‹ Sénégambie et Guinée par m. Amédée TardieuChapitre 6 sur 18 · AI · texte numérisé non relu

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mcux sultan de Saekatou. C’est ainsi que les Nyfféens appelèrent eux-mêmes imprudemment les Fellans dans leur pays. Avec ce puissant secours, Magia renversa aisément son frère. Tl se soumit à payera Bello, tous les six mois, un tribut consistant en esclaves et en tobés des meilleures manufactures du pays; et les soldats fellans restèrent dès lors dans le Nyffé comme pour protéger le nouveau roi , puis leur nombre s’accrut sans cesse, et ils ne tardèrent pas à mettre le trouble partout. Bientôt ils renversèrent le roi qu’eux-mêrnes ils avaient fait, et rétablirent Edërésa; mais comme eelui-ci avait formé le généreux dessein de chasser les étrangers de ses États, ils se rangèrent de nouveau du parti de Magia et l’affermirent dans son usurpation! Leur chef était un cousin de Bello, nommé Mallam-Dendo, qui en peu de temps avait réduit le Magia à la dernière impuissance et s'était fixe à Habba. il était même parvenu à se rendre indépendant de l'illustre sultan de Saekatou, son cousin. Quand les frères I.ander arrivèrent à Zangoshie; prévoyant sa fin prochaine, il s’occupait très-activement d’assurer sa succession

dit nue tous ces gens allaient au marché d ' Aloric. Deux chaînes de petites collines, presque parallèles, s’étendaient sur les deux rives, aussi loin que la vue pouvait atteindre. Elles ne semblaient éloignées du bord que decinq milles environ. Ils passèrent même au pied d’une haute et large colline, de forme conique, entièrement détachée de la chaîne, et s’élevant brusquement à quelques pas de l'eau. Les bords de la rivière étaient extrêmement plats et marécageux ; des parties semblaient inondées. En avançant, ils découvraient des villes grandes et petites , mais toutes situées sur des terrains bas, ce qui leur donnait un aspect chétif et misérable. Outre le poisson, les habitants se nourrissent de riz. Leurs rizières dausce temps-là étaient presque toutessubmergées.Ilsn’avaient fait halte nulle part sur Ta rivière, pas même pour leurs repas, leurs hommes laissaut le canot glisser avec le courant, tandis qu’ils mangeaient. A cinq heures après midi , tous se plaignirent de la fatigue, et on commença a chercher aux alentours un lieu de debarquement; mais ils n’en trouvaient pas; d’immenses marais et de bourbeuses fondrières, infranchissables,

à son (ils. C’était un chef habile et rusé, mais tout ensemble homme de cœur; et il avait su s’attacher les Nyfféens euxmêmes en leur donnant des postes importants et lucratifs , soit près de sa personne, soit dans l’armée, soit dans le gouvernement des villes. On dit aux voyageurs qu’il pouvait mettre en campagne mille cavaliers bien équipés et bien montés et un nombre incalculable de fantassins. Il se préparait alors aussi à faire une expédition au delà du Niger dans le Yarriba : ce peuple conquérant tend à s’avancer jusqu’à la mer.

La largeur du canal entre Zangoshie et Uabba n'est pas de plus de deux milles. Il court dans une direction sud-est. En partant , nos voyageurs suivirent le rivage de l'ile qui regarde Rabba , et au bout de vingt minutes en atteignirent la pointe. Le fleuve coulait alors vers l'est, et sa largeur paraissait de quatre milles environ. Dans la matinée, ils virent de loin une foule de canots passant et repassant d’un bord à l’autre, chargés de passagers et de chevaux, qu'ils transportaient sur la rive du Yarriba. On leur

les séparaient de tous les villages qu’ils apercevaient. Bon gré mal gré, ils continuèrent leur course. Dans la journée, ils avaient vu plusieurs belles lies, toutes cultivées et habitées, quoique basses et plates. La largeur du fleuve variait beaucoup : tantôt elle semblait être de deux ou trois milles, tantôt du double. Le courant était fort rapide, et ils pouvaient faire trois à quatre milles à i’heure. La direction était presque toujours à l’est. Un épouvantable orage, et la rencontre et les poursuites d’un nombre incroyable d'Inppopotames, les mirent plusieurs fois en danger. La pluie tomba par torrents jusqu’à trois heures du matin, puis le ciel redevint pur , il faisait assez clair pour distinguer les objets ; ils dépassèrent plusieurs grandes villes et villages, mais n’apercevant aucun naturel hors des huttes, ils craignirent les suites d’une descente si matinale, si on les prenait pourune bande de voleurs ou dejacallis. Ce ne fut que deux heures plus tard qu’ils se décidèrent à prendre terre dans une Jle à un petit village de pêcheurs appelé Dacannie. D’après leut

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calcul, ils avaipnt dô faire cent milles environ dans leur navigation du jour et de la nuit. La direction du fleuve s'était maintenue à l’est; en plusieurs endroits, il leur avait présenté une largeur de huit milles. — Ils trouvèrent à Dacannie plusieurs Mallams mahométans envoyés par le chef de Rabba pour l'instruction des naturels. L’ile est peuplée de pêcheurs nyfféens , race douce et inoffensive, qui depuis quelques semaines seulement avait renoncé au culte de leurs divinités pour le Coran. C’est un des effets des conquêtes des Fellans dans le pays; partout où ils régnent, ils propagent le mahométisme. Par suite de l'abdication d’Édérésa en faveur de Mallam-Dendo, ses sujets étaient devenus mahométans, et cette croyance ne pouvait manquer de s’étendre' bientôt dans tout le Yarriba. — Nos voyageurs se rembarquèrent entre neuf et dix heures du matin. Ils découvrirent d’abord plusieurs montagnes dont trois en forme de pain de sucre, entourées d’autres plus petites. Elles étaient situées ou nord-est, à peu de milles du bord du fleuve. Une grande chaîne de montagnes plusélevées, et de toutes formes, bornait au loin l’horizon. Vers le milieu du jour, ils abordèrent à un petit village situé sur Elle Gungo, au-dessous de deux villes d’une etendue prodigieuse, assises de chaque côté de la rivière au bord de l’eau , et juste en face l’une de l'autre. A la hauteur de l’ile Gungo, les rives étaient hautes et bien cultivées , les palmiers croissaient en abondance. Toute la rive du Yarriba avait été désertée par les naturels et abandonnée aux Fellans. La rivière décrivait une légère courbe au sud-est , le courant continuait à être très-rapide, et la largeur variait de trois à cinq milles. L’ile Gungo, qui se trouve presque au milieu du fleuve , a environ un mille et demi de circonférence. Les naturels semblent doux et inoffensifs; ils vivent de pêche et échangent du poisson avec leurs voisins contre du blé et des ignames. — Là , pour la première fois depuis leur départ de la côte , les frères Lânder ne purentse faire comprendre; et cependant ils parlaient, eux et leurs gens, différentes langues de l’Afrique ; mais l’idiome haoussan, ni aucun de ceux qu’ils possédaient n’étai t en-

tendu des naturels. — Le lundi 18 octobre ils quittèrent de bonne heure l’ile de Gungo. Vers dix heures ils étaient en face d'un grand village situé sur une île plate et basse, et à peu près submergé, tant les eaux étaient hautes. Ils virent un grand nombre de canots occupés à recueillir les habitants pour les transporter en terre ferme. Quelques Mallams leur apprirent que cette année le Niger avait éprouvé une crue d’eau extraordinaire. Plus loin, ils se trouvèrent par le travers des montagnes remarquables que la veille ils avaient aperçues devant eux. A ce nouveau point ae vue, elles présentaient un sommet plat et en forme de table, et paraissaient tres-proches de la rivière; une ou deux avaient l'apparence d’une complète stérilité; sur d autres il y avait une végétation chétive et rabougrie; d’autres enfin étaient fertiles et portaient des plantations de blé presque jusu’à leur cime ; à leur pied s’étendaient e charmants villages délicieusement situés, parmi de beaux et grands ombrages. En avançant , ils observèrent encore une montagne fort éloignée à l’est, et se terminant en un immensedôme. A quatre heures de l’aprcs-midi, ils abordèrent dans une petite île appelée l'ofo, pour y passer la nuit. La rivière, dans la partie de son cours qu’ils avaient parcourue ce jour- la, offrait beaucoup de sinuosités; la direction générale était sud-est et est-sud-est; sa largeur variait de deux miilesjusqu'à six. La rive orientale, haute et montueuse, leur avait présenté de belles cultures , et , comme la rive opposée, de nombreux villages. — Le lendemain, une heure après avoir quitté l’ile Fofo, ils passèrent devant l’embouchure d’une rivière assez considérable, venant du nord ; c’était la Condounia. Des Fellans la leur avaient annoncée ; et à midi ils aperçurentderrièreun immense marais, coupé de petits canaux et de criques, la grande et belle ville à'Egga , située à trois milles environ des bords de la rivière. Ils gagnèrent le lieu de débarquement en remontant une baie encombrée d’un nombre infini de grands et massifs canots, tout remplis de marchandises et de denrées du pays. Il y avait des huttes construites à nord. Tous avaient leurs proues barbouillées de sang, et des plumes y étaient fixées comme préservatifs

contre les voleurs. Egga est d'une étendue prodigieuse et sa population est immense; le sol des environs se compose d'un terreau gras et noird'une étonnante fertilité, qui produit abondamment et presque sans culture toutes les denrées nécessaires à la vie; aussi les provisions y sont-elles en grandequantitéet à très-bas prix. Les habitants se nourrissent surtout de poisson. Ils possèdent un plus grand nombre de canots , de toutes dimensions , que les habitants des villes situées plus au nord , et ils y passent leur vie; le petit toit ou hangar qu’ils ont à bord leursert de demeure. Plusieurs vendent des toiles et des draps de Beninet de Portugal; et ils descendent continuellement le fleuve pour entretenir leurs relations avec la côte. A leur arrivée, nos voyageurs furent reçus dans la xollahe ou hutte d’entrée, par le vieux chef d’Egga; assis, les jambes repliées sous lui , sur une peau de vache tannée étendue à terre, il fumait une pipe longue de trois aunes à peu près, et était entouré de beaucoup de Fellans et de Mallams.

Il les accueillit de la manière la plus amicale, et, pour les honorer, les Gt asseoir

ftresdelui. Il les regarda longtemps avec a plus vive surprise, de la tête aux pieds, leur dit qu'ils avaient une mine fort étrange et très-digne d’être vue; puis, après avoir satisfait pleinement sa curiosité , il envoya chercher toutes ses vieilles femmes, aGnde leur procurer le même plaisir; mais comme ils commençaient à se fatiguer d’être ai nsi donnés en spectacle, ils demandèrent à être conduits dans une hutte. Là ils furent obsédés de visites des Mallams, des épouses du chef, et bientôt de tout le peuple d'Egga, et furent obligés de barricader leurs portes et de mettre trois de leurs hommes en faction pour tenir les curieux à distance. Ils restèrent deux jours à Egga, exposés à ces continuelles mais obligeantes importunités.— Le territoire de Nyffé Cnit a cette ville.

Repartis le 22 octobre, à sept heures du matin, ils virent un peu au-dessous d'Egga deux petites Iles fort belles, couvertes de cultures, et assez peuplées.

Toute la matinée, les bords de la rivière se montrèrent bas et marécageux; de hautes terres apparaissaient au delà.

Les collines qu’ils avaient aperçues

23* I. irraison. (Guinbb.)

quelques jours auparavant paraissaient suivre la même direction que la rivière, le sud-est. En avançant, ils voyaient la rive occidentale demeurer basse, tandis qu’une double chaîne de collines bordait la côte orientale. Ces hauteurs leur paraissaient fertiles , la verdure montait jusqu’à leur sommet ; mais ils ne découvrirent quequelques villages petits etmisérables, presque ensevelis sous l'eau, et pour toutes cultures , de vastes rizières submergées aussi et Irt» éloignées de toute habitation. A onze heures ils dépassèrent une très-grande ville marchande, située à leur gauche, tout près du bord de l'eau, au pied d’une haute montagne qui semblait au moment de l’écraser de sa chute. Leurs gens ne purent leur en dire le nom. Il y avait un nombre considérable de canots stationnés devant cette ville et construits comme le sont ceux des rivières Bonny etCalabar. C’est une preuve sdre de l’existence de communications régulières avec les peuples de ces contrées, et c’était pour nos voyageurs une nouvelle et précieuse assurance du voisinage de la mer. Beaucoup deces embarcations allaient et venaient sur le fleuve; quelques-unes passèrent très-près d’eux; leurs équipages les regardaient avec étonnement, mais ne s'arrêtaient pas à leur parler. Vers le soir, ils atteignirent Kacunda. — Entre Egga et cette ville, le lleuve décrit de nombreuses sinuosités, se dirigeant tantôt au sud tantôt au sud-est. Il est parsemé d'iles, toutes cultivées et habitées. Le courant, très-rapide, doit être de quatre à cinq milles à l'heure. Généralement les terres sont basses; celles de la rive méridionale ont peut-être un peu plus d’élévation. La ville de Kacunda, située sur la rive occidentale, est proprement composée de trois à quatre villages, tous fort grands, mais isolés, quoiqu'à peu de distance les uns des autres. Vue d'un peu loin, elle offre un aspect très-saisissant. Pour y arriver, il faut, comme à Egga, dans cette saison de l’année, s'engager dans des canaux sinueux qui coupent un marécage vaseux et malsain, large de près de deux milles. Kacunda est la capitale d’un État ou royaume de même nom, indépendant du Nyffé, comme de toute autre puissance. Le gouvernement est absolu , mais mo-

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itéré. Dans les, affaires graves, ic chef ou roi s’en remetaujugementdes anciens.

Kncuniia entretient tort peu de relations avec le Nyffé. Elle trafique presque exclusivement avec les divers peuples qui habitent les bords du Niger au sud ; et les esclaves qu'elle vend sont, dit-on, dirigés vers la mer. I,cs naturels sont grands, bien faits et robustes; ils portent peu d'ornements. Celui qu'ils affectionnent le plus est un collier de cornalines rouges (qu’on trouve en abondance dans le Nyffé ) , taillées un peu en forme de cœur, plates, minces et du plus beau poli. Pour tout vêtement, ils se ceignent les reins d'un morceau d’étoffe sic coton, fabriqué par eux, et teint de diverses couleurs, selon legoiltdechacun. Les femmes portent des petits pendants d’oreilles en argent , mais ne se teignent pas le corps. — Les productions du pays n'ont rien de particulier; et pour la fabrication des étoffes , les habitants de Kacunda sont tort inferieurs a leurs voisins. La langue du Nyflé n'y est pas comprise, malgré la proximité des deux royaumes; mais, de même que dans tous les autres lieux que nos voyageurs avaient parcourus, on y trouve beaucoup d'individus parlant couramment le haoussan. — Ils remarquèrent, pour la première fois, que les naturels avaient coutume de se faire une marque particulière pour se distinguer des autres tribus. Les marques distinctives des habitants de Kacunda sont trois cicatrices des tempes au menton. Ils sont doux, inoffensifset très- laborieux. Leurs huttes sont plus grandes et plus propres que toutes celles qu’ils avaient déjà vues. Nos voyageurs eurent pour hôte a Kacunda un vieux prêtre mnhométan, le maître d’ecolede la ville. L’édueation des enfants des principaux habitants consiste presque toute a apprendre quelques prière- mahométanes. Ces enfants sont généralement studieux et diligents. Ils se lèvent tous les jours avant le soleil, et copient leurs prières à la lampe, pour les reciter ensuite au maître , les uns après les autres, a commencer par le plus âgé. Ils récitent d'un ton perçant et criard, assez liant pour se faire entendre d’un demi-mille a la ronde , ce qui passe près des parents pour une grande perfection.

— Les habitants du Kacunda se servent

pour la pêche, dans laquelle ils sont assez habiles, d'une, ligne armée au bout d’un morceau de fer recourbé en forme de liameçon. Ils y attachent pour amorce un gros ver et souvent un morceau de poisson. La corde est faite d'une herbe proprement tressée. Les pêcheurs s’exposent avec iusoucianceaux attaques des alligators, tres-nombreux dans la rivière, et fout une guerre continuelle aux crocodiles et aux hippopotames, dont ils mangent la chair. Les œufs de crocodiles sont pour eux uu grand régal. Nos voyageurs quittèrent Kacunda le soir pour échapper a tous les dangers qu'on leur avait annoncés.

Au-dessous de Kacunda, le fleuve tourne droit au sud entre des collines assez élevées. Quelques milles plus loin, ils observèrent une branche du Niger peu considérable, coulant à l’ouest; peut-être n’était-ce qu'une crique, ils ne purent s’en assurer; ses bords, parsemés de petites col li lies, étaient couverts de palmiers. Ils se trouvèrent alors en face d’une ville fort étendue, d'où s’élevait un grand bruit; ils distinguèrent aussi plusieurs autres villes sur la rive occidentale, mais les évitèrent soigneusement.

