‹ Sénégambie et Guinée par m. Amédée TardieuChapitre 5 sur 18 · I.’CTIVIVERS · texte numérisé non relu

I.’CTIVIVERS

Le travail des tapis était fort remarquable, autant par la vivacité des couleurs que par l'égalité du tissu. Ils avaient trois largeurs, chacune de j, et une longueur de près de trois mètres. Les tapis d’herbe de couleur nankin, égalant presque la finesse de la soie , étaient composés chacun de quatre bandes d’un tiers de large , sur une longueur de trois mètres. Le roi exigea que Landolplie choisit encore quelqu'un de ces produits. Le lendemain, il quitta Bénin.

Le transport se fit avec une extrême diligence. On fit halte à moitié chemin de Gathon dans le village de (jaure, habité par neuf cents noirs. Peu de temps après son retour à Gathon, deux passadors vinrent de Bénin lui annoncer qu’il aurait à faire une déclaration de toutes les marchandises embarquées sur son bord a quarante phidors , qui ne tarderaient pas à arriver de la capitale, et qui évalueraient chaque pièce et chaque article; qu’une fois les prix fixés il n’aurait plus la facultédeles augmenter, et que cette fixation servirait de basé aux droits d’entrée qui se prélèvent en faveur du roi et des grands de son royaume. Ces droits étaient élevés : un navire à trois mâts payait plus de quinze mille francs. Voici le tarir, avec la qualité des per$on nages qui percevaient ces droits en pagnes (monnaie de deux francs) : le roi, neuf cents pagnes; le capitaine général des guerres, trois cents; vingt hommes grands, chacun cent ; quarante phidors, chacun vingt; six paladors (interprétés), chacun vingt; quarante carcadors ( espèce de porteurs), chacun dix; sans compter les divers présents. Lorsque les quarante phidors eurent terminé les estimations, on tira plusieurs coups de fusil à la porte du comptoir français, afin d’annoncer que la traite était ouverte.

Après d'assez longs débats, ou convint qu’un bel homme serait payèrent pagnes, Une belle femme quatre-vingt-dix. La traite futabondante : chaquejour, quinze îi dix-huit hommes pass, lient a bord de la Négresse, et en trois mois le capifaine Landolphe se fut complété une earaison de quatre cent dix noirs des eux sexes, et de soixante milliers d’ivoire de diverses grandeurs et grosseurs. Il payait dix sous la livre d’ivoire quand les dents pesaient moins de vingt

livres , et quinze ou vingt sous quand elles pesaient plus : c’était, comme on le voit, un bénéfice immense pour la compagnie.

Il nous dépeint la ville de Bénin comme aussi grande que l’une des plus considérables de France, et peuplée de quatrevingt mille âmps environ. Un fossé de plus de vingt pieds de largeur et de profondeur l’entourait, et les terres retirées du fossé avaient servi à former du côté de la ville un talus sur lequel était plantée une haie d’épines assez épaisse pour fermer tout passage même aux animaux.

Ce talus, fort elevé, dérobait au loin la vue des maisons; on ne les apercevait qu’en mettant le pied dans la ville. Les portes étaient très-éloignées les unes des autres, les rues extrêmement larges ; au milieu s’étendaient de verts gazons où paissaient les cabris et les moutons. A trente pieds des maisons, un chemin uni , couvert de sable , servait à la circulation. — Tous les jours un marché se tenait à Bénin, sur line place longue et large d’un quart de lieue à peu près. On l’ouvrait de onze heures a midi pour laisser le temps d’arriver aux gens de la campagne. On y voyait avec toute espèce de comestibles des marchandises a’ Europe, mousselines, indiennes, toiles de Bretagne, mouchoirs de soie, chapeaux , couteaux , ainsi qu’un grand nombre d’outils fabriqués par les Bminiens, qui travaillent très-habilement le fer et le cuivre. — Il y avait peu de maisons dans cette ville industrieuse qui n’eilt sa filature de coton ou un métier propre à faire ces beaux tapis de coton et d herbes dont je parlais tout a l’heure; le métier des tisserands beniniens est perpendiculaire, lueurs pagnes ont unie d’une aune et un tiers. Ils les teignent de diverses couleurs, toutes très-solides, les bois de teinture abondant dans leur pays. — Aux environs de la ville de Bénin s’étend une belle prairie, d’une richesse merveilleuse en plantes et en insectes , où le savant naturaliste Palisot-Beauvois fit ses plus abondantes récoltes.

C’est là qu’il trouva la Comineline douteuse ( < 'nmmelina ambigua), plante qui s’éloigne de tous les genres connus de In famille des Joncs par ses étamines de deux sortes et par les filaments soyeux placés entre les éta-

GUINEE. 3H>

mines (l); la Commeline équinoxiale ( C. æquinociialis ) ; le Souchet à fleurs distantes ( Cyperus distans ), dont les Nègres retirent les fibres pour en faire des ficelle (2); la KUlingieen ombelle ( Kit-

(i)« Outre les caractères particuliers à cette « plante, et qui semblent devoir en faire un uou-

- veau genre, elle est remarquable par sa tige, a qui parait prolifère. Elle s'élève à la hauteur « de trois k quatre pieds. Elle est interrompue « de distance en distance par des faisceaux de U sept à huit feuilles, dont les deux plus exté- •« Heures, élargies et engainantes à leur base,

« font l'office de spathe. Du milieu dt? ces fais- « ceaux de feuilleta lige se continue jusqu'à ce « que, parvenue à sa plus grande hauteur, elle « se termine par un épi grêle, simple, et garni « de petites fleurs alternes d'un bleu violet. »

(a) " Cette plante, qui se trouve aussi m dans d’autres régions de l’Afrique, au Ma- « labar et dans les i les d’Amérique , est re- « marquable par la disposition de ses fleurs,

« tres-dislantes les unes des autres. La paillette « de ehaque fleur est membraneuse des deux « côtés et pliée en deux portions égales. Cha- * que épi des ombellules est garni à sa base de « deux paillettes presque opposées, et que, sui- « vant l'opinion de M. de Jussieu, on peut ente visager comme deux paillettes vides ou deux « fleurs avortées. Cette plante n’est pas aussi « abondante au Bénin que plusieurs autres espè- « ces de souchets, dout les libres d’ailleurs sout « plus fortes et plus propres à l’usage qu’en « font les Nègres. Celle qu’ils emploient le plus « est XHypalylre des bois (Uypalylrum ne ma * « rum).lls en tordent les libres eu les roulant sur « leurs genoux avec la main et à plusieurs repri- « ses, jusqu’à ce que les fibres restent tendues « sau s se dérouler. Cette espece croit en abon- « dance sur les bords du fleuve Formose.Elle pa- « mit être la même que le Béera Kuida de Vüor- « tus Matabaricus (vol. XII, p. 109, tab. 58 ). n Yan Kbeede ue donne aucun détail sur celte « plante ; il s’étonne seulement que les Indiens

- ne l’emploient pas comme médicament.

« Elle n’entre pas non plus parmi les méditt camcnls des nègres de Bénin et du royaume n d’Oware. Il faut mentionner encore, parmi «1 les espèces de souchets qu’on trouve au Be- « niu, la Kiltingie bulbeuse [KiUingia bulbosa ), « qui croit surtout sur le bord des eaux salées, « et la Ktllingie globuleuse (À. globosa ), qui « parait commune aux deux mondes sous les •• tropiques. Ses racines, traçantes, fortes et « nombreuses, produisent jusqu’à vingt ou « trente chaumes réunis en buisson. Ces chau- « mes sont droits, simples, lermiués par une télé « ronde , composés d’un ainas de fleurs et

lingia umbellata), qu’ils emploient au même usage; Y ttoslundie à feu Mrs opposées ( J/ostundia oppositifotia , de la familledes Labiées) ; le Patarin mucronè Poa miicronata ), grarnen qui s’élève

la hauteur de troisl quatre pieds (1);

1 ’Opllsméne d'. Afrique ( OpHsmenu s À fric anus ) ; le Manisure a plusieurs épis ( Mani suris polijstachia), autres espèces de graminées (J); la Carmentine élégante (Justicia elegans , de la famille des Aeanthacées ); la Tragie pédoneulèc ( Tragia peduncidala ) ; fe Croton lobé ( Croton lobalum ), comme la plante précédente, de la famille des Euphorbes f3). — Sur les bords de la rivière qui conduit à Gathon, Palisot-Beauvois observa eu grande quantité le ftotang à fleurs secondaires ( Calamus secun-

« soutenus par trois ou quatre folioles iué- « gales, courteset trcs-scssiles .Cette plante est « remarquable par ses feuilles , qui ne sont à « proprement parler que des gaines étagées,

« et qui ne se détachent point du chaume. »

(r) « Ses feuilles sont lancéolées, oblongues, garnies au centre d'une côte principale, accompagnée de chaque côté de quatre ou ciuq nervures longitudinales uuies par de trèspetites nervures transversales, plus fines, alternes . et formant un réseau composé de mailles oblongues et irrégulières. Cette espece est principalement remarquable par la pointe qui termine lea valves, et qui est une continuité de la côte dorsale. »

(a) « VOplismine <î MJ ri que a beaucoup de ressemblance avec le Panicum Uistelium des auteurs et avec le Panicum loliaceum de Lamarck. Elle difTère du premier par ses feuilles, qui ne sont point ondulées, du second par ses fleurs , non géminées , et des deux par le bouquet de poils que portent les fleurs et leurs pédoqcules. »

• Le Manisure à plusieurs épis a beaucoup de rapports avec le Manisure queue de souris ( Mnnisuris mjuros). Elle n’en est peut-être qu’une variété, mais u ne variété bien rcmaruable. Elle diffère principalement par scs pis, qui sont deux ou trois fois plus nombreux. Elle s élève à la hauteur de 0,4*7 4 o,45i millimètres. »

* (3) « Le Croton lobé, qui croit aussi dans

le royaume d’Oware, est remarquable par Tiuvolucre de ses fleurs femelles, profondément divisées en cinq portions égales, par ses trois styles, surmontés cbaeun de cinq stigmates, et par ses feuilles, dont le» supérieures sont h trois lobes et les inférieures a nnq. »

L’UNIVF.RS.

diflorus ), arbuste de la famille des Palmiers qui s’élève tout au plus à la hauteur de dix à douze pieds. » A l'aide des « fortes épines qui garnissent l’extré- « mité nue de ses feuilles , il s’accroche « à tous les corps environnants, les « feuilles mêmes qui pendent jusqu'à « terre s’entortillent entre elles de ma-

* nière que chaque arbuste forme à lui « seul un buisson impénétrable à toute « espèce de gros animaux. Les fruits « sont trop petits pour avoir attiré l'at- <> tention des naturels du pays. Mais

* peut-être pourrait-on extraire, soit du « tronc de l’arbre, soit de ses fruits, « comme on le fait du Raphia, une li- ■ queur agréable. Dans une contrée où « l’industrie de l’homme sait mettre tout « à profit , cet arbuste serait employé , « ou vert ou sec, à former des clôtures

* propres à garantir les habitations et « les plantations ; mais à Bénin, dont les « habitants ne sont que peu civilisés, on « n’en fait aucun usage : il ne sert que « de barrière et de rempart naturel aux « termes , aux fourmis , aux çuêpes et « à d’autres petits animaux qui se réfu- « gient sous son iinpéuetrable et bien- « faisant ombrage pour échapper à leurs « nombreux ennemis (I). » Le Myrianthe en arbre ( Myriunfhu. * arboreus, de la famille des Cucurbitacees ) croit aussi dans les environs de Gathon ; mais les habitants ne paraissent faire également aucun usage du fruit de cet arbre. Tous ceux que Palisot-Beauvois interrogea à ce sujet ne purent même lui en dire le nom indigène. Sans doute il ne sert qu’à la nourriture des singes, des rats palmistes et des oiseaux (2). Il trouva

(i) « Les feuilles de cet arbuste, en y comprenant les extrémités nues, sont quelquefois de la longueur de deux mètres et demi à trois mètres. Les folioles sont remarquables par leur marge épineuse; elles sout garnies de plusieurs rôles, dont trois plus saillantes à Ja surface supérieure sont garnies d’épines blanchâtres à la base, presque noires au sommet, et semblables à celles de la marge. »

(a) « Il ne s’élève pas plus haut qu’un « pommier ordinaire, mais ses brandies sont « moins ramassées. Les particules des fleurs « miles sont Ire s-larei , divisées et suhdi- « visées. Les fleurs naissent a l’extrémité de « ces divisions , qui (tarait enflée et comme . charnue ; elles sont tres-petiles et portent au

aussi dans des Beux un peu élevés, aérés et dégarnis de bois , la f'enlenatt glauque (I enlenalia ylauca) , joli arbrisseau ue la famille des Tiliacées, qui le frappa par la beauté de son port et l’éclat de sa couleur. Les nègres qui l’accompagnaient ne l’avaient jamais remarquée: ses Heurs, d’un beau rouge carmin, ont les pétales agréablement veinés. Ses feuilles sont couvertes en dessus d’une espèce de gluten glauque, qui devient presque pulvérulent dans l’ébat de sécheresse. Le Pa rida ng lustre (Pandanus candelabrum) croit en abondance dans les lieux découverts et inondés sur les bords du fleuve Formose, à peu de distance de Gathon : c'est un arbrisseau au tronc nu , dont les rameaux toujours dirigés horizontalement sont chargés à leurs extrémités de feuilles, de fleurs ou de fruits et relevés comme les branches d’un lustre, et dont l’odeur suave qu’il répand dans le temps de la floraison sert a corriger les exhalaisons infectes du fleuve. Les rats palmistes, et en général les animaux de la famille des rougeurs, sont très-friands de son fruit.

En descendant la rivière , le capitaine Landolphe espérait sortir avant le retour de la mauvaise saison, qui, d'ordinaire, s’y fait sentir à la (in de mai ou dans les premiers jours de juin. Dès le 15 mai il était près de la barre ; il mit à la voile . et contre toute attente il observa que les vents au large régnaient dans le sudouest. Il n’eut d’autre parti à prendre que de louvoyer sur les barres ; il échoua a l’une des premières. Les eaux basses ne lui donnèrent que neuf pieds d’eau, et le bâtiment en tirait dix. La mer étant heureusement assez belle, il fut remis à (lot

* plut deux millimètre* de longueur (environ « une ligne). I,es feuilles sont composées de « six folioles inégales : La plus longue surpasse « le pétiole de prés d’un tiers; la plus petite « qui occupe le centre n’égale pas les deux « tiers de la précédente. » Comme P. Reativois trouva cet arbre en avril et en mai, époque oit la floraison est déjà très-avancée dans ces contrées et où la fructification commence à lui succéder, aucun des individus qu’il eut occasion d’observer ne portait de fleur femelle assez bien conservée pour qu’il put indiquer ses caractères. ( La floraison commence au Item n communément en décembre; elle rat eu pleine force en janvier et en lévrier.)

à la marée haute. Il rentra dans la rivière, et vint mouiller par quinze pieds d'eau. Le jour suivant il tenta une nouvelle sortie en appareillant avec toutes les voiles dehors. Il se croyait en sûreté quand tout à coup le navire' échoua de nouveau sur le sommet de la seconde barre. \s naufrage paraissait inévitable, quand le llux par bonheur vint encore relever le bâtiment pour le rendre au fleuve.

Voyant le lendemain les vents fixés au large dans le sud et le sud-ouest , Landolphe dut se décider a remonter la rivière jusqu'à la rade de Régio pour y attendre le retour de la belle saison", c’est-à-dire le mois de novembre. Il était dans les plus vives inquiétudes, ayant à bord tant de nègres et avant déjà perdu par les lièvres le tiers de ses officiers et de ses matelots. C’est alors que le roi d’Owhère , apprenant qu’il n’avait pu franchir la barre, dépêcha son capitaine de guerre, nommé Okro, pour le rassurer sur l’approvisionnement de son navire; bientôt en effet il lui envoya deux pirogues chargées de mille ignames. Landolphelesachetaavec empressement, car ses nègres en consommaient chaque jour deux cents. De plus, le roi le faisait prévenir qu’il pouvait compter sur cent milliers d'ignames, sur des figues, des bananes, des cocos, des poules, des moutons, en aussi grande quantité qu’il le souhaiterait, et que, si le payement le gênait il lui avancerait volontiers mille pièces de diverses marchandises. Landolphe ne revenait pas de trouver des procédés si généreux chez un peuple qu'on dépeignait en Europe comme anthropophage. Il fut convenu aussi qu’une des pirogues du roi arborerait le pavillon du capitaine, pour qu’il la reconnût à l’avenir. Quelques jours après, un matin, de très-bonne heure, cinq grandes pirogues, portant chacune divers pavillons et montées par plus de deux cents hommes , s’approchèrent de la Négresse. Soupçonnant des projets hostiles , le capitaine leur fit tirer un coup de canon à boulet en avant des pirogues. Aussitôt la plus grande se détacha des autres ; elle portait plus de cent hommes bien armés de satires et 4® fusils, et quelques-uns de pistolets ; elle était munie en outre de vingt pierriers montés sur pivots, et par SI* Livraison. (Guiîskb.)

devant se trouvait un jeu d’orgues en cuivre armé de sept petits canons en forme d’espingoles, que I-andolphe voyait pour la première fois. Le commandant monta à bord; il déclara qu'on l’appelait vulgairement Rélé-Bélé (ce qui signifie bossu par devant et par derrière), mais que son vrai nom était Oueffo ; qu’il était chef d'une grande famille Jo, et toujours arinéen guerre;que le sachant Français, et protégé par le roi de Bénin, il venait contracter amitié avec lui, et l’assurer contre toute insulte dans la rivière. Cétait une espèce de polichinelle de quarante-cinq à cinquante ans, de la taille de. cinq pieds un ou deux pouces, très-fort malgré ses jambes grêles, ayant les yeux étincelants, et le visage plus noir que" l’ébène de son pays. Il avait la réputation d’un grand guerrier ; sa bravoure était à toute épreuve, et ses subordonnés ne lui parlaient jamais qu'un genou en terre ; ceux qui l’accompagnaient avaient tous sur le corps une pagne bleue , sur la tête une espèce de calotte de peau de tigre, et au côté un couteau flamand à gaine. Par la suite , Landolphe apprit que ce chef était un des brigands les plus redoutés de la rivière; qu’il avait enlevé plusieurs vaisseaux anglaisât un notamment dont le capitaine dans uu moment de fureur l’avait frappé. Oueffo avait juré sur sa fétiche qu’il se vengerait; et en effet il avait excité une révolte des nègres à bord du vaisseau anglais, s’en était emparé, avait massacré tout l’équipage. puis vendu dans le Calebar les nègres qui l'avaient aidé. Grâce asesdispositions énergiques , Landolphe ne fut pasinquiété. Cependant les provisions lui arrivaient en abondance ; c ctaientdu poisson frais et salé, des ignames, bananes , cocos , des bœufs , des moutons, des cabris, des cochons, des chevreuils, poules, pigeons, perdrix, pintades sauvages, œufs, etc. On lui apportait aussi deux ou trois fois la semaine une prodigieuse quantité d'oranges, de citrons et d'ananas, li éprouva que le jus de citron mêle à l’eau était un excellent antiputride dans cette contrée si malsaine.

