SÉNÉGAMBIE. Ï
se trouve à cinq lieues plus haut que Bathurst, sur la rive droite du fleuve.
M. le comte Bouët avertit que, pour s’y rendre vent sous vergue , le chenal est facile, mais que, si on louvoie, il faut un pratique , pour virer à temps sur les bancs de la pointe aux Chiens et sur les bancs de la pointe qui précède immédiatement A Ibreda. Legouvernement français possède à A Ibreda une petite maison en pierre, appelée la Hésiaence, située à deux cents pas du fleuve. Un terrain d’une superficie de 600 mètres carrés environ et un chemin de 12 mètres de largeur conduisant du comptoir à la rivière, ont été achetés en 1817 du roi de Bar. En 1827 on avait eu le projet de l’entourer d’un mur de clôture crénelé : mais ce projet n’a pas été exécuté, et si jamais il l’était, il faudrait, suivant M. Vène,que l’enceinte n’eût pas au delà de 80 mètres decontour pour faire la fusillade. Au pied de la Résidence commence le village d'Albreda , ui contient de cent à cent vingt cases e Noirs mandingues. En dehors du village. M. Vène signale encore, outre la Résidence, trois autres maisons en pierre et spécialement celle de M. Hébérard, qui avait fait construire au milieu d’un verger de bananiers une usine pour la clarification de la cire brute , objet principal du faible commerce d’Albreda. On cultive le riz à Albreda sur quelques terrains choisis le long du fleuve : il se sème dès les premières pluies, c'est-à-dire dès le commencement de juin et quelquefois à la fin de mai; et lorsqu’il a atteint une hauteur de 25 à 30 centimètres, on l'arrache et on le pique en terre comme un plant de salade , et cela au moment des fortes
{iluies : comme la pente de ces terrains aisserait écouler les eaux pluviales, on y élève çà et là de petites digues de 40 centimètres de hauteur. Lorsque la récolte est faite, on pile légèrement les épis dans les mortiers à mil pour séparer les grains de leur enveloppe; mais on obtient un riz qui n’est pas entier comme celui qui se consomme en Europe : beaucoup de grains sont brisés en deux ou trois morceaux, quelques-uns écrasés en poudre, et l'ensemble présente une apparence farineuse : c’est par là et aussi parce que les grains en sont plus
8* Livraison. (Sénégambik.)
petits, moins ronds et moins blancs, que ce riz se distingue de celui de la Caroline. Il se vendait, en 1831 , 24 à 28 fr. les 100 kilogr. Le mil , que les habitants d’Albreda cultivent aussi, etdont ils font leur nourriture favorite, se vendait à la même époque 19 a 20 fr. la barrique, ou 7 fr. 60 c. l’hectolitre. C’est Albreda qui fournit de riz Bathurst, Gorée et Saint-Louis.
Le sol des environs d’Albreda, peu élevé au-dessus du fleuve, est inondé chaque année à une certaine distance; on aperçoit de grandes oasis, dont le terrain de couleur noirâtre et comme tourbeux , toujours imprégné d’eau douce, est couvert de la plus belle végétation : on v distingue l 'anthoclesta aux feuilles énormes et presque spatulées, le nauclea slipulosa , remarquable par sa cime élevée et diffuse, ses feuilles larges et arrondies dans le haut, et la grosseur des capitules de ses fleurs odoriférantes, deux belles espèces de calamus ou de rotang, dont l'une a des fruits charnus à l'intérieur, Vêtais guineensis, des spnndias , des mertensia d’une espece particulière, des aroxdes à grandes et larges feuilles , dont le pétiole allongé est bordé d’une raïuée de dents acérées, des poivriers sauvaes, etc. Un peu au delà de ce terrain ’alluvion s’étend, parallèlement au fleuve, un vasteplateaudont l'inondation annuelle atteint quelquefois les parties inférieures, et que couvrent, entre autres végétaux intéressants , le Inphira alala,arbre singulier par la membrane ailée que forment en se prolongeant les divisions de son calice et par ses grandes et belles fleur- jaunes en panicules , le pterocarpus erinaceus ( le t vigne des Nègres), dont le bois rougeâtre, d'un grain fin et dur qui se prête à un beau poli, est très- recherché dans l'ebénisterie , et sert dans le pays à la construction des petits bateaux de cabotage (1), le khaya senegalensis, qui ac-
(i) « Les fleurs de cet arbre naissent sur « un pédoncule commun qui Se divise et se « subdivise en petits rameaux formant «ne « panicule assez serrée; les fruits soûl or- • biculaires, membraneux sur les bord», et « revêtus dans le milieu de soies roides. C'est
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L’UNIVERS
quiert dans ce lieu une hauteur et une grosseur prodigieuse (1), le cordyla calycandra, bel arbre de la famille des légumineuses, le sterculia cordifolia , espèce rare , remarquable par ses larges feuilles cordiformes, subtrilobées et tres-coriaces; un genre de la famille des bignoniacées, voisin du spallwdea de ■Beauvois.et bien caractérisé par sou fruit de la forme et de la gro>seur d’un concombre, divisé intérieurement en quatre loges distinctes et remplies d’une substance charnue, où sont immergées les semences , et le terminalia macropiera, toujours chargé d’une excroissance ovoïde qu’engendre la piqûre d'un certain insecte (2).
On rencontre aussi çà et là le manipula (parinarium excelsum ), bel arbre d'une hauteur de quatre-vingts à cent pieds , dont les petites fleurs blanches attirent par leur délicieuse odeur un nombre prodigieux d'abeilles. Pour retenir les abeilles à demeure sur cet ar-
« de celte belle légtimineuse que découle la « gomme Kino des droguistes. »
(i) C’est là aussi que les navires français viennent prendre leur chargement de ce bois.
