CHATEAU DE LA REINE-BLANCHE
Etangs de Commellci
On longe les bâtiments de l'Ancien Evéché. Sur la place on aperçoit, à gauche, la vieille façade de Saint-Frambourg dont la construction remonte à l'époque de Hugues Capct. Remarquable au point de vue archéologique, ce monument qui fut restauré en 1 177 n'offre p'us que des ruines et sa toiture s'est effondrée l'année dernière au mois de juin.
Enfin voici la cathédrale qui apparaît majestueuse avec son clocher svelte, grar
cieux, lançant dans les cieux sa flèche ajourée, d'une slruclurc aussi hardie qu'élégante et solide. Ce superbe monument qu'on fait remonter au i3® siècle, ne devait pas être épargné par les Teutons dont le point de mire dans les bombardements a toujours été de préférence les cathédrales et les monuments de nos cites du nord et de la Belgique qui faisaient l'admiration du savant archéologue comme du modeste touriste. Les bombes allemandes venant de Chamanl où l'artillerie était installée, c'est le côté nord de l'édifice religieux qui eut le plus à souffrir avec la toiture près des tours.
Le Cbâteau Henri IÇ
Les ruines de ce monument n'ont pas seulement un aspect pittoresque, mais elles sont des plus intéressantes au point de vue historique. « Depuis l'époque romaine, nous dit M. Ernest Dupuis, tous les siècles jusqu'à la Renaissance y sont représentés. L'habitation du Gouverneur de la ville romaine était située dans la . partie septentrionale de la cité,
et s'appuyait sur l'enceinte elle même, qui existe encore presque entière et qu'on peut voir, en cet endroit, complètement dégagée sur une certaine étendue.
Le vieux mur romain, en partie caché par des constructions avait un développement de 840 mètres, et formait un ovale indiqué par les rues qui en suivent le contour. Sur, les 38 tours en saillie qui contribuaient à la défense, seize existent encore ; il avait quatre mètres d'épaisseur ; la maçonnerie, à bain de chaux et de mortier, est d'une solidité qui a l'ésisté à toutes les intempéries. C'est un des plus complets et des plus curieux témoins de l'art de la fortification à l'époque de l'occupation romaine. . . Près du Château dans son enceinte même se trouvait le Prieuré de Saint-Maurice fondé par Saint-Louis en l'honneur des martyrs de la Légion thébaine, dont de nombreuses reliques avaient été envoyées au Roi par l'abbaye de Saint-Maurice d'Agaune en Valais. 11 existe encore quelques parties des bâtiments du Prieuré et on peut admirer trois fenêtres ornées de sculptures du XIII^ siècle dans un bâtiment dont
la charpente est un chef-d'œuvre d'élégance, de légèreté et de solidité. >)
A deux pas de la porte de Creil se trouvent les Arènes dont la construction remonte aux premiers temps de l'Empire romain. Elles ont été 4écou vertes par le regretté M. Vernois et mises à jour par les soins du Comité archéologique qui, grâce à la générosité de ses mcmhres, s'est rendu acquéreur du terrain. Les arènes sont intéressantes à tous les points de vue et les touristes ne manquent jamais de les visiter.
La vieille Abbaye de Saint-Vincent a été fondée par Anne de Russie, femme du roi Henri 1". L'église dont la construction est d'une époque postérieure à la fondation de l'abbaye, est simple, peu décorée, mais d'un beau caractère. On fait dater les constructions actuelles de l'Abbaye vers lOGo. Le cloître présente un aspect sévère. 11 est entouré des bâtiments occupés aujourd'hui par l'Institution Saint- Vincent. Après la Révolution, Saint-Vincent devint un Hôpital, plus lard une caserne et enfin un dépôt de prisonniers de guerre. La maison d'éducation, que dirige aujourd'hui avec tant de compétence M. l'abbé Concn, jouit d'une réputation bien méritée dans toute la région par les services très appréciés qu'elle rend chaque jour.
On doit citer, parmi les élèves de celte maison d'éducation qui devaient plus lard se distinguer dans les différentes situations qu'ils ont occupées : le héros de Sidi-Brahim, le capitaine Dulerlre, le poëte académicien José de Herédia, JNIonseigncur Pelgé, enfin le maréchal Canrobert et le général Ladmirault qui ont fait leurs premières études à Senlis.
