ÉTAT PHYSIQUE
La Nubie, située entre les tropiques, traversée par l'un des plus grands fleuves connus , dans toute son étendue du midi au nord (*), et placée entre une mer à l’orient , et un
(*) F.l-üakoui donne à la Nubie line longueur de (renie journée» de roule , en »nivant les rives du Nil. Édrisi dit qu’il faut duuv mois pour la traverser, en y ronipre-
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immense plateau , le plus vaste du globe , au couchant; s'étendant au midi vers de hautes chaînes de montagnes ; ouverte à toutes les influences du nord , présente à un plus haut degré que la plupart des contrées de la zone torride , un concours de circonstances extraordinaires dans sa constitution physique , son climat , ses phénomènes et ses productions. Sous ce point de vue, elle appelait plus u’aucune autre région les recherches e la science. Ces faits naturels particuliers à la Nubie, par la grande influence qu’ils ont exercée jadis sur l’état moral de ses premiers habitants, en font encore sous ce rapport une contrée à part. Une étude attentive de cette région , où l’homme parait avoir fait les premiers essais de l’état social , à une époque bien antérieure aux temps historiques, nous révèle une civilisation qui , descendue de la Haute-Éthiopie et suivant la vallée du Nil, aurait étendu ses bienfaits au loin sur des contrées à l’orient et au nord de l’Afrique.
De la constitution physique de cette région, observée dans’ ses rapports avec les institutions politiques et religieuses qui réglèrent son ancien état social ,ressorten t encore les traits caractéristiques et originaux, nous dirons même la physionomie locale , dont fut empreinte cette organisation antique.
C’est sous un double point de vue qu’il conviendrait de considérer en partie l’état physique de la Nubie. Cette manière de procéder doit amener de fréquents rapprochements entre l’Égypte et l’Éthiopie civilisées, qu’une communauté ancienne d’institutions rend pour ainsi dire inséparables sous beaucoup de rapports.
CONSTITUTIOW DD SOL.
If aspect de la région du Nil , à laquelle appartient le sol nubien , est un des plus extraordinaires qui existent sur le globe, par sa configuration
liant snuxduule IcSennAar ; Poncelet Bruce semblent dVcrord sur ce point avec le géographe arabe.
particulière et les phénomènes qui en font, dans sa plus grande étendue, une contrée habitable et isolée au milieu de l’aridité des sables. C’est un fait curieux à observer que ce long sillon de fertilité tracé par un fleuve puissant au milieu de ces immenses plages vouées à une stérilité éternelle et sans cesse envahissante.
Au travers de cette zone de déserts u’on a si bien nommés les lacunes ela nature, et qui traversent entièrement l’Afrique d’orient en occident, la vallée du Nil qui , dans certaines parties de la Nubie , atteint à peine plusieurs centaines de toises de largeur , est le seul lien qui rattache le centre de ce continent à ses régions septentrionales. Cette vallée parait avoir été creusée à peu près entièrement au travers d’une foule d’obstacles naturels par les eaux du fleuve même, et dans une direction presque continue du midi au nord, déterminée par l'inclinaison générale de cette partie de l’Afrique. La configuration de la région du Nil semble, d’après beaucoup de probabilités, avoir subi des changements importants, et son état actuel, suivant de graves autorités, aurait été substitué à un ordre de choses antérieur, par suite des dernières convulsions du globe , ou d’un de ces accidents de localité dont certaines contrées nous révèlent des exemples.
Dans l’antiquité, Hérodote avait avancé comme un fait positif, que la vallée inférieure du Nil d’Égypte, autrement dite le Delta , était un présent de ce fleuve. Ses inondations transportant chaque année une quantité énorme de limon des hautes régions de l’Éthiopie , et des dépôts successifs exhaussant le sol, auraient de plus en plus étendu la terre cultivable au-delà des embouchures du fleuve, et seraient arrivé à conquérir un vaste espace sur les eaux de la mer. De nos jours , on a été plus loin dans le domaine des conjectures. De bons esprits , se fondant sur l'observation attentive des faits physiques et de la constitution actuelle de la région du Nil , ont cru pouvoir établir qu’une grande partie
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de la vallce de l'Egypte fut primitivement occupée , soit par les eaux de la mer , soit par les sables. Dans cette hypothèse , les chaînes de montagnes transversales qui, depuis la Nubie supérieure jusqu'aux confins de l’Égypte, interrompent accidentellement le cours du Nil, auraient opposé dans l'origine des digues insurmontables au cours du fleuve précipité par une pente rapide du midi au nord. L’une de ces chaînes , située dans une partie de la Nubie appelée par cette raison la Région des pierres, devrait être considérée , ainsi que les niasses granitiques de Syène , comme ayant formé dans le principe les barrières les plus considérables que le fleuve n'aurait pu franchir pendant une longue série de siècles.
Ses eaux enflées , en s’accumulant contre ces barrages naturels , se seraient déversées d’abord dans les déserts à l’ouest du cours qu’elles décrivent aujourd’hui. Le voyageur peut encore suivre de loin en loin la trace du lit qu’elles se seraient creusé au milieu des sables, et dont la tradition locale semble s’étre transmise d’âge en âge jusqu'à nos jours, dans la désignation de fleuves sans eau que les Arabes du désert donnent encore ii ce qui reste de ces espèces de vallées. De grands fossiles du règne végétal , dés arbres de haute futaie, qui se montrent à l’état de pétrification lorsque les ouragans les exhument du sein des sables mouvants, viennent aussi attester de la manière la plus évidente , que là où l’on ne voit plus u’une stérile aridité, il y eut, à une poque très-reculée, une végétation active, peut-être même de vastes forêts alimentées par l’humidité d’une inondation bienfaisante. Enfin , on ne saurait .se refuser à admettre cette hypothèse , quand on observe la chaîne dé ces oasis, disposées les unes à la suite des autres, et dans la direction du midi au nord, toujours d’après l’inclinaison générale du sol dans cette partie du continent africain. Situées au milieu d’espaces immenses qui ne sont jamais humectés par les eaux du ciel , ces oasis semblent autant de
jalons qui ont résisté à l’envahissement des sables , comme des témoignages éternels de la puissante fertilité dont les eaux du Nil sillonnèrent jadis cette partie de la région libyaue.
A cette époque reculée l’Égypte n’existait pas , selon toute apparence , et les éléments de la civilisation étaient alors retenus, comme les eaux du fleuve , au-dessus de ce que nous appelons aujourd'hui les cataractes.
L’Éthiopie renfermait tous les germes qui devaient se développer plus tard jusqu’à l’état le plus perfectionné sur la terre des Pharaons. Ainsi s’expliuerait la présence sur les monuments e l'Égypte d’une foule de productions et d’animaux qui n’ont jamais existé dans cette contrée, et dont l'origine appartient bien évidemment à la Haute- Éthiopie. Un nouveau degré d’intérêt s’attacherait à la création de l'Égypte par le Nil , qu’un mythe religieux avait consacrée. Chez un peuple où les faits naturels avaient leur expression mystique, la tradition d’un événement aussi remarquable devait être enregistrée soigneusement, comme se rapportant à ses origines. L’Éthiopie devrait donc être regardée comme le berceau de l’Égypte.
Il était nécessaire de remonter autant que possible à l’état primitif des choses , avant de considérer la constitution actuelle de la région du Nil.
Le sol de la Nubie , par son inclinaison générale du midi au nord , et par sa configuration , appartient au grand système qui , d’après la géologie moderne , constitue le continent africain, et qui se compose de plateaux tendant à s'élever successivement vers un point culminant, situé au centre, à peu près sous l’équateur , et où se développent de grandes chaînes de montagnes qui forment comme le noyau de l’Afrique. Plusieurs de ces immenses plateaux et particulièrement une partie de celui de Nubie, dont quelques montagnes ou des chaînes de collines interrompent quelquefois l'uniformité , sont couverts de sables fins et mouvants, de cailloux roulés comme par les tempêtes. La présence
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des eaux de la mer dans ces solitudes, à l’époque des plus grandes révolutions du globe, semblerait attestée par les nombreuses couches de sel gemme qui apparaissent à la surface du sol et les gisements de coquilles marines, à l’état fossile, qu’on y rencontre fréquemment. Une zone de ces déserts, que les eaux du ciel n’humectent jamais , est condamnée à une éternelle stérilité.
Dans ce gouffre toujours altéré, est absorbée et se perd la multitude des cours d’eau que leur pente naturelle conduit de la région pluvieuse vers cet autre océan. A peine quelques rares oasis y apparaissent comme des tles, pour réjouir l’œil par leur verdure. C’est tout au plus si en fouillant profondément ces plages inhospitalières, on y rencontre quelques filets d’une eau saumâtre. Un seul grand fleuve , par la masse imposante ae ses flots , a pu se frayer un passage au milieu de cés sablés. Une crue périodique , en épanchant ses eaux bourbeuses sur scs rives, dépose un limon argileux qui renferme les qualités vé-
S étales au plus haut degré. Ce contraste e deux espèces de sol adhérentes l’une h l’autre , et cependant différant si essentiellement dans leurs qualités, commedans leurs résultats, avait frappé dès l’origine les habitants de ces parages, qui, comme tous les peuples primitifs , ne voyaient dans les faits -, physiques que l’expression de ^''puissance divine. Ce phénomène leur ins-
fiira l’allégorie la plus ingénieuse que a mythologie antique ait consacrée comme l’un de ses dogmes religieux fondamentaux. Le fleuve, c’est Osiris, le principe fécondant, qui, descendu des hautes régions de l’Ethiopie, crée la terre cultivable et alimente la végétation et les êtres animés. Le désert, le principe éternel de stérilité , se personnifie dans Typhon , être malfaisant , sans cesse envahissant et sans cesse refoulé par Osiris qu’il ne peut anéantir. La limite des deux empires est celle des débordements. La terre fécondée est représentée par Isis, h la fois soeur et épouse d’Osiris; et la terre aride du désert, qui ne participe
jamais aux bienfaits des inondations , se personnifie dans Nephthys , sœur et épouse de Typhon. Condamnée à la stérilité dans son hymen , elle ne pourrait produire que par un adultère avec Osiris , c’est-à-dire l’épanchement des eaux du fleuve sur la terre du désert. Ce mythe si clair établit parfaitement la distinction entre le sol
Srimitif et le sol d’atterrissement ou ’alluvion, qui le recouvre en partieet se renouvelle à certaines époques fixes.
Le lit du fleuve, parfois creusé profondément, surtout dans la région inférieure, révèle à chaque pas la nature des obstacles qu’il a dû vaincre. La variété des richesses géologiques du sol nubien apparaît à découvert tantdt dans les couches de roches coupées à pic par Faction des eaux, tantdt parmi des débris roulés et rejetés par les ouragans sur la limite des déserts. Les monuments de l’antiquité qui, grâce à un ciel conservateur, subsistent encore sur les rives du fleuve , peuvent aussi donner une idée de la nature des matières exploitées par les anciens.
En remontant vers le sud au-dessus de l’île d’Kléphantine, où sont les frontières méridionales de l’Égypte, et audelà de Syène, connue par scs fameùses carrières de granit oriental , appelé aussi syénit , on y reconnaît encore les traces de leur exploitation par les anciens Égyptiens, et des ébauches de ces gigantesques monolithes dont ils décoraient les temples et les palais.
