DE L ÉTERNITÉ DE LA MATIÈRE
On nous fait une objection. On nous dit : Sénèque seul a évité une erreur capitale où toute l'antiquité est tombée. C'est au sujet de la préexistence de la matière, Seul il a pensé que la matière, au lieu d'être éternelle comme Dieu, avait été créée par lui. Cette remarque manque de justesse, et pour deux motifs. D'abord Sénèque , nous l'avons vu , suit l'opinion commune et l'expose en plus d'un endroit ; il est évident qu'elle fait partie de son système. La création de la matière par Dieu est une pure hypothèse qu'il avance sans y souscrire aucunement, et à la façon dont il en parle il est facile de voir que cette supposition avait été faite et débattue de son temps et avant lui dans les écoles1. Elle est émise, en effet, par Cicéron, qui, il est vrai, la repousse ; mais cela du moins nous prouve que Sénèque n'en est pas le premier auteur2. Est-il besoin, pour expliquer l'origine de cette hypothèse, d'y voir une inspiration des systèmes du haut Orient3 ? Non, sans doute.
1 « Quam utile cognoscere utrum Deus materiam sibi formet, an data utatur; utrum idea matériau prius supervenerit, an materia ideae. » (Q. n., i, prsef.
2 Gicero de natura deorum disputans, sic ait ? « Primum igitur non est probabile, eam materiam rerum, unde orta sunt omnia, esse divina providentia effectam : sed habere et habuisse vim et naturam suam. (Lactance, Div. inst., il, 8.)
3 « Nous observerons que la plupart des anciens livres religieux que