La Mairie située place Henri IV ou de l'Hôtel de Ville a une façade qui n'attire l'œil du visiteur que par un buste de Henri IV placé au dessus de la porte principale de l'édifice. Sur une plaque de marbre blanc on lit l'inscription suivante : Mon heur a pr'.ns son commencement en la ville de Senlis dont il s'est depuis semé et augmenté par tout notre royaume. (Charte de 1690).
Dans la grande salle du Conseil, on remarque le beau tableau de Mélinguc représentant un des épisodes du siège de i4i8: L'exécu tion des otages i
L'ancienne route de Flandre à travers Senlis est aujourd'hui la rue Vicillc-de-Paris, qui aboutit à l'angle de l'Hôtel de ville.
Lors du bombardement de septembre 19 14 par les Allemands la place Henri IV reçut environ une demi-douzaine d'obus, destinés sans doute à la Cathédrale, mais qui tombèrent sur la place après avoir décrit une trajectoire. Le premier projectile tua devant la porte de la mairie le pompier de service Dropsit. La maison Février, le Comptoir Français, la Pharmacie Le Conte, l'étude de M" Savary et l'Imprimerie du Courrier reçurent également des bombes qui n'occasionnèrent que des dégâts insignifiants. Toutefois, il ne
Place de l'Hôtel de Ville.
faut pas oublier qu'un commencement d'incendie se déclara à la maison de M. Savary. La promptitude des secours permit d'écarter tout danger. Quelques obus vinrent écorner la façade de l'immeuble du capitaine Hector ; l'un deux s'enfonça sans éèlater dans un arbre à proximité de l'atelier des machines du Courrier.
La coquette cité de Senlis n'est pas seulement renommée par ses monuments et son histoire mais elle appelle l'attention du touriste par les sites merveilleux qui, l'environnent et offrent aux visiteurs l'occasion d'effectuer de ravissantes promenades.
Quelle que soit la direction que l'on prenne, on traverse de superbes forêts aux arbres séculaires et majestueux qui ombragent de longues et multiples allées.
C'est Chantilly, avec son incomparable domaine du prince de Condé, qui attire chaque année de si nombreux visiteurs.
Le Musée, par ses magnifiques collections, ses souvenirs historiques, les charmes de son parc, la délicieuse forêt de Chantilly font de ce lieu de prédilection le rendez-vous non seulement des promeneurs, mais des amateurs des beautés, des richesses que la nature a semées dans ce charmant paysage.
Nous avons aussi à quelques kilomètres de Scnlis, le château de la Reine-Blanche, aux étangs de Commelles ; à l'extrémité de la forêt la Bulle aux gendarmes qui domine une vaste plaine et la forêt d'Ermenonville.
Ce nom évoque les souvenirs de Jean-Jacques Rousseau et de Girardin.
C'est aussi l'abbaye de Châalis avec sa maison abbatiale et les ruines imposantes de son église ; Borest avec sa ferme importante que possédait l'abbaye de Sainte-Geneviève. Montlévêque à proximité de l'abbaye de la Victoire élevée par Guérin en l'honneur de Bouvines.
La vue s'étend au loin et on aperçoit au sommet d'une colline la célèbre tour de, Montépilloy illustrée par le passage de Jeanne d'Arc.
Nous ne saurions oublier, en terminant cet aperçu à vol d'oiseau des environs de Senlis, le coquet village de diamant, son église et son château qui fut habité par Lucien Bonaparte.
On le verra plus loin hélas ! c'est à Chamant, à 3 kilomètres de Senlis que les barbares du Nord fusillèrent ces malheureux et innocents Senlisiens arrachés brutalement à l'affection de la famille.
Que les monuments ou les environs de la cité des Sylvanectes évoquent à l'esprit un passé de gloires ou de douleurs, on conserve néanmoins des sites enchanteurs de l'Ile de France, avec la meilleure impression, le désir bien compréhensible de les revoir.
OOÔÔOÔÔOOÔOOÔO
^onjbardenjerjl
Jncendle, Jiwasion d'une ville ouverte
L'flvant-^Garde de Von K^^^l^ approche
E^ode des Hs^bitatits
^ans les journées des 31 août et 1" septembre l'ennemi est dans les environs de Senlis.
