II
Ces orientations sont d’ailleurs dans la tradition de la Renaissance dont les grands artistes jurent de grands savants. Ces mêmes orientations sont aussi dans la tradition antique, plus spécialement pythagoricienne, qui dicta des modules aux temples et des canons aux statues et aux vases, Nous les retrouverons également dans les traditions du plus lointain Orient, où l’art du peintre et du sculpteur est rigoureusement commandé par une ordonnance de proportions indéformables.
\ous savons bien — à sentir les émotions profondes qu éveillent en nous les grandes floraisons de l’art —, que ce ne sont pas là des créations artificielles; nous nous expliquons ces émotions en réfléchissant (fue la sensation plonge ses racines jusqu 'aux sources les plus profondes de la vie. M. Charles Henry prouve que l’irritabilité, qu’elle soit sensitive ou motrice, suit les memes lois ; il n’est pas osé de penser que toutes les irritabilités, trophiques et autres, se comportent de même.
L art apparaît comme une image de la vie dans ce quelle a de plus intime et de plus mystérieux. FJ de même qu’il ressort de ces recherches que la cellule nerveuse est un résonnateur complexe, analogue à la plaque photographique, l’artiste apparaît comme un mécanisme d’une sensibilité profonde et multiple, dont il faudra tracer pour les
differents milieux, dans l’espace et le temps, les innombrables courbes de résonance.
L’identité génétique que M. Charles Henry trouve dans les lois de toutes nos sensations, ou, pour être exact, de toutes celles dont les excitants sont précisés objectivement, nous explique une intuition à laquelle l’objectivisme intempérant des physiciens a toujours répugne, mais pour laquelle, au contraire, ont toujours lutté les artistes.
" Sl V°n ™nsidère, écrivait, en 1752, l’illustre Rameau, que tous nos sens ne sont, en effet, que des modifications du tact, qu’à ces modifications près, le même ordre doit y subsister, pourquoi, dans / exercice du sens de la vue, comme à l’occasion de l’architecture et des autres objets propres à nous causer du plaisir par ce seul sens, ne serions-nous pas affectés du sentiment du Beau par le même ordre général d’organisation qui, dans l’exercice du sens de l’ouïe, nous faÜ éProui,er ce même sentiment à l’occasion de L Harmonie ? »
Dans cet ordre d’idées, il est remarquable que les mêmes principes qui servent à constituer les gammes et la chromatique permettent de
calculer des illusions d'optique normales et de restituer les illusions visuelles des architectes du Parlhénon d’après les corrections qu’ils faisaient subir aux formes réelles pour leur donner des apparences déterminées.
Il ne serait pas de ma compétence personnelle d'insister ici sur les contributions que ces travaux apportent à V Energétique générale, dont l'auteur fait son objet principal. Mais précisément pour cette raison, je pense qu'on ne m'en voudra pas d'avoir, en ces quelques lignes, tenté de souligner la valeur esthétique des recherches de M. Charles Henry, recherches qui, j’en ai la conviction, intéresseront les psychologues et les artistes de toute catégorie, malgré les formules austères cl l’inévitable aridité de certains développements.
Les ingénieurs préoccupés de problèmes de construction et si souvent conduits, malgré eux, ci la réalisation d’une belle forme par un beau calcul, trouveront dans cette œuvre des formules qui certainement leur seront suggestives.
Victor Goloi bew
Secrétaire de la Section de psychologie artistique de l't. G. tJ.