On rencontre d’autres chaînes de cette matière recherchée, variant de couleur, souvent rose ou noire, quelquefois nuancée de ces deux espèces , et à laquelle le temps et l’action de l’air n’ont rien Ôté de sa vivacité. Au granit succèdent plusieurs variétés de grès et de brèche ; entre autres , cette espèce dure, à grain serré , dont on sculptait lesstatues colossales qui gisent encore éparses sur le sol de la Nubie. On
S résume que l’Égypte tirait autrefois e l’Éthiopie la plupart des blocs de matière précieuse qu’on retrouve dans les hypogées et les ruines des grands édifices, sous la forme de sarcophages,
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de vases et de statues. Parmi les amas de cailloux rejetés sur la lisière des plages désertes, on distingue partois des fragments de brèche , de serpentine , d'agate , de cornaline, que les anciens travaillaient avec tant d'art, et dont les femmes font encore leur parure. On rencontre aussi le marbre, le jaspe de toutes les espèces , dont une particulièrement paraît propre à la Nuoie; et enfin le basalte, qui est la pierre éthiopienne d’Hérodote et de Strabon. D'après le témoignage des anciens, vers la chaîne Troglodytique qui côtoie la mer Rouge , d existait une montagne où les émeraudes se trouvaient en abondance; mais elle est inconnue aujourd'hui , ainsi que la fameuse île. des topazes. Il en est de même d’une mine d'or située vers les mêmes parages , et qui , selon Diodorc, était exploitée en grand sous les Ptolémées. F.n général, on ne trouve l’or en quelque abondance qu’à la hauteur du Sennàar, et plus encore au midi. Au-dessous de ce point, en en obtient des parcelles amenées de loin , par le lavage du sable des torrents , à l’époque où ils sont à sec.
L’argent est plus rare que l’or. On pourrait presque en dire autant des métaux d'un usage vulgaire. Le cuivre se trouve au Kourdofàn. On ignore si c’est de là que provenait celui dont les anciens Égyptiens fabriquaient des instruments tranchants, et auxquels ils savaient donner une trempe si dure , à défaut du fer , dont la petite quantité suffit à peine aux usages de première nécessité. On a remarqué que les richesses du sol augmentent davantage à mesure qu’on remonte vers le sua , comme si l’on devait l’attribuer à l'influence qu'aurait eue l’action plus directe du soleil sur la formation de cette partie du globe.
CLIMAT FT rnÉNOMÈMES.
Trois saisons régnent successivement en Nubie : la première , celle de la sécheresse et de la stérilité, qui commence après le solstice d’hiver, et à laquelle succède la période des pluies
et de l’inondation, environ depuis le solstice d'été jusque vers l’équinoxe d'automne, et qu’on peut regarder comme l'hiver de la zone torride ; enfin l’époque de la fertilité, qui commence avec l’automne des climats tempérés de l’Europe.
Mais ces différentes saisons, et les phénomènes qui les accompagnent, se modifient d’après la position géographique et les circonstances particulières aux diverses régions de cette vaste contrée. Ainsi la Nubie peut se diviser, sous le rapport du climat, en deux zones, qui offrent un contraste tranché et qui répondent exactement aux deux divisions que les géographes modernes assignent à ce pays : Subie supérieure ou méridionale , et inférieure ou septentrionale. La Nubie inférieure , à l’excention de quelques accidents atmosphériques ou variations sensibles de la température , ne présente constamment qu’une seule saison , celle de la sécheresse et de In stérilité. Cette région 'est condamnée à une aridité perpétuelle sous un ciel toujours pur, qui présente moins un rideau d'azur qu’une voûte d’airain où se réfléchit la blancheur éclatante des déserts. Une ondée de pluie y est regardée comme un. prodige , de même que dans la Haute-Égypte, qui est limitrophe. Si la monotonie du ciel y est troublée, c’est vers l'équinoxe du printemps, lorsque s’accomplit un phénomène auquel sont soumises presque toutes les contrées de l’Afrique boréale. A cette époque, pendant une période de cinquante jours environ, le vent desséchant du sud souffle par intervalles. Les habitants deccs contrées, dès la plus haute antiquité , comme la plupart des peuples primitifs, ou de ceux même voués au fétichisme, qui , en général, admettent un bon et un mauvais principe, reconnaissaient dans tous les phénomènes la manifestation de l’intelligence supérieure qui préside à l'ordre de la nature , qui règle la succession des saisons. Le souffle du midi, le principe, l’esprit malfaisant, eut aussi ses autels, en opposition au culte des divinités bienfaisantes. Par analo-
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pie avec la durée de ce vent, les Arabes le désignent en Égypte par le nom de Khamxyn ( cinquante ); c’est le semniim dans le désert.
Lorsque le khamsyn commence à souffler, l’atmosphère se trouble et se remplit d'une poussière rougeâtre tellement subtile qu’elle pénètre partout.
Au travers de ce voile, le disque du soleil apparaît couleur de pourpre, et la lumière du jour prend cette teinte sombre qu’on remarque lors des éclipses. L’air embrasé perd son élasticité, les bouffées qui se succèdent semblent sortir d’une fournaise et suffoquent quiconque y reste exposé. Une lassitude accablante s'empare des membres de l’homme, il perd l’appétit, il éprouve une soif cruelle, toute l’organisation est plongée dans la torpeur. Les animaux sauvages restent au fond de leurs retraites. A cette époque fatale, les caravanes évitent de traverser le désert. Malheur aux voyageurs imprudents que cette tourmente surprend au milieu des sables ! Bientôt des tourbillons de poussière leur obscurcissent la vue ; en proie à la soif, ils ne peuvent l’étancher ; l’eau est desséchée dans les outres; exténués, sans ressources, hommes et animaux succombent et ne tardent pas à être ensevelis sous les sables. Les effets de ce fléau dangereux seraient bien plus redoutables si la nature n’y avait mis des bornes. Ces rafales se succèdent avec des intervalles , et durent rarement plus de trois jours consécutifs; il serait impossible de résister à une plus longue épreuve.
A l’exception de ce phénomène, qui exerce pendant un temps limité sa maligne influence sur toute la Nubie, les vents du nord , presque alisés, rarement intermittents, procurent à la région inférieure une atmosphère pure et un air extrêmement sain, en compensation des trésors de fécondité qu’ils versent sur la région supérieure , au prix de la salubrité du climat. L’équinoxe presque continuel qui règne sous cette latitude, répare en quelque sorte par la fraîcheur des nuits l’existence des êtres sur cette terre brûlée pendant la saison chaude.
La variation de la température donne lieu à peu de maladies , quoiqu’elle y soit des plus considérables, surtout vers le solsticed’hiver, puisque, à cette époque, il n’est pas rare d’éprouver une différence de près de 38 degrés entre la température de la nuit et la plus forte chaleur du jour ; et, au grand étonnement des voyageurs, parfois on a constaté la congélation de l’eau sous la zone torride.
L’aspect de la Nubie inférieure répond à la monotonie de son ciel et à l’âpreté de son climat. Tantôt d’immenses espaces s’étendent à perte de vue , nus , sans aucune trace de végétation , et rappellent les plages abandonnées par la mer. Sur la lisière de ces sables mouvants, un gravier fin , des dunes sillonnées de rides et des ondulations que le vent, a soulevées en forme de vagues, attestent les tempêtes qui régnent à certaines époques sur cetélément mobile, et qui engloutissent aussi des caravanes et des tribus entières. Tantôt s’élèvent comme des écueils, au milieu de cette immensité, des masses de hauts rochers rembrunis par les ardeurs du soleil , et qui contrastent avec l’éclat des sables que le vent pousse et amoncelle sur leur crête sourcilleuse (/>/. 1). Dans ces lieux , où il ne croît pas un brin d’herbe , où les pierres sont encore brûlantes au milieu de la nuit, aucune créature vivante ne saurait exister.
A peine y trouverait-on quelques serpents, lézards ou scorpions. Ces solitudes servent de retraite, pendant le jour, aux gazelles que poursuivent les misérables habitants de cette contrée, dont elles viennent pendant la nuit, et en troupe, dévorer la chétive subsistance sur les rives étroites du fleuve. L’aspect de ce désert dans toute sa nudité , de cette nature inerte et décrépite au dernier degré , laisse dans l’esprit une impression de tristesse et d’abattement indéfinissable. A ces traits si frappants, le voyageur reconnaît aisément l’empire' que les anciens assignaient au génie malfaisant , à Typhon , et il éprouve involontairement le sentiment d’horreur et de
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désolation qu’ils avaient voulu inspirer en le personnifiant sous des formes hideuses et repoussantes.
La région supérieure de la Nubie , favorisée des plus grands avantages, résente le contraste le plus extraorinaire aux différentes époques de l’année. A la morte saison qui règne dans toute l’étendue de la contrée, succède l’époque des pluies et de Cinonilation périodiques.
Depuis une haute antiquité , ce phénomène a été l’objet des recherches et des discussions des érudits de toutes les époques. Diodore cite les nombreuses hypothèses dont cette question fut l’objet parmi les philosophes les
f>Ius célébrés. De nos jours, I opinion a plus commune rapporte ce fait régulier à deux causes. II est constant qu'à l’approche du solstice d’été, les nuages, poussés du nord vers le midi ar les vents alisés, rencontrent une arrière dans les hautes chaînes de montagnes de l’Afrique centrale; qu’amoncelées et refoulées sans cesse contre cet obstacle insurmontable , ces vapeurs agglomérées et chargées d'électricité crèvent et se résolvent en pluies, non par averses douces et continues, mais en orages violents et réitérés , qui sillonnent avec impétuosité les versants des montagnes et des plateaux élevés. C’est alors que des torrents desséchés pendant les deux tiers de l'année, remplis tout-à-coup comme par des trombes, roulent avec fracas , dans leur course furieuse, des fragments de rochers, des arbres ^arrachés aux forêts, et entraînent une partie du sol sablonneux qu'ils parcourent, et qui doit ensuite féconder les contrées sur lesquelles s’épanchent leurs eaux bourbeuses.
On doit aussi attribuer en partie le débordement périodique à des fontes de neiges qui coïncident à peu près avec l'époque des pluies. Cette opinion était celle de plusieurs érudits de l’antiquité. Selon Diodore de Sicile , « le « physicien Anaxagore de Clasomène, « et sou disciple Euripide, d’après lui, « rapportent le débordement aux nei- « ges qui fondent dans l'Éthiopie. »
A l'appui de cette conjecture des anciens, on a observé que la crue de certains cours d'eau précède de quelque temps l’époque des pluies : ce qu’il faut nécessairement attribuer à des fontes de neiges. On peut en effet supposer que des chaînes de montagnes, assez élevées pour opposer une barrière aux vapeurs amassées en un certain temps de l’année par le vent du nord, doivent, au moins en partie, se couvrir de neige, et qu’au retour de la saison chaude, les rayons perpendiculaires du soleil exercent une action prompte et dissolvante sur ces glaciers de la zone torride.
aiYlKRES.
Les nombreux cours d’eau qui prennent naissance dans ces hautes régions vont ou se perdre dans les sables , ou, pour la plupart, former des affluents de deux principaux d’entre eux que les Arabes appellent le fleuve Bleu ( liahr-el-.-lzrek ) et le fleuve Blanc ( Bahr-el- Abiaxl ) , et dont les eaux, réunies sous le nom de Nil, traversent la Nubie dans toute son étendue, et , après avoir fécondé le sol de l’Égypte , se rendent à la mer.
" Le cours présumé de ce fleuve , en remontant le plus considérable de scs aflluents, est évalué à 800 lieues ; mais on n’a , à cet égard, que des données fort incertaines. Ce qu’on savait dans l’antiquité de l’origine de ces deux affluents du Nil était très-borné , et , de même que les causes de leur crue , leur source était ignorée. Si une caste instruite, initiée dès long-temps à la constitution physique et aux phénomènes de la haute région du Nil, avait la tradition de ce mystère, elle le renfermait religieusement dans son sein , et, pour ainsi dire, placée dans unsanctuaireque desobstacles rendaient inaccessible, l’origine du fleuve créateur de la contrée cultivable semblait, aux yeux . du vulgaire , remonter à la région céleste, et les populations devaient naturellement rapporter à la Divinité les bienfaits dont la source était cachée.
A une époque un peu moins éloignée,
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les traditions locales étalent encore muettes à cet égard : • Les habitants « de Méroé, rapporte Diodore, des- « quels il semble qu’on pourrait obte- « nir quelques renseignements cer- « tains, comme étant plus rapprochés ■ des sources du Nil , les connaissent « néanmoins si peu, qu’ils appellent « le fleuve même Aitape, mot qui « signifie dans leur langue fleuve de « ténèbres. » Leur ignorance sur son origine et une grande partie de son cours est donc suffisamment reconnue.
