les manufactures. Comme les Français étaient seuls en possession des ports du Sénégal, on avait vu les Hollandais faire d'énormes sacrilices our s'établir dans l'He d'Arguin, puis Portendick, seuls endroits de la côte avec le Sénégal où parvinssent les gommes, et partager ainsi ce commerce avec les Français : afin d'attirer les Maures surtout à leur comptoir, ils consentaient à faire des échanges à perte, ou bien ils faisaient piller par les princes nègres les gommes qu'on portait au Sénégal. Bruë alla présider le marché du désert , régla avec le brac ou chef des marabouts maures les mesures, la nature des échangés, les frais de l'entretien des Maures, chassa les voleurs et les oisifs, et maintint l'ordre et la
Sahel et d 'El-Hebiar et les Braknas, celle é'El-Satak , d’où seraient tirées les gommes portées aux escales. Ces forets n’existent pas, et ces noms désignent des puits de l’intérieur, aux environs desquels se récolte la gomme. Un puits sert ordinairement à désigner le pays qu'il alimente ; c’est là que s’établissent les princes, les guerriers et les marabouts, pendant que leurs tributaires et les esclaves errent dans les plaines où croit isolément l’acacia qui fournit la gomme. Cet arbre, trèsrare , selon Caillié , sur les bords du Sénégal, n’est pas le mimosa gummifera des botanistes, et se rapproche davantage de l’ucaria de France. Il n’existe que vers les parties élevées, et ne se rencontre jamais dans les terrains argileux ou alluvionnaires, mais sur un sol sablonneux et sec. Ces arbres n’ont pas de propriétaires particuliers, et tous les Maures libres peuvent envoyer leurs captifs a la récolte. Des que le maitre possède une certaine quantitéde gomme, les esclaves l’enfouissent profondément, et la recouvrent de paille, de peaux de bœuf et de terre, et foulent les sables autour des caches , afin de tromper les pillards qui cherchent les silos abandonnés. Les travailleurs laissent une marque à un arbre, aux rochers d’alentour, et s'éloignent jusqu’à l'époque de la traite; alors la récolte est transportée aux escales dans de grands sacs de cuir, sur des chameaux ou des bœufs.
6e Livraison . (Sé.végambie.)
tranquillité pendant toute la durée du marché. — L'année suivante il reprit ses projets sur le Galam , fit achever le fort de Makanet , sous l'ancien nom de Saint-Joseph, et en eleva un autre à Caynoura, le fort Saint-Pierre ; enfin il vit s’exécuter, par le facteur français Compagnon , l'exploration qu'il avait tant méditée des mines du ûambouk ( 1 ) .
(t) Il parait que les Bamboukains ont conservé la tradition d’une invasion portugaise remontant ail neuvième siècle de l’hégire : les Portugais se seraient alors rendus maîtres de tout le Bambouk et de ses mines d’or, puis se seraient entre-détruits, et le reste aurait été décimé par les excès , ou les maladies, et exterminé par les indigènes; les Mandingues du Bambouk auraient retenu de là contre cette nation, et contre tous les Européens eu général , une forte haine et beaucoup de icrreur. Comme preuves à l’appui de cette tradition, Golbery, qui nous l’a rapportée, signale l’existence de ruines d’anciens forts et de maisons de construction portugaise ,et surtout la quantité de mois portugais mêlés à la langue des Bamboukains. — Quoi qu’il en soit, Compagnon est le premier Européen à qui l’on doive des renseignements certains sur le Bambouk. En un an et demi, il fit trois voyages dans ce pays : d’abord du fort Saint-Joseph en droite ligne jusqu'à celui de Saint-Pierre, sur la rivière de Falemé; puis le long de la rive orientale de celte rivière depuis Ortneka jusqu’à Naye, et enfin depuis Dabaiocolam, sur le Sénégal, jusqu’à Netteko et Tambaouraf lieux situés au centre du Bambouk, dans le cantou même des miues d'or. Grâce à d’opportunes largesses et à une assurance imperturbable, il s 'était concilié les farïms ou chefs de villages, et put découvrir ainsi une première mine d’or près d’un lieu nommé Pourkaranne , non loin du village de Naye, à a lieues de la Falémé; une seconde à a 5 lieues du confluent de cette rivière et du Sénégal, entre les villages de Sambanoura et de Dallrmoulet ; et toujours en remontant le cours de la Faléiné, les mines de Segalla, de Guingui-Faranna , celles qui sont situées entre Tambaoura et Nettoko , dans le canton le plus riche encore aujourd’hui, et celles du village même de Naye; en même temps il soupçonna que le pays devait renfermer encore des mines de cuivre , d’argent , de plomb , de fer et d’étain ; mai* l’exagération et le merveilleux déprécièrent sa relation. (Walckeuaer, Hist. gén. des V oy.9 t. UI, n. a4i-a65.) — Il existe au l>épôt géographique du ministère des alïaires
L'UNIVERS
En 1716 il envoya à la compagnie des essais de toutes les mines que Compagnon avait vues, avec un plan complet d'établissement dans le Bambouk :
il voulait d’abord qu’on n’épargnât rien pour se concilier l'affection des forints ou chefs de villages, et pour obtenir d'eux la permission de bâtir des forts dans leur pays. Il proposait d'en construire deux sur la rivière de Falémé, et d'en faire un troisième qui fût mobile, c’est-à-dire de bois, pour le transporter de mine en mine, suivant les raisons qu’on aurait de préférer l’une à l'autre. Le directeur, les officiers, les mineurs, les soldats, et tous les gens necessaires à l’entreprise, auraient eu dans le fort mobile une retraite toujours sûre, dont la crainte des armes à feu aurait éloigné les nègres de Bambouk.
Quelques années plus tard, en 1723, Bruë modifia ce plan : il demandait a la compagnie une armée de 1200 hommes pour conquérir tout le Bambouk, et deux millions de livres pour l’entretien de cette armee pendant quatre ans , comptant que quatre mille marcs d’or à SOI) livres le marc rembourseraient toute la dépense, et que les mines fourniraient annuellement plus de mille marcs. Mais ces projets n’aboutirent pas, non plus ^ue celui de bâtir un fort dans file ae Caignou (1).
Cependant, a la fin de 1718, « la r compagnie des Indes (2), qui venait
étrangère» une copie, de la main de d’Anville, d’une carte du cour» de la rivière de Falémé depuis le» environ» du Danibanna jusipi’à son embouchure dans le Sénégal , levée sur le» lieux ru 171b par P. Compagnon.
(1) l’.rue n'avait cessé de demander à la compagnie le» moyen» d'élevcr ce fort; il exposa une derniere fois tous les molif» de son insistance dans un mémoire daté du fort .Saint-Louis le *7 février 17*0.
(a) » Depuis 1604 , la compagnie des In-
- des élait, en comptant celle des Indes occi-
- d< ntales, la sixième compagnie à laquelle eût
- été accordé le privilège exclusif du com-
- merce de la rote d'Alrique entre le cap « Blanc et Sierra-Leone. Le roi déclara eu sa « faveur ce privilège perpétuel, et y comprit les •» rôles située» entre Sierra-Leone et le cap de « Bomie-Esperance, dont la concession avait r été faite en i08à à la compagnie de Guinée
« d’être définitivement constituée, ayant « offert à la compagnie du Sénégal de « lui acheter tous ses droits, con- « cessions, privilèges, établissements, « forts et comptoirs, pour la somme « de 1,600.000 livres tournois, celle-ci « ne crut pas devoir refuser une offre « aussi avantageuse. Le simple rap- « prochement de ce prix et de celui « qu’elle avait elle-même payé, neuf ans « auparavant, à la cinquième compa- « gine du Sénégal, suffit pour faire juger « de l’état prospère où se trouvaient « alors ses affaires, et pour donner une « idee de l’accroissement qu’avait pris « son commerce sous la direction de « U. Bruë. La compagnie des Indes n’a- « vait pas eu de peine à décider M. Bruë, « qui n'avait pas quitté le Sénégal , a « conserver les fonctions de directeur « et de commandant général de toute la « concession; et lorsqu’il revint en « France en 1720 11 resta attache à l’ada ministration de Paris, dont il fut l’âme « et le conseil. Son intégrité, ses lumiè- « res et son activité rendirent a la com- « pagnie les plus grands services (I). »
Il eut pour successeur M. de Saint- Robert, <\»i se retira, pour cause de santé, le 25 avril 1723, et fut remplacé par M. Julien Dubelay, qui mécontenta tout le monde, et fut révoqué ; on n’a aucun detail sur l’administration de M. Robert, qui vint ensuite, quoiqti’elleaiteuune longue durée (2). A cette époque se rapportent de nouveaux essais d exploitation des mines du Bambouk. M. le yeu~, gouverneur et adminis-
« (dissoute à la fin de 1719). Ce privilège •> perpétuel fut accordé par deux edits des - mois de juillet 17x0e! juin 17x5, quicon- » firuierenl la cession faite par la compagnie « du Sénégal à la compagnie des Indes de « tonies concessions , droits, privilèges, établis- « sements à elle concédé» par le» lettres paa tentes du mois de mars 169b. » {JSot, Suit, sur Us colonies fr„ III* part., p. i5o.)
(1) Ibid., p. 149.
(s) Gette même année la France acheta du damel ou roi de Cayor les villages de Dnl.ar et de Bin , soit pour y déposer le bétail nécessaire à la subsistance de la colonie de Gorets, suit pour s'assurer des fontaines de Bin qui fournissent l'eau douce à cette ile et aux navires en rade, et des bois de chauffage et de couslructiou qui ) abondent.
trateur général du Sénégal, vint, eu 1730, à Paris pour soumettre au conseil d'administration ses projets de con-
auéte sur ce pays : il avait déjà précéemment établi un comptoir au village de Nay/ié-Mow, situé au confluent du Colez-d’Oro et île la Falémé, et pensait obtenir aisément, sur la brillante description qu'il faisait des richesses du Bambouk, les moyens de le conquérir; mais on se défia de lui, et avant de s’engager dans cette voie de conquête on voulut envoyer à Galant et dans le Bambouk un homme sûr, pour explorer avec soin les mines d’or et en taire des essais : on choisit Pelays, minéralogiste et métallurgiste distingué, qui s’adjoignit le sieur Legrand , et le 19 avril 1730 traita à ce sujet avec les administrateurs de la compagnie des Indes. Le Veuz connut bientôt les motifs de cette mission ; il sut que Pelays devait en outre rendre compte de sa conduite : aussi , une fois de retour au Sénégal, fit-il tout ce qu’il put pour géueret contrarier son exploration. Cependant, à force d'opiniâtreté, Pelays pénétra dans le Bambouk ; mais il n y put rester que deux mois (I). Les successeurs de le Veuz, et particulièrement David, s'occupèrent des établissements de Galant Celui-ci a été jugé diversement: les uns lui prêtent des vertus, des connaissances, une activité supérieures même à celles de Bruë; les autres lui reprochent de graves désordres de conduite, qui le poussèrent souvent à d’impures spéculations (2). Il avait,
(i) Pelays sut encore mettre à proGt ce court séjour par d'exacts e«saiv faits sur les mines de N al ne un et de Sema y /a. Il en élait résulté que 8o livres de terre brute tirée de la première avaient produit <44 grains i/a d or; et, d’autre part, des estais en petit faits sur le marbre rouge aurifère qu’on tire des puits du monticule de Sémayla il avait conclu que • o livres de malière brute de celle mine rendaient autant d’or que 40 livres de malière brûle des puits de Natacon. De plus, Pelays et Legrand laissèrent des mémoire! où Golberv a puisé unr partie des cnrieuses notions sur le Rambuulv qui se trouvent dans le tome 1** de son Voyage en Afrique , comme aussi dans les mémoire s de le Veuz et de David.
(a) Voy. Durand , Voyage au Sénégal,
lui aussi, médité la conquête des mines du Bambouk , et confie i'exéeufion de ses plans à M. Delabrue, directeur de Galant (1), lorsque survint la guerre de 17-14; il fut alors envoyé à l'île de France, et M. Delabrue passa à la direction du chef-lieu de la colonie. M. Aussenac, qui le remplaça a Galant, donna des preuves d'une grande activité; il se transporta , par exemple , en 1 766, dans le Bambouk , à Kelimani et a Natacon, où l’on venait dedéeouvrirde nouvelles mines fort riches, comme on en put juger à Paris par les minerais qu'il y envoya. La compagnie, entraînes par les rapports, les mémoires, les projets de conquête ou d’rxploilation que depuis si longtemps tous ses directeurs, les uns apres les autres, 11e cessaient de lui adresser, faisait enfin de sérieux préparatifs, qui semblaient promettre un brillant résultat; mais les désastres de la guerre empéchèreut qu’on ne les continuât.
En 1758, les Anglais s'emparèrent du Sénégal et de Garée; et ce dernier établissement nous fut seul restitué par le traité de 1763, qui portait (art. 10) : • Sa majesté britannique • restituera à la France l'île de Gorée, « dans l'état où elle s’est trouvée quand « elle a été conquise; et sa majesté « très-chrétienne cède en toute pro- « priété , et garantit au roi de la « Grande-Bretagne, la rivière du Séné- « gai , avec les forts et comptoirs de « Saint-Louis, de Podor et de Galant, « et avec tous les droits et dépendait- « ces de ladite rivière du Sénégal. »
Mais le 30 janvier 1779 les Français reprirent de vive force le Sénégal, et le traité de paix conclu entre la France et l’Angleterre le 3 septembre 1783 reconnut nos droits à sa possession (3).
1. 1, p. 35 du discours préliminaire, et Goibery, Fragments d'un Voyage en Afrique, (oui. I,
(1) C>,| aussi durant son administration que fut consiruil le forl de Podor, sur la puiute uccidcnUle de file au Morlil, entre deux bras du Séuégal, à 60 lieues au-dessus de Saint- Louis.
(a ) 1 Vol. statistiques sur les colonies Iran (aises, IIP part , p. i5i. — L’ai lide 9 du traité de 1783 portail : « Le rui de la Grandc-llrc- « Ligne cède eu toute propriété el garantit G.
L’UNIVERS
C’est à partir de cette époque que la colonie commença à être administrée par des gouverneurs nommés directement parle roi : du reste, de 1763 à 1778, déjà Corée avait été administrée ainsi (t).
« Aussitôt après la paix de 1783 « on songea en France a reconstituer « une compagnie pour le commerce « du Sénégal. Le privilège exclusif « de la traite de la gomme pour neuf
« à sa majesté très-chrétienne la rivière de « Sénégal et ses dépendances, avec les forts « de Saint-Louis, Podor, Galam, Arguin et « Portendick; et sa majesté britannique res- « titue à In France Pile de Corée (perdue de « nouveau en 1778), laquelle sera rendue « dans l'état où elle se trouvait lorsque la « conquête en a été faite.» — Article 10. «Le roi très-chrétien garantit de son côté au roi de la Grande-Bretagne la possession de Saint- James et de la rivière de Gambie. ■ — Art. ir. » Quant à la traite de la gomme, les Anglais auront la liberté de la faire, depuis l'embouchure de la rivière Saint-Jean jusqu'à la haie de Portendick inclusivement. Bien entendu qu’ils ne pourront faire dans ladite rivière de Saint -Jean, sur la côte, ainsi que dans la baie de Portendick, aucun établissement permanent, de quelque nature qu’il puisse être. » (1) Le gouverneur avait le commandement militaire; il devait défendre la colonie contre les ennemis du dehors et maintenir au dedans la tramjuillilé, et en même temps diriger les relations commerciales avec les chefs maures. Avant 1783 un corps deCoo hommes, dits ■ volontaires d’ djricjue , composait les forces militaires de la France au Sénégal; ce corps se divisait en six compagnies, dont une d’artillerie. Plus tard on réduisit chaque compagnie ail nombre de 66 hommes , ce qui portait le bataillon d’Afrique à 3y8 hommes, y compris l'adjudant et l'armurier : telle était la force militaire de lacolonieen 1786. — Dans les affaires de simple police le gouverneur jugeait seul ; dans les causes civiles il s’adjoignait le commandant des troupes et l'ordonnateur ou chef de la comptabilité; les jugements étaient rendus à la pluralité des voix, et motivés par écrit. Dans les affaires capitales on envoyait en France les prévenus avec les pièces de procédure; toutefois si le prévenu était mulâtre ou nègre, il était jugé par le gouverneur, assisté du mitire, du commissaire ordonnateur et du greffier; le jugement était sans appel et l'exécution publique. ( Hist , gén. des y u y. ^ t. V, p. i5-ig.)
