‹ Sénèque et Saint PaulChapitre 46 sur 79 · INSCRIPTION DU III* SIÈCLE · texte numérisé non relu

INSCRIPTION DU III* SIÈCLE

que vers l'an 200 il existait un ou deux chrétiens du nom d'Anmeus, portant, suivant l'usage chrétien signalé par Eusèbe à cette époque, le surnom de Pierre et de Paul, voir là une preuve de l'amitié qui en l'an 60 unissait le philosophe Sénèque et l'apôtre saint Paul, c'est raisonner comme ceux qui prétendent que Sénèque a été l'un des soixante-douze disciples , sur ce fondement qu'il s'appelle Lucius et qu'il est fait mention d'un Lucius dans les Actes.

Ce n'est pas tout. Cette inscription, paraît-il, est une pièce de rebut. Elle n'était pas à sa place. Elle servait, avec d'autres matériaux de peu de prix, à fermer la chambre sépulcrale où on l'a trouvée. Or, ce qui l'a dépréciée, ce n'est ni le peu de valeur de la matière ni le peu d'élégance de l'exécution, car elle est en marbre et les lettres sont irréprochables. M. de Rossi estime qu'Annœus Paulus l'a refusée, à cause d'une erreur commise par l'artiste. « Le lapicide aura mis par inadvertance D. M. sur une inscription chrétienne. Les exemples d'inscriptions, soit chrétiennes, soit païennes, refusées, puis utilisées comme matériaux pour fermer des tombeaux, ne sont point rares. » Qui sait? l'erreur était peut-être dans les noms, et par exemple dans l'adjonction du cognomen chrétien Petits au cognomen Paulus qui était à la fois chrétien et païen. C'est donc

cations à ce sujet. 11 y ajoute certains personnages qui ont porté le nom même de Sénèque dans les premiers siècles de notre ère : l'un fut évèque de Jérusalem sous Adrien, un autre fut prêtre au temps du pape Gélase, et accusé de pélagianisme. Mais de ce qu'un Sénèque fut évoque et un autre, prêtre, M. Fleury, tout déterminé partisan qu'il est de la tradition qu'il appelle « Sénéca-Pauline, » ne se hâte pas de conclure qu'il .y ait là un indice favorable à cette tradition.

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là, plus que jamais, un indice obscur, une preuve boiteuse et suspecte. Mais notre devoir était néanmoins d'en tenir compte4.

* M. de Rossi, dans un autre endroit, touche à la question des rapports de Sénèque et de saint Paul, et là encore, il se décide pour l'affirmative. C'est dans le Bulletin de 1866, page 62, à propos de la table arvalique dont la découverte lui a permis de fixer en l'an 57 le consulat de Sénèque, ordinairement placé en 58. Selon M. de Rossi, saiut Paul est venu à Rome en janvier 56. 11 y est resté deux ans; l'époque de son jugement coïncide donc avec le second semestre de l'année 57, pendant lequel Sénèque était consul. D'où l'on peut inférer, ajoute M. de Rossi, que le consul Sénèque a dû connaître de l'affaire et influer sur la décision. — Nous craignons bien que la découverte de la table arvalique n'ait un peu ébloui M. de Rossi, et nous prenons la liberté de remarquer ici deux choses : la première, c'est que si la date du consulat de Sénèque est certaine, l'époque du séjour de saint Paul à Rome Test beaucoup moins. Ni les anciens auteurs ecclésiastiques, ni les commentateurs modernes ne sont d'accord à ce sujet. Le P. Patrizi allégué par le Bulletin tient pour l'année 56; Eusèbe adopte 58, Cave 57, dom Calmet, Tillemont, M. Glaire, MM. Connybearet Howson indiquent l'année 61. Les historiens les plus récents de saint Paul, M. Renan et M. Trognon, adoptent cette même date. Si donc l'un des points est fixe dans le calcul de M. de Rossi, l'autre varie. Il y a plus. Les causes renvoyées à César ressortissaient, en réalité, au tribunal du Pra*fectus urbis, pour le civil, et à celui du Prœfectus prœtorii, pour le criminel. Les consuls présidaient le sénat, et l'apôtre n'avait point affaire au sénat. Mais ne l'oublions pas : l'acquittement de Paul, le procès même, tout cela repose sur de simples hypothèses, et en adoptant les conjectures les plus favorables à l'opinion de M. de Rossi, il resterait à examiner quel effet a dû produire sur des juges païens la querelle d'un juif avec d'autres juifs; car le procès de l'apôtre, pour eux, n'était que cela; et ce sont des points que nous avons discutés et établis dans les deux premiers chapitres de notre première partie.

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