‹ Sénégambie et Guinée par m. Amédée TardieuChapitre 8 sur 18 · COMPAGNON DE VOYAGE DE CHAMPOLLION LE JEUNE · texte numérisé non relu

COMPAGNON DE VOYAGE DE CHAMPOLLION LE JEUNE

Au-delà des masses de granit qui forment la frontière méridionale de l'Égypte, commence avec la zone torride, la Nubie , connue des anciens sous la dénomination A' Éthiopie audessus de l'Égypte ( Æthiopia suprà Ægyptum).

Cette contrée, d’une vaste étendue, n’était en effet qu’une subdivision de l'immense région d'Éthiopie dont les géographes dé l’antiquité ne nous ont transmis que les limites vagues, et qui, sous cette désignation générique, comprenait tout le pays situé an midi de l’Égypte et d'une partie du désert Libyqué, et s’étendait au sud, jusqu'aux chaînes de montagnes de l’ Afrique centrale, qu’on supposait être l’extremité méridionale de ce continent.

Selon la géographie moderne, la Nubie proprement dite , dont les vastes solitudes sont bornées à l’orient par la mer Rouge ou le golfe A rabique, et se confondent aucoucliant dans les sables de la Libve et une partie du Soudan, a pour limites au midi l’Abyssinie et des contrées peu connues, habitées par des nègres païens,

lr* Livraison. (Nubie.)

au sud du royaume de Sennâar et du Kourdofân. Cette vaste étendue de pays , d’une largeur variable et diflicil’e à déterminer à cause de l’incertitude de ses confins occidentaux , occupe en longueur, du midi au septentrion, l'espace compris environ entre le douzième degré de latitude nord et le tropique du Cancer, qui établit, à quelques lieues près , la délimitation exacte de la Nubie et de l'Égypte.

Des différentes contrées de la Nubie, les unes ne sont que des espaces immenses, formant une suite de déserts arides et inhabités ; les autres présentent un sol fertile et peuplé. Parmi les premières , le grand désert dit de Nubie, confinant au midi de l’Égypte, occupe, entre l’ancienne Libye "et la mer Rouge, la partie septentrionale de cette région étendue , connue des géographes, depuis l’antiquité, sous le nom de Troglody tique. Au-dessus de la limite de la zone pluvieuse , ces solitudes moins stériles prennent le nom de désert de Bahîouda. Les rives des nombreux cours d'eau qui sillonnent la Nubie méridionale, sont

L’UNIVKRS.

lus particulièrement fertiles et hai tables , ainsi que toute la vaste zone ui est arrosée par les pluies périoiques.

k» Il est difficile de déterminer exactement les divisions politiques d’un pays qui a subi tant de révolutions, et dont les populations sont en grande partie nomades. Cependant les bords du Nil ont vu se former des établissements fixes et durables. Dès une haute antiquité, la plus grande partie de l'Éthiopie au-dessus de l’Égypte a été annexée à l’empire des Pharaons ; comme l’Egypte, elle a été soumise à toutes les variations de la fortune.

Depuis, livrées aux vicissitudes de la guerre et de la conquête, plusieurs provinces de la Nubie se sont élevées tour à tour, et après la chute de Méroë, au rang d’états ou de royaumes indépendants. Dans la situation actuelle des choses, la géographie a reconnu les divisions qui doivent être assignées à cette contrée. Elle en a d'abord établi deux principales : la Nubie supérieure et la Nubie inférieure; cette dernière partie, appelée aussi Nubie turque , est le pays des JBarabrds ou Kenouz. Elle est située entre deux cataractes , depuis celle de Syène , à la frontière de l’É.gypte, jusque vers les défilés que les Arabes appellent la Région des pierres. Les confins méridionaux de cette province touchent à l’état jadis puissant de Dongotak. Plus haut , dans la région des pluies équinoxiales, se succèdent la province ae Jlarbar, les états de Clienây et d'f/a/fay, et enfin le vaste royaume de Scnndar , situé entre deux grandes rivières , et qui forme au midi le dernier anneau de cette chaîne de petits états arrosés par le Nil. A l’orient, le Taka et une partie du pays des SchangaUahs s’étendent depuis le Sentiâar jusqu’à la mer Rouge , et confinent au royaume de Tigré , ou l’AbySsinie septentrionale. Au couchant, les plaines du Kourdofdn , limites vagues de la Nubie supérieure , vont se perdre dans les états du Soudan.

Telles sont les principales divisions politiques assignées à la Nubie et

qui, à peu d’exceptions près, sont comprises depuis quelques années dans tes dépendances du gouvernement de l’Égypte.

Au commencement de ce siècle, et malgré les voyages de Poncet et de Bruce , nous n’avions que des idées incomplètes et pour la plupart inexactes sur cette contrée mystérieuse. Nous étions encore sous l’impression des notions que les auteurs anciens nous ont transmises sur l’antique Éthiopie, et l’imagination était vivement émue de toutes les choses extraordinaires u’ils en racontent : le merveilleux ont leurs récits semblent empreints piquait la curiosité au dernier degré.