« années ( du i*r juillet 1784 au « VT juillet 1793) fut accordé par ko « roi a la compagnie de la Guyane ( l), « en indemnité des dommages qu’elle « avait éprouvés. Mais à la nn de « 1785 ce privilège fut cédé à une « association de négociants, qui prit « le titre de compagnie de la gomme, « et qui changea ce titre en 1786 pour « celui de compagnie du Sénégal. Les « dépenses que les établissements du « Sénégal et de ses dépendances occa- « sionnaient alors au gouvernement « s'élevaient à plus de 500,000 livres « tournois par an. Elles furent réduites « à la somme de 302,000 livres, et mises « à la charge de la compagnie de la « gomme , laquelle obtint en dédom- « maçement, a la fin de 1786, la traite « exclusive des noirs et la prolongation « du privilège de la gomme pour trois « années, et en janvier 1789 l'extension « de son privilège de commerce à la côte
(t) La compagnie de la Guyane française s’était formée en 1776, pour établir dans cette colonie diverses plantations, et en même temps elle avait obtenu l'autorisation de fonder des établissements sur les côtes et dans l’intérieur de l’Afrique; l’année suivante même le roi , par arrêt du conseil du 14 août, lui avait accordé le privilège exclusif de la traite des noirs et du commerce de Gorce, depuis le cap Vert jusqu'à la Casamensa, mais à la charge de 11e pouvoir diriger que sur la Guyane française les noirs qu’elle traiterait dans les limites de son privilège : la guerre de 1778 avait suspendu ses opérations. — L'indemnité accordée à la compagnie de la Guyane en 1784 est présentée par Golbery (t. î, p. 5176 et suiv. ) comme l'effet d’une intrigue : suivant lui, le commerce du Sénégal commençait à prendre un bel essor sous l’influence de la lilx-rté ; plusieurs maisons de Bordeaux, de Nantes, de la Rochelle et du Havre avaient formé à l'ile Saint-Louis des établissements qui étaient en voie de prospérité; mais tous les commerçant s de ces grandes villes, et mémo de Lyon et de Paris, furent écartés soigneusement du conseil d'administration de cette compagnie ; aussi le défaut de lumières, l’excès d’économie, de fausses mesures, en précipitèrent-ils la ruine. Néanmoins, celle administration privilégiée ne fut pas infructueuse pour les intérêts généraux du commerce français, et fut même niaruée par de sages vues, et d’utiles entreprises 'explorations, de relevés de côtes, etc.
« comprise entre le cap Vert et le cap « Tagrin (I). «
p Durand (2) fut le premier directeur delà dernière compagnie, M. le comte de Jirpen/ignu étant gouverneur du Sénégal. Il se ut à cette époque, par le concert du gouvernement et de la compagnie, diverses entreprises qui méritent d’ètre rappelées ici : En 1784 la corvette la Mayonnaise^ commandée par un officier distingue, M. Lajailie, fit une nouvelle reconnaissance de la côte d’Afrique, avec la mission particulière de protéger le commerce français , de fixer les points où l'on pourrait rétablir des comptoirs, soit dans l’arehipel des Bissagots, soit dans l’étendue des côtes comprises entre la rivière de Sierra- Leone et celle de Volta (3). D’un autre
(t) Not. stat. des colonies françaises , 111* part., p. i53-i55.
(a) Jeau-Baptisle-Léonard Durand , natif de Limoges, après avoir été consul à Gigliari, fut attaché au ministère de la marine, et chargé en 1785 par la compagnie de la gomme daller gérer scs affaires en Afrique; il fut rappelé en 178G, sous prétexte qu'il n’apportait pas dans sa gestion assez d’économie. En 180a , voulant y être employé de nouveau, il publia son Voyage au Sénégal , ou mémoires historiques , philosophiques et politiques sur les découvertes , les etablissements et le commerce des Européens dans les mers de l'océan Atlantique, depuis le cap Diane jusqu'à la rivière de Serre- Lionne inclusivement , suivis de la relation d'un voyage par terre de l’iie Saint- I.cuis à Galam, et du texte arabe de trois traités de commerce faits par l'auteur avec les princes du pays , avec ligures et allai; Paris, Agasse, 1 vol. in-40. Mais la guerre asec l'Angleterre empêcha qu’on ne lit droit à sa demande; et, aptes avoir rempli divers autres emplois, il alla mourir en Espagne ( x 8 x 2 ). On ne regarde son ouvrage que comme une compilation faite avec ordre et méthode : la seule partie neuve est le voyage par terre à Galam de Rubault, l'un de ses agents , qu’il y a inséré ; mais l’atlas dressé particulièrement d’après les matériaux mss. du Dépôt de la marine est ce qui lui donne le plus de prix. ( Walckenaer, Hist. gén, des Voy.f I. V, p. a3i.)
(3) Depuis celte époque le gouvernement français envoya chaque année une expédition sur ces rôles; chaque anuée un ou plusieurs bâtiments parlaient pour la station (T Afrique f De 1786 à 1790 les officiers qui se suc-
côté, dans les premiers jours d’avril 1785 Durand faisait le voyage de Podor, pour connaître exactement l’état de cet important comptoir, pour s’assurer la possession du cours et îles rives du fleuve, et aussi pour assister à la traite de la gomme. Un peu plus tard, voulant détourner tout à fait les Maures de la route de Portendick. il faisait avec les Trarzas, les marabouts d’Armancour et les Bracknas, des traites de commerce, qu il a publies dans l’atlas de son / oyaye{ 1); il songeait aussi à ouvrir une communication entre le Sénégal et le Maroc, sur le rapport
cédèrent dans le commandement de cette station sont MM. Girardiu , de Flotte, Dénia Bonavcntiire, Villeneuve Ci Hart et Griniouart» A l’aide des mémoires , journaux et observations nautiques déposes à leur retour au ministère de. la marine, le Dépôt de In marine publia en 18x4 une Description de la côte d* Afrique , mais tout a fait insuffisante et très- inexacte, de l'aveu même des rédacteurs, qui déclaraient qu'à partir du rap Rojador, où s’arrête le journal de Borda , ils ne sauraient construire une carte satisfaisante des côtes d’Afrique : il était réservé a M. Roussin d'apporter à la science ces précieux documents, complétés par la description tonie récente de M. le comte E.
Bouët-Wilhanmez.
(x) De 1780 à 1784 les Maures avaient toujours donné le quantar de gomme, pesant deux milliers, au prix de i5 pièces de guinées; lorsqu’en 1784 MM. de Reprntigny et Durand voulurent étendre ce commerce les Maures Rrakim et ceux d’Armancour ou Darmanko offrirent de porter chaque année 200 quantars de gomme dans l'île de Rilhas et autant à Galam, eu tout 800, 000 livres, au prix de xo pièces de guinées le quantar. Cette année-là mémeM. de Rcpentigny avait fait explorer une forêt de gommiers fil. mes située à quelques lieues au N. du Sénégal et du lac deOoumel , à peu près entre le 5e et le 7e d« gré de long, orientale de l'île de Fer, dans la dépendance de ces deuxtrihus, et déjà connue de l’ancienne comgagnie des Indes. Celait aussi cette compagnie qui avait formé le premier établissement de lile de Rilbas en face du village nègre de Guérouf, après un double traité avec les Maures et les Foulahs : ce comptoir avait été une fois attaqué et forcé par les Foulahs, et on voulait en 1784 le rétablir. ( Hist. gén. des Voy.t t. V, p. 385.)
s<7 L’UNIVERS.
de quelques Maures qu'il avait connus à Saint-Louis. En 1786, pour échapper aux exigences, aux brigandages des populations riveraines du Sénégal, il eut l'idee d'envoyer pu de ses agents, le sieur Rubault, à Galam, par la route de terre. Rubault reçut le meilleur accueil du roi des Yolols, de celui de Barre et de l'almamy du Boudon, qui tous l'assurèrent de leur bonne volonté à recevoir dans leurs Étals des établissements français, et l'entretinrent de la traite de la gomme, et du souvenir qu’ils avaient gardé de leurs anciennes relations avec nos comptoirs de Galam.
Durand eut soin d’adresser un extrait de cette intéressante relation au ministère des affaires étrangères et à celui de la marine (1). — F.nlin, dans les derniers temps de son gouvernement M. de Repentigny eut une conférence solennelle à Canola (à une lieue de Cahone) avec le roi de Salum , pour discuter et conclure un traité d’alliance : ce traité,
(i) L’Itinéraire de Rubault, qu’on trouve dans le Voyage an Sénégal de Labarthe, la relation que Durand a insérée dans le sien, et enfin celle qui fut partie de l'outrage de Cuny, employé à la M arine, Tableau historique tics découvertes et des établissements des Européens dans le nord et dans C ouest de T ytfrijue jusqu au commencement du ige siècle, a vol. in-8", 1809 (l. Il, p. »8), ne sont (pie des extraits ou des copies de ce (pie Durnml avait fait parvenir au gouvernement ; le manuscrit original a été perdu. — dette même année le sieur Lamiral, qui faisait pour le compte de compagnies particulières le commerce d’esclaves ait .Sénégal cl sur la côte d Afrique, fut chargé par ses commettants d’aller à Galam pour y établir pins doute une concurrence aux affaires que la compagnie paraissait vouloir reprendre ; il y laissa un commis, mais on l'en blâma, et le commis resla pendant deux ans sans secours : de là pour Lamiral l'occasion de se plaindre amèrement de la tyrannie et de legoï-me des compagnies, et particulièrement de l'aveuglement et du mauvais vouloir des administrateurs de la couipaguie du SénégaL — Dans les premières années du 19' sieclc( 1804 peutêtre), un employé del administration du Sénégal, nommé t'ira rl , instruit et courageux, voulut refaire, en retendant, le même voyage que Rohaoli; mais il ne put dépasser Roula l'orra, ville des R’oulabs.
écrit sur deux colonnes, en arabe par le grand marabout , et en français par le secrétaire du général, fait en double et signe par le Bnr-Salunt et M. de Repentigny, portait que 11 le de Casthiambee , située dans la rivière de Salinn, serait cédée en toute propriété à la France; que les Français seraient seuls reçus dans les Etats de Salum, et qu’ils pourraient établir un comptoir fortifié à Kluwer, fuit des plus grands marchés de captifs , du temps de l'ancienne compagnie des Indes. En outre , le gouverneur réglait les droits que le prince aurait sur la succession des marenands français ntoris d ms ses États : il exigeait que les captifs déserteurs fussent remis a leurs maîtres moyennant dix barres ou cinquante livres, et fixait les coutumes à 120 barres par an (à peu près 600 livres). Il avait encore conclu avec le bour-sin, roi de Joal et des Sérères, avec l’almamy des Foulés, le roi de Barra, le lin ou roi de Portudalet de Baol, d’autres traités qui furent tous approuvés par le gouvernement le 25 août 1785. M. de Repentignv avait succédé à Dumontel , homme corrompu et malversateur, qu’on avait ignominieusement révoqué et mis en jugement , et il avait montré les plus nobles vertus , parmi d’éminentes qualités d’administrateur; après lui cette place importante fut aussi dignement remplie par le chevalier de llonj flers : celui-ci avait emmené de France avec lui, comme premier aide de camp, M. Golbery, ni devait en outre, dans toute l’étendue e son gouvernement, faire les fonctions d'ingénieur en chef, et reconnaître les contrées occidentales et tout le littoral. On voit dans le Voyage de Golbery uelle était à cette époque la situation es établissements français du Sénégal : la population totale de l'ile Saint- Louis était de plus de six mille individus, mais tous les bâtiments militaires et civils étaient eu mauvais état; le fort Saint-Louis n’était guère imposant; c'était un carré dont les côtés du couchant et du levant avaient trente toises, et ceux du nord et du sud trente-cinq toises de longueur, avec des espèces de bastions mal tracés, et si resserrés qu'on y pouvait a peine manœuvrer quelques pièces de campagne. A Gorée, le fort
Saint-Michel , anciennement élevé par les Hollandais dans une forte position à la partie septentrionale du plateau qui couronne le rocher; celui de Saint- François, à l'extrémité nord de la partie basse de l’île, étaient délabrés et comme abandonnés (1) : le comptoir de Joal avait été supprimé, et était à la vérité assez inutile, puisque les sujets du Bur-siu faisaient eux- mêmes le petit cabotage qu'exigeait la vente de leurs bestiaux et de leurs volailles. — Golbery nous a aussi conservé les details le^ plus exacts sur l'état actuel du commerce de la gomme : Pendant les année 1785, 86 et 87, la quantité de omme portée annuellement aux escales u Désert et du Coq s’était élevée à huit cents milliers ; et en outre les .Maures*Trarzas en vendaient chaque année à peu près quatre cents milliers à Portendik aux Anglais. Grâce à certaines fraudes des marchands européens (2) , les bénéfices de ce commerce avaient alors presque quadruplé. On sait que la gomme se payait aux Mau-
(i) M. de Boufflers transféra toutefois le siège du gouveroemeut de file Saint-Louis dans celle de G orée.
(i) « Chaque bâtiment qui traile de la « gomme a son quaular établi sur le pont.
« Celle mesure, qui a la forme d une grande « cuve, est percée dans le fond par une ou- « verture carrée, de 18 pouces de longueur « sur un pied de largeur. A cette ouverture « répond ce que les marins appellent une « manche; c'est un conduit de grosse toile à « voile qui descend à fond de cale. Quand on « mesure la gomme l’ouverture du fond du « qtiantar est fermée par une pl.mchctte eo « coulisse; quand le quaular est plein on re- « tire la planchette, et lu gomme coule par la « manche dans le fond du bâtiment, où des « gens pré|>osés pour cette opération s’orcu- « peut de son arrimage : des augmentations « dans les dimensions du quanlar ont pu n s’exécuter insensiblement sans cire aper- « ques par les Maures, qui, quoique astucieux « et fins, sont cepeudanl trop ignorants pour « se douter de l’effet de quelques pouces de « plus sur les diamètres et sur la hauteur de « cette mesure. Et c’est ainsi que le quanlar,
« qui du temps de la compagnie des Indes « ne contenait guère que 5oo livres de gomme,
•* en contenait deux millier' en 1787, c’esî- * à dire avait quadruplé de capacité. » [Hist. gêner, des ^oy., t. V, p. 388.)
res avec des pièces de toile de coton teintes en bleu* indigo, qui se fabriquaient aux Indes, et portaient le nom spécial de pièces de guinéc; la valeur de cet objet d’échange avait déjà beaucoup varié. En 1787 leur valeur moyenne était de 25 francs; et Golbery, d'après cette donnée, fixe le prix moyen du quantar de gomme, traité dans le fleuve du Sénégal , à 375 francs ; ce qui met la livre de gomme à 3 sous 6 deniers à peu près. En Europe, dans les vingt dernières années du dix-huitième siècle, elle se vendait 30 sous, 40 sous et 3 francs ( prix moyen, 44 sous).
On a pu voir que depuis l'administration si intelligente et si féconde de. Bruë un double intérêt avait toujours préoccupé les directeurs des établissements français du Sénégal, le commerce de la gomme et la conquête ou du moins l'exploitation des mines du Bambouk(l). Golbery, qui, sans avoir ja-
(1) Il y avait cependant encore d’autres branches de commerce : avec la traite de la gomme et de for, la traite des esclaves , et celle du morfil, de la cire jaune et des cuirs, concouraient à la prospérité et à l’importance des établissements de Saint-Louis et de Corée. (Voy. dans Y Hist, gên. des Voy. , t. III, p. 1 71, le tarif des échanges pour 1rs cuirs et les esclaves à Hufisque, Portudal et Joal , avec le Daniel, le Bour-Sin et leurs sujets, en 1714.) L’abbé Demanet, curé et aumônier pour le roi en Afrique , dans le voyage qu’il lit en 1763 et 1764 à file de Corée, nu Sénégal et à Ja Gambie, observa particulièrement (voy. la Nouvelle histoire de t Afrique française , 1 vol. in-12, 17G7) la maniéré dont se faisait alors la traite des nègres. Suivant lui, l’Afrique française pouvait fournir annuellement, dés qu’on .saurait s’appro\ isionner de marchandises convenables et suffisantes pour la traite ( fer et eau-de-vie , armes garnies en cuivre , pataquès de Hollande , pièces de monnaie qni donnaient alors chacune 2 livres 4 sous de prof', corail simple ou rassade, ambre jaune, verroteries de toute espèce , mouchoirs à fond rouge brillant, tels que les masulipatans et ceux de Rouen , satins , pièces légères de soie toutes à fond blanc et raies rouges , toiles de Bretagne, chemises garnies et chemises communes , papier servant aux marabouts à écrire les gris-gris , clous de girofle , poudre a tirer et plomb en balles , briquets , cadenas, grelots, aiguilles, rubans de soie à fond
L’UNIVERS
mais pénétré dans ce pays, nous l'a fait connaître en recueillant de tous côtés les plus exacts renseignements , résume en trois projets principaux tous les efforts, toutes les tentatives, tous les plans qui s 'étaient succédé depuis un siècle environ : 1° Il faut, disait- il, conquérir les trois parties du Bamhouk, le Batnbouk propre, le Satadou et le Concouduu, en exploiter les mines connues suivant les procédés de l'art, et en découvrir de nouvelles : pour cela une armée de cinq cents hommes, bien dirigée, avec quatre pièces de campagne et des espingolcs, est plus que suflisante; et la seule difficulté est de la transporter dans le pays , la navigation du Sénégal étant fort dangereuse, et de I ’y entreten ir; 2“ On peut obtenir par voie” de négociations la liberté d'exploiter et de découvrir les mines d’or au bénéfice des Français.3* Enfin on pourrait, en organisant un commerce actif et régulier avec ces pays, en tirer, par échange, tout l'or des mines et des rivières qui passe chaque année entre les mains des Maures, des nègres du Bondou , des nègres Sierrawalles, etdes Mandingues. Ce commerce se ferait par caravanes, après qu'on au-
rouge et brillant d1 or et d’argent entrant dans les échanges à quatre cent pour cent de bénéfice , fusils fûts ou pistolets garnis en cuivre et légèrement damasquinés , valant un captif la psiire, fusils à deux coups valant seuls un esclave, etc.), cinq mille esclaves par au, qui, eu prenant un terme moyeu, ne colleraient pas plus de i io livres argent de France par Icle. — - Un captif pièce d’Inde, c'est-à-dire jeune et sans défaut , comme les Portugais les achètent pour leurs colonies des Iodes, rutilait alors -Il barres; pour compléter cette somme on donnait d'une sorte de marchandises, puis d'une autre : il était d'usage de donner, en onlre du prix convenu, une barre qu'on appelait le enupe-esrde ; c'était lace qui concluait le traite. Il y avait un tarif de diminution dans le prix propurtiunné aux défauts physiques de l’esclave , comme symptômes de scoibiil. laie sur l'uni, etc. Le prix d'un negre en 1784 était monlè à i3o barres, ou G5o livres, et la traite Ju Sénégal et de dorée ne s'élait élesèe en tout celle année-là qu'a 1071 noirs, qui, payes 65o livres par tète, étaieul évalués à Saint-Domingue t,a85,ooolivres en argent des iles, i,7«3, 33o francs. ( Voy. dam 17. fist. géa.des Voy., t. V, les détails extraits de Lauorthe et de Latniral, p, 2 i8-a3r ).
