‹ Sénégambie et Guinée par m. Amédée TardieuChapitre 16 sur 18 · PAR M. A. N. DESVERGERS · texte numérisé non relu

PAR M. A. N. DESVERGERS

Sur ce vaste continent d’Afrique, qui nous offre à la fois les plus vieux monuments de l'industrie des hommes, et les ébauches les plus grossières d’une civilisation au cerceau, il est, au sud de l'Égypte et de la .Nubie, une contrée qui, pendant bien des siècles, s’est dérobée a tous les regards. Comprise sous le nom générique d’Éthiopie, que les anciens donnaient à tous les pays habités par des races à couleur foncée , l’Abyssinie restait inconnue même aux peuples qui l'entourent. On ignorait ses hautes montagnes , ses fleuves rapides , et l’Égypte, en voyant chaque année le Nil inonder ses campagnes , acceptait le bienfait sans en connaître l'origine.

Tout était mystère au-delà des plaines de sable qui avaient enseveli les soldats de Cambvse, quand au moyen âge le nom d’Abyssinie retentit pour la première fois chez les nations de l’Europe. On apprit qu’au sein de l’Afri-

1" Livraison. (Abyssinie.)

que un peuple chrétien défendait avec succès son indépendance contre l’islamisme, vainqueur de toutes parts, et cette étrange nouvelle excita bientôt l’intérêt le plus vif. Au silence complet de l'histoire et de la géographie, succédèrent mille récits exagérés, millp rapports trop légèrement accueillis par une curiosité crédule, puis enfin lu vérité se fit jour : des hommes consciencieux et savants étudièrent la langue du pays, consultèrent ses annales , et malgré de nombreuses lacunes, leurs ouvrages sont devenus pour nous des sources précieuses. I.es missionnaires du XVr siècle, et plus tard de hardis voyageurs , ont soulevé le voile qui cachait à nos yeux l'histoire de l’Abyssinie. Toujours réduits, il est vrai, à de simples conjectures pour les temps qui précédèrent nos relations avec, ces contrées, nous pouvons du moins maintenant suivre, a partir des dernières années du XV* siècle, cette

î L’UNIVERS.

demi -civilisation, qui après s’ être conservée comme par miracle pressée qu'elle était de tous côtés par ne sauvages ennemis , est peut-être au moment de disparaître sous les efforts de l’anarchie , plaie terrible pour les peuples qu'elle atteint.

Considérée sous un point de vue général, l'Abvssinie doit être regardée comme un plateau fort élevé, qui sépare le bassin de la Méditerranée de relui de l'océan Indien , et dont la pente , doucement inclinée au nordouest , se termine à l’est et au sud par deux escarpements rapides. Ce vaste territoire, borné au nord par le Sennaar, au levant paria mer Rouge, au midi et au couchant par des contrées de l'intérieur de r Afrique qui nous sont presque entièrement inconnues , s'étend, sur une longueur de deux cents lieues, entre les quinzième et septième degrés de latitude nord; sur une largeur égale, entre le trentedeuxieme et le quarante et unième deré de longitude à l'est du méridien e Paris. De hautes chaînes de montagnes la sillonnent , et paraissant se rattacher aux différentes hauteurs de toute cette partie de l'Afrique, semblent former un système à part dans l’orographie générale de ce continent.

Deux de ces chaînes courent du nord au sud, puis détachent de longues ramifications qui enserrent tout le plateau , 11e laissant entre elles nue des plaines de peu d'étendue, où s'élèvent encore des groupes isolés.

D'anciens voyageurs avaient cm que les montagnes de l’Abyssinie surpassaient en hauteur toutes celles de l'Europe; mais une mesure plus exacte n’a pas confirmé cette assertion , et le dernier Européen qui ait visité ces contrées, M. Ruppell, ne pense pas que leurs sommets les plus élevés aient plus de 13,000 pieds au-dessus du niveau de la mer. C'est donc moins une grande élévation qui les signale à l’attention de l'observateur, que leur nombre et l’effet constant des nuages qu’elles condensent autour de leurs pics aigus, et qui se résolvant en pluie, rendent seuls habitable la longue vallée

du Nil. A défaut de renseignements positifs sur la constitution géologique ae ces reliefs, nous pouvons y suppléer jusqu’à un certain point par l'observa ion des formes qu’ils affectent.

« Ouclques-unes de ces montagnes, « ait Bruce, sont tellement minces et » plates , que s’élevant comme un « mur immense, on s’étonne qu'el es « puissent résister à la force du vent.

« Il en est qu'on prendrait |ioiir des « obélisques , d'autres pour des pris- « mes , et d'autres enfin qui, comme « dos pyramides posées sur la pointe, « et la base dans les airs , semblent « donner un démenti à toutes les idées « reçues sur les lois de la pesan- » leur. »

En faisant ici la part de quelque exagération , on peut du moins présumer que ces formes déchirées et bizarres, ces squelettes dont les arêtes aiguës bravent la tempête , .ne peuvent appartenir qu’à uns nature volcanique ou à des roches de première formation.

Les pluies périodiques qui, chaque année, transportent le solde l’Ethiopie jusqu’aux rivages de la Méditerranée, nous serviront encore à expliquer leur configuration singulière. En dépouillant les montagnes de toutes les couches dont la désagrégation est possible , elles n'y laissent ^lus que des roches de granité et de quartz , modifiées elles-mêmes par les traces profondes que parviennent à y creuser les déluges du tropique.

Ces torrents d'eau qui, pendant cinq mois de l’année, de mai en septembre, privent les Abvssins de toute communication au dehors , vont grossir une foule de petites rivières, uorit la réunion forme des fleuves et des lacs d'une grande étendue. Le plus grand de tous ces lacs, celui de Dembea, est traversé par le Dahr-el-Azrak ou Nil- Bleu , l'un des principaux affiuen's dont la réunion forme le Nil d'Egvpte. Un peu plus au nord, le Tacazé va porter au même fleuve le tribut de ses eaux, tandis que le llanazo, l« Hawasrh et le Zébe se dirigeant vers la mer d’Arabie, ce dernier seul y parvient, et les deux autres voient,

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