L’accès difficile de ces contrées l’a toujours été davantage pour les étrangers. « Avant Ptolémée Philadclphe, « dit encore Diodore de Sicile, aucun « Grec ne s’était avancé jusqu’au fond « de l’Égypte, bien loin d'avoirpénétré « dans l’Éthiopie. «On était donc alors réduit aux conjectures. Les récits d’Artémidore et d Agatharchide n’avaient rien appris à cet égard. Depuis et à différentes époques, les sources du Nil ont été l’objet des recherches les plus actives ; des voyages de découverte ont été entrepris , dans le but d’éclaircir ce mystère. Sous le règne de Néron , deux’ccnturions furent envoyés par ce prince pour explorer je cours ae ce fleuve mystérieux ; mois ils s'engagèrent dans la voie parcourue par leurs devanciers , et cette question ne fut pas éclaircie.
De nos jours , les sources du fleuve Pieu, qui long -temps a été considéré comme le vrai Nil, peut-être parce qu’il lui donne sa couleur au temps de la crue, ont été reconnues vers les plateaux élevés de V Abyssinie, où il traverse le lac Dembea, ou Tzana. Entre autres affluents , il reçoit, à gauche, le Tournai, qui coule, dit-on , avec une telle violence, lorsqu’il commence à s’enfler, qu’il entraîne tout ce qu’il trouve sur sa route. Il s’annonce de loin par un fracas effrayant, et donne ainsi aux habitants de ses rives le signal de fuir sans perdre de temps. Le fleure Pieu , coulant de la direction du sud-est au nord-ouest, reçoit encore d’autres affluents de sa rive droite, le Dender et le Rahad, et
se réunit ensuite au JUuve Blrmc.
Le fleuve Blanc , regardé péinral lement aujourd'hui comme la branche principale du Nil , sans doute à cause de l’importance de son cours, était cependant peu connu des anciens , qui le désignent seulement comme aflluentdu Nil, sans doute sous le nom &' Astosaba. S’ils ont ignoré les sources du fleuve Bleu, qu’ils considéraient comme le vrai Nil, à plus forte raison celles du fleuve Blanc , selon toute apparence , beaucoup plus éloignées, devaient leur rester inconnues. Ce qu’on sait aujourd’hui, c’est que dans sa partie inférieure il coule du sud au nord; mais, à une certaine hauteur, on ignore la direction de son cours , et son origine est encore un secret. Les tentatives faites dans le but de le pénétrer ont toutes échoué jusqu'ici devant des obstacles qu’on regarde comme insurmontables, qu’ils tiennent soit à la nature du pavs, soit aux populations qui l’habitent.
Les géographes arabes ou orientaux ne fournissent aucun renseignement sur la région supérieure du fleure Blanc ; et, certes , s’il était donné à des hommes d’accomplir cette mission que tant d’intérêts devaient encourager, c’était à ces tribus nomades , endurcies aux fatigues, à l’épreuve du climat de la 7,one torride, et douées à la fois de cette persévérance du fanatisme religieux et du génie mercantile, qui a pénétré dans d’autres pavs inconnus, ou regardés jusque-là comme inahprdables. On en pourrait conclure que les obstacles physiques ne sont pas les seuls qui se soient opposés aux tentatives de pénétrer au-delà de certaines limites. On sait avec certitude que sur les rives du fleuve Blanc sont établies sans doute depuis une haute antiquité’ des populations nègres qui furent toujours regardées comme des hordes intraitables et cruelles, telles que les Schelouks , qu’on rencontre au-delà du Sennâar et du Denka, et qui au dire des Nubiens et des Arabes’ se servent d’armes empoisonnées, passent pour très-féroces , et seraient même anthropophages, suivant quelques-uns
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On ne saurait pénétrer chez eux qu’en force et à main armée.
En 1827, un intrépide voyageur français, M. Linant, tenta de s'avancer, avec une faible escorte , pari ni ces peuplades, en remontant le fleuve Blanc ; il s'aventura jusqu’à la ville d’Aleis, située vers le 13e degré de latitude , mais il fut obligé de renoncer à son entreprise.
L’opinion généralement établie d’après les traditions locales , et adoptée en définitive comme résultant de Pensemble des faits recueillis , place les sources du fleuve Blanc, 4 ou vrai Ail, dans une chaîne de montagnes appelées par les géographes , d’après Ptolémée, les monts de la Lune, en arabe, Djebel - e / - Kamar. Cette hypothèse semble coïncider avec la relation d’un voyageur anglais, M. Brown, oui retenu prisonnier au Darfour pendant trois années, vers la lin du siècle dernier, obtint des indigènes des renseignements précieux. D’après ces données, vers le 7* ou 8* degré de latitude nord, à 20 journées au sud de Darfour et à 80 au sud-ouest de Sennâar, on trouve un pays de montagnes, appelé Doitya.
Quarante de ces montagnes, qui portent le nom de Koumri, donnent naissance à une multitude de cours d’eau qui se réunissent dans un même canal pour former le Bahr-tl- Abiad ou le Ail. Plusieurs pics de cette chaîne n'auraient pas moins de 15,000 pieds d’élévation , s’il est vrai qu'ils soient couverts de neige à une certaine é|>oque de l'année , et cette hauteur devrait être beaucoup plus considérable pour conserver des glaces éternelles sous les plus grandes ardeurs de la zone torride. Il paraîtrait que les fontes de neige et les eaux pluviales réunies , rencontrant au pied de ces monts de vastes plateaux où elles séjournent, forment des marécages et des lacs immenses où vivent multitude d’animaux de toutes sortes, et dont les miasmes putrides donnent la mort à l’homme. A l'appui de cette conjecture , Hérodote nous apprend que les Libyens ou Africains, appelés Aa saut on es , connaissent ce llcuve plus
exactement qu’aucun autre peuple; et ils rapportent que le Nil, sortant des vastes marécages et coulant d’abord d’occident en orient, traverse ensuite le pays immense oe l’Éthiopie. Un fait observé de nos jours tendrait à confirmer ces récits. Lorsque les eaux du fleuve Blanc commencent à croître, elles amènent une quantité considérable de grands poissons, sortis évidemment de lacs très-étendus , où le niveau des basses eaux les retenait captifs, et qui, à la faveur de la hausse périodique, s’en échappent en suivant le courant et se répandent dans les fleuves. De ces lacs, les eaux s’écoulent lentement et par une pente presque insensible, ne roulant ni cailloux, ni sables , mais seulement une substance argileuse qui provient du sol qu’elles parcourent et qui leur communique une teinte blanchâtre et savonneuse.
C’est à cause de cette couleur , qu’elle conserve en tout temps, que les Arabes désignent cette rivière par le nom lie fleuve Blanc. Sous ce nom, elle se dirige d’abord h l’est, puis tournant au nord , dans la région habitée par des populations nègres, son cours toujours tranquille arrose à gauche les plaines du Kourdofân, et à droite le Denka et le Senndar ou Foungi , audessous duquel il reçoit le fleuve Bleu. Cet affinent, qui doit son nom à sa couleur la plus ordinaire , se charge après les pluies d'un limon épais qui lui donne une teinte rousse prononcée qu'il communique au Nil à cette époque. On a remarqué au con- Huent de ces deux rivières, que pendant la saison des basses eaux, elles coulent pendant quelque temps sans se mélanger , et conservent leur couleur particulière. On a observé aussi que la crue du fleuve Blanc précède celle du fleuve Bleu, ce qui vient à l’appui de l’opinion que cette crue est due en partie aux fontes de neiges oui ont lieu un peu avant l'époque des pluies dans les hautes chaînes de montagnes.
De ce confluent, le cours bien connu du Nil continue de se diriger au nord , fertilise plusieurs provinces, et
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reçoit à droite un second affluent, qui , prenant sa source dans les montagnes de la province de Lasta en Abyssinie , arrose , sous le nom de Tacazzé , le royaume de Tigré et le pays des Cbangàllah », et reçoit dans V Nubie supérieure le nom'd’.-fffiaraÀ : c’est l’Astaboras des anciens. A peu de distance au-dessus de son embouchure , il est grossi, au temps des pluies, par un torrent connu sous le nom de Mareb.
L’ A tlxirah ne porte au Nil le tribut de ses eaux qu’à l’époque des pluies , et alors , avec l'impétuosité d’un torrent, il charrie beaucoup de bois, tels que l’ébène , le gaîac et autres, mais il reste à sec pendant les deux tiers de l’année , et son lit, se couvrant de végétation, devient habitable et cultivé.
Dans sa région supérieure, le Nil est ordinairement d’une grande largeur, qui varie, disent les voyageurs modernes, depuis une lieue "jusqu’à cinq ou six et même davantage , surtout à l’époque de la crue des eaux , pendant laquelle il s’épanche au loin sur ses deux rives. Il arrive alors que les lieux habités et les éminences où se retirent les populations apparaissent comme autant d’ilcs agglomérées et qui forment des archipels au milieu decette mer qui se renouvelle chaque année.
Mais au-dessous du confluent de l’ Atbarah, les accidents du sol se multiplient ; la largeur du fleuve, qui ne reçoit plus d’affluents, devient variable et se réduit quelquefois à quelques centaines de toises. A plusieurs journées de ce point, après avoir fait tin grand coude au sud-ouest , et franchi plusieurs cataractes, puis repris sa direction vers le nord , le Nil dépasse la dernière limite des pluies du tro-
nue et entre bientôt dans la’ Nubie prieure , où il coule dans une contrée aride de sables mouvants et couverte de rocs élevés , que les Arabes appellent, par cette raison, la Région ou la y allée des pierres ( Ratn ou Ovady-el-Hadjar). Le cours du fleuve y devient de plus en plus obstrué et resserré par des écueils. Ces brisants, multipliés pendant plusieurs jours de route , annoncent la cataracte
d’Ouady-Haifa , la plus considérable de toutes, désignée comme la seconde qu’on rencontre en venant d’Égypte.
Cette cataracte mérite que nous nous y arrêtions.
D’après des récits accrédités dans l’antiquité , cet accident , qui interrompt le cours du Nil , a été en grande réputation jusque dans le siècle dernier. Rien n’était comparable aux cataractes de l’Éthiopie parmi les plus grandes chutes d’eau connues. L’imagination se représentait le spectacle imposant de cette masse d’eau d’un grand fleuve’, tombant d’une hauteur considérable et s’engouffrant dans des abîmes avec un fracas tel , qu’on l’entendait à plusieurs lieues de distance, et que les habitants du voisinage en étaient frappés de surdité.
AujourcThui cette cataracte est bien connue , et nous sommes à même , d’après ce que nous avons observé sur les lieux , de réduire ces descriptions au moins exagérées à leurs véritables proportions. L’aspect des cataractes, pour être moins gigantesque, n’en est pas moins extraordinaire (\oy.pl. 2).
Le Nil, suivant la pente qui le précipitait des plateaux élevés de l’Afrique vers le nord de ce continent , et se creusant un lit souvent profond au milieu des sables , a dd franchir les barrières naturelles d’un sol accidenté et fréquemment entrecoupé de masses de rochers plus ou moins élevés , qui s’opposaient à son cours. La chaîne d’Ouady-Halfa est le plus grand obstacle connu que le fleuve ait rencontré. En considérant les écueils oui hérissent son cours au loin , l'élévation’ des masses de rochers qui subsistent coupées à pic sur ses rives, comme pour attester la hauteur primitive de cette chaîne, l’imagination est effrayée de la série de siècles qu’il a failli à l’action lente de l’eau, pour rompre une semblable barrière et se frayer un passage au milieu de ses débris".