rait eu soin de se concerter avec le Daniel et le Bur-ba-Yolof pour une partie du transport des vivres et de l’eau; le succès du voyage de Rubault démontrait hautement , suivant Golbery , les avantages de la voie de terre dans les communications avec la haute Senégambie, etdevait la rendre bien préférable désormais à la navigation du Sénégal (I). — M. de Boufflers fit lui-même en Afrique deux voyages , dont les circonstancesnous ont’étérapportéespar M. Geoffroy de Villeneuve (2 ), naturaliste, qui l’accompagnait : dans son premier voyage il conclut à Goréeun traité avantageux avec le Daniel , qui renonçait au droit qu’il avait eu jusqu'alors de s’emparer de tout bâtiment échoué sur les côtes de ses Etats; il donna ensuite à M. Geoffroy la mission d’explorer l’intérieur du pays compris entre le Sénégal et la Gambie, d’en observer les ressources, les produits; de faire des traités avec différents princes, et particulièrement de terminer avec le Dame) l’affaire poursuivie déjà depuis longtemps de la cession de la presqu’île du cap Vert au gouvernement français. Cette cession fut faite (3), et l’exploration de M. Geoffroy devait procurer au gouverneur tous les moyens d’en tirer le meilleur profit (4). — M. de Boufflers avait songé aussi a reprendre les projets deM. de Repentigny sur leSnlum, et a y établir des comptoirs fortifiés, d'autant plus que le Bur-Salutn, dans l'espérance de droits anuucls assez considérables qui lui eu seraient revenus , l’en pressait vivement ; M. Geoffroy fut eucore
(r) Hitl. gén. des Voyages, I. V, p, 473.
(2) L'Afrique, ou Histoire , moeurs, usages et coutumes des Africains : le Sénégal, par H. G. V. Paris, 1814, 4 vol. in-ia.
(3) L'original du traité fut déposé au greffe du Sénégal.
(4) Plusieurs mémoircsconcernant les produits du Gayor, la cire, le tuiel, les cuirs verts, le inorfil. des forets de gommiers négligées par les nègres faute de débouchés; d’autre* mémoires aussi relatifs au commerce du Itaol et du Siu, furent consignés par M. Geoffroy à Gorce. Ce voyage politique fut en tnèuie temps très-fructueux sous le rapport scientifique : M. Geoffroy en rapporta une riche collection d’histoire naturelle, qui fut déposée à sou retour au Muséum de Paris.
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SÉPiÉGAMBlE.
chargé de porter à ce prince les présents d'usage avec le refus définitif du gouvernement, à la fin de l'année 1787.
M. de Bettfflers eut pour successeur Blanchot, major du bataillon d’Afrique, homme courageux , bienfaisant et désintéressé, qui acquit des indigènes, au mo’s de novembre 1799, les îles Habagué , Safar et Gueber, situées au sudest de Saint Louis, et les plus méridionales de celles qui sont à l’embouchure du Sénégal. Pendant le môme temps s’étaient succédé dans la direction de la compagnie Durand, Pelletai! (1) et Dufour :sous l’administration de ce dernier expira le privilège de la compagnie.
Les dispositions successives prises en faveur de cette compagnie n'avaient cessé d’ctre l'objet des réclamations les plus vives de la part des chambres de commerce : le 15 avril 1789 les habitants eux-mêmes de Saint-Louis s’étaient réunis sous la présidence de leur maire, Charles Crosnier, mulâtre, et avaient résolu de rédiger une adresse à l’Assemblée constituante, demandant l'abolition de la compagnie du Sénégal : celte adresse fut apportée par le sieur Lamiral , dont j’ai déjà eu occasion de parler (2). D’un autre côté, les chain-
(t) Pelletan, après son retour en France, fut enfermé à Saint-Lazare pendant la terreur; durant sa captivité , il rédigea un mémoire sur la culonic française du Sénégal , et l’envoya au comité de salut public, le ai juillet f, 94 ; >1 le publia plus tard (an IX ) in-S”, chez Panckoucke. Ce mémoire contenait un projet de colonisation.
(a) « Il fit imprimer cette adresse, ptelhe de phrases ampoulées et vides de sens , dont il fut peut-être le rédacteur, et y ajouta un appendice composé de notes sur chacune des phrases de l’adresse ; comme cette adresse ne formait que 40 pages , il multiplia scs notes, et grossit sou appendice jusqu’à la consistance d'ttu volume de 400 pages; et il osa intituler ce ramas de notes détachées : C Afjnqut et l( peuple affriquam considérés tous tous leurs rapports avec notre commerce et nos colonies. Cet ouvrage contient : l'histoire politique et morale des Nègres , leur caractère , leur génie , leurs mœurs et leurs gouvernements ; beaucoup d'anecdotes qui n'ont été rapportées par aucun voyageur ; l'état de notre commerce dans cette contrée. Le tout présenté
bres de commerce poursuivaient aussi auprès de l’Assemblée nationale l’abrogation du privilège de la compagnie, et l’établissement du commerce libre, le triomphe du principe de la concurrence. Enfin, le 23 janvier 1791 un décret de l’Assemblée constituante prononça la dissolution de la eompagnie du Sénégal , et déclara le commerce de cette colonie libre pour tous les Français.
Les maux d’une concurrence effrénée entre les commerçants du Sénégal, a laquelle vint se joindre encore la concurrence des Américains, autorisée par le gouvernement français, en récompense de leur neutralité dans les guerres de l’Empire ; une guerre soutenue en 1798 contre les Maures du desert, en même temps que les Anglais redoublaient d'efforts pour enlever nos établissements; la prise de Gorce en 1800; la défensedésespérée de Saint-Louis dans la nuitdu 4 au 5 janvier 1801 (I), semblaient annoncer à la France la perte
firochaine et décisive de cette belle coonie, lorsque la paix d’Amiens, en 1802, apporta quelque repos au Sénégal , qui vit renaître pour uu temps sa prospérité.
sous un point de vtie de politique et de mo~ raie . De C abus des privilèges exclusifs , et notamment de celui de la compagnie du Sénégal , etc., avec une carte géographique et 0 ligures en taille douce, par M. Lamiral, ancien agent du commerce en Afrique ; Paris, 17S9, 1 vol. iu-8". Quel que soit le défaut de jugement qui a présidé à la rédaction de cet ouvrage, il contient, au milieu de beaucoup de verbiage et de dé-clamatioii, des observations unies, particulièrement sur le commerce de la gomme et des esclaves. (Walckenaer, H ut. gén. des Voy.,
(1) C'est le brave major Blanchot qui, à la tète de 100 hommes de couleur et secondé par les habitants, repoussa les Anglais. Les moyens de défense étaient tous concentrés à l'ile Saint-Louis , et l'entrce du fleuve était protégée au sud, à l'ouest et au nord par »4 pièces de canon. On avait de plus établi une batterie au village de Guettendar, sur la pointe de Barbarie, un poste à file Babagué , un autre à la pointe de l'iie de Sor, et des pièces sur les dunes, vis-à-vis des passages que les changements de la barre peuvent ouvrir. » (Ibid., p, iG.j
L’UNTVERS.
L'île de Corée, qui , d’après les termes du traité, devait mous être rendue, ne le fut pas ; et il fallut uue des eorsaires français, joints à un détachement de la garnison de Saint-Louis, l’enlevassent parune vive surprise Iel8janvier 1801 ; mais, comme on fit toujours, ou n’y laissa qu’une vingtaine d'hommes pour la garder , et elle ne tarda pas à retomber entre les mains des Anglais. En 1809 ceux-ci revinrent attaquer aussi Saint-Louis, et cette fois s’en emparèrent (14 juillet ).
L’article 8 du traité du 30 mai 1814 porte que « sa majesté britannique, sti- « pulanl pour elle et ses alliés, s’engage « a restituer à sa majesté très-chrétienne, « dans lesdelais qui seront ci-après fixés, « les colonies , pêcheries , comptoirs et « établissements de tout çenro, que la « France possédait au l'r janvier 1792 « dans les mers et sur les continents de « l'Amérique, de l’Afrique et de l’A- « sie, etc. » Mais ce fut seulement le 25 janvier 1817 que nous pdincs définitivement rentrer en possession du Sénégal et de ses dépendances (I).
(i)Le 17 juin 1816 élait partie une première expédition, composée de 365 personnes, dont trente liaient spécialement chargées de reconnaître dans la presqu'île du cap Vert, ou dans le pays eiivirunnaut, un heu propre à l'établissement d’une nouvelle colonie. Quatre bâtiments avaient été frétés pour le transport, la Méduse de 44 cauons, la corvette l Edto, la üùle la Loire et le brick l'Argus; M Hugues Duroys de Cliaumayres , capitaine de lu Méduse, avait leconunaudemeui général.
Je ne saurais rapporter ici les affreuses circonstances «lu naufrage de la Méduse : il me suffira de rappeler que le 1“ juillet, après avoir reconnu le cap Bojador, la frégate se trouva naviguer sur des hauts fonds, et s’arrêta bientôt sur le banc d’Arguin ; que deux embarcations, celles du gouverneur et du commandant de la frégate, purent gagner le Sénégal sans accidcul ; qu’une autre débarqua une partie des hommes qui ta moulaient dans le nord du eap Mirik, à 90 lieues de file Saint-Louis, pour gagner de la le Sénégal à travers le désert , ce qu’ils ne purent faire qu’aprés des dangers et des souffrances infinis. Quand tous les malheureux échappés au naufrage se trouvèrent réunis, ils s’occupèrent de l’objet de l’expédition , U reprise de possession du Sénégal ; mais le gouverneur
« L’attention du gouvernement, en, « recouvrant le Sénégal, se porta sur » les moyens de hâter le développement « des ressources que cette colonie pou-J « vait offrir à la France. Jusque-là « aucun e-sai de culture n’y avait été « entrepris. L’abolition de la traite des « noirs et la perte faite par la France « de plusieurs de ses colonies agricoles « conduisirent le gouvernement à diri- « gerses vues vers l’iDtroduction au Sé- » négal de la culture des denrées colo- « niales. Un double avantage semblait « en devoir résulter : d’un côté, de nou- « veaux débouchés s’ouvriraient à l’é- « coulement des produits de l’industrie ° nationale; de l’autre, la civilisation ■> pénétrerait, avec le travail, parmi les « peuplades indigènes, dont on voulait « faire les principaux instruments d’une » colonisation fondée sur la culture par « des mains libres. — Au mois de mai « 1818 un plan fut présente au gou- « vernement pour la réalisation de ces « desseins; il fut adopté : et deux expé- « dilions partirent succe-sivemrnt de « France, le 8 juillet I H 18 et le 15 février « 1819, pour transporterai! Sénégal les « personnes et le matériel jugés néces- « saires a l’execut ion de l’entreprise (I).» C’était dans le pays des Foules on Fouis qu’on s’était proposé d’abord d’elfectucr la colonisation ; mais la mauvaise volonté de ce peuple lit qu’on traita avec
anglais, M. Bcurthonne, avant refusé «le ce dessaisir de la colonie, les débris de l’expédition fi ançai*- xe transportèrent dans la presqu’île dit eap Vert , dont la possession an moins était assurée â la France, l’n camp fut établi prés de Hacar; mais la fatigue, la faim et le retour de la mauvaise saison le décimèrent encore cruellement; enfin, le 20 novembre, M. Macarty, gouverneur des établissements anglais en Afrique, permit au gouverneur français, M. Srlimaltz, de venir résider à Saint-Louis avec lotis les Français qui avaient survécu, sans toutefois lui remettre encore cftte colonie et ses dépendances. (Voy. le Naufrage de la frégate la Méduse , par Henri Savigny cl M. Alexandre Lorréard, 5' édit., 1821, in-8* ; ou, à défaut du récit original, les chap. 28* et 2y«- du Vit* livre de \ Histoire-générale des Voyages Ae M.Walckenaer. )
(1) Notices statistiques sur Us colonies françaises, III' part., p. i58-iGo.
le brack ou roi du Walo, Amar-Boye, et les principaux chefs de ce pays. Les dispositions de ce traité, conclu le 8 mai 1819, ont été confirmées par un traité du 4 septembre 1835, et subsistent encore aujourd’hui. Le brack et les chefs s’obligeaient et promettaient de céder au roi de France, en toute propriété, les i les et toutes autres possessions en terre ferme du royaume de Walo qui paraîtraient convenablesau commandant et administrateur du Sénégal pour la formation des établissements de culture, et cela en retour de certaines redevances ou coutumes annuelles. Pour la sdreté générale , le gouvernement français devait construire un fort au village de Dagana , situé sur la frontière du pays deToro, etd’autres moins considérables sur différents points du royaume; le roi et les chefs promettaient de faire concourir les negres soumis à leur autorité au défrichement, à la plantation des terres, enfin aux travaux de toute espece de nos établissements ( on laissait les propriétaires et les engagés s'arranger entre eux pour la nature, la durée et le prix du travail); et chaque année, si les engagements avaient été dûment remplis, les propriétaires devaient paver, à chaque chef de village qui aurait fourni des cultivateurs indigènes, quatre barres par tête (4 fr. en marchandises).
Le brnk et les chefs déclaraient encore renoncer pour toujours à tout droit sur les embarcations et bâtiments français
?jui se perdraient, ou seraient forcés de aire leur déchargement sur les rives" du fleuve qu’ils habitent. Ce traité d’ailleurs ne changeait rien aux lois et usages du Walo, aux rapports existant entre le brack , les chefs et leurs sujets, tant que ceux-ci ne seraient pas employés dans nos établissements de culture. La valeur des nouvelles coutumes était portée à 9,470 fr. 57 c., et les anciennes, ëtanlabsolumenl indépendantes des nouvelles, devaient toujours être acquittées comme par le passé (I). — Mais ce traité mécontenta les Maures Trarzas, qui occupent le pavs compris entre Portendick.
et la rive droite du Sénégal , et dont le
(<) Voy. la teneur même du traite dam les A’ol. sial, sur les colon, franc., 1X1* part., p. i6i-<65.
W alo s’était reconnu tributaire depuis plus de trente années; ils réussirent à foruiereontre la colonie une ligue redoutable avec les Peuls du Fouta-Toro, les Maures Braknas, alliés du Sénégal, et le Damel lui-même , et commencèrent les hostilités au mois d’août 1819, en dirigeant un feu de mousqueterie contre deux bâtiments françaisqni remontaient le fleuve, et en incendiant plusieurs villages du Walo; ils ne tardèrent pas a être sévèrement châtiés ; puis, en juin 1821 , deux traités furent conclus avec les Trarzas et les Braknas. Ces traités sont encore en vigueur aujourd'hui ; et le premier a été confirmé posterieurement par deux traités du 15 avril 1829 et du 30 août 1835. Lecominandant du Sénégal reconnaissait d’abord les droits du roi deslrarzas, Amar-Ouldou- Moctar, et des chefs des diverses tribus de cette nation sur le Walo, mais en retenant la faculté d’y faire des établissements moyennant une nouvelle coutume; et ces princes s’engageaient à les défendre et à contribuer de tous leurs efforts à leur prospérité , garantissant aux Français la propriété du Walo contre les prétentions injustes que pourraient élever les Peuls et les Braknas; en outre, ils invitaient les Français à s'établir dans leur propre pays, sur la rive droite du Sénégal, et leur concédaient, à cet effet, toutes les terres comprises entre Saint-Louis et Gayé. Le roi et les chefs trarzas continueraient à recevoir des rétributions des indigènes du Walo; mais, en cas de non-payement, le gouvernement français leuroffrait sa médiation, et toute violence dans ce pays leur était interdite; des deux parts ou se promettait restitution gratuite d"S nègres captifs et tr butaires qui auraient déserté. Le gouvernement français défendrait avec la plus stricte sévérité de traiter de la gomme, en quelque petite quantité que ce fût, ailleurs que dans les escales et endroits convenus entre le commandant et le roi des Trarzas. L’ancienne coutume était maintenue, et une nouvelle, montant à 1 0,545 fr. 8 1 e., était stipulée comme prix des concessions faites dans le Walo et sur la rive droite du Sénégal; et l’une et l’autre devaient être pavées immédiatement après la . traite, fors de la descente des bâtiments
semblables encouragements, on vit se former dans le Walo, de 1821 à 1821, plusieurs établissements agricoles qu’on répartit en quatre cantons ou quartiers{ 1): 1° celui de Dayana, qui comprenait, outre le poste militaire de Dagana (2) , l'habitation royale de KtAlel, fondée aux frais de la listé civile, et divers établissements privés, et s’étendait jusqu’en face de l’tle de Tod ; 2“ celui de Hic/tard- Toi, point central de la colonisation, qui se développait sur une longueur de plus de quatre lieuesau bord du lleuve. et était traversé par la rivière de Tawéi ; 3° celui de Faf, qui s’étendait sur une longueur de plus de sept lieues ( rivegauehedu Sénégaljdepuisla limite occideritaledu précédent jusqu’au village nègre de Ghia- -war, et qu’arrosait en partie le marigot de Gorom; 4° le canton de txim'sar, qui commençait à sept lieues de Saint-Louis, et avait quatre lieues d’étendue sur les bords des marigots de Kliazah, de Ghieuss, de Gémoié. Eniin, huit planlations formées dans les îles voisines de Saint- Louis composaient un canton rural. Comme on avait reconnu que l’île «le Corée était un rocher aride, incapable de recevoir aucune culture, on songea à en faire une sorte de port franc, qui pût ainsi alimenter le Sénégal de certains produits qu’on ne tire pas de France, et compléter même les cargaisons de retour pour la métropole; à partir du l*r avril 1822, les productions naturelles étrangères à l’Europe furent reçues en entrepôt dans l’ile de Gorée, de navires de tous pavillons; un tarif spécial fixait les droits à payer au
faite par M. Laugier, de plusieurs terres du pays de Walo adressées nu ministre de la marine en tSaa par l'administration du Sénégal, dam les Armâtes mari!., 1824, IIe part., 1. 1, n. 1 1.