Vers une heure après minuit, le cours du lleuve, qui depuis peu se dirigeait au sud-est, changea encore et devint sudsud-ouest. Il coulait alors entre des collines de la plus grande hauteur. A cinq heures du matin, le lundi 25 octobre, ils se trouvèrent presque eu face d’une rivière considérable, venant de l’est se jeter dans le Niger : à son embouchure elle paraissait avoir de trois à quatre milles de large; et sur l’une de ses rives ils virent une grande villedout une partie faisait face à la rivière, et l’autre à la Quorra. Ayant cru d’abord que c’était lin bras du lleuve, ils essayèrent d'y entrer; mais voyant que le courant était contre eux et que sa force augmentait, u inesureqn’ils avançaient, iis y renoncèrent. Ils pensèrent alors que ce cours d'eau devait êire la Tchaada, et cette grande ville assise à sou embouchure < uHumcurrnJ'i, dont leur vieil hôte de Kacunda les avait entretenus. Le jour s'était levé terne et bruineux ; cependant à mesure que le soleil dissipait le brouillard, ondistinguait desmontagnesde formes irrégulières , qui s’élevaient brus-

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quement au bord de l'eau ; mais on ne pouvait se faire une idée exacte de leur hauteur, à cause des vapeurs qui enveloppaient encore leurs sommets. Au delà, sur la rive sud-est, apparaissait encore une double rangée de hauteurs ; et, au nord-ouest, une chaîne de collines, moins hautes , s’étendait aussi loin que l'œil pouvait atteindre. Elles paraissaient nues et stériles. Celles du nord-ouest étaient formées de masses groupées et ressemblaient aux montagnes de Kong, que nos voyageurs avaient vues dans le Yarriba. A sept heures, le Niger leur apparut tout dégagé d'iles et de marais, coulant majestueusement entre des rives boisées et beaucoup plus élevées que toutes celles qu'ils avaient vues les jours precedents, sur un fond de rochers qui produisait à la surface de forts et fréquents bouillonnements. A cet endroit, unde ces canotsqu'on leur avait dépeints si différents du leur passa près d’eux. Il avait la forme des paniers d'osier dans lesquels les bouchers en Angleterre portent la viande. Il était garni de sièges, connue la plupart des embarcations employées au cabotage; huit ou dix petits garqons ramaient vigoureusement en chantant, sous les yeux d’un homme âgé assis au milieu du canot. Le mouvement des pagaies était régularisé par un sifflement particulier, qu’ils faisaient entendre à intervalles égaux, l.eur petit esquif filait avec une singulière vitesse. A dix heures , nos voyageurs tournèrent un énorme rocher blanc et nu , formant un dôme parfait au centre même de la rivicre, et pouvant avoir vingt pieds de haut. Une immense quantité d'oiseaux blancs étaient perchés sur son sommet; ils lui donnèrent le nom de Hoc aux Oiseaux. Il est à trois ou quatre milles de Bocquô et du môme côté. Le côté sud-est est le plus sdr ; c’est d’ailleurs le vrai canal de la rivière, et il a trois milles de largeur. En prenant le côté opposé, ils faillirent être entraînés dans un gouffre. De ce côté la distance du roc à la rive est d'un quart de mille à peu près , et le courant a une vitesse de six milles à l'heure. Après avoir franchi ce dangereux passage, ils découvrirent sur la rive droite un endroit commode pour débarquer, tout nettoyé, sur une etendue de cent

toises, d’herbes, de bruyères et de toute espècede végétation, et destiné sans doute à servir, à époques fixes, d’emplacement aune foire ou marche. Ils apprirent des habitants d’un village voisin que c'était là le fameux marchede Bocqud, dont ils avaientsi souvent entendu parler; quela rive opposée appartenait au royaume deFunaa;que beaucoup de marchands se rendaient à ce marche, non-seulement des lieux voisins, mais aussi de villesct de villages des deux rives du Niger, fort éloignés au-dessus et au-dessous de Iiocquâ. On leurmontra juste en face, surla rive opposée, le grand chemin de Funda, situé a trois journées du Niger, en remontant laTchadda. Le village de flocuA, fortifié d'une bonne palissade en ois, a une apparence élégante; les femmes y sont de belle race , et d'une extrême propreté. — De là, le fleuve coule dans une vallée profonde entre des montagnes d’une grande hauteur. Son cours, jusqu’à Alla, parmi beaucoup de détours , conserve une direction générale au sud-ouest. Atta est bâtie tout au bord du fleuve, du côté du sud-est, dans une situation élevée, sous une belle pelouse verte. Danssa prodigieuse étendue, elle est tout ornée d’arbustes verts et de beaux et grands arbres. Ils passèrent devant cette ville le 2ü octobre, à onze heures du matin. Pendant plus de trente milles, au-dessous d’Atta, ils 11e virent ni une ville ni un village, ni même une hutte isolée. Vers midi, les collines au nordouest leur parurent décroître et celles de l’est tournèrent au sud-est, tandis que la rivière continuait à couler au sudouest. Deux heures après, l’aspect des rives changea complètement; elles redevinrent basses et marécageuses , particulièrement à gauche. Bientôt ils dépassèrent deux charmantes petites îles, qui leur parurent inhabitées, et à quatre heures ils virent une branche de la rivière, courant au sud-sud-est, et large à peu près d’un quart de, mille. Ils abordèrent un peu plus loin sur la même rive, et passèrent la nuit dans un vdlage voisin , nommé Abbazaca. Le sentier qui y menait était étroit et obstrué de mauvaises herbes qui avaient trois fois leur hauteur et formaient une voûte audessus de leurs tètes. Ils ne purent se faire entendre qu’au moyen de la langue

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de Bonny qu'un jeune homme comprenait imparfaitement. Ia> chef s’offrit à les accompagner jusqu'à une grande ville situee plus bas sur le fleuve, dont son frère était gouverneur, et où ils ne pouvaient manquer de rencontrer des gens de Bonny , de Calabar , de Brass et de Bini. Il assurait que les gens de ces divers pays venaient par eau à la ville de son frère, pour y acheter des esclaves. Il était surtout important pour eux de savoir avec certitude quelle était la branche la plus large du fleuve, maintenant qu’il leur était à peu près démontré que ces différentes rivières communiquaient avec le Niger. Ce chef ne put la leur désigner sûrement; mais il paraissait croire que c’était le Bonny. Ils se rembarquèrent le lendemain de bonne heure ; le chef en effet les précédait dans son canot. Pendant la première partie du jour, le cours de la rivière était ouest-sud-ouest, et la largeur de deux à quatre milles. A midi ils virent un petit bras se dirigeant au sudest. La rive nord-ouest était tres-basse et couverte d’épais taillis; letcrrain était inonde par places, et les arbustes semblaient croître dans l'eau. Sur la rive méridionale , un peu plus haut , on voyait de loin en loin, à une distance de deux à quatre milles, des pièces de terre cultivées et divers groupesd’habitations.

A deux heures ils étaient en face du grand village de Damuggoit. Ils avaient déjà depassé l’atterrage quand une douzaine de canots, se mettant a leur poursuite, les atteignirent et leur signifièrent de venir présenter leurs' hommages au roi. Il fallut se soumettre, et ils prirent terre au milieu desciameurset des applaudissements d’une multitude immense. On les conduisit aussitôt à l’ombre d’un grand arbre fétiche, planté au milieud'un marais. Au bout de quelques minutes le chef parut. Il leur apportait en présent une chèvre, avec quantité d’ignames et autres provisions. Son costume ni son extérieurn'av, lient rien de remarquable. Il les pria de séjourner quelque temps dans la ville, ce qu’ils promirent de faire volontiers; et lorsqu'il sut qu'ils allaient à la côte, il leur ait qu'il avait auprès de lui un messager du roi de Bonny, et qu’ils partiraient ensemble sous peu de jours, il leur Ut ensuite beaucoup de questions

sur leur pays, sur les lieux qu’ils venaient de parcourir, sur leurs distances respectives en remontant la rivière. Jamais il n’avait entendu parler d’aucun pays sur le fleuve au delà de Funda et de Tackoua (c’est sous ce nom qu’il désignait le Nyffé); il aesavait rien du Yarriba,du Borgou, nideYaourie. Aprèscet entretien, on les mena, à travers de sales rues , jusqu’à une case extrêmement petite. L’intérieur, malgré une chaleur étouffante, valait mieux que le dehors.

Elle était grossièrement enduite d’argile et toute bordée de figures de fétiches, très-grossièrement taillées et toutes barbouillées de rouge. A six heures du soir, le chef leur envoya un peu de soso et un platde chevreau qui eût suffi pour trente personnes. Le lendemain , vers dix heures, ils reçurent une visite du chef, escorté d’un Mallam du Nyffé, que le chef de Damuggou avait fait venir pour lui composer des charmes contre tous les malheurs et tous les dangers. Le chef était vêtu d’une très-belle tobé de soie cramoisie moirée des fabriques du Nyffé et de pantalons de même étoffé; il avait sur la tête une calotte de drap rouge et aux pieds des sandales de cuir. Il témoignait la plus grande joie de leur séjour dans la ville : son père ni lui n’avaient jamais vu d'hommes blancs. Il ordonna pour les jours suivants de grandes réjouissances en leur honneur. D’abord il leur offrit un beeuf sauvage. Les bestiaux n’entrent jamais dans la ville, ou les laisseerrer librement, etquand les habitants ont besoin d’un bœuf, ils vont les tuer dans un bois ; un de leurs hommes s'acquitta très-heureusenieut de ce soin. Une portion de la victime fut donnée au roi suivant l’usage. Derrière la case que nos voyageurs occupaient, sous un toit de hutte soutenu par quatre piliers de bois était abrité un dieu fétiche, gardé nuit et jour par une femme et deux jeunes garçons. On les pria de faire rôtir leur bœuf à portée du dieu , afin qu'il pût se régaler du fumet. Mais on leur recommanda en même temps expressément d’éloigner de lui les ignames, nourriture trop chétive pour lui être oflerte. Tous les habitants sont idolâtres; ils adorent des figures du même genre que celles du Yarriba. C’est à peines'ils ont entendu parler

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de la religion de Mahomet. Cependant chacun apprêtait ses armes et venait les ranger sous l'arbre fétiche. Et bientôt la fête commença. Elle consistait surtout en décharges continuelles de leurs fusils. Ils se procurent ces armes, qui viennent de la côte, en échange d’esclaves et d'ivoire, au marché de Bocquà, d'où ils rapportent encore de la poudre, du savon, des cotonnades de> Manchester , et une grande quantité de rhum de la plus mauvaisequalité.Pourtout vêtement, ilss'attachentautourdes reinsun morceau d'étoffe , qui leur tombe un peu plus bas que le genou. La tobé de l'intérieur de l’Afrique, ajustement décent et gracieux à la fois , est réservée ici au roi et à quelques-uns seulement des principaux habitants. La civilisation, à mesure qu’on avance vers les côtes , semble décroître sensiblement. Les femmes recherchent les verroteries , et ne portent pas d'autre ornement. Ceux des habitants qui ne se livrent pas au commerce cultivent le sol. Les ignames et le maïs composent l’unique nourriture des classes pauvres. Les bananes et les figuesbananes sont importées d'un État voisin, mais le prix en est fort élevé ; et si l’on ajoute les noix de cocos, on aura la liste complète de tous les fruits et de tous les végétaux connus dans ce pays. Les naturels n’ontjamais vu de riz, quoiqu'il croisse si abondamment dans le reste de l’Afrique, et presque dans leur voisinage immédiat. De même, ils ne connaissent absolument pas le cheval. Leurs animaux domestiques sont le chien , le mouton, la chèvre, la poule ordinaire.

L'excellent poisson de la rivière compense un peu la rareté des autres aliments.

Après un séjour assez long, nos voyageurs reprirent leur navigation, le vendredi 5 novembre. Entre Damuggou et Kirri, la rivière suitunedirection ouestsud-ouest, sa largeur varie d'un à quatre milles et le courant est fort rapide; les bords sont bas, marécageux, couverts d'épais taillis , entremêlés de palmiers.

Près de Kirri, le Niger fait un brusque détour, et le courant redoublant de rapidité . ils furent emportés dans des tourbillons, dont ils eurent beaucoup de peine à se tirer; ils virent une petite rivière venant de l’est se jeter dans le Ni-

ger ; et un peu plus bas, une autre branche, de même grandeur que l'affluent de l’est, s’écarter a l’ouest. Kirri est située à l’angle que la rivedroite de cette seconde rivière formeavec celle du Niger. On leur dit qu'elle descend jusqu'à Bénin. Un rand nombre de canots étaient amarrés la plage.

Nos voyageurs avaient dépassé Kirri depuis quelque temps quand ils se trouvèrent en vue d'une flottille de soixante canots à peu près qui remontaient le Niger , tous grands , pleins d'hommes, et offrant de loin l’aspect le plus animé. Chacun de oes canots portait trois longues tiges de bambou, fixés à l’avant, à l’arrière et au milieu de la barque, et déployant en l'air de larges pavillons. Eu approchant, ils reconnurent sur plusieurs de ces bannières les armoiries de la Grande-Bretagne; sur d'autres, à fonds blancs, étaient dessinées des figures de jambes d’hommes, de chaises, de tables, de flacons , de verres , et toutes sortes d’emblèmes de ce genre. Cette rencontre faillit être funeste aux frères Lânder. Ils se virent attaqués et complètement dépouilles par l’un des canots de la flottille qui venait d’Éboë. Comme les pillards semblaient aller vers Kirri , ils les v suivirent ; et là, par bonheur, les gens du lieu et des Mallams de Euudah se déclarèrent leurs amis dans un palabre qui se tint au sujet de cette affaire. Le chef du canot qui les avait attaques fut condamné à mort, et il fut décrété que si le roi d’Éboë ne ratifiait pas celte sentence, il ne serait plus permis à l’aveuir à aucun de ses canots de venir commercer à Kirri. Pour qu'il pût prononcer son jugement , il fallait que les voyageurs se laissassent conduire comme Tisonniers devant Obie, roi du paysd’Êoë. Ils y consentirent avec joie, et quittèrent Kirri le 6 novembre, àsept lieuresdu matin, escortés de six grands canots de guerre et accompagnés des gens de Damuggou, qui avaient été victimes comme eux de ce conflit. A neuf heures ils dépassèrent deux belles Iles, peu éloignées de l'endroit où ils.avaient été attaqués. Elles étaient désertes et presque au centre de la rivière, large en cet endroit de près de trois milles. Sa direction leur parut sud-ouest , peut-être même plus inclinée à l’ouest; mais ayant perdu leur

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boussole , ils avaient peine à se rendre compte des changements du cours du fleuve, et ne pouvaient se guider que sur la position du soleil. De distance en distance ils voyaient sur le bord de grands villages. Probablement les hommes de leur flottille étaient en guerre avec les populations de ces villages ; car ils passèrent sans s’arrêter, quoiqu'ils manquassent d’ignames. A quatre heures de l'après-midi seulement, ils firent halte pour s’en procurer à une ville riveraine, presque complètement cachée au milieu d'épais taillis.

« Les canots ayant gagné la plage, six « des bateliers bien armés descendirent « et se dirigèrent vers les habitations.

« Ils reparurent au bout d’une heure,

« suivis d'un grand nombre de gens qui « portaient des paquets. Une vieille « femme, qui semblait investie de toute « autorité, était avec eux. Arrivée au » bord de la rivière, ce fut elle qui lit a ranger les ignames par tas séparés « devant les étrangers, et les proprié- « taires , sur son ordre, se retirèrent à « quelque distance. Alors les acheteurs « examinèrent chaque, paquet, étayant •> choisi celui qui leur paraissait le plus • beau, ils placèrent à côté une valeur « censée équivalente en étoffes, pierres » à fusil, etc. La matrone examinait tout « avec la plus grande attention; si, à « son avis, l'estimation était suffisante, « elle prenait l’étoffe, la donnait aü « propriétaire du tas d’ignames, et l’a- « cheteur s’en emparait. Au contraire , « si 1 étoffé ou l’objet offert par ce derb nier n’avait pas à ses yeux assez de « valeur, elle s’arrêtait un moment, tais o sant à celui qui marchandait ainsi b silencieusement le temps d’ajouter « quelque chose à son offre; s’il ne s’y b décidait pas, elle faisait enlever le pnb quet d’ignames par le naturel à qui il b appartenait, et I acheteur n’avait plus b qu'à reprendre ce qu’il offrait en b échangé; tout cela s’exécutait sans « qu’un mot fût prononcé de part ni d'aub tre, et l’achat de leur provision d’ignab mes dura trois grandes heures. C’était b quelque chose de tout à fait étrange, b que de voir deux nombreuses troub pes de gens échangeant des marchait- « dises de cette façon ; et l’air d'in- « différence et de décision de la vieille né-

« gresse, quand elle regardait le prix ofb fert comme insuffisant, était vraiment « singulier. Ce mode de commerce doit b être établi entre les naturels par crainte b de querelles et de rixes. Dans tous les b cas, ce paraît être une convention de b gré à gré , car chacun était parfaiteb nient au fait de ce qu’il avait à faire.

« C’était la première fois que nos vnya- « geurs étaient témoins de semblables » échanges. » — A dix heures du soir on s’arrêta en face d’une petite ville, et au lieu d’approcher les canots du bord et de descendre à terre , on se tint en panne à quelque distance de la plage, en cas d’alarme. Le cours de la rivière, autantqu’ilsen pouvaient juger, inclinait au sud-ouest ; certainement la direction du lleuve avait changé dans les deux derniers jours. 11 ne serpentait plus autant , et ses bords étaient si bas et si réguliers qu’on ne pouvait distinguer nulle part une petite élévation qui rompit cette ligne monotone. Pour la première fois, ils observaient le manglier parmi les autres arbres. Les rives commençaient à prendre un peu de cette uniformité propre au littoral de l’Afrique.

Des deux côtés du fleuve les groupes d'habitations se rapprochaient. La banane, la figue-banane et les ignames étaient cultivées dans ces campagnes parquautites presque incroyables. Il est vrai que ces fruits forment le seul article d’exportation du pays, et avec un peu de poisson, l’unique nourriture des naturels. Quoique la plupart des riverains parussent doux et timides, les gardiens des frères Lânder prenaient les plus grandes précautions; ils avaient toujours des sentinelles occupées à surveiller les rives, deoout, dans le canot, nu fusil d’une main, un coutelas de l’autre. A onzejieures du soir ils arrivèrent à un lieu de station connu, et se préparèrent à y passer la nuit. Longtemps avant le lever du soleil, les canots se remirent en marche; car le pays d’Éboë n'étaut plus éloigné, les naturels désiraient y arriver le plus tôt possible. La matinée était brumeuse et triste, et sur les sept heures le brouillard était devenu si épais qu’on ne voyait pas à quelques pieds de distance. Craignant de s’égarer, les gens d’Éboc attachèrent les barques l'une à l'autre; et après avoir essaye d'avaucer

GUINÉE

ainsi en rangs serrés, iis prirent le parti de se rapprocher du rivage et d’attendre là que le brouillard fût levé Quand il le fut, ils se trouvaient sur une immense nappe d’eau, à l’ouverture d’une forte riviere, coulant à l’ouest et formant un bras considérable du Niger; un autre bras partant du même point descendait au sud-est : c’etaient en tout trois rivières d’une prodigieuse grandeur, dont les bords étaient egalement bas , marécageux et couverts de palmiers. Ils poursuivirent leur route au sud-ouest dans le principal lit du fleuve; et vers midi, un des hommes de leur canot, natif d’Êboë, s’écria : « f oicl mon pays, » en montrant un groupe d’arbres très-eleve encore à quelque distance. Dépassant une Ile basse et fertile , ils atteignirent bientôt un large marais, entrecoupé en tous sens de petits canaux, dont l'un, assez dégagé de joncs et de plantes aquatiques, les conduisit devant la ville A'Eboe. Il y avait là des centaines de bateaux , tous garnis de huttes ou d’auvents; un de ces bateaux, fait d’un seul tronc d’arbre, pouvait contenir jusqu’à soixante-dix personnes. Us traversèrent encore une petite crique artificielle, si étroite, que leurs canots pouvaient a peine s’y mettre en rang, et il leur fallut attendre la que le roi eût fait connaître sa volonté à leur égard. Au retour du messager, on tira leur canot, avec eux dedans, sur la va-.e et la boue, jusqu’à une distance considérable; ils en descendirent alors, et on les conduisit a une hutte de terre jaune, assez bien construite, plâtrée en dehors et couverte de feuilles dep.dmiers, comme elles le sont toutes a Eboé. Il y avait en avant de la façade uu petit pavillon, soutenu par des colonnes de bois , et des nattes étaient étendues sur le plancher pour leur usage. L’aspect de propreté et d’élégance de cette petite habitation, si différent dé ce qu’ils voyaient depuis tant de jours, les charma. Un messager du roi vint bientôt les prendre, et les faisant passer en dehurs de la ville, les mena par des sentiers peu fréquentes à la cour extérieure du palais , devant la porte duquel était placée une statue ae femme assise, faite en terre, et.conime il va sans dire , très-laide et d’un travail informe.

Ils traversèrent cette première cour , où ils ne virent rien de remarquable; et une porte de bois les introduisitdans une autre beaucoup plus belle, formant un carré long, très-proprement tenue et bordée aux quatre côtés de fort jolis portiques. Près de la porte, ils virent avec etonneinent un grand et lourd canon couché à terre. De cette cour, ils passèrent dans une troisième, le long de laquelle régnaient aussi des portiques.

L’une de ees galeries était remplie de femmes oecu|iées a fabriquer une espece d’étoffe de coton et d’herbes sèches , tressees ensemble. En face de l’entree , s’élevait de trois pieds à peu près audessus du sol une estrade en terre , ornée de nattes de différentes couleurs et recouvertesencore par-dessus d’un grand morceau de drap rouge. A chaque coin il y avait une petite ligure accroupie, faite aussi en terre. On les laissa la , au milieu d’une foule d’hommes armés. Au bout d'un temps assez long, une portes’ouv rit brusquement à leur droite, et le redoutable Obie, roi d'Éboë, parut devant eux. Après tout, il n’y avait rien de bien effrayant dans son aspect; c'était uu jeune homme à physionomie éveillée, dont la figure douce et ouverte et l’oeil étincelant annonçaient de la vivacité, de l’intelligence et un bon naturel. plutôt que la férocité dont ou leur avait tant fait peur. 11 les reçut avec un sourire affable, et leur prit les mains trèscordialement. Plusieurs courtisans, la plupart sans armes et presque nus , suivaient le roi, et trois petits garçons placés à ses côtés avaient pour emploi île l’eventer au moindre signe. Le costume du roi d’Éboè a du rapport avec celui que porte dans les occasions solennelles le roi du Yarriba. Son bonnet, en lorme de pain de sucre, était tellement surchargé de rangs de corail et de morceaux de miroir brisé, qu’il était impossible de découvrir de quelle étoffé était lait le bonnet même. Il avait le cou et la poitrine couverts de même de rangs de corail, si pressés et si serres, que sa respiration en paraissait gênée; quatre uu cinq chapelets de corail assez lâches lui descendaieut jusqu’aux genoux. Il portait un surtout espagnol de drap rouge beaucoup trop court et trop étroit ; cet habit, orné d epaulettes d’or, garni sur

L’UNIVERS

le devant de broderies en or, était encore caché sous une immense quantité de rangs de corail. Treize à quatorze bracelets garnissaient ses poignets , et afin qu'on les vtt mieux, la manchede l’habit avait été coupée et raccourcie de quelques pouces. l)e vieux boutons de cuivre attachaient les bracelets, et contrastaient étrangement avec ce luxe d'ornements. Le pantalon, de même étoffé que l’habit, ctaitaussi étroit, brodé de même, et descendait seulement à mi-jambes.