On sait que le terrain y est plat, marécageux et couvert d’épaisses forêts. Les pluies y tombent par torrents en juin, juillet, août et septembre; elles ne cessent qu’en octobre ou novembre, époque

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du retour de la belle saison. Pendant ce tiers de l’année ou peut dire avec vérité que tout le pays à plus de cent lieues reste sous 1 eau. Vers la mi-octobre, Landolplie put franchir les barres, et fit voile pour le Cap-Français.

Dans son quatrième voyage au Benin , en janvier 1783, il éprouva encore les mêmes retards. Le roi consentait à lui avancer les deux mille pièces de marchandises dont il avait besoin pour nourrir paréchange les quatre cents individus qu’il avait à bord, à condition que son navire remonterait le neuve jusque dans la rade de Gathon; mais sachant que cette rade est mortelle aux F.uropeens, a cause des exhalaisons d’une grande forêt marécageuse, qui entoure ce premier village du Bénin, il s’y refusa, et aima mieux répondre à l'invitation du roi d’Owhèrede se laisser conduire dans la rivière d'Ovrbère et d’aller mouiller devant la maison même du roi, quoiqu’il ne fûtguère prudent de se livrer eotreles mains d’un peuple inconnu et réputé féroce. Quarante pirogues de même grandeur, montées chacune de vingt à trente hommes, commencèrent à remorquer la Charmante Louise. Elles s’avancaient sur trois lignes, les noirs chantaient et pagayaient en mesure; le bâtiment ainsi remorqué faisait plus d’une lieueet demie à l’heure. Deux officiers dans les deux premières pirogues jetaient la sonde.

En quittant la haie de Regio, ils entrèrent à gauche dans une grande rivière, coulant au sud-est et au sud-sud-est. On y trouva huit, dix et douze brasses ; ses eaux étaient excellentes ; il n'y avait ni roches, ni bancs de sable ; de beaux bois couvraient ses bords , et les branches, en avançant sur la rivière et en accrochant les vergues, gênaient seules la navigation. De là, on passa dans une autre rivière, aussi large et aussi profonde , que les Nègres appellent la rivière Jabou. Elle se dirigeait de l’est-sud-est à l’ouest-nordourst; son courant, fort rapide, ne s’arrêtait pasù la marée. Après l’avoir parcouru pendant huit lieues environ, ils la quittèrent pour naviguer sur un bras où elle perd son nom. On suivit ensuite le fleuve de Borodo , espèce de lac, large de plus de deux lieues, et profond dans le milieu de vingt à vingt-cinq brasses. Les pirogues avaient beaucoupde peine à remon-

ter contre le courant. La direction de ce courant à l’ouest donna lieu de présumer a Latidolphe que l’embouchure de ce fleuve, dans la même direction que celle de la rivière Formose, est à la mer : on ne sentait pas alors de marée. On gouverna durant plusieurs heures à l’est ; puis , on sortit de la rivière de Borodo pour entrer à droite dans une autre beaucoup moins large, nommée etite rivière d’Ow/ière. De beaux arres ombrageaient ses rives. Elle coulait au sud-est, sur un fond de douze brasses. Aprèsavoir faitunedizainede lieues, ils naviguèrent sur un autre cours d'eau, encore très-large et très-profond n’ayant pas moins de trente à quarante brasses, et où leconrant était tres-violent Il parut au capitaine Landolphe que le flux, quoique inaperçu, et malgré l’extrême rapidité des courants, occasionnait une crue d’eau. Il prit l’heure de la marre exactement sur celle du flux de la rivière Formose, dont le courant est moins violent, et demeura convaincu que si la marée ne se laissait point observer il fallait en attribuer la cause aux pluies abondantes qui tombaient continuellement depuis un mois. Enfin , ayaiil encore navigué pendant deux heures vers le sud-est, ils furent portés sur un canal devant la demeure du roi d’Owhère. On mouilla par quatre brasses d’eau. La ville A'Owhère renfermait alors douze à quinze mille âmes. Aussitôt que le bâtiment fut amarré, Landolphe ordonna qu'on tirât vingt et uncoups de canon en l'honneur du roi, qui fit répondre par autant de coups de picrriers. Il lui fut fait le meilleur accueil ; ou conduisit les noirs qui composaient sa cargaison dans les villages des environs, où ils furent répartis dans les maisons. Deux des gens du roi allaient tous les jours à la chasse et deux autres à la pêche, et chaque matin ils apportaient au capitaine plus de gibier et de poisson que les hommes n’én pouvaient consommer. Presque tous les jours Landolphe allait voir le roi ; dans un de ses entretiens, il lui communiqua son projet de commerce et d’établissement d«ns ses États ; le roi répondit, à sa demande d’élever un fort à l’embouchure de la rivière Formose, que cet établissement devant être permanent , il lui faudrait consulter les gouverneurs

GUIKÉfc.

des provinces de son royaume et convoquer même une assemblée de la nation; que pour lui il était très-favorablement disposé à ce projet , mais què l’examen d’une affaire aussi importante exigeait du temps. Landolphe resta à Owhère jusqu’à la fin d'août; il profita de son séjour pour bien reconnaître les environs de la ville. Le terraiu est tresferlile, les ananas y viennent sans cul tare. Ou y trouve en prodigieuse abondance des orauges, des citrons, des melons, des giraumons. Le pourpier croît dans les rues. L’oseille, les épinards sauvages et d’autres légumes y sont aussi fort communs. Les matelots en mettaient beaucoup dans leur soupe, et Landolphe pense ne cela dut contribuer à les préserver u scorbut. Les forêts fournissent aussi les bois de teinture les plus précieux (1). —

(l) A ce propos, je crois utile d'indiquer quelles sont tes principales espèces recueillies par Palisol-Beauvois eu différents lieux du royaume d’Oware. Il signale comme trèsabondante, sur le bord des rivières qui coupent le terraiu voisin de la mer, la Rapide vini/cre ( Raphia vintfera , de la famille des Palmiers ). C’est un arbre de moyenne grandeur, doul les feuilles à folioles puînées et épineuses ont de six à sept pieds et plus de haut. Les régimes du fruit ou spadix sont également très-grands. P. Beauvois en vit de plu> de quatre pieds ■ de haut et tellement chargés de fruit, qu'un homme avait de ta peine à en porter un. C’est une des productions les plus comniuues et en même temps les plus utiles de ces contrées. Le tronc sert à former la carcasse des habitations. Les feuilles disposées arti*lemeut en plusieurs faisceaux , apres qu'on a tourne les folioles d'un seul côté, sont placées alternativement et eutuilées comme les hottes dont se servent les couvreurs de chaume en Europe. Elles composent les cotés et la couverture, et de* viennent très* solides par la précaution qu’ont les naturels d’attacher les folioles avec des lianes pour que le veut ne les soulève pas. Ces sortes de cases forment de bons et sûrs abris contre les pluies et les ardeurs du soleil; mais en même temps elles servent de repaire à des quantités de gros rais, de vipères et de couleuvres, lesquelles du reste donnent sans cesse la chasse aux rats. Avant d'employer le tronc des rapides, les Nègres en retirent pendant plusieurs jours une liqueur blanchâtre tirant un peu sur le gris de lin, espece de vin de palme qu’ils nomment ùour-

Pour prix de sa magnifique et généreuse hospitalité, le roi d’Owbère demanda

don. Celte boissou u est pas tout à fait aussi douce que le vin de palme ordinaire; mais elle contient nue plus grande quantité d’esprit. Les Nègres la préfèrent pour cela, et aussi parce qu’ils peuvent la recueillir sans danger. Les fruits de cet arbre précieux servent eucore à faire une hoUsou pareiile, mais de seconde qualité. Ils ramassent chaque mois de l annee de grandes quantités de ces fruits, et après les avoir dépouillé* de leur enveloppe écailleuse ils laissent fermenter les amandes et eu retirent une liqueur plus colorée, plus savoureuse, qui se garde plus longtemps et qui les enivre connue ferait Veau-de-vie. — La Spermacocée serrulée ( Spermacoce serrulata , de la famille, des Ruhiacees ) croit à l’embouchure du fleuve Forinose. Outre les caractères particuliers à celte espece, on la distingue encore par des points enfoncés, placés irrégulièrement en dessous des feuilles et qui produisent de petites éminences à la surface supérieure. — La Sierculie acuminée ( Starculia acuminatay de la famille des Maïvacèes ) croit sur les bords de la mer eL aussi dan» l’intérieur du royaume d’Oware. « Celle espèce, dit Palisol-Beauvois daus une longue note critique que je crois devoir reproduire, oflre un caractère très-particulier, une disparate qui se trouve rareineut parmi les plantes d’un même genre et d’une même famille. Le nombre des divisions du calice ou de la corolle est ordiuairement égal, double, triple ou quadruple de celui des autres organes de la fleur; niais daus la stcrculie acuminée le calice porte six divisious, lorsque les anthères, au nombre de dix ou de vingt , forment le double ou le quadruple de ciuq et que les capsules sont eucore au nombre de cinq. — L'amande est d'un rouge tendre, tirant un neu sur le violet; ou la nomme dans le pays kola ou cola. Les aucicii» botanistes, sans doute d’après les voyageurs , ont fait mention d’un fruit nonuué cola , qui, discut-ils, a un peu la forme d’une pomme de pin et dont les semeures ressemblent à des châtaignes. Gaspard Bauhin, dans son Pinax , le décrit ainsi d'après la Description du royaume de Congo de Pigafetta . •« Palm te <fiiarum fructus cola dicitur ; nuci pincœ majori similis , pulpa quadruplici in tus colore rubicundo , c as tanea forma , conta uns. - J. Bauhin, dans son Histoire des plantes , décrit les propriétés du co/a, qu’il désigne ainsi ; Cola fructus ad sitttto (vol. I, p. aio)-Ces propriétés sont eu partie le» mêmes que celles du cola que je décris. M. de Larnai ck, dans le Dictionnaire en -

L’UNIVERS

seulement à Lnndolphe de vouloir bien prendre sur son navire le prince Bou-

cyelopédique , parle du kola ou cola : C’est, dit-il , le fruit d’uu arbre qui croit dans la Guinée, et qui n'est pas encore connu des botanistes y quoique mentionné depuis long* temps par les voyageurs, comme précieux et tort estimé dans le pays. Enfin on lit dans Y Histoire des voyages de l'abbé Prévost et de Laharpe les détails qui suivent : « Le gola ou kola croit dans l’intérieur des terres... Les Nègres U mâchent ( il est question des Nègres de Sierra-Leone ) , avec l’écorce d’un certain arbre... Ils le mâchent le* uns après les autres, en se le faisant passer tour à tour... Ils le croient excellent pour la conservation des dents et des gencives. Les chevaux n'ont pas Us dents plus fortes que la plupart des Nègres . Ce fruit leur sert de monnaie courante, et le pays n’en a point d’autre.... On fait tant de cas du cola, parmi les Nègres, que dix noix sont un présent digue des plus grands rois. Après en avoir mâché, l’eau la plus commune prend le goût de vin blanc et parait mélée de sucre; le tabac même en tire une odeur singulière... Mais ce n’est pas le peuple qui peut se procurer ce ragoût si délicieux ; car cinquante noix suffisent pour acheter une femme. » Rarbol décrit aussi cet arbre et lui donne le nom de Frogole.... - Il est d’une hauteur moyenne , la circonférence du tronc est de cinq à six pieds; le fruit ressemble aux châtaignes et croît en pelotons de dix à douze noix , dont quatre ou cinq sont sous la même coque... le dehors de chaque noix est rouge avec quelque mélange de bleu ; si elle est coupée, le dedans parait d’un violet foncé. Les Nègres et les Portugais en demaudent sans cesse, comme les Indiens demandent de leur arak ou noix d’Areka et de leur bétel ( U'ist . des voyage s vol. XXII, p.ag3).» Il n’y a pas de doute, ajoute Pahsot-Reau vois, que la sterculie a cuminèe, dont le fruit et les amandes ressemblent à ceux du cola dans la description des anciens voyageurs et botanistes , qui croit à Oware, où elle porte ce même nom de kola , et dont les propriétés sout à peu près les mêmes , ne soit le kola ou cola mentionné dans les ouvrages des deux Rauhin et de Lama rck ; mais je dois rejeter le merveilleux qu’on lui a attribué. J’ignore si à Sierra-Leone ce fruit a été et s'il est encore aussi précieux que le prétend l’auteur de Y Histoire des voyages ; si dans ce pays il sert unique-

ment de monnaie, et si le* Nègres, qui partout ailleurs ne vendent leurs esclaves que pour des marchandises européennes, dont ils se sont fait uu objet de première nécessité.

dakan , le seul noir qui eût désiré passer en France pour y apprendre la langue

les prisent assez peu à Sierra-Leone pour changer une femme contre cinquante noix de kola; enfin j'ignore si dans cette partie de l’Afrique les cauris ( petit coquillage de la jamille des Cyprœa ) ne sont pas, comme dans tout le reste, 1a seule petite monnaie courante; mais je suis assuré qu'à Oware et à Renin le kola , estimé en raison de la propriété qu’il a de faire trouver bonne l’eau la plus commune après qu’on a mâché de ce fruit, n’est ni aussi précieux ni aussi recherché qu'ou a voulu le faire croire. Si nous jugeons de tous ces détails par l’exagération avec laquelle on donne aux Nègres de Sierra-Leone des dents plus fortes que celles des chevaux , nous desons les regarder comme très-apocryphes.

Pour rectifier tout ce qui concerne le kola, je dirai ce que j'ai vu et éprouvé par moimème. Les Nègres d’Oware mangent ce fruit avec une sorte de délires avant leurs rejias , non pas à cause de son bon goût, puisqu’il laisse dans la bouche une sorte d’âpreté acide , mais en raison de la propriété qu'il a de faire trouver bon tout ce que l’on mange après en avoir mâché. C’est surtout sur les différentes liqueurs, et principalement sur l’eau, que cet effet se manifeste d’une manière sensible. Si avant d’en boire ou a mâché du kola, elle acquiert une saveur des plus agréables ; mais cet effet ne dure qu’autant que l'intérieur de la bouche est empreint de cette arrêté qu’y laisse le kola. Les naturels ne mâchent pas la même noix alternativement; elle n'est ui assez rare ni assez précieuse ; le cas qu’ils en font est bien éloigne de celui que suppose l'auteur de Y Histoire des voyages. J’en ai échangé plusieurs fois 10 ou 3o pour une poignée ae cauris dont deux ou trois tonnes pleines n’eussent pas payé la femme la moins parfaite. » ( Flore d' Oware et de Bénin , L I*r, p. 4 1-43. ) — La Pteris cornue (Pteris cornuta) est une espèce de la famille des Fougères , qu’on trouve en abondaure dans le royaume d'Oware, dans les eaux salées, non loin des bords de la mer, mais qui est restée sans usages ni nom indigène connus. — Dans le fond humide d’un terrain boisé nouvellement défricJié , sur la rive gauche du fleuve Formose , près de l'établissement français, Palisot-Reauvois trouva la Melaslome couchée ( Mêlas toma decumbens ), belle plante aux larges pétales. —

Androgynette grimpante ( Stachygynan * drum scandens ) : ce joli Uropode croit sur les bords d’une branche du fleuve Formose, que les Anglais eut nommée New-Town Hiver, et qui conduit à la ville d’Oware, à ta

GUINÉE

et 1rs coutumes françaises. Landolphe le croyait (iis du roi ; mais ii apprit long-

distance de sept à huit myriamètres à peu près de la mer. Il s’élève en tournant autour des plus gros arbres à la hauteur de trois à quatre pieds. Il a beaucoup de ressemblance avec le S tac U ygyn andrum plumosum et autres espèces voisines, mais il en diffère essentiellement par ses tiges grimpantes, par la forme de ses feuilles et par la régularité de ses rameaux. — À l'entrée de cette même branche du fleuve Formose , P. Beauvois trouva la Qui squale sans bractée ( Quiscjualis ebracteata ), espèce de la famille des Onagres , tres dUTérente de l’espèce décrite par Rumphius , en ce quelle manque de bractées, et de celle qu’a décrite Bunnanti , plante aux rameaux pube&cenls , aux feuilles et aux fleurs opposées. Cette espèce, ajoute P. Beauvois, est nouvelle et forme la Troisième du genre. On pourrait les désigner ainsi : Qui squalis Indi-

en , glabra , floribus bradent is , fol iis al ternis , et oppositis ( Kumph , Amb., V, p. 71 , tab. 38). a° Quiscjualis pubesceiu , rami teretes , pubescentes , Joliis oppositis , cor datis , floribus bracteatis , oppositis ( Burin., Jnd. , tab. 35 , fig. a ). 3° Quiscjualis ebracteata , caulis ramosus , debilis ; folia ovato oblonga , acuminata , alterna , inter dum opposite , inferioribtts mi non bus et rotundiorihus ; flores spicati , longissimi , terminales et axillares ; bracteœ nulle: . — Aux alentours du même fleuve, on rencontre la Gre wie à feuilles de charme ( Grewia carpinifolia ), plante de la famille des Tiliacées ; la fVcdélie d’ A fricjue ( Wedelia A f ricana de la famille des Corymbifères ; le Struchium (T Afrique ( Sir. Africanum ), niante de la même famille, l’une de celles qu emploient les naturels pour guérir leurs plaies. Ils broient les feuilles et les tiges à cet effet. Mais P. Beauvois vil ce remède agir très-lentement et d’une manière à peiue sensible sur les plaies de blancs qui en avaient essayé. — Une autre plante dout les Nègres font le meme usage, et qui croît dans les memes lieux, est la Cryphiospermc rampante ( Cryphiospermum repens , de la famille des Chicoracèes ). — Dans le lit même du fleuve , là où le courant est peu rapide et même presque nul , abonde , mêlée avec YAzolla et la Pistia , la Pontéderie nageante ( Pontederia notons , de la famille des Narcisses ).

Près de la ville d’Oware, P. Beauvois recueillit, entre autres espèces intéressantes, la Céranthire à feuilles presque entières ( Celant liera subintegrifoha, de la famille des Atedarachs ) ; le Clerodendron grimpant ( clerodendron scandent) , espèce plus élevée et plus

temps après qu’il était fils d'une sœur de ce prince ; il s’engagea à lui procurer une

forte que le Clerodendrum volubile ; ses feuilles et ses fleurs sont aussi plus grandes ; le calice est large, ouvert et coloré, la corolle agréablement variée de blanc et de rouge , les étamines très-longues, ainsi que le pistil. — Dans l'intérieurdcs terres , parmi les bois, est répandue en abondance YAspide presque quia que fuie , fougere remarquable par son feuillage divisé en trois, dont les divisions latérales sont garnies extérieurement d’une pinnute plus longue, ce qui fait paraître la plante presque quinquéfide ; l’ invol acre, indusium , tombe de bonne heure, de sorte que si l’on examine uu individu un peu avaucé, 011 peut le prendre pour uu Polypode. Les fructifications sont posées au milieu d’une nervure qui jamais 11e se bifurque à son sommet, comine les nervures stériles; elles sout disposées sur deux rangs , trois de chaque côté de chaque lobe. — Dans les bois secs et élevés , P. Beauvois distingua aussi le Sainfoin lasiocarpe ( Ht disarum lasiocarpum ) , arbrisseau de la famille d es Légumineuses t remarquable par ses épis et ses fruits très-velus et comme hérissés , et par les deux petites folioles en forme de stipules placées au sommet du pétiole et qui semblent tenir lieu de deux folioles, ce qui rendrait les feuilles ternées, comme dans beaucoup d'espèces de ce genre, et l’Ormocarpe verruqueuse ( Ormocarpum verrucosum) , arbuste de la famille des Légumineuses , dont le fruit est fortement articulé et chargé de petites verrues. — I,a Xilopie ondulée ( Xiiopia undulata, delà famille des A noues ), se distingue principalement par la forme des pétales extérieurs très-longs et élégamment ondulés à leur marge. C’est un arbuste de moyenne grandeur, qui croit en abondance dans le royaume d'Oware, et probablement dans ceux de Bénin et de Calbar, où cependant P. Beauvois ne les rencontra pas. Mais il ne se trouve que dans l’intérieur des terres, à la distance de soixaute à quatre-vingts lieues de la mer. Les naturels se servent du fruit de cette plante comme d'éptees; souvent même ils le màcbeut cru et sans le mélanger avec aucun aliment. On pourrait en faire un objet important de commerce ; il parait susceptible de remplacer a certains égards les épices que l’on fait venir à grands frais de l’Inde. Il est plus doux , sans être moins aromatique et peut-être moins ardent. Cet arbre est un de ceux que Pal isot-Beau vois indiqua au capitaine Landolphe, chargé des iotéréts de la compagnie d’Oware , comme un article avantageux de traite dans celte partie du monde, et qui.