Ce lieu présente un spectacle vraiment extraordinaire et devant lequel on ne peut résister d’abord à un vif saisissement qui fait place à l’admi-
ration. A côté de vastes et arides soli- Telle est la pins considérable de ces tudes, qui n’offrent que l’éclat mono- cataractes dont on a tant parlé, tone des sables , où règne un éternel Après avoir franchi cet obstacle , le silence , on est saisi par le contraste Nil continue de couler dans la dirccbrusque et inattendu d’une nature en tion du nord , resserré tantôt entre désordre, incessamment agitée et tur- les sables qui envahissent son cours, bulentc. Un site déchiré par les acci- tantôt entre des niasses de rochers à dents les plus pittoresques, rembruni pic, comme de hautes murailles, que par des couleurs sombres sous un les géographes désignent, de môme ciel éclatant , en réveillant dans l’i- qu’en Égypte , par les noms de chaîne raaginatkm des idées de chaos et de Jrabique et de chaîne Libyque : la bouleversement , retient le spectateur première formant la rive orientale du comme plongé dans une sorte d’extase. Nil , que les Arabes appellent Cherg, Du haut de rochers élevés, qui do- vers le désert de Nubie; la seconde , minent une vallée, on découvre, en située dans la région du couchant, apperspective et aussi loin que l’œil peut pelée Garb, du côté de la Libye. Gaule suivre à l’horizon, le cours du Nil, tif entre ces barrières naturelles, le parsemé d’une multitude d’iles de fleuve ne peut épancher ses eaux sur rochers noircis’ et plombés, auxquels ses rives qu’à des intervalles rares et le frottement continuel de l’eau a resserrés , où les accidents du sol fadonné un poli qui réfléchit les rayons vorisent son débordement. Enfin , il du soleil. a réose la célèbre île de Phila:, au-
L'inondation dépose dans ces îles dessous de laquelle il rencontre les assez de limon pour y entretenir une masses de granit de Syène et d' /.tenante végétation , et même pour nour- phantine, qui forment la sixième et rir quelques habitants qui s’y trans- la dernière cataracte , qu’il franchit portent a l’époque des basses eaux en avant de porter à l’Égypte le tribut passant à la nage d’un écueil à l'autre, régulier de son limon fécondant. C'est Ces rochers, plus ou moins rappro- là qu’il tombe à l’ancienne terre des chés, et inégaux d’élévation, présen- Pharaons, pour ne plus la quitter qu'à tent autant de récifs contre lesquels ses limites septentrionales où il se perd le Nil vient se briser. Les eaux du par plusieurs embouchures dans la mer, fleuve circulent en bouillonnant dans apres avoir décrit un cours dont la lonces canaux sinueux; et sans cesse re- gueur est évaluée approximativement foulées par des obstacles multipliés , a plus de 800 lieues avec ses sinuosités, et sans cesse précipitées par l’impétuosité de leur course, elles bon- phodcctions.
dissent, s’échappent avec fracas de
ces gorges étroites , et forment en En aucune partie du monde on ne écumant des chutes innombrables de rencontre autant qu’en certaines controis à cinq pieds, principalement à trées de l'Afrique, et particulièrement l'époque des basses eaux. Le bruisse- en Nubie, un contraste plus frappant ment considérable que produisent ces des merveilles de la fertilité à côté cascades multipliées s'entend souvent d’une nature désolée et impuissante à de loin , et pendant le calme des nuits produire. Dans ces climats brillants , le vent l’ajqiorte à d’assez grandes la chaleur sans le concours de l’hudistances. La navigation est en géné- nudité n'est qu’un principe destrucral impraticable dans ce passage; ce- teur; partout où il règne seul, il pendant on a vu , à la faveur deshautes
eaux , et après la destruction de quelques en i8ao au Sennâar par le pacha d lfgypfe, écueils par la mine, des barques re- i5o barques de vivre» furent remorquées à monter atl-dessus de ce pas diilicile (*). force de bras et avec des plans; mais ou
en polit plusieurs, cl lwaiicoup d’Arabes (*) A l'époque de l'expédition envoyée y périrent.
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n’existe aucune trace de végétation , la terre est frappée de stérilité; tandis ue la région des pluies et des inonations , sous l'influence des deux éléments puissamment combinés, enfante des miracles de fécondité. La géograhie physique de la Nubie présente ouc deux zones , et pour ainsi dire deux créations distinctes , sous le rapport du nombre et de la diversité de ses productions et des animaux qu’elle nourrit.
La Nubie inférieure, où une averse de pluie est un phénomène extraordinaire , est vouée à une aridité éternelle , et offre, en général , l’aspect da la plus âpre stérilité. Après avoir versé une grande partie de ses faveurs sur la Haute-Éthiopie, la nature les refuse à la région inférieure que le Nil traverse , comme un canal , captif entre des barrières de rochers ou de sables amoncelés, sans épancher sur ses bords les trésors de fécondité qu’il a reçus dans la région pluvieuse, et dont ce fleuve rend le précieux dépôt tout entier aux plaines de la Thébaïde, du Fnyoum et du Delta. En effet , dans toute la contrée depuis la cataracte de Syènc jusqu'au-dessus du point où la" vallée du Nil perd le nom de Région des Pierres , la végétation est chétive et lauguissahte ; on rencontre h peine, de loin en loin, sur les bords élevés du fleuve , des groupes il 'acacia s ( mimosa vilo/ica) et quelques palmiers-doftm. L’arbre le plus commun est le palmier, ou dattier , qui semble place sur la limite des sables, comme pour indiquer de loin au voyageur, par sa cime élevée, la présence de Peau : le voisinage seul de l’humidité à l'extrémité de ses raeines suffit en effet pour alimenter sa végétation contre fe souffle desséchant du désert. Après la retraite des hautes eaux , les rives en pente du fleuve n’offrent que des lisières étroites de terre cultivable. Elle produit quelque peu de dokn ou espèce de millet, du lupin , ainsi que de l’orge , du tabac vert et du ricin. La quantité de dourah , de fèves et de haricots qu’on y récolte suffit à peine pour nourrir une
population misérable et peu nooioreuse.
Mais au-dessus de la vallée longue et pierreuse des grandes cataractes, les barrières qui retenaient le fleuve dans son lit s’abaissant par degrés, les eaux s’épanchent sur ses rives.
Des semences apportées par le Nil , et déposées avec le limon du fleuve au temps de l’inondation , produisent une végétation spontanée sur ses bords, et entretiennent une verdure riante dans les lies qui parsèment son cours.
La pourraient se reproduire, par la culture et à la faveur d'un ciel plus fécondant encore, toutes les mervedies de la fertile Égypte. Peu à peu les solitudes désertes, à l’orient et au couchant du fleuve , commencent aussi à présenter quelques traces de vie ; déjà se fait sentir l’influence de la limite septentrionale des pluies périodiques.
La végétation de ces sables n’offre encore , à la vérité , que des plantes épineuses et rabougries , dont la forme bizarre et la verdure pôle portent rentrante des lieux arides qui les prouvent. En avançant toujours au midi, le pays devient de plus en plus riche en herbages de toutes sortes. Enfin la haute région du Nil, dans presque toute son étendue, après la saison pluvieuse et la retraite des eaux de ce fleuve et de ses affluents , devient le foyer de la végétation la plus active et la" plus variée.
Parmi les espèces d'arbres qui y croissent en grand nombre , on distingue plusieurs sortes d 'acacia, eutre autres le gommier, le balamiles , le tamarix , le tamarinier , les nebhas , les hëglugs , et l’énorme baobab, ce colosse du rogne végétal, appelé omarah par les Arabes, dont l'aspect extraordinaire et les dimensions gigantesques ont quelque chose de surnaturel , bien fait pour frapper l'imagination des hommes ignorants ; aussi le baobab est-il l’objet d’un culte particulier parmi plusieurs peuplades nègres vouées au fétichisme. D’autres espèces assez communes sont particulièrement d’une grande utilité : on exporte en abondance le produit du
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mimosa-gommier ; on tisse la feuille du palmier - doûm ; on recueille le bois de gaiac, des bambous et le bois de fer, que la crue des eaux amène en, quantité. V ébène , si recherché, a été , de tout temps , un article important du Domine rce de ces parages.
Dans le nombre des arbres de haute futaie , aucun , sans contredit , n’est
eus précieux pour ces contrées brû- K que le sycomore, originaire de l'Afrique centrale. D'un tronc énorme, s’élancent presque toujours , dans une direction horizontale, des branches démesurées qui couvrent un grand espace de leur feuillage impénétrable aux rayons du soleil. Le sycomore prend, en général , un accroissement extraordinaire. La copie exacte d’un de ces arbres peut donner une idée de leur aspect remarquable (yoy.pl. 3). Souscette masse de verdure , la population d’un village peut aisément se mettre h l’abri. Les voyageurs y trouvent une station favorable , où ils peuvent respirer un air tempéré et se désaltérer avec des fruits de l’arbre même, qui ont la forme exacte de la figue , mais sont dépourvus de la même saveur. Le sycomore a, dès la plus haute antiquité , fixé l'attention des habitants de ces contrées. Chez les Égyptiens , auxquels aucun fait naturel n’échappait , surtout lorsqu’il portait un caractère d’utilité , il était révéré comme symbole. Dans un pays où, comme" en Egypte, le bois est peu commun , où l'ombre si nécessaire est trop rare, le sycomore était un abri salutaire ; et surtout, ce qui était bien précieux chez un peuple à la fois positif et religieux, le sycomore était consacré à plusieurs usages pieux , ou de première nécessité : sous le ciseau du sculpteur, il prenait la forme de figurines funéraires; son bois était aussi employé à former le double cercueil destiné à enfermer des corps préparés en momies. Sans doute à cause de futilité réelle dont il était dans plusieurs circonstances , peut-être aussi parce qu’il semblait venu des régions méridionales avec le fleuve même créateur de la contrée cultivable, le sycomore, dans
la symbolique épvptirnne, fut considéré comme l’arbre emblème de la vie ; et, de plus, Champollion le jeune nous apprend que dans les textes hiéroglyphiques l’Égypte tire de cet arbre sacré son nom mystique, la terre du sycomore.
Nous citerons parmi les plantes aquatiques, le nymphsea, ou lotus, etlepapyrus, ou byblos, év idemment originaires des vastes marécages et des lacs qui couvrent les plateaux du haut pays , et dont les semences , apportées soit par le Nil même , soit par les colons primitifs, en propagèrent les espèces, ui furent, de toute antiquité, l’objet 'une culture particulière. Le lotus sacré s’épanouit encore, dit-on, en Égypte, à la suite de l’inondation, dans les caux stagnantes du Fayoum et du Delta, tel que nous le représentent souvent les monuments de l’Égypte et de la Nubie. Quant au papyrus, qui figure de même dans les peintures antiques , et qui fut d'une utilité si généralement répandue pour les usages civils et religieux , nés de la civilisation la plus avancée , l'espèce en est [èrdue dans la vallée inférieure du Nil ; il faudrait remonter dans la Haute-Éthiopie , lieu de son origine première, pour retrouver cette plante, qui là existe sans doute en abondance, comme toutes les autres productions.
Ce n’est pas sans raison que les anciens représentaient l’Afrique sous la figure allégorique d’une femme couronnée d’épis : selon Héliodore , telle était la fertilité du territoire de Méroè , que le blé et forge rendaient trois cents our un ; et les chaumes y étaient si auts , qu’un homme à cheval , ou même monté sur un chameau , pouvait aisément s’y cacher. Quelque exagérée que puisse paraître cette tradition , on conçoit quelles merveilles peut enfanter une terre végétale au plus haut degré, pour ainsi dire renouvelée chaque année , et humectée par le double tribut des eaux du ciel et des débordements, sous l'influence d’une température eon-‘ stamment chaude. Lorsque la culture seconde cet heureux concours de circonstances , la végétation devient sur-
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prenante d’activité, et il n'est pas rare de voir plusieurs récoltes se succéder dans une seule saison. Livré à sa force native, ce sol privilégié offre une diversité infinie (le productions ; il n'en est aucune que la main de l’homme n'en puisse obtenir avec un léger travail. Le café croît spontanément vers les côtes de la mer Rouge ; la vigne et l 'olivier peuvent rapporter en abondance ; les melons d’eau ou pastèques, si précieux dans ce climat, v sont communs; on y recueille de l’encens et des myrrhes, et surtout le tabac, le lin , le coton, Y indigo , le séné, Ma canne à sucre , et enfin toutes sortes de fruits, d’épices, d'aromates et de parfums. Toutes les richesses du règne végétal semblent accumulées sur cette autre terre promise. Aussi, rien n'est comparable au ravissement du voyageur qui , après une longue traversée au milieu de la monotone et brûlante aridité du désert, se trouve tout-à-coup sur les bords fleuris et ombragés du Nil. Ce contraste ne peut mieux se rendre gue par l’exclamation devenue proverbiale parmi les Arabes : « Après la mort, le paradis! » Là , en effet, tout est vivifié; la nature semble convier l'homme à fixer sa demeure sur des bords si heureusement dotés. Dans cette partie de la Nubie supérieure, l’ancien monde étale aussi ses forêts vierges, telles que la création les a faites, avec leur végétation spontanée ue les siècles ont vue se renouveler 'elle-même, toujours plus vigoureuse depuis le commencement des choses.