Le coude-pied était orné, comme les poignets, de rangées de corail ; enfin de petits grelots en cuivre entouraient la jambe, un peu au-dessus de la cheville. Il avait les pieds nus. Obic souriait de sa magnificence, de l’admiration et des hommages de sasuite, de la presence des blancs, qu’il supposait éblouis par tant de faste et d'éclat; et secouant alternativement chaque jambe pour faire sonner ses grelots, il se levait, s'asseyait avec complaisance, et regardait autour de lui d'un air satisfait. Un messager de Bonny, qui avait accompagne nos voyageurs' depuis Damuggou, raconta longuement leur aventure au roi, et s’appesantit sur les pertes que les envoyés de ce dernier pays et lui-même avaient faites à Kirri. Les regards et les gestes de l'orateur, naturels, animés, semblaient en harmonie parfaite avec l’abondance et la force de ses expressions. Les inflexions de sa voix étaient vraiment admirables.

Ce singulier discours dura près de deux heures , et parut produire ungrand effet sur tout l’auditoire. Quand il fut terminé, Obie invita ses hôtes ou prisonniers à prendre quelques rafraîchissements ; et ou apporta aussitôt du poisson et des ignames, nageant dans l'huile et .servis dans des plats anglais. Le roi se retira par délicatesse. A son retour, une conversation générale s’engagea, et le roi ne cessa de parler avec solennité à ceux qui l’entouraient jusqu'au soir. Ce grand pulaver ou conseil dura quatre jours. Le résultat fut que le roi Obie, ayant le droit , d'après les lois et coutumes de son pays, de regarder leurs personnes comme sa propriété, mais ne voulant pas abuser de ses avantages, se contenterait de les échanger contre la valeur de vingt esclaves en marchandises anglaises, et de les retenir jusqu’à ce que

ceux de leurs compatriotes qui se trouvaient alors à Brass ou à Bonny eussent payé leur rançon. Cependant des gens de Brass offrirent à Obie de les racheter, dans la eonliance que tout leur serait rendu par le capitaine du brick le Thomas, actuellement à l’ancre dans la première rivière de Brass. De celte manière nos voyageurs se virent libres de partir. — Les habitants d'Éboë, comme la plupart des Africains, sont extrêmement indolents et ne cultivent que l’igname, le maïs et le plaiftanier. Ils ont beaucoup de chèvres et de volailles, mais peu de moutons et point de bestiaux. La ville, d’une grande étendue, est située dans une plainedécouverte, et renferme une nombreuse population; comme capitale du royaume, elle ne porte d’autre nom que le pays d' Êboe. Son huile de palmier est renommée. C’est depuis une longue suite d'années le principal marché d'esclaves où viennent s’approvisionner les indigènes qui font ce commerce sur les côtes , entre la rivière Bonnv et celle du vieux Calabar. Des centaines de naturels remontent ces rivières pour venir trafiquer ici. Les peuples d'Eboë passent pour être anthropophages; et il est vrai qu'ils ont presque tous un air de férocité et de brutalité; mais leurphvsionomie ne prouve rien, car les frères Lânder ont remarqué chez d’autres peuples cette même expression du visage, jointeà u ne horreur profonde pour les cannibales. Les gens de toutes classes aiment passionnément le vinde palmier elen boivent avec ex.'ès. Leur plus vif plaisir est de s’assembler des le coucher du soleil, et réunis par groupes nombreux en plein air , sous les branches des grands arbres, de causer des événements de la journée, en s'égayant avec ce breuvage excitant.

Ces assemblées se prolongent jusqu'après minuit; et comme les assistants trouvent moyen de s’enivrer dès le commencement, la plus grande partie de la soirée se passe en luttes et ën rixessouvent en sangla niées. La coutume de dessiner avec de l’indigo sur leurs tempes une pointe de flèche est générale chez tous les habitants d'Eboë, hommes et femmes ; ces dernières son t jolies, et portent de larges anneaux d'ivoire au poignet et au coude-pied. Ils font un commerce assez étendu et approvi-

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sionnent la population de Brass d’huile de palmier, de volailles, de chèvres, d’ignames, etc., et ce sont eux qui fabri-

?[uent toutes les embarcations des diferentes rivières comprises entre Bénin et Calabar. Le canot de Brass , sur lequel nos voyageurs descendaient vers la côte, était extrêmement large et pesamment chargé. Il y avait quarante rameurs, tant hommes que jeunes garçons, et encore une vingtaine d’autres individus.

Comme les canots de guerre d'Obie, il était muni d'une pièce dequatre amarrée à la proue, d’une grande quantité de coutelas, de mitraille, de poudre, de pierres à fusil, etc. ; il contenait aussi plusieurs énormes boites ou caisses remplies de liqueurs spi ri tueuses , des étoffés de coton et de soie , de la poterie et autres objets de manufacture européenne ou indigène, enfui des provisions de bouche de toute espèce, et deux mille ignames destinés au capitaine d’un négrier espagnol qui était alors en panne dans la rivière de Brass. Dans ce canot trois hommes pouvaient s'asseoir à l’aise de front ; il avait été creusé dans un seul tronc d’arbre et tirait quatre pieds et demi d’eau ; il avait plus de cinquante pieds de long, mais était si lou rdemenl chargé qu’on ne voyait pas deux pouces du canot au-dessus du niveau de l’eau. Avec un pareil fardeau, il serait impossible qu’il naviguât sur une rivière moins douce que le Niger; et même dès qu'on ramait il y avait bien quelque danger d'enfoncer. Le canot était commandé par des officiers décorés de titres fastueux, à l’imitation des équipages des vaisseaux européens; la hiérarchie y est complète et observée. Le patron du canot, l’un des chefs les plus cousidérablesdu royaume de Brass, s'appelait le roi Boy;’ il avait avec lui sa femme Addizetta, fille chérie d’Obie. Nos voyageurs quittèrent Éboë dans la matinée du 12 novembre. Vers dix heures du matin, on servit au roi Boy et à sa femme pour déjeuner un plat de poisson bouilli avec des ignames et des bananes; et quand ils eurent fini et avalé une calebasse de l’eau du (leuve, on servit aux prisonniers leur gamelle; et le reste de l'equipage fut régule d’ignames et d'eau. Le soir il y eut un second repasdu même genre; ce furent les seuls en vingt-quatre heures. Avant de manger, le foi Boy a pour habitude

d’offrir une petite partie de ses aliments aux Esprits de la rivière, afin d'assurer le succès du voyage. Il ne boit pas un verre de rhum ou d’eau-de-vie sans en jeter quelques gouttes daus l’eau, en murmurant quelques paroles d’invocation. Ces coutumes religieuses sont, à ce qu’on assure , invariablement observées par les habitants de Brass quand ils quittent leur pays ou qu’ils y retournent par la voie du Niger. Un usage du même genre est établi daus le Yarriba, à Badagry, au cap Coast-Castle et généralement sur toute la côte occidentale. — Dans la matinée nos voyageurs virent une branche du fleuve courir à l'ouest , le bras principal descendant toujours au sudouest. On passa devant de nombreux villages semés sur les bords de la riviere, àdes intervalles de deux à trois milles l'un de l’autre. Ils étaient entourés de plus de cultures qu'ils u’en avaient vu dans la dernière quinzaine de leur voyage. Les récoltes consistent en ignames , bananes, figues-bananes, mais, etc.; depuis Kacunda il ne s’en était pas montré de plus abondantes. Le sol des rives semble très-propre à la culture du riz et de toutes les autres espèces de grains observées déjà dans l’interieur. De la rivière, les villages ont un aspect très-agrèable; les maisons, bâtiesd’une terre légèrement colorée, et recouvertes avec des branches de palmier, sont de forme carrée avec deux fenêtres de chaque côté de la porte, mais sans étage supérieur. Les naturels montrent autant ae défiance nue ceux qui habitent au-dessus d’Éboëdans leur manière de trafiquer de leurs ignames et de leurs poissons. Ils ne sont pas tatoués , et portent des étoffes de gazon tressé, attachées autour de leur corps; les plus riches ont ce vêtement unique fait de cotonnade imprimée. En plusieurs endroits, la riviere inondait ses bords et pénétrait à travers les arbres et les épais taillis. Dans sa plus grande largeur, elle ne paraissait guère avoir qu’un mille et demi; son cours se dirigeait presque droit au sud-ouest, sa largeur diminuait sensiblement. — A deux heures du malin seulement, on s’arrêta pour donner aux rameurs quelque relâche , et au point du jour on reprit le courant. Celte journée de navigation se passa tout comme la précédente. Ils s’arrêtaient de temps

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à autre aux villages épars sur les bords, pour faire des échanges avec les habitants. Les figues-bananes, les bananes, les ignames, étaient toujours cultives et d’une abondance presque incroyable; pendant près de vingt milles ils ne virent guère autre chose : ce qui leur flt présumer que le pays était inliniment plus peuple que son apparence générale ne semblait l’indiquer. Il est plat, ouvert, varié, beau en certains endroits; le sol est un riche terreau noir et gras; mais en dépit de ces vastes plantations et d’autres terres verdoyantes, l’inutile inanglier, avec, ses branches pendantes et ses innombrables racines, peuple chaque basfond humide et gagne du terrain à mesure qu’on approche de la mer. A deux heures après minuit, ils s’arrêtèrent près d’un village de la rive orientale, pour repartir à cinq heures. A dix heures ils dépassèrent un petit bras coulant à l’est-sud-est Ils rencontrèrent plusieurs bancs de sable au milieu du lleuve, et les rameurs y poussèrent exprès le canot pour descendre dans l'eau et se baigner. Le soleil était d’une chaleur ardente, et ce rafraîchissement leur flt grand bien. Le canal autour des bancs de sable paraissait très-profond, et l'eau sur les bords avait de trois h quatre pieds. A sept heures du soir, ils quittèrent la rivière principale, pour se diriger vers firass-Tuwn, à travers un petit bras courant dans une direction sud-est, à l'est du grand bras dont ils sortaient. Le cours du Niger était sud et continuait à couler vers le même point quand ils l’abandonnèrent. Vers huit heures et demie du soir, ils sentirent l’effet de la inarép. Le canot touchait à tout moment sur des bas-fonds, ou se trouvait arrêté par des plantes aquatiques et des taillis qui entravaient ia marche et les retardaient beaucoup, les rameurs étant obligés à chaque fois de sortir du canot pour l'alléger. L’eau formait une crique étroite, se prolongeant sous une avenue de mangliers recourbés en voûte. L’odeur des substances végétales putréfiées était excessivement desagréable et leur causait des nausées. Ils voyagèrent toute la nuit à travers ce sombre et triste labyrinthe, ne s’arrêtant que de loin en loin et quelques minutes seulement pour se dégager des longs rameaux

pendants du manglier et des ronces.

Ces plantes indigènes sont si vivaces et si fortement cramponnées les unes aux autres, qu’il serait impossible de les extirper du sol. Cependant leurs racines et leurs branches pendantes ralentissent le cours de l’eau et deviennent des réceptacles de limon, de fange et de toute espèce de débris qui se pourrissent et exilaient une odeur infecte et malsaine. A un lieu de rendez-vous, vers neuf heures du soir, ils trouvèrent rassemblée toute la famiile du roi Boy, occupant trois grands canots. On les présenta au célébré roi Forday, qui se dit souverain de tout le pays, vieillard d'un aspect vénérable, quoique misérablement vêtu.

Comme la plupart des sauvages, il aimait a l’excès les spiritueux; et il but en leur présence une enorme quantité de rhum, sans que sa manière d’être ni sa conversation s’en ressentissent le moins du .monde. Pendant le dejeuner, la marée baissa, laissant les canots sur la vase. Le repas fini, les prêtres commencèrent leurs ceremonies et dessinèrent à la craie sur le corps du roi Boy, de la tête aux pieds, des lignes, des cercles et autres figures fantastiques qui le métamorphosèrent complètement. On l’avait dépouillé de ses vêtements , et on ne lui avait laissé qu’un étroit mouchoir de soie, noué autour des reins. Sa tête était couverte d’une petite calotte serrée, faite d’herbes tissées et ornée de grandes plumes de buse noire et blanche, oiseaux fétiches de la ville de Brass. Il tenait dans chaque main deux énormes lances, couvertes aussi de dessins à la craie. On fit subir la même opération à tous les assistants nègres, et les prêtres fétiches s'y soumirent pareillement. Le roi Fordav expliqua a ses Ilotes que, comme ils étaient les premiers blancs qui eussent descendu la rivière, il y avait certaines mesures de précaution à prendre pour conjurer la eolere des esprits, et qu’indépendarament de ces singuliers déguisements, on célébrerait une cérémonie religieuse en l’honneur de Dju-Dju, le fétiche ou dieu domestique de la ville de Brass. — Cependant b marée montait rapidement; 011 fit à la hâte les préparatifs nécessaires pour gagner Brass. Les canots furent tous alignés, celui du roi Boy en tête, le roi Forday et les frères Lânder

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dans le second, dans letroisième le frère du roi Boy , Gun , petit roi militaire de Brass , gardien des armes et des munitions, personnage très-important et d'humeur fort guerrière; les gens de Damugr gou, dansoautres barques, fermaient la marche. L’ensehible de cette procession formait un coup d'œil des plus extraordinaires. Les canots se suivaient à la file avec assez de régularité , déployant châeun trois pavillons. A la proue du premier, le roi Bov se tenait debout, la tête couronnée de longues plumes qui se balançaient à chaque mouvement de son corps. Il s'appuyait sur deux énormes lances barbelées , que de temps à autre il lançait avec force dans le tond du canot, comme s'il eût voulu tuer quelque béte sauvage et dangereuse , étendue à ses pieds. A l’avant des autres canots, des prêtres exécutaient des danses et faisaient mille contorsions bizarres; et pour ajouter à l’effet étrange et merveilleux du cortège, le grand chef militaire courait sans cesse de la tête à la queue de la file , avec des décharges répétées du canon amarré à l’avant de sa barque.

On continua à faire route dans cet ordre jusqu'à midi ; à cette heure on entra dans une petite baie, et nos voyageurs virent devant eux , sur la rive méridionale, deux groupes distincts de cases, composant l’un la ville du roi Forday , FÜUtre la Ville du roi Jacket, son rival. Les canons de tous les canots firent feu, et la foide accourut sur le bord. Au fracas de l'artillerie succéda un profond silence, et l'eseadres'avanca très-lentement entre les deux villes, se dirigeant vers une petite lie, un peu à l’est des domaines du roi Jacket. Cette fie est la demeure de Dju- Dju ou grand prêtre fétiche et de ses femmes ; il n’est permis à aucune autre personne d'y résider. Comme on passait devant la ville de Forday, une petite batterie placée près de l’eau les salua d’une décharge de sept canons. Les barques s’arrêtèrent prés de la hutte fétiche, construite en terre, et en tout semblable aux autres habitations. prêtre, le corps

blanchi , s'approcha , et fit de la plage quelques questions d’un ton particulier : les réponses parurent le satisfaire. Ensuite le roi Boy descendit à terre et le suivit dans la case consacrée. , Presque aussitôt le prêtre en ressortit, revint au

bord de la rivière, et regardant les frères Lânder avec un air d'anxiété , cassa un œuf, versa un peu de la partie liquide dans l’eau et retourna à la cabane. Les bommes de Brass se jetèrent alors précipitamment hors du canot, gagnèrent la rive, et reculèrent aussitôt; ce qui parut à nos voyageurs aussi mystérieux que le reste. Le roi Boy resta une heure entière enfermé dans la hutte avec le prêtre, puis rejoignit l’escadre, qui reviut alors aborder à sa ville. — « De tous les endroits sales et dégod-, « tants il n’en est pas uu au monde « qui puisse l’emporter sur celui-ci, ni « offrir à l’œil du voyageur un plus mi- « sérable aspect. Dans cette abomina- <•- ble ville de Brass tout n’est que fange « et saleté. Les chiens, les chèvres et « autres animaux encombrent les rues « boueuses; iis ont l’air affamé et le « disputent de misère avec de pauvres « créatures humaines à traits hâves et « décharnés, à physionomie hideuse, « dont le corps est couvert de larges pus- « tules, et dont les huttes tombent en « ruine par suite de négligence et de « malpropreté. A bien dire, Brass con- « siste en deux villes d’égales dimen- « sions, contenant environ mille liabi- « tants chacune, et bâties sur lr bord « d’une espèce de bassin que forme une « grande quantité de ruisseaux arrivant « nu Niger et se frayant une route à « travers des forêts de mangliers. Elles « sont bâties précisément en face l'une de « l'autre, àunedistancedequatre-vingts « toises et sur un terrain marécageux, « qui communique de l’humidité a tou- « tes les cases. Un autre endroit, nommé « par les Européens « ta cille tien Pilo- • les » a cause du grand nombre des « pratiques qui l’habitent , est situé à « l'embouchure de la première rivière « de Brass (c’est la rivière Nun ou « Noun des Européens^ et «à une dis- « tance de soixante à soixante-dix « milles d’ici. Cette dernière ville re- « connaît l’autorité des deux rois, s'etant « peuplée dans l’origine de leurs sujets. « — A marée basse, le bassin de Brass ■ reste à sec , et présente une surface « noire et limoneuse sillonnée de petits « ruisseaux qui sont autant d’égouts ; « celte masse de vase exhale une nuan- « teur insupportable , duc à la decom-

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« position de plusieurs substances végé- « talcs, et à la quantité d'ordures que jet- « tent dans le port les habitants des deux « villes. Néanmoins on les voit, nus.se « jouer dans la fange dès que la marée « se retire. — Les gens de Brass ne cul- « ti vont ni ignames, ni bananes, ni <■ grains d'aucune espèce. Ils se conten- « tent du fruit du plantanier, qui, avec « un peu de poisson, forme toute leur > nourriture. Cependant on importe

• librement d’Éboë et d'autres pays

• quantité d’ignames qui se revendent, « avec profit , aux vaisseaux à l’ancre « dans la rivière. Les traliquants de « Brass font surtout des prolits consi-

• derables sur les marchandises d'Eu- « rope, qu’ils vendent aux uaturels de « l'intérieur, et sur l’huile de palmier « qu'ils fabriquent eux-mêmes et qu’on « vient chercher de Liverpool. — Le sol « des environsesl pauvre et marécageux, « quoique couvert d’une végétation

• torte, vivaeeet impénétrable. Une race « active et industrieuse trouverait de » grands obstacles à la culture générale » du pays ; et jamais les possesseurs ac* « tuels ne pourraient en extirper le man- « glier; il est donc probable que les « choses resteront comme elles sont jus- « qu’à la fin des temps. » L’habitation où les frères Lânder étaient installés appartenait au roi Boy. Elle avait été récemment bâtie, tout au bord du bassin, par un charpentier natif de Calabar, qui avait exprès remonté la riviere, et reçu sept esclaves pour salaire. Sans doute cet homme avait vu des maisons de construction européenne. Elle était de forme oblongue et contenait quatre pièces, toutes au rez-de-chaussée, boisées, et garnies de portes et d’armoires passablement faites. A certaines marques on reconnaissait que le bois venait de débris de vaisseau. Elle servait au roi Boy de sérail et de magasin pour les denréesd’Europe, le tabac et les liqueurs fortes. Les solives étaient de bambou et le toit de feuilles de palmier. L'appartement qu’ils occupaient avait une fenêtre donnant sur le bassin. Tout l’ameublement se composait d’une vieille table de chêne. Les sièges en terre s’élevaient de trois pieds au-dessus du sol. Ils étaient, ainsi que le plancher, fait de boue, tellement mous et humides , qu’on pouvait

y enfoncer la main sans peine, n’importe en quel endroit. Dans un coin était pratiquée une porte communiquant aux autres pièces, mais sans serrure et toujours entre-bâillée, excepté de nuit. Undes edtésde la chambre éiaitdécoréd'une vieille gravure française représentant la Vierge Marie entouree d’une foule d'anges et de chérubins en adoration, avec une prière, au bas, à Notre-Dame de Bonne-Délivrance. A la marée haute l’eau montait jusqu'aux portes et fenêtres de la maison, ce qui explique sa perpétuelle humidité ; elle n'en était pas moins du goût de son propriétaire, qui la qualifiait de maison anglaise. Les autres sont en général bâties d'une sorte de torchis jaunâtre, et les fenêtres ont des contrevents. Il y a en face delà ville plusieurs cases où les habitants font du sel après la saison pluvieuse. L’eau était alors saumâtre , par suite des pluies; mais Boy assurait que deux mois plus tard elle serait presque tout sel, et qu’on commencerait alors a le recueillir. C’est un excellent article de commerce qui s’importe en grande quantité au marché d'Énoë , où on l’échange contredes ignames, lescauris n’ayant pas cours sur la rivière au-dessousde Bocquâ.