L’UmVERS.

bonne éducation et à le ramener lui-même, ou a assurer son retour daus vingt-six ou

avec la Mani guette , que l’on ne prise peutêtre pas assez, parce qu’elle vient de moins loin, pourrait faire un objet précieux de cargaison. — Entre Oware et Buonopozo , le dernier des établissements du royaume d’Oware.il recueillit la Crustolle allongée ( Rue U lia clonga/a ) , plante de la famille des A can thacées , remarquable par les divisions du calice très-longues et presque linéaires , par le tul>e de la corolle qui est aussi très-long et par ses fleurs d’un beau bleu de ciel; le Pa • nti porte-soie. ( Panicum sctjgerum , de la famille des Graminées') { la Parafe a Oware ( Pavetta Owariensis ), plante de la famille des Rubincées , dont les Nègres négligent l'usage; la Tristemme hérissée ( Tristemma hirtum, de la famille des Mélastomes ) ; la Ç nés te oblique ( Cnestis obliqua) , et la Cncstc pinnée ( Cri, pi un ata ), deux arbustes de la famille des Térébinthecées ; la Porane acuminée ( Porana acuminata , de la famille des Convolvulacées ) ; la Sterculie hétérophjlle , arbre un peu plus élevé que la Sterculie acuminée , dont il diffère encore par les divisions du calice, au nombre de cinq seulement , et reconnaissable au beau port que lui dorment ses longues et larges feuilles; Y Anthonothe à grandes feuilles (vif ntho/iotha macrophylla ), arbrisseau dç la famdledes Légumineuses , qui vient sur le bord des rivières; la Landolphie d' Oware (Landolphin Qsvariensis ) , plante de la famille des Apocynées .*ce genre a beaucoup de ressemblance avec le Grnopogon de Forster ; mais i| y a dans le fruit des diflcrences qui ne permettent pas de les confondre. Les fleurs vont en panicules terminales. De sa base il sort souvent une division qui s’avance latérale meut. — V Eugénie efQware est un arbre de la famille des Myrtes , qui rroît dans les mêmes lieux; il est de moyenne grandeur ; ses feuilles sont ordinairement ovales, quelquefois rondes, elliptiques; elles sont remarquables par les nervures latérales disposées horizontalement et moins apparentes eti dessous. Aux enviions de Buonopozo , Palisot-Beamois rencontra entre autres plantes la Cer anthère dentée (Ceranthera de n ta ta ); la Spathodée lisse ( Spathodea lavis , de la famille des Bignonèes ) , arbre plus droit et plus élevé que la Spathodée carnpanulée , qu’il avait trouvée à trois lieues au nord de Chanta sur la Côted’Or. Il ne remarqua pas quelle répandit comme celle-ci une odeur d’ail lorsqu'on la brise. Au calice près, qui se fend par le côté comme dans lu Spathodée carnpanulée, cette espèce est très-voisine des Bignonia ; mais son

trente lunes. En effet, il lui donna à Paris des maîtres de toute sorte. Hors la

calice, ses étamines et ses autres caractères l’en éloignent. Elle est encore remarquable par ses folioles très-acuminées et garnies, vers l’extrémité, de petites dents irrégulières et sans ordre. Enfin, dans les déserts, il observa deux es|>èces remarquables de la famille des AJagn olier s : la Complue très-glabre ( Compléta glaberrima ) est un petit arbrisseau fort élégant par scs épis et la couleur de ses fleurs d’un jaune éclatant; ses feuilles ne sont pas entièrement arrêtées, la moitié inférieure de chaque côté est entière ; la Complue réticulée ( Compléta reticulala ) est moins élevée, de fleurs plus petites, de tiges et de panicules plus minces; les petites nervures latérales sont très-visibles, et font paraitie les feuilles comme réticulées. On voit, sur les feuilles de ces deux espèces, une plante aélhngame parasite: c’est un Xyloma , qui se présente sous la forme d'une petite tache noire dont le centre. relevé ressemble à un mamelon. Le CUrodendron volubile , de la famille des Cotti liers, croît aussi dans le royaume d’Oware, très-avant dans l’intérieur des terres. A une distance de près de dix myriamètres de Buonopozo, deirière le royaume de Calbar, s’élève majestueusement XOmphalocarpt géant ( Omphalocarpum procerum ) .• cet arbre, du plus beau port, monte droit à une' hauteur prodigieuse; son tronc ne commences se diviser qu'au sommet. N’ayant pas pu y atteindre et les Nègres qui l'accompagnaient ayant refusé d’y monter, Palisot-Reauvois en aLattit quelques feuilles à coups de fusil. Les fleurs naissent sur le tronc, a la hauteur de trois à quatre metres. Il n’en vit point sur les branches. Indépendamment de cette singularité, l'enveloppe de son fruit en offre une qui n’a point d’exemple dans les plantes connues : cette enveloppe est composée intérieurement d’un amas de petits corps durs, arrondis et irréuliers, formant une concrétion ligneuse sem* labié à celle dont est composée la pierre

communémentappelée/wm/fVr^; chaque partie

de cette concrétion est à pans ou à facettes inégales, blanchâtre en dedans. et susceptible de se détacher sans déchirement. La connaissance de ce genre, ajoute Palisnt-Beauvuis, rst d’autant plus précieuse, qu’elle nécessite des changements dans les caractères généraux de la lamillc des SapotiUicrs. Le nombre des écailles n'est ni égal, ni double de celui de» divisions de la corolle et des étamines ; le fruit n’est ni une baie , ni une drupe : c’est un corps solide, dur, ligneux, et qui ne s’ouvre point.

GUINÉE

lecture , qui lui paraissait extrêmement difficile , il fit dans tout de rapides progrès : il dansait avec grâce, exécutait des airs guerriers sur la clarinette, parlait le français au bout de six mois assez correctement pour être compris dans la société , et avait une belle écriture. Il était fort susceptible en ce qui touchait son rang; et lorsque dans le monde on l'ap-

Paluot-Beauvois observa aussi, dans le royai* h- d’Oware et de Bénin, diverses espèces de Champignons très-curieuses : i° le Guêpier hérissé ( Favolus hirtus) , qui croit sur le tronc et sur les branches des arbres morts , et qui par les longs poils rameux et ruides comme du crin qu'il porte à sa surface supérieure parait être le même que I ’Agaricus cinereus et sericus de Plumier; a° le Micropore poche ( Micro/sorus perula ), qui croit sur de s ieillcs souches pourries, dont le sommet relevé en entonnoir présente un côté ires-relevé et l’autre irts-petil eu forme de poche; 3° la Dœdaie Amamtuide ( Dcrdala amanitoidrs ) , espèce extrêmement intéressante par la forme des sinuosités qui couvrent sa sutface inférieure. Ces sinuosités, quoique irrégulières entre elles, offrent cependant un certain ordre constant qui détermine le caractère du genre. l’alisot-Beauvois l'appela Amanitoide à cause de la ressemblance des sinuosités de la marge avec des lames par leur prolongement ; 4" te Micropore agréable ( Microp. con cinnus ) , remarquable par sa base longue, linéaire, de la forme d'un vrai pédicule, et par le dessus du chapeau agréablement et régulièrement roué et velouté; 5“ le Guêpier mince ( Paroles tenuiculus), champignon dont la substance est si mince, que la forme des pores est morqtiée en dessus ; ses pores sont très-ouverts, allongés et formés par des cloisons aussi très-minces; il est partout d'un blanc sale. La Brp blanchâtre ( Br y un albidum ), mousse ni croit à Oware et a Bénin sur les racines es arbres, des fougères et autres plantes, et qui se trouve encore aux Antilles, aux Iles de France et de Bourbon , aux Canaries , varie non-seulement suivant les pays, mais encore suivant les localités d'un même pays. En Afrique, et partout sous les tropiques, sa lige est toujours basse et simple; les nouvelles pousses sont à peine formées qu’elles prennent des racines par lesquelles seules elles tiennent aux souches qui les ont produites. — Une autre plante qu’on trouve aussi en abondance à Oware, sur les rameaux de différents arbres, est la Carpolépide dichotome ( Carpolepidum dichotemum), de la famille des Hépatiques.

pelait : M. Boudakan, il répondait brtisuement : Je suis le prince Boudakan ; u reste très-aimable et tres-poli. il fut présenté au roi et au dauphin en 1786 , et pendant son séjour en France il reçut du roi une pension de quinze cents francs par mois.

Cependant le capitaine Landolphe et un riche négociant nommé M. Marion- Brillantais avaient repris l’ancien projet d’établissement sur les côtes d’Afrique. Il était dit dans le prospectus que tous les trimestres on expédierait au Bénin un navire de trois à quatre cents tonneaux, chargé de marchandises diverses d’une valeur de deux cent mille francs à peu près; qu’au premier voyage le capitaine Landolphe commanderait en personne un bâtiment portant double cargaison, avec ouvriers charpentiers, maçons, tuiliers, forgerons, etc., et leurs outils.

Une société, dont M. Marion- Brdlantais fut le premier administrateur, fut créce sous le nom de Compagnie d’Owhère et de Bénin. Elle obtint, par arrêt du consed du roi, un privilège exclusif pendant trois ans pour commercer dans ces parages. Le roi voulut bien céder pour la première expédition un vaisseau de quatre cents tonneaux , le Pérou , dont fe capitaine Landolphe prit le commandement. On l’avait nommé directeur en chef de tous 1rs établissements que pourrait fonder la compagnie. Il joignit a l’armement du Pérou deux corvettes légères, l'Afrique et la Petite- Charlotte.

pour son service ordinaire, car son tirant devait l’empêcher d’entrer dans la rivière. Landolphe arriva au Bénin le 21 novembre 1786. Il débarqua aussitôt à Boby pour annoncer au chef de ce village, Aniumzan, le retour du prince Boudakan. A cette nouvelle,Animazanfitarborersursa maison un pavillon blanc qui fut salué par des salves de mousqueterie, tant de Boby que de Sal-Town. (Ce . village est ainsi nomme parce qu'on y fabrique une grande quantité de sel pour le transporter au loin dans l’intérieur. On hrrtie des feuilles d’une espèce de saule, on en lessive les cendres, et on fait bouillir l’eau qui en provient jusqu’à ce qu’elle soit réduite en marc. Elle dorme alors un produit très-doux et plus sain (jue nos sels. ) Le troisième jour, le roi d 0-

whcre. averti par Animazan, envoya complimenter Landolplie par deux pl’iidors, qui en même temps apportaieut l’ordre de le laisser débarquer toute son artillerie et choisir l’emplacement qui lui conviendrait le mieux. Landolplie était descendu à terre au moyen de la goélette l'Afrique , avec le prince, M. Glais, premier ingénieur du comte d’Artois, qui avait obtenu un congé de trois ans, M. Forestier, ingénieur en second, deux lieutenants du bord, M. Boutan, chirurgien en chef, trente hommes de l'équipage, six pièces de canon de huit avec leurs affûts, cent planches pour former des radeaux, et plusieurs tentes pour abriter ses gens. — Les ingénieurs désignèrent dans 111e de Borodo, sur la rive gauche de la rivière Formose , le terrain le plus commode et le plus favorable à l'exécution de ses desseins. On Ht disparaître de ce lieu le bois et les liantes herbes qui le couvraient; des plates-formes en planches furent provisoirement établies, afin de monter huit pièces en batterie tirant à barbette. Ensuite les ingénieurs tracèrent des lignes sur un emplacement où l’on devait construire plusieurs maisons semblables àceiles du pays, pour y loger l’équipage. On éleva* au directeur un édifice en bois de trente pieds carrés, d’un seul étage; età l’un des angles, à l'ouest, fut placé un mût de pavillon , haut de trente pieds, où le pavillon du roi de France fut arboré et salué de vingt et un couus de canon. Animazan se chargea de bâtir huit cases , d’un seul rez-de-chaussee , selon la coutume des Owheriens , et sur le terrain marque par les ingénieurs. Elles ne furent élevees que pour peu de temps ; elles avaient vingt-cinq pieds de long et seize de large. Pour éviter l’incendie, on laissait entre elles un intervalle de douze pieds. Le pavillon du directeur était au centre. En huit jours, toutfutconstruit, couvert en natanier et habité; vingt nègres fournis par Animazan avaient pris part aux travaux. Le capitaine Landolplie songea alors à reconduire le prince Boudakun au roi d'Owhère. Il s'embarqua avec M. Palisot-Beauvois, un officier, un chirurgien et deux matelots, sur une grande pirogue défendue pardix pierriers et cinquante hommes armes dezagaies et de deux pistolets chacun. Ils furent reçus

par des salves de mousqueterie. Le roi, en revoyant son neveu, versa des larmes, et lui passa autour du cou un second rang de corail , pour l’élever à la dignité d'homme grand. Pendaiitquatre jours on ne voyait dans Owhère que danses , concerts et illuminations. Au milieu d'une grande place, ils remarquèrent une croix illuminée d'une cinquantaine de lampions : elle avait été plantée par des missionnaires venus du Brésil, qui dans ce temps-là baptisèrent le roi sous le nom de Manuel Olobla. — La même pirogue ramena les Français à l’établissement par des rivières que Landolplie ne connaissait pas, lesquelles étaient beaucoup plus étroites que celles où il avait déjà passé trois fois : on voulait éviter la rencontre des pirates Jo. — Landolplie entreprit ensuite le voyage de Bénin. Le prince était déjà instruit de ses démarches auprès du roi d'Owhère , et il lui rappela avec quelque étonnement qu’il lui avait accordé, quelques années auparavant, un terrain à Galhon , pour y élever un fort ( I ). Landolplie s’excusa eu disant que

(f) Landolplie L'avait déjà fait défricher. Od voyait encore à cette époque sur ce terrain les tracesd’uuforl hollandaisqueles Nègres avaient détruit, apres en avoir égorgé toute la garnison. A ce propos je rappellerai, d’après David de Nyendaal, dans quels lieux du Bénin et du rovaurae d'Owhère le commerce européen avait fonde auparavant des établissements : « Quand on est avancé, dit-il, environ unelieueet demie dans la rivière, on y trouve deux bras éloignés l’un de l’autre d’une demi-lieuc, sur l’un desquels les Portugais ont une loge et une église auprès du village d 'Awtrri , qui a aussi sou roi |>arliculirr, que celui de Bénin regarde comme son voisin et son allié. Il y a trois villages principaux où nous négocions présentement et où tous les Nègres qui demeurent avant dans le pays, viennent pour trafiquer avec nous, c’est-à-dire des villages où nous pouvons mettre à l’ancre. Le premier de ces villages s’appelle Boudebou, et a environ cinquante maisons ou huttes. Le second village s'appelle Arebo, et est situé plus avant sur la rivière : c’esl un joli village assez grand , bâti en long , el assez bien pourvu d'habitants. Il y a q uriques années qu'il y avait dans ce vdlage deux loges ou maisons de facteurs dont l'une appartenait aux Anglais el l’autre à notre compagnie, et chacune avait ses marchands et ses répondants, en |iortugais mtreadors et fiadors, quoi-

GUINÉE

les matelots européens souffraient trop du climat en ce lieu , qu’il avait dù préférer l’entrée de la rivière, où l’air était beaucoup moins malsain; mais qu’il comptait bien par la suite établir h Gathon un comptoir permanent, qui fournirait abondamment ses États de marchandises européennes. De beaux présents achetèrent d'apaiser le prince, qui promit de mander un des chefs les plus puissants des Jo, et de prendre avec lui les mesures nécessaires pour assurer la navigation des embarcations franque les derniers soient aussi commissionnaires. Mais comme les Anglais n’ont pas négocié ici depuis très-longtemps, leur loge est entièrement ruinée et leurs marchands ont été incorporés parmi les nôtres. Le troisième village , qu’on appelle Agalon, a été ci-devant un des principaux endroits pour le négoce ; mais il a tant souffert par lesguerresqu’il est presquetout ruiné; il est bâti sur un coteau qui s’avance dans la rivière et qui ne tient presque pas à la terre ferme. A eu juger par les ruines que l’on voit encore, ç’a «le un fort grand village, beaucoup plus agréable et plus sain qu’aucun autre, et c’ea» pour cela aussi que les Nègres commencent à le rebâtir de toutes leurs forces. Je ne saurais m’enipécbcr de parler encore d’un autre village où noos avons négocié ci-devant ; on l’appelle Mciborg , et apparemment qu’il porte le nom de ipietqu'un de nos marchands qui y a demeuré. Notre compagnie y a eu autrefois une loge et quelques serviteurs. Le dernier marchand qui y a négocié pour la compagnie s’appelait ,V. Beeld-Snijder ; mais it était trop brutal pour s’accommoder avec cea gens, qui le haïssaient aussi mortellement. Il fut tué par les gens du chef du village pour avoir violé une de ses femmes. Le directeur de la cote, pour la compagnie , résolut , avant que d’èlre bien informe de l'affaire, de punir cette mort. Pour cet effet il envoya à ISenin uu jagt rempli de soldats de Mina, qui tuèrent ou prirent prisonniers tous ceux qu’ils trouvèrent dans ce village et qui ne purent pas se sauver. Le roi du grand Bénin ne se contenta pas de la vengeance qu’avait prisé notre directeur, et il lit tuer celui qui en avait été l’occasion, avec toute sa famille, et cela uniquement afin de se justifier auprès de nous et de faite voir qu'il u'avait aucune part à la mort de notre marchand, qui était arrivée sans qu'il en sût rien. Comme nous vimes que le roi entrait si fort dans nos intérêts , nous avons continué ici notre négoce jusques à présent. - ( C oy. de Guinée de G. Binman , p. 459*4Ct.)