I'Des masses d'une épaisse verdure et des enroulements inextricables de ronces et de lianes semblent en interdire l'entrée à l'homme. Sous ces ombrages frais , les bêtes fauves , les reptiles et une multitude d’oiseaux trouvent des retraites tranquilles. La variété .des végétaux , l’étendue des pâturages , y procurent une nourriture abondante et une existence facile à une foule d'animaux de toutes sortes et des plus grandes espèces connues.
ma OIFKKKENTES ESPÈCES O'ANIMICX.
J es animaux particuliers à la Nubie
et à cette partie du continent africain paraissent, de même que l’homme , tirer leur origine d’un foyer commun , que l’opinion place naturellement dans les contrées les plus méridionales, qui sont aussi les plus fertiles de l'Ethiopie. De là , émigrant au nord dans les solitudes qui présentaient quelque subsistance, ou en suivant les cours d'eau, un petit nombre d’espèces se sont répandues sur les deux rives du Nil, jusque dans la vallée inférieure du fleuve.
La Basse- Nubie, presque stérile, à peine habitée, nourrit moins d'animaux que l’Egypte. On n’y rencontre d’autres quadrupèdes que des troupes de gazelles et quelques chacals. Parmi les oiseaux, on y voit davantage les espèces aquatiques qui , selon lés saisons, gagnent les contrées du nord ou se rendent dans les vastes marécages de la région pluvieuse. Cette partie de la vallée du Nil doit être considérée , surtout sous le rapport zoologique, comme une contrée de passage. Mais en avançant davantage au sud , vers les pluies du tropique , des plaines étendues nourrissent de leurs herbages une grande quantité d’animaux. On y élève surtout des espèces domestiques, entre autres une race de chevaux réputée l’une des plus belles qu'on connaisse, valant à plusieurs égards la race arabe, et se distinguant par des formes plus arrondies , et en général par la couleur des jambes, ordinairement blanches jusqu'aux genoux. Ces chevaux ne peuvent guère vivre hors de leur climat; celui de la Basse-Égypte n'est déjà plus assez chaud pour eux. On les nourrit pendant dix mois avec de la paille de dourah. Au printemps ils mangent de l’orge verte. On y trouve aussi une espece de vaches qui portent une bosse assez élevée sur le garrot; des chameaux d'une qualité supérieure, et des dromadaires meilleurs qu’en aucun autre lieu; les ânes même y acquièrent plus de taille et de vigueur que partout ailleurs. A peu près à la même hauteur et apres la saison pluvieuse , les montagnes entre le Nil et la mer
Goc
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pendant dix mois avec de la paille de aourah. Au printemps ils mangent de l’orge verte. On y prouve aussi une espèce de vaches qûi"portent une bosse assez élevée sur le garrot ; des chameaux d'une qualité supérieure, et des dromadaires meilleurs qu'en aucun autre lieu ; Ips ânes même y acquiérent plus de taille et de vigueur que partout ailleurs. A peu près à la même hauteur et après la saison pluvieuse , les I montagnes entre le TSil et la mer Rouge nourrissent aussi des troupeaux d’une bonne qualité. Mais la vegétatio/i n'est pas encore assez abondante pour la subsistance des grandes espèces de quadrupèdes.
Dans le district appelé par les Arabes .lbou-Heraze , non loin du confluent du Nil et du fleuve Bleu, s'élève une chaîne de montagnes, large de six à huit heures de marche, et qui atteint de près le lit du fleuve. Au midi de cette • limite importante dans le système phy- I sique de la Nubie, on entre dans une zone nouvelle sous le rapport dps prol ductions et du règne animal. Les espèces y sont très-multipliées vet , à trèspeu d'exceptions près , tous les animaux africains existent dans ces parages.
Soit insuflisaffce de nourriture , soit I à cause de la température trop froide, l les grandes espèces, évidemment originaires de l’Afrique centrale, et qu'on ne peut supposer venues d’ailleurs, passent rarement au nord de cette chaîne de montagnes. Le fait remarquable de cette délimitation naturelle paraît n’avoir jamais varié, et devient par cela même un point intéressant de l'histoire de ces contrées. Des monuments de la plus haute antiquité démontrent clairement qu’autrefois comme aujourd'hui, il fallait remonter à une hauteur déterminée de cette partie du continent africain pour rencontrer une multitude d’animaux, et surtout ces grandes espècesde quadrupèdes qui lui sont particulières. Il existe à Bet-Oually , dans la Nubie inférieure, un temple que Champollion le jeune a reconnu pour appartenir h l’époque de la dix-huitième dynastie pharaonique. Parmi plusieurs bas-reliefs de l'ancien
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pronaos de ce monument , et qui sont relatifs à une expédition faite par Sésostris encore jeune , et du vivant même de son père, contre des peuples africains , entre autres les Kouschi (les Éthiopiens) , et les Schari, qui seraient probablement les Jiischari d’aujourd'hui ; nous en citerons un très-remarquable et dont Champollion le jeune donne l’explication détaillée (*). Nous la rapportons textuellement , comme rentrant dans notre sujet , puisqu’elle offre des renseignements positifs sur l’état physique de l’Ethiopie méridionale, 1600 ans avant Père chrétienne. « Il représente le roi assis dans un naos et accueillant avec un geste de' la main, son fils aîné ( Sésostris ), qui lui présente, 1* un prince éthiopien nomme Amênèmaph,flls de l’oeri , soutenu par deux de ses enfants , dont l’un lui offre une coupe , comme pour lui donner la force d^arriver au pied du trône du père de son vainqueur ; 2° des chefs militaires égyptiens ; 3“ des tables et des buffets couverts de chaînes d'or , et avec elles des peaux de panthère; des sachets renfermant de l’or en poudre ; des troncs de bois A' ébène ; ues dents d’éléphant ; des plumes d’aidruche ; des faisceaux A' arcs et de flèches; des meubles précieux , et toutes sortes de butin pris sur l’ennemi ou imposé par la conquête ; 4“ à la suite de ces richesses, marchent quelques prisonniers, hommes et femmes, l’une de celles-ci portant deux enfants sur ses épaules et dans une espèce de couffe ; suivent des individus conduisant au roi les animaux vivants, les plus curieux de l’intérieur de l’Afrinue , te lion , des panthères , l'autruche , des singes et la girafe parfaitement dessines , etc. , etc. » Ce bas-relief, ouvrage de la plus belle époque de l’art égyptien , reproduit en effet avec une fidélité naïve le galbe particulier aux différents animaux [yoy.pl. IV), et il est facile d’y reconnaître les espèces qui étaient, à cette époque comme aujour-
(*) Lettres écrites d’Égvpte et de Nubie en i Sa S et 1839, page 16 et suiv.
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d’hui, étrangères non-seulement à l'Egypte, mais aussi à une grande partie de la Nubie, puisqu’elles y étaient amenées en tribut, ou comme des raretés provenant d’une contrée méridionale éloignée, avec une foule d’autres produits propres à cette même contrée , et sous la conduite d’une race d’hommes différant essentiellement des Égyptiens par les traits de la physionomie , par une taille plus svefte et plus élancée, et enfin par le costume consistant en peaux de bétes qui leur ceignent les reins.
Ce n’est donc ou’au-delà de cette limite naturelle a’Abou-Heraze , vers le quinzième degré de latitude , que vivent de nombreuses espèces de carnassiers ou de grands quadrupèdes , sans contredit les géants de la création , telles que la girafe représentée dans le bas-relief précité, .ainsi que dans les peintures des hypogées de l’Egypte; une espèce de Ixruf dont nous voyons dans le même bas-relief les cornes trèslongues , contournées et travaillées artificiellement ; deux sortes de panthères, dont une petite que les naturalistes appellent once; enfin le lion, qui figure tres-fréquemment sur les monuments antiques. Cette particularité mérite quelque attention. I.e lion , dans les bas-reliefs de plusieurs époques en Égypte et en Nubie, accompagne presque toujours la personne royale, soit assise sur le trône ou montée sur un char de bataille; et, lorsque par une fiction toute poétique, le monarque, représenté dans des proportions colossales, tient d’une main un faisceau d’ennemis vaincus , et les accable tous d’un seul coup, ainsi que des pygmées, le lion du roi est encore la', aidant son maître h assouvir sa vengeance.
Ce rôle de vaillance , de force et de puissance tout à la fois, par lequel cet animal paraît continuellement associé à la royauté , semblait justifier l’opinion que sa présence était souvent allégorique comme la plupart des scènes où il figure. Mais Champollion le jeune nous apprend que, dans l’un des Das-reliefs qui décorent l’intérieur du temple de Derri ( Nubie inférieure),
et au-dessus du lion se jetant sur des barbares renversés par le roi Sésostris. se lit l’inscription suivante : « Le lion, serviteur de Sa Majesté, mettant en pièces ses ennemis. » Ce qui prouve ne le roi était en réalité accompasné ’un lion jusque dans les combats. Cest d’ailleurs un usage conservé parmi les Orientaux d’avoir auprès creux des lions apprivoisés à l’état de domesticité.
Le plus grand des animaux de cette région est V éléphant. D’une taille moins colossale que celui d’Asie, il est remarquable par la longueur de ses défenses: d'un naturel plus sauvage, il paraît redouter ce dernier, et fuit, dit-on, devant lui. De tout temps on lui a fait une chasse active, moins pour l’apprivoiser et le dresser au combat , que |>our dépecer ses parties de derrière dont on mange la chair, et surtout pour s’emparer (lèses défenses, delà plus fine qualité d’ivoire ; cette matière a été , dos la plus haute antiquité, un objet de commerce important [mur les habitants de ces contrées. Diodore raconte la manière adroite et audacieuse à la fois par laquelle les Éthiopiens, appelés Éléphantomaques parce qu'ils se livraient particulièrement à cette chasse , parvenaient à se rend remaîtres de leur proie monstrueuse. Lorsqu’un éléphant isolé passe auprès d’un arbre qui cache le chasseur, celui-ci, saisissant promptement d’une main la queue de l’animal , appuie ses pieds sur sa cuisse gauche; armé d’une hache très-tranchante et assez légère pour être maniable d’une seule main , il en frappe le jarret de l’éléphant jusqu'à ce qu'il lui ait coupé les nerfs. Cette sorte de combat exige une grande dextérité; il y va presque toujours de la vie de l’un ou de l’autre des deux ennemis.
Les Éthiopiens ont une autre manière moins dangereuse de prendre ce colosse terrible. L’éléphant a l’habitude, après avoir mangé, de dormir, non en se couchant, parce qu'il ne peut plier le genou, mais en s’appuyant contre un arbre , qui est presque "toujours le même; celui dont il a fait choix est remarquable par les branches cassées et la fiente dont il l'environne,
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à défaut des traces de ses pieds, toujours reconnaissables. Quand ils ont.
trouvé l’arbre , en son absence ils le scient à fleur de terre , de manière qu’il ne tienne presque à rien, en avant bien soin ae ne pas laisser de traces de leur ouvrage, l.e soir à son retour, lorsqu’il est plein de nourriture, l’éléphant voulant prendre du repos, s’appuie contre l’arbre dont il décide la chute, et perdant lui-mémc l’équilibre, tombe au même instant sur le dos ou sur le coté ; il ne peut se relever, à cause de l’énorme pesanteur de son corps , et passe ainsi la nuit. Au point du jour, ceux qui ont coupé l’arbre reviennent et tuent l’animal. Cette manière particulière aux Éthiopiens de chasser l’éléphant méritait d’être mentionnée.