Le 17 novembre, Richard Lânder quitta la ville de Brass dans le canot du roi Boy. Il était encore à soixante-neuf milles de l’embouchure. On se dirigea principalement à l’ouest jusque vers trois heures de l'après-midi. On entra alors dans un bras large de cent toises environ, et à sept heures du soir dans la seconde rivière Brass, qui est un grand bras de la Quorra. On continua à se diriger presque droit au sud, et au bout d’une demi-heure il entendit avec une joie indicible le bruit du ressac. Le canot fut amarré pour la nuit à un arbre, sur la rive occidentale. Tout est couvert d’eau et de mangliers. A cinq heures du matin, ils se dirigèrent à l’ouest en remontant une crique ; et à sept heures ils arrivèrent dans la branche principale de la Quorra, qu'on appelle rivière Nun ou première rivière Brass. En y entrant, ils avaient eu face d’eux un large bras que le roi Boy leur dit couler vers Bénin. La direction de la rivière Nun était presque du nord au sud. IJn quart d’heure après y être entré, il découvrit, à peu de distance, deux vaisseaux à l’ancre. Sonfrère

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le rejoignit plus tard à bord du brick anglais. Leur beau voyage était achevé, leur Dut avait été glorieusement atteint (1).

Côte de Calebar, ou côte comprise entre le cap Formose et Camiroons (2). — Le cap Formose sépare la rivière N'oun ou Quorrade la rivière Saint-Jean. A partir de ce cap commence le golfe de Riafra, et la côte prend une direction générale vers l’est-jnord-est du monde jusqu’au Rio del Rey, qui forme le premier creux au nord dé ce golfe. De nombreuses rivières découpent cette fraction de côte; la première qui succède au cap Formose est la rivière Saint-Jean, dont les deux rives élevées et bien tranchées se terminent chacune vers la mer par deux caps d’une grande hauteur. La rivière Saint-Nicolas succède à la rivière Saint- Jean. Dans l’intervalle, un terrain peu élevé, mais très-boisé, se courbe en arc bien prononcé, la convexité tournée du côté de la mer. La rive gauche de la rivière Saint-Nicolas se termine par une grosse pointe arrondie. La pointe de aroite est la plus haute et forme un plan incliné vers la mer. La côte continue h se montrer basse, couverte d’arbres et de mangtiers; le rivage est bordé par une grève de sable. — Les deux rives de la rivière Santa- Jlarbara, oui se présente ensuite, sont boisées de meme : celle de droite se termine par un terrain à pic; celle de gauche par une pente insensible, interrompue ou coupée dans une petite partie de son plan par une espèce d’échelon. — La côtequicourt à l’est, entre la rivièreSaint-Nicolas et Santa-Barbara, change brusquementdedirection, et court au sud-est, entre cette dernière et la ri-

(i) Ce chapitre n’est que l’abrégé du Journal d'une expédition entreprise dans te but d'explorer le cours et C embouchure du Niger , ou Relation d’un voyage sur cette rivière depuis Yaourie jusqu'à son embouchure, par Richard et John Lânder, Irad. de l’anglais par madame Louise S Vf. Belloc; 3 sol. m-S° ; Paris, i83a. — Comparez Narrative ofanExpedition into the interior of Africa by the river Niger, in tlic steam versets Quorra and Alburkah in i83a, 33, and 34, by Mac GregorLairdand R. A. K. Oldfield. xurvmng oflicersof the expédition; a vol; London , i835.

(a) Descr. nant. des côtes de. C Afr. oee. comprises entre le Sénégal et T Équateur, par M. le comte R. Rouet Willanmei, ch. VItl.

vière Saint- Rarthélemi, pour aller former la pointedela rivedroitede cettedernière. La pointe de droite est plus haute, arrondie, et assez basse à son extrémité. Dans le fond de la rivière, des terres basses et boisées se détachent comme des îles. A la rivière Saint-Barthélemi succède la rivière Sombrero. « La pointe « de gauche se termine par un gros « bouquet d’arbres dont les têtes touf- « fues, se projetant en dehors , lui don- « tient l’aspect d’une demi-voûte plutôt * que celui d’un chapeau, si toutefois « cette rivière a reçu jadis une appella- « tion semblable de l’aspect particulier « d’une de ses rives. » La pointe Foché, médiocrement élevée d’ailleurs, termine à l'est cette étendue de terres basses qu’on vient de parcourir et indique qu’on est a l’ouvert de la grande baie, obstruée de bancs de sable, au fond de laquelle viennent confluer les rivières de Ronny et du Nouveau-Calebar, branches du grand delta du Niger. — Les naturels de Bonnv sont exclusivement adonnés à la traite de l’huile de palme qu’ils vont chercher dans leurs vastes pirogues , en remontant à une quinzaine de lieues les nombreuses criques qui font partie du delta marécageux du Niger.

Aussi, les ressources en provisions y sont-elles très-bornées en volailles, viandes et fruits, etc.; la rivière est d'ailleurs très-poissonneuse. Les ignames , les cabris et le poisson sec constituent la nourriture de la population, qui, trouvant plus de bénéfices à traiter de l’huile de palme que des provisions, ne vend guère de ces dernières ou les vend à un prix fort élevé. Dans le village de Bonny on ne compte que six à sept mille âmes; mais tous les villages environnants, soumis à l’autorité du roi de Bonny , et contiennent environ quarante mille; la forme du gouvernement est une monarchie temperée par l’élément aristocratique. Une recommandation à faire aux Européens qui fréquentent la localité pour la première fois, c’est de ne pas céder à la tentation de s'emparer des gros lézardsqui circulent dans le village de Bonny et aux environs : le lézard est un des dieux fétiches de ces peuplades et le crocodile pareillement. Le séjour en rivière est très-malsain, s’il dure quinze jours; aussi les bâtiments qui

gle

ï, 'UNIVERS.

vont y traiter de l'huile de palme, prennent-ils toutes les précautions possibles pour combattre cette insalubrité; ces bâtiments sont d'un grand tonnage, et il est rare qu’ils puissent compléter leur cargaison d'huile en moins de trois à quatre mois. Quand ils quittent l’Europe ils doivent d'abord s'approvisionner d'une grande quantité de sel aux îles du Cap-Vert, ou ailleurs sur la côte, toucher à la côte des Graines pour prendre des kroumanes, et à Feruando-Po pour v remplir toutes leurs pièces montées d'eau douce, laquelle est fort difficile à faire dans la rivière de Ronny; ils achètent dans cette ile des ignames en abondance, des cabris, des volailles, etc., non moins difficiles à trouver à Bouuy. Une lois en rivière, ils font un toit de paille sur le navire, descendent à terre les pièces à huile, font des fumigations fréquentes à bord, blanchissent toutes les parois intérieures du navire à la chaux, etc., etc.; malgré ces précautions, et quoique l'équipage soit reinplacé par les kroumanes dans les travaux 4es plus rudes, il arrive rarement que les lièvres pernicieuses de cette rivière ne le déciment ou ne le maltraitent pas plus ou moins. — La rivière du Noureau-Calebare st moins profonde et aussi moins fréquentée; cependant il i va également des naviresen traite d’huile de palme.

Au-dessous de Ronny la côte est toujours liasse et boisée , découpée de temps en temps par des rivières et des criques, qui en fout autant de terres marécageuses dont la richesse de végétation (latte la vue, sans être nullement productive; ce sont encore des mangliers, des palmiers et des chênes verts, tous arbres qui croissent dans les eaux saumâtres ; cette richesse de végétation n’est done réelle <|u'à une distance de quelques lieues dans l'intérieur, sur les plateaux plus élevés que ces marécages. On passe ainsi devante rivière peu iinporlauted'./urfony, dont la rive gauche est rendue inabordable par des bancs qui s'étendent à quatre et cinq milles au large, et au delà de plusieurs criques peu connues et peu importantes, on arrive devant ia rivière du f'itux-Ca/ebar. La pointe d’entrée de la rive droite de cette rivière est appelée Tom S/iol’s; elle n’est pas élevée et n'a de relief que par les grands arbres

qui la couvrent. Fast-Head et le cap Backasscy, extrémités de la rive gauche, sontdes terres basses et boisées, contournées par un banc considérable de vase verdâtre qui se prolonge assez loin vers le sud .

En remontant la rivière, on aperçoit d’abord l’Ileaux Perroquets, dans le sud de laquelle un long banc de sable dur se prolonge en rétrécissant le canal. Cette île est couverte d'arbres de toute espèce, comme les deux rives du fleuve, qui offrent la plus riclie végétation; elle est presque inabordable eu canot, à cause de l’épaisse ceinture de palétuviers qui garnissent ses bords. A partir de East- Head on compte quatre rivières sur la rive gauche ; 1” Backassey, 2° Little- Backassey, 3° Utile- Qui , 4° Grande- Oud. — Entre Elle aux Perroquets et la rive droite, on remarque, lorsqu’on est encore dans le sud, une large ouverture, que l’on pourrait prendre pour la rivière elle-même; c’est une passe ou bras du fleuve obstruée et rendue impraticable pour toute autre embarcation que des canots ou des pirogues par le grand banc qui s’étend vers le sud. L’ile James est couverte, comme l’ile aux Perroquets, de grands arbres. Un banc de sable dur la contourne aussi ; mais il s'étend peu au large de l’ile , si ce n’est vers la pointe sud-ouest , dont il forme un prolongement assez saillant, fermant ainsi la passe entre l’ile et la rive gauche , sur laquelle s'élève le petit village de Fish- Town. Il faut, dans cette partie, éviter la rive droite ou les terres qui paraissent la former, à cause d’un banc considérable dont quelques parties assèchent de basse, mer. La partie septentrionale de ce banc, transformée, pour ainsi dire, en ile, par les palétuviers et les arbres qui s’y sont implantés, dessine la rive droite delà rivière Cross, a l’endroit même où elle vient avec la rivièredu Vieux-Calebar se confondre dans une embouchure commune. Comme la partie méridionale de ce banc est composée de sable dur et de marécages, il faut, dès qu’on a longé a petitedistauce le côté oceidental de l’ile James, rallier de très-près In pointe des Sept- Brasses ( Seven-Fathoms ) , reconnaissable aux grands fonds qu'on y trouve, au banc et aux bouquets d’arbres placés en regard.

Dès qu'on arrive à la hauteur de cette

• GUINÉE

pointe, on voit la rivière Cross se diriger vers le nord-nord-ouest (1) et celle du Vieux-Calebar vers le nord-est du monde environ. Mais alors il faut couper directement et passer sur la rive droite du Vieux-Calebar, pouréviter unbancde sable dur, ressemblant à du ciment et fort dangereux , qui contourne lu pointe des Sept-Brasses dans sa partie orientale et longe la rive gauche de la rivière du Vieux-Calebar, jusqu’au village de Uenshaw's-Duk, rétrécissant ainsi la rivière presque de ia moitié de sa largeur et causant, faute d’étre connu , l'échouage de beaucoup de bâtiments. Dans la route le long de la rive droite, on dépassé plusieurs petits creeksou marigots, peu apparents et peu larges, mais dont la plupart peuvent porter des pirogues à Creek-Totvn, village appartenant au.roi Eyo. Après avoir doublé dans l’est le village de Henshaw’s-Duk, premier village de la rive gauche, on peut serrer cette rivière et jeter l’ancre devant le Bieux-Calebar, groupe de trois villages dont le second est le plus considérable. — La distance de la pointe norddel’ileaux Perroquets au Vieux-Calebar estde vingt-huit a trente milles. De la même pointe à celle des Sept-Brasses H y a dix-huit milles environ ; de la pointe sud-est de l’ile aux Perroquets a l'extrémité sud des Brisants, on compte vingt-deux milles. « Les deux * rives jusqu'à la pointe des Sept-Bras-

(i)En 1840, le capitaine Becrolt remonta la rivière de Cross, dans un canot indigène qu’il avait loué avec cinquante rameurs, et aecompa gnédeson chirurgien et de deux matelots, jusqu'à une ville très-peuplée , nommée Ommann, située à environ soixante-dix milles au nord ouest t-nurd, sur une ile qui fournit aux habitants du Vieux-Calebar beaucoup d’huile de palme et des provisions. Lui et ses compagnons furent rrçusdans la ville avec amitié : c’étaient les premiers blancs qui y fussent venus. Mais le peuple du village d ' Étone ' refusa de les laisser venir à terre, d'après l'opiniou (à ce que l'on dit) que le chirurgien portait avec lui la petite vérole. Voy. Details oj explorations of llte Old-Calabar river, in 1841 and 1842, by captain Becroft , of the mrrchant steamer Èthinpe and M. J. B. King. surgeon ofthat vessel. Drawn oep by M. King, arm communicated by M. Jamieson, of Liverpool, dans le Journal de la Soc. de Geogr.de Londres, voL aiv, part. U, p. aOO-283.

» ses sont peu élevées, couvertes de « bois, et défendues par une ceinture « épaisse de palétuviers oudentangliers, « qui en rend l’abord presque impossi- « bip. On aperçoit au-dessus de hauts « palmiers et de’ grande arbres de dift'c- « rentes espèces , qui seuls dans cette « partie donnent au relief aux terres « et aux îles, formées en grande partie « de terrains d’ailuvion. A la pointe « des Sept-Brasses , la rive gauche s'é- « lève eu pente douce à partir de la « plage, pour former une suite de pe- « tites collines superposées, sur le pen- « chant desquelles sont bâtis les trois « villages. Ce n'est qu’aupres de ces vil- « lages qu’on peut aborder facilement « et que le sol se dépouille en partie de « cette riche et luxuriante végétation « qui lui est propre. » Le troisième village, le plus à l’est, se nomme Tout- Robin's-Towii. C’est le moins considérable. Un peu au-dessus, la rivière du Vieux- Calebar se coude brusquement et prend à peu près la direction du nord. En remontant la rivière au delà de ce coude, on rencontre sur la rive droite un deuxième marigot conduisant encore au village du roi Evo, Creek-Town , et le plus fréquenté de tous. Son entrée est fort étroite et diflicile à reconnaître.

Elle est signalée par deux grands arbres situés enlace sur la rive gauche, remarquables par leur forme, et que les geusdu pays appellent les Mamelles ( Breasts ). Le village deCreck-Town est sur la rive droite de ce marigot , à deux milles à peu près de son embouchure dans le Vieux-Calebar et à dix milles environ du village de ce nom (I). Bien que ce marigot soit profond, il est tellement obstrué et si étroit, on rencontre en travers de son lit un si grand nombre de troncs d’arbres, qu’il n'est praticable que par des embarcations. — « On trouve au « Vieux-Calebar, mais en petit nombre « et avec difficulté , en s’adressant aux « rois et aux chefs du pays, des bœufs « de petite taille, des cabris, des cochons « et des poules , parfois du poisson ; en

(1) Le 6 décembre 1841, des conventions relatives à la suppression de la traite des Noirs furent conclues par des officiers de la marine britannique avec Evo, chef de Lrcck-Town, et avec Eyamba, chef de Calebar.

L’UNIVERS

« fruits , tous mauvais par suite du « manque de culture, l’orange, le ci- « tron, la banane, la goyave, là papaye, « le coco, la pastèque, le choux palmiste, « qui est abondant, et quelques plan- « tes, comme le cresson et le pourpier « doré, prés des villages ou sur le bord « des ruisseaux. Sous ce rapport , c’est « donc encore une bonne relâche pour « les équipages ; mais pour se procurer « ces denrées il faut négocier au moyen « de marchandises. — L'eau se fait à • terre, à une petite plage sablonneuse , « sous le village de Henshaw's-Duk. On « peut aussi, à mer basse, la puiser le « long du bord ; mais elle est imprégnée « de vase et chargée de débris : conser- » vée quelques jours dans les caisses en « fer, elle devient bonne et potable. » Dans le mois de mars 1845, le thermomètre, durant le séjour de la canonnière F Alouette, monta chaque jour à 32° centigrades, exposé à l’air libre et à l’ombre. Jusqu'à midi ou une heure, la chaleur était très-forte, par le manque de brise durant la matinée. Celle-ci ne s'établissait d’ordinaire que vers une heure après midi. Le baromètre varia de 0,758 à 0,762, montant lors des tornades ou durant les orages qui sont violents et fréquentsdanscette saison , et reprenant ensuite la limite ordinaire. — Il est plus difficile de descendre que de remonter la rivière, à cause des brises du large qui suivent généralement la direction du sud vers le nord , variables au sudsud-ouest, sud-ouest, et ouest-sud-ouest ; puis tournant au coude que fait la rive à la pointe des Sept-Brnsses, inclinant versl’ouest-nord-ouest et même le nordouest. On a donc le plus souvent pour descendre la rivière le vent contraire (I).

Dans une des séances de V Association britannique pour l'avancement des sciences , en 1845 , M. le professeur

(i) Renseignements nautiques sur la rivière du Cieux-Calebar , fournis par le lieutenant de vaisseau Phil. de KcrUallet , et insérés dans la Description Nautique de M. le comte E. Bonét Willaumez, p. i57-i65. . — Vov. la Carte de la rivière du deux- Calebar dressée par M. Ch. Pli. de Kerhallet, d’après les cléments recueillis par lui en i844, et les travaux exécutés en 1826 par les capitaines Fairwrather, Ow en et Vidal (Dèpeit général de la marine , 1 845).

Daniell lut un mémoire ethnologique sur les naturels du Vieux-Calebar.