çaises. Alors, le capitaine Landolplie put presser activement la construction des maisons et du fort. Il jeta, à cet effet, les yeux sur un terrain eloignéde cent toises du lieu où son artillerie était déjà placée. Il le fit défricher tout autour et à una grande distance. Le roi d'Owhere lui envoya huit cents hommes pour l’aider. On coupa les arbres , on arracha les hautes herbes. Mais ce qui importait le plus élait de détruire l'enortne quantité de reptiles qui occupaient ce terrain et se glissaient partout, jusque dans les hamacs et les couvertures de l’équipage Le moyen qui réussit le mieux fut de faire tomber les uns sur les autres de gros arbres et d’y mettre le feu troisou quatre jours apres. La flamme, consumaut jusqu'aux racines des herbes, n’épargnait ni les serpents ni leurs œufs. C'est ainsi qu'ils convertirent cet immense nid de reptiles en une vaste prairiede trois lieues de tour, à peu près, où les moutons, les cabris, les vaches, les bœufs, les chevaux, allèrent paître parla suite. Au bout de quinze jours on n’y vit plus de serpents. On s'occupa ensuite de creuser des fos-es et de faire de larges saignées pour donner aux eaux un écoulement ra-

Îiide. Un édifice de cent vingt pieds de ong, de trente de large et d'un étage, fut élevé sur ce terrain. On y joignit une galerie extérieure et circulaire , large de huit pieds et couverte. Au centre était un escalier à double rampe. Un très-large péristyle donnait entrée dans une belle salle carrée de trente pieds , de laquelle on pouvait passer dans quatre chambres de quatorze pieds. On avait pratiqué un grand nombre de fenêtres pour laisser pénétrer l’air dans toutes les pièces. Cet édifice était situé du nord-est au sud-ouest. Puis on construisit sur deux lignes parallèles , et distantes entre elles de seize pieds, huit maisons de trénte-deux pieds de long sur seize de large, pouvant servir à la fois de magasins et de logements. Au milieu on avait laissé une place carrée de deux cents pieds, où fut établi un colombier de vingt-quatre pieds en carré, d'une même hauteur, élevé de terre de seize pieds sur douze piliers de bois, pour préserver les pigeons des rats. Au-dessous du colombier se retiraient les moutons et les cabris. Les cochons avaient leur parc. Les

L’UNIVERS

poules , les dindes , les pintades , les canards, les oies, étaient logés dans des cases. Les étables et les écuries étaient abritées sous la plate-forme de la batterie. — Le fort fut construit à quatre bastions et armé de trente-deux pièces de canon de huit et de six. On l’entoura d’un fossé large de vingt pieds et profond de sept, que remplissait aux marers une rivière coulant à deux cents toises dans la forêt vers le sud du grand édifice. Ce travail codta des peines infinies : il fallut couper les bois qui couvraient le terrain de l'alignemeut du fort au fleuve.

On forma aussi une chaussée dont le centre se fortifiait des arbres abattus. Des deux côtes , les nègres creusaient un fossé de vingt pieds de largeur et de dix de profondeur. Ils étaient enfoncés dans la vase depuis les genoux jusqu’à la ceinture , et c'est avec les terres enlevées du double fossé que la chaussée prit son élévation. On y planta deux rangées d’arbres qui, en deux ans, donnèrent un délicieux ombrage. L’eau, coulant abondamment, servait au transport des marchandises qui arrivaient a la porte du fort ou en sortaient. Elles n’étaient plus exposées dans les embarcations aux dangers de la rivière, qui se font sentir les trois quarts de l’année. Près des fosses, Landolphe fit entourer l’intérieur du fort de palissades en bois rond de dix-buit pouces de tour et enfoncées de deux pieds en terre. Elles avaient à peu près dix pieds de haut, les pieux se touchaient; elles étaient soutenues et affermies par des croix de Saint-André ; des bandes de fer armées de lances , rivées en-dessous, les couronnaient. Ces lances , hautes de quatre pouces . n’en avaient guère que trois d’intervalle entre elles. — Du côté de la mer, en face de la grande batterie composée de seize pièces, s’étendait un banc de sable qui n’était couvert que de six à sent pieds d’eau dansta pleine mer, et qui , le reste du temps , était presque toujours à sec. Comme les lames venaient y briser huit mois de l’année, les embarcations n’osaient en risquer le passage pour descendre à terre. Cette défense naturelle rassurai tcomplétement le capitaine , êl c’était même le motif qui l’avait déterminé a détourner derrière le fort le cours de la rix ière des bois. C’est sur ce banc qu’un capitaine portugais

nommé Olivera perdit son navire, pensant entrer dansla rivière duBenin: l’embouchure de la rivière de Borodo, située au sud de la première, lui est presque en tout semblable. Olivera, excellent marin, plein d'expérience et d’instruction, consentit à entrer au serv ice de la compagnie et remplaça le capitaine de la Petite- Charlotte , qui venait de mourir. Landoiphe raconte que, se promenant un jour avec Olivera le long de la rivière de Borodo, celui-ci lui proposa d’utiliser ce banc de sable, eu y établissant une espèce de labyrinthe où le poisson de toute grosseur et de toute qualité viendrait se prendre chaque jour a la basse iner, et y demeurerait enfermé. Il goûta fort ce projet, et Olivera le mit tout aussitôt à execution. Il fit établir des claies de huit pieds de haut sur un espace de cent cinquante toises. Animazan se chargea de faire fabriquer et poser ces claies par les plus adroits de ses nègres ; quarante hommes coupèrent des bois de manglier de la grosseur de quatre à cinq pouces, serrés de manière que Je plus petit poisson n’y prit passer. Chaque claie avait six pieds de large; elle était fortement attachée par les deux extrémités. Quand tout fut prêt , on plaça les claies debout sur le banc de sable. On y enfonça des pieux qui les soutenaient ; de longues perches au-dessus, fixées egalement par des piquets , rendaient cette cloison si solide qu’elle pouvait résister à la violence des vagues. Au bout de cette digue d’une nouvelle espèce fut construit le labyrinthe d'OIivera : il avait quarante pieds de circonférence. Le poisson y entrait dç deu$ côtés par uue ouverture de deux pieds et n’eu sortait plus. Celte pêcherie fut extrêmement utife à rétablissement. La marée y amenait une immense quantité, de raies, de soles, de carpes, de mulets, de grandes écailles , etc. ; à la basse mer tous ces poissons restaient échoués. Chaque jour, on allait les enlever dans des brouettes. Landolphe en nourrissait quatre cents ersonnes et distribuait le surplus aux aliitants de Boby. On sonnait la cloche; les noirs accouraient avec des paniers; ils emportaient le poisson chez Animazan, qui le partageait entre les ménages. Enfin, pour avoir un vaste terrain autour de lui, Landolphe acheta

GUINÉE

du roi d’O» hère, qui prit le consentement d’une assemblée nationale, trente lieues de territoire au profit de la compagnie. Le contrat de cette acquisition fut déposé dans les bureaux du ministère de la marine.

En 1787, |a frégate la Junon de quarante-quatre, commandée par le comte de Flotte et sortie de Toulon, arriva sur la grande rade à l'embouchure de la rivière, maisà cinq ou six lieuesde terre. Il était chargé par le ministre de la marinede visiter l’établissement, de s'assurer que les directeurs de la compagnie remplissaient leurs engagements avec le roi et de tâcher d’obtenir du roi de Bénin up privilège exclusif de commerce dans ses Etats. M. de. Flotte, alors malade, envoya à terre deux lieutenants, MM. Legroing et Balon, que Landolphe et Palisot de Beauvois accompagnèrent dans leur voyage à Bénin. La il y eut une longue et vive délibération dans le conseil des hommes grands sur l’objet de la mission des officiers français; mais la majorité décida qu’aucun peuple européen nejouirait jamais d’un tel avantage, parce que les Beniniens avaient encore trop présentes à la mémoire les vexations des Hollandais; que le commerce serait ouvert a toutes les nations, mais que les Français auraient toujours la première place dans leur amitié (1).

L’établissement français était alors en

filetne activité, et le succès avait dépasse es espérances du directeur. Il recevait les vaisseaux portugais, anglais et danois naviguant dans ces parages, et achetait leurs cargaisons, qu’il s’engageait à remplacer par un autre chargement dans un temps déterminé. Il les fournissait d'eau, de bois, de vivres de toute nature, d’après un tarif invariable. Il faisait transporter les marchandises achetées à bord des vaisseaux, hors des barres, en pleine rade. C’était pour les capitaines un avantage inappréciable, puisque leur cargaison trouvait un placement sûr et prompt, et que la santé de leurs équipages n’était jamais compromise.

L activité du capitaine Olivera, qui , sur la Petite-Charlotte, faisait de fréquents voyages à la Côte-d'Or, entrete-

(i) Voy. le f'oyage à la côte de Guinée par Caharthe , p. 4 5y-4oi.

nait dans l’établissement un assortiment complet et abondant de toutes marchandises. Les bénéfices étaient immenses.

Pendant plus de cinq ans , quoique les administrateurs de la compagnie n’eussent envoyé que deux petits bâtiments, nommés ÏOkro et le Bouda/san, sans aucun renfort d'hommes pour combler les pertes nombreuses et inévitables delà colonie, cette prospérité se soutint. Mais au mois d’avril 1792, en pleine paix, l’équipage d’un vaisseau anglais, après avoir traité avec Landolphe et reçu de lui la plus généreuse hospitalité, surprit l'établissement, le pilla, et le réduisit en cendres. Landolphe, cruellement blessé à la jambe, fut recueilli par le roi d’Owhère et par le pi inee Boudakan, qui le gardèrent auprès d'eux, malade, pendant cinquante-deux jours , jusqu'à l’arrivée d'une goélette (lu commerce, l'Amitié.

En 1799, le capitaine Landolphe, qui commandait alors la division du Sud des frégates de la république française, avec une petite escadre, revint dans ces parages. Du mouillage extérieur, il aperçut le pavillon français flottant toujours au lieu même de soii ancien etablissement.

Avec une de ses prises qu’il avait armée en canonnière, il pénétra dans la rivière ; comme il approchait, une pirogue portant le pavillon français sedirigea sur lui ; elle était montée par neuf noirs, autrefois ses garçons de comptoir, qui le reconnurent en poussant des crisde joie, jt apprit d’eux que le prince Boudakan (I), le capitaine Okro, le phidor Animazan, n'existaient plus; que le successeur d’Animazan, appelé Mabi, était frère du prince Boudakaiy. Curieux de le voir, Landolphe fit gouverner la canonnière du côté du village de Boby et descendit a terre avec ses lieutenants, MM. Dufour et Baudouin. Sonpreiniersoinfut de s’informer combien il y avait de vaisseaux anglais dans la riviere, et quelle était leur force, soit en artillerie, soit en hommes. Il y en avait quatre .à trois mâts et trèsgrands, armés les uns de seize pièces, les autres de douze. Mabi lui donna un bon pilote qui avait a se venger d’un (je ces

(i) On lui dit que ce prince, ayant rapporté de France des connaissances trop étendues poor son pays , avait avalé In mauvaise fétiche, c'est -à-dire, qu'il avait été empoisonné.

L’UNIVERS

capitaines anglais. Le pilote s’embarqua aussitôt avec M. Baudouin, que le capitaine Landolphe avait chargé de l'expédition. Ils tendirent les voiles à quatre heures du soir ; et après avoir fait une douzaine de lieues en remontant le fleuve, ils arrivèrent sur la rade à la pointe du jour, et surprirent les Anglais, qui amenèrent leur pav illon aux premierscoupsdecanon tirés par les Français. Après cette belle rise, le capitaine Landolphe sortit du euve pour n’y plus revenir.

Dans les nombreux voyages qu’il avait faits a Bénin et à Owhère, Landolphe put recueillir auprèsdespô irions particulièrement d’interessants détails sur les traditions, la religion, les mœurs de ces peuples peu connus. Il apprit ainsi qu'anciennement Owhère ou Oware elle Bénin formaient un seul royaume, mais que, parsuita d’une querellé survenue entre deux frères dont l’un régnait à Bénin, l’autre s’était déclaré indépendant et avait su maintenir le siège de son pouvoir à Oware. Le roi d’Oware avec lequel Landolphe eut de si bons rapports était le soixante et unième de sa race. Quant à la suite des rois de Bénin, elle remontait à une antiquité inappréciable.

Du reste, la langue et les coutumes des deux États sont les mêmes : les seules différences que signale Landolphe sont l’absence de tout sacrifice humain à la cour du roi d’Oware et la division des grands en deux classes seulement , au lieu des trois qui existent à Bénin. Comme j’ai déjà eu occasion de le dire, à Bénin on distingue les hommes grands , les phidors et les passadors. A Oware il n’y a point de passadors. Les hommes grands ne peuvent sortir de la capitale, et les phidors du royaume, sous peine de la vie. Les passadors ne le quittent jamais que par ordre : cê sont eux qui portent tous les messages du roi, qui promulguent les ordonnances et les règlements de police, qui reçoivent les ambassadeurs des nations étrangères , et font connaître les déclarations de guerre et les traites depaix. Le roi de Bénin est fort puissant; plusieurs États voisins sont ses tributaires. Juda le fut longtemps. Il peut mettre sur pied une armee de cent mille hommes en vingt-quatre heures. Quoiqu’il y ait des chevaux au Bénin, les mulets seuls servent à la guerre,.

comme étant moins sujets a la fatigue et plus faciles a nourrir. Les cavaliers sont armés de piques et de pistolets. Dès que le conseil a décidé la guerre, le roi transmet directement ses ordres au capitaine, général. En cas de défaite, le commandant de l’armée est puni de mort. — Les rands qui se sont rendus coupables d’un élit ou d’un crime sont jugés par le conseil de leurs pairs , qui sassemble au son du tambourin, et les condamne, sans désemparer, à la pluralité des voix , à l’amende ou à la peine capitale Une assemblée de vieillards forme le conseil ordinaire de justice. Dans presque tous les lieux habités, il y a au milieu d'une grande place un vaste édifice ouvert de tous côtés, où se tiennent les séances. On amène le prévenu, qui est libre de se choisir un défenseur. L'accusateur porte sa plainte et subit lui-même le châtiment si ses preuves sont jugées insuffisantes. L’amende prononcée doit être acquittée sur-le-champ; elle est toujours proportionnée aux moyens du coupable. L’homme condamné à mort souffre la peine du talion. Les fils du roi même n’en sont pas exempts. Landolphe vit dans la ville d’Oware un des fils du roi monté sur le devant d'uue pirogue, avec une espèce de gaffe a double crochet dans les mains, la diriger, pouréviter l’abordage d’une pirogue qui courait sur la sienne, vers un nègre , et le frapper d’un coup mortel dans la poitrine; descendre ensuite sur la rive, être arrêté par le peuple, jugé, condamne et mis à mort d’un coup de massue dans la poitrine. — Le plus grand des forfaits est de divulguer les secrets de l’État; celui ui a divulgué l'objet ou le résultat d'une élibératiou politique est attaché au sommet d'un arbre , le plus haut qu’on puisse trouver, et exposé vivant à la voracité des vautours. — Une femme prévenue d’adultère est conduite devant les juges : on la fait mettre à genoux sur la place publique ; là on trace à la craie deux ronds où elle pose les pouces.

Deux vases pleins sont devant elle, l’un contient la bonne, l’autre la mauvaise fétiche. Si elle avoue son crime : elle boit la mauvaise fétiche, qui l'empoisonne ; si elle le nie, on lui frotte la langue avec une herbe dont le suc la lait enfler soudain et sortir de la bouche de toute sa

GUINÉE

longueur, et on la lui traverse d'une plume de coq; si elle persiste à nier et qu’on n’ait pas de témoignages convaincants contre elle, on ôte la plume et on lui frotte la langue d’une autre herbe qui, à l’instant et sans douleur, fait disparaître toute enflure ; la femme boit la bonne fétiche, et s’en va.

Il n’y a point de temple à Oware comme' il en existe au Bénin : là les temples sont construits dans les bois. La plus grande propreté y règne à l’extérieur comme a l’intérieur. Tout autour et fort loin sont étendues des nattes sur lesquelles marchent les sacrificateurs dans leurs processions. Au moment de leurs sanglantes cérémonies, les sacrificateurs paraissent enveloppés de la tête aux pieds d'une grande robe grise d’étoffe indigène, et les pieds tout frottés de craie pour ne pas être reconnus dans leur marche. Cette espèce de robe ou de simple couverture s'élève en pain de sucre de deux ou trois pieds au-dessus de la tête. Deux ouvertures garnies de verres sont pratiquées à la hauteur des yeux. Les femmes ne pénètrent jamais dans les temples. — Chez ces peuples, aucune cérémonie ne marque l'époque de la naissance ; il n'en est pas de même du mariage. Comme nous l'avons vu ailleurs, I époux donne aux parents une ou plusieurs pièces d’étoffe et emmène sa femme. Si elle n’a pas encore atteint l’âge de onze à douze ans, il la confie jusque-là à la surveillance des matrones.

Au Bénin, un homme prend autant de femmes qu’il en peut nourrir ; c’est le signe de sa richesse. Le séducteur reconnu d’une fille est réputé marié avec elle; si c’est la nuit qu’il l’a surprise, au point du jour on publie dans les rues le nom des époux , et ils sont mariés par celte simple formalité. Si la fille était toute jeune et non en âge d’être mariée, l'homme supporte une amende. C’est un délit grave que d’avoir commerce avec sa femme à l'époque du flux menstruel, quand elle est enceinte ou qu’elle nourrit. Dans le premier cas, elle se retire dans des cases isolées qui existent à cet effet , loin de la demeure de son mari , et n’y rentre qu’après s’être purifiée.

L’homme qui a seulement touché sa femme dans celle même circonstance est tenu aussi de se purifier pour éviter

l’amende. — Les dignitaires au Bénin reçoivent en présent des filles âgées de quatre à huit ans. Ces enfants demeurent dans des chambres particulières sous la direction de femmes âgées. Le roi envoie ses tilles aux hommes grands; ceux-ci adressent les leurs aux phidors, qui font de même envers les passadors.

Aussitôt qu’elles sont en âge d’être mariées, on les pare des plus belles étoffes et on les présente à leurs maris. Ces femmes sont toutes fort coquettes; elles passent six mois à se coiffer, mais une coiffure dure trois ans : le nombre des graiiiB de perle et de corail enfilés dans leurs cheveux est incalculable. Quand le roi de Bénin est mort on creuse dans l’une des grandes cours du palais un trou de quatre pieds carrés, profond de trente et très-évasé à sa partie inférieure. On y descend avec son corps ses premiers ministres, vivants ; puis l’ouverture est fermée par une grande trappe.

Tous les jours on demande d’en haut si le roi est mort; les malheureux répondent qu’il est bien malade, et bientôt ne répondent plus. Alors on retire leurs corps et celui du roi; on les rend à leurs parents , qui leur donnent la sépulture au fono de leurs maisons.

