‹ Sensation et mouvementChapitre 19 sur 49 · II · texte numérisé non relu

II

— Effort Boutenu à l'étal normal chez une hystérique. (Le

tracé se lit de droite à gauche.]

fournies par une même note. Les excitations auditives combinées constituant l'harmonie, à laquelle la mémoire et les associations d'idées peuvent ajouter une signification particulière, ont une action variable suivant les circonstances. Aussi voit-on des résultats différents suivant qu'il s'agit de morceaux tristes ou gais : les premiers sont dépressifs, les seconds sont excito-moteurs.

Ces effets, qui se constatent au dynamomètre avec la plus -rande facilite sur des sujets non nerveux, viennent à l'appui de la conclusion que nous aurons à tirer plus tard d'autres

faits, à savoir que les sensations

sont agréables ou pénibles, suivant qu'elles augmentent ou diminuent l'énergie statique •

En tout cas, lo fait lui-même lions indique qu'an point de vue pédagogique au moins, il serait nécessaire de surveiller de plus près le choix dos morceaux que l'on fait exécuter

aux enfant*. Il nous montre en outre que la musique

est susceptible, comme l'expérience a semblé d'ailleurs le montrer depuis un temps immémorial, de rendre quelques services dans le traitement de l'aliénation mentale, à condition toutefois que son usage ait été réglé d'avance sur une étude méthodique. Cette indication, nous le répétons, est bien loin d'être nouvelle ; toutefois nos observations ajoutent cette notion que la musique n'agit pas seulement par le rythme, comme on l'a affirmé jusqu'à présent (1), mais par le son lui-même.

Un fait important à noter, c'est que la réaction maxima n'est pas la même chez tous les sujets. Chez ceux que j'ai explorés, le son le plus excitant a varié de l'intervalle de quatre notes (de mi à si) (fig.'J). Cette différence est peut-être due à des variétés de capacité et de forme du pavillon de l'oreille qui modifient la résonance.

J'ai fait construire par M. Kœnig un diapason à poids qui permet d'obtenir, avec le même instrument, un octave, de Ut2 à Ut3. J'ai entrepris avec ce diapason deux séries d'expériences : 1° dans l'une, les vibrations sonores étaient transmises à l'oreille ; 2° dans l'autre, les vibrations étaient transmises au crâne, mis en contact avec le talon de l'instrument. Le tableau suivant donne une série de pesées dynamométriques ainsi obtenues :

Excitation c1j l'oreille. Excitation du crâne.

Ut- 26 kil 50 kil.

Rc- 27 — 45 —

Sol 31 — 35 —

La" 35 — 30 —

Si- 38 — 28 —

Ut3 45 — 25 —

(l) Soula. Essai sur l'influence de la musique et son histoii-e en médecine. Thèse 1883.

Ces résultats sont encore corroborés par les résultats plétliismographiques qui montrent que, sous l'influence

pi» i4. Modifications du tracé pléthismographique sous l'influence

•"le, l'excitation de l'ouïe par l'Ut*. Le trace se lit île gauche à droite comme ilans les trois ligures suivantes.)

dos mêmes excitations, les modifications de l'afflux san-

Fl«. |5, Modifications du tracé pléthismographique loua l'influence ■ le l'excitation du crâne par i /'/-.

guin e( de la force dynamométrique sont concordantes

(fig. Il, 15, 16, 17).

La force dynamométrique du sujet pris pour exemple variait à l'état normal de 20 à 22. On voit qu'aux faibles

Fig. 16. — Modifications du tracé pléthisraograplwme sous l'influence de 1 excitation du crâne par l'Ut3.

modifications dynamiques correspondent de faibles modifications circulatoires.

La différence des résultats obtenus par l'excitation

Fig. 17. —Modifications du tracé pléthismographique sous l'influence de l'excitation de l'ouïe par l'Ut3.

de l'oreille et par l'excitation du crâne s'explique peutêtre parce qu'il sagit de deux résonateurs différents . B. Pour ce qui est des excitations du sens de la vue, les résultats obtenus ne sont pas moins remarquables. L'étude des hallucinations provoquées chez les hypnotiques nous avait déjà montré que les couleurs étaient susceptibles d'être classées, au point de vue de leur pouvoir dynamogène, dans un certain ordre, qui paraissait être : rouge orangé, vert, jaune, bleu. Des recherches faites sur les sensations réelles nous avaient donné des

résultats analogues. Les effets sont très nets sur un grand nombre de sujets pour les couleurs les plus actives (fig. 27), mais ils sont particulièrement marqués sur les sujets nerveux que nous avons déjà pris comme réactif, dans nos précédentes recherches. Ainsi sur celui qui nous a déjà servi de type et dont nous avons donné l'état dynamométrique normal pour la main droite, 23, nous voyons que l'impression des rayons lumineux passant soit à travers une lame de verre, soit à travers une lame transparente de gélatine colorées porte la pression à 12 pour le rouge, pour l'orangé à 35, pour le jaune à 30, pour le vert à 28, pour le bleu à 21.