• Cette population , quoique d’extrac- « tion yéboûe , présente certaines dé- « viations physiques qui servent à la « distinguer des autres tribus de même « souche. Les naturels de Bonny-Mun,

« qui sont de pure extraction yébotle ,

« peuvent être pris pour ternie de com- « paraison. — Ils sont généralement de « petite stature et de formes dégagées ;

« la peau est d’une nuance jaunâtre ns- « sez claire. — Le tronc et d'autres

• parties du corps sont en rapport avec « cette configuration physique; les « membres sont assez robustes et bien » proportionnés , avec une propension « a un grand développement muscu- « laire. Les jeunes filles ont les che- « veux invariablement rasés, sauf une « petite touffe, et il ne leur est permis « de les laisser croître qu’après leur < mariage;elleslesdisposent alorsen un « certain nombre de tresses qu'elles « ornent de grains de verroterie. Chez « ce peuple, plusieurs parties du corps,

« particulièrement la face, sont tatouers « de figures circulaires ; le dessus de

• l'avant-bras , chez les hommes aussi « bien que chez les femmes, est orné « d’empreintes de forme ronde de la « grandeurd’unepetitepiècede monnaie.

« — Le gouvernement de ce peuple est « une monarchie absolue, assez douce « dans son caractère général. Ils font pé- « rir leurs criminels par le poison, la « noyade et la décapitation. Un simple « contrat entre les parties constitue la loi

• du mariage. Avant de demeurer défi- « nitivement ensemble, les deux épouxse « tiennent assis pendant plusieurs jours « au milieu d’un certain appareil de fête,

« bien accompagnés et aans leur plus » belle parure. La polygamie existe chez « eux dans toute sa force. L'adultère « s’expie par une mort terrible. Au

« nombre de leurs rites funéraires, il y x « en a un qui consiste à immoler un très- « grand nombre d’hommes , de femmes « et d’enfants : et telle était autrefois la « rigueur avec laquelle cette coutume « était observée, que beaucoup de villes « en ont été presque dépeuplées (I). »

(i) Nouvelles Annales des Foynges, Revue géographique de juillet i8.»5. *

GUINÉE

La pointe et la péninsule de Barkassye terminent la rive droite du Rio del lleij. 1res terres du littoral de cette presqu’île sont élevées; mais des bancs de vase, uni se prolongent au large del'ouverture ilti Rio del Rey en rendent l'approche difficile. Le Rio del Rey n’est pas une rivière, mais un vaste estuaire envahi par les alluvions qu’y charrient de nombreuses criques : aussi ses eaux, peu profondes, ne pourraient-elles recevoir que de petits navires ; les terres qui l’avoisinent sont très-hautes, surtout à l’est, où l’on aperçoit enfin , après cette longue suite de terres basses et marécageuses de Bénin et de Calebar, les hautes montagnes de Cameroons sur le littoral et de Rumby dans l’intérieur. Parmi les criques plus ou moins étroites qui viennent déboueherdans l'estuaire du Rio del Rev . la plus avancée dans les terres est celle de louest, dont le cours est interrompu à une quinzaine de lieues de l'embouchure par des rochers formant cataracte : une autre crique va rejoindre le Vieux-Calebar.

« Jin quittant le Rio del Rey, on « contourne pendant sept ou huit lieues >< la côte élevée et boisée qui sert de « base au pic de Cameroons, et l’on ar- « rivedevant la baied’Amboise. On peut « supposer, dit M. le comte E. Bouët- « Willaumez, que cette masse énorme, « séparée seulement par un canal de six « lieues de Fernando-Po , autre masse « basaltique du même genre, devait se « relier à cette île avant qu’un cata- « clysme du glohe vint jeter l’une sur « le rivage et l’autre à une dizaine de « lieues dans l’Océan. »

En 1841, M. le capitaine Allen, pour obéir aux instructions de l'amirauté et par suite de l’opinion favorable qu’il avait de la salubrité de cette baie , en fit une étude très-attentive. Elle s'étend à la base même de cette haute montagne qui porte sur les cartes le nom de mont Came roons , et que, suivant le témoignage de John Grazilhier (I), les Portugais ap-

(i) Voyage au Ifouveau-Calebar, à II ami Y el a Dono , par Jacques Barbai et Jean Gra cil/iier, 1 699 — « L’auteur de cette relation , dit M. Walckenaer, était le frère de Jean ltarbot, voyageur célébré par sa description de la Humée. Jacques Barbot, excité par cet exeni-

24e Livraison. (Guinée.)

pelaient Tierra alla de Mmbozes. Les naturels en désignent le sommet par le nom de Moiujo ma Lobah (1). Il atteint une hauteur de treize mille pieds (3,062 m.). La partie qui se trouve en dedans du côte de la terre est nommée Mokollma !‘ako. et le pic isolé, qui s’élève auprès de la baie à une hauteur de cinq mille pieds environ (1 ,524 m .),Mongom'Etindeh. Vue a quelque distance, cette belle montagne parait s’élever en pente continue depuis la mer ; mais en s'approchant on découvre qu’elle est formée par une succession de collines et de vallées intermédiaires, dont le sol est très-riche; ces collines sont couvertes, jusqu’aux deux tiers de leur hauteur, de magnifioues arbres forestiers , auxquels succèdent des herbes, qui paraissent devenir de plus en plus rares vers le sommet, si Ion en juge par b s cendres volcaniques de couleur rouge-brun qu’on y remarque. L’origine volcanique de toute cette contrée est fortement accusée par les scories et les nombreuses.coulces de laves qui attei-

ple domestique , entreprit un voyage maritime avec la qualité de siibrécargue sur f Million, frégate de 3oo tonneaux el de quatre pièces de canon. Il sciait associé avec d'autres marchands de Londres pour le fonds de U cargaison; et l'objet particulier de son voyage était le Notiveau-Calehar, rivière de la cote méridionale d'Afrique, que les Portugais nomment Rio Real. Jean Grazilhier, qui partageait avec lui l ofGce de subrécarguc, l'accompagna dans toutes ses courses, et recueillit ses propres observations, qui furent ensuite augmentées dans des voyages stteressifs aux mêmes lieux. Les cartes de Galabar et de la baie de Cabende, dont ils ont enrichi leurs relations, insérées dans le 5* vol. de la collection de Churchill , précieuses par leur originalité , furent composées par d habiles pilotes dans les lieux memes. » ( Hisl . gêner, des Voy., t. XI, p. 61.)

(t) Le capitaine Allen, considérant que ce nom signifie montagne de Dieu, et s'autorisant des feux que cette montagne vomissait encore en i838, est tenté de supposer qu'on retrouve là le Chariot des Dieux d'Haiiiion le Carthaginois. Il dit, en effet, dans la relation de son Périple ; a Nous découvrîmes à la nuit une «contrée pleine de feu; dans le milieu était « uiifculres-élevéplusgraudquclercstcct qui « semblait toucher les étoiles. Lorsque le jour • vint, nous décou vriincs que c était une grande « montagne, nommée le Chariot des Dieux.

L’UNIVERS

gnent jusqu’à la mer. D'après l’état actuel de la surface, il doit s être écoulé de nombreuses aimées depuis que ce pays est en repos , quoiqu'il y ait lieu de penser qu’il laisse encore échapper de temps à autre ses feux intérieurs. M. Hilley, commerçant anglais, fixé à Cameroons depuis di’v ans, assura au capitaine Allen qu’il avait vu des flammes auprès du sommet; et plusieurs des principaux habitants de tiimbia lui déclarèrent qu environ trois ans avant son arrivée, c’est-à-dire en 1838, « le feu était sorti de terre; » ils ajoutaient: « C’est Dieu ui l’a fait, * marquant nettement qu’il tait impossible de l’attribuer à la combustion des berbes qu'ils ont l'habitude de brûler dans la saison sèche pour chasser les bêtes sauvages. « Ils l’avaient tous vu ; et à Mongo ils avaient senti la terre trembler comme un bateau à vapeur. Le peuple craignait de périr. » — fîi l’on en juge par les funiees qu’on voit s’élever de beaucoup de points jusqu’à une grande hauteur sur la montagne, la population doit être nombreuse. Au bord de la mer il y a un grand nombredevillages. Le capitaine Allen en visita plusieurs, et ne reconnut pas dans les habitants ces hommes que Grazilhier dépeint comme les plus méchants Noirs ae toute la Guinée: au contraire. il les trouvafort civils. Us faisaient autrefois le commerce des esclaves avec les Hollandais ; aujourd'hui ils n’ont de relations qu’avec les peuples de Bimbia. — La base de la montagne à l’ouest de Mongo m'Etindeh est appelée Hamboko; et la partie au sud de HakwileU et derrière Bimbia , à l’est de la montagne, Batongo. — A Bimbia aussi il y a de nombreux villages bâtis sur un lîel amphithéâtre, dont le fond est formé de roches. En quittant le mouillage delà baie d’Amboises, pour continuer a descendre la côte, on passe devant une série de pointes qui découpent le littoral en petites anses plus ou moins profondes et abritées, et susceptibles, par la facilitédes communications, d’être transformées au besoin en dépôts de combustibles. La rivière Bimbia ou Petit-Cameroons se jette dans une de ces anses ou baies ; son entrée, abritée par une petite île, présente un excellent mouillage aux bâtijnents qui font le commerce de l'huile

de palme; mais il y fait très-chaud, et le vent de terre souffle par-dessus des marais. Les habitants recueillent l’huile de palme en grande abondance. Ils sont , ainsi que les naturels des îles de la baie, de la nation Oualla ; tandis que ceux qui habitent au bas de la montagne appartiennent à une autre race, et sont désignés par leurs voisins, plus civilisés, sous le nom d 'hommes des bois. — Il y a dans la haie d’Amboises trois petites îles, dont l’étendue et la fertilité sont en raison inverse de la population. La plus grande, Mondeteh, qui a un demimille de longueur seulement, est située dans la partie sud-est de la baie; elle est haute et rocheuse; mais son sommet est de niveau , et le sol , formé de basalte décomposé, estd’une richesse admirable; ses flancs abruptes sont couverts de très-beaux bois. Il ne se trouvait alors sur cette île que dix familles; si elle était bien cultivée, elle pourrait en nourrir cinq fois autant. On y rencontre à mi-cote trois ou quatre sources d’eau qui, quoique faibles, ne tarissent jamais , à ce que l'on dit. Le point ou l’on débarque est mauvais, mais on pourrait l’améliorer. L’île extérieure, Dameh ou Àmbas, est petite et presqueentièrementaride ; les pentes des roches et les sommets sont couverts de broussailles et de gazons. Ce n’est en réalité qu'une étroite bande de roches élevée à son extrémité extérieure. Mais, quoiquela nature ne leur fournisse aucun moyen de subsistance, cependant trois ou quatre cents hommes y ont fixé leur demeure. Ils échangent, avec les habitants de la grande terre, les produits abondants de la mer contre des plantains et des ignames. Ils ont aussi un bon nombre de chèvres et de cochons nui paissent sur les côtes escarpées de nie. Le seul point où les canots puissent accoster est difficile à cause de rochers ardus et de la houle continuelle. On pourrait cependant, sans beaucoup de peine, y établir une jetée.

Le peu de sources qui se trouvent dans l'île tarissent souvent; les habitants sont obligés de recueillir l’eau de pluie, et dans la saison sèche d’aller faire leur provision sur le continent. L’île Jiobia, appelée aussi l’île Pirate, est encore plus aride que l'île Dameh. Elle paraît être le

GUIKEE,

reste d'une île plus grande, et les nombreux fragments détachés et battus par la uipr qui sont autour d’elle prouvent u’elleaété autrefois beaucoup plus étenue. Il est probable qu’elle était jadisunie au continent; la structure des falaises à pic qui se trouvent vis-à-vis, et qui n'en sont séparées que par un canal étroit et peu profond, le témoigne assez. Ce promontoire a même dd s'étendre

e’à Dnrueh , qui est sur la même . La destruction de cette côte continue encore, ainsi qu’on le voit par d’énormes fragments de rochers qui se trouvent à la pointe nord de l’île, et que le capitaine Allen croit s’étre détachés depuis son premier voyage en 1833.

Quoique cette île soit beaucoup plus petite que les deux autres, sa population est nombreuse. Chaque point de sa surface inégale où il a été possible d’établir une cabane en porte une. Elle esta pic de tous les côtés , et on ne peut arriver au sommet qu’en escaladant une espèce de jetée de basalte : c’est un passage effrayant , où l’on ne peut aller que un à un et qu’un enfant pourrait défendre. Les habitants doivent probablement à leur position inexpugnable la réputation qu'ils ont parmi leurs voisins. Leur aspect est féroce; mais le capitaine Allen n’entendit jamais citer de leur part un acte authentique de piraterie. Ils sont indépendants et déterminés à résister à l’oppression. Le chef de Bimbia se plaignit à lui qu’ils ne voulussent pas reconnaître son autorité, ni satisfaire à ses demandes , assez injustes à la vérité. Ces insulaires sont les plus habiles pécheurs de la baie, et dans le beau temps elle est couverte de leurs canots. — Le mouillage est excellent dans toutes les parties de la baie , tant sous le rapport de la qualité du fond que de la profondeur; et, quoique la côte ne soit pas abritée et qu’il y ait une houle continuelle, le vent n’est jamais assez fort pour mettre un bâtiment en danger. Les vents les plus fréquents sont ceux du sud-ouest, auxquels la baie est entièrement ouverte; dans les plus mauvais mois et c’est-à-dire en juillet août; on s’abrite derrière l’île Mondo- Jeh. Le bois, les végétaux, s’y trouvent en abondance, et les vivres au quart du prix qu’on est obligé de les payer à Fer-

nando-Po. On peut avoir de l’eau excellente auprès de Kieh, mais seulement de mer basse, attendu qu’elle sort du pied d’un rocher. Mais en creusant au-dessus de la marque de haute mer, on peut obtenir une aiguade très-commode. I.e désavantage que présente celte cote , <>p- *

posée aux vents, est grandement compensé par la pureté dé la brise de mer qui passe par-dessus l’Atlantique. La côte, dans les environs, n’a ni inaugliers ni marais , et comme le vent de terre passe par-dessus de hautes montagnes , il est froid et rafraîchissant. La baie d’Amboises est peut-être la position la plus saine de la côte d’Afrique. Pendant la saison pluvieuse on y a rarement plus d’un orage ou d’un tornado en vingt-quatre heures. Le reste du jour, le temps est très-beau, et la pluie même s’interrompt pendant quelques jours de suite.

Le littoral , bas et boisé , qui sépare la rivière Bimbia de celle de Cameroons, forme un arc assez prononcé dont la convexité est tournée du côté de la mer; deux criques qui les font communiquer entre elles le découpent.

La rivière de Cameroons n’est, comme Sierra-Leone, Rio-G rande, etc., qu’un estuaire ou grand golfe sale, servant de bassin à plusieurs cours d’eau qui vienîent s’y jeter à la mer. Celui qui vient de l’est-nord-est a semblé le plus considérable et a reçu tout particulièrement le nom de rivière Cameroons, appellation portugaise qui semble indiquer l’abondance des chevrettes que l’on y trouve.

Mais les naturels, suivant leur usage, lui donnent le nom des pays qu’elle traverse : ainsi, devant la ville de Bell on l’appelle Madiùa-ma-Dua/la ; plus haut, Madiba-ma-H-’uri , etc. Dans un petit voyage que le capitaine Allen , commandant le bateau à \apeur le IVilberfurce , fit en 1843 dans cette rivière, sans pénétrer plus loin qu’à quarante milles de la mer , il réussit a reconnaître sa nature et son étendue dans son cours principal et avant qu'elle ne se divise, ce qui a lieu seulement a huit milles au-dessus do la ville de Bell, et à moins de vingt milles de la mer. La véritable rive gauche de la rivière descend même jusqu'à cet établissement, qui est élevé de cinquante pieds au-dessus de la mer. * Le bord

L’UNIVERS

« de la rivière consiste en un conglo- « mérat récent, contenantdes particules « de quartz de la grosseur d'une noix,

« quelques petits fragments de mica « blanc et des masses de grès rougeâtre,

« dont quelques-unes ont quatre pieds « de longueur; le tout est lié par une « argiled’un brun clair. La stratification « est horizontale, et l’épaisseurdes cou- « ches varie de quelques pouces à plu- « sieurs pieds; on ne peut y découvrir « aucune trace d'êtres organisés. Les « fragments de grès qui forment une « partie de ce conglomérat sont compo- « sés de particules de quartz soudées « par un oxyde de fer ou par leur adhé- « rence naturelle ; quelquefois le mine- « rai de fer est combine chimiquement « avec la matière argileuse et forme des n masses compactes. L’influence du fer « sur l’aiguille aimantée devait être en- « core plus forte à la base de la falaise, « où le grès était plus compacte et paît raissait contenirune plus grande quanti tité de fer ; mais au sommet même « elle était assez grande pour produire « des inclinaisons différentes à quelques « mètres de distance. La rive opposée « consiste en un plateau de roches visi- « blcs à mer basse ; il correspond au « grès compacte qui forme la base de la « falaise, ce qui porte à croire que dans « l’origine les rives qui encaissaient la « rivière s’étendaient jusqu’ici des deux « côtés; aujourd’hui cette partie est « basse et couverte de mangliers, ainsi « que le sont toutes les îles jusqu'à vingt- « cinq milles de la mer. Ces îles parais- « sent augmenter, et forment un petit « delta qui finira par combler cette emn bouchure, et la terre regagnera ainsi « ce qui lui a été enlevé par la nn-r dans « quelque convulsion produite par les « actions des volcans qui ont leur cen- <t tre dans la chaine des montagnes voi- « sines. » — (Quoique ce soit une belle rivicre, la riviere de Cameroons n’est pas comparable au Niger. Sa largeur moyenne au delà des mangliers est d’environ six cents yards , aussi loin que M. Allen y put pénétrer. Dans la saison sèche, la profondeur varie de deux à vingt pieds, quoiqu'elle ait rarement plus de huit pieds ; mais, dans les grandes eaux, un bâtiment d’une certaine force peut la remonter. Cependant , d’a-

près le récit de quelques naturels intelligents, la navigation serait obstruée par des roches a /lanem, situé à environ quatre-vingt-dix milles de la mer; mais au delà de. ces roches il parait que la riviere continue encore pendant plusieurs journées. — La rivière Cameroons a deux affluents sur la rive droite : l’un, le Yabiang, que M. Allen remonta en partie; l’autre a environ vingt-cinq milles au-dessus de la ville fk'ana-Makembi; ils ont, dit-on, leurs sources tous deux dans des rochers de cinquanteneuf pieds de haut , ou du moins ils en tombent. Il y a aussi un petit cours d’eau qui se jette dans la crique F.bonjeh, et qui vient de Duka-Hakin, à peu rès à quatre heures de distance plus aut. — On a quelquefois supposé qu’outre le Cameroons, une autre grande rivière, nommée Malimba , tombait dans ce bassin ; mais toutes les personnes que le capitaine Allen interrogea à ce sujet s’accordèrent pour lui dire que ee n’etait qu’une crique dérivée de la rivière Qua-Qua, qui vient de l’est. Son pilote lui disait que cette rivière a plus de mangliers, mais moins de largeur que celle de If'uri ou de Dualla, et qu’elle est obstruée par des roches presque à la même distance de la mer. Il ajoutait que le roi de tout le pays de Qua-Qua réside dans une petite ville nommée Longassi, qui se trouve sur la rivière à quatrevingts millesenvirondesonembonchiire.