Le roi est inhume dans une cour spacieuse, sous un vaste portique, que soutiennent douze grands piliers taillés grossièrement, de manière à représenter des hommes grands, vêtus d'habits de cérémonie comme au conseil du roi. Sur l’un de ces tombeaux, Landolphe remarqua beaucoup de dents d'élenhaots de sept pieds de longueur et d'une blancheur éclatante; il était surmonté d'un serpent long de trente pieds et gros de six au milieu, fabriqué de ces dents artistement emboîtees l'une dans l’autre. Sa gueule était ouverte, une lame de cuivre formait sa langue; il paraissait venir du faite et se glisser lé long de la couverture pour s'introduire dans le tombeau. On enterre les grands, au Bénin, dans celui de leurs appartements qu'ils affectionnaient le plus. Avant de descendre le corps dans le tombeau, on le place surune claie élevée de terre de trois pieds à peu près ; on allume par-dpssous un feu modère pour le dessei-her ; puis il est porté dans une sorte d'alcôve et placé dans l’attitude d'un homme assis. On dresse au-

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tour de lui une maçonnerie en terre glaise, à la hauteur de trois pieds, qui se termine en plate-forme comme un autel. Au-dessus sont lixées de belles dents d’élepliants du poids de quarante à cinquante livres , bieu sculptées en forme Je lézards et de serpents. Ces dents sont appuyées sur des tètes de bélier ou de boue en bois, d’un travail grossier. Ou n'entre qu’une fuis l'an dans la chambre mortuaire, et seulement pour célébrer l’anniversaire. Tous les parents et amis du défunt assistent à la cérémonie. On fait dans un trou carré île six pouces à peu près, profond de dixhuit, au pied du tombeau, des libations de vin de palme et d’eau-de-vie, et ou y introduit le fruit du kola; après quoi les assistants prononcent une longue suite de prières. I.es libères de corail du mort sont renvoyées au roi, car les fonctions ne sont pas héréditaires, et il faut que les tils du défunlaient vingt ans, qu’ils aient rendu un service signale à I État et que la majorité des habitants du canton de leur père sollicitent en leur faveur, pour qu’ils obtiennent les mêmes honneurs. — L’homme du peuple qui laisse une certaine fortune est porté a la sépulture sur uu brancard couvert d'un drap blanc ; des pleureuses le suivent, et on lui fait faire le tour du village. Quant au uauvre, il est presque abandonné; quelquefois on le jette hors de la ville dans les fossés, où une multitude de vautours le dévorent.

Quand le roi de Bénin ou celui d’Oware avance en âge , il convoque tous les grands du royaume, dans une cour de son palais où peuvent tenir plus de dix mille hommes et d’où les femmes ce jour-la sont exclues, et il leur présente tous ses enfants mâles pour qu’ils choisissent entre eux celui dont les qualités leur paraissent le plus dignes du trône. Le choix tombe rarement sur le tils aîné. L’héritier reconnu du trône prend aussitôt le titre de roi d’une province. L’assemblée se lève alors, le salue, et le harangue par l'organe de sou president.

On le conduit à sod père, qui lui doune l’accolade. Ensuite il se rend dans sa proviuce, d’où il ue doit sortir qu’une fois l’an, le jour anniversaire de son élection, pour venir rendre hommage à sou père. Laudolphe raconte qu’il fut

une fois témoin d’uue visite de ce genre du jeune prinee Chiffau. Un corps de mille à douze cents hommes armés de sagaies l’escortait; trente jeunes gens, couverts de pagnes blanches ou rouges, marchaient devant lui; quelques-uns dansaient et frappaient en mesure sur des tambourins. Son père le reçut dans la cour où reposait sou aïeul , au pied même de sa tombe, et l’embrassa en pleurant, en présence d’une nombreuse assemblée, qui semblait partager son émotion. A la du de cette cérémonie, le jeune prince repartit pour sa province sans entrer même dans le palais de son père, l.andnlplie, étonné, en demanda le motif auphidorOyfou, l’un des plus intimes confidents du vieux roi. Oyfou lui répondit : « Les hommes grands ne souffrent jamais qu'un fils du roi destiné au trône parle à son père, de peur que celui-ci 11e lui inspire des sentiments de haine ou de vengeance contre ses propres ennemis, et que ce lils n’en reçoive le conseil de changer nos mœurs ét nos usages, que nous tenous purs de toute innovation depuis l’origine de la première dynastie. »

Pays et populations des bords du Niger inférieur ou Kouârâ. — Yaoury, point extrême des reconnaissances européennes sur le iViger inferieur ouKouârô des llaoussans , est situé vers 11° 10* nord et 2" 30' est de Paris , presque droit nu nord de la grande ville de /lousà, devant laquelle est venu sombrer l’infortuné Mungo-Park. On assura aux frères Lânder que la partie du cours du lleuve comprise entre Yaoury et Bonsâ était le passage, le plus périlleux, qu’il n’y avait plus ni rochers ni bancs de suivie audessus de Yaoury, et que le Niger ne formait plus à proprement parler qu’un seul canal.

C’est le 17 juin 1830 que les frères Lânder , après avoir traversé les royaumes de Yarriba et de Borgou, atteignirent leNiger,à Bousâ. En approchantes furent surpris de voir que, contre l’assertion du capitaine Clapperton, cette ville était située en terre ferme et non sur une tle du Niger. Le fleuve coule à ses pieds; à celte époque de l’année, l’aspect u’en est guère majestueux ; sa plus grande largeur est celle d’uu jet de. pierre ; seulement on voit s’élever, au milieu, des roches noires

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?|ui produisent à la surface de l'eau de ortsetde bruyants bouillonnements. La ville deBousâ se compose d’ungraud nombre de groupes decases, assez rapproches les uns des autres. Elleestdefendue d'un côté par le fleuve et de l’autre par une muradle surmontée de tourelles, qu'entoure un fosse semi-circulaire. Malgré ces défenses , elle avait été prise quelques années auparavant par les Fellans : les habitants s’étaient réfugiés dans une des petites Iles du Niger ; mais lesFellans n'avaient pu tenir longtemps dans la ville contre les efforts réunis des chefs de AM, de H'owou et de Kiama. Le sol est fertile et produit en abondance du riz, du ble, des ignames. L edowah, grain d’une espèce particulière, qui doune cinq cents mesures par au dans ce pays, forme la principale nourriture des habitants, riches ou pauvres. Il croit aussi une autre variété de blé , remarquable par les huit épis que supporte chaque tige; le grain est petit et agréable au goût , mais on la cultive peu. L’arbre à beurre abonde partout dans la ville et aux environs.

L’huile de palmier est rare et chère à Bousâ : elle vient de Nyffé. — Le roi de Bousâ est considéré comme le chef le plus puissant de l’Afrique occidentale apres le roi de Boruou; et cette distinction est avouée par tous les chefs rivaux. File n’est due ni à retendue de son territoire, ni à sa puissance, ni à sa richesse; car de tous les princes souverains du Burgou, ceux Je Bousâ sont peut-être les plus pauvres et les plus faibles ; elle tient a la noblesse de leur origine : ou les croit issus delà plus vieille tamillede l'Afrique, celle des fétiches. La Midiki ou reiueelleroiontdesétablissemeutsetdcs biens distincts et tout à fait séparés. Eux seuls ont le droit de posséder des troupeaux de bétes à cornes, qu'ils contient a la garde et aux soins d'esclaves fcllans. Leurs sujets ne peuvent nourrir que du petit bétail. Le poisson du Niger, sec, dur et sans saveur, fait le fond de la nourriture des habitants de Bousâ.

Le gibier est excellent et abonde : ce sont des pintades, des faisans, des perdrix; et des oiseaux aquatiques de toute espece ; les bois qui environnent la ville sont peuplés de daims et d’antilopes, mais les naturels sont de très-maladroits chasseurs. On apporte au marché de

Bousâ de très- bon sel d'un lac situé sur les bords du fleuve, a dix jours de marche à peu près vers le nord. Le poivre croit par toute, la contrée. — Le despotisme illimité du roi n'a rien de violent ni de cruel ; tous les différends lui sont soumis. L’intelligence du roi, suivant le récit des freres Lânder , était fort remarquable, et sa manière d’être avec eux, tout affable et bienveillante, ne manuait pas de dignité. Ils avaient eu soin e lui cacher que l’exploration du cours du Niger était le vrai but de leur voyage. On connaît la superstition mêlée dejalousie que les naturels attachent à ce fleuve célèbre. Ils lui avaient aflirmé que leur dessein élaitd'allera Burnou par Yaoury, et lui avaient demandé les moyens de traverser ses Etals avec sécurité; très-satisfait de leurs explications, il leur promit toute sou assistance, et leur recommanda expressément de ne point accepter de vivres dans leur voyage, surtout du lait et du miel , d’autres personnes que des gouverneurs de villes, car il craignait qu’on mêlât du poison. — Les femmes de Bousâ aiment à l’excès la parure ; elles passent chaque jour plusieurs heures à arranger leurs cheveux, dont elles font trois longues nattes qu’elles laissent tomber en avant et de chaque côté du visage ; elles se teignent les lev res et les dents avec la brillante couleur du henné , et quelques hommes même les imiteul.

— Presque tous les naturels du Borgou, jeunes et vieux , parlent la langue des Haoussans, comme la leur propre.

Le 23 juin, de bonne heure, les frères Landcr sortirent de Bousâ, escortés par deux hommes â cheval et par un messager à pied, que le roi dépêchait à Yaoury. En suivant les bords du Niger au pas, à cause des inégalités du sentier, ils arrivèrent, au bout de deux heures, dans une jolie petite ville murée, nommée Aayoyie, distante de la capitale de huit à neuf minutes vers le nord, et peuplée seulement desesclavesdu roi, quiy mènent une vie douce et paisible, occupés surtout à soigner les chevaux de leur maître. .Meme dans cette petite ville il y a des écoles de langue arabe pour les jeunes garçons. La branche du Niger qui coule a Kagogie peut avoir un mille de largeur; mais a cette époque de l’année, sauf’ un canal fort étroit, il serait guéable pour un en-

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faut. Il y a, à ce qu’il parait, de grands dangers entre Bousfi et Kagogie que le roi avait voulu éviter à ses hôtes en les envoyant par terre. A Kagogie, leurs chevaux traversèrent la rivière et gagnèrent l’autre bord ; de là on devait les mener par terre à Yaoury, car les canots du pays étaient trop frêles pour les porter. Ces canots sont fort longs, mais construits de la façon la plus grossière et la plus négligée. A defaut d'arbres de dimensions suffisantes, on lie ensemble deux blocs de bois par une grosse corde, et on bouche les interstices avec de la paille.

Après avoir bien souffert des lenteurs de leur équipage, nos voyageurs purent enfin s’embarquer. Cette branche du Niger se dirige presque de l’est à l’ouest ; bientôt ils entrèrent dans le canal principal et virent le Niger coulant du nord au sud, et traversant de riches et fertiles contrées qui semblaient s'embellir pour eux , à mesure qu’ils avançaient. Ce canal, large d’abord il'uu demimille, allait s’élargissant sensiblement ; de grands arbres aux épais feuillages , à forme pyramidale, paraient les deux rives, et leur prêtaient l’aspect d’un immense parc; des blés presque mtlrs ondoyaient sur le bord même de l’eau ; de demi-heure endeini-heure apparaissaient de longs villages ouverts , et des troupeaux de toute sorte animaient le paysage. L’aspect dufieuve lui-même était enchanteur : uni comme un lac, il était couvert d’innombrables canots, chargés de moutons et de chèvres, et dirigés par des femmes qui, avec leurs longues pagayes, aidaient doucement au mouvement d’un courant presque imperceptible. La chaleur les incommoda fort jusqu’au soir.

Un peu après huit heures ds abordèrent sur la rive orientale, près d’un petit village; ils dressèrent leurs tentes auprès des blés, et passèrent ainsi la nuit. Au réveil, ils furent frappés du beau spectacle que présentaient a l’horizon du côté de l’est , les monts d’ L'ngars/tie. — Le pays de ce nom, autrefois royaume indépendant, était devenu uneprovince de Yaoury. — Le canot, dégagé, de la plage sablonneuse où on l’avait tiré pour la nuit, fut poussé dans un petit bras, resserré entre la rive et un large banc de sable, qui les ramena dans le grand courant du Niger. La rivière présentait une lar-

geur de deux milles : elle ressemblait en cet endroit à un vaste canal artificiel ; les bords étaient taillés à pic. L’eau, trèsbasse dans quelques parties, était assez large en d’aut res pour porter une frégate. Les deux rives étaient toutes couvertes de hameaux et de villages. Tout à coup leur aspect changea, et à cette rive unie composée de terreau , d’argile et de sable , qui se prête aux plus belles cultures, succédèrent d’âpres et de sombres rochers, et cette vaste nappe d’eau parut en même temps coupée en mille petits canaux par de grands lianes de sable. Un épouvantable ouragan, contre lequel ils trouvèrent un abri bien insuffisant dans une petite île à fleur d’eau, interrompit tristement leur navigation. I,a population de cette île est inoffensive et bonne , mais malpropre. Par leurs usages bizarres , comme par leur langue, ils diffèrent beaucoup des habitants de Bousâ. Mais par suite de cette

fiosition intermédiaire , ils parlent les angues des deux pays. La plupart des villages des îles, entre Bousa et Yaoury, sont habités par la même race de Ciunbriens, race pauvre, méprisée, opprimée, mais industrieuse et infatigable au travail . LesCumbriens habitent aussi certaines parties du Haoussa ; ils parlent même entre eux plusieurs idiomes différents, mais ils ont tous les mêmes moeurs, les mêmes usages, auxquels ils demeurent fortement attachés dans toute condition.

Par leur nature paisible, timide et insouciante, les Cumbriens paraissent voués à l’esclavage. Le tribut, ou plutôt la redevance que ceux du royaume de Yaoury payent 3u sultan pour la terre qu’ils cultivent, consiste dans la charge de blé que peut porter un homme. Si la récolte manque, ilssont libres dedonner en place de grains un certain nombre de cauris.

Si quelques gens pauvres ne peuvent acuitter l’impôt, le sultan envoie aussitôt ans les villages des cavaliers avec ordre d’enlever autant d’hommes qu’ils pourront. Quelquefois les populations cumbriennes sont sorties de leur apathie pour repousser énergiquement ces injustes agressions. I.es Cumbriens sont de bons agriculteurs. Ils cultivent surtout le blé et les oignons , mais semblent ne récolter que pour les rois de Yaoury et de Bousa. Leur grand défaut

GUINÉE

est une extrême malpropreté. Ils se font d'énormes trous dans la partie charnue de l’oreille, et y passent des morceaux de bois de couleurs voyantes ; ils se percent de même la partie molle du cartilage du nez pour v introduire un long morceau de verre bleu. Par raffinement, quelques femmes se percent les deux lèvres avec une dent de crocodile, qui avance aussi loin que le nez. Leurs cases ressemblent à des ruches : il y a à la partie supérieure une ouverture unique, par laquelle, ils pénètrent dans l'intérieur, comme ils peuvent, sans qu'il y ait de marches pour l'atteindre et qu’ils ferment avec une natte suspendue en dedans. Les huttes à dormir ont de sept à huit pieds de large ; elles sont presque circulaires, faites de boue, couvertes de feuilles de palmier et élevées au-dessus du sol pour préserver les habitants de l'humidité et des attaques des fourmis, des serpents et des alligators. Elles peuvent contenir une demi-douzaine d'individus. Quelquefois les pieds ou piliers qui les supportent sont entourés d’un mur. I.a couz lé. hutte commune, leur sert de cuisine et d’abri pendant le jour. Les C.umbriens sont fort habiles a chasser l'alligator : ils le tuent à l’aide d'un pesant épieu, long de dix pieds, terminé à un bout par un gros morceau de bois de fer destiné à donner plus de force à ses coups , et à l’autre d’une longue pointe en fer acérée et barbelée. Ils attachent cette arme formidable par le haut à la proue du canot avec une corde d’herbes tressées. Les femmes enduisent leurs cheveuxd’une sorte d'argile rouge; elles ne portent, non plus ue les hommes, aucun ornement; sans oute par pauvreté. — Audelà de la petite Ile où ils avaient passé la nuit, les frères I jnder virent le fleuve partagé de nouveau en canaux étroits par des terres basses, couvertes de hautes herbes maréca-

Î'euses ; la navigation était tres-gènée par esrocherset les bancs de sable. Ils s’engagèrent dans le canal le plus large ; mais il leurfallut bientôt descendre à terre et alléger leur canot pour le faire passer pardessus un barrage. Pendanttoute la matinée, ils heurtèrent sans cesse contre des rocs et des bancs de sable cachés sous les eaux, mais sans grand dommage; seulement ils durent renouveler plusieurs fois lapénibleopération dedesoen- 22e Livraison. (Gi'iner.)

dre à terre et d'alléger leur embarcation. Ils s'arrêtèrent à deux heures après midi auprès d’un village appelé Soulou , où ils remarquèrent surtout d'immenses cultures d’oignons : les naturels les conservent dans de vastes magasins pour les expédier ensuite au loin et dans toutes les directions. Un oignon, qui à Soulou même se paye 2 cauris, en vaut 40 à Katunga, et 10Ô à Radagry. — On leur avait fait tellement peur d'un des passages du fleuve dont ils approchaient, que leurs gens mirent pied a terre et longèrent ses rives jusqu'à ce que le danger fdt passé. Le barrage est, en effet, effrayant : un mur de roches noires coupe la rivière et ne laisse qu’une étroite ouverture par où les eaux se précipitent avec une force irrésistible. Il fallut que leurs bateliers, aidés de bon nombre de naturels qui se tenaient sur les rochers de chaque côté de l'ouverture et dans l'eau à l'arrière du canot, le levassent à force de bras. Mais au delà on leur assurait qu'il n’y avait plus dans tout le cours du IViger un seul endroit dangereux. Ils dépassèrent deux derniers îlots, lieux charmants, couverts de verdure et de fleurs, et virent le fleuve se déployer avec magnificence : pas un rocher, pas un banc de sable, n'interrompaient cette belle nappe d’eau; les rives aussi avaient repris leur riant aspect. Ils débarquèrent de bonne heure au pied d'un petit village de la rive orientale, où leurs gens et leurs chevaux les avaient précédés. Des porteurs de Yaourv vinrent les chercher, et aussitôt ils se mirent en route. Le sentier se dirige au nord-nord-est. Le pays s'élève graduellement; le sol, à mesure qu’on approche de Yaoury, est d’une nature meilleure. On aperçoit de tous côtés de vastes champs cultivés en blé, en riz, en indigo, en coton. Les hommes occupés a cescultures semblaient animés au travail par le son continuel d'un tambour. Au sommet d’une coliineescarpée, ils trouvèrent un autre sentier tout obstrué d'arbrisseaux épineux, qui laissait place à peine au pnssaged'un homme : ce sentier les conduisit jusqu'au pied des murs de Y’aoury. L’entrée de la ville est défendue par une immense porte, toute revêtue de plaques de fer. Yaoury est située à huit millesenviron au nord nordest du village où ils avaient débarqué.

L'UNIVERS

iaoury estunroyaunv* étendu, floris- -an t, bur oc à l est par le liaoussa. a l'ouest par le Borgou, au nord par le Cubbie, et au sud par le Nyffé. La couronne est héréditaire et le souvernement despotique ; cependant le dernier sultan avait ete déposé par ses sujets pour sa violence. truand les freres Lânder visitèrent la ville de Yaoury, il y avait trenteneuf ans que régnait son successeur. Il entretenait alors sur pied une foree militaire considérable pour repousser les attaques continuelles desFeifans et pour réprimer l'insurrection naissante d ' F.nyarski, province éloignée qui refusait le payement du tribut ordinaire. — La ville de Yaoury est d'une étendue prodigieuse, et fort peuplée. Ses murailles, de vingt a trente milles de circuit, sont très-hautes et très-solides quoique faites en terre. Elles sont percées de huit vastes entrées ou portes bien défendues, à la manière du pays. L’industrie des habitants est active et assez avancée: ils fabriquent de la poudre a fusil, mais de médiocre qualité, de tres-jolies selles, des toiles, etc. Néanmoins ils sont pauvrement vêtus, ont peu d'argent et se plaignent toujours de leur misere. Les femmes de la classe aisce, comme celles de Bousâ, ont un soin particulier de leur coiffure; elles se teignent les cheveux en bleu et se les font trcs-artistemeiit tresser. Elles se barbouillent aussi les lèvres de jaune et de bleu, et se noircissent les yeux avec de la poudre d’antimoine ou quelque autre drogue de même nature qu on apported'un pays appel eJacoba. Elles font aussi une grande consommation du henné, pour les dents et les ongles des mains et des pieds. Les femmes pauvres en sont réduites au tatouage. — La résidence du sultan et les maisons des rincipaux habitants ont deux etages.