On remarquera que, dans ees expériences sur les sensations réelles, le jaune n'occupe pas la môme place que dans les expériences relatives aux hallucinations de la même couleur. Cette contradiction est des plus instructives. En effet, dans de nouvelles recherches entreprises avec M. Londe et dans lesquelles nous avons opéré avec les couleurs du spectre, en décomposant la lumière blanche à l'aide d'un prisme au sulfure de carbone, nous avons vu très nettement que les effets dynamiques des excitations par les rayons colorés vont en diminuant du ronge a l'orangé, au vert, au bleu, au violet ; le jaune se confondant avec le bleu et ayant des effets beaucoup moins précis. La première erreur venait de ce que les verres soi-disant jaunes que j'a\;iis employés étaient en réalité d'une couleur orangé dégradé : il est intéressant de constater, au point «le vue de la sincérité des hallucinations provoquées des hypnotiques, que le sujet s'était laissé suggérer une couleur parfaitement correcte (1).

J'ai encore enregistré par la même méthode graphique les effeti des impressions lumineuses sur l'effort

(1) Qoethe a divisé la cercla chromatique en côté ■upérieor et côté Inférieur, meie --.ins s'appuyer sur une base physiologique.

brusque, sur l'effort soutenu, sur la répétition de l'effort ; et on peut aussi constater d'une façon très nette

Fig. 18. — aa, contractions normales ; bb, contractions sous£l'influencc des rayons rouges. (Le tracé se lit de droite à gauche.)

leurs effets dynamogènes. Les tracés d'efforts brusque et momentané sont surtout intéressants. Ils nous

Fig. 19 et 20. — Contractions sous l'influence du rouge >•, de l'orangé o, du jaune j, du vert ve, du bleu 6,du violet vi. (Les traces se lisent de droite à gauche.)

montrent que sous l'influence du rouge, de l'orangé et du vert, l'hystérique qui fait le sujet de l'expé-

rience fournit des contractions qui, comme intensité et comme forme, ressemblent à celles des sujets normaux ; sous l'influence du jaune, du bleu et du violet, la forme de contraction est peu modifiée, elle diffère surtout par la hauteur. Sous l'influence des couleurs les plus dynamogènes, la secousse a un caractère plus explosif et montre moins la trace de l'effort.

Les figures 19 et 20 représentant des tracés pris dans des conditions différentes, et offrant par conséquent des irrégularités de hauteur des courbes, sont destinées à montrer l'analogie de la forme de la contraction sous l'influence de la même couleur dans deux séries d'expériences. Sous l'influence de la fatigue, la hauteur peut diminuer et la forme s'altérer, c'est un fait dont il faut tenir compte. Dans l'étude du phénomène de la polarisation en particulier, si le sujet est fatigué lorsqu'on fait apparaître la couleur complémentaire, il pourra donner une courbe inférieure à celle qu'il aurait dû donner.

Bien que nous devions revenir sur ces points, nous signalerons en passant que, sous l'influence des excitations colorées, la sensibilité générale et spéciale se développe et par suite les fonctions psychiques, et cette modification est en rapport avec une modification de la circulation périphérique, un afflux de sang, bien mis en lumière par le tracé pléthismographique (flg. 21).

Sous l'influence des couleurs les plus excitantes l'intensité de l'effort est plus grande que sous l'ifluence de la préparation sans excitation sensorielle, c'est un fait

important à relever. Si le sujet est sous l'action de l'excitation sensorielle et qu'on lui fasse préparer son mouvement, on observe que comme à l'état normal c'est la première contraction qui esl la plus forte, mais les suivantes ne sont guère augmentées.

Quoi qu'il en soit, on peut dire d'une façon générale que, d'après leur pouvoir dynamogène, les couleurs

doivent être rangées dans le même ordre que les couleurs spectrales. On peut donc ajouter que Vintensità des sensations visuelles varie comme les vibrations. Il

semble que la vibration doive être considérée comme l'unité d'excitation pour l'ouïe et pour la vue. En est-il de même pour les autres sens? Des animaux qui n'ont aucun vestige d'appareil auditif réagissent à la vibration imprimée par un choc au vase qui les contient. D'autre

part, l'identité do la nature des excitations qui mettent en jeu les différents sens pourrait peut-être rendre compte du phénomène encore peu connu de l'audition colorée, et qui consiste en ce que chez certains sujets un son d'un timbre donné détermine non seulement une sensation auditive, mais encore une sensation rituelle d'une couleur donnée et toujours la même.