Après l’homme, l'ennemi le plus redoutable pour l’éléphant paraît être le rhinocéros. Le rhinocéros est en effet , après ce dernier, le plus puissant des animaux terrestres de ces climats.
On lui donne généralement douze pieds de longueur et G ou 7 de hauteur. Il porte sur le nez une corne longue d’environ 3 pieds, arme terrible qui protège ses parties antérieures et la tête, seul endroit vulnérable de cet énorme quadrupède. Le reste du corps est revêtu d’une sorte d’armure de couleur brune, d’une dureté à toute épreuve, et généralement impénétrable , à l’exception toutefois du tissu intérieur des plis formés aux jointures oti principales articulations, pour faciliter les mouvements de l’animal ; cette peau , d’une légère couleur de chair, est en cet endroit, de même que sous le ventre, plus facile h entamer. Mais à l’extérieur, insensible, inerte, inflexible, ainsi qu’une écorce 3pre et rude, cette enveloppe du rhinocéros ressemble assez à un appareil composé de parties assemblées comme autant de pièces diverses d’une armure, qui recouvrent son dos, ses flancs et scs cuisses.
Cuirassé de la sorte, il n’a rien à redouter ni de la balle du chasseur, ni de la griffe du tigre ou du lion; et s’il est vrai , comme on l’a avancé , qu’il livre des combats furieux aux
plus grands éléphants, il peut éventrer son gigantesque rival et lui faire une blessure mortelle ; mais s’il manqueson coup, la lutte ne saurait être égale, et il doit succomber sous le poids énorme de l’éléphant qui le terrasse et le tue. Toutefois rien ne semble justifier l’inimitiéassez généralement présumée exister entre ces deux puissances, les '■ '• plus colossales parmi les êtres terrestres. Cette opinion pourrait bien ne reposer sur d'autre fondement que la tradition des combats du cirque , à e.f Rome, où la frénésie pour les spectacles sanguinaires mettait souvent aux prises les animaux comme les hommes qui avaient le moins de motifs d’animosité ou de rivalité mutuelle, et qui , par leur nature, paraissaient trèspeu portés à s’entre-tuer. Le rhinocéros est d’un caractère assez généralement paisible , comme la plupart des grands animaux qui vivent de végétaux, et chez lesquels l’instinct belliqueux n’est pas stimulé par la soif du sang; il n’attaque pas sans motif; mais il est vrai que son humeur inquiète et farouche le rend très-irritable , et, à la moindre provocation , il entre facilement dans tme fureur aveugle qui ne connaît plus de bornes. Alors son grognement, ordinairement sourd comme celui des pourceaux , devient soudain un cri aigre ; il part avec la rapidité d’un trait, droit devant lui, renverse tous les obstacles, déracine les arbres , laboure la terre avec sa défense terrible , et assouvissant sa rage sur tout ce qu’il reucontre, il déploie une violence et une promptitude de mouvements qui le rendent très-redoutable.
Il paraît rependant qu’on peut l’éviter facilement eu le voyant venir; si dans sa course rapide et directe, il dépasse son ennemi , il ne se retourne qu'avec * lenteur et lui laisse le temps d'échapper h ses poursuites. Sans intelligence, le rhinocéros joint b scs emportements déréglés un naturel brusque et farouche qui fait désespérer de le dompter.
Cependant certaines relations affirment qu’en Abyssinie on l’élève nu travail, et qu'on le soumet , comme l’éléphant, au service domestique. Les nègres font
cas de sa chair comme excellente au goût. La corne du rhinocéros est trèsestimée dans le commerce , et est employée pour certains ouvrages , de préférence aux défenses d'éléphant. Plusieurs auteurs ont avancé qu’on trouve en Afrique le rhinocéros bicorne , qui serait pourvu de deux cornes de deux pieds ae long ; mais l'espèce la plus commune n'en porte qu'une seule longue de 3 pieds. Le rhinocéros , selon quelques-uns, passe pour être le même animal que la licorne : mais, suivant d’autres, cette derniere espèce, qui a dd vivre dans ces contrées, serait perdue; enfin, une troisième opinion la considère comme une invention purement fabuleuse. On prétend toutefois qu’elle a été retrouvée dans le nouveau monde.
Outre ces grands quadrupèdes, la Haute-Nubie nourrit encore plusieurs espèces de moindre taille, entre autres de nombreux carnassiers , tels que une hyène rousse de grande taille, une espère d’ours fourmiller; on y rencontre d’autres quadrupèdes , tels sont :
le sanglier à long groin ; l'onagre, qui lance, ainsi que “autruche, en courant , des pierres avec les pieds de derrière ; on y trouve aussi le zèbre, diton , mais peu communément; de nombreuses familles de gazelles et d'antilopes; le fennec aux immenses oreilles qui , selon Hruce , surpassent les deux tiers de la longueur de son corps ; la civette, dont on tire le musc ; des hérissons; l’ichneumon ' enfin plusieurs sortes de babouins ou cynocéphales se montrent en grand nombre. Il en existe une particulièrement de couleur verte , évidemment celle qui est représentée le plus souvent sur les monuments antiques, et qui passe pour trèsméchante et difficile à apprivoiser. Les autres espèces de singes et de guenons se voient entre les mains des bateleurs, qui les dressent à toutes sortes de tours et en amusent la foule des villes.
Dans les solitudes de cette région vit Yautruchej dont Aristote a dit u’elle est moitié oiseau , moitié quarupède. Cet animal singulier semble en effet participer de cette nature
mixte. A l’aide de ses longues jambes, il peut , comme le chameau , traverser de vastes étendues de pays arides et inhabitables. L’autruche, (louée d’une vue excellente , distingue son ennemi à des distances énormes, sur l'horizon immense qu’elle habite. Du plus loin qu’elle aperçoit l’imminence du danger, elle prend sa course avec une rapidité extrême ; et lorsque le vent vient a s’engouffrer dans ses ailes entr’ouvertes comme dans les voiles d'un navire, ce nouveau véhicule a bientôt mis entre le chasseur et elle des espaces qui la placent hors d’atteinte. Les coursiers les plus impétueux de l'Arabie, montes par les plus habiles cavaliers, ne sauraient la forcer, s’ils ne sont favorises par les vents contraires. La disposition particulière de ses pieds et la longueur île ses jambes prêtent une grande vitesse à sa course. Sa vélocité a quelque chose d'aérien qu'elle semble emprunter au vol. Cependant chez cet animal l'aile est à peine développée.
Cet organe se compose de plumes ondoyantes , flexibles et trop courtes pour lui servir utilement, si ce n’est d’auxiliaire dans certaines circonstances. La masse de’ son corps , dont le poids dépasse souvent cent livres, n'est pas destinée à s'élever dans les régions de l'air. L’autruche, malgré la force dont elle est douée , n'a que des habitudes paisibles. Elle vit d'ailleurs au milieu de solitudes dont son espèce semble à peu près seule en possession.
Aucun ennemi organisé autrement u'elle ne saurait lui disputer l’empire e ces plages immenses de sables nus et arides. Cette nature âpre fournit à ses besoins; elle y trouve une nourrjture chétive, mais qui lui suffit. Elle y est en sûreté, et si elle ne peut toujours s’y cacher, elle voit du moins venir l’ennemi. C’est là aussi qu’elle pond une quinzaine d’œufs dans des trous, au milieu dessables, pour la reproduction, et quinze autres, dit-on, qu'elle dépose a quelque distance pour la nourriture première de ses petits nouvellement éclos; fait bien remarquable, et qui, s'il est vrai, semblerait constituer par cette sorte d’allaite-
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ment artificiel et indirect , une espèce à part et intermédiaire entre le quaclru-
ee et l'oiseau. On a prétendu que fauche digèrfi les pierres et les métaux.
Quelle que soit chez Cet animal la puissance de l’estomac, si développée chez la plupart des oiseaux , elle ne peut digérer que ce qui peut l’être réellement par l’organisation douée des propriétés les plus dissolvantes. On peut supposer que l’instinct et le besoin, au milieu d’une nature à peu
firès improductive, où la subsistance a plus chétive lui manque souvent , la |>ortent à remplir le vide de l’estomac pour calmer sa souffrance, en avalant des cailloux; mais il est certain qu'elle les rend tels qu’elle les a pris. Son cri , ordinairement faible et plaintif, devient une espèce de rugissement au temps des amours, par une analogie de plus avec certains quadrupèdes. Malgré son naturel sauvage, prise jeune, l’autruche s’apprivoise aisément et oublie la liberté du désert. On en a même élevé des troupeaux, dit-on, dont les plumes, se renouvelant à mesure qu’elles sont enlevées, deviennent, comme la toison des brebis, un assez bon produit. On peut aussi la dresser, d’après plusieurs relations, à porter l’homme sur son dos ; et on en a même vu courir, avec ce fardeau, aussi vite que les meilleurs chevaux.
Dans l’état de domesticité , l’autruche devient d’une grande familiarité. Des tribus de l’ancienne Éthiopie lui faisaient une chasse active, et dressaient des meutes de chiens à poursuivre cette proie , autant pour se nourrir de leur chair que pour enlever leurs plumes. Les habitants de la Nubie supérieure se livrent encore à cette chasse dans le même but. Les plumes d’autruche sont toujours un objet de commerce important ; les caravanes en exportent une grande quantité.
Les espèces d’oiseaux sont multipliées dans ces parages. Les pygargues , ou aigles pêcheurs, les vautours, les éperviérs , les perruches au plumage brillant, les tourterelles variées, les pigeons, y abondent. On y connaît qua-
tre espèces de pintades , ou poules de Numidie, dont la chair est très-délicate ; la perdrix habite aussi l'immensité des landes; les échassiers se plaisent sur le sol humide et marécageux de la région pluvieuse ou des bords de la mer : tels sont les outardes , les grues , les pluviers , les vanneaux, les drômes, et enfin l’ibis au plumage noir et blanc, qui fut révéré chez les Égyptiens , parce que , selon la tradition , il détruisait les reptiles nuisibles. Parmi les palmipèdes, on distingue les cormorans, les pélicans , des canards et des oies de plusieurs sortes.
Les reptiles présentent , dans cette partie de la zone torride, une grande variété de lézards , plusieurs espèces de serpents très-venimeux , parmi lesquels on remarque le céraste, qui porte deux cornes sur la tête, et dont la morsure donne presque instantanément la mort; i'urœus, ou aspic , non moins dangereux , et qui figure sur les monuments antiques , comme insigne symbolique delà toutepuissance et de fa dignité royale. Diodore parle d’un serpent qu’on amena de l’Ethiopie à Alexandrie, dans une cage de fer, sous Ptolémée second, et qui n’avait pas moins de trente coudées de long. Ce reptile provenait, sans doute, d’une contrée de la Nubie méridionale, où ils sont, dit-on, d’une grosseur énorme, et dont les habitants passent |iour se nourrir de la chair de ces monstres.
Les insectes, innombrables en Nubie comme dans tous les pays chauds et humides à la fois, présentent une grande variété. Des myriades de moustiques y remplissent l’air. Une espèce de fourmis blanches est le fléau de certains cantons où elles dévorent tout sans , qu’on puisse s’en garantir.
Des essaims de sauterelles s'abattent en telle quantité sur quelques contrées, qu’elles servent, dit-on, de nourriture à des tribus entières. On les mange grillées ou conservées sèches dans des paniers. Le scarabée sacré de l’Égypte ancienne, emblème de fécondité et de régénération, sans
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doute parce qu’il vit dans le limon fertile déposé par les fleuves, et dans lequel il semble prendre naissance, se trouve dans ces contrées, de couleur noire , ou même verte , selon les voyageurs modernes, tel que nous le représentent les monuments antiques.