(v) • Vuparia athiopica, l’un des arbres « les plus communs de ces contrées , est Irèsn estimé des Nègres, à cause de son fruit aro- « matique, qui fait parmi eux l’objet d’un m commerce très-étendu : c’est U fameux « poivrade Guinée des droguistes. Ces fruits,
« réunis plusieurs ensemble sur un récepta- « cle globuleux, portés à l’extrémité d’un long « pédoncule commun, sont longs de deux « pouce* au plus, cylindriques, étranglés ou .. comme momli formes, offrant un léger ré-
* trécissement à U naissance de chaque
• graine : les graines sont renfermées, au . nombre de douze environ, dans uue pulpe « sèche et très-aromatique; celte pulpe, aessé- « chée, constitue pour les Nègres le poivre « appelé parmi nous poivre de Guinée;
« mais elle a plutôt la saveur du Raven- « tsara de Madagascar, connu sous le nom « de quatre-épices. — ■ Le bentanier ( Erio - « dendron anfraetuosuin ), le plus gros et le « plus haut des arbres de celle partie de l’A- « frique, après le baobab, prête aux peu- « pies riverains de la Gambie son tronc si « droit , son bois mou et tendre , pour cicu- « ser leurs pirogues de 60 à 70 pieds de « longueur sur 4 ou 6 de largeur et de pro- < fondeur. »
bre, les Nègres suspendent aux branches des ruches en paille très-bien faites, enduites extérieurement de bouse de vache : les abeille s’y précipitent avec empressement et les ont bientôt garnies de rayons. Pour recueillir le miel , les Nègres emploient un moyen simple : le soir, après que les abeilles sont rentrées, munis de chiffons et d’une longue corde attachée autour de leur corps, ils montent sur l’arbre; arrivés auprès des ruches , ils en bouchent les ouvertures, au moyeu des chiffons, détachent la corde de leur ceinture, la passent autour de la ruche en la liant fortement à l’une des extrémités et la descendent avec précaution; un de leurs compagnons placé au bas de l'arbre la reçoit. On fait la même opération pour toutes les ruches, puis on les porte à l’écart; on fait brûler à l’entour de la bouse de vache encore humide, ce qui produit une épaisse fumée; on arrache le bouchon qui ferme 1 ouverture, on enlève l’enduit de la ruche, et aussitôt les abeilles en sortent précipitamment. Le Nègre le plus adroit, placé près d’un grand feu et muni d’un couteau, détache proprement les rayons de miel, et les passe à son voisin, qui les nettoie et les dépose dans une large gamelle. Un troisième entretient le feu et la fumée, de façon que tout se termine avec une parfaite sécurité. Le miel est emporté à l’instant, et chaque ruche est replacée sur l'arbre , apres avoir été enduite de nouveau. Les abeilles, qui ne sont qu’engourdies , rentrent dans leurs ruches au lever du soleil.
Les Nègres des villages qui avoisinent notre comptoir sont des Mandingues- Sosès, assez semblables de couleur et de traits aux Wolofs des bords du Sénégal, un peu moins forts et moins barbus cependant. Leur langue est un mélange de mauvais bambara et de saraeolet.
M. Vène attribue la répugnance générale à venir habiter Albreda, non pas tant à l’insalubrité du lieu qu'aux exigences continuelles des gens du roi de Bar, espèce de mendiants armés qui, quatre ou cinq fois par mois, renouvellent leurs onéreuses visites. — Les petites digues qui partout coupent ce soi ntou et argileux, retiennent les eaux des pluies et une partie des eaux du lkuve débordé,
et le nombre infini de ces petits bassins d'eau stagnante engendre beaucoup de maladies dans la mauvaise saison, que les blancs et les hommes de couleur vont généralement passer à Gorée. Ces .Nègres sont très-riches en bestiaux de toute espèce, bœufs, vaches, chèvres, moutons et cochons, mais différents en général des bestiaux du Sénégal. Les Bœufs et les vaches sont très-petits, trapus, leurs cornes fort courtes et recourbées en avant; on les engraisse aiscment. Les vaches donnent beaucoup de lait, surtout lorsqu'elles ont récemment vêlé ; comme les habitants des rives du Sénégal, ils ne prennent le lait que passé à l'aigre ou fortement caillé. Les chèvres, également très-petites, ont les cornes tres-courtes, très-pointues et droites, le poil épais , court, lisse et de couleur variée ; presque toutes donnent aussi une grande quantité d'un lait très-délicat.
Les chevaux sont fort rares sur les bords de la Gambie.
La construction des cases des Sosès est particulière-, les murailles ne sont pas, comme au Sénégal, de simples tapades de roseaux , mais se composent de couches d’une terre glaise , liante , bien pétrie et très-solide , épaisses et hautes de 2 pieds au plus. Le toit en paille ou en feuilles de palmier s’abaisse jusque sur un second mur à hauteur d'appui ui forme autour de la case une sorte e petite galerie abritée. De pareils murs, moins épais, divisent la case à l’intérieur. :
Derrière le comptoir d’Albreda et à partir du village de Gil/ré commence ce vaste plateau de terre sèche et sablonneuse qui s’étend en divers sens et se prolonge jusqu'au Sénégal, ne présentant que des arbres rares et rabougris, et une végétation assez semblable à celle de l'Égypte, de la Nubie et de l'Arabie. Le village de Gilfré, situé sur le coteau même, est grand et bien bâti, et les cases sont entourées élégamment de jardins de papayers, d'oraugers et de bananiers (1).
Deux milles plus haut qu’Albreda,
(i) Voy. la relation d'un Vi y âge de SI. P. Ptrrollel à Athreda (i8ag), dans le tome LX dea Nouvelles Annales des Voyages,