Cependant, les quelques faits que nous avons pu observer montrent que la théorie des vibrations émise autrefois par Hartley mérite d'être examinée à nouveau, et ils permettemt d'introduire la notion au oM^nKmJirmi'ni''''"* de quantité dans l'appréciation des

contractions préparées; excitations, comme le dynamoc. contractions au commandement bous lin- mètre le fait pour 1 appréciation do Doencedu rouge; d,con- ini.,,c ^n'oie tractions préparées sous 1(-''is eiiois.

l'influençedu rouge, chez A propos de l'action si nettement une hystérique. (Les tra- r r

ces se lisent de droite à prédominante du rouge, il est mté-

RitUCllC )

rossant de remarquer que cette cou • leur est celle qui parait avoir le plus d'effet sur les animaux, qu'elle paraît être la première à être reconnue par les jeunes enfants; et on a quelques raisons de croire qu'elles été distinguée la premiôrepar les hommes (1). Notons encore que le violet, qui nous montre une action relativement dépressive, a été employé avec un certain succès comme le bleu dans le traitement de l'excitation

(1) Gladstone, Magnus et Geiger ont cru trouver dana lea poèmes homériques la preuve que la sensibilité des cooleura est plus développée dans les temps historiques qu'alla ne l'était auparavant. M. Dor t'ait remarquer avec juate raison que les poète* modernes

Il guère plus précis dans la désignation des couleurs que les anciens .

maniaque : les malades étant maintenus dans des cellules qui ne recevaient de jour qu'à travers des carreaux bleus ou violets.

Enfin, pour terminer, nous ajouterons que, grâce à un dispositif expérimental spécial, nous avons pu établir que pour chaque couleur l'action dynamogène varie avec l'intensité de la lumière ; cependant la lumière blanche parait avoir peu d'influence relativement; l'affaiblissement dans l'obscurité est moins marqué qu'on ne pourrait le supposer. Les expériences que nous avons faites sur les sons relativement à la hauteur, à l'intensité et à la distance concordent avec celles qui ont été faites sur les impressions visuelles.

Des expériences faites avec les rayons extra-rouges du spectre, ou sur les rayons rouges passant à travers une solution d'alun, nous ont montré que cette influence des rayons colorés est sans relation avec l'action calorifique.

C. Nous avons étudié les saveurs fondamentales par le même procédé, et nous avons vu que l'on peut les classer suivant une gamme dynamique analogue à la gamme des couleurs. C'est ainsi que le sucre a une action dynamogène très faible; le sel aune action beaucoup plus manifeste; et les substances amères sont plus actives : par exemple sur le sujet qui nous sert de grossissement, nous voyons que le sucre donne 29, le sel 35, le sulfate de quinine 39. Sans se présenter avec des caractères aussi tranchés, l'action du salé et de l'amer peut être rendue très manifeste sur des sujets normaux. Les acides ont une action plus énergique encore, mais leur rôle est complexe ; la sensibilité générale et l'odorat sont aussi atteints par eux; or les irritations portant sur la sensibilité générale et sur l'odorat ont une action dynamogène propre qui s'ajoute à celle de l'excitation du goût ; une solution

d'acide acétique, par exemple, agit beaucoup plus activement que les amers.

Si on recherche les effets des solutions titrées de sucre, de sel, etc., on voit que l'action des solutions les plus concentrées est la plus intense; mais nous ne voulons pas donner une formule mathématique à cette progression. L'état dynamique d'un sujet en expérience varie incessamment sous l'influence des ingesta et des circumfusa; il est impossible de déterminer rigoureusement la valeur de ces influences; il faut donc résister à la tentation de faire une loi psycho-mécanique à formule mathématique. Mais on peut indiquer des traits généraux d'une exactitude suffisante.

L'action excitante des irritations du goût, surtout associées aux sensations de l'odorat, sur lesquelles nous insisterons bientôt, peuvent servir à éclaircir un point de physiologie encore controversé. Il est un aliment, le bouillon, dont on conteste la valeur nutritive, en s'appuyant sur l'analyse chimique, qui n'y trouve qu'une quantité insignifiante ou nulle de matériaux alimentaires. Il n'est guère défendu en somme que par des arguments moraux : on dit qu'il doit bien y avoir une action puisque, sous son influence, on voit souvent un malade reprendre un instant d'énergie, et être capable momentanément d'un certain effort. Il est certain que les sensations gustatives et olfactives de cet aliment sont capables de déterminer momentanément une excitation des forces, surtout sur un sujet épuisé, car nous avons montré que dans les conditions d'épuisement les agents dynamogènes ont une influence plus marquée. Lebouillon, coin nie excitant sensoriel, a une action dynamique qui se manifeste, comme nous le verrons plus tard, par des modifications de circulation ; la fumée de tabac produit exactement le même effet chez Certains individus : chez, d'antres

la vue ou l'odeur de certaines substances déterminent une hypersécrétion à la foia des glandes salivaires et des

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