Selon Agatharchide , après la retraite des eau* de l’Astaboras, tout le territoire qui avoisine cette rivière est infesté par des quantités innombrables de scorpions, et surtout de taons, pourvus de quatre dents, gui obligent les habitants à se retirer dans le haut pays. Ce lléau insupportable force les bêtes fauves, et le lion même, à changer de cantons. Après la saison pluvieuse , ils se jettent par essaims si nombreux sur les terres basses et humides, que leur morsure cruelle met les troupeaux en fureur, les disperse et les fait périr inévitablement. Les habitants n ont d’autres inovens de s en garantir, qu’en émigrant, avec leurs bestiaux , dans des contrées sablonneuses, plus élevées, où ce fléau n’est plus à craindre. Nous devons, sans doute, reconnaître dans cet insecte si redoutable l’espècedésignée, par les voyageurs modernes sous le nom de mouèhes tsoltsalya.
Tous les éléments dans la région du Nil présentent des êtres caractérisés d’une manière particulière; les types singuliers d’une création à part s y reproduisent au sein des eaux comme sur la terre; on y a reconnu les animaux les plus extraordinaires par leur taille, leur forme et leur organisation. Les vastes marécages de la région pluvieuse, les lacs qui en occupent les plateaux étendus, forment, pour ainsi dire, des viviers où abondent des espèces innombrables de poissons et d autres animaux aquatiques particuliers h ces climats. Lorsque vient la saison des pluies et des hautes eaux, de grandes quantités de ces animaux, entraînées par le trop plein de ces immenses réservoirs , s'échappent et émigrent en suivant la pente naturelle des cours d’eau multipliés Qui, pour la plupart, viennent affluer dans le Nil. Ce fleuve nourrit une
infinité de poissons d'espèces diverses, selon les latitudes qu'il parcourt du midi au septentrion. Celles de ces espèces qu’on trouve dans sa partie inférieure, sont en général communes A toute son étendue. Quelques familles descendent rarement avec le cours du fleuve au-delà de certaines limites que paraissent déterminer là différence de température ou les accidents du fleuve ; il en est qui sont fixées constamment dans la région méridionale, et semblent devoir ne nous être révélées complètement qu'avec les parties du Nil ou de ses affluents qui nous sont encore inconnues.
Un assez grand nombre sont considérées comme voyageuses . et descendent ou remontent le cours du fleuve selon les époques de sa crue ou de sa dimmution. Il y a des espèces qui se plaisent davantage dans certains cantons , tels que le voisinage des cataractes où les eaux sont sans cesse agitées et courantes ; d’autres préfèrent ordinairement, et surtout à l’époque de la reproduction, les eaux dormantes des anses et des canaux. Nous ne citerons que les plus remarquables de ces espèces multipliées.
Le blc/ür est un des plus extraordinaires par sa taille, sa forme sin- " guliere et les particularités de son organisation. Plusieurs savants le classent, comme un être isolé, dans un genre à part. De même que les cétacés, il est pourvu, à la partie supérieure du crâne , d’évents qui jettent •eau avec force; il tient du reptile par sa forme et sa peau, dont la dureté résiste au fer aiguisé; il faut recourir à la cuisson du four pour extraire de son enveloppe, comme d'un étui, la chair de cet animal, qui est d'ailleurs très-blanche et passablement savoureuse. La vaste conformation de sa gueule armée de dents nombreuses le fait considérer comme carnivore. Il n’habite guère que les profondeurs vaseuses du fieu ve et est. par cette raison, très-diflioile b prendre. Le ràad, en arabe ta foudre, est ainsi nommé, sur les bords du "fil , par analogie avec un phénomène at-
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mosphérique. Au moyen de l’appareil électrique dont il est pourvu , il cause une commotion assez sensible à quiconque le touche. Les naturalistes le désignent sous le nom de malaptêrurc électrique. Cette particularité, et sans doute aussi l'expérience des faits, ont mis en réputation parmi les Arabes les propriétés efficaces de la graisse de ce poisson , dans laquelle réside cette vertu particulière; ils la brillent pour en dégager le gaz qui, respiré ou communique par le contact, paraît être un remède infaillible dans certaines maladies. Le têtrodon fal laka , petite espèce de poisson, se montre en grand nombre à certaines époques. Il est remarquable par la poche aérienne dont il est muni.
D'après les observations , l’estomac chez cet animal a la propriété de se gonfler et de se vider a volonté. Une sorte dedilatationdu ventre produit extérieurement une vessie enflée d'air en forme de globe , et revêtue de piquants qui la protègent. Dans cet état de gonflement de sa partie inférieure, il arrive que le corps soulevé par cette sorte de poche vide, venant à remporter par son poids, le faliaka se trouve retourné sur le dos. Ainsi placé, ‘l'animal est incapable de se diriger ; fixé sur la surlace de l'eau , il devient le jouet des vents et du courant du fleuve.
Par cette raison, il se ulait davantage dans les eaux tranquilles des anses, des mares ou des canaux. Surpris par la retraite des eaux de l’inondation, un grand nombre de ces poissons reste ejifermé dans les flaques dont* le prompt dessèchement les fait bientôt périr, lorsqu'ils ne deviennent pas la proie des hommes ou des animaux.
C’est ordinairement dans les mares laissées par l'inondation que des villages entiers vont chercher, à une certaine époque , une nourriture facile et abondante dont le faliaka fait tous les frais. Les enfants même s’en emparent pour s’en amuser en les gonflant et les vidant alternativement, ou les écrasant avec bruit. Le Nil et sej affluents nourrissent encore une multitude d'autres poissons non moins
intéressants qu'il serait trop long de mentionner ici , ou sur lesquels nous manquons de renseignements suffisants. Nous nous contenterons de citer en outre le tatous des naturalistes, ou latos des Grecs , que l’Égypte antique avait consacré dans le nom de Latopolis; le mormyre oxyrhyn-
?ue, qui parait être le même que oxurhynchus , l’objet d’une grande vénération dans les temps anciens, et qui avait aussi donné son nom à une ville.
Dans tous les grands fleuves des pays chauds , et particulièrement ceux de la zone torride, on trouve une espèce de grandes tortues dont les variétés, caractérisées par plusieurs analogies essentielles, paraissent répandues au loin, même dans les grands cours d’eau de l’intérieur du continent asiatique. Celles du Nil. nommées trionyx , atteignent jusqu'à trois pieds de longueur.
Parmi quelques coquilles fluviatiles, le Nil nubien offre plusieurs espèces d ’éthéries , ou d '/mitres , qui ont beaucoup de ressemblance avec celles qu'on trouve dans les mers de la zone tempérée.
Dans les eaux du Nil et de ses affluents vivent les plus grandes espèces connuesd’animauxampliibies: telssont les hippopotames, les tupinamhis et les crocodiles.
L’ hippopotame, ou cheval de rivière, est ainsi nommé parce que, dès l'antiquité, on a cru reconnaître quelque analogie entre son cri et le hennissement du cheval, avec lequel il ne parait pas avoir d’ailleurs d’autre point de ressemblance, si ce n’est une espèce de crinière très- rare et clair-semée sur la crêteducou. On lui a trouvé aussi quelques rapports avec le bœuf. Les habitants arabes des bords du Nil lui ontdonné indifféremment le nom de /aras , ou celui de bagharahel-bahr ; chevalou bœuf de rivière. Cet amphibie est, sans contredit, le colasse des eaux; il approche de la grosseur monstrueuse de l’éléphant, et vient après lui et le rhinocéros dans l’ordre de taille; il égale même ce der-
nier, selon quelques relations. On lui donne près de treize pieds de longueur , et même quelquefois davantage, depuis l'extremité du museau jusqu'il la naissance de la queue , quinze pieds de circonférence, six et demi de hauteur. Sa gueule a plus de deux pieds d’ouverture. Elle est surtout remarquable par les dents dont elle est armée, et qui sont au nombre de trentesix , dont quatre canines ; ces dernières atteignent à près de quinze pouces de longueur, et sont tranchantes comme les défenses du sanglier; elles pèsent environ 13 livres chacune; l'ivoire en est si dur que le choc de l’acier peut en tirer du feu ; il est en outre remarquable par une blancheur éclatante et inaltérable, tandis que, en général, l’ivoire jaunit en vieillissant; aussi les dents d’hippopotames sont-elles recherchées de préférence à tout autre ivoire. La peau de cet amphibie , de couleur noire ou brune, quelquefois tirant sur le fauve, ridée et sans poil comme celle de l’éléphant, est aussi dure que celle d’aucun autre animal; elle a plus d’un pouce, et même, dit-on, environ trois pouces d’épaisseur par endroits, et est presque entièrement impénétrable à la balle. Celle de la tète, étant moins épaisse et adhérente à des parties .osseuses , est plus vulnérable; c’est là seulement, ainsi que sous les aisselles , qu’on peut le frapper mortellement. Le poids total de cet animal, dans l’âge adulte, et de grosseur ordinaire, est évalué de trois a quatre milliers de livres environ.
L’hippopotame est organisé pour vivre au sein des eaux , de même qu’à l’air libre ; ces deux éléments paraissent également nécessaires à son existence : pendant le jour, il reste énéralement au fond des Heures ou es lacs; il en sort la nuit pour venir brouter l’herbe , le jonc et d’autres végétaux , ainsi que fait le bœuf. On a prétendu qu’en outre il se nourrit de poisson ; mais aucun fait , que nous sachions, n’est venu, jusqu’ici, justifier cette assertion ; il semble seulement herbivore. A défaut d’herbes ou de plantes, il cherche sa nourriture
dans les racines d’arbres , qu’il coupe à l'aide de ses quatre dents incisives.
Les hippopotames dans certaines parties de la Nubie sont un véritable fléau pour l’agriculture. En une seule nuit , ils dévorent ou dévastent des plantations de riz ou de cannes à sucre.
Par son énorme capacité , on peut se faire une idée de la consommation que fait un pareil animal lorsqu’il est affamé. I.es cultivateurs n’ont d’autre ressource contre ces dévastations nocturnes que de veiller autour de leurs récoltes. Si l'hippopotame vient à se montrer hors de l’eau , à défaut des armes nécessaires pour l’attaquer ou le tuer, les cris de l’homme, le bruit d’une sorte de tambour, ou la vue du feu suffisent pour le contraindre à la retraite. A terre il est craintif, parce qu’il n'y peut développer, comme dans l’eau, sa vélocité et sa force. Scs jambes, très-courtes , sont un obstacle à la vitesse de sa course (voy. pi. V). Aussi s’éloigne-t-il rarement des lieux où il peut , en cas de surprise , disparaître a l'instant, en plongeant sous l’eau. Cet élément est celui qu’il préfère, parce qu’il y peut user de ses avantages : il nage plus vite qu'il ne court; c’est là le domaine où il a fixé son séjour habituel , parce qu'il y trouve sécurité; là il n’a donc aucun ennemi à redouter, pas même le crocodile, qui ne saurait combattre avec avantage un monstre dont l’armure est impénétrable et la force terrible. On croit avoir remarqué que les cantons fréquentés parl’hipponotame sont désertés par cet aune amphibie puissant, seul rival en état de lui disputer l’empire des eaux. Dans cet élément, l'hippopotame reprend avec l’assurance et la liberté d’action toutes les habitudes de son instinct fougueux. La présence des embarcations qui voguent à la surface de l’eau, semble l’inquiéter et lui porter ombrage; et il arrive souvent que, sans provocation, il les attaque comme un ennemi dangereux qui envahit son domaine, ou comme un piège tendu contre sa liberté. Parfois , il les soulève avec le dos et tente de les faire chavirer. En général, il fuit devant
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le chasseur; mais une blessure l’irrite , et alors il se retourne et s’élance avec fureur contre l'embarcation que monte l’agresseur et la saisissant de toute la largeur de sa gueule ouverte, il y plante ses redoutables dents canines , et s’il ne parvient à la briser par la force extraordinaire de ses mâchoires , il traverse l’épaisseur des planches et ouvre par ses attaques réitérées des voies d’eau qui submergent son ennemi.
Nous trouvons dans les auteurs anciens des détails sur la manière de tuer l’hippopotame. Cette chasse exigeait un grand nombre de personnes , montées sur plusieurs barques jointes ensemble.
