‹ Sénèque et Saint PaulChapitre 14 sur 79 · VII · texte numérisé non relu

VII

2 Ep. XLI.

3 Ép. XXXI.

* Ép. LXXI1I. — Voici les paroles de l'Apôtre auxquelles on compare ces passages : « Nescitis quia templum Dei estis, et Spiritus Dei habitat in vobis?... » Tô rcvsûfxa toû 0eoû olxet ev 0(xtv (I Cor., ni, 16). — « Quœrere Deum, si forte attrectent eum, aut iiiveniant, quamvis non longe sit ab unoquoque nostrum. » (Act. xvii, 27, 28.)

divin. Reconnaissons donc là, non le dogme chrétien, mais la doctrine du Portique que Sénèque expose d'après ses maîtres, et dans les mômes termes 4»

Indépendamment des preuves qui confirment notre assertion, la lecture seule des Épîtres, d'où sont tirés ces derniers passages, suffit à en déterminer le vrai sens. La pensée stoïcienne s'y déclare tout entière. Ce sage, en qui Dieu habite, est l'égal de Dieu ; il ne doit pas se considérer comme l'humble adorateur, le serviteur soumis de la Divinité, mais comme un associé qui va de pair avec elle et se tient à son niveau 2. Implorer de Dieu la sagesse par des prières est une folie 3 ;

1 Les stoïciens appelaient irveûjjia ë^vcov cet esprit divin répandu dans l'univers et qui animait chaque être particulier. « Divinum spiritum esse ubique diffusum, eoque orania contineri. » (Lactance, vu, 6.) — « Deus est spiritus intelligens et igneus, formam ipse non habens, sed in oranes se vertens, et omnibus assimilans. » (Posidonius, ap. Stob.) — « Deum esse animum per naturam rerum omnem intentum et commeantem. >> (Cicéron, De N. deor., i.) — C'est le spiritus intus alit de Virgile. — Citons encore une pensée de Cicéron semblable à l'une de celles que Séncque exprime dans l'épitre XII et dans l'épître LXXIII : « Multos et civitas nostra et Grœcia tulit singulares viros; quorum neminem, nisi juvante Deo, talem fuisse credendum est... Nemo igitur vir magnus sine aliquo afllatu divino unquam fuit. » (De N. D., il, 66.) — « Est homini eu m. Deo rationis societas. » (De leg. i). — Zenon disait : « L'homme vertueux est divin, car il a comme un dieu en lui. Le méchant, au contraire, est athée. » (Diog. Laër.) — Sur les inspirations d'en haut, on pourrait renvoyer à Horace (vim temperatam Di quoque provehunt in majus, etc.), et même jusqu'à Homère (Odyssée), où la pensée de Séncque est exprimée en termes semblables.

2 « Par Deo surges... (Ep. XXXI) hoc est summum bonum; quod si occupas, incipis Deorum socius esse, non supplex (ibid.). — Si hominem videris..., ex superiore loco hommes videntem, ex œquo Deos... (Ep. LXI). — Jupiter quo antecedit virum bonum? Diutius bonus est. Sapiens nihilo se minoris œstimat, quod virtutes ejus spatio breviore cluduntur. n (Ep. LXXlll.)

3 « Quam (bonam mentem) stultum est optare, cum possis a te im-

l'homme la possède en lui-même : en effet n'a-t-il pas Dieu en lui? N'est-il pas une portion de Dieu? — Estce là, je vous prie, l'esprit des Épîtres que l'Apôtre signait : Paul, esclave de Jésus-Christ1 ?

Ce que Sénèque ajoute sur la grandeur de Dieu et sa majesté invisible, sur son unité, sur le lieu qu'il occupe, avait été dit cent fois avant lui par Zenon et Chrysippe, par Platon et Pythagore, par Cicéron le disciple de tous les Grecs 2. — 11 serait trop long de citer ici, en regard du texte de notre auteur, tous les sentiments de respect et d'admiration que la toute-puissance divine a inspirés aux anciens philosophes, et que les Pères de l'Eglise et les apologistes ont signalés dans leurs écrits 3. En face de ces témoignages la piété de Sénèque paraîtrait faible et peu expressive. Bornons-nous à quelques fragments que nous fournit saint Clément d'Alexandrie : « — Dieu, s'écrie Antisthène, n'est semblable à personne, parce que nulle image ne peut le faire connaître à personne.., — Celui qui ébranle l'univers et le raffermit, dit Xénophon, manifeste par là même sa grandeur et sa puissance. Mais quelle est sa forme? Elle échappe à nos regards. — Écoutons Xénophane de Colophon : Le Dieu qui commande aux dieux et aux hommes est un. Il n'a point un corps comme les mortels ni un esprit semblable

petrare. Non sunt ad cœlum elevandœ manus..., etc. » ( Ep. LXI.) — « Quid votis opus est? Fac te ipse felicem... » (Ep. XXXI.)

1 IIaû),o;, SoùXo; 'Irjaoû Xpia-coù.

a Voy. Lactance, Div. inst., \\, 24. — Quœst. nat., I, prœf. — De benef.y \\, 7. — Q. N., vu, 31.

3 Voy. Eusèbe, Prép év., 1. VII, ix, x et seq. — S. Clém., Strom., 1. I, vi. — S. Justin, Minuoius Félix.

au leur. — Bacchylicle le lyrique : Inaccessible aux maladies, pur de toute faute, il n'a rien qui ressemble aux mortels. — Cléanthele stoïcien dans son hymne: Quel est le bien suprême, dis-tu ? Apprends-le de ma bouche. C'est ce qui est réglé, juste, saint, pieux, maître de soi... — Parménide : Dieu n'a point commencé, il n'aura point de fin ; il est unique, non engendré, universel, inébranlable *. » N'oublions pas non plus la pensée célèbre de Platon : « Le passé et le futur sont des formes passagères du temps que dans notre ignorance nous transportons mal à propos à la substance éternelle ; car nous avons l'habitude de. dire : Elle fut, elle est, et sera. Elle est, voilà ce qu'il faut dire en vérité. La substance éternelle, toujours la môme et immuable, ne peut devenir ni plus vieille, ni plus jeune... elle n'est sujette à aucun des accidents que la génération impose aux choses sensibles, à ces formes du temps qui imite l'éternité 2... » — Que serait-ce si nous pouvions citer ici le Timée tout entier?

De ces comparaisons il résulte que Sénèque, quand il parle de l'existence de Dieu et de la création, n'est qu'un écho affaibli de la philosophie ancienne.

i S. Clém., St., 1. V, eh. xiv.

2 Timée. — Après avoir montré la conformité de la philosophie ancienne et du Christianisme, Minucius Félix disait : « De la résulte, pour tout homme qui pense, que les chrétiens d'aujourd'hui sont des philosophes, ou que les philosophes d'autrefois étaient des chrétiens. » ( Octave, ch. xx.) — Voy. encore Gicér., Twto., \. — De Nat. deor., I, 22. — Xénoph., Entre. Mém., I, 4.

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