11 paraît donc résulter des témoignages recueillis par le capitaine Allen qu’il existe une rangée de montagnes qui s’étendent à l’est à partir des monts Cameroons, ou du moins qu’il se trouve à cent mètres environ de la mer un plateau élevé, car les naturels parlent de quatre grands cours d’eau qui tous tombent de rochers hauts de cinquante pieds. — F.n outre ries deux rivières ci-dessus mentionnées . la Dualla et la Qua-Qua, plusieurs criques se déchargent aussi dans ce bassin; elles se nomment Bomano, Mongo et Bimbia, et viennent principalement des hautes montagnes qui bordent ce bassin à l’ouest. — Tous les commerçants de ce pays assurèrent au capitaine Allen qu’il n’y avait pas de communication pareau du Cameroons au Bio dcl Bey ou rivière Buviby ;Yeau, suivant leur témoignageconstant, s’arrête à lia-

GUINÉE

lung , à trente mètres environ au-dessus de l:i rivière Bimbia, où l’on rencontre de hautes montagnes, des rochers et des sources.il y a beaucoup d'éléphants dans les bois. Les habitants de Mungoetde Balung traversent les montagnes et vont par Ekombah et F.bonjeh à Balondo, sur la rivière de Rumby ; ou , en prenant une autre route, d’Ebonjeh à Bamboko , situé au pied de la montagne du côté de l’ouest. Les communications sont, au reste , très-difficiles, en raison de la nature montueuse et boisée du pays qu’on traverse; il doit être élevé, car on dit qu’il est froid. La rivière Rumby se termine, dit-on, à Balondo (1).

Le capitaine Allen représente le peuple de Cameroons comme actif, industrieux, et déjà assez, civilisé pour comprendre et servir les généreux projets des nations européennes. Ils sont soumis à deux chefs, dont l’un porte le nom de Bell et l’autre celui d’Acqua(2). Leurs villages, situés sur une plaine élevée de dix-huit mètres au-dessus du niveau de la rivière , sont séparés par un ruisseau et s’étendent très-loin dans l'intérieur. Cette position élevée et la nature sablonneuse du terrain en font un séjour tres-sain. Une fois au-dessus des marées, les palétuviers sont remplacés

Bar des palmiers qui croissent sur les ords du fleuve; et l'on aperçoit au milieu de magnifiques clairières bien cultivées les cases des esclaves de Bell et d’Acqua. L’exploration que fit le capitaine Allen lui apprit que le fleuve se réunit en un seul tronc à huit milles en amont des villes de Bell et d’Acqua, situées sur la rive gauche , et que cette

(l) Description de la rivière de Cameroons et de la baie a Amboises , par le capitaine Allen, commandant le bateau à vapeur te Wilberforce. (Extrait du Journal de la Soc. roy. de géographie de Londres, vol. XIII, inséré par M. Daussy dans le t. Ier de la 3' Série du Bulletin de la Soc. de géographie , p. ia3 et suiv.)

(a) I.e i mai x 84 1 des engagements relatifs à la suppression de la traite des noirs furent conrlus par des ofliriers de la marine britannique avec Bell , roi de BeU’stown, et Arqua , roid’Arqua'town sur la rivièrede Cameroons. I»> teneui de la première convention est rapportée dans la Bevue coloniale des Annales marit. de 1844 (août), p. 248.

dernière rive, qui est élevée, est le prolongement réel de la terre ferme; aussi n’est-elle coupée d’aucune crique, tandis que la rive droite est formée de terrains d’alluvion découpés par des criques en lies nombreuses.

Côte du Gabon , oa Côte comprise entre Cameroons et la rivière de Gabon ou C Équateur (1). — A partir de la pointe Suellaba. pointe méridionale du rio Cameroons , la côte est uniformément basse et boisée. A une distance de six lieues environ on aperçoit une pointe plus avancée, au nord de laquelle roule la petite rivière de Borea, praticable seulement pour de petites embarcations, et partagée, à son entrée, par une île que des hauts-fonds relient à la pointe nord. La côte, qui jusque-là court presque au sud, commence là à se rapprocher de l’est, et, conservant cette direction pendant quarante milles, forme la baie, plus longue que profonde, connue sous le nom de Panania , dont la plage est entrecoupée par plusieurs entrées de criques ou petites rivières. La petite baie et les villages de Hanoho viennent ensuite.

Comme ils n’étaient marqués sur aucune carte , quoique assez considérables et riches en produits d’ivoire, M. le comte E. Bouët y laissa le lieutenant de vaisseau Pliil.* de Kerhallet , avec ordre de s’assurer de leur position. En venant du sud nu nord, dit cet officier dans sa relation , le long de cette côte, on aperçoit, à trois milles au nord du rio Campo, une première pointe remarquable seulement par deux monticules placés vis-à-vis ; la côte présente ensuite deux baies sablonneuses de peu d'étendue, dont les pointes rocailleuses font briser la mer à leurs pieds. C’est à la troisième que commence le mouillage ou la baie de Banoko, point qui n’est désigné sur aucune carte. Peu profonde, cette baie est facile à reconnaître par les hautes terres qui l’avoisinent. Une do ces montagnes , la montagne Alouette , est située près de la plage ; elle a mille quarante et un mètres d’élévation, et s'abaisse vers le nord par une pente douce. Elle est coupée dans le sud presque verticalement, et rejoint la première ligne

(1). Descr. nautique des côtes de f Afrique occidentale , ch. IX.

374 L’UNIVKRS.

des hauteurs qui longent le rivage. L’autre montagne de reconnaissance est le mont Nlsus , fort éloigné dans l’intérieur, situé est et ouest avec la montagne Alouette, descendant vers le sud en pente douce, vers le nord coupé presque a pic, et formant à son sommet une ligne droite légèrement inclinée du côté <!o nord. Prés du mont Nisus on aperçoit, dans certaines positions, une montagne en pain de sucre presque aussi élevée, mais quelquefois cachée par l'autre.

D'autres terres hautes paraissent encore dans le nord, mais sont situées loin dans l'intérieur. Les quatre ou cinq villages qui donnent leur nom à la baie, cachés tous par de grands arbres , ne sont pas apparents même du mouillage. Le village sud de lianoko est situé par 2“ Ô6' de latitude nord. — La côte continue à se montrer couverte d’arbres touffus, et se termine eu arrière-plan par de hautes montagnes, dont les deux plus remarquables sont celles de la Table et de la Selle ; celle de la Table est la plus méridionale : ce sont de bons points de reconnaissance pour la rivière Campo, dont l’entrée , large et assez profonde pour des navires, se trouve en dedans et au nord de la pointe du même noin. Un village considérable est bâti sur la rive gauche, qu’un banc de brisants prolonge au large. A partir de Campo , la côte continue à montrer au-dessus de ces touffes boisées et noirâtres une suite non interrompue de hauteurs, que surmontent de temps en temps des pics saillants. A quatorze milles au sud du rio Campo elle forme une espèce de baie, dont la pointe nord est entourée de brisants, et dans laquelle on découvre quelques cases parmi les arbres ; on y peut jeter l’ancre pour faire de l'eau. On est alors par le travers de la chaîne des Sept montagnes , dont le mont Sharp est le point le plus élevé. — Le mont Mitre, qui est détaché de cette chaîne dans le sud, est un bon point de reconnaissance pour la rivière Saint-Benoît , située à une quinzaine de lieues environ plus bas que le rio Campo. L'entrée de cette rivière est étroite, mais profonde. La pointe nord est remarquable par une montagne nommée Heybern , appellation souvent donnée a la rivière elle-même; la pointe sud, également élevée , est entourée de récifs qui s’éten-

dent au large et vers la rivière ; cette rivière, renommée par sa traite d'ivoire, se divise en deux branches, dont l’une court au sud-est et l’autre à l’est. — La côte , toujours boisée, mais irrégulière et bordée parfois de récifs, cesse au delà du mont Mitre de montrer des pics élevés en arrière-plan. Sa direction générale est le sud ouest J sud du monde. A dix lieues de la riviere Saint-Benoît se voit le cap Saint-Jean, au nord duquel trois coupées sur le littoral indiquent des entrées de petites rivières. Des villages fréquentés par des traitants d’ivoire et de bois sont bâtis auprès. Le cap Saint-Jean est couvert de bois à son sommet, rocailleux et sans grève à sa base , contre laquelle la mer vient déferler avec force. — La baie de Corisco ne compte pis moins de dix lieues du nord au sud, sur quatre lieues de l’est a l’ouest. Dans ce vaste bassin viennent déboucher au nord-est la rivière Moonetj et au sud-sud-est la rivière Moonaah, accessibles pour de grands navires à quelques lieues de leursembouchures , mais semées de bancs et de roches qui en rendent la fréquentation dangereuse sans pratiques. Ces rivières abondent en bois rouge et en bois d'ébène ; l’une des criques de la rivière Moondah coupe les terres du sud de la baie de Corisco dans la direction du sud-ouest : elle vient ensuite aboutir à deux milles du village de Quaben, conséquemment rès de l’établissement français du (iaon, et fait de ces terres une presqu'île connue sous le nom de presqu’île A'Esterias ou de Louis- Philippe. La baie de Corisco serait donc un des plus beaux bassins de la côte d’Afrique , si clic n’était semée d’une multitude d’îles, d’ilots , de roches et de bancs , qui font que sa fréuentation et cplle de ses rivières sont une certaine difficulté. Les noirs du Gabon sont les meilleurs pratiques de ces localités , que les cartes les plus récentes ne reproduisent qu’incomplétement. L’ile de Corisco, la plus grande des îles de la baie , la partage en deux parties a peu près égales. C’est au nordest de cette Ile, la ou se trouve le princial village, qu’on est le mieux abrité, .'île est couverte de bois magnifiques, bois de construction, d’ébène, de teinture. On s’y procure aussi de l’ivoire que les habitants achètent aux Bulous ou na-

turels de l’intérieur du continent. Dans le sud-sud-ouest de l'ile Corisco et au milieu des récifs jetés dans cette partie de la baie , sont les deux petits îlots Laval et Bayna, inhabités , mais couverts d'arbres. Enfin les îles Elobey, autrefois nommées Mosquitos, s'aperçoivent dans le nord-est de la baie, devant l'entrée de la rivière Mooney , et forment avec la grande île Corisco le canal le plus large et le plus facilement praticable.

Le Gabon , nommé M'Pongo par les naturels qui en habitent les rives, est, comme la plupart des rivières à huile du golfe de Biafra , plutôt un estuaire qu’un fleuve proprement dit. Il se divise en deux bassins, l’un extérieur, l’autre intérieur. La direction générale du premier est sud-sud-est et nord-nordouest. Les terres de la rive droite du bassin extérieur, comprises entre la rivière Moondah et le Gabon, forment une vaste presqu'île que M. le lieutenant de vaisseau Fleuriot deLangle, chargé en 1844 par M. le comte E. Bouët-Willaumez de lever le plan détaillé du lleuve, a appelée du nom de sa majesté Louis-Phdippe.

Cette presqu'île se teriniueau nord par le cap Joinville , qui fait une saillie de deux milles, en s’inclinant nord-est et sudouest, et coupe ainsi presque à angledroit la direction de larivedroite. l.ecap Joinville a vingt mètres d'élévation; il est escarpé , d’un accès difficile , et composé de roches calcaires où l'on trouve des cristaux de carbonate et de phosphate de chaux. Des roches se sont éboulées des falaises du cap et l’entourent. Lorsqu’on veut le visiter, il faut aller débarquer dans la baie d 'Jcquengo, à un mille et demi dans l’est, ou l’on trouve une plage de satde et la meilleure aiguade de tout le Gabon. La rive droite ou presqu’île Louis- Philippe est formée de collines à base calcaire, dont la plus haute a deux cents mètres d’élévation :

M. Fleuriot de Langle lui donna le noin de mont Bouet, et un second sommet, de même élévation à peu près, et situé un peu au sud de celui-là , reçut le nom de mont Baudin. La chaîne de collines s’abaisseaprèsle mont Baudin. Quelques sommets arrondis , élevés de quatrevingts à cent mètres , dépassent encore le niveau commun, et se terminent à une vallée intermédiaire entre cette

chaîne et la pointe Obindo, qui reprend une hauteur de nuatre-vingts mètres.

Les vallées et fa presqu'île Louis- Philippe sont arrosées par de petits ruisseaux d’eau douce, qu'aiimenleut les eaux pluviales, et qui viennent isolement se jeter à la mer. Par son élévation et l’anondance de ses eaux courantes, qui lui prêtent une extrême fertilité, la presqu’île Louis-Philippe est éminemment propre à recevoir des établissements. Outre ccs ruisseaux d’eau douce , la fraction delà rive droite du Gabon comprise entre le cap Joinville et la pointe Obindo est coupée de cinq criques aux eaux salées, qui peuvent porter pirogue, et servent au transport des bois de couleur, l’article de commerce le plus abondant au Gabon. La première ac ces criques, nommée Tanday, partage en deux la baie d’Acquengo. Après Tanday, la côte continue a former une courbe régulière jusqu’à là crique Guéguay, située au nord de Cringercille. La plage est sablonneuse enti e les deux criques ; le terrain descend en pente douce jusqu’au bord delà mer, et une belle végétation le recouvre. La criuue Guéguay joint, diton, le Gabon a la rivière Moondah. A partir de ce point, les berges du lleuve s’élèvent jusqu’à une hauteur de dix mètres, et forment la base des monts Bouet et Baudin ; elles sont roides et s’appuient sur de larges lits de calcaire qui forment la plage. Cette fraction de la rive droite est très-peuplée : on y trouve le village de Crlnger, qui peut contenir qua- ’ tre à cinq cents habitants , celui de (jua ben, qui peut eu contenir le double, et enfin le village de Louis, dontle nom gabonais est Boutébany. Trois pointes peu saillantes s’y font sentir. M. Fleuriot de Langle nomma la première Pointe des Normands et la troisième Pointe des Bretons. Après la pointe des Bretons la côte forme un redan qui abrite une petite anse, où se rend un ruisseau, et près de laquellcest assis, sur un plateau de roches elevé de dix mètres au-dessus du niveau de la mer, le fort français dit fort d'Aumale, établi en 1843 par les soins de M. A. Fournier, lieutenant de vaisseau, commandant la Eigie. Un second plateau de roches volcaniques s’étend à cinquante mètres en avant de la plage du fort d’Aumale et assc-

L’UNIVERS

che en partie. M. Fleuriot de Langle , dans sa Description (lu Gabon, que je reproduis ici , marque que ce plateau pourrait servir de base a une belle cale de construction peu dispendieuse, et d’autant plus importante qu’on y emmagasinerait des dépôts de toute espèce, tres-difliciles à transporter jusqu'au fort , et qu’elle faciliterait beaucoup les communications du comptoir. L’inconvénient du ressac qu’occasionne la brise du large, lorsqu’elle est fraîche, et qui , par moments, gène ces communications, est bien compensé par les avantages de salubrité que l’on doit à cette exposition, qui permet de recevoir la brise du large dans toute sa pureté. Un autre avantage qu'on n’eût pas trouvé sur la rive opposée est la présence des sources abondantes dans le voisinage du fort.

Les berges s’abaissentgraduellementdepuis le fort d’Aumale jusqu’à la pointe française, qui séparé la rade d'Aumale de la' rade de Montpensier , comprise entre la pointe Française et la pointe de Paris. Ces deux rades offrent un bon mouillage. Il y a sur la dernière trois villages où le commerce est actif. Après la pointe de Paris lu cote fléchit un peu vers le nord-est et forme la rade aügombiay, borneeàl’est par la pointe Loh uay, et coupee par les deux criques d’OgombiayetdeLohuay. Les berges sont élevées entre ces deux criques; la glaise y est a nu ; deux ou trois villages se sont formés sur ces deux hauteurs. L’eau est trèspeu profonde dans la rade d'Ogombiav; l’absence des rochesdans la partiedu nord y rend la pèche au lilet facile. La côte s’abaisse à partir de la pointe de Lohuay et devient sablonneuse jusqu’à une cinquième crique du nom de Firiay , qui semble établir une nouvelle communication avec Moondah. La vallée au fond de laquelle se trouve Viriay sépare la chaîne des collines Bouët et Baudin de la pointe Obindo, qui a vingt et un milles de diamètre et termine ou sud le bassin extérieur du Gabon. La côte court ensuite au nord-ouest l’espace de deux milles et décrit un demi-cercle autour de Vile (f Orléans : c’est la baie <r Obindo , qui fait partiedu bassin intérieur du Gabon. L'ile d’Orléans paraît avoir son grand axe incliné de l’ouest-nord-ouest à l’est-sud-est : cet axe a une longueur de

deux milles. L’ile est basse vers le nord, tandis qu'elle se termine au sud par des falaises à pic qui servent de contre-forts à un morne pyramidal qui se voit de loin et dont l'élévation est de deux cents mètres. Elle est fertile et abondante en sources excellentes ; les navires du commerce la visitent souvent; le canal qui la sépare de la pointe Obindo leur offre un excellent mouillage. M. Fleuriot de Langle ne doute pas que la baie Obindo ne devienne plus tard le centre des établissements français dans le Gabon. Les batteries nui seraient élevées sur la ointe d’Obimlo et sur la pointe Damée, extrémité nord-ouest de l'ile d’Orléans , seraient distantes d'un mille et demi et pourraient croiser leurs feux.

— Le cap Montagniés termine au nordouest la rive gauche du Gabon; il est bas et sablonneux, et couvert à sa pointe septentrionale d'un bois de palétuviers appelé te bois des Fétiches, parce que Denis, le roi le plus puissant de cette rive, y va souvent consulter ses idoles. A quatre millesausud-ouestdu cap Montagniés est la pointe Gombé, assez élevée et boisée, et dans l’intervalle une autre pointe obtuse, appelée Ifingombé. — L’ouverture du Gabon est de huit milles trois quarts entre les caps Joinville et Montagniès, qui gisent nord-nord-ouest et sudsud-est du monde. La distance du cap Montagniés àla pointedes Normands, sur la rivé droite, lesquels sont les deux points les plus rapprochés du bassin extérieur, est de six milles nord-est- 6" est, et sud-ouest-S° ouest du monde.

— La direction générale de la rive gauche, ou presquile de la reine Marie- Amilie , est le nord-nord-ouest et le sud-sud-est du monde. A un peu moins de trois milles du cap Montagniés est une crique nommée Kogolay, sur la rive droite rie laquelle est bâti le village du chef Denis ; l’entrée de cette cri-

ue est tortueuse, et ne garde pas assez 'eau pour que les embarcations puissent la fréquenter à mer basse. La rade du comte de Paris, comprise entre le cap Montagniés et la pointe de la rive gauche de Rogolay, offre un bon ancrage aux navires ; la côte est très-accore dans toute son étendue et l’accès toujours facile pour les embarcations; elle présente, en raison de cette facilité, de précieux

GUINÉE

avantages ; on y a établi, je crois, comme le demandait M. Fleuriot de Langle, un débarcadère et un dépôt de charbon.

Mais cette rade a l’inconvénient de ne recevoir la brise du large qu’après qu’elle s’est chargée de vapeurs en traversant la presqu'île Marie-Amélie, et d’être ouverte au nord-est ; jje telle sorte que dans la saison des orages les tornades y donnent avec toute leur force. — Le terrain de la presqu'île Marie-Amélie est bas et coupé de marigots; on y trouve de magnifiques savanes, où l’on pourrait cultiver avec avantage tous les produits de la Guyane française, ces deux pays ayant une grande similitude de climat. Elles servent de pâturages aux troupeaux du roi Denis, et la nuit elles sont infestées d’hippopotames. — La eôte, à partir de la crique Rogolay, forme un arc de cercle convexe dont l’extrémité a été nommée pointe Rogolay. A un peu moins de deux railles de la crique de ce nom , s'en trouve une autre appelée L'inguéyahua, tout entourée de palétuviers. La , la berge de la rive gauche commence à se relever un peu. Cette partie de la côte n’est pas visitée par les navires du commerce. Auprès de la pointe du Pommier, à six milles et demi de la crique Rogolay, on rencontre un village où sont les maisons de campagne du roi Denis. A quatre milles au sud-est du monde de cette pointe, une 3utre pointe assez élevée termine la rive droite d'une crique profonde appelée Bohuin.et a reçu le même nom, La baie comprise entre ces deux points est coupée par quatre criques qui s'enfoncenttrès-avantdans la presqu’île Marie-Amélie. Leurs noms sont : Apopay, Mogxbay ( I), Toutiay , Otohuibao. Les deux dernières se communiquent et reçoivent le nom commun de b'oileliay; viennent ensuite les crûmes Obilov t llohuin. La rive droite de la crique Obelo a reçu de M. Fleuriot de Langle le nom de pointe Obélo.