(i) Voy. la Carte-reconnaissance du pays de fV ata , indiquant te nombre et t emplacement des états de culture qui y existaient au mois d’août 1 8 Q ; , due aux soins de M. le baron Roger, eummaiidant et administrateur pour le roi de la colonie du Sénégal.
(a) Le poste militaire, construit surtout pour protéger les cultures, par sa position tnal choisie à l'extrémité de tous les établissements agriroles, et à une très-grande distance de la plupart d'entre eux , ne polirait, en aucune façon, servir à sa desliuatiou.
débarquement de ces marchandises (1).
M. le colonel Schmalz, le premier gouverneur du Sénégal après l’époque de la restauration, avait fait aussi des propositions aux Foulahs du Fouta, pour qu'ils le laissassent établir de grandes cultures dans nie au Morfil, et relever notre ancien fort de Podor, qui en serait devenu le centre; mais l’opposition des P’oulahs l’en empêcha. — La culture ducotonnier et de l’i ndigo fut le premier objet des primes et indemnités allouées par le conseil de gouvernement et d’administration.
Le nombre des cotonniers plantés et conservés en bon état s’élevait, à la lin de 1822, à plus d’un million ; et seize nouvelles concessions avaient été demandées
en mai 1823 (2). En même temps M. Besuchet, l’un des agriculteurs les plus distingués de la colonie, faisait pour la culture du séné (3} des essais fort heureux, et préparait celle du palma-christi, plante native du Sénégal ; on avait aussi réussi a naturaliser au Sénégal le mûrier et le nopal cactus, et ce succès devait déterminer naturellement la prompte importation de vers à soie et de cochenilles. Eu 1824 les états de recensement constataient que plus de trois millions de cotonniers avaient été plantés, et subsistaient réellement; que vingt-huit établissements particuliers avaient été formés, dont dix-neufdepuis un an; que le nombre des concessionnaires ayant droit aux primes excédait celui des primes promises,
(i) Voy. les Annales maritimes, x8aa, IIe part., n. 8G.
(i) Voy. un premier règlement de M. le baron Roger, commandant et administrateur du Sénégal, sur les primes, les encouragements et les secours à accorder en i8aa aux cultures dans ta colonie du Sénégal , p. 666 de la 1" part, des banales maritimes de l’année 1 8aa ; un second, ibid.. 1 8a3 , 1” part., p. 58 J ; un troisième, ibid., r8a4, Irc part., n <j i . — Vor. aussi , sur tes résultats des encouragements donnés en à la culture du cotonnier, les Ann. tnarit , i8»a, II' parue. 1. 11, D. 169; et x8a3, II* part., t. Il, n. a4.
(3) Un rapport du conseil Je santé de Brest, à la date du 3o août i8a3, déclarait que le séné du Sénégal, quoique moins actif que le cassia lanceolata. dont on se sert dans les hôpitaux de la marine, était très-propre à déterminer la médication purgative, et pouvait être employé avec avantage.
L’UMVF.RS.
sans que cependant la colonie eût reçu d'Kurope, en 1823, ni capitaux, ni planteurs, ni hommes à industrie : mais on s'aperçut bientôt que le produit des récoltes 11e répondait pas à ce grand développement des plantations. On modifia alors le système déprimés suivi jusque-là, pensant qu’on devait désormait provoquer moins à des cultures étendues qu'à des cultures bien faites, et au perfectionneme t des travaux et des procédés agricoles, qui procure seul l'amélioration des produits (1) ; et on en vint à réserver les primesà l'exfiortation de la denrée: ainsi, en 1827, touteprime directe à la culture du cotonnier fut supprimée ; mais le résultat inattendu fut qu’en 1828 la culture du coton était presque partout abaDdounée, et que les colons avaient tourné tous lems soins vers les autres cultures, et particulièrement vers celle des imligoferes. Jusqu'en 182G les primes proposées à la culture des indigofères et a l’exportation de l'indigo n'avaient pas été méritées. Les expériences favorables de M. Plagne, professeur de pharmacie de la marine, précédemment attaché au service de nos possessions dans l'Inde, la construction d'une iudigoterie modèle à Saint- Louis, sous sa direction, commencèrent a attirer l’attention des cultivateurs (2). On n’épargna rien enfin pour « assurer le sueces de « ce genre d’exploitation, qui, s'il eût r réussi, devait élever, à l’égard de l’une r des marchandises les plus importantes r de l’Inde anglaise, une concurrence r très-profitable au commerce maritime r de la France. Mais si la quantité des r produits obtenus parut pouvoir é^ar 1er celle des indigos du Bengale, d'un r autre côté il sembla démontre, par cinq r années d'expérience, que le prix de rer vient serait toujours trop élevé pour r leur permettre de lutter sur les raarr chés d'Kurope contre les similaires de
(1) t oy. le règlement de M. le baron Roger sur les primes et encouragements à accorder aux cultures faites du x,r avril 1826 au 3 1 mars 1827, dau» les Ann.marit 1826, Ire part., n° 76,
{f)Foy. dans les marit 1826, IIe part.,
l*r vol., n. 97, une instruction de M: Plagne sur la culture , la récolte , la dessiccation des indigo] ères et la fabrication de l indigo.
« l’Inde (l).» Et en 1830 les indigoteries du Walo furent abandonnées : les autres genres de culture l’étaient aussi, pour divers motifs. La canne à sucre, à l’aide de nombreuses irrigations , atteignait, il est vrai, un assez grand développement; mais en même temps cette grande quantité d’eau faisait que le suc qu’elle contenait était a peine sucré, et peu propre par conséquent à donner un produit satisfaisant. Le produit du calier, obtenu, comme celui de la canne à sucre, seulement par des moyens factices au milieu de cette atmosphère brûlante, n’était jamais que de mauvaise qualité (2). La eulture du tabac avait aussi été traitée en grand sur les rives du Sénégal, mais sans plus de succès (3). On avait aussi bientôt remarqué que l’extrême sécheresse de l’air empêchait complètement la reproduction des vers à soie et des cochenilles. Ainsi , c’est le climat du Sénégal, bien plutôt que la nature du sol , qui fut la cause principale du mauvais succès des cultures : les irrigations artificielles étaient insuffisantes à suppléer l’effet des pluies, qui manquent presque entièrement à ce pays; la lantation de forêts ou de groupes d’arres plus ou moins étendus, destinés à modifier ta sécheresse de f air et à saturer d'humidité le vent brûlant du dé-
(1) Not. statist. sur les colonies françaises, IIIe pari., p. 164.
(a) r Les plantations de cafier, plusieurs r fois renouvelées dans le jardin de Ricliardr Toi, n’avaient eu de succès, quant à la conr scrcalioQ des individus, que lorsqu’elles r étaient, pour ainsi dire, couvertes de grands r végétaux, et placées sous un courant d’eau r continuel. »
(3) Voici, du reste, une nomenclature exacte des végétaux dont la culture fut essayée au Sénégal par les soins et avec l’aide du gouvernement : indépendamment du cotonnier indigène , le cotonnier herbacé d’Amérique et de Géorgie ; outre l iiidigofére du Sénégal , Vindigqfère amie du Bengale, Yindigofire mucrune des Iles du cap Vert, le cafier d Arabie , le poivrier noir de Cayenne , le canne Hier de ( é) lan , le giroflier Cl le rocouyer de Cayenne, le nopal sans épines et le nopal épineux du Mexique, la canne à sucre dOtaiti , le tabac commun d Amérique , le mûrier à tiges nombreuses de Chine , sans compter les végétaux d’un moindre intérêt.
sert ou d’est, eût été un moyen tout à fait impuissant dans ces lieux dépourvus complètement de l’humidité nécessaire à la végétation, sans parler des frais énormes qu'il eût coûtes; enfin, les tracasseries et les vexations de tout genre que les naturels du pays faisaient éprouver aux colons; le voisinage de pasteurs nomades, dont les nombreux troupeaux traversaient sans cesse les plantations, sans qu’on pût s'y opposer; les incendies continuels des bois et des plaines couvertes d’herbes sèches, qui atteignaient souvent les habitations; et, s'il faut ajouter encore d'autres causes, l'cxtréme difficulté de se procurer des ouvriers en temps utile parmi une population non agricole et surtout paresseuse, l’impossibilité décompter au moins sur le concours des Saracolets des hauts pays et des Fouis du Foota-Toro, toujours rappelés par l’almamy à l'époque de la semaille; et l’insalubrité du climat pour les Européens, tels furent les obstacles insurmontables qui durent arrêter notre colonisation (I). D'ailleurs, après 1830 les allocations faites au budget de la marine pour les services coloniaux ayant été considérablement réduites dès Î83I, les dépenses de la colonisation du Sénégal furent supprimées, et toute culture cessa bientôt : à peine en reste-t-il aujourd'hui quelque vestige.
Les premiers essais de culture avaient été favorisés par les sages et opportuns traités de 1821. Le 19 août 1824, un nouveau traité passé avec l’un des cheiks des Trarzasavait stipule» l’apport exelu-
• sif aux escales du tleuve de l’intégra- « lité des gommes recueillies par la tri-
• bu, « et définitivement assuré ainsi la
(i) J’cinpiunteces convidérationsainsi que les deux noir- précédentes à un remarquable mémoire de M. l'errot let, cx-direeteur de l'baliilaliou dite Sénégalaise, naturaliste voyageur de la marine et des colonies, etc., inséré dans I es Annales maritimes (i85i, IP part., I I«r n. 75) suus le litre suivant : Observations sur les essais de culture lentes au Sénégal, et sur l'influence du climat pnr rapport a la végétation , précédées d'un examen général sur lc pays , et destiné surtout à réfulerun livre récemment publié: Plan de colonisation des possessions françaises dans l' Afrique occidentale, par L. B. HautefeuiUe; mars i83o,
paix entre les Trarzas et les habitants du Walo. — Etv décembre 1826, à la suite d'uu engagement accidentel et sans gravité, on avait, par traité, obtenu des Nogres de Gandiole, comme des chefs de la presqu'île du cap Vert le 26 octobre de cette même année , la renonciation formelle au prétendit droit de bris et naufrage qu’ils avaient exercé de tout temps sur la côte du Sénégal. — En 1827 celte tranquillité fut troublée : les Negres yolofs et deux tribus de Maures Trarzas recommencèrent leurs brigandages sur les terres du Walo, attaquèrent les embarcations françaises sur le ileuve, et les habitations des planteurs. Une petite expédition de laptots (noirs employés comme marins ) rejeta énergiquement les Maures sur la rive droite du neuve, et intercepta toute communication entre les deux rives : les hostilités furent suspendues en septembre 1828, et un traité ralilié solennellement à Saint-Louis par Mohammed-él-Habih, roi des Trarzas, le 16 avril 1829, régla de nouveau les relations entre le Sénégal, le Wallo et les Maures Trarzas. — Des troubles d’un autre genre agitaient depuis le commencement de l'année 1828 le pays de Podor, voisin du Wallo : Mohammed Amar, (ils de Hamati, natif de Suinta, près Podor, dans son enfance l’un des plus studieux taliebas ou disciples de l’imnn Bonbakar, chef du puissant canton de l)imar, après avoir longtemps voyagé chez les Maures du désert, était rentré dans son pays , s’etait annoncé comme prophète, et avait vu se réunir en peu de temps autour de lui une foule de fanatiques. 11 voulut d’ahord renverser l’almami du Fouta Toro , Youssouf; mais, battu à quelques lieues de Saldé, sa résidence, il disparut pour un temps. Deux mois après il reparaissait; et, pour frapper les esprits et reprendre sou ascendant, il égorgeait son enfant nouveau-né, comme une victime expiatoire, en pleine assemblée , et ranimait ainsi l'enthousiasme de ses partisans.
Au commencement de janvier 1829 il se jeta à l'improviste sur le grand village de Podor, qui, habite en grande partie par lès descendants des Nègres de confianre anciennement employés dans le fort de la compagnie, avait manifesté
L’UNIVERS
une opposition incrédule aux prédications du prophète; ses cruautés, ses pillages mirent de nouveau les armes aux mains de l’almaini Yottssouf , ni, aidé de l’iman de Toro et de l’iman e Dimar, parvint h le chasser de Podor; il s'enfuit alors dans le Wallo, et en peu de temps enflamma tout le pays, et se lit une armée pour marcher sur les établissements français. M . le capitaine de vaisseau Brou , gouverneur du Sénégal, avec cinquante carabiniers du 16e régiment d'infanterie légère et soixante laptots, se transporta en toute hâte, sur le bateau à vapeur le Serpent , devant Dagana, brilla trois villages riverains qu'occupait l’armée ennemie, la dispersa aisément, s’empara de la personne de Mohammed-Arnar, et le remit aux chefs du Wallo : ceux-ci, qui l’avaient jugé dans l’intervalle , lui firent connaître sa sentence, et le pendirent aux branches d’un grand tamarinier devant Ridiard-Tol, puis déchargèrent sur lui tous leurs lusils (1). — De 1834 à 1835 il y eut encore une guerre à soutenir contre les gens du Wallo et les Maures Trarzas : le brack avait voulu marier sa fille à Mohammed-él- Ilabib, roi des Maures Trarzas malgré les représentations du gouverneur du Sénégal, qui ue pouvait souffrir un tel accroissement de la domination des Maures : après qu’on les eut expulses du Wallo on porta la guerre sur la rive droite du Sénégal, enfin, le 17 janvier 1835, la côte de Portendick fut déclarée en état de blocus; et les Maures, attaques à la fois par terre et par mer, ne tardèrent pas a demander la paix. Par le traité du 30 août, " le roi des Trar- « zas renonce formellement, pour lui « personnellement, pour ses descendants n et ses successeurs, a toutes prétentions « directes ou indirectes sur la couronne « du pays de Wallo, et notamment pour « les enfants qui pourraient naître de « son mariage avec la princesse Guim- « botte, tille du brack du Wallo (2) ».
( I ) V oy. une Notice sur le prophète du pays de Foula, dans les Ann.marit,, 1 829, II* par!., 11e vol., n. G ; et le Récit de sa fin tragique en mars i83o, il/id ., i83o, 11* part., l*r vol., n. 126.
! (2) La princesse Guimbotte est une jolie
négresse de Ircute ans a peu près, d’une inlel-
Mais dans cette guerre les dernières cultures et le jardin de Richard-Tol avaient été entièrement ruinés et détruits.
Ainsi , le Sénégal n’avait pu devenir une colonie agricole. On avait reconnu que le commerce y est l’unique intérêt ; que « les avantages généraux et par* <> ticuliers de cette colonie reposent « tous sur l’échange qui se fait , avec
• les peuplades voisines des rives du « fleuve jusqu'à 200 lieues au-dessus de » son embouchure, de marchandises « provenant de notre commerce et de « notre industrie, contre des produits
* du pays. » De ce fait principal on dut tirer deux conséquences : c’est que d’abord » l’avenir du Sénégal et l’aug- « mentation de richesse et ae puissance « que la France doit retirer de cette « possession est tout entier dans l'ac- « croissement simultané de son coni- « merce avec l'intérieur de l’Afrique et « de ses rapports avec la métropole ; et « ensuite, que les principes qui dirigent
ligence peu ordinaire, qui, brouillée aujourd'hui avec son mari, le roi des Trarzas, a su se mettre à la tète de toute la population du Wallo. Fn avril 1843, le gouverneur, M. le comte Éd. Itourt , eut une conférence avecelle à N' Der, capitale du Wallo , et avec les principaux chefs, qui vinrent mettre leurs tètes dans jes mains. Guimbotte le pria de la reconnaître publiquement comme sa sœur; ce qu’il fil, à condition qu’elle activerait le plus possible le mouvement commercial du Wallo cl de notre nouveau comptoir de Merinaghtn .