Ju escalier en terre conduit aux appartements de l'étage supérieur. Toutes les portes de communication sont assez liautes pour qu’on y puisse passer sans se baisser. La plupart des maisons sont de forme circulaire ; il y en a peu de carrées ; celles du sultan sont groupées tres-irrégulièrement. Dans l'enceinte même de la ville on a laissé beaucoup de terrains libres, propres à servir de pâturages ou de champs et de jardins. Ça et la sont jetés en abondance

les citronniers, les palmiers, les arbres a beurre et les dattiers : ce dernier arbre, à qui le terrain parait convenir, y acquiert une grande force de végétation, sans donner jamais de fruits.

De Yaourv nos voyageurs voulaient redescendre le Niger jusqu'à son embouchure; nrais le but avoué de leur voyage était le Bornou; il fallut donc feindre auprès du sultau de Yaoury que, leurs présents et leurs provisions étant épuisés, ils étaient obligés de retourner vers la mer; ils lui représentèrent que le moyen le plus court et le plus facile de le faire était de descendre la riviere en canot. Je ne saurais rappeler ici toutes les circonstances de leur négociation ; le sultan voulait les retenir pour les dépouiller complètement. Ayant eu le bonheur d’interesser à leur cause et de faire intervenir le roi de Bousâ . apres un séjour de six semaines, ils réussirent à sortir de Yaoury, le 2 août. Ils avaient passé dans cette ville le temps des pluies et des tornades ; quand ils la quittèrent la végétation avait repris toute sa force. Ils ne s’engagèrent pas dans le sentier qui les 3vait amenés à Yaoury, mais en choisirent un autre situe plus au nord, qui devait les mener presque en ligne droite à la rivière Cubbie. Ce sentier tout comme l’autre était raboteux, coupc de torrents profonds et rapides. Vers midi, ils arrivèrent près des murailles d’une villeassez considérable . nommée Ouada , et tirent halte auprès d'une petite crique de la rivière CuDbie, où se trouvaient deux bateaux de dix-huit à vingt pieds de long, assez differents de ceux de Bousâ et conduits chacun par quatre rameurs. La rivière de Cubbie tombe dans le Niger à quatre milles de la crique où ils s 'étaient embarqués ; ils ne tardèrent donc pas à naviguer dans le fleuve même, par un courant de deux à trois milles à flieure. Ils le descendirent très-rapidement jusqu’apres le coucher du soleil, et débarquèrent auprès d’un petit village cumbrien. Le temps delà moisson approchait: sur toutes les rives des nombreuses branches du Niger ils n’apercevaient que de vastes et fertiles champs de blé. Partout des gens montes sur des plates-formes, à la hauteur et mêmeau-dessus des blés, qui s’élèvent jusqu'à dix ou douze pieds, ef-

GUINÉE

frayaient et chassaient des milliers de petits oiseaux. En quelques endroits on avait tendu des cordes de la plate-forme à unarbre,et suspendu aces cordes des calebasses trouées et enfilées dans des bâtons, qui au moindre mouvement des cordes s’entre-choquaieut avec grand bruit et faisaient fuir toutes ces volées d’oiseaux. Nos voyageurs soupèrent fort mal dans ce village. A cette occasion, ils uous apprennent que, le sel étant une denrée de trop grand prix dans ces pays, les naturels emploient en place des cendres de bois contenant quelques particules salées. — Le 4 août, leurs rameurs prirent terre à ff^arri, le marché le plus célèbre de toute la provinced’Ê’ngarski, où affluent des milliers de naturels de differentes parties du pays, indépendamment de ceux de Yaoury, de BousA et de Wowou; à cause du bas prix des denrées nos voyageurs traversèrent le fleuveà Warri, et, passant du côté de Bousâ, descendirent dans une petite ville murée, appelée Garnicassa , habitée par des Cuinbnens et située à cinq milles a peu près au nord de Bousâ. A peu de distance et en vue de Garnicassa , toutes lesbranchesdu Niger se réunissent et forment une belle et magnifique nappe d’eau de sept à huit milles de large. » Que de- « vient cette richesse du fleuve à Bousâ, « où il n’a pas plus d’un jet de pierre de « largeur et une profondeur proportion- « née? C’est ce qui est vraiment inexpli- « cable, d’autant plus qu’à la distance « d’une heure de marche, lefleuve, rede- « venu nohleet vaste, conserve sa largeur « même, dit-on, jusqu’à Fonda. Ce fait « singulier favorise l'opinion qu’une « grande partie deseaux du Niger fuit par « des passages souterrains de la ville de « Garnicassa jusqu’à quelques milles au- « dessous de Bousâ. Comme nos vovan geurs parlaient de la rivière à l'un « des naturels, un Fellan, qui les écou- « tait, s’avança pour émettre l’étrange « assertion qu’au lieu de se rendre à « Fonda le fleuve tourne à l’est et se « décharge au lac Tchad dans le Bor- « nou. Les théories sur le Niger dans le « pays même sont plus variées et plus » contradictoires que les hypothèses « des savants en Europe. » — A Garnicassa . les frères Lânder assistèrent aux jeux des Cumbriens. L’asservissement

n’a pas abattu ni assombri ce peuple : rien de plus animé que lo danse des femmes de ce pays ; jeunes filles et femmes mariées avec leurs enfants sur le dos, toutes s'y mêlent. Elles forment d’abord une ronde, se tenant l’une à l’autre fortement par le bras et tournant lentement en trainaDt les pieds à terre. Cet exercice exige de pénibles efforts, et quelques jeunes filles dès les premiers tours sont obligées de quitter le, cercle. Peu à peu cette ronde si lente s'anime, se presse et arrive à tourbillonner avec une effrayante rapidité, si bien que quelques anneaux de la chaîne se brisent et que l’on voit de pauvres femmes lancées violemment contre terre. Les hommes contemplent avec le plus vif intérêt ces jeux de leurs compagnes; debout, à l'écart, appuyés sur leurs longs épieux, la tête couverte de leurs singuliers chapeaux à trois cornes, faits de jonc ou de paille tressée, ils ajoutent à l’effet pittoresque de la fête, qui dure souvent toute une nuit. — De Garnicassa les voyageurs longèrent la rive du Niger jusqu’à Bousâ. Le sentier était tout défoncé par les pluies, et il leur fallut une heure de marche à cheval pour faire ce court trajet. La Midiki les reçut à genoux, et leur souhaita encore une fois la bienvenue à BousA, au nom du roi, puis les conduisit vers un groupe de maisons habitées par les Fellans, et par des émigrés du Yarribaetdu Nyfïé. esclaves du roi pour la plupart. Peu de minutes après leur arrivée , on leur envoya du lait en abondance et de grandes calebasses de riz et de poissons cuits dans l’huile de palmier, et le soir ils reçurent la visite du roi. La première chose qu’il leur dit fut qu’ils ne pouvaient se dispenser d’aller visiter fVawou avant d'aller à Funda.

Et il fallut qu’ils promissent de le faire. La Midiki, sœur du roi de Woxvou, voulait lui ménager les présents des voyageurs européens. Le roi , du reste, leur renouvela fa promesse qu’il avait faite à leur messager de leur procurer un canot pour descendre le fleuve. Mais avant de s'engager tout à fait, il dut aller demander au Bekenrouah ( l’eau noire, c’est ainsi que le Niger est partout appelé) s’il était prudent à des hommes blancs de s’embarquer sur ses ondes. La réponse ayant été favorable, le roi les in-

L’UNIVERS

vita à acheter au roi «le Wowou un canot faitd'un seul troncd’arbre, embarcation plus solide et plus sûre que celles de Bousâ.

Le 1 1 août, sur un nouvel avis du roi, ils partirent a cheval, pour Wowou. Le chemin' était dans le plus mauvais état, rempli de trous et envahi par des herbes tellement élevées qu’elles les couvraient d’eau, pendantque les épines des buissons leur déchiraient leurs habits et les mains. De distance en distance il leur fallait passerde petites rivières, rapides comme des torrents et oncaisséesdansdes rives raboteuses et taillées à pic. A quelques milles de Bousâ, ils traversèrent en canot une. branche du Niger qui tourne à l'est et forme unecharnianteriviere. On leur assura qu’elle ne se réunit au fleuve qu’apresavoir fait le lourde l’État de Wowou. » C'est cette même rivière qu'on avait « représentée au capitaine Clapperton « comme entourant la ville et une par- « tie du royaume de Bousâ. Trompé par « cette fausse information, il crut qu'elle • rentrait dans le Niger à l'endroit «. même où elle s'en écarte. » On leur dit aussi qu'elle allait joindre l 'Oly : si cela était vrai, le Kiama et le Wowou formeraient une espece d’ile. Entre une heure et deux de l'après-midi, ils s’arrêtèrent dans une ferme du roi de Bousâ, où ils trouvèrent du blé grillé, et de l'eau ; puis ils allèrent coucher dans un agréable petit village, entouré de plantations de fclé et d’ignames, et voisin du mont Georges II'. Le lendemain, après une marche de douze milles à peu près sur une excellente route, ils entrèrent dans la ville de If'owou par la porte de l’Ouest : arrivés au galop devant la résidence royale, ils s’annoncèrent par deux coups de pistolet. Le roi vint à leur rencontre ; mais comme le messager de Bousâ n'était pas là, et que, suivant l’étiquette, on ne peut commencer aucune conférence sans lui, le vieux chef attendit avec une patience admirable qu’il fdt présent, et de deux heures ils ne purent l’approcher. Un grand nombre de Mallams bien vêtus marchaient devant le roi; un homme, portant sur l’épaule une pesanteépée. les suivait, et une longue procession de femmes et d’enfants fermaient lecortége. Enfin le messager de Bousâ arriva et les conduisit au roi. L’entrevue ue dura qu'un

moment, et ilsallèrent occuper la maison où avait logé le capitaine Clapperton.

Le roi leur envoya des œufs, du lait, des ignames et un mouton gras. — Le vendredi 13 août, jour du sabbat musulman, fut consacré à des divertissements de tous genres. Les musiciens du roi, beaucoup plus habiles que ceux de Katunga, de Kiama et de Yaourv, ne cessèrent de jouer. Vers le soir commença la course de chevaux qui a lieu toutes les semaines à'pareil jour ; huit ou dix poulainsaussi beaux qu’agiles y prirent part. Commeelle finissait le roi parut, précédé d'une troupe de chanteuses et de danseuses. Il s’avançait tranquillement au pas. Il portait ses vêtements avec grâce; son cheval était élégamment et presque richement caparaçonné Une seconde course s'engagea en sa présence, et son fils fut l'un des coureurs ; en passant devant le roi ils se découvraient tous. Le départ du roi clôt ordinairement la fête. Les voyageurs reçurent le soir la visitede plusieurs filles dû roi, de son frère et de son ami. L 'ami du roi ( Avoikin SouJlikia ) est un personnage fort important dans le Borgou : il y occupe le second rang dans l’Etat et remplace le roi dans toutes ses fonctions, en cas de maladie ou d’absence. Le lendemain, ils assistèrent à une longue et bruyante procession de femmes attachées à l'ancienne religion du pays ; elles traversèrent la ville en marchant et en dansant alternativement; elles tenaient à la main de grosses branches d'arbres. La prêtresse venait de boire l’eau fetiche : elle était portée sur les épaules d’une de ses disciples enthousiastes, et deux autres soutenaient ses bras tout agités de frissons. Des convulsions tordaient ses membres et décomposaient son visage; ses yeux hagards erraient sur toutes ces femmes, qui semblaient, comme elle, possédées du démon. Derrière elle on portait de même une plus jeune femme, en proie à un délire moins violent. Elles pouvaient être au nombre de quatre-vingt-dix a cent ; elles étaient vêtues de leurs habits de fêle ; de temps en temps le son du tambour et des fifres réglait leur marche ; elles y mêlaient des cris perçants en brandissant dans l’air les branches qu'elles tenaient à la main : c’était un spectacle plutôt étrange que grotesque.

GUINÉK.

I.a religion que professent ces enthousiastes était naguère (Joiniuante dans le pays , et y est encore , comme on voit , fort réveree. Il est à croire même que jamais la doctrine musulmane dans ces pays de l'intérieur de l’Afrique ne paraîtra complètement dégagée des traditions et des cérémonies uu fétichisme. Cette ancienne religion est exempte de sacrifices humains. — A Wowou, dès que la mort d’un homme riche est connue, tous ses amis se rendent dans sa maison, et, couverts de leurs plus mauvais vêtements, y restent sept jours à le pleurer. On l’enterre dans la cour même de sa maison. Pour les pauvres, il y a un lieu de sépulture commune dans un bois voisin de la ville; les parents du pauvre, en l’y accompagnant , font également une espèce de station ou de retraite , même plus prolongée. — Dans cet État, comme dans celui de Bousâ, l’esclavage est une condition perpétuelle dont rien ne relève. Si un homme libre achète une esclave pour en faire sa femme, les enfants qu il aura d’elle appartiendront à celui qui l’a vendue ; il pourra les enlever dès qu’ils commencent à courir, et leur mère même, quoique mariée, doit retourner près de lui, et le servir à son premier appel. — Les frères Lânder, dans leur séjour à Wowou, recueillirent d’importants renseignements sur l'état politique du Borgou. Ils apprirent avec étonnement que Bousâ et Wowou n'étaient pas considérés comme parties de cet empire, mais qu'ils formaient des États séparés, distingués par un idiome etdes usages particuliers ; que les gens du Kiama, qui appartient bien au Borgou, ont pris dans un commerce habituel la langue , les usages et les fêtes de Wowou et de Bousâ, ne retenant du Borgou que le caractère hardi , orgueilleux , féroce , rapace, tout à fait opposé à l’humeur douce et humble des naturels de Wowou et de Bousâ. La prééminence dans le Borgou appartient au roi de Niki, qui prend le titre de sultan de Borgou et domine, indépendamment du Niki, sur I e bouoy, le Aiaina, le Sondera , le A ’ingkd, le A'orokou, le Lougou et le Pumli. Niki est à sept jours de marche à l’ouest de Wowou; il a au nord le Bouoy, à l’ouest Kingka, à l’est Kiama, au sud Sandero, tous éloignés de lui d'une même distance

de trois journées dans leurs directions respectives. Quant aux autres États ou provinces, Korokou est à seize journées et Pundi à vingt journées à l'ouest de Wowou, et Lougou a vingt jours au sudouest de la même ville. La ville de Niki n'est pas entourée de murs, mais fort peuplée ; elle est, dit-on, aussi grande que Yaoury. Le roi n’a pas moins de mille chevaux. Ses soldats sont courageux et entreprenants. Niki est presque le seul royaume de l’ouest que lesFellaus n’aient pas encore osé attaquer. Les fantassins de Niki ont un côté de la tête rase, pour se distinguer du reste des habitants. On compte dans cet État au moins soixante-dix villes du premier ordre, qui toutes ont dans leur dépendance plusieurs petits villages. Une fois dans sa vie, le gouverneur de chacune de ces grandes villes est tenu d'envoyer en présent au sultan une jeune et jolie fille pour être admise dans son sérail. Bouoy ne le cède guère a Niki ; ses nombreuses villes acquittent de même en femmes leurs contributions. Bouoy et Sandero nourrissent beaucoup de chevaux ; mais il n’y en a pas un seul dans Kingka , Lougou et Korokou; ces derniers États, à l'exception de Lougou, sont dans la dernière misère. La prospérité de Lougou tient a ce qu'il est situé sur le passage des milliers ue marchands qui tous les ans vont à Gonja, ancienne province de l’Aschanti, chercher des noix de goura. Il parait que Pundi avait récemment secoué le jougdeNiki; les habitants de cet État ont la plus mauvaise réputation. On les redoute comme les plus hardis voleurs et le plus méchant peuple du monde.

De retour à Bousâ , pour l’époque des grandes fêtes annuelles, les freres Lanaer purent observer la ville sous un aspect tout autre que celui qu'ils connaissaient déjà. Habituellement le séjour de Bousâ est triste et insipide, et fort différent de celui de Wowou. Quelques jours avant l'ouverture de la grande tête mahometane, les habitants des villes et villages des environs affluent à Bousâ. « L'ap- « proche des jours de plaisir semble épa- « nouir tous les cœurs; tous les yeux « sont brillants, la joie éclate sur tous « les visages; les chiens même, qui en « d'autres temps sont traités avec tant

L’UNIVERS

« de rudesse, courent çàet là, joyeux, » en agitant leurs queues avec une cer- « taine assurance. Les hommes et les « femmes, animés par l’attente des plai- « sirs du lendemain, causent, chantent « et dansent dans tous les coins de la « ville; tandis que les enfants, entière- « ment nus, joueurs, gais, se roulent et « sautent sur le gazon comme de jeunes « faons. Pour cette solennité, un bœuf « parvenu à moitié de sa croissance a été « égorgé par la Midiki, pour subvenir

• aux besoins du bon peuple de Bousâ « et des nombreux étrangers qui encom- « brent la ville, en sorte que tous ceux « qui ont de quoi payer peuvent acheter

• et manger. On a aussi approvisionne le « marché d'une plus grande quantité de « riz et blé. Le mercredi I** septembre, « vers le milieu du jour, le roi sortit de « son palais pour se montrer au peuple ; « il était accompagné de ses principaux « capitaines, qui le suivirent a travers la

• ville, jusque hors des portes, où il allait « d’abortl uffrir une courte prière aux « dieux de sa religion : car, bien qu’il « emploie des prêtres mahométans à » prier pour lui, il est encore païen, « comme etaientsesaïeux. Plusieurs mu- « siciens faisaient partie de l'escorte, et « précédaient le roi en jouant de toutes « leursforces du tambour, du lifre et de « la longue trompette de cuivre des Ara- <■ lies. Le monarque rentra, puis ressor- « titpresqueaussitôt, et parcourut lente-

• ment la promenade à cheval, accompa- « gné d'hommes et de femmes fort sin- « gulièrement accoutrés, chantant et « dansant devant lui ; par derrière vc- « nait une troupe de cavaliers bien vé-

• tus, montés sur de vigoureux chevaux

• et équipés comme pour la guerre.

« Lorsque nous le saluâmes, le roi s’ar- « réta et nous fit remettre une noix de « goura, ce qui, en pareille occasion, « passe pour une marque de faveur par- » ticuliere ; il resta au moins dix nunu- « tes en face de nous , afin de nous lais- « ser admirer sa grandeur et de nous » divertir par les gambades de ses bouf- « fous. Souriant de notre étonnement,

• et charmé de l’hommage que nous lui « avions rendu en déchargeant nos pis- « tolets tout prés de lui, il nous fit un « gracieux salut, et passa. Il montait un « très-beauchevalgris, somptueusement

« caparaçonné, et toute sa personne avait « quelque chose de nobleet d'imposant;

• sur sa calotte rouge il avait un large tur- « ban de même couleur; sa robe était am-

• pie et flottante, ses pantalons en drap « rouge, et ses bottes à l’arabe. Sous cha- « que arbre étaient assis des groupes de « gens parés, armés de lances, de longs « arcs, de carquois pleins de flèches.