La distance des pointes Bohuin et Obindo, qui terminent le bassin extérieur du Gabon, est de sept milles; elles gisent nord-nord-est et sud-sud-ouest. Apres ces pointes, les terres s’écartent de non-

(i) Voy. dam les Annales maritimes. Revue coibntale, 1844, p. 6o3 , un rapport adressé au commandant du cutter l’Épprlan par M. Gonin, chirurgien-major de ce bâtiment.

veau, et forment un second bassin , sé-

fiaré du premier par les deux îles d'Oréans et de Madame Adélaïde , la première au nord, la deuxième au sud fl).

« Au commencement de l’année 1839, « dit M. le lieutenant de vaisseau Pi « geard dans un rapport adressé le 7 « septembre 1846 a M. le contre-amiral • Montagnièsdela Roque, commandant « la division navaledes côtes occidentales « d’Afrique (2), le Gabon n’était qu'un « grand loyer de traite où aucune nation « n'avait encoresongé à s’établir, malgré » de nombreux avantages attachés a sa » position centrale comme point de ravi- « taillement pour des escadreset comme « voie commerciale vers l’intérieur. Au « mois de février, la Malouine, comnian- « dée par M. Edouard Bouët. lieutenant « de vaisseau, vint y mouiller, et un « traité passé avec Denis, chef principal « de la rive gauche , donna à la France « le droit de s'établir plus tard , si elle le « jugeait convenable a ses intérêts, sur « cette rive, déjà française par ses habi- « tudes et par la connaissance de notre « langage. Cependant, dès 1840 M. le « commandant Bouët, frappé de la mor- « table considérable qui se manifestait « parmi les blancs des factoreries a es- « claves situées de ce côté du Gabon , « songea a s’assurer une position meil- « leure. En 1842 un traité fut passe « avec les chefs laauis et Quaben, de la x rive droite, pour l’acquisition d’un « terrain et du droit d’établissement ; et « bientôt un blockhaus, entouré de fort!- « fications provisoires , consacra notre « souveraineté sur les lieux désignés.

« Mais le Gabon était alors, comme au- « jourd’hui , occupé par plusieurs peu- « pies divers de langage et d’intérêts , et

(i) Description du Gahon, parM. Fleuriot de Langle, lieutenant de vaisseau , commandant la Malouine, insérée dans la Description nautique des cotes de f Afrique occidentale entre le Sénégal et l'Équateur, p. iSÎ-tgi. Voy. pour l'intelligence de cette descriplion le plntt du bassin extérieur du fleuve du Gabon, levé en t844 par le même oflicicr, et publié au Dépôt général de la marine eu ï845.

(a) Un extrait de ce rapport que je sais reproduire en entier a été publié dans la Remue coloniale des Annales maritimes, mars 1847, n° i5.

L’UNIVERS

« notre possession n’etait ratifiée que « par les M'Ponyos, qui sont les moins « nombreux et les moins puissants de « ces peuples. Cette considération, qui » impliquait l'idee de l'établissement « possibled'uneautre nation européenne « auprès de nous, détermina le gou- « verneur du Sénégal à passer, en avril « 1844, avec tous les Chefs principaux « des deux rives, un nouveau traite qui

assura dès lors notre souveraineté sur « toutes les terres, îles, presqu’îles, etc., « que baignent le Gabon et ses affluents.

Les quelques chefs, sans importance « d’ailleurs , qui ne souscrivirent pas « alors à ce traité , y accédèrent plus « tard , dans une série de traités parti- « culiers conclus par M. Darricau , « lieutenant de vaisseau, commandant “ le cotre l'Eperlan. Enfin, en 1845 « des fonds furent votés par les chani- « bres legislative* pour faire du Gabon « le point central d'approvisionnement • et de réparation des subdivisions du « sud de notre escadre d’Afrique. A l’em- « pincement choisi en 1843 fut ajouté « un autre plateau , sur lequel s’élèvent « aujourd'hui des magasins spacieux « de vivres et de provisions de toute « sorte, tandis que la rive gauche est « consacrée aux dépôts de charbon.

« Mais il ne suffisait pas d'être en con- « tact continuel avec les tribus du litto- « ral et de répandre parmi elles l’influence « de nos habitudes ; l'intérêt du com- « merce et de notre politique nous com- « mandait aussi d’explorer en détail les « lieux baignés par des eaux désormais « françaises, dont l'immense einbou- « ehure et les ports nombreux sem- « blent indiquer un cours magnifique.

n Le manque de moyens avait été cause » que jusqu'ici toutes les tentatives n’a- « valent conduit qu’a connaître impar- « faitement dix à douze lieues du cours « de la rivière; et le village de Cobangol, « dernier centre de population bouloue, « fréquenté par les courtiers noirs, était « resté les colonnes d’ Hercule de tous « les blancs (1}. >

Le bassin intérieur du Gabon, qui

(i) Quelques mois avant l'exploration de M. Piteard , le capilaiuc de commerce anglais Décroît avait défiasse de trois lieues le village de (JoUaagoï.

commence . comme je l’ai dit plus haut , aux îles d’Orléans ou de Konikey et de Madame Adélaïde ou de Parrol, va se rétrécissant vers lest, et devient enfin une rivière d’un mille de large. Sur ce bassin s’ouvrent beaucoup de criques plus ou moins considérables ,%Coye, Hogolay et Cûmo sur la rive septentrionale; Mafouya et Rainbohouai , sur la rive méridionale. Ges cinq criques , navigables jusqu'à quelque distance de leur embouchure, sout bientôt obstruées par les lianes et les palétuviers, et se rétrécissent au point d'être pour la plupart , après quatre à cinq lieues de parcours, impraticables même aux canots. L’affluent ou crique Cômo, suivant M. Pigeard, plutôt que d'être assigné a la rive septentrionale, doit être distingué par le noin d'affluent central, à cause de sadircction vers l’est, qui semble indiquer qu’il est l’artere principale du bassin du Gabon, de sa largeur, qui permet d’y pénétrer beaucoup plus loin que dans lès autres, et enfin de la nombreuse population qui se presse sur ses bords. C'était donc celui qu’il nous importait le (dus de connaître. De plus, il n’avait jamais été exploré complètement , même par les Noirs , que reLient une sorte de crainte superstitieuse.

Le bassin extérieur ou golfe du Gabon est habité presque exclusivement par les noirs M'Pongos, race paresseuse et rusée, qui s’est constituée l’intermédiaireobligé entre les navires du commerce et les jieuplades de l’intérieur. Le chef principal de ce bassin est , comme on sait , le roi Denis , homme d’une intelligence remarquable, qui réside sur la rive méridionale. Dans le bassin intérieur liabitentà lafoisdes ifPongos, des Roulons et des Bakalais : le roi des Boulons, Roulaben’n, et le roi des M’Pongos, Georges M’Pongos , sont les deux chefs les plus puissants de ce pays. Tous ces peuples parlentdes langues différentes, mais analogues, et se comprennent entre eux. Dans l’intérieur des terres, à une faible distance, vivent des populations nomades de M'Bichos , de Com' Boulons et de Pahouins, qui viennent de temps en temps apporter dans les villages riverains les produits de leur industrie. Ces peuples fiassent parmi les autres pour de féroces anthropophages ; mais ce pourrait bien

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être un calcul pour éloigner d'eux les blancs, d'autant plus qu’il a été constaté que les M’Pougos nous avaient déjà représentés aux Boulous sous un jour odieux. On le voit , les produits indigènes duGabon n'arrivaient entre les mains des capitaines de commerce que grevés des frais énormes de plusieurs courtages successifs, et l'exploration de M. le lieutenant Pigeard avait, entre autres objets, celui de taire cesser cet état de choses et d’appeler les naturels du haut pays sur nos marchés.

Il partit le 29 août I84G, sur un brickgoélette, du mouillage du roi Denis, accompagné d'un pilote m'pongo et bien pourvu de toutes choses. M. Déchamps, ingénieur d'escadre, était à bord avec la mission spéciale d'étudier les bois du pays au point de vue des constructions navales. ünGtvoileimmédiatement pour Pile d'Orléans , où l'on jeta l’ancre a six heures du soir. Le lendemain dès la pointe du jour, MM. Pigeard et Déchamps parlirenten canot pour visiter les villages avoisinants, entre la rivière Dan'gia et la pointe Obindo. Le premier, celui d'Aouna, était composé d'une douzaine de cases de fort mauvaise apparence et presque toutes abandonnées. Le chef Abraham, remarquant leur étonnement, leur dit qu’il s’occupait en ce moment de transporter son village un peu plus à l’ouest , et que tout son monde était employé dans l’intérieur à couper des bois. S'étant rabattus à l'ouest, ils arrivèrent en peu de temps au village Ciembre, situé surune éminence boisée, très-reconnaissable, à deux encablures dans la petite rivière de même nom.

Malgré les avertissements et les frayeurs de leur pilote, ils débarquèrent la au milieu d'une population Douloue trèsnombreuse et visiblement étonnée, qui les accompagna en poussant de grands cris. M. Pigeard Ut quelques présents au roi , en lui disant que le chef des blancs l'avait envoyé visiter les noirs de la rivière et leur porter à tous des paroles d’amitié. D’Jâma promit de se montrer toujours empressé à servir les blancs qui le visiteraient, et ils se séparèrent avec force poignées Me main. — De Ciembre à Boulabenn, qui est le village boulou le plus considérable de cette côte, le rivage est hérissé de palétuviers

qui rendent l’accostage très-diflicile, sinon impossible. La rivière Coye, qu’on rencontre après celle de Ciembre, a un cours de cinq à six lieues; elle abonde en bois de toutes sortes, et nourrit une nombreuse population composée presque exclusivement de Bakalais. L’une de ces deux rivières, vraisemblablement la rivière Coye, se rapproche extrêmement de la rivière Moondah. — Le roi Boulaben’n offrit aux ofliciers français, pour le reste de leur exploration, son (ils N’ Diana comme guide et comme protecteur, et pour interprète D’Joumba, sou neveu , dont ils eurent plusieurs fois occasion d’éprouver l'intelligence et le sang-froid. — Au village de bon'guela, situé en amphithéâtre sur le flanc d'un morne voisin de Rogolay , M. Dochamps mit pied à terre, pour ailer chercher dans l'intérieur quelques échantillons de bois; mais après une demiheure de marche son guide refusa d'aller plus avant, dans la crainte d'étre dépouillé par des Bakalais errants. — Don' guela, Aouna , Ciembre et Doulabeu'n sont de l’est à l'ouest les seuls villages que présente la côte nord du bassin intérieur: on n’en compte que deux à la côte sud dans la môme étendue. Les affluents Ciembre, Ban'gia, Rogolay, compris entre l’ile d’Orléans et Cômo, sont, au dire des noirs, peuplés sur leurs deux rives d’un grand nombre de Boulons et de Bakalais , qui n'ont presque jamais de rapports avec les blancs. Les deux premiers sont étroits et d’un cou rs borné , mais celui de Rogolav est souvent pratiqué par de petits batiments qui y remontent à trois lieues. Tous, grands et petits, fournissent une quantité considérable de bois de teinture et d'ébène.

L'affluent, Vo/ouga, qui débouche sur la côte sud , à peu près a la moitié de l'intervalle de la pointe Bohuin au village du roi Georges , est également large et accessible aux navires a plusieurs milles dans l’intérieur. Le village de Georges est situé sur un plateau assez élevé dans le sud-sud-ouest de Don’guela, tout près de l’affluent de Rainbohouai, le dernier qu’on rencontre avant d’entrer dans la rivière de Cômo : il gît à peu près nord elsud de Rogolay, comme Mafouga de Ciembre. En résumé, voici l’asi pect que présente le bassin intérieur du

L’UNIVERS

Gabon : » une étendue de côtes d’envi- de là dans l’est s’élève le village de Pas- « ron vingt-cinq milles, bordée dans so//, l'avant-dernier centre de population « toute sa longueur de forêts de man- bouloue un peu considérable qu'on voie » gliers a moitié immergées, au-dessus en remontant, et où quelques années au- « desquelles apparaissent en second paravant l’équipage d’une embarcation « plan des arbres gigantesques et de anglaise avait ete massacré. Le chef du « loin en loin quelques montagnes de village de Passoll jouit d’une grande in- « hauteur moyenne; une population fluence dans la rivière Cômo, tanta cause « rare sur les rivages et nombreuse dans de sa position centrale que par suite de • l'intérieur; plusieurs affluents, dont ^plusieurs excursions hardies qu’il a faites « l’embouchure énorme fer.ùt supposer au delà de Cobangoï. M. Pigeant reçut « un cours étendu et bien alimenté, et l’accueil le plus amical dans les villages « qui , après quelques heures , se rétré- d'Antôbia , de Côlo , de Gombia et d ' A- « cissent en étroits marigots d’eau têqué, qu'il visita le 2 septembre. Un « saumâtre; partout une végétation peu au delà de ce dernier village il se « puissante , activée par des vases fé- trouva dans une espèce de bassin circuit condantes ; et un commerce continuel, iaire d'un demi-mille de large, où s'élève « alimenté par les marchandises euro- une Ile et où viennent affluer plusieurs « péennes qu’y portent les courtiers petits marigots. L’horizon se reculait à t m’pongos et bonlous. * unedistanceplusconsidérable,etil aper-

Dans la matinée du l*r septembre, eut à douze ou quinze lieues dans l’inté- M. Pigeard mesura au micromètre la rieur une chaîne de montagnes élevées, largeur de la rivière Cômo, qu’il qui semble s’étendre du nord-ouest au trouva de trois mille mètres à son em- sud-est. Sa première pensée en voyant bouchure; puis il s’y engagea avec le ces montagnes fut quelles étaient la commencement du flot par une faible source d'où partent les petits cours d’eau brise d'est-nord-est. Les affluents At- qui alimentent la rivicre, et il conçut chango et Maya, situés nord et sud à l'espérance de rencontrer bientôt un chaque rive, se présentèrent d’abord, courant constant de descente que rien Deux petites îles de palétuviers nommées n’annonçait encore jusque-là. Sur les /.TAi'ca signalent l'embouchure de Maga, deux bords de ce bassin, dit bassin des qui va à quelque distance rejoindre Rain- Montagnes , s’élèvent plusieurs villages bohouai. Avec cette marée il remonta bakalats, les uns en amphithéâtre sur à sept milles environ, jusque par le tra- une berge dégagée, les autres à moitié vers del’ile iïen’gué, que l’on voit s’éten- ensevelis sous des arbres gigantesques dre sur la rive gauche dans une longueur qui les couvrent d’une ombre consde deux tiers de mille. A cet endroit l’eau tante. Les seconds plans étalent une fut trouvée d’un goût salin encore sen- végétation magnifique; les palétuviers sible au commencement du flot et for- perdent leur caractère uniforme, en tement saumâtre à la fin. A l’exception se mêlant àd'autres arbres qui prennent du point où se trouve le village, l’ile racine sur les bords; en un mot, la Nen'gué est presque entièrement cou- nature revêt un aspect plus pittoresverte de mangliers et de palmiers nains, que. Les marées continuent à se faire Quoique étroite et très-rapprochée de sentir là avec une régularité aussi parla grande terre, elle contribue, avec la faite qu'a l’entrée de la rivière , sans mopointe Nen’gué, qui fait saillie de l’autre difier lemoinsdu monde legoüt de l’eau, côté, à rétrécir le lit de la rivière au moins Les courants charrient en abondance de trois encablures. Une fois ce détroit des arbres et une vase épaisse arrachés franchi, la largeur augmentetout à coup, aux alluvions des rives. — A mesure et redevient à peu près ce qu’elle était qu’il avançait, les villages boulous deveen avant de l’tle. — A un mille de naient plus rares et ceux des Bakalais Nen'gué, et sur la rive droite, il recor,- plus nombreux; mais aucun incident n’arnut une seconde lie de mangliers d'une réta leur marche. Le pilote m’pougo seul demi-lieue de longueur environ, nom- de temps en temps témoignait son appremée Chôliou. Entre ces deux îles , l’eau hension en voyant les populations se commence à être potable. Non loin présenter armées sur le rivage; et quand

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l'échange de cadeaux et de démonstrations d'amitié l’avait rassuré, il prétendait n’avoir éprouvé qu’une vive sollicitude pour les voyageurs français. — Depuis Passoll, M. Pigeard observait que la peau des naturels s’éclaircit sensiblement. Leurs coutumes paraissaient aussi se rapprocher de l’état sauvage : on voyait que la fréquentation des blancs était nulle parmi eux. Cependant les chefs de village le priaient tous instamment de s’arrêter quelque temps, l’assurant qu’ils auraient bientôt réuni une grande quantité d'objets du pays pour lés échanger contre ses marchandises. Il semblait qu’ils sentissent déjà l’avantage qu’il y aurait pour eux à pouvoir ainsi se passer d’intermédiaires. — Le 2 septembre, dans l’aprèsmidi, le brick mouilla devant le village de Cobangoï, situé sur la rive droite, à environ un mille dans l'est du bassin des montagnes et non loin de la pointe de Plie Zampa. Dans aucun endroit encore il n’avait rencontré autant d'aisance ni de bien-être. Les maisons sont construites^! alignées avec régularité dans une direction perpendiculaire à la rive, et une longue plantation de bananiers et de cocotiers, qui s'étend derrière chaque file de maisons, en les couvrant d’ombre, vient finir au bord de l’eau, où elle marie ses larges feuilles à celles des palétuviers. Le débarcadère n’a pas plus de sept à huit mètres de largeur, et se trouve tellementencadré d’herbes et d’arbustes, qu’il faut être tout aupiès pour apercevoir le village , dont les premières maisons sont presque baignées par le flot. — M. Pigeard savait que Cobangoï est le dernier village boulon de la rivière, et que les courtiers noirs s'accordent à le regarder comme un palladium infranclTissable. Sam, son pilote m'pongo, et les deux autres guiues ne négligèrent pas de le lui répéter quand on y fut arrivé, ajoutant que les villages du haut pays état: ni peuplés par une race extrêmement méchante ; enlin , comme argument décisif, ils ajoutaient que la riviere est encombrée de bancs et impraticable pour un navire à quelques milles plus liant. A cet endroit elle était encore trop profonde et trop large pour qu'on crût à cette dernière assertion. Cependant, persuadé qu’il ne tirerait rien de plus

de ces hommes , M. Pigeard se rendit immédiatement chez le roi de Cobangoï, avec un beau présent, pour obtenir de lui un guide, sinon un pilote. Quand il débarqua, le pavillon tricolore fut hissé sur le village, et une population nombreuse l'entoura. Le roi, quoique souffrant, le reçut. Il lit tous ses efforts pour le dissuader de son projet. M. Pigeard insista avec [douceur, espérant qu’il n’avait à vaincre qu'une jalousie commerciale; mais il dut rejoindre le brick sans avoir obtenu de guide, et prendre le parti de continuer sa route sans pilote. Il profita d’une heure de flot qui restait pour s'éloigner de Cobangoï, et jeta l’ancre à la nuit auprès du village bakalais de Dom'bia. La rivière en cet endroit avait près d’une encablure de large; mais les arbres gigantesques de ses bords l’encaissaient tellement, qu’elle paraissait à peine en avoir la moitié. « Le moindre bruit était « répété par un écho puissant que les « côtes de la rivière faisaient retentir « incessamment. C’étaient les cris des « perroquets et des oiseaux de proie qui « passaient au-dessus du navire par « bandes innombrables , ceux des siuges « qui parcouraient les cimes touffues; « et ce murmure confus qui est à la fois « celui du courant , des poissons qui « viennent humer l’air à la surface de « l'eau, et de mille insectes qui bour- « donnent dans les feuilles. A ce vacarme « étourdissant s’ajoutaient pendant la « nuit les rugissements des bêtes féroces « du voisinage , le bruit que faisaient en « entrant dans l’eau les lourds hippopo- « tames,etlcs plaintes lugubres au caï- « nian qui sillouuait les hautes herbi-s. Les « oiseaux de nuit venaient se jouer au- « tourdu fanal d'habitacleets'enfuyaicnt « ensuite à tire-d'aile , comme effrayés « des nouveaux hôtes qui venaient lia- « biter près d'eux. » — Pour éviter des

fialabres interminables avec tous les vilages riverains, M. Pigeard fit lever l’ancre à onze heures et demie du soir, et on avança ainsi sans aucun accident jusqu a environ douze milles plus loin. Le brick, dans ce trajet, passa devant plusieurs villages que signalèrent son Islr- hurlements des chiens. Vers cinq heures du matin, il était arrivé auprès d’un affluent assez large , circonstance qui , jointe au rétré-

LTTNIVER^

cissement considérable de la rivière, le lit un instant hésiter sur la roule à suivre. Les chants de coqs qui s’élevaient de divers points le décidèrent à mouiller. Au point du jour, on put voir la rive gauche rouverte d’hommes armés dont la contenance était relie d’une terreur profonde. Un palabre sans On s’établit; ils croyaient que le brick était monté par les gens de Passoll qui venaient encore une fois leur enlever leurs femmes. Enfin, ayant reconnu les visages blancs, ils envoyèrent un des leurs sur une pirogue qui, dix fois rappeler, finit par accoster le brick. Un verre d’eau-de-vie donna de la confiance à l'audacieux qui s’étnit dévoué ainsi , et quelques cris qu’il jet? aux siens suffirent à apaiser tous les soupçons. Ce village se nommait Noumbé, et le roi Calè- Couani. M. Pigeard lui fit un joli cadeau , en lui disant que désormais il devait s’attendre à voir de temps en temps les blancs chez lui; qu’il ne fallait plus douter de leurs intentions , mais leur faciliter au contraire le passage de la rivière; et qu’à ces conditions il aurait toujoursàselouerd’eux.Cevillageestbakalaiset entretient beaucoup de relations avec les tribus nomades de l’intérieur.