Au sujet de Meriuaglien , elle voulut mettre en avant la question des nouvelles coutumes; mais le gouverneur, après lui avoir rappelé les clauses des traités qui nous donnent en toute propriété le Wallo tant que nous voudrons nous y livrer à la culture, mosennant une rente ou coutume de 9,470 francs promise à son père Amar-Boye , lui signifia que les coutil mes ^augmenteraient pas d’une pièce de guinée tant qu’il serait gouverneur. A celte époque il 11’y avait encore à Merinaghen aucun mouvement de traite ; mais M. Bouèt, en accélérant la construction du fortin, présumait que des populations noires ne larderaient pas à venir se grouper tout autour, et que les caravanes, tauf les daugers que présente le passage à travers le désert de Hounouur , se rendraient bientôt à ce comptoir, pour éviter une route plus longue et des droits plus considérables.
« le régime économique, politique et « administratif de nos autres colonies < n'ont aucune application à celle du « Sénégal; car dans celles-là des inté- « réts agricoles et industriels se mêlent « et se croisent avec les intérêts com- ■ nierciaux; dans celle-ci, au contraire, « l’intérêt commercial règne sans par- « tage; toutes les existin es reposent « sur un commerce en quelque sorte « primitif, qui se lait avec des peuples • non civilisés par l’intermédiaire indis- « pensable d'une population indigène, « a la prospérité et au maintien de lait quelle est attachée noire puissance « (I). » — L'ensemble des importations et des exportations, demeuré stationnaire de 1818 à 1823 à une moyenne de 2,300,000 fr., commença à s’elever en 1824; et de 3,600,000 fr. arriva en 1832 à plus de 5,000,000, toujours sous le régime de la libre concurrence. Plus tard, il est vrai, et à la suite des restrictions
(i) J’ai cru ne pouvoir mieux faire comprendre celle importante question de la traite des gommes, qil en analysant fidèlement te rapport fait au ministre de la marine et des colonies narM. Gautier, pair de France, au nom de la commission chargée d’étudier les questions qu'avait fait naître l'association formée en avril 184a au Sénégal pour la traite de la gomme. Cette commission se composait de MM. Gautier président ; Gréterin , conseiller d'État, directeur de l'administration des douanes; Maguier de Maisonneuve, député, directeur du commerce extérieur; Galos, député, directeur des colonies; Mérillou, de la chambre de commerce de bordeaux; L. Fournier, de celle de Marseille; Betting de Lancastel, de celle de Nanies; de Coninck, de celle du Havre, et Mestro, chef de bureau à la direction des colonies, secrétaire. Les procès-verbaux de celte commission ont été imprimés avec des annexes à l’imprimerie royale, et publiés en un volume in-4° de aya pages. Le rapport de M. Gautier a été inséré dans les Annales maritimes de novembre 184a, n* soi. On peut encore éludier avec profit un article de M. Déiert , secrétaire archiviste du conseil d'administration du Sénégal, intitulé Vu commerce de lo gomme au Sénégal, en r 84 ‘ , et inséré dans les Annales marie, de juin 1841 , n“ 8a; et la seconde parlie de l'arlicle de M. Cb. Coltu, lieutenant de vaisseau sur! e Sénégal (Revue des Deux- Mondes, tS janvier 1845), où le rapport de la commission est de tout point combattu.
7« Livraison. (Sékégambie.)
établies en 1833, 34 et 37, les progrès du commerce furent bien plus rapides puisqu'il atteignit en 1838 le chiffre de 17,000.000; maison ne saurait attribuer aux restrictions mêmes un accroissement aussi considérable : on se plaignit, au contraire, de cet entre-croisement d’années de libi e concurrence et d’années de restrictions , ouirne ayant fait succéder pour beaucoup de négociants des pertes aux profils qu'ils recueillaient auparavant. On considère ordinairement l'augmentation de la population comme une échelle infaillible pour mesurer le progrès du commerce; mais cela parait surtout vrai d3ns un pays où, comme au Sénégal, les bénéfices commerciaux sont l'unique motif de cette augmentation.
Or, de 1818 à 1837, en dix-neuf ans, le mouvement commercial s’était accru dans la proportion de 23 à 120, et la population dans la proportion de 6 à 12 : c'est-à-dire que i’un s'était « plus que «quintuplé, et que l’autre s’était au « moins doublé. C’est donc un fait hors de « doute que dans le court espace de dix- « neuf ans il y a eu , dans le commerce « que la France fait avec sa colonie du « Sénégal, un progrès si rapide, qu’on « n’en peut trouver d’analogues qu’aux « colonies anglaises de l’Australie ou « aux colonies néerlandaises de l’Inde, « et que ce progrès a eu lieu malgré le « temps perdu à des essais infructueux « de culture, à la suite de quatorze an- « nées d’une concurrence pleinement li- « bre. » J’ai déjà eu occasion de dire que le principal article d'importation est la toile de coton bleue, appelée guinée, et le principal article (l'exportation, ta gomme ; que la pièce de guinée et le kilogramme ou plutôt la livre de gomme tiennent lieu d’unités monétaires dans les échanges en nature gui ont lieu aux escales et à Saint- Louis. Les guinées proviennent toujours en presque totalité de l’Inde, où elles sont fabriquées ou teintes dans l’établissement français de Pondichéry. Kos lois de douane réservent , par une surtaxe de 6 francs p r piece, le transport de ces toiles à la navigation française, et s'opposent à ce que , même par bâtiments français, elles puissent être apportées en droiture du lieu de production au Sénégal. Cet approvisionnement de
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guinées, rendu nécessairedansles entrepôts de nos ports par I? débouché assuré qu'elles trouvent au Sénégal, a une importance réelle, puisque de 1832 à 1842 les 13, (381 balles de pièces de guinées importées de nos entrepôts au Sénégal représentaient une valeur de 14,416,630 fr. Nos manufactures de Rouen fournissent aussi au commercedu Sénégal une petite quantité de guinées, qui, plus parfaites, mais aussi d'un prix plus élevé que celles de l’Inde , ne sont employées qu’aux présents donnés aux Maures et à l’échange de quelques gommes à l’escale de Galam. Les gommes du Sénégal sont employées en Kurope à une Ion le d'usages industriels, mais plus particulièrement à l'apprit des tissus de coton, et n’y peuvent être remplacées qu’lmparfaitement par des rouuits similaires. L’Angleterre offre notre commerce un débouché assez considérable pour ce produit, que ses rapports avec l'Afrique ne lui amènent pas en quantité suffisante pour sa consommation; cette circonstance décida le gouvernement français à autoriser, à partir de 1832 . l’exportation directe par navires français des gommes du Sénégal à l’étranger; et de 1832 à 1842 ces exportations donnèrent le chiffre considérable de 32,336,000 francs. — Quoique la rive gauche du fleuve produise aussi de la gomme et qu’on ait trouvé des forêts de gommiers dans le pays des Yolofs, les Maures de la rive droite ont su se conserver le droit exclusif de fournir cette denrée, et ont toujours entravé par mille moyens l’exploitation de ces richesses : on ne recueille qu’une quantité insignifiante de gomme par le commerce secondaire dit traite des marigots, qui se fait sur la rive gauche, à l'aide de petites embarcations, dans les affluents et les bras du fleuve, et qui est demeuré borné à l’échange des cuirs, de la cire, d’uue faible quantité d'or, et surtout du mil, nécessaire à la consommation de Saint-Louis et à la grande traite : c'est, on le sait , le pain«des peuplades maures de la rive droite comme des nègres de (a rive gauche. Enfin le commerce de Galam fournit aussi de la gomme d’une qualité un peu différente : " jYn parlerai plus loin avec quelques détails. — La traite des escales se fj*t et
ne peut se faire que par l'intermédiaire d'habitants indigèues de Saint-Louis, qui parlent seuls la langue des Maures, peuvent seuls supporter les incouvénieuts du climat et de la vie exceptionnelle qu'on mène aux escales, et possèdent seuls la conGance des Maures.
Dans ces dernièresannées, quelques Européens essayèrent de faire eux-méines la traite; mais c'est une exception qui ne peut s’étendre. Les traitants sout en général des entrepreneurs agissant pour leur propre compte, qui, avant l’ouverturedela traite, achètent, des négociants de Saint-Louis, au prix d’une quantité de gomme delivrable à leur retour, le nombre de pièces de guinées dont ils espèrent trouver le débouché aux escales; ce nombre est proportionné à la clientèle du traitant parmi les Maures et à la quantité supposée des gommes qui seront apportées aux escales Quelquefois aussi, mais rarement, le traitant n'est employé que comme mandataire, et c'est pour le compte du négociant et au prix d'une commission convenue entre eux qu’il se charge d'aller vendre aux escales les guinées qui lui sont confiées. Dans les deux cas, le traitant est muni d’un bâtiment, dont le plus souvent il est propriétaire, mais dont il n’est quelquefois que l’affréteur; il y embarque ses marchandises, et y a son domicile aux escales pendant toute la durée de la traite. Ces bâtiments, en général du port de t& à 20 tonneaux, sont munis d’un équipage proportionné à leur tonnage et composé soit de captifs ap-
fiartenant au traitant, soit d indigènes ibres ou captifs loués à cet effet pour la durée de la traite. On a reproché aux traitants l'imprudence et la legereté de quelques-unesde leurs opéra tious commerciales, et surtout cette vanité, ce sentiment de rivalité, qui les fait se soumettre à des pertes et contracter des dettes envers les négociants, plutôt que de revenu de la traite sans avoir échange leur» guinées, niais jamais le manque de probité et de délicatesse; cependant leurs représailles contre la déloyauté et la fourberie des Maures sont parfois excessives.
En t830 et en 1831 la traite avait déjà
fuis un assez grand accroissement; e mouvement commercial était de 6 à 7 UBO 000 de francs; il se ralentit un
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peu en 1832 ; et peut-être cette circonstance contribua-t-elle a faire naître en 1883 la pensée d'un compromis , convention reproduite plusieurs fois depuis et devenue un système intermédiaire entre le privilège et la libre concurrence. Par cette convention, qui fut volont ire dans l'orîgine, les traitants s'engageaient à ne pas vendre la guinre aux escales au-dessous d'un prix arrêté d'avance entre eux pour toute la durée de la traito. Le gouvernement local intervenait dans la fixation de ce prix ou le sanctionnait , et créait une juridiction exceptionnelle pour le jugement des contraventions, ainsi qu une pénalité emportant confiscation et amende- Il parait que le corrniromis de 1833 produisit de bons résultats. En 1834, par suite d'une
Îuerre de la colonie avec les Maures rarzas. la traite se trouva réduite à line seule escale, celle des Maures Bracknas : alors une association avec privilège fut proposée et accueillie par le gouvernement local : les commerçants
Î[ui ne se livraient pas habituellement à a traite ou qui avaient commencé à la faire depuis moins de trois ans furent exclus , et le prix de la vente aux escales fut fixé à 50 Itil. de gomme ; on dit que les profits de l'association s'élevèrent a environ 300,000 kil. de gomme. Plusieurs commerçants exclus protestèrent contre f association. Elle fut volontairement prorogée en 1835; mais cette fois sans intervention de l’autorité, et ar conséquent sans privilège. Il faut onc compter cette année au nombre de celles où la concurrence est demeurée fibre , car tout traitant fut le maître de venir vendre à côté de l'association et à un prix inférieur àceluiqu'e.le avait fixé. (L escale des Bracknas était toujours seule ouverte au commerce.) L'exportation de kilog. de gomme fut presque double de celle de l'année precedente.
En 1836 il ne fut plus question d'association ; la concurrence fut entièrement libre : les guerres avec les Maures Tiargas avaient cessé. Alors, àcaus' di s bénéfices considérables qu'on avait reliresdes traites précédentes , les guinees commencèrent à arriver en quantité surabondante; les traitants et les négociants firent de mauvaises affaires, ei l'administration crut devoir proroger la duree
de la traite. En 1837, un compromis, motivé par les désastres qu’avait causés la concurrence outrée de l'année précédente, fut passé entre les traitants aux escales. Les affaires furent généralement favorables. En 1838, libreconcurrence ; une grande partie des guinées introduites l’année précédente restait encore entre les mains des négociants; l’importation fut énorme et naturellement ne put concourir que pour une faible partie aux marchés de l'année présente; mais l'abondance des guinées et l’empressement à les échanger furent tels, qu'on donna pour 15 ou 17 kil. des guinées qui avaient coûté à Saint-Louis 21 kil. De là des pertes considérables et des dettes contractées par les traitants envers les négociants. En 1839 on revint au compromis ; mais le moyen n’était plusassezfort pour contenir l’empressement à se défaire de ccs marchandises, et les conditions ne furent pas observées ; jamais même les effets désastreux de l’encombrement des guinées ne furent plus sensibles. Les traitants reprochèrent plus tard aux négociants d’etre venus en personne aux escales vendre leurs guinées à plus bas prix qu'ils ne les leur avaient vendues à Saint-Louis. En 1840 la concurrence fut libre ; mais l’encombrement à Saint- Louis et dans les dépôts français était toujours extrême; cette marchandise avait baissé de près de 50 pour 100 de sa valeur. Le gouverneur demanda alors qu'un acte du gouvernement vint fixer le régime à adopter pour le commerce des escales. En 1841 le régime de la traite libre , mais soumise à des régies nouvelles et à une police plus rigoureuse que celle qui avait existé jusqu'alors , fui d'abord établi; sous ce régime, pendant ta durée de la petite traite, il ne fut traité aux trois estâtes que 200.000 kil de gomme; la guinée, qui s'était maintenue jusqu'à la fiu de mars au prix de 27 à 30 kil., tomba à 18 etitiémeà 15. Alors, sur la demande presr que unanime de- traitants et des négociai! ts, le goo vernement se dérida a é tablît un compromis pour la grande traite; mais il fut violé encore plus ouvertement qu'eu 1840, et a la fin delà traite la libre concurrence avait réellement repris le dessus ; un traitait avec le Maure ,
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en apparence au prix fixé par le compromis , et on lui assurait verbalement ou par écrit un supplément de prix u'on lui payait à Saint-Louis au retour r la traite ; il y avait encore mille autres genres de contraventions , à côté de la commission judiciaire siégeant aux escales; et quand il y avait poursuite, les témoignages et les peines ne manquaient pas contre le p. tit nombre de traitants européens, mais aucun témoignage ne se produisait contre les traitants indigènes, et de cette manière la répression était nulle et le règlement inefficace. Ainsi l'affluence des guinées importées , qui avait commencé en I83G et redoublé en 1838, avait fini par changer radicalement le rapport de la valeur de la guinée avec celle de la gomme, rapport qui était et est encore la base de tous les intérêts au Sénégal et avait produit par là une perturbation tres-grave dans le commerce de cette c -Ionie. Les traitants , sans prévoir la baisse inévitable des guinées devenues aussi abondantes , s’en étaient chargés à des prix trop élevés; sans prévoir non plus les moyens qu’em-
Eloieraient les négociants pour se déarrasser du résidu de leurs guidées, ils n’avaient imputé leurs pertes qu’a l’excès de la concurrence aux escales, et avaient vu dans le compromis propose par eux à l’administration locale une sauvegarde assurée contre ce danger; mais, comme on l’a vu, ce n’était qu'une protection illusoire et d’autant plus dangereuse qu’on comptait sur elle davantage. Par suite de ccs mauvaises affaires , les traitants se trouvèrent débiteurs envers les négociants, d'une somme considérable, de 2,250,000 fr.
et plus. Or, ne possédant que leur habitation à Saint-Louis cl leurs embarcations, ils n’avaient pas les moyens de se libérer; les négociants, craignant jle se trop découvrir envers eux, se montraient peu disposés a leur faire de nouveaux crédits; quelques-uns même firent faire des saisies , des expropriations, exigèrent des emprisonnements; 1rs rapport* des traitants et des négociants, c'est-à-dire tou tir commerce, se trouvèrent paralysés, et le gouvernement local put trembler un moment pour la sécurité de la colonie; déjà
quelques débiteurs se préparaient à transporter leur domicile à M'Beraye, village situé sur la rive droite, à quelques lieues en amont de Saint-Louis.
On s’accorda alors généralement à croire
Îiu’uiie association avec privilège sur es bases de cette gui avait déjà été établie en 1834 et combinée de manière à favoriser l'extinction de la dette , était ta seule issue possible a cette situation. Le chef du service administratif, M. Pageot Desnouticres rédigea le plan d'une association nouvelle qui fut pris en considération par le ministre de la marne : et par une ordonnance royale en date du 9 janvier 1842, le gouverneur du Sénégal fut investi du pouvoir de « prendre des mesures pour <■ encourager les opérations du eom- * mcrce et favoriser ses progrès, et « de régler le mode, les conditions et « la durée des opérations commerciales « avec les peuples de l’intérieur de « l’Afrique.» Le projet d’association, renvoyé au conseil général de la colonie avec l’approbation du gouvernement, y fut discuté article par article, et y reçut plusieurs modifications, sans toutefois que le principe en fdt restreint; tout au contraire. Il fut de nouveau examiné par le conseil d'administration, et enfin devint la base de l’arrêté rendu le IG avril 1842 par le gouverneur du Sénégal , lequel provoqua la formation de la commission. Cet acte instituait à Saint-Louis une société en possession du privilège exclusif de la traite de la gomme aux escales , et interd sait en môme temps aux membres de cette société toute participation à la traite des autres productions du Sénégal et de la gomme même ailleurs qu'aux escales.