« Quelques-uns, tenant à la main des « queues de vaches entremêlées d’or- « nements, les faisaient tourner rapi- « dénient au-dessus de leurs têtes en

• chantant, et les lançaient à une hau-

• teur prodigieuse dans l'air, les rat- « trapant dans les intervalles de la « danse la plus extraordinaire : ils je-

■ taient leurs jambes et leurs bras,

« comme agités par une pu issanee surna- « turelle; tout le monde était exalté et « en mouvement , cavaliers et piétons ,

« femmeset enfants; les musiciens aussi,

« non contents de faire retentir tous les « échos de Bousâ des sons les plus rau- « ques et les plus discordants, chan- « taient ou plutôt beuglaient, dansaient,

« se tordaient la bouche, et faisaient « force grimaces et contorsions. Cegro- « tesque spectacle déGait toute descrip- « lion. La suite du roi tirait des coups « de fusil, et le peuple luttait avec elle « de bruits assourdissants et bizarres.

« Jamais nous n’avions vu le nionar- « que si heureux ; il souriait gracieuse-

• ment à tout ce qui l’entourait, et lan- « çait à ses bêtes, de temps à autre, un « coup d'œil significatif et fin. J .a céré- « monie fut longue et fatigante, et, quoi- « que le roi fût abrité du soleil par deux « immenses ombrelles, etquedeux liom- « mes, debout près de lui, fussent sans « relâche occupés à l’éventer, de larges « gouttes de sueur tombaient de son « front, et il paraissait épuisé. Après son « départ commencèrent les préparatifs « pour la course : la carrière à parcourir

« était courte, le terrain inégal, et la * « lutte entre les cavaliers fut médiocre-

■ ment animée et dura peu. En général,

« I A courses sont ici fort inférieures a « celles de Kiama ou de Wowou. —

« Avec le coucher du soleil les jeux ces- « sèrent; la foule se réunit alors devant « la maison royale, afin d’entendre un « discours du prince; car il est d'u- « sage, et c’est une coutume ancienne-

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GUINÉE

ment établie, que le roi de Bousâ harangue son peuple pour la célébration de cet anniversaire. Le monarque dépasse de la tête tous ses sujets, de sorte qu’il était vu de tout l’auditoire. lleommença parassurer son peuple de la tranquillité intérieure de l’empire et des dispositions amicales qu’avaient pour lui les puissances étrangères ; il l’exhorta ensuite à s’occuper avec zèle de la culture du sol, à vivre avec tempérance , et conclut en enjoignant à tous d'user très-sobrement de la bière; il déclara que l’usage immodéré de cette boisson était la source de beaucoup de maux, et la cause de la plupart des querelles et des troubles qui avaient éclaté, dans la ville. Son improvisation dura trois quarts d'heure ; il parlait avec beaucoup de vivacité et d’éloquence, ses expressions étaient graves et fortes, ses gestes imposants; et il congédia l’assemblée d'un air gracieux et noble.

En guise de sceptre, il tenait la touffe d'une queue de lion. — Cette première journée était consacrée aux exercices des hommes à cheval ; le lendemain il

jf eutdes danses, des chants et d’autres eux, auxquels pouvaient prendre part des individus de tous rangs, hommes et femmes. Le matin, de bonne heure, des groupes nombreux, accompagnés de musiciens, commencèrent à parcourir les rues, en chantant et en dansant. Il v avait gaieté et bonne humeurgénérale ; tous les traits rayonnaient de joie et d’une joie peu commune. Il y eut un court répit à tout ce tumulte pour se préparer à aller rejoindre le roi et sa suite, qui se réunissaient en hâte ; d’ailleurs des amusements si vifs et si violents épuiseraient bientôt les constitutions les plus robustes, surtout dans cet étouffant climat. L’assemblée du palais offrait un aspect tout à fait singulier : une troupe de soixante à soixante-dix Fellans, hommes, femmes et enfants, se tenaient , les uns debout , les autres assis en face de la porte d’entrée conduisant aux appartements intérieurs; leurs vêtements, d’une propreté remarquable , étaient variés et d'une coupe agréable ; les cheveux longs et noirs des femmes, artistement tressés, étaient retenus par

« des réseaux, ou de petites calottes, et « leurs tuniques de cotonnade rayée flot- « taient et descendaient jusqu'à terre;

• les hommes portaient des calottes rou- « ges, de larges tohés blanches et d’ain- « pies pantalons ; les petits enfants, gra- « cieusement habillés, étaient chargés « de toute la parure et de tous les orne- « ments que les parents avaient pu se « procurer. Les Fellans ont beaucoup « plus de vivacité dans le regard et « dans le geste que leurs compagnons ; « ils formaient la portion la plus inté- « ressante et la plus belle à voir de toute « l’assemblée. A leurdroite, dans un pe- « tit enclos entouré d’un mur de terre « très-bas, était assise la reine de Bousâ, « vêtuedericiieset belles soieriesanglai- « ses, qui n’étaient point ajustées a sa « taille , mais dont le désordre avait de « Télégance; elle assistait de là aux jeux. « Derrière elle étaient rangées les « antres femmes et esclaves du roi, en « grand nombre ; ce groupe, d’assez « bonne apparence, ne le cédait qu’au « premier. De chaque côté des Fellans « et derrière eux, on voyait la foule im- < mense des spectateurs. Beaucoup « d'hommes portaient le costume ma- « hométan , la calotte, le tobé, les pan- « talons; et la plupart des femmes « étaient vêtues de fines et solides étof- « fes du pays , jetées nonchalamment « sur l’épaule gauche , retombanljusqu’à « terre, et laissant découverts Ténaule, « lebras,etunepartiedelajambearoite:

« quelques-unes portaient des cotonna- « des communes de fabrique anglaise à « dessins larges et vulgaires; leurs pro- « près étoffes surpassaient de beaucoup « ces produits étrangers. — Quoique le « roi n’eût pas encore paru , les amu- « sements reprirent avec une grande « ardeur. Loin de paraître las , les dan- « seurs semblaient redoubler de vigueur « etd'aclivité, tandis quehuittambours, « assistés don fifre, les excitaient de leur « mieux. D'abord , un homme s’élança « hors de la foule, tenant à la main un « faisceau déjoues, qu’il faisait tournoyer « au-dessus de sa teteavec une inconce- « vaille dextérité. Bientôt, il fut rejoint « pardeux femmes fellanes, qui imitèrent « ses mouvements. L’une d’elles donnait « la main à une petite fille, et les quatre « personnages, l'homme, les deux fem-

L’UNIVERS

« mes et l’enfant, continuèreutleur danse « jusqu’àce qu'ils fussent complètement > épuisés ; alors trois ou quatre autres in- « dividus les remplacèrent , et les qua- « drilles se succédèrent ainsi , sans la ■ moindre interruption. Ils suivaient < la mesure de la musique et du chant ; « mais, au lieu des mouvements rapi-

• des et animés que nous avions vus a dans ces occasions, les danseurs mara chaient d’un pas lent et cadencé, et « figuraient d'une façon tout à fait dé- » centeetgrave. Les femmes se servaient « pour s’éventer de petites nattes ron- « des, de diverses couleurs, et nous » nous amusions fort à les voir mettre « ces nattes devant leur bouche, quand a elles voulaient se cacher la figure ou « rire à la dérobée. — Cependant eha- « cun attendait le roi avec anxiété et

• impatience, cac il n’avait pas encore « assisté aux amusements du jour. A « quatre heures, il se montra enfin sur « le seuil d’une de ses huttes. Sa pré-

• sence fut saluée d’un roulement gé- « lierai de tambours. Il s'assit sur un « tabouret, entre l’enclos de la reine et « le groupe de Fellans; et, nous démé-

• tant dans la foule, nous invita à nous « placer près de lui. Plusieurs scrvi- « teurs qui avaient suivi leur maître, « debout à ses côtés , formaient, pour « ainsi dire, sa garde d'honneur. Un de « ces hommes portait deux gros fais- « ceaux de lances, dont les pointes » étaient contenues dans des especes de « couvercles de cuivre poli. Il appuyait « sa tête avec solennité surces faisceaux « d'armes en inclinant légèrement le « corps en avant ; tandis qu'un immeuse « chapeau d’herbes ou de joncs, desccn-

• dant de ses tempes jusqu aterre.lecou- « vrait comme un bouclier. D’autres « hommes tenaientdes piques, deséven- « tails, des flèches, et les deux prûdigieu- « ses trompettes arabes dont nous avons « déjà parlé. Ainsi entouré, le roi sem- « blait jouir avec délices des divertisse- « ments. Plus ravi qu’aucun autre , il « exprimait sa satisfaction aux danseurs « et aux chanteurs qui lui plaisaient par « des regards charmés cl des paroles en- « courageantes. Un joyeux sourire ani-

• niait sa physionomie, et donnait à ses

• traits cette expression de contenle-

• ment et de belle humeur qu’il ne man-

< que jamais d’avoir daus les fêtes et les « réjouissances publiques. Du reste, a il était naturellement d’un carac- « 1ère doux et gai. Une vieille femme, « grande et forte, mal taillée, à l'air

• gauche et masculin , se mit ensuite à « danser seule devant le roi; elle affec-

• tait un grand sérieux, conservant en i dessous une expression de malice, et » lançant au roi et à sa suitedes regards « de côté pleins de tendresse et de co- « quetterie, sans cesser cependant de x danser et de donner à toute sa per- « sonne le mouvement le plus extraordi- » naire. Elle eut le plus grand succès;

• et, piqué au jeu, le roi se leva, dès « qu’elle eut fini , et entra dans le cercle « pour déployer à son tour ses talents.

« Chacun se tint debout par respect pour x lui, et aussi pourl’applaudiretlemieux « voir. Le roi commença avec beaucoup x de roideur et de gravité; et le peuple « exprima son admiration par des crisde x joie à percer la nue; il est vrai que les x tentatives du monarque pour plaire à « ses sujets et les amuser méritaient bien x cette vive sympathie. Pour nous, specx tateurs plus indifférents et plus froids, x il nous a semble que la nature n’avait u pas doué le roi de Bousô de grandes x dispositions pour la danse : il a une x taille majestueuse, marche avec aix sauce, monte bien à cheval, mais il a les x pieds comparables, pour la grosseur, x a ceux d’un dromadaire, et sa légèreté x est à l’avenant. Quand la première x danse fut terminée, le roi en commença x une seconde, imitant le trotd’unclièx val du pays partant pour la guerre, x Cette imitation était, comme on l’imax gine, des plus burlesques , niais elle ne « aura pas longtemps. Au bout de quelx ques minutes, le roi regagna une de ses x huttes, toujours trottant, et disparut « sui v i des bru va n tes cia meurs d’en tlioux siasme de toute la foule. — Le soleil « était couché, et au départ du prince les x chants et lesdauses cessèrent ; le peuple « n’en persista pas moins à attendre pax tieinment son retour. Cette fois il ne se « lit pas trop attendre, et revint bientôt « suivi d’un jeune garçon portant deux x calebasses de cauris, qui lurent distrix hués aux assistants. Avant tout, x le roi en prit une poignée, et en donna « à chacun des chanteurs, danseurs,

GUINEE.

« danseuses et musiciens. I.u grande « vieille, (|ui avait dansé seule, ne fut « pas oubliée, et reçut double paye.

« Cette première distribution faite, à la « satisfaction apparente de tous, le reste « descauris fut jeté par le roi au milieu de » la foule. Alors, parents, enfants, frères,

« sœurs, étrangers, amis, tous se ruèrent « les unsconlre les autres, se culbutant,

« tombant sur la ligure, sur les genoux.

« La mélée dura dix minutes ; enfin la « multitude assemblée devant la maison « du roi allaitse disperser, lorsque le bon « monarque, qui aime ses sujets avec la « tendresse d’un père, ne voulant pas les « renvoyer chez eux sans leur procurer « un nouveau plaisir, se mit a danser de « côté jusqu'à mi-chemin de la prome- « nade, et revint de même a sa demeure, « avec une majestueuse gravité. C’était

> vraiment la un royal effort : la Mi-

> diki souriait de satisfaction et d’orx gueil ; le peuple faisait entendre un « tonnerre d'applaudissements : le soux vernin n’avait jamais été aussi aimé x qu’en ce moment. Cependant à me- « sure que la nuit venait, le silence se a rétablissait peu à peu , et chacun re- « tournait chez soi. C’était le dernier « jour de fête et la clôture des réjouis- « sauces. »

Le 20 septembre seulement, les frères Lânder quittèrent Bousd pour commencer à descendre le lleuve. Apres une heure ou deux de navigation, ils débarquèrent dans une petite Ile de la rive occidentale, nommée Mélalie , assez bien cultivée par une population toute com-

fiosee de gens du Itorgou. Depuis liousâ e lleuve est couvert d’ilots semblables, séparés par des canaux profonds, et presque tous habités et bien cultivés comme les deux rives : ils estimaient le courant de cinq à six milles à l’heure. Quoique les eaux fussent alors tres-hautes, ils eurent quelque peine a passer certains récifs. — Ils ne tardèrent pas à dépasser les limites de Bousd, sur la rive orientale, et longèrent dès la le territoire du roi de Nyffé, et d’abord une ile très-boisée, appelée la 'J'erre de chacun (/ tny Man' s Land) ; elle est fertile, mais inhabitée à cause du grand nombre de chevaux sauvages qui s’y trouvent. Le même jour, à cinq heures apres midi, ils atteignirent /nguazilligie, immédiatement après avuir passé

devant une très-grande ville, fort agréable, nommée Con</ie(sans doute la même que la Songa de Clapperlon, qui la traversa en se rendant de Comie à Bousd).

Inguazilligie , que Clapperton nomme Comie ou plus proprement fPojerque, est la première ville du royaume de Wowou que l’on rencontre, sur la rive occidentale du Niger, eu descendant le fleuve.

Le lit du lleuve, libre de rocs en cet endroit, a permis qu'on y établit un bac ; on l’appelle le bac du Roi. C’est la route du commerce, le passage habituel de tous les marchands allant et revenant du Nyffé aux pays situés au nordest du Borgou. Au bout d’un quart d’heure ils s'arrêtèrent dans un petit village situé sur une belle et grande ile qu’on nomme Patashie , où se tient un grand marché , et distante de Bousd de quarante à cinquante milles. La-première chose qu’ils aperçurent à vingt ou trente pas du bord de là rivière fut une plateforme toute couverte d’ossements énormes et de crdnes d’hippopotames, sortes de trophées de chasse amassés depuis longues atuiees. Patashie est une Ile étendue, du séjour le plus riant, tout ornée de bosquets de palmiers et d’autres grands et beaux arbres. Elle produit beaucoup de blé et d’ignames; avec cette fertilité du sol, les habitants sont si actifs qu’ils n’ont.pas négligé un seul acre de terrain. Les chevaux, les ânes, les bœufs, les chèvres, les moutons, la volaille, y abondent. Quoique ses habitants soient tous originaires du Nyffé, ils sont tributaires de Wowou. Un canal fort étroit sépare Patashie de ’l'iah, autre ile, peut-être encore plus grande et plus peuplée, et tout à fait semblable à Patashie par le charme des sites, la fécondité du sol et l’abondance des productions. Les habitants des deux îles ont même origine et mêmes habitudes.

Nos voyageurs restèrent plusieurs jours dans Plie de Patashie, les chefs des deux îles leur envoyèrent régulièrement d’énormes bols d'ignames pilés et de viande cuite dans l’huile de palmier. Entre autres choses, la vue d’une prison pour femmes les y frappa vivement ; c’était une case plus vaste, mieux située et plus ornée que les autres. Eb dehors, de chaque coté de la porte d’entrée , et adossées à la muraille, étaient placées

L’UNIVERS

deux figures en terre, à peu près demandeur naturelle, l'une censée représenter une femme debout et nue, et destinée sans doute à rappeler à toute heure l’objet de cet établissement, et en pendant un crocodile, un peu mieux imité.

I.es jeunes gens des deux sexes vont entièrement nus , et ne prennent de vêtements qu’après le mariage. Toutes les femmes se servent d’une terre rouge pou r se teindre les cheveux. Les habitants de ces contrées sont sujets à peu de maladies, et encore ne sont-elles nullement dangereuses. La petite vérole y est trèscommune , mais se termine rarement d’une manière funeste. Le ver solitaire, des lièvres intermittentes assez légères, des maux d’yeux, et des coligues, sont les affections les plus ordinaires. .Mais les ulcères dégoûtants et effroyables qui frappent les habitants de la cote y sont inconnus. Du reste, les naturels n’ont aucun médicament actif, quoiqu’ils prétendent connaître une multitude de plantes médicinales. — A quelques milles au-dessous de Patashie on rencontre un groupe detrois îles rangées .¥18 suite l'une de l’autre, et toutes verdoyantes, uu’on appelle collectivement Raah. Dans l'une de ces îles est bâtie une grande ville marchande. Nos voyageurs continuèrent à naviguer quelque temps sans trouver d'obstacles ; mais pour se tirer d’une chaîne de récifs il leur fallut bientôt s’engager dans un canal fort étroit, couvert, et presque caché par les épais ombrages du bord, et embarrasse de roseaux et de fortes herbes. Ce canal, d'un

fiassage assez difficile, les ramena dans e grand couraut du fleuve. Ils passèrent encore devant une ou deux villes, et débarquèrent, trois heures environ après leur départ de Patashie, à Lever, ville importante située à vingt milles de cette île. — Lever ou Layaba, quoique située sur son territoire, n’appartient pas au roi de Wowou ; il n’y possède pas un sujet, pas un canot. La population de cette ville est fort nombreuse. Malgré sa vaste étendue, elle ne paraissait construite que depuis quelques années. Les habitants viennent tous du Nyffé ; ils résidaient auparavant dans un village sur l’autre rive du fleuve; mais ils ont passé surlarivcdroite, pouréchapper aux Fellans, leurs cruels ennemis. Ils n’y ont

réussi que très-imparfaitement, et trois ans avant le passage des frères Lânder, la ville de Layaba avait été complètement dévastée par les Fellans ; il leur fallut même, pour prévenir le retour de pareilles calamités, sc soumettre à payer un tribut au prince des Fellans qui réside à Rabba, ce qui ne les exempte pas des contributions continuelles que leur imposent de nombreuses bandes errantes de Fellans. — |Les bords du fleuve près de Lever sont taillés à pic, et s’élèvent â peu près de quarante pieds au-dessus del’eau. En cet endroit, le fleuve est profond et débarrassé de tous récifs. Il se dirige droit au sud ; nos voyageurs le descendirent donc très-facilement pendant douze ou quatorze milles. Sa lareur variait de un à trois milles; le pays e chaque côté était plat, et un petit nombre de villages, sales et bas, étaient épars sur les rives. Leterrain commençait alors à devenir plus montagneux; des collines rompaient la monotonie de l’horizon. Ils rencontrèrent deux petites îles , et trois hautes et remarquables collines se dessinèrent du côté de lest, toutes trois sortant brusquement de la plaine et à la distanccde quelques toises fesunesdes autres. Sur les deux bords de la rivière se courbaient d’immenses arbresà feuillages touffus, entre lesquels on apercevait un sol ouvert et bien cultivé; et à en juger par le nombre de villes et de villages épars sur tout ce qu’on pouvait voir du pays , il doit être fort peuplé. — A une heure après midi nos voyageurs prirent terre a une grande et spacieuse ville, nommée Hajiibo , habitée par des naturels du Nyffé , quoiqu’elle soit situéesur le territoiredu Yarriba (rive occidentale). Cette ville n'est pas murée et cependant très-florissante, d’une grande importance commerciale, et fort peuplée. Des échanges continuels se font entre les habitants des deux rives , et le fleuve, à cet endroit , est couvert d’innombrables canots, d’une forme particulière. Le fond est fait d'un seul tronc d’arbre , puis on y adapte des lanrhes qui en élèvent les bords à une auteur considérable. Dans la plupart on bâtit des abris, véritables maisons, comme les appellent les naturels : on y allume du feu, on y fait la cuisine, on y couche. Le faîte est couvert en paillee’t

agle

GUINÉE

circulaire. Ces cahutes sont fort utiles; elles permettent aux marchands de voyager avec leurs femmes et leurs enfants, et de remonter ou de descendre le Niger a des distances de plusieurs jours sans avoir à aborder nulle part. Comme les naturels n’ont rien qui ressemble à la poix, au chanvre, ni au goudron, ils se servent de crampons de fer pour relier les planches ensemble et les rapprocher quand un canot fait eau ou, ce qui arrive fréquemment, qu’il se dessèche et se fend au soleil. Le séjour de lîajiébo est aussi désagréable que possible ; les huttes sont si rapprochées les unes des autres , qu’il n’y a nas dans toute la ville de passage commoae pour un homme seul.