On savait, d’après les traditions généralement reçues, qu’un fleuve, l'un des plus grands qui existent , et dont les sources sont inconnues, arrose l’Éthiopie; qu'il y franchit des cataractes d’une hauteur considérable avec un fracas extraordinaire ; qu’enflé par un déluge de pluies périodiques , vers l'époque du solstice d’été , il déborde, épanche ses eaux bourbeuses sur les contrées que son cours traverse pendant l’espace de plusieurs mois de marche, qu’il séjourne un certain temps sur les terres , y dépose un limon fécondant qui procure au pays inondé la plus grande fertilité et les productions les plus multipliées. D’après ces mêmes traditions , le sol de l'Ethiopie était des plus riches en métaux et pierres précieuses; l’or s’y trouvait en abondance : il y avait une montagne fameuse pour ses émeraudes, et une île pour ses topazes. Les animaux qui peuplaient cette contrée n'étaient as moins remarquables par leur nomre, leur taille monstrueuse et leur férocité. Enfin , selon l'opinion de uelques philosophes, la race humaine evait y être considérée comme spontanée et ayant pris naissance dans les régions supérieures de l'Éthiopie, où les deux principes de la vie, la chaleur et 1 humidité , se trouvent combinés au plus haut degré. C’est aussi dans cette contrée que les premières lueurs de l’histoire nous montrent l’origine des sociétés et le foyer pri-

NUBIE

juitif de la civilisation. Des une antiquité qui devance les calculs ordinaires de la critique historique, apparaît une organisation sociale, complètement réglée, avec sa religion , ses lois et ses institutions. Les Éthiopiens se vantaient d'avoir , les premiers , établi le culte de la Divinité et l’usage des suorilices. Là aussi se serait allumé le flambeau des sciences et des arts. C'est à ce peuple qu’il faudrait attribuer l'invention de la sculpture, l'emploi des caractères d'écriture, et enfin l'origine de tous les développements qui constituent une civilisation avancée. Le célèbre empire de Mirot, expression de cette civilisation, aurait, au-delà des temps les plus reculés auxquels remontent les annales humaines, peuplé la vallée du Nil , envoyé au loin des colonies ; et , par des analogies frappantes, appuyées de l’opinion de plusieurs historiens de l'antiquité, on serait amené à rattacher à cette souche primitive les origines égyptiennes, et, par suite, la source de toutes les civilisatipns.

Tels sont, en résumé, les faits principaux que l’antiquité nous a légués sur l’Ethiopie, et qui , par les grandes questions historiques ou philosophiques qu’ils soulèvent , prêtent un

f uissant intérêt à la connaissance et à étude de ces contrées. Toutefois, si l’on joint à ces notions les renseignements que les écrivains arabes ou orientaux ont donnés en petit nombre sur Ja région supérieure du Nil, et les relations incomplètes de quelques voyageurs européens, on concevra quel était l’état arriéré de nos connaissances sur la Nubie vers la fin du siècle dernier. A cette époque, un grand événement est venu changer l’etàt des cl îoses. A la suite de l’occupation de l’Égypte par une armée française, et à la laveur des germes de,’ civilisation qui avaient commencé à s'y développer sous l’influence européenne , l’accès de ces contrées devint plus facile ; on put se livrer à des excursions au-dcla des cataractes de Syène ; il fut permis enfin d’espérer Ja solution de questions qui intéressaient si vivement la géogra-

phie, et la science en général. Les espérances se sont réalisées en partit:. Nous citerons liurckardt, auquel on doit les notions les plus exactes sur la Nubie, et M. CaiUiaud, qui, sous la

Îirotection de l’expédition envoyée par e pacha d’Égypte au Sennâar, a pu parcourir cette contrée et donner uhe relation très-détaillée de ses observations jusqu’au midi de ce royaume.

Depuis, cette contrée a été explorée en partie par des voyageurs érudits , et enfin par C'hampolfion le jeune , qui seul avait mission de nous révéler et l’Egypte et l’Ethiopie antiques, par l'interprétation de leurs monuments.

Grâce à ses savantes investigations , nous sommes initiés, pour ce qui touche la Nubie, à la division religieuse qui fut établie, dans la région inférieure du Nil d'Éthiopie, et des lacunes de l’histoire sont en partie remplies par la date et le nom des fondateurs des édifices qui couvrent le sol de cette région. Déjà même, sous ses auspices, il nous est permis d’interroger les monuments , et de saisir les fils qui rattachent à une même communauté d’origine la civilisation éthiopienne et celle de l’Égypte, et d’apprécier les rapports qui ont pu exister entre ces deux sociétés aux différentes époques de leur histoire.

C’est avec le secours des renseignements puisés à de pareilles sources , et à l’aide de nos propres observations sur les lieux mânes, que nous donnons ce résumé, nous a|>puyant^l 'ailleurs du témoignage des écrivains de l’antiquité , lorsqu’il peut fortifier nos conjectures sur l’état ancien de cette contrée célèbre.

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