Le commerce de Galam demeurait seul libre pour tous. La confiscation de la marchandise traitée en contravention et une amende triple de la valeur de la saisie composaient la pénalité; et l’application en était remise à une commission siégeant en rivière et jugeant en dernier ressort. La société était établie pour cinq ans; tout négociant, tout traitant résidai. t au Sénégal était admis è . n faire partie en prenant une seule action. L’action était déclarée inaliénable et insaisissable pour toute la durée de l’association , hors le cas de faillite ou de
oogle
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lOt
décès. Tout créancier avait le droit de souscrire pour une action au nom et au compte de chacun de ses débiteurs ayant qualité pour faire partie de l’association ; il en faisait les tonds, et le capital demeurait sa propriété; mais le produit appartenait a celui au nom duoel l'action avait été souscrite, à conition toutefois qu'il en serait appliqué jusqu'à la concurrence des trois quarts au payement des dettes de l’actionuaire. Les porteurs de titres de créances sur les Maures ne pouvaient, pendant la campagne de 1842 . contraindre leurs débiteurs à s’acquitter envers eux que du tiers de leurs créances en gomme ; mais le payement intésjr-d pouvait être exige, eu 1843, par l'intermédiaire de la société toutefois. Un conseil d'administration nommé par l’assemblée générale (cinq traitants indigènes, cinq négociants européens et un marchand) était chargé de la gestion. Le directeur était nommé par le gouverneur sur une liste triple présentée par l’assemblée générale. Un commissaire du roi, nommé aussi par le gouverneur , assistait avec voix consultative aux séances des conseils d’administration. La pensée de cet acte était donc d’appliquer pendant cinq ans les bénéfices de la traite de la gomme aux escales , a l'extinction de la dette des traitants. L'arrêté du IG avril , at-on dit, n’est que la liquidation commerciale de la colonie opérée sous C autorité du gouvernement .
La commission fit d'abord une distinction essentielle sur la légitimité de la double intention de libérer les traitants et de rembourser les négociants, jugeant unanimement qu'il fallait venir en aide surtout aux traitants, parce qu’il y avait là une nécessitéd'intérét public, mais que le remboursement des négociants n’était que d’intérêt privé. Les objections principales faites dans son sein contre l'association furent tiréesd’abord de ce privilège exclusif et excessif, dont l'action pouvait s’étendre, par la fixation arbitraire des prix d'ecbange , jusque sur les intérêts du commerce métropolitain. sur ses rapports avec l'Inde et sur l’industrie manufacturière d'uue autre colonie ( Pondichéry), puis de l'abus dont la société actuelle avait déjà donné l'exemple dans la fixation du prix d’é-
change : car l’intérêt des négociants créanciers , comme des traitants debiteurs , était d’arriver le plus promptement possible, par l’élévation des bénéfices recueillis, à la liquidation de la dette. D’autre part , on avait prétendu que l’anété du 16 avril avait pour but principal de protéger les intérêts des Français contre les intérêts des Maures, en donnant aux premiers cette unité de pensée et de volonté qui fait la force des seconds; mais la commission reconnut aussi parmi les Maures des oppositions d’intérêts assez sensibles, par exemple entre les rois, les chefs et les marabouts ; en même temps il lui parut que la concurrence excessive que se faisaient les traita ts était due bien moins à leur caractère et a un amour propre mal entendu qu'à la cause ordinaire de toute concurrence, l’abondance de la marchandise apportée sur le marché ; que le commerce a des alternatives de succès et de revers; que c'est la loi de son existence, et que les gouvernements ne sauraient prétendre a en contrarier les effets, surtout en créant un privilège dont il est toujours (ait abus : ainsi cette association destinée, suivant les expressions mêmes du gouverneur, à guérir la crise commerciale qui mine depuis si longtemps la colonie, à satisfaire aux intérêts de tous, à prévenir la désaffection de la population indigène et son émigration a M’ Heraye, avait eu pour premier résultat de laisser sans emploi cent vingt-huit traitants, autant denavires et mille marins, et de réduire le mouvement .ni commerce au tiers de ce qu’il était auparavant; et, d’autre part, de
firoduireun bénéfice de 150 pour lût) sur a valeur de la marchandise donnée en échange, etdeôO pour loti sur la somme que l’actionnaire est supposé avoir versee dans l'association, tant on avait usé du privilège avec peu de modération. On avait encore dit que le monopole aurait pour effet d’éloigner les Maures des escales, et de les décider à aller traiter à Porlendich ou en Gambie avec les Anglais, qui leur offraient d s conditions plus favorables; en un met, qu’il amènerait tôt ou tard pour la France la perte de ce commerce et la j-uine totale de la colonie du Sénégal ; et, en effet, quoique ce danger soit éloigné, il
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a déjà été traité des sommes entre les Trarzas et le* Anglais à Portendick; et ce fait pourrait se reproduire, oar il n'y a là pour les Maures qu'une question de frais que le bon marché des guinées anglaises peut simplifier beaucoup (l).
Au contraire, le danger n'existe point avec la libre concurrence. Les chambres de commerce du Havre, de Bordeaux, de Marseille et de Nantes rendirent hommage à ce principe de la libre concurrence; mais celles de Bordeaux et de Marseille furent d’avis qu'il fall it recourir actuellement au régime du compromis, la dernière seule se prononça en faveur du maintien provisoire de l’association. En définitive, personne dans la commission ne crut pouvoir donner son adhésion aux dispositions exorbitantes de l'arrête du 16 avril 1642. Il fallait cependant évidemment déroger pour un temps au principe de la libre concurrence , et d'assez graves dissidences s’élevaient entre ses membres pour savoir dans quelles proportions et dans quelles formes cette dérogation aurait lieu.
Enfin , puisant dans les trois systèmes qui lui furent proposés, la commission proposa de soumettre la traite des gommes du Sénégal a un reglement dont le principe fût la liberté des échanges, mais avec plusieurs restrictions importantes, destinées a réparer et à prévenir désormais les désordres commerciaux des dernières années : t° diverses dispositions de police relatives a I exercice de la profession de traitant; 2° la formation d'un fonds commun pour les traitants , au moyen d'un prélèvement de 5 pour 100 sur les gommes rapportées des escales; 8° la faculté pour le gouverneur de recourir à la mesure désignée sous le nom de compromis, ayant pour objet de fixer, pour chaque année de traite, un minimum des taux d'échange de la guinée de l'Inde contre la gomme, et de prendre à l'égard des traitants -toutes les mesures nécessaires à l’exécution de ce reglement et au maintien de la police des escales (2).
(i) Voy. à ce sujet les réflexions de M.Rafleiiel, dans le rapport adressé le i- mars .1844 au- gouverneur du Sénégal ( Annales marit. , Revue colon., 1844, p- 464-Ô7)- , (a) Voy. ['Ordonnance du roi concernant la
La base du svstème consacré par l'ordonnance royale du 15 novembre 1842 est l’organisation des traitants du Sénégal en une corporation où ils ne sont admis qu'à certaines conditions; et le privilège exclusif réservé aux craitants inscrits sur la liste de servir d'intermédiaires dans les échangés avec les Maures , soit que les embarcations arriiées et chargées sur lesquelles ils montent aux escales leur appartiennent en propre ou qu’elles soient expédiées par des commerçants européens. Trois campagnes se sont déjà faites sous l'empire de ce règlement. De 1843 a 1844 le nombre des traitants employés a augmenté de cinquante-trois a quatre vingt-huit : mais en 1843 il y avait eu plus de traitants expéditeurs que de traitants commissionnaires; en 1844, au contraire, ces derniers sont plus nombreux; et en 1845 leur nombre s’est encorebeaucoup accrti(de quarante-six il s'est élevé à soixante-douze ), On a reconnu là une salutaire tendance de l’esprit des indigènes à abandonner le rôle de spéculateurs, pour s’en tenir à celui de courtiers, beaucoup plus en rapport avec leur position et leurs faibles ressources, et la meilleure garantie que la dette si lourde des traitants sénégalais ne se renouvellera plus à l’avenir: enfin les deux conditions indispensables qu'il leur faut réaliser , à ce qu'il semble, pour qu'ils puissent lutter dans ce commerce- avec les négociants européens,sont : l'achat de première main des guinées, la vente sur place, ou l’expé-
traite des gommes au Sénégal, du t5 novembre 1 84» , «I le Rapport au roi Je M l'amiral Duperré, ministre secrétaire d'Etat au departement de la marine et de* colonie*. — F U), encore, comme *r rapportant à la traite des gommes, l’ordonnance du roi du 18 mai 184 3, relalive aux toile* de l'Inde; celle du i*r seplembre 1843, qui modifie la précédente , et uue lettre du directeur de raduimirtratiou dea douane* , concernant les guinées , du 19 seplembre 1844. Pour assurer le développement et la régularité de* transactions commerciale* au Sénégal . ce* ordonnances déterminaient le poids et te* dimensions des guinées de l'Inde lUiceptiblr* d'y èlre é\ pè diées, et prescrivaient 1 application, tuf chaque pièce de guinée, d’une marque ou estampille reconnue et contre-vériliée par les employcsdu service des douanes eu France.
ditioa en France et en Angleterre des gommes; de telle sorte qu'ils ne règlent avec leurs bailleurs de guinées qu'eu argent ou en billets, et bénélicient directement du placement des produits sur les marché. — Les années 1838, 39 et 40 avaient été au Sénégal trois années de récoltes vraiment extraordinaires ;et, comme on pouvait s'y attendre, les récoltes des années suivantes devaient être affaiblies d'autant. On a calculé que la moyenuedes gommes annuellement traitées aux trois escales et à Galant depuis 1823 sous tous les régimes, concurrence, compromis, association libre, association et monopole, est de l,872.noo kil. ( pour les trois escales seulement, de 12 a 1,300,000 kilogrammes). Or, le total des gommes traitées en 1843 n'avait été que de 310,000 kil.; celui de 1844 était remonté a 1,028,000 kil., plus du double, et d'un quarté peine audessous de la moyenne. Kn 1843, quoique l'ouverture dé la tnite aux trois escaleseût été différée par une inondation d’un mois à peu prés, le total des gommes traitées a ces escales, à Galam et dans le nouveau comptoir établi sur la Falémé, fut de 3,437,209 kil., chiffre, comme on le voit, bien au-dessus de la moyenne, et' inférieur seulement de 400,000kil. au total de l'année 1839, la plus riche de toutes : l’abondance de la récolte accéléra la liquidation des créances sur >es Maures, et le bénéfice de cette campagne, évaluéàpeu près à la somme de 2,387,967 fr. , avança également d'une manière très-sensible l’extinction de la dette des traitants (1). D’ailleurs, d'après l’avis unanime des autorités locales, toutes les dispositions réglementaires de l'ordonnance de 1842, particulièrement l'obligation imposée aux traitants d'avoir leurs écritures en règle, et l’etablissement d'un pesage pubiic à chaque escale, s'exécutèrent aisément et avec succès; la conduite des traitants
(i) Voy. la lettre du ministre de la marine aux membres des chambres de commerce, pour leur donner avis des résultats de la traite des gommes au Sénégal, du 6 octobre 1 84 3 ( Ann. marit/mrs , octobre |843, parue officielle, n° m5). Voy. encore les Annales maritimes. Rerue coton., i844 » n° s6 , et 8145, u" 9,
fut généralement satisfaisante; en meme temps la tranquillité des populations, et veraines, indispensable à la srtreté du commerce et des expéditions des traitants sur le fleuve , fut assurée par les mesures de vigueur que prit le gouvernement local (1).
Cependant la situation de la colonie, à la suite de la longue crise commerciale dont je viens de retracer l'histoire d'après les documents les plus authentiques, était demeurée précaire et affligeante- C'est alors que le gouverneur du Sénégal, M. le C>£ E. Bouét, par la plus heureuse et la plus opportune inspiration , conçut et arrêta le projet d’une grande exploration de la ilaute-Sénégambie (2).
(r) Foy. dans les Annales maritimes , Revue coloniale, 1843 , n* tfl, le Journal tic marche d'une colonne mobile à travers le Chiambour-CayoTi IcWallo et te désert, en avril 1843.
(a) Une commission nommée par M. le gouverneur du Sénégal, et composée de M. Huarl, pharitiacien de la marine , président , de MM. Haffenel, commis de la marine, «t Potliu-Palerxon, habitant indigène, lit, à la lin de 1843 et au commencement de 1844 , une exploraliun de la rivière Falciué et des urines d’or qui se trouvent dans les pays de hondourlilc Katnboiik ; puis gagna, a travers le pays, le cours supérieur de la Gambie, poué descendre la rivière jusqu'aux établissements anglais. M. Muait vint mourir à Saint-Louis d'une maladie inflammatoire qu'il avait rapportée de cette pénible mais rnietnruse exploratiun. la pensée de M. le gouverneur était nettement marquée dans les questions suivantes, posées • la commission : Les richesses métallurgiques du Ham bout sont-elles voisines des bords de la Falémé? — Moi vénielles être exploitées par Icanatiirela seulement, ou par des noirs, sous la direction de blancsou d'habiUiils du Sénégal? — Un etablissement fortifié est-il nécessaire |H>ur couvrir et défendre cette exploitation? — Où doit être posé cet établissement? — Quelle doit être sa nature, si force en garnison , en artillerie? — 4-es caravanes dei Myolaa et toutes celles qui se dirigent vers le Hoodou peuvent-elles être attirées dans ce même comptoir; ou bien la ronrenl ration des caravanes sur uu nouvel établissement commercial dans la Falémé ne uéccssite-l-elle pas , an contraire, un poièt différent de celui qu’indique la fécondité minéralogique du sol ? — Quels soûl les
Dlgltiz
« C’est , en effet , vers le haut pays , « comme l’a fortement exprimé M. Kafn fenel, membre delà commission d'ex- « ploration, qu’il faut porter ses regards; « c'est là seulement qu’on trouvera des « remcdeseflkacespourguérir les plaies « de notre possession africaine. Le « mal actuel n’est pas dans l’iiiiperfec- « tion des reglements qui Puent le mode « de trafic des gommes , il est dans la « nature même du produit, dans l’even- « tualité de ses récoltes, dans le peu de , « garantie que nous offrent ses déten- « leurs. — Quelle que soit donc la pa- « ternelle bienveillance qui préside a la « rédaction des règlements sur cettema- « tiè'e, il n’en résultera pour le pays « qu’un soulagement passager qui ne « changera rien à la situation générale.
« Il n’y a plus aujourd’hui place pour « tous aux marchés des escales; il faut « créer de nouveaux produits pour cet « accroissement de trafiquants euro- « péens et indigènes qui vient chaque « jour augmenter le malaise commer- « cial du pays (1). »
Jamais, il faut le dire , denuis la reprise de possession du Sénégal, et même au plus lort des essais de culture tentés dans le Wallo, l’attention du gouvernement, non plus que celle des négociants de Saint-Louis, ne s’était entièrement détournée du haut pays : le fort de Bakel avait été construit dans le pays de Galam sur un territoire cédé en 1818 à la France par un traité passé avec le Tonka ou prince de Tuabo. En 1825 on avait remplacé par le fort Saint- Charles, bâti au village de Makana, non loin de Toubàbukané , l’ancien fort Saint-Joseph, ün avait aussi créé un nouveau comptoir à Médina près des cata-
moyens à tenter pour nous altier intimement et le Bondou, et le Bambouk, el les Bambaras, pour rendre la tranquillité aux peuplades turbulentes du haut du fleuve, soit Dowiches, soit Bambara», soit Sarracnlit», qui , par leur élat de guerre continuelle , coin promettent nos relations commentées, et nuisent à leur développement? — Quelle sera l’influence des petits bateau» à vapeur en fer dans le haut pays de Galam ? — Jusqu'à quelle époque pourront-ils »’y montrer et y naviguer?
(i) Annales maritimes , Berne coloniale , 1844, 4*i8.
ractes de Felou. En 1824 et en 1828 le gouvernement avait chargé successivement MM. de Beaufort et Durantonde l'exploration des mines d’or du Bambouk; mais le premier mourut en 1825 dans le cours de ses travaux ; et le second, « en se mêlant aux querelles po- « litiques du pays de Galam, manqua « complètement l’objet de sa mission,
« qui consistait à conduire dans le « pays un mineur expérimenté, à lui « procurer les moyens de rendre facile « et fructueuse une exploitation dont ,
« par ses moyens d’échange, le com- « merce du Sénégal eût retiré tous les « fruits (I). » De 1817 à 1824 les négociants et habitants de Saint-I.ouis s’etaienl réunis, chaque année, en société pour l’exploitation du commerce de la Haute-Scnégambie. En 1824 le gouvernement les autorisa à former dans ce but une société anonyme et privilégiée, devant être dissoute et reconstituée tous les quatre ans. Cette, compagnie jouit d’un privilège exclusif pendant sept mois de l’annee (du 1er janvier au 1er août); le reste du temps son privilège est suspendu, et le coin- J merce du haut du Oeuve redevient libre pour tous les traitants (2) , et se trouve ainsi mis à la portée de ceux qui, malgré le faible taux des actions abaissées en dernier lieu à 200 fr., n’ont pas pu prendre un intérêt dans les operations de la compagnie. En juin 1838 la société réunit a son privilège de Galam celui d’un nouveau comptoir fondé
Iiar le gouvernement et par elle dans a rivière de Casamanza, mais aussi avec certaines restrictions : l’exploitation de la chaux est réservée, et le commerce général reste libre depuis Dhimbéring, situé à l’embouchure de cette rivière, jusqu’à l’établissement portugaisdeZiuquinchor, quinze lieues plus haut; et un commissaire du gouvernement placé près de la compagnie surveille
(i) Nol. sial, sur les colonies françaises, 111' part., p . >04.