I.'air n’y circule pas, et l’absence de tout ombrage, la saleté et l’odeur infecte de ces ruelles fangeuses achèvent de rendre ce séjour insupportable. Le peuple de 14ajiébo habitait primitivement la rive opposée; mais, comme celui de Layaba, il a cherche à mettre le lleuve entre lui et ses redoutables ennemis, sans que ce rempart l’ait protégé davantage. La ville paraît être gouvernée par deux chefs, l’tmfluNyffé, l’autre Fellan ; mais celuici a une supériorité incontestée sur l’autre. — Juste au-dessous de Bajiébo, une île sépare le Niger en deux branches de largeur presque égale. A une heure de là on passe devant deux villes d’une étendue considérable; bientôt on longe, du côté du Nyffé, la base d’énormes rochers de granit de couleur sombre, et on atteint la grandeville de Litchi, habitée par des Nyfféens et gouvernée par les Fellans. La largeur du Niger en eet endroit est de trois milles à peu près, et les habitants ont de nombreux canots pour traverser la rivière et pour aller à la pêche. Nos voyageurs s'arrêtèrent deux heures seulement à Litchi , et, repassant la rivière, descendirent assez vite le courant le long d’une Ile d’une étendue considérable qui est a une portée de fusil de Litchi. Après avoir déassé un grand village ouvert, d’assez onne apparence, qui est sur le bord occidental, ils descendirent dans une petite ville, peu de milles plus bas, et sur la même rive, pour y prendre d’autres bateliers , ceux de Litchi refusant d’aller plus loin, quoiqu’ils n’eussent ramé que pendant quarante minutes

et avec peu d’efforts. Aussitôt après l’avoir quittée, ils longèrent une antre île qui paraît fertile, mais qui est, diton , inhabitée ; puis ils passèrent en vue d’une double rangée de montagnes rocheuses, dont l’une proprement borde le lleuve. Les deux chaînes courent du nord-est presque droit au sud. Il leur fallut bientôt prendre terre à un petit village sur une lie, pour changer encore de bateliers, les leurs ne voulant pas plus que ceux de Litchi s’éloigner trop de chez eux,

• L’aspect de ces montagnessauvages est

• triste, mais très-pittoresmie : des ar- « bres secs et rabougris , des buissons

• chétifs , dont les feuilles semblent « grises et flétries, sortent des creux ou « interstices des rochers et pendent sur « d’immenses précipices dont ils cachent « en partie lescrêtcs dentelées. Oslieux « semblent vouésà la désolation et n’être « visités que par les bêtes féroces, les oi-

• seaux de proie ou l’ombre des nuages, « qui, en passant, assombrissent encore, « s’il est possible, le sauvage aspect de « ces sites. Sur un des sommets s’élève « un large et singulier bloc de pierre « blanche, qui, de loin , ressemble tout

• à fait à une ancienne fortification. »

Vers la fin de la journée (mardi 5 octobre), ils dépassèrent l’extrémité de la

Ïiremièrc chaîne de montagnes, et, sur es quatre à cinq heures de l'après-midi, prirent terre à un village de pêcheurs sur une petite lie, nommée Madjie, qui appartient aux Nyfféens. Ils y furent gracieusement accueillis par le chef, qui disposa pour eux d'une hutte spacieuse, leur envoya quantité de vivres apprêtés, et les traita enfin à tous égards de la meilleure grfloe du monde! I.es rives qu’ils avaient vues ee jour- là sont hautes et bien cultivées; la rivière se dirige à l’est-sud-est , et la distance de l’Ile où ils étaient à Rajiébo leur parut être de trente milles. Le thermomètre avait marqué durant le jour soixantedix-huit, quatre-vingt-douze et quatrevingt-quatorze degrés. — Le lendemain , verssept heures, ils quitteront Pile de Madjie, et poursuivirent leur voyage sur le lieuse, qui tourne d’abord à lest, côtoyant une nouvelle chaîne de montagnes^ puis coule pendant plusieurs milles un peu au sud-est. Près de 111e de .Madjie, le Niger se divise eu trois bras ;

L’UNI VKRS.

le plu» oriental est le plus profond et le plus stlr. F.n dépassant une autre lie, ils découvrirent tout à coup un roc élevé, appelé par les naturels mon! Keza ou Kvzy , et au même instant ils l’eurent en front. « Il fait, à lui seul, une petite " île et n’a guère moins de deux cent «■ quatre-vingt-un pieds ; l’aspect en “ est grandiose. Excessivement escarpé t et sortant brusquement de la rivière, •* son effet est prodigieux: sa base est « frangée d'antiques arbres, et plusieurs « jeunes rejetons essayent des’accroeher “ a ses lianes arides et presque nus. La « hauteur du mont KeZa, sa position iso- « lée, sa forme étrange, le distinguent « de toutes les autres montagnes et le » rendent l’objet d’une attention parti- « culière. Il est grandement vénéré par « les naturels de ces contrées. La tra- « dition attachée au mont Keza est « d’une nature très-romanes<|ue : ils « croient qu’un génie bienveillant en « fait sa demeure habituelle et favorite , ■ dispensant autour de lui de bénignes « et célestes influences. Ici les affligés « sont déchargés de leurs misères, les » nécessiteux sont pourvus; les larmes « se changent en sourires ; le mal , le « chagrin, la souffrance, sont ignorés; “ l’austérité même s’y égaye, et les inquié- « tudes de l’avenir y font place aux

• jouissances du présent et à une insou-

• ciante gaieté. Mais surtout, disent les « naturels, c’est ici que le voyageur ha- « rassé trouve asile contre l’orage ,- re- « nos pour scs membres fatigues, les

délices de lasécurité et de l’abondance, « et je sommeil et les rêves du bien-être. « Pour obtenir tout cela il n’a qu’à faire

• connaître ses besoins et ses désirs à « l’esprit de la montagne ; la réponse à « sessupplicationsest instantanée. Il re- « oo it de mains invisibles la nourriture « la plus délicate et la plus exquise ; et » quand sa vigueur est revenue il peut « en liberté continuer son voyage ou

• s’arrêter pour jouir quelque temps des « bénédictions de l’esprit du lieu. » Un peu nu nord , un autre roc nu s'élève seulement de quelques toises au-dessus de l’eau. — A neuf heures du matin les voyageurs prirent terre près d’une petite ville, pour se pourvoir de nouveaux rameurs, qu’ils attendirent près d'une heure. Ils longèrent ensuite le bord

oriental de la rivière; et à onze neures ils commencèrent à apercevoir la fumée de la célèbre ville de llabba, à plusieurs milles devant eux. En une demi-heure ils eurent atteint Hle plate et marécageuse de BiU. Là ils s’arrêtèrent dans une grande ville, basse et sale, bâtie à fleur d'eau , et reçurent un messager de Mallam-Dendo’, prince fellan de Rabba, chargé de les assurer que son maître partageait tous les sentiments de bienveillance du roi de Nyffé pour eux , et de leur annoncer pour le lendemain la visite du grand roi des Eaux noires. — Le cours du fleuve de Madjie à Plie de Bili est au sud-est ; la distance de douze milles ; les bords du côté oriental ou du Nyffé sont d’une hauteur moyenne et parsemés de petites collines. Les deux rives paraissent bien cultivées. — Le jeudi 7 octobre , entre neuf et dix heures, les voyageurs, qui avaient été attendre la royale visite dans leurs canots à l’ombre d'un grand arbre, à peu de distance de la ville, entendirent des chants accompagnés en mesure par le battement des pagayes, et quelques minutes après ils virent un canot conduit par un petit nombre de rameurs , puis à une certaine distance derrière, un second canot, beaucoup plus large, que vingt beaux et jeunes esclaves faisaient glisser sur le fleuveen chantant. « Leur mélodie rappe- « lait, bien que plus lente, celle que nous « avions entendue sur plusieurs points « de la côte occidentale. Le roi des Eaux « noires était avec eux. Nous demeurâ- » mes surpris, à mesurequ’ils appro- « citaient, non-seulement de la longueur « extraordinaire du canot, mais de sa « propreté inaccoutumée, et surtout de « la pompe et de l'éclat de ses décora- « tions. Au centre, une petite tente « bigarrée s’appuyait contre le mât, et " au-devant tombait une large pièce de * drap écarlate ornée de morceaux de ga- « Ion d’or cousus en différents endroits. « A la proue se tenaient trois ou quatre « enfants demêine taille, vêtus avec pro- « prêté et élégance, et à la poupe, « nombre de musiciens de bonne mine.

« Les jeunes rameurs rivalisaient avec « leurs compagnons de parure et de « beauté; tous faisaient le meilleur ef- » fet possible. Aussitôt que son canot « eut touché à terre, le roi des Eaux sor-

GUINÉE. 349

» tit de sa tente , et, suivi des musiciens « et d'une partie de l'équipage, se rendit « à la case où se traitent les affaires pu- » bliques, et où peu de minutes après on « nous invita à entrer. Le chef de l’ile et « les anciensétaient assis de chaque cdté « du roi ; et mon frère et moi , comme « marque de distinction, nous filmes pla- « cés en face. Quand les compliments « d'usage eurentétééehangés, il nous in- » forma avec beaucoup de solennité de • son rang et de son titre, et du motif de « sa visite tout honorifique pour nous.

« Cela fait, il nous présenta un pot d’exeel- « lent miel et deux mille cauris, sans » compter unegrande quantité de noixde « goura, qui sont cultivées dans le pays. « N'ayant rien déplus à dire ou à faire, x nousserrâmes la main de sauoire malt jesté, dont le nom est Sulikcn Rouah, *> en lui exprimant notre reconnaissance « pour son magnifique présent, et nous « retournâmes à nos bateaux. Le roi « des Eaux noires est un homme de « bonne mine, un peu battu des ans; « sa peau est couleur de charbon, ses « traits grossiers sont bienveillants, et « sa taille avantageuse et imposante. Il « portait un burnous entier de drap bleu « commun ; et par-dessus une tobe bi- « zarre, faite d une imitation de satin, « de morceaux de drap du pays et de « damas cramoisi cousus ensemble ; son « bonnet était de drap rouge, de larges <■ pantalons de Haoussa et des sandales « de cuir de couleur complétaient son « costumq. Deux jolis petits enfants de « dix ans à peu près, tous deux de même « taille, le suivirent dans la case en qua- « lité de pages. Leurs habillements k étaient propres et gracieux, etleurs pe- « tites personnes fort soignées : chacun « d’eux tenait une queue de vache enjo- « livée d’ornements ; et se plaçant l’un « à droite, Fautre à gauche du chef, ils « chassaient loin de lui les mouches et b les insectes, et l’approvisionnaient de « noix de goura et de tabac. Le roi « était aussi accompagné de dix de ses b femmes, très-jolies filles, au teint bril* « lant,cou!eurdejais, portantdegracieux « bonnets du pays bordés en soie rouge; ir des étoffes coton et soie étaient atta- „ citées autourde leur taille, et leur tuni- « que de dessous était très-courte. La « coutume de se teindre les ongles des

« doigtset des orteils avec du henné sent- « ble générale parmi elles; elles avaient « les poignets ornés de jolis brace- « lets d’argent et le cou de plusieurs « rangs de coraux. Il était juste midi « quand Suliken Rouah , remontant « dans son canot royal , quitta File de « Bili. L’auguste ro! des Eaux noires « avec sa suite en vingt-huit canots eut « la condescendance de nous céder le « pas ; et nous ouvrîmes la marche, nous « dirigeant vers Rabba. >' Après une agréable et facile promenade cfe huit à neuf milles , le cortège s’arrêta devant File de Zangoshie. Cette lie est extraordinairement basse; la ville est bâtie sur un marais, et chaque hutte, pendant toute la saison des pluies, distille l’eau par son toit et ses planchers, faits d’une terre humide et molle. Les murs sont bâtis de la vase du fleuve, et les poutres et les lattes qui les soutiennent ne les empêchent pas de craquer en mille endroits; de larges crevasses ouvertes au vent et à la pluie se dessinent sur les murs de toutes les maisons. Près d'une centaine de cases sont, à vrai dire, construites dans Feau. Naturellement elles sont infestéesdemosquiteset de toutes sortes d’insectes dégoûtants. Lorsque le Niger se retire et que tout le limon du fleuve reste exposé aux ardeurs du soleil, le séjour de la ville doit devenir très-dangereux. Les naturels de Zangoshie montrent peu de soin et de propreté dans l'arrangement et l'entretien de leurs habitations, mais ne négligent pas de même leurs personnes; iis sont toujours bien vêtus, et nos voyageurs avaient rarement rencontré un aussi rand nombre d'hommes grands, beaux, ien faits et de femmes agréables. Si le Fellan chérit par-dessus tout son cheval, l'habitant de Zangoshie fait de son canot l’objet de ses affections et de son orgueil. Le Niger est couvert de ces légers esquifs que leurs maîtres mettent toute leur gloire à diriger adroitement. Le gouverneur de File, qui est ce roi des Eaux noires , possède six cents embarcations.

Travailler sur Feau ou dans Feau est un bonheur pour les naturels, c'est une passion, ils s’y livrent avec excès. Tout le commerce par eau, dans cette partie de l'Afrique, est entre leurs mains. Ils sont maîtres du bac de communication avec Rabba ; et le passage est une source de

L’UNIVERS

revenus immenses pourceuxqui sont intéressés dans cette spéculation. Ilsexeellent à la pêche ; de fait la population de Zangoshieest en quelque sorte amphibie ; les habitants se jouent continuellement dans la fange des marais ou nagent et s’ébattent dans l’eau. Cependant l’année n’cst pas consacrée tout entière aux travaux sur larivière; car le sol est biencullivé, et divers objets de manufacture témoignent de l’adresse et de l’art des ouvriers. La toile qu’ils fabriquent, comme leurs compatriotes du Nyffé, les tobés et les pantalons qu’ils en fout sont parfaits et ne déshonoreraient pas une manufacture européenne. Ces vêtements sont recherchés des chefs , des hommes puissants, et des rois; ils font l'admiration des nations voisines , qui s’efforcent en vain de les imiter. Les frères Lânder virent aussi des bonnets qui ne sont qu'à l’usage des femmes ; c’est un tissu de coton entremêlé de soie, d'un travail exquis. Hommes, femmes, tous sont laborieux, sans cesse occupés, soit de la préparation des aliments, soit d’autres travaux domestiques. Dans leurs promenades, ils rencontraient des groupes de naturels lilant du coton et de la soie, d’autres fabriquant des vases et des plats de bois, des nattes de différents dessins , des souliers, des sandales, des parures et des bonnets ; d’autres façonnant des éperons en cuivre, en fer, des mors de bride, des houes, des chaînes de fer, des selles, des équipages de cheval , tous articles destinés au marché de Rabba et attestant beaucoup de goût et d’invention.

Ils n’assisterent pas à un seul divertissement public pendant leur séjour à Zangoshic. Les habitants pourraient servir d’exemple à leurs voisins : laborieux, indépendants, ils ne reconnaissent d’autre autorité que celle du roi des Eaux noires, et s’ils lui obéissent, c’est qu’il est de leur intérêt den’obeir qu’à lui. Ils ne s’inquiètent pas plus des Fellaus que ceux-ci ne s’inquiètent d’eux. Leur situation les protège contre toute invasion étrangère. Ils ont la liberté empreinte sur leurs traits, une légèreté, une activité dans tous leurs mouvements, remarquables surtout dans ce pays de paresseux. Ils sont hospitaliers , obligeants pour les étrangers, et vivent en bonne intelligence avec leurs voisins.

Il serait difficile d'estimer au juste leur nombre. Le terrain plat sur lequel la ville est située, l’absence de toute colline dans les environs d’où l’on puisse embrasser l’ensemble, rendent impossible tout calcul approximatif. Mais la population doit être très-considérable. C’est, suivant les frères Lânder, une des cités les plus étendues et les plus populeuses, aussi bien qu’une des plus importantes places de commerce de tout le royaume de Nyffe. L’ile peut avoir quinze milles de long et trois de large. Hubba est située en face de Zaugoshieet apparaît de là vaste, populeuse et florissante. Elle est bâtie sur le penchant d’une colline peu élevée, dans un lieu tout à fait dégarni d’arbres. Elle n’a pas d’enceinte de murailles et présente un ensemble fort irrégulier. En grandeur, en population et en richesses, c’est la seconde ville des Fellans; Sackatou seule lui est supérieure. La population est un mélange de Fellans, de Nyfféens, d'émigrés et d'esclaves de divers pays. Les Arabes et les étrangers y ont un quartier à part dans les faubourgs; le marché de Rabba est très-célèbre; c’est proprement un entrepôt général. On y trouve une grande variété d’articles des manufacturesétrangères et indigènes. Il est toujours bien fourni d’esclaves des deux sexes, pour la plupart prisonniers de guerre. On dit que les Fellans les traitent habituellement avec douceur. Un jeune homme fort et bien portant se paye quarante mille cauris ( deux cents francs a peu près), et une jeune fille, cinquante mille et plus, si elle est belle. Le marché est aussi fort approvisionné d’ivoire; une grande défense d’éléphant se paye mille cauris. Ce sont, en général, des marchands des bords du Niger, demeurant beaucoup au-dessous de Rabba, qui viennent au marché acheter des esclaves et de l’ivoire pour les faire passer jusqu’à la côte.

Comme je l’ai dit, Rabba est toute au pouvoir des Fellans ; et le roi légitime du Nyffé, à l’époque où les frères Lânder y passèrent, était complètement dépossédé. Il se nommait. Édérésa; peu de temps après 'avoir succédé a son père, son plus jeune frère, le Magia, avait excite contre lui un soulèvement, et intéressé à sa cause Bello, le fa-

GUINÉE

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