RÉSUMÉ ET CONCLUSIONS
nèque un chrétien, si l'on ne trouve pas d'autres mots pour caractériser les tendances hardies et le mysticisme de ses doctrines, il faut, de toute rigueur, appliquer cette expression et décerner ce titre à beaucoup d'autres philosophes qui n'ont, certes, connu ni les apôtres ni le Nouveau Testament. Les.maîtres dont Sénèque a suivi et reproduit l'enseignement, les écrivains grecs ou romains dont il s'est inspiré étaient donc chrétiens aussi ! Cicéron était chrétien, ainsi que Zenon et tout le Portique; il n'est pas jusqu'à Ménandre qui, avec la Nouvelle Comédie, ne soit en droit de réclamer. Et qui donc est plus chrétien que Platon? Son « christianisme » est bien moins incertain, bien moins mélangé que celui de Sénèque. On est ainsi conduit, en poursuivant la conquête d'un philosophe, à « christianiser » presque toute la philosophie dont il est le traducteur ou l'interprète. De là cette conclusion qui ne manque pas de gravité : le monde ancien, imbu et pénétré des doctrines philosophiques, était à demi tourné ou converti au christianisme longtemps avant l'apparition du Christ et des apôtres. Mais alors, de quel côté sont les imitateurs?
Telle est la conséquence logique de l'opinion qui s'obstine à faire de Sénèque un chrétien malgré lui, malgré le bon sens et malgré l'histoire.