L'armée du général Von Kluck se dirige, on peut le dire, à marches forcées, sur Paris que les Allemands sont certains, disent-ils, d'investir dans quelques jours. L'exode des habitants des cités avoisinantes se poursuit avec plus d'intensité. Les trains sont pris d'assaut et les routes encombrées de véhicules de toutes sortes qui emmènent des gens vers la capitale avec les malles et valises contenant les objets de première nécessité et peut-être même leur fortune.
Le mardi i'^'' septembre^ le canon tonne, l'avant-garde de Von Kluck est aux prises avec l'arrière-garde de l'armée française qui a pour mission de défendre un convoi de munitions et de blessés.
Les Allemands s'avançaient sur Senlis en formant un arc de cercle jalonné par Pont-Sainte-Maxence, Verberie, Béthisy, et Grépy. L'artillerie ennemie était postée à Chamanh Une quin-
zaine de pièces environ^ abritées derrière le château et près d'un mur à proximité de l'école, tiraient sur Senlis pour démasquer la batterie française.
Le lendemain des masses importantes d'infanterie prussienne s'avançaient sur Senlis vers lo heures du matin. Elles venaient des directions de Pont, Compiègne, Crépy et Nanteuil. La situation devenait critique.pour nos braves soldats, menacés d'être « encerclés » par des forces supérieures, numériquement, bien entendu. Ils se replièrent en bon ordre, non sans continuer le combat, avec la bravoure qu'on leur connaît. Vers i heure et demie de l'après-midi, le canon se fait entendre de Chamant et de Montépilloy, entrecoupé par instant du crépitement des balles des fantassins. Enfin, supposant que les Français ont évacué le terrain, vers une heure et demie le bombardement commence. Il ne cause que des dégâts relativement insignifiants au point de vue matériel et après, l'envahisseur, commeon le verra plus loin, pénètre dans la ville dont le martyre va commencer. Voici l'arrestation de notre regretté Maire, M. Eugène Odent, conduit prisonnier à l'Hôtel du Grand-Cerf; des otages pris dans la maison Février en face la Mairie ; trois jeunes gens arrêtés rue de Villevert. Rue la République MM. Maurice, Dupuis, Mme Pierre, sa petite fille, M. et Mme Painchaux, sont poussés en avant par la horde teutonne. Puis ensuite, c'est le combat acharné que se livrent les Allemands qui déferlent par le Faubourg Saint-Martin et les Français qui, à l'orée de la forêt de Pontarmé brûlent leurs dernières cartouches. Entre temps, des malheureux MM. Simon et Mégret sont fusillés dans leur maison ou à proximité. Un troisième Senlisien, M. Barbier rue des Jardiniers est arrêté sans aucun prétexte puis exécuté et, comme si cela n'était pas suffisant, comme peur couronner leur œuvre d'extermination et d'atrocités, des équipes d'incendiaires lancent des bombes, des grenades et, bientôt, les rues de la République, de la Licorne et du Faubourg Saint-Martin ne sont plus qu'un immense brasier, dont la lueur rougeâtre se reflète dans le ciel, annonçant au loin la façon des barbares de célébrer leur victoire.
Pendant deux ou trois jours, et sans discontinuer, les troupes allemandes ont passé à Senlis par les Promenades et par la ville se rendant dans les directions de Meaux et de Nanteuil.
Le 5 septembre des pompiers de Paris faisaient une apparition dans notre ville à peine libérée. L'armée de Von Kluck, tenue en échec par notre aile gauche, avait été brusquement assaillie par les.troupes du camp retranché de Paris. Ce fut le signal de la déroute allemande. Les villes et les villages, qui avaient vu nos ennemis marcher sur Paris à la suite d'une série d'attaques brusquées, les ont vus déguerpir avec plus de rapidité encore. Le 9 septembre environ deux cents zouaves arriventdePariset donnent la chasse aux Teutons qui s'étaient attardés à Senlis pour piller et faire bombance aux frais des malheureux qu'ils terrorisaient selon leurs procédés.
Nos braves soldats font prisonniers quelques incendiaires et soudards de l'armée de Guillaume et Senlis devient enfin libre pour toujours, nous en avons la conviction.
Telles sont dans leurs grandes lignes, les différentes phases des journées tragiques de septembre qui vont être racontées au lecteur avec autant de simplicité que de sincérité. Les faits que nous exposons sont trop douloureux pour permettre à l'imagination de les amplifier.