(a) Voy. le» réflexious de M. Raffenel sur le» rési.llals de celte liberté du commerce appliquée au Haut-Sénégal, et sur la lutte qui y est engagée entre le commerce anglais ei le commerce français. ( Ann. marit., Bey. colon., 1844, p. 474 486.)
SENÉGAMB1E.
Tpifcution des statuts. De toutes les possessions que les Français ont eues dans le haut du fleuve, il ne nous reste aujourd'hui que B <kel : le comptoir est dirigé par un axent de la compagnie établie à Saint-Louis sous le nom de compagnie de Galam et Casamanza. On y traite, de la gomme, de l’or, de l'ivoire, des peaux de bœufs, du mil et de la cire; mais la gomme y est, comme dans le bas du fleuve, là principale branche du commerce. Les Dowiches apportent leurs gommes à Bakel même ; les Oualnd-él-Koissis, qui avaient autrefois choisi Makana pour marché et les Oualad-M’Bareck , qui avaient choisi Médina (1), portent lesleursa un comptoir flottant expédié chaque a. niée par le gérant de Bakel dans les environs de Makana ; les autres produits sont apportés le plus souvent a Bakel, quelquefois aussi au comptoir flottant , par des caravanes de marchands colporteurs ou revendeurs, connus sous le nom général de Dioulas, et appartenant aux nations des Saracolets, des Mandingues , des Bambaras et des Foulahs du Bondou et du Kasson, et aussi par des Mandingues du Bambouk et du Ségou, qui viennent vendre de première main ce
Îu’ils recueillent dans leurs pays (2).
.a compagnie, quoique affaiblie par la concurrence, réalise encore d’importants bénéfices à Bakel ; mais elle fait souvent des pertes en Casamance et à Mérina G’hen, et M. Raffeuel, dont je reproduis avec confiance les importantes observations , présente notre commerce du haut du fleuve comme n'étant pas dans de favorables conditions de développement. Suivant lui , au lieu de ce double régime de liberté et de privilège, qui affaiblit le commerce français au profit de la concurrence anglaise de la Gambie, il con-
(i) Le fort Saint-Charles fut abandonné à la suite des guerres des Rnkiris du Haut et du Ras-Galam; et l'établissement de Médina, qui, du reste, ne consista jamais qu’en quelques cases de paille servant de magasins et d'habitations aux agents de l'association, cessa définitivement d’exister en 1841 , après avoir été même plusieurs fois abandouue et repris dans un court espace de vingt ans.
(a) Annales marir. , Rev. coton. 1844,
lOfi
viendrait d'organiser une association assez vaste pour qu'il n’y eût plus d'exclusion possible, d exiger d’elle un capitol social assez élevé pour qu’elle pdt se livrer à de grandes entreprises, et de la surveiller dans ses opérations, pour éviter. que li»s marchands du pays, trompés, ne s'éloignassent a jamais (”l). En outre, pour attirer les caravanes à Bakel et pour les y rappeler toujours , il faudrait faire aux Dioulasautautou plus d’avantages que les Anglais, et une association aussi régulièrement organisée le pourrait aisément; de Bakel il faudrait encore expédier des courtiers indigètes dans les lieux de passage des caravanes, ou leur fermer pour ainsi dire le chemin de la Gambie par de nouveaux établissements (2), « à Makana et à Médina dans « le Kasson, admirablement placés sur « le fleuve pour servir d’escales aux 11a- « tions maures et pour servir de points « d’arrêt à des car . vanes de Dioulas; • à Sansandig (3) , déjà désigné par Al. Beau-
(t) f'oj. la comparaison que fait M. Raffenol du commerce français et du commerre anglais dans la Sènégambie, Annales Maritimes. ibid. , p. 5 35.
(a) Le premier des établissements à fonder, suivant M. Raffeuel, devrait être le plus rapproché possible d« Boulélianê, capitale du Rondou , à Senou-Dèbou par exem-
Ele , sur la Falémé : ce lieu fut désigné d’aord par M. Zéler, gérant de lu compagnie de Galant, établi à Bakel ; et i’alinamy du Roudou , sur scs avis , y fit consiruirc un tara ( mur d’enceinte et espece de fort en terre glaise), et des cases pour recevoir des traitants :cc village, siluéà 80 kilom. par terre et à tou kilom. environ par eau de Bakel, n’est qu’à a4 kilom. de Roulèbane, et très-près de remplacement de l’aneicn fort Saint-Pierre et de l'embouchure du Séuou-Colé , qui arrose une parlie-du Bambouk et est navigable pendant deux mois pour des bâtiments légers de 4 a 5 pieds de tirant d’eau. Gel établissement tout politique serait surtout destiné à entretenir et à resserrer notre alliance asec l'alinamy du Hondou, uni peut nous ouvrir ou nous fermer à son gre l'entrée du Rambouk, et surtout â combattre et à repousser les efforts continuels que font les commerçants anglais de la Gambie pour substituer leur influence à la nôtre sur les Foulahs du Boudou ( Annales maritimes, Rev. coton., 1844»
p. 5ia).
(3) Sansandig, je le redis pour mémoire ,
Digi
L’UNIVERS
fort, et placé sur la route des comptoirs de Fattatendâ, de Paddy et de Raniéby en Gambie; à Farabana (t), où passent presque toutes les caravanes venant de la Sénégambie orientale et du .Soudan occidental, et la plupart des Diouias, S.iracolets et Foulahs qui s’en retournent dans leur pays avec les lharchandisesdesti nées aux comploirseuropéens; enfin à Gowina , établissement ui , en procurant au commerce d’imméiates relations d’échange avec de riches peuplades du Soudan , nous ouvrirait l’accès de l'Afrique centrale (2). Du reste, l’objet principal de tous ces comprit le nom donné à deux villages situés en face 1*1111 de l'autre, à ? kilom. au plus de la Falémé; le* débordements annuels sur la rive droite forceraient à choisir remplacement du comptoir ou fort sur l’autre rive : du reste, il y a un gué facile qui réunit les deux Samandig, une communication commode par terre de Sénou-Debou an village de la rive gauche, qui n'en est éloigné que de 5*7 kilom., et parla rivière, pendant deux mois environ, lorsqu’à la crue des eaux les navires calant 4 à 5 pieds peuvent franchir le barrage qui arrête, la navigation au-dessus de Sénou- I)ébou. DeSaiwtudignn pourrait a*sez promptement, suivant M. Raffenel, obtenir, sinon l'exploitation des mines de Kénièha , nu moins la manipulation de ses produits. Sansandig est à 4g kilom. de ce village du Bambouk, et les mines de Kéiuébo sont toutes àla discrétion de I almamy.
(i) Nous avons eu autrefois un fort à Farabana, sur une petite rivière qui se jette dans la Falémé, en face de Nayé, le Sénou-Colé ou Riod'Oro des Portugais. M. Raffenel rapporte ne des envoyés du chef de la république inèprnJante de Farabana sont venus leur demander instamment le rétablissement de ce fort.
(?) Gowina, dans la partie méridionale du Raison et du Kaarta, non loin des mines du Bourré, du Ronkoudou et du Salédougou, fut déjà occti|ié parla compagniede 1817 à x#3?. Ou y avait même conduit unclialan, en lui faisant franchir pendant les hautes eaux les cataractes du Félon. Quelques cases à terre formaient, sous la direction d’on agent indigène de la coin|>agnie, un comptoir 06 l’on traitait beaucoup d'or avec les Djalonkés du Bourré, et quelquefois avec les Mandingnes du konkofidoti, contre des verroteries et du sel. ( Ann . marit. , Rev. colon. t 1844, p. 5?5).
toirs fortifiés ne serait pas tant de détourner vers nous les caravanes de la Gambie, que de préparer et d'assurer f exploitation des mines du Bambouk ; c’est la pensée de Bruë, pensée énergiquement poursuivie par lui , reprise par tous ses successeurs, embrassée par tous les bons esprits qui se sont préoccupés de l’agrandissement et de l’avenir de notre colonie du Sénégal, que M. Raffenel présente aujourd'hui avec une nouvelle force et propose à une souveraine décision.
Il me reste à parler du gouvernement et de /' administration, du régime législatif, de l’organisation judiciaire, des forces militaires , et des dépenses publiques de notre colonie du Sénégal et de ses dépendances. — Le commandement et la haute administration sont confiés à un gouverneur résidant à Saint-Louis. Un commissaire delà marine et le chef du service judiciaire dirigent , sous les ordres du gouverneur, les différentes parties du service. Un inspecteur colonial veille à la régularité du service administratif, et requiert à cet effet l’exécution des lois, ordonnances et règlements. Un conseil d'administration placé près du gouverneur éclaire ses décisions et statue, en certains cas, comme conseil de contentieux administratif. Un conseil général séant à Saint-Louis et un conseil d’arrondissement séant à Corée donnent annuellement leur avis sur les affaires qui leur sont communiquées, et font connaître les besoins et les vœux de la colonie. Le gouverneur a le commandement supérieur et l’inspection generale des troupes de toutes armes, lève, organise, licencie les milices de la colonie , forme et convoque les tribunaux militaires.
Il a la direction supérieure de l'administration de la marine, de la guerre et des finances, et des différentes branches de l’administration inférieure : il arrête chaque année en conseil, pour les soumettre ii l'approbation du ministre de la marine, l’état des dépenses à faire dans la colonie pour les services militaires qui sont à la charge de la métropole, le projet du budget des recettes et des dépenses du service intérieur, les projets des travaux de toute nature, l’état des approvisionnements que doit envoyer la
SÉKÉGAMBIE.
métropole. 11 suit les mouvements du commerce et prend les mesures propres à en encourager les operations , à eh favoriser les progrès. Il règle le mode, les conditions et la durée des opérations commerciales avec les peu.
pies de l'intérieur de l’Afrique , et détermine les localités où les échanges sont permis; il surveille tout ce qui a rapporta la religiou, à l'instruction publique, ordonne les mesures generales relatives a la police sanitaire tant à l'intérieur qu'à l'extérieur de la colonie, et a dans ses attributions les mesures de haute police (l); il convoque le conseil général et le conseil d'arrondissement, et fixe la durée de leurs sessions,
riuvant les proroger et les dissoudre, la charge d'en rendre compte au ministre de la marine. Il est interdit au gouverneur de s'immiscer dans les affaires qui sont de la compétence des tribunaux, et de s'opposer a aucune procédure civile ou criminelle. En matière criminelle, il ordonne en conseil l'exécution de l'arrêt de condamnation ou prononce le sursis lorsqu'il y a lieu de recourir a la clémence royale. Il peut faire surseoir aux poiirsuites avant pour objet le payement des amendes, lorsque ['insolvabilité des contrevenants est reconnue , à la charge d’en rendre coinpteau ministre de la marine. Il légalise les actes à transmettre hors de la colonie et ceux qui viennent de l'étranger. — Le gouverneur communique, en ce qui concerne le Sénégal et dépendances, avec les gouverneurs des possessions étrangères en Afrique et avec les chefs des différentes tribus ou peuplades de l’interieur. Ilfait avec ces dernières tous traites de paix ou de commerce , mais à la charge de Irssouniettre a l'approbation du roi , et règle en conseil les coutumes et présents a accorder aux chefs des tribus ou peuplades avec lesquelles le Sénégal est en relation. — Lorsque le gouverneur juge utile d'introduire dans la législation coloniale des modifications ou
(t) Voj. l'Ordonnance du roi du x6 avril 1845, qui autorise le gouverneur du Sénégal à donner pour sanction à sca reglement» d'administration et de police de» pénalité» portées jusqu'au maximum de. quinze jours d’emprisonuement et do 100 fr. d’amende.
des dispositions nouvelles, il prépare en Conseil les projets d’ordonnances royales. — Dans les circonstances graves, le gouverneur, en conseil, peut prononcer contre les individus de condition Übèe qui éompromettent ou troublent la tranquillité publique l'exclusion pure et simple de Saint- Louis et de Corée, la mise en surveillance dans une de ces localités, l’exclusion de la colonie à temps ou illimitée ; les captifs reconnus dangereux pour la tranquillité de la colonie peuvent en être exclus, sauf indemnité au maître. — Chaque année, le gouverneur adresse au ministre de la marine un mémoire sur la situation générale de la colonie, dans lequel il rend compte de toutes Içt parties de l’administration qui lui est confiée, signale les abus â réformer, les améliorations qui se sont opérées dans l’année et propose ses vues sué tout ce qui peut intéresser le bien du service du roi ou la prospérité des habitants.
Le conseil d’adrhinistration est composé du gouverneur , des chefs du serviceadniinistratifetdu service judiciaire, de l’inspecteur colonial, et de deux habitants notables nommes par le gouverneur pour deux ans. Üh éeêrétaire archiviste tient la plume, et lorsque le conseil a à prononcer sur des matières de contentieux administratif , il appelle dans son sein deux magistrats nui y ont voix délibérative : les fonctions du ministère public y sont exercées par l’inspecteur colonial, l'officier commandant les troupes, les officiers chargés de la direction de l’artillerie et du génie; le capitaine de port du chef-lieu et le trésorier sont appelés de droit avec voix délibérative lorsqu’il y est traité des màtières de leurs attributions, ailisl quedeux membres du conseil généèal quand il s’agit de discuter des projets d'ordonnances royales, d’arrêtés et dérèglements relatifs aux intérêts généraux de 1:1 colonie, des affaires de traite et de commerce, des traites à passer avee les ind gènes, et la modification du budget arrêté par le ministre de la marine. Les attributions du conseil général établi à Saint-Louis consistent à donner annuellement son avis sur les budgets • et les comptes de recettes et dépenses coloniales , et a faire connaître les
L’UNIVERS
besoins et les vœux de la colonie, relativement aux diverses parties du service. Il se compose de dix membres, huit choisis parmi les négociants ou propriétaires européens et indigènes par portions égales, et deux parmi les marchands détaillarts. Ces membres sont élus à la majorité des suffrages dans une assemblée de notables, choisis parmi les habitants de Saint-Louis et parmi les fonctionnaires et employés de l'ordre administratif et de l'ordre judiciaire dans cette île. Le conseil d’arrondissement établi à Gorée, et composé de cinq membres, donne son avis sur les besoins de l’établissement. Le conseil général nomme dans sa première sesslbn un délégué et un suppléant, quisouttenusd'avoirou de prendre leur résidence à Paris. Le délégué est chargé de donner au gouvernement de la métropole les renseignements relatifs aux intérêts généraux de la colonie et de suivre auprès de lui l’effet des délibérations et des vœux du conseil général (I).
D’après l’article 25 de la loi du 24 avril 1833 concernant le régime législatif lies colonies françaises, les établissements français de la cête occidentale d’Afrique continuent d’être régis par des ordonnances du roi. Par une suite d’arrêtés locaux furent promulgués ou appliqués au Sénégal, avec diverses modifications , le Code civil (6 novembre 1830); la loi du 24 avril 1833, portant que toute personne libre jouit dans les colonies françaises des droits doits et des droits politiques ( 5 juillet 1833); l'ordonnance royale du 12 juillet 1832 concernant les affranchissements ilnos les colonies françaises ( 2 février 1833 ) ; le code de procédure civile, dans quelques-unes do ses parties seulement (24 avril et 22 juin 1823); la loi du 8 mars 1810 sur C expropriation pour cause d'utilité publique ( 17 novembre 1823); l’edit du 24 novembre
( I ) f'oy . Y Ordonnance royale concernant le gouvernement du Sénégal et de tes dépendances, du 7 septembre 1840. — t'oy, aussi l'Ordonnance du roi du 9 janvier 184a, qui modifie la précédente . et l'ordonnance du 3i octobre 1840, qui fise les traitement» de» principaux fonctionnaires du Sénégal.
1781 sur les successions vacantes (S mai et 5 juillet 1 838 ); l’ordonnance royale du 30 septembre 1827 fixant les règles à suivre dans les colonies pour l'acceptation des dons et legs en faveur des églises, des pauvres et des établissements publics ; la conservation des hypothèques (26 décembre 1832) ; le code de commerce (4 juin 1819); la loi du tî avril •1832 relative à la contrainte par corps (12 juillet 1832, parordonnance royale)..
Le tarif général des frais et dépens en matières civile, commerciale, correctionnelle et criminelle fut détermine par tu» arrêté local du 17 décembre 1832. Divers arrêtés locaux constituèrent aussi le régime des douanes; les principaux sont celui du 16 mai 1822, qui crée une brigade de préposés des douanes ; retoi du 18 décembre 1832 relatif aux formes à observer pour l'instruction et le jugement des contraventions aux lois et règlements sur le commerce étranger; celui du 15 octobre 1823 sur la répartition du produit des amendes et confiscations en matière de douanes; celui du 5 février 1824, établissant un tarif de répartition du produit des saisies et confiscations en matière dédouanés; enfin celui du 29 septembre 1828, qui règled’une manière complété le service des douanes.