I.a race est en tous points In même qu’à l’ouest; la couleur de la peau seulement est un peu plus claire; au moral, mêmes coutumes , même mobilité dans les désirs et dans les idées ; même penchant .au vol. Les instruments de fer se montrent plus communs, plus grands, et d’une façon qui dénote une certaine habitude de la forge. — On appareilla à onze heures, et le brick passa sans s’arrêter devant le village de Man gui, situé à un mille de Noumbé sur la rive droite. La rivière se rétrécissait tellement, que le brick , tout maniable qu’il fût, était souvent lancé avec violence par lecourant sur les bords, et que ses vergues s’engageaient de temps en temps dans les palétuviers : une fois surtout il y donna avec une telle violence, qu’il fallut une heure pour dégager le haut gréement d’une multitude de "rosses branches qhi y étaient enlacées d’une manière inex- ( tricable. Au village de Donia, le pilote dit que les bancs allaient se multiplier et la rivière devenir si étroite, qu’en trois heures on pourrait atteindre en

canot un endroit oit les avirons toucheraient les bords. Alors M. Pigeard arma le canot en guerre , et , laissant le brick confié aux soins de M. Déchamps, continua son exploration. Dans le trajet de Donia à Pendangot , il constata la présence de plusieurs bancs; mais la rivière avait encore quarante mètres de large, et le (lot devait durer une heure : il repartit donc. Bientôt les bords se rapprocheront davantage; des troncs d’arbres , tombés en travers du courant, forçaient le canota de nombreux détours; tout annonçait enfin qu'on n'était pas loin des limites marquées à la navigation par le pilote. Apres trois quartsd’heure, le canot toucha à un autre village nommé Oango, peuplé de Bakalais et presque aussi considérable que le précédent. M. Pigeard eut plus de peine à s’y faire comprendre , et tout se termina par l’arrivee du roi Diam’gani , qui vint en personne dans son canot recevoir son présent. Ce village , placé sur la limite du pays des Pahouins , fut le terme de l’exploration. Elle avait duré neuf jours, et les résultats qu’elle avait donnes étaient : « 1° Un canevas hydro- « graphique du bassin intérieur dû Ga- « bon et de l’affluent central qui, quoi-

• que incomplet et insuffisant pour di- « riger un navire sans pilote, à cause « du petit nombre de soudes, pourra « cependant servir de point de départ « commode à ceux qui entreprendront « l’hydrographie complète ; 2° l’explora- « tion générale de l’aflluent central « Côino, jusqu'à ses limites accessibles, « dix lieues plus haut que le point con- « sidéré jusqu’ici comme infranchissa-

■ ble; 3° la consolidation des liens d'a-

■ initié qui unissaientdéjà la France aux « principaux chefs de la rivière jusqu’à < Cobangoï, et la formation, avec ceux

• auxquels nous étions totalement étran- « gers, de relations qui nous assurent « désormais un bon accueil partout; « 4° enfin l’appréciation des ressources c de tout genre que présente en ce mo- « ment le haut pays , et de celles que « notre commerce pourra y trouver

Elus tard. •

, 'examen des localités qui avoisinent les deux bassins du Gabon , montre tout d’abord une série de terrains d'alluvion formés successivement par les

GUINEE.

sédiments du courant sur un sol calcaire ou ferrugineux qui constitue la base générale du pays, de petits tertres argileux aux premiers plans, et quelques montagnes de hauteur moyenne aux derniers. Dans les intervalles de ces accidents de terrains on rencontre, à chaque pas , de larges (laques d'eau saumâtre sans courant déterminé, que la mer laisse en se retirant après avoir inondé les environs. De distance en distance, cependant , l’action de la marée s’est montrée plus forte, et creusant peu à peu son lit . elle a Uni par se faire un passage qui , suivant les couches qu’elle rencontrait , l’a conduite plus ou moins avant dans l’intérieur. Ce sont là ces sortes de golfes ou affluentsqui seraient plus exactement désignés par le nom bien connu en Sénéambie de marigots , nom qui marque ans les eaux auxquelles on l'applique l’absence de courant propre. Les marées de Ilot et de jusant se font en effet sentir avec une telle intensitéjusqu’au fond des plus étendus de ces marigots, que, n’était la présence de l’eau douce qu’on rencontre dans plusieurs à quelques lieues seulement de leur embouchure, on serait tenté do les croire exclusivement alimentes par la mer. «Comment concilier « cependant , ajoute M. Pigeard , l’exis- « tence de l’eau douce aveo une absence « complète de courant propre et une « régularité de marées presque aussi « grande que sur les bords de la mer? « Ce qui est infiniment probable, c’est « que ces marigots voui, pour la plu- « part, rejoindre à l’intérieur du pays « des marais d’eau douce qui n’assèclient « jamais et qui les alimentent , eu se « maintenant toujours de niveau avec « eux, mais sans avoir la force de porter « leurs eaux jusqu’à la nier. Ainsi, entre « l’eau salée qui cherche à faire irrup- « tion et l’eau de res marais qui se pré- « sente avec une densité au moins « égale (chargée qu’elle est de matières « étrangères) et qui veut faire éruption, « il existe, dans une zone plus ou moins « grande, suivant la saison, un combat « où, en raison des nombreuses sinuosité tés de la rivière et des motifs déjà « énoncés, aucun des deux éléments ne « remporte une victoire décisive, et « qui n’entraîne que des déplacements « locaux sans influence marquée de

« goilt de l’une des eaux sur l’autre. » La vue des hautes montagnes , dont la chaîne semble se diriger perpendiculairement au lit de l'affluent Coino , avait un instant fait espérer à M. Pigeard la rencontre d’une rivière réelle surlaquelle les marées finiraient par être sans action ; mais lorsque, remontant à dix lieues plus haut, il eut constaté les mêmes circonstances qu’auparavant , il dut renoncer à cette idée, etd’aprèsles rapportsdes naturels s’arrêter à l’autre. Il n’est pa> inutile de dire que l’eau douce, quelque haut qu’on se soit avancé dans les affluents , est toujours mêlée de détritus végétaux et de \ ase qui ne tardent pas à l'altérer une fois qu’elle est stagnante; ce n’est qu’après un certain temps de fermentation qu’elle redevient potable. — Le sol, dans toute l'étendue du cuurs delà rivière, parut à M. Pigeard d’une grande fertilité. Il est en général com|iosé d’uue argile ferrugineuse, mêlée de terreau grisâtre, dû sans doute aux dépôts des eaux.

« L’éloignement du M’Pongo our les travaux manuels s'observe à peu près au même degré chez tous les peuples de la rivière. Le seul mobile qui les arrache par intervalles à leur apathie est le désir de se procurer quelques produits des blancs : pour cela, les uns font le courtage , les autres chassent , chacun travaillant d'autant plus qu'il vit plus retiré à l'intérieur et qu'il a moins de moyens de communiquer avec nous.Tous d’ailleurs méprisent l'agriculture, par suite des nombreuses ressources naturelles du pavs, qui fournit presque sans travail à leurs moindres besoins. Des bananes et une fouie de racines inucilagineuses constituent leur principale nourriture. Il s’y joint , comme complément de luxe, du poisson sec et de ia viande d’éléphant ou desnnglier fumée, que viennent échanger sur ie littoral les tribus chasseresses de l’intérieur. » — Ces tribus à demi nomades, quise sont jusqu’ici tenues éloignées de la mer, sont celles qui alimentent presque tout le commerce d'ivoire du Gabon, par l'intermédiaire des riverains, dont elles reçoivent, après deux ou trois courtages, les fusils, la poudre, etc. C’estainsi que les Pahonins viennent de préférence échanger leurs produits avec les Bakalais, dont les moeurs se rapprochent des leurs ; ceux-ci

ale

L’UNIVERS

lestrnnsmettentauxBoulous.lesBoulous aux M’Pongos, et ces derniers enfin aux Lianes. Quelques opérations se font, il est vrai, sans passer rigoureusement par cette filière; par exemple, divers villages boulons et bakalais de l’intérieur, restés encore fidèles à leurs anciennes coutumes, font eux-mêmes la chasse de l’éléphant et livrent directement leurs produitsquand ils en trouvent l'occasion. Mais tant de difficultés se présentent pour arriver jusqu'à eux , tant de courtiers les jalousent et les circonviennent, que ces transactions ont toujours lieu sur une petite échelle. Il est notoire d'ailleurs que l'ivoire diminue sensiblement non-seulement au Gabon , mais encore sur plusieurs autres points de la côte d’Afrique, et que les traitants se plaignent chaque jour des nombreuses difficultés qu’ils trouvent à se le procurer. En effet , à mesure que les peuples chasseurs du haut pays connaissent les blancs et s'habituent* à leurs produits, ils s'ingénient à se les procurer le plus aisément possible , et trouvent naturellement, comme les M'Pongos, le courtage moins pénible et moins dangereux que la chasse. Delà cette tendance incessante des populations éloignées à se rapprocher des bords de la mer. C’est ainsi que les Roulous, qui habitaient autrefois dans le haut de l'aflluent Cômo et qui étaient d’intrépides chasseurs, ont été poussés vers l’ouest par les Bakalais; c’est ainsi que les Bakalais, subissant à leur tour le mouvement général, commencent à renoncer à la chasse et cèdent devant les Pahouins qui accourent de l’intérieur. C'est à cette tendance des peuples chasseurs à se faire courtiers, c’est à ces jalousies commerciales qu'est due la diminution de l’ivoire, et non à la rareté des éléphants, qui sont au contraire tellement nombreux qu'on en voit tous les jours venir se faire tuer au milieu des villages. Pour empêcher que cette branche de commerce ne s'éteignit ou au moins ne devint de plus en plus difficile à exploiter, la meilleure marche à suivre serait peut-être de former promptement une société qui pût, avec quelques petits bâtiments bien approvisionnés, se mettre partout en rapport avec les peuples chasseurs du haut pays, en ayant les moyens de se faire respecter des villages Lou-

lous et bakalais qu’il faudrait traverser et que ce nouveau mode de commerce léserait nécessairement. Les navires de la société approvisionneraient un comptoir central , où se déposerait tout l’ivoire du pays destiné à l’exportation.

S luant au bas pays, privé des avantages u courtage , il se tournerait forcément vers l’agriculture, le commerce des bois, de la gomme, etc., et recouvrerait en peu d'années ce qu'il aurait perdu d’autre part.

Les cinq ou six peuples divers de nom et de langage qui habitent le Gabon ont tous a peu près les mêmes caractères physiques; les seules différences un peu notables qu'on puisse signaler sont des traits plus anguleux et une couleur moins foncée de la peau, à mesure qu'on avance dans l'intérieur. Quant aux différences morales, elles sont en raison de la différence de position par rapport aux blancs, c’est-a-dire assez sensibles dans la forme et nulles au fond. Polyamie, fétichisme grnssier, instinct rusé u sauvage, cupidité adroite, tels sont les principaux traits chez tous. L'énergie et le goût du travail tendent à diminuer généralement et finiraient par disparaître tout à fait si l'on ne sc hâtait d’v porter remède. La femme, comme dans la plupart des peuplades noires de l'Afrique et de l’Océanie, vit dans un état presque complet d’abjection, et c’est sur elle que pèsent tous les travaux pénibles de la famille. — En moyenne, on peut compter une population de deux cents individus dans chaque village des bords de la rivière Gômo, ce qui donnerait pour toute cette région un total de dix à douze mille âmes. D'ailleurs point de gouvernement régulier; dans chaque village, un chef qui parait jouir d’une autorité assez restreinte et transmissible par hérédité : autant de républiques en un mot qu’il y a de villages. Les M’Pongos, voisins de la mer, ont été unis par une communauté d’intérêts et I intelligence de quelques-uns de leurs cliefs. Les Roulous le sont beaucoup moins; et quant aux Bakalais, sans être précisément en guerre les uns avec les autres, ils sont presque tous sur le pied d’une défiance continuelle, à cause du mouvemeut qui pousse chacun sur son voisin et menace incessamment

GUINÉE

de le déplacer. Les haines les plus vives sont celtes qui existent entre les villages appelés à servir momentanément de limites entre deux peuples; et, chose curieuse, tandis que ceux-là eu viennent fréquemment aux mains, ceux qui vivent un peu plus loin ont des relations continuelles de commerce.

« L'industrie de ces peuples, dit encore M. Pigeard , dont la mobilité a été continuelle et la principale occupation la guerre pendant de longues années, a dil se tourner presque uniquement vers les moyens de vivre immédiatement dans un lieu donné et de s'y défendre. Un incendie de quelques mètres carrés leur a préparé le terrain; des palmiers, des bois d’un travail aisé, leur ont assuré des cases légères, qu’ils pouvaient construire en peu de jours , et la presence du fer presque à l'état natif sur beaucoup de points leur a donné des armes et quelques instruments nécessaires à leurs besoins.

C’est vainement que l’on cherche chez ceux qui ne connaissent pas les blancs ces petits raffinements de bien-être qu’on a trouvés, dès la découverte, chez tant de peuplades sauvages de l'Océanie et du nouveau monde. Tout semble se ressentird’une paresse naturel le tres-grande et de la nécessité de cette existence nomade. » — L’industrie manuelle consiste doneexelusivementen quelques produits primitifs indispensables, comme pirogues grossières , filets , nattes passablement travaillées, et un certain nombre d’armes en fer que fabriquent surtout les Pahouins et les Bakalais. J’ajouterai encore la pêche, où ces noirs se montrent assez adroits; la chasse aux éléphants, aux sangliers et aux bœufs sauvages, et la confection de quelques vases de terre très-communs , qui n’exigent presque aucun travail de manipulation , si l’on considère que partout se trouve une argile parfaitement pure de matières calcaires, qui durcit rapidement au soleil. — Quant à l’industrie agricole, il suffit d’en citer les rares produits pour faire connaître les travaux qu’ils nécessitent : des bananes et des racines de taro , ignames, manioc, etc.

Mais si les habitants ne demandent rien a cette terre fertile, il est juste de signaler les produits naturels que l’on y rencontre et son analogie avec des

25* Livraison. (Guinée.)

terres voisines très-riches, pour que l’on puissejugerpareequi est de ce qui pourraitêtre.Lacanneà sucre croît spontanément en grande quantité sur les bords de l'affluent Cùmo, et le tabac est avantageusement cultivé par les tribus de l’intérieur. D’autre part, un court examen établit l’analogie parfaite du sol du Gabon avec celui de file du Prince située à quarante lieues dans l'ouest, et prouverait suffisamment que l’un peut être soumis avantageusement aux mêmes cultures que l’autre, si déjà des expériences faites sur le café et le cacao n’avaient constaté ce résultat. Des déboisements intelligents, et des tranchées faites convenablement dans les parties voisines de la mer, assainiront le pays en ouvrant de grands espaces à la spéculation; et plusieurs plateaux élevés demandent d’ailleurs de si faibles travaux , qu’on ne doit pas tarder davantage à les utiliser. — Les recherches consciencieuses de M. Déchamps, ingénieur d’escadre, qui accompagnait M. Pigeard dans son exploration, ont constaté , outre les richesses en bois de teinture et d’ébénisterie, la présence de matériaux précieux pour les constructions navales. — 11 reste à signaler quelques industries secondaires qui pourraient, ce semble, donner sans beaucoup de peines des produits complémentaires avantageux. Cette partie de l’Afrique centrale est peuplée d’une quantitéconsidérabledetigres, de lions , de panthères, de singes, etc., tous animaux dont les peaux sont recherchées.

Le peu d'adresse des noirs dans le maniementdes armes à feu et la petitequantité de munitions dont ils disposent les ont

S 'ici tenus éloignés oe cette spécut , dont ils ne sauraient d’ailleurs tirer qu’un médiocre parti , à cause de leur ignorance des procédés de conservation des peaux. On peut nommer de plus, en passant, les poteries, qu'il serait facile de rendre immédiatement abondantes, et qu’on ferait servir comme moyens d’échange avec l’intérieur; la construction de petits bâtiments que l'on armerait au Gabon presque avec les seuls moyens du pays, pour les vendre ensuite dans les établissements de la côte; enfin ces beaux joncs qu’on fait venir à grande peine des régions de

l’Inde, et qu’on a négligé jusqu’ici de demander aux marigots de l'intérieur, où ils abondent.

— En résumant ses observations, M. Pigcard dit qu’il a vu au Gabon tous les éléments d’un établissement utile, sous les trois points de vue qui doivent particulièrement intéresser une grande nation, savoir : commerce, politique et civilisation; soit que, le gardant tel qu’il est, on veuille seulement efl tirer tout ce qu’il peut rendre de produits actuels; soit qu’entreprenant sur le champ des travaux utiles, on veuille chercher à ajouter à ses richesses naturelles celles que donnerait infailliblement un sol vierge et favorable. « Le travail des « naturels, cette condition indispensa- « ble de réussite, et qu’il semble si dif- • licite, pour ne pas dire impossible,

« de réaliser, sera obtenu peu à peu, « en le rémunérant convenablement, en « employant la douceur et procédant

• par voie de persuasion vis-à-vis des « chefs que nos nouvelles mesures com- « merciales auront lésés. A leur premier

• étonnement succédera l’heureuse im- « pression produite par la réussite de « nos essais, impression qui les éclairera « sur leurs véritables intérêts; puis, de « proche en proche , et c’est la le résul- « tat désirable, ils voudront eux-mêmes « faire travailler, et l’œuvrederégéuéra- « tion inorale marchera progressivement, « gagnant du terrain à mesure que notre « possession s’affermira, et que ces « peuples , au lieu de voir un mal dans « notre présence , pourront en oppré- « cier la portée bienfaitrice. *

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