On narponnait le monstre, et lorsqu’on avait réussi à le piquer , on lui filait du câble jusqu'à ce qu’il eût perdu sa force avec le sang. Aujourd'hui les habitants des l>ords du Nil tendent des filets à mailles très-fortes , et une fois pris dans ce piège , il est facile de l’exterminer.
La femelle de l’hippopotame est un peu moins grosse que le mâle ; il paraît qu’elle ne porte qu’un seul petit à la fois, comme l’éléphant et tous les grands animaux. Plus de fécondité serait une calamité pour les pays cultivés où vit ce colosse , vu la quantité de nourriture qui lui est nécessaire.
La mère nourrit son petit comme la vache, du lait qu’il tette à ses mamelles. Dès qu'il est né, son instinct le porte à courir à P eau , et souvent il s’y met sur le dos de sa mère.
Lespèce de l’hippopotame, particulière à l'Afrique, paraît confinée en certains climats de ce vaste continent, et pour ainsi dire entre les tropiques. On le trouve dans les fleuves ae la zone torride jusqu’à leur embouchure et même suivant quelques auteurs anciens, il ne fuit pas l’eau salée; des voyageurs prétendent même avoir rencontré l’hippopotame à plusieurs lieues en mer , ce qui lui a valu par suite le nom de cheval marin. Le défaut de température élevée empêche seul cet animal de descendre dans la région inférieure du Nil et même dans la’ Haute- Égypte et la Basse-Nubie. L’hippopo-
tame ne commence guère à se montrer que dans la Nubie moyenne et audessus de la grande cataracte d’Ouadi- Halfah. L'espèce est plus nombreuse dans certains cantons où les profondeurs du fleuve et la fertilité de ses rives présentent la réunion des conditions favorables à ses habitudes et à ses t>esoins
On tire un bon produit de la capture d’un pareil animal. On en extrait deux mille livres environ de lard , dont on fait un excellent beurre. Sa chair n’est pas désagréable. De sa peau on fabrique des armures et des fouets , appelés courbaches , qui sont en usage dans tout l’Orient. ,
Parmi les reptiles du Nil , nous citerons le tupinambis. Cette espèce de lézard , regardée comme amphibie, atteint jusqu’à trois ou quatre pieds de longueur. Il y en a de deux sortes : l’une vit dans le désert; Hérodote l’a désignée sous le nom de crocodile terrestre; par analogie, les. Arabes l’appellent aussi lézard du désert (ouranel-hard). Il se distingue particulièrement de celui du Nil par l’épaisseur et la forme arrondie de sa queue charnue. Celui qui nous occupe, comme amphibie , est généralement connu sur les bords du fleuve sous le nom de lézard de rivière (ouran-el-bahr). L’idée, assez généralement répandue, qu’à la vue du crocodile il pousse un cri d’alarme, qui tient du sifflement , comme pour prévenir l'homme de la présence de cet ennemi redoutable , lui a fait donner aussi le nom de monitor, et par suite celui de sauveur, de sauvegarde. Il est certain qu’il n’y a rien que de très-naturel dans ce’ sifflement, par lequel le tupinambis exrime une terreur qu’inspire d'ailleurs
tous les habitants au fleuve, le tyran redouté de ses eaux. Pourvu d’une organisation analogue à celle du crocodile, il passe, quoique beaucoup lus petit, pour avoir les mêmes haitudes de voracité et pour être carnassier comme lui. Différent des autres reptiles aquatiques, il n’a point les pattes palmées ; sa queue , assez longue et déprimée, est surmontée
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d’une crête. Sa morsure est , dit-on , venimeuse.
Il nous reste à parler du plus fameux des habitants du Nil, le crocodile. I)'un naturel sauvage et défiant, ce reptile amphibie, de l’espèce des lézards, est difficile à surprendre, surtout lorsque avec l'âge se sont développées chez lui toutes les ressources de l'instinct le plus ombrageux. Une partie de son existence, cachée au sein des eaux , se dérobe à l’observateur :
plusieurs de ses habitudes sont encore un mystère. Toutefois, Hérodote nous fait connaître cet animal par les particularités qu'il en avait apprises des prêtres ou aes habitants de l'Égypte, et les observations modernes ont confirmé la plupart de ses assertions. Il est certain que de très-petit qu'il est à sa naissance , et lorsqu'il sort de l'oeuf qui, pour la grosseur, n'excède pas celui de l’oie, le crocodile prend un développement extraordinaire, qu’on a évalué dans l'antiquité de 16 à 17 coudées de longueur et quelquefois même jusqu'à 25, c’est-à-dire environ 1 1 ou 1 2 mètres. Lorsqu’il est parvenu à son dernier accroissement, sa peau , revêtue à la partie supérieure d'écailles ou d'aspérités , a acquis une telle dureté, qu’elle est impénétrable et à l’épreuve des armes à feu ; le ventre et les aisselles, plus tendres, sont les seuls endroits vulnérables. Sa gueule, fendue dans presque toute la longueur de la tête et armée de dents terribles, dont plusieurs sont saillantes en dehors, paraît n'avoir de mobilité que dans la mâchoire supérieure, qui se referme sur l'inférieure ; l’organe de la langufe y est peu développé , car on ne saurait donner ce nom à une espèce de membrane ou de tégument à peine apparent dans le fond de la gueule. Comme les amphibies en générai, le crocodile vient à terre pour dormir et se reposer de la vie active qu’il mène sous les eaux. C’est aussi sur le sable que la femelle déposé ses œufs, qui viennent à éclore après un mois environ d'exposition a la d valeur solaire. Si les crocodiles se livrent à leur instinct de férocité contre presque
tous les animaux , même les plus gros, ils semblent vivre en bonne intelligence entre eux, et, pour ainsi dire, dans une sorte de communauté de famille. Il n'est pas rare de les voir rassemblés , grands et petits, au nombre de 10 ou 12, et souvent davantage, sur les îles de sable que les eaux basses laissent à découvert au milieu du fleuve. Mais on ne saurait les approcher; à la moindre apparence de danger, et l’alarme donnée par le plus vigilant d'entre eux, toute la troupe disparait en plongeant au même instant sous l’eau. La voile d’une barque dans l'éloignement suffit pour donner l’éveil au crocodile, d’autant plus en défiance qu'il n'est pas en compagnie de ceux de son espèce ; aussi est-il très-difficile de le surprendre, même seul , à moins qu'il ne soit profondément endormi , après avoir été long-temps privé de sommeil (voyez pi. VI). Quelques animaux d'ailleurs lui servent aussi de sentinelles avancées. Il ne paraît pas démontré, ainsi qu’on l'a dit, que toute la nature vivante fuit à la vue du monstre; plusieurs espèces d’oiseaux aquatiques passent pour se tenir parfois dans son voisinage. On a cité même un oiseau de très -petite espèce, le Iroc/tilus, parmi les compagnons familiers du crocodile. On a dit que pendant le sommeil de cct amphibie, le petit oiseau se glisse dans la gueule sanglante et entf’ouvertedu monstre, et le débarrasse, en les avalant , des nombreux insectes qui la remplissent ordinairement. S’il est permis de ne pas croire à cette confiance trop audacieuse du- trochilus, on peut aussi révoquer en doute l'inimitié acharnée, attribuée à Vichneumon qui passait pour chercher avec persévérance les œufs du crocodile dans le sable, sans autre but que de les casser et d'anéantir b reproduction de {'espèce, paraissant ainsi voué par son instinct à un travail qui est plus profitable à l'homme qua lui-même. La trop grande multiplication du crocodile serait un fléau pour l’homme ; son voisinage est trop souvent funeste aux habitants des bords du Nil. Il arrive parfois que cet animal vorace.
MJ B I K.
poussé par la faim, attaque les bestiaux et les animaux les plus gros qui viennent se désaltérer ; il va même liors de l’eau chercher à terre une proie qui lui semble facile et inoffensive, un enfant isolé ou 1'bomme endormi sur la rive. C’est un ennemi redoutable, surtout pour les femmes, qui, plusieurs fois par jour, entrent dans le fleuve jusqu'à mi-corps, pour faire la provision d'eau ou pratiquer les ablutions en usage dans presque tout l'Orient.
Aux heures accoutumées , l’animal guette sa proie, et s'avançant doucement entre deux eaux, il la renverse de sa puissante queue et l’entraîne au loin sous les flots pour s'en repaître à loisir. Dans les endroits qu'il frequente, plus particulièrement, l'exercice de ses facultés de destruction, développées au dernier degré par des besoins plus impérieux chez les grands individus de l’espèce, le signale a l’attention et à la terreur des habitants voisins du fleuve. Tel crocodile, connu dès long -temps dans un canton pour ses habitudes de carnage et les nombreuses victimes de sa voracité, est ordinairement désigné par la population du lieu, sous un surnom , expression de la force et de la puissance réunies, et qui rappelle les idées de meurtres et d’exécutions sanglantes dans lesquels se résume trop souvent l'exercice du pouvoir chez les Orientaux et les Africains. En certain lieu, on l'a surnommé le visir ou le sultan : ailleurs, connu de plusieurs générations successives , il a reçu , à cause de son grand âge, le nom de cheyk, c’est-à-dire le patriarche , l’ancien du canton. La tradition a conservé à l’espèce du crocodile eu général le véritable nom qu'il reçut dans l'antiquité ; la plupart des habitants actuels de la valléedu Nil l'appellent encore temsah, comme dans l'idiome des anciens Égyptiens.
Suivant Hérodote, on prenait le crocodile, dans les temps antiques, au moyen d'un hameçon auquel on attachait un morceau' de chair de porc.
Nous empruntons à un voyageur moderne, M. Cailliaud, la relation des moyens employés pour cette capture
par les habitants actuels de la Nubie supérieure. « Ils se livrent, dit-il, à la « chasse du crocodile sur les grèves « sablonneuses qui bordent le lit du « fleuve et sur les îles. Dans les basses « eaux, ces hommes, qui connaissent « les endroits où les crocodiles ont « coutume de venir respirer l’air en « nature, y élèvent de petites inurail- « les en terre de 2 ou 3 pieds de haut. «Au sortir du fleuve, ces animaux « viennent s’abriter derrière elles et « s’y endorment. Lorsque les chasseurs « en aperçoivent un daus cette posi- «tion, l'un d’entre eux s’approche à « bas bruit de peur de l’éveiller, et se « tenant à couvert derrière le petit « retranchement , lui enfonce dans la « gueule ou dans le côté du cou , au « défaut des os de la tête et des écail- « les , un dard en forme d'hameçon, « emmanché au bout d’une hampe au- « tour de laquelle est roulée une longue « corde. Si le monstre vorace ne meurt « pas du coup et regagne le fleuve, le « narponneur lui file la corde jusqu'à « ce qu'il soit affaibli, après quoi on le « retire du fond de l’eau. »
La peau du crocodile est employée à fabriquer des boucliers ; celle du ventre, moins dure et plus souple, est façonnée en forme de gaine ou (le fourreau destiné à renfermer le large glaive nubien ou le poignard que les Barabras portent généralement attaché au bras gauche.
Ici se termine ce que nous avions à dire sur l’enseinblc des faits naturels, les productions et les animaux particuliers à la Nubie. Le tableau que nous avons essayé d’eu tracer peut se compléter par les représentations qui décorent les monuments de l’Égypte et de l’Éthiopie , et surtout par les peintures des hypogées, qui nous fournissent une multitude de renseignements, et constatent l’ancien état des choses dans cette région. Nous y voyons figurées une foule de productions naturelles évidemment importées dans la vallée inférieure du Nil, et qui , paraissant devoir leur origine à un climat plus méridional, seraient descendues le long du fleuve créateur avec les bomuies
qui, les premiers, colonisèrent ses rives. Aucun fait, aucun phénomène de la nature n’est étranger à cette eU vilisation locale, dont la symbolique embrasse le cercle entier du monde physique et des connaissances humaines. Ces notions sont donc du plus grand intérêt, comme se rattachant directement à l’existence morale des sociétés, et enfin à la vie intellectuelle de l’homme de ces contrées, dont l’histoire va nous occuper.