Les dispositions de l'ordonnance royale du 7 janvier t822, qui réglait l'organisation judiciaire du Sénégal , étant devenues, sous beaucoupde rapports, insuffisantes à raison de l’importance tju’a depuis lors acquise la colonie par l'extension de ses intérêts commerciaux, M. le vice-amiral Rosamel, secrétaire d’État de la marine et des colonies, pour mettre cette organisation en harmonie avec les besoins actuels et les vœux du pays, en ayant egard aussi à la faiblesse numérique de la population libre et au peu de ressources financières de la colonie , fit préparer un projet d'ordonnance dont les principales bases étaient, que la justice civile et la justice commerciale seraient administrées dorénavant au Sénégal par deux tribunaux de première instance institués àSaim-Louis et à Gorée, dont les appels seraient portes à une cour d’appel séant à Saint- Louis; que ces deux tribunaux connaîtraient des matières correctionnelles, à charge d’appel devant la cour d’ajipe!
de Saint-Louis, qui statuerait aussi sur les appels des jugements de simple police , jugements rendus par le president de chacun des deux tribunaux de première instance jugeant seul ; que lesatfaires criminelles seraient déférées à deux cours d'assises établies l'une à Saint-Louis, l’autre à Corée, et au moyen desquelles, en cas de cassation , une cour de renvoi existerait dans la colouie même (le droit de recours en cassation en matière criminelle n’avait pas été accordé au Sénégul par l’ordonnance de 1822). Le projet de nouvelle organisation exigeait renvoi au Sénégal de trois magistrats destinés, l’un, à rempl ir h Saint-Louis les fonctions de président du tribunal de première instance ( le tribunal de Corée devait être présidé par le commandant particulier de l’établissement); l’autre, sous le titre de second juge, à remplir près la cour d'appel, et près le tribunal de Saint- Louis, quand il n’y siégerait pas comme juge, les fonctions du ministère public; et le troisième, sous le titre de conseiller vice- préside ni , à présider la cour d'appel ( le gouverneur , président honoraire, étant explicitement dispensé de siéger). Ce vice-président fut investi de diverses attributions secondaires qui en faisaient en quelque sorte le chef du service judiciaire du Sénégal. Les tribunaux civils devaient être complétés par l'adjonction d’habitants notables, et la cour d'appel par l’adjonction de fonctionnaires administratifs et de notables; et les notables, sous le titre d’assesseurs, devaient participer au jugement des affaires criminelles, d’apres le système déjà en vigueur dans nos principales colonies (1). — Une ordonnance royale du 14 février 1838, portant application du code d'instruction criminelle au Sénégal et dépendances, ajouta à la précédente organisation un urgent et indispensable complément ; mais certaines circonstances forcèrent à mo- ' ditier le code de la métropole : ainsi, le nombre restreint d’agents pouvant exercer les fonctions d'officiers de police judiciaire dans une colonie ou il n’y a ni
(i) Voy. le Rapport au roi concernant l'organisa t ion judiciaire du Sénégal, et YQrdonnance du roi dn 24 mai 1837.
commissairesde police, ni juges de paix , ni ofBciers de gendarmerie, ni gardes champêtres ou forestiers ; l’attribution des fonctions déjugé de police au président des tribunaux de première instance ; l’absence du procureur général et la concentration des fonctions du ministère public dansles mains d'un magistrat qui réunit à ces functions celle de second juge au tribunal de Saint-Louis ; l'absence de chambre d'accusation et le droit attribué à la chambre du conseil du tribunal de Saint- Louis de prononcer directement les mises en accusation pour toute la colonie ; le droit d'annulation dans l’intérêt de la loi attrihuéàla cour d’appel, à l’égard des jugements en dernier ressort des tribunaux de police; enfin la substitution au jury d'un collège d’assesseurs appelés à prononcer avec les juges sur les questions de fait et sur l’application delà peine. Malgré les restrictions nécessitées par la faiblesse du personnel judiciaire, on sut encore assurer la bonne administration de la justice criminelle : les récusations des accusés renvoyés devant les assises purent désormais s’exercer dans chaque affaire, et non plus collectivement par tous les accusés de la session, système encore régnant dans nos principales colonies; outre la faculté de pourvoi en cassation en matière criminelle et correctionnelle accordée sans restriction à la classe libre, les personnes non libres purent se pourvoir contre tous arrêts emportant condamnation à la peine de mort et aux travaux forcés à perpétuité ; les dispositions de l'acte des constitutions du 22 frimaire an VIH , qui règlent les formalités destinées à mettre les citoyens à l’abri des arrestations et détentions illégales, furent rendues exécutoires au Sénégal ; enfin le gouverneur dut, comme dans les autres colonies, en cas de condamnation prononcée par une cour d'assises, statuer en conseil pri\é sur la question de savoir s’il y a lieu de surseoir à l'exécution de l’arrêt et de recourir à la clémence royale (1).
Les forces militaires du Sénégal et de ses dépendances se composent de trou-
(r) Voy, le Rapport ait roi de M. le vircamiral ttosamel , en soumettant à la signature de sa majesté le projet d'une ordonnance
L’UNIVERS
pes européennes et de soldats noirs.
T rojs compagnies du troisième régiment d'infanterie de marine et une compagnie de soldats d’infanterie indigènes , forment , avec une depiî-cotnpagnie de canonniers et un détachement d’ouvriers d’arfi|ier(e de la marine , le cadre de la garnison de la colonie (1). Le connu. indcinent de la place de Saint- Louis est confié au chgf de bataillon commandant les troupes d’iqfanterie; les fonctions de ijiygptf ur.de l'artillerie sont remplies à Saint- l ouis par un capitaine de l’arme, yu officier delà même arme est chargé dp service de l’artillerie à Corée. La direction des travaux du génie militaire est conliéeou cauitaitie du génie qui est placé à la tête du service des ponts pt chaussées. Un arrêté local du 31 janyier 1833, dont les dispositions sont en partie empruntées à la loi du 22 mars 1831 concernant des gardes nationales du royaume , règle provisoirement au Sénégal l’organisation pi la composition dp la milice locale : tous les habitants <}e condition libre âgés de seize à cinquante-cinq ans en font pariie, sauf certaines pxcpptiups.
Le gouverneur est le commandant en chef des milices du Sénégal et de ses dépendances ; le commandant en second est un chef de bataillon; la milice de Gorée est placée sous Ip commandement immédiat du commandant particulier de l’île. A Saint-Louis, elle se compose d’une compagnie d'artillerie, de deux compagnies de fusiliers et de deux compagnies de tirailleurs. Les officiers sont nommés par le gouverneur; les sons-officiers et caporaux sont élus par leurs compagnies respectives. La classe des laptots est aussi organisée en une espèce de milice qui a souvent rendu d’importanis services contre |es Maures (2).
Les dépenses publiques du Sénégal et
royale portant application du rode d'instruction criminelle au Sénégal et dépendances.
(i) line ordonnance royale du 99 no».
1S43 ouvrit au ministre secrétaire il'lhat de la marine el des colonies, sur l'exercice 1(43, un crédit de9a,uoo [r. destine a pourvoir an* dépenses vie formation et d’eulreticn d'un corps de cavalerie africaine à employer au Sénégal,
(a) Poy. les Not, statut, sur Us colon.franc., 10' paît., p. i5o.
de ses dépendances sont divisées en deux catégories principales ries dépenses de souveraineté' et- de protection (services militai res et marine locale), auxquelles il est pourvu au moyen de fonds alloués par le budget de VÉtat ; et les dépenses d administration inférieure (traitements du gouverneur, des divers fonctionnaires et agents de service, travaux publics, approvisionnements, etc. ), auxquelles il est pourvu au moyen l°du produit des contributions publiques de la colonie et autres revenus locaux; 2” d’une allocation sur le fonds d’un million , accordée par le budget de l’État à titre de subvention au service intérieur des colonies.
Il existe au Sénégal et dans ses dépendances quatre écoles primaires, dont deux à Saint-Louis et deux à Gorée; dans chacune des deux villes il y a école de garçons et école de lilles. Les écoles des garçons sont dirigées par un instituteur entretenu aux frais du gouvernement; elles sont gratuites et se composent rhacune d'internes et d’externes.
Parmi les internes on a souvent compté des enfants de chefs indigènes de l'intérieur, gardés en otage a Saint-Louis.
O11 y enseigne, d'après la méthode de l’enseignement mutuel, la lecture, récriture, la grammaire, l’arithmétique, le dessin linéaire et la géographie élémentaire. Les écoles de filles sont tenues par des soeurs de la congrégation de Saint-Joseph de Cluny.
Deux conseits de santé ont été créés, l’un à Saint- Louis, l'autre à Gorée. Celui de Saint-Louis se compose de l’ordonnateur président; de deux officiers de santé, du directeur drs ponts et chaussées, du capitaine de port, du commandant de la piaee, du pharmacien de l'hôpital, du maire el de trois notables; celui de Corée, du commandant particulier, président; de l’officier commandant le détachement d'infanterie, de deux officiers d'administration, de deux officiers de santé, du pharmacien de l’hôpital, du maire et d'un notable. I.es attributions de ces conseils sont déterminées par les arrêté- locaux des 13 mars 1822, 28janvieretS mars 1831, et 1" juin 1832 (t).
(1) Le 3o mors i*45, un cours d’hygiène,
iooglc
Un arrêté local du 7 septembre 1825 a créé à Saint-Louis un comité de comn\erne, pour donner son avis sur les questions commerciales qui lui sont soumises par le gouverneur; présenter ses vues sur les moyens d'améliorer la situation du commerce ; déterminer le cours du change et celui des marchandises et denrees de toute espèce ; délivrer des parères, sans pourtant que cedroit lui suit exclusivement attribué; donner son avis sur les cas d'urgence où il deviendrait indispensable d'accorder des permis de debarquement pour des objetsde consommation dontl’introduction n'est pas ordinairement permise; surveiller l’exécution des travaux publics dont le commerce aurait fait les trais en totalité ou en partie, et celle des lois , ordonnances et arrêtés concernant la contrebande; enfin, tenir enregistrement de tous les négociants ou marchands établis à Saint-Louis. Ce comité se compose de douze membres élus dans certaines classes à la majoritédes suftrages : quatre négociants pris parmi ceux de la colonie qui fout directement, depuis cinq ans au moins, le commerce avec la France; trois habitants notables faisant le commerce de la rivière et des escales; trois marchands patentés; un capitaine de navire naviguant au long cours pour le compte de négociants domiciliés en France, et enfin l’ordonnateur de la colonie, qui préside le comité. Il y a à Corée une commission commerciale , instituée dans le même but, mais avec des attributions restreintes aux questions d’intérêt local.
liassin de la Gambie. Les terres de la graude baie où débouché la Gambie sont extrêmement basses au nord ; mais au sud , se présentent les terres assez hautes et rocailleuses du cap Pelé , et celles du cap Sainte-Marie , plus basses mais boisées. Le cap Sainte-Marie a ceci de particulier, dit M. le comte liouët, que la côte, après avoir couru au nord-est, depuis le cap Pelé jusqu'à son pied, y change de gisemeut et court
mis à la portée des habitants et des militaires de la garnison, fut ouvert à Saint-Louis du Sénégal , avor l'approbation de M. le gouverneur, par MM. Salva et Gueit. {.Yoy. les Annales nittrit Revue culon., |8*5. o* 'J I > . )
à l’est-sud-est pour aller former la pointe gauche de l’entrée de la Gambie. . L’entrée de la Gambie est accessible à de grands navires quoique obstruée par des bancs nombreux; mais l’absence d’une barre fait que les bancs sont moins mobiles. On signale deux bancs et deux plateaux ou petits bancs : le premier qu’on aperçoit en venant du nord est le banc Rouge ; i'tte aux Oiseaux , qui s’en détache, mais avec une forme basse et aplatie, en est proprement le sommet. M. le comte Bouët pense que ce banc tire son nom de la teinte des eaux remuées par les brisaute dont il se compose, bien que cette teinte ne soit pas très-tranchée. O banc est fort étendu :
il est séparé de la tête du banc de Sainte- Marie parle plateau de \'Jfrican-Anowi et le plateau dit Middte-G round ou banc du Milieu, tous deux recouverts par 3 à 5 mètres d’eau. Le chenal des grands bâtiments, celui qtieM. Bouët propose d’appeler passe du banc Rouge, est entre le o ne rouge et l'A/rican-knou-l. Entre ce plateau et le Middle-Ground , qui,
filus considérable, peut avoir deux miles de l’est à l’ouest et un mille du nord au sud, et entre le Middle-Ground et le banc de Sainte-Marie, sont deux autres passages d’une profondeur de 6 à 8 mètres. Ce banc de Sainte-Marie a une étenduedeâ milles du nord au sud et de moins d’un nulle dans toute sa largeur; son extrémité méridionale vient mourir près de la pointe de Raihursl, et laisse encore entre elle et cette pointe un passage pour les caboteurs. — Après qu’on a doublé l’ African- Knotol , on suit assez facilement la passe du banc Rouge , le long des terres du rovaume de Bar, et on atteint bientôt l'entrée proprenient dite de la rivière, qui compte deux milles de largeur entre la pointe' de Raihursl, prolongement du cap Sainte- Marie, et la pointe de Bar (I).
La ville anglaise de Saint- Mary' s Bathurst est située à l'extrémité de cette pointe, qui termine la rive gauche de la Gambie à son entrée. En 1831 elle ne présentait sur une surface assez étendue que quarante ou cinquante maisons bâties en pierre , et deux cent cinquante
(t) Description nautique du côtes de T Afrique ocad., p. 3 1 -36.
L’UNIVERS
cases à peu près, construites de roseaux et de bambous et habitées par des noirs ■ et des mulâtres. M. Vène, enef de bataillon du génie, qui visita à cette époque la Gambie, a publié une description minutieusement exacte de cette colonie anglaise (l). Les maisons de pierre sont écartées les unes des autres et toutes renferment cours, magasins et jardin; il y a aussi, dans chaque habitation, ce qu'on ne trouve ni à Gorée ui à Saint- Louis, des puits d'une eau douce et limpide. Les rues n’ont pas moins de 23 mètres de largeur; la grande rue qui longe la rivière est bordée d’un trottoir pavé en pierres; les autres ne sont pas pavées, et on y enfonce dans le sable jusqu’à la cheville. On emploie dans les constructions des pierres tirées de la rive droite de la Gambie, de couleur rougeâtre et d’une nature analogue 5 celle des pierres ferrugineuses de Gorée , mais plus compactes et plus solides, et aussi des briques venant de l’Angleterre, moins coûteuses et d’un meilleur usage que celles de F rance. La chaux se fait dans les environs , surtout avec des coquilles d’huîtres, et se vend à plus bas prix qu’à Saint- Louis : 2 francs la barrique ou 80 c. l’hectolitre. Les bâtiments qui appartiennent à l’État sont : la caserne, fhôpital, l’hôtel du gouverneur et le marché. La caserne est composée de deux corps de bâtiment à un étage , placés d’équerre, de même longueur l’un que l’autre, isolés des maisons particulières par une esplanade assez large et un mur d’enceinte, et pouvant contenir cent cinquante hommes : quoique les Anglais n’y logent que des soldats noirs, le rezde-chaussée de la caserne n’est pas habité : on a reconnu, à Sainte-Marie comme à Saint-Louis, le danger des logements placés au niveau du sol. Tout autour des casernes règne une enceinte crénelee longue de 200 mètres environ, large de 70. Sur la grande face du côté de l’ouest, s’élève une tour carrée ui dépasse de 5 à 6 mètres la hauteur e la caserne : au sommet de cette tour
( l) Rapport sur 1rs établissements anglais de la Gambie et les comptoirs français a Albreda et de Casamance, dans les Annales maritimes , i83;, novembre, pari, non officielle, n" 8a.
sont quatre coupures , qui semblent destinées chacune à servir d’embrasure à une petite pièce de canon. L’hôpital contient cinquante lits; il est isolé sur le bord du lleuve au nord des casernes.
L’hôtel du gouverneur est aussi au nord de la caserne. Le marché public, placé à l’extrémité septentrionale de la ville, est un grand hangar où l'on vend, pour l’usage seul des noirs et des mulâtres, de la viande, du poisson, du mil, du riz, des patates douces, des oranges et des bananes, mais toutes denrées de mauvaise qualité : aussi les Européens s’approvisionnent-ils par d'autres voies.
— La ville de Rathurst, basse, entourée d’un côté par le fleuve, et de l’autre par des terrains vaseux, coupés de criques, de mares d’eau salée croupissantes, et couverts de palétuviers, avait grand besoin d'être assainie. En 1831 on entreprit à cet effet la construction d’une digue en terregrasse, contournant toute la partie occidentale de la ville et avant une largeur de trois mètres sur une hauteur d’un mètre : cette digue était destinée à mettre la ville à l’abri des inondations de la Gambie. Les rues de Bathurst sont bordées d’un fossé de deux pieds et demi à trois pieds de profondeur, pour faciliter l’écoulement des eaux de pluies très-abondantes pendant l'hivernage, et comme cet écoulement s’effectuait encore avec peine, on dut ménager de distance en uistance de petites écluses dans cette digue. — Bathur.-t est un établissement beaucoup moins considérable et moins important que Saint-Louis : dans le principe, cette ville ne comptait que trois batteries, l’une devant l’hôtel du gouverneur, une autre à côté du mât de pavillon, au nord de la ville, et la troisième à peu près en face de la caserne; ces batteries ont toutes un parapet en maçonnerie, ne sont pas fermées à la gorge ,' et pouvaient être prises a revers par des bâtiments remontant à l’ouest de la ville. On jugea à propos d'en élever une autre, à côté de celles-là, qui croise ses feux avec une batterie établie à la rive opposée sur la pointe de Bar; mais l'effet de ces batteries croisées ne parait guère redoutable.
Le petit comptoir français A'Albreda , enclavé dans les possessions anglaises ,