‹ Sénèque et Saint PaulChapitre 45 sur 79 · PAULO. PETRO · texte numérisé non relu

PAULO. PETRO

M. ANNEUS. PAULUS

FILIO CAPISS1MO

Le rapprochement de ces deux noms ou plutôt de ces deux surnoms Paulus, Petrus, dont l'un peut appartenir au latin classique, tandis que l'autre est bien du latin ecclésiastique, a fait penser, malgré la présence « des sigles payens » D. M. (Dis Manibus), que c'était là une épitaphe chrétienne, et que ces Annœus avaient emprunté leurs surnoms, ou, comme nous dirions aujourd'hui, leurs noms de baptême aux princes des Apôtres2. Cette opinion, qui est celle de M. de Rossi, le savant directeur du Bulletin d'Archéologie chrétienne, nous

1 « Aux Dieux mânes. Mareus Annseus Paulus à son fils chéri Marcus Annœus Paulus Petrus. » — Nous devons l'indication et la communication de cette découverte à l'obligeance de M. Ch. Daremberg, toujours si attentif r»ux travaux et aux progrès de la science contemporaine. On trouvera rin,,.ription avec un long commentaire dans le n° i du Bulletin d'archéologie chrétienne (année 1867), qui se publie à Rome sous la direction de M. le chevalier de Rossi (pages 5-9;. M. l'abbé Martigny a commencé la traduction de ce savant recueil.

2 « On ne sait pas au juste quand a commencé l'usage d'imposer un nom nouveau et chrétien au baptême ; nous n'ignorons pas cependant que parmi les noms préférés par les fidèles les noms de Pierre et de Paul brillent au premier rang. Eusèbe nous l'apprend en termes formels : On voit, dit-il, beaucoup d'enfants de fidèles appelés les uns Paul, les autres Pierre. (Hist. Eccles., vn-25.) » — M. de Rossi, Bull. arch.} page 6. Eusèbe vivait au me siècle.

INSCRIPTION DU Ille SIÈCLE. 38S

semble très-plausible l. Il s'agit clone ici de deux chrétiens du second ou du troisième siècle qui portent le nom (Y Annœus.

Or, Annœus, c'était le nom de famille, ou, comme on dit encore, le nom Gentilitium de Sénèque; il s'appelait Lucius Annœus Seneca, et l'un de ses frères, Gailion, s'appelait Marais Annœus. Yoilà aussitôt les imaginations en campagne ! Quel rapprochement, dit-or Annœus et Paulus Petrus! Ne serait-ce point une preuve nouvelle à l'appui de la tradition tant contestée du christianisme de Sénèque? Les apocryphes du ive et du ve siècles ne sont point si méprisables, vraiment, puisque la science épigraphique les confirme et les justifie I Ainsi raisonne, en effet, M. le chevalier de Rossi, et tel est le sentiment qu'il développe dans son commentaire.

A notre, avis, c'est aller un peu loin et un peu vite, c'est forcer étrangement les vraisemblances et abuser de l'hypothèse que de voir dans cette réunion de noms, qui n'est expliquée et précisée par rien, une preuve ou une indication de quelque importance. Nous reconnaissons là cette fertilité de conjectures indéterminées, ces procédés faciles d'une imagination sollicitée par de secrets penchants, ce goût trop peu sévère pour l'illusion, que nous avons si souvent combattu et qui est si contraire au véritable esprit scientifique. De cette ins-

1 « Nous ne pouvons pas hésiter sur la religion des deux Anna-us. Tout exige impérieusement que nous les mettions au nombre des fidèles... Les siglea payens D. M., dans certains cas, ne sont point un indice certain de paganisme» (M. deRoisi.) — Nous devons dire qUe M. Léon Renier, dont nous avons consulté le savoir si autorisé, est moins al'lirmatif que M. de Rossi,

3S6 INSCRIPTION DU IIIe SIÈCLE.

cription il semble résulter qu'au troisième siècle deux chrétiens portaient le nom d'Amtœus. Mais combien de Romains, au temps de Sénèque et après lui, pendant un siècle et demi, avaient appartenu à la gens Annœa! Et le moyen de rattacher, à travers cet intervalle et parmi ce grand nombre d'homonymes obscurs, le Marcus Annscus Paulus du troisième siècle au Lucius Annseus Seneca contemporain de JNéron?

Ce chrétien, dit encore M. de Rossi, était sans doute quelque affranchi de la gens Annœa. Rien de plus probable, en effet; car on sait que les affranchis prenaient le nom de leur ancien maître, et l'on n'ignore pas davantage quelles légions d'affranchis sortaient de ces puissantes familles où les esclaves se comptaient par milliers. Pour n'en citer qu'un exemple, Sylla en un jour affranchit trois mille de ses esclaves, et jeta ainsi d'un coup, sur le sol italien et sur le pavé de Rome, trois mille nouveaux membres de la gens Cornelia. La famille ou la gens des Annaeus, originaire d'Espagne et naturalisée italienne, n'égalait pas en importance les anciennes et vastes familles du patriciat romain ; mais elle était riche, influente, répandue, elle abondait en esclaves de toute race et de toute religion ; qu'on s'imagine quelle a pu être, pendant cent cinquante ans, dans ce mélange des civilisations et des croyances que représente la décomposition de l'Empire, la diffusion de ses branches principales sans cesse multipliées par l'affranchissement1. Parce qu'une inscription nous apprend

1 On peut voir que dans le Corpus inscriptionum de Gruter les noms les plus célèbres de la gens Annœa, indiqués par 1 epigraphie. M. Fleury (Saint Paul et Sénèque. tome I, paye 16), nous donne